‹ Le jardin des plantesChapitre 32 sur 83 · IG · texte numérisé non relu

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suave qui rappelle la pomme de reinette. Tous ces arbrisseaux, qui ne diffèrent entre eux (pie par la consistance et la courbure des aiguillons dont leur tige est armée, par la’ forme ovale ou sphérique du calice, par la couleur ou l’odeur des pétales, sont autant espèces appartenant au genre Rosier: leur port élégant, leurs feuilles composées chacune de trois ou cinq folioles, leur calice resserré en godet pour loger les ovaires , toutes ces ressemblances établissent entre les Rosiers une parenté manifeste.

Nous allons voir dans leur voisinage d’autres plantes dont le port, la tige, les feuilles, ne rappellent pas toujours les Rosiers, mais qui, par la structure de leur fleur, ont avec ces derniers un rapport facile à saisir. Jetez un coup d’œil sur ce Framboisier, qui est une espèce de Ronce : la tige est aiguillonnée, les feuilles sont aussi divisées en trois ou cinq folioles, et munies, à la base de leur pied (qu’on nomme pétiole ), de deux petites feuilles (nommées stipules ) , beaucoup moins larges et plus caduques que dans les Rosiers , où elles forment deux ailes au-dessous de la vraie feuille. Comme dans les Rosiers, les feuilles sont éparses sur la tige, et non placées vis-à-vis l’une de l’autre; commedans les Rosiers, le calice est diviséen cinq petites folioles, seulement ces folioles ne se soudent pas inférieurement pour former un godet creux; comme dans les Rosiers, le calice porte un grand nombre d’étamines : au milieu se trouve le pistil , composé aussi de plusieurs ovaires; mais ces ovaires, au lieu d’être renfermés dans un godet creux formé par le calice, sont à découvert, et prennent à la maturité une consistance succulente. Cette dernière différence sépare le Framboisier des Rosiers, et forme le caractère du genre Ronce, dont deux espèces vous sont bien connues : la première est la Ronce des buissons, nommée en botanique Ronce-arbrisseau ; la seconde est le Framboisier, nommé Ronce du mont Ida.

Comparez maintenant avec les plantes que vous vener d’étudier le Fraisier, qui étend à vos pieds ses tiges rampantes ; de même que dans les Rosiers et les Ronces , ses feuilles (composées de trois folioles ) sont garnies , à la base du pétiole, de deux stipules bien visibles ; la corolle est de cinq pétales disposés régulièrement; les étamines sont nombreuses et naissent sur le calice; le pistil offre seul une différence notable. Observez une fleur jeune, vous voyez un grand nombre de petits ovaires réunis en boule, mais distincts les uns des autres; ils sont secs, au lieu d’être pulpeux comme ceux du Framboisier ; mais bientôt le réceptacle qui les supporte se gorge de sucs, grossit , déborde les petits ovaires, et les enchâsse dans sa chair, qui prend peu à peu une couleur pourprée : c’est ce que vous pouvez voir dans la Fraise, quand elle est mure. Ce que vous mangez dans la Fraise est donc le réceptacle, tandis que, dans la Framboise, ce sont les ovaires. Les ovaires de la Fraise sont insipides et craquent sous la dent, et ces petits fils noirâtres qui se déposent au fond du vin ou de l’eau dans laquelle vous avez plongé les Fraises, ces fils sont les styles desséchés, qui se sont détachés de chaque ovaire.

Le genre Fraisier se distingue du genre Ronce par son réceptacle, qui devient pulpeux; il en diffère aussi par le calice, qui, au lieu d’être à cinq découpures, en présente dix, dont cinq plus petites et extérieures. Le genre Potentillc, riche en espèces élégantes , ne s’éloigne du Fraisier que par son réceptacle qui reste toujours sec.

Passons rapidement en revue les plates-bandes voisines de celle que nous venons de visiter. Vous voyez les Cerisiers, les Pruniers , les Abricotiers , les Pêchers , les Aman-

(fiers : ces arbres ne diffèrent des plantes précédentes que par leur taille plus élevée, leurs feuilles simples, c’est-à-dire non divisées en folioles , et surtout par le pistil de leur Fleur ; ce pistil ne se compose que d’un seul ovaire , dont la paroi interne s’épaissit, se durcit, et forme un noyau qui protège la graine, tandis que le tissu qui recouvre ce noyau se gonfle de sucs, et forme une pulpe savoureuse. Les arbres qui viennent ensuite sont les Poiriers, les Pommiers, les Cognassiers, les Néfliers, les Sorbiers, qui diffèrent des précédents en ce que les ovaires , au lieu d’ètre libres comme dans la Framboise, au lieu d’ètre renfermés dans la cavité du calice, mais sans se confondre avec elle, comme dans la Rose, forment dans la Pomme, dans la Poire, etc., un seul et même corps , composé: 1° au centre, de cinq ovaires renfermant chacun ordinairement une ou deux graines nommées pépins; 2° à la circonférence, d’un calice qui a pris un développement énorme et a comprimé les ovaires, au point de se souder et de se confondre avec eux. Ce que vous mangez dans la Pomme est donc principalement le calice : quant à ce débris noirâtre qui couronne la Pomme, et qu’on appelle communément la mouehe, c’était autrefois la moitié supérieure du calice qui portait les étamines , dont vous pourrez encore reconnaître les vestiges ; cette moitié supérieure est restée stationnaire , et a fini par se flétrir , tandis que la moitié inférieure prenait un accroissement considérable.

Dans l’examen comparatif que vous venez de faire, vous avez pu remarquer que les Rosiers, Ronces, Fraisiers, Potentilles, Cerisiers, Pêchers, Pommiers, Poiriers, etc., ne diffèrent essentiellement que par leur fruit , bien que d’ailleurs la graine ait dans tous une structure semblable, comme vous le verrez bientôt. Le calice est à cinq découpures qui se soudent plus ou moins par leur base; la corolle se compose de cinq pétales symétriques et posés sur le calice; les étamines sont nombreuses, et naissent comme les pétales sur le calice; en outre, les feuilles sont toujours munies de deux stipules (qui tombent de bonne heure dans les Cerisiers et les Poiriers), et au lieu d’être opposées l’une à l’autre, elles sont alternes sur la tige. Eh bien! tous ces caractères, joints à une certaine physionomie qu’il est plus facile de comprendre que d’exprimer, ont servi à former un groupe naturel que l’on a appelé famille. Ainsi le groupe que vous venez d’observer constitue la famille des Rosacées, l’une des plus élégantes du règne végétal, famille qui se divise en groupes secondaires, nommés genres, et fondés sur des différences dans la forme, la proportion, la consistance des diverses parties de la Fleur. Chaque genre, à son tour, comme vous l’avez vu pour les Rosiers, se divise en espèces, dont les caractères distinctifs sont tirés des feuilles, de la tige, de la couleur et de l’odeur des Fleurs , etc... Je n’ai pas besoin de vous dire qu’il faut entendre par espèce la réunion d’individus assez semblables entre eux pour être supposés issus d’une même graine. Plus tard , je vous parlerai des races et des variétés.

Cette analyse générale des Rosacées vous a paru peut-être un peu austère, mais je ne voulais pas vous épargner un travail d’esprit que je regarde comme indispensable, et qui, une fois fait, va vous rendre facile l’étude comparative des diverses familles du Règne végétal.

Auprès des Rosacées se range la famille des Myrtes, qui s’en distingue par ses feuilles toujours opposées, et jamais pourvues de stipules : vous voyez d’abord le Myrte commun.

dont les feuilles exhalent un parfum délicieux; puis le Seringat, dont les fleurs en grappe possèdent aussi une odeur très-pénétrante ; enfin le Grenadier, arbrisseau originaire d’Afrique, dont la fleur est d’un rouge vif. Le calice, qui est épais , imite assez bien une grenade faisant explosion , et les pétales chiffonnés qui en sortent achèvent la comparaison; les graines sont nombreuses et entourées d’une pulpe acidulé trèsagréable. C’est aussi A la famille des Myrtes qu’appartient le Giroflier; ce qu’on nomme Clou de Girofle est la fleur non développée de cet élégant arbuste.

De l’autre côté des Rosacées, nous allons voir se développer une famille nombreuse, dont le port et les caractères sont faciles A saisir : c’est la famille des Légumineuses.— Voici la Gesse multiflore, nommée vulgairement Gesse à bouquets.

C’est une herbe grimpante , A tige anguleuse ; les feuilles sont alternes ; chaque feuille se compose de deux folioles ovales ; au bas du pétiole sont deux stipules qui ressemblent chacune A un demi-fer de flèche; A l’extrémité de ce même pétiole sont des filaments disposés deux par deux , et terminés par un filament impair ; ces filaments s’entortillent autour des corps voisins , et soutiennent la plante. Si vous réfléchissez un instant sur la nature de ces filaments, vous reconnaîtrez, par leur position, que ce sont des folioles réduites A leur côte moyenne; la nature les a empêchées de s’élargir, et leur a confié des fonctions autres que les fonctions ordinaires des feuilles, dont je vais bientôt vous entretenir , et. qui ne sont pas moins merveilleuses que celles de la corolle et des étamines.

Venons A la fleur de la Gesse multiflore. Vous trouvez d’abord un calice de cinq folioles inégales , soudées par le bas; déchirez doucement ces folioles dans leur partie libre, vous verrez que c’est sur la partie soudée que naît la corolle: cette corolle est irrégulière, et formée de plusieurs pétales; le pétale que vous enlevez le premier, et qui recouvre tous les autres, se nomme étendard ; au-dessous de lui sont deux pétales parallèles, et nommés les ailes; en dedans et au-dessous de celles-ci, sont les deux derniers pétales, légèrement soudés par le bas, et imitant une nacelle. Cette espèce de corolle est appelée papilionacée. Remarquez que toutes les pièces qui la composent sont solidement emmortaisées les unes dans les autres. Si vous abaissez enfin la nacelle, vous voyez qu’elle logeait dans son sein les étamines et le pistil ; ces étamines forment elles-mêmes un fourreau qui protège le pistil; leurs fdets sont soudés dans la moitié de leur longueur ; il y en a neuf ainsi réunies, une dixième est libre, et c’est précisément celle qui répond A la série des graines, de sorte que, quand elles tendent A se développer, l’étamine isolée se soulève, et le fourreau s’ouvre sans résistance. Le pistil se compose d’un seul ovaire, surmonté d’un style recourbé, le long duquel vous voyez quelques poils mous, destinés A happer le pollen. Ouvrez délicatement cet ovaire, vous y verrez des graines attachées le long du bord qui regarde l’étendard. Ce fruit s’appelle Gousse ou Légume : de IA le nom de Légumineuses qu’a reçu cette famille.

Les Légumineuses méritent , sous plusieurs rapports, de fixer votre attention : elles

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