‹ Le jardin des plantesChapitre 39 sur 83 · OTA IN IQ UL · texte numérisé non relu

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bachia, etc.: il était pourtant bien facile de mettre en réquisit ion, comme Linné, le personnel nombreux d’Homère, de Virgile et d’Ovide.

Oli ! le plaisant projet d’uu poète ignorant.

Qui de tant de héros va choisir Childebrand !

Que parlez-vous de poètes? dira-t-on; la science n’a rien de commun avec la poésie. Hélas! cela n’est que trop vrai, dans notre dix- neuvième siècle; il faut se résigner à voir séparées deux Muses qui s'accordaient si bien : témoin Buffon , Linné, Goëlbe, grands hommes qui étaient nés poètes avant de devenir savants, et dont les ouvrages, parcelle raison même, ont donné à l’histoire naturelle la puissante impulsion qui la fait marcher aujourd’hui. Certes, quoi qu’on en dise, l’euphonie des nomenclatures est une importante condition de succès pour la propagation des connaissances humaines, et ceux qui abordent une science dont le vocabulaire est énorme ont bien le droit d’exiger que les termes dont elle se sert soient faciles à retenir, et ne tordent pas la bouche qui les articule. — Mais, dit-on. celte application d’un nom d’homme à un végétal est un brevet d’immortalité, dont chaque printemps reproduit des milliers d’exemplaires, et qui fera vivre la mémoire du bienfaiteur de la science aussi longtemps que les espèces baptisées de son nom. — Userait plus exact de dire que ce nom aura précisément la durée du livre où il est écrit. Cela étant, ne vaut-il pas mieux donner au nouveau genre une dénomination sonore, et écrire au-dessous : Dédié à N...? Ce moyen concilie tous les intérêts; un nom euphonique est imposé à la mémoire, et à ce nom se rattache celui du bienfaiteur, sans être défiguré par une terminaison en ia, qui le rend souvent méconnaissable. Reconnaissez-vous Dcsfontaincs. professeur de botanique, dans le mot Fonlanesia, qu’on pourrait beaucoup mieux appliquer à M. de Fonlanes, le grand maiire de l’université impériale? Le mot est coulant, mais s’il ne désigne pas clairement le héros (pie l’on voulait honorer, mieux valait en adopter un autre, aussi coulant et moins équivoque. Vous vous nommez Tourncforl, Leschenaull, Leroux, Bonne-Maison, G raie loup, etc. ; voilà des noms franchement gaulois ; peu mélodieux, il est vrai, mais très-significatifs, et par conséquent faciles à retenir : or, les nomenclateurs, considérant que vous avez bien mérité de la science, soit par vos travaux, soit par des services rendus aux botanistes, croiront vous faire un honneur insigne en décorant votre nom d’une désinence latine, pour en affubler une jolie plante! pauvre fleur, qui va s’appeler Tourneforlia, Leschenaullia, Lerouxia, Bonnemaisonnia, Graleloupia!... Il n’y a pas jusqu'au beau nom de M. Gay-Lussuc que l’on n’ait cru embellir encore en le travestissant pour désigner un nouveau genre de la famille des Bruyères : Gay-Lussacia. Je vous demande un peu ce qu'y a gagné M. Gay-Lussac? — Un nom qui n’est plus français, et qui ne sera jamais latin. Tournefort et Linné donnèrent aussi des noms d’homme à des genres nouveaux ; mais il faut remarquer que la plupart de ces noms sont doux à l’oreille : Robin , Fagon, Nicol , Jussieu, n'ont rien perdu en prenant la terminaison latine : Robinia, Fagonia, Nicoliana Jussiœa; le nom même de Linnæus était latinisé d’avance, et l’on ne souffre pasjeu entendant /citer Linnœa borealis , arbuste de la famille des Chèvrefeuilles.

Tout en déplorant, mais sans amertume, les abus qui résultent de l’emploi des noms modernes, nous avons traversé le Jardin, et nous voilà devant les Galeries de botanique.

Ici, vous allez voir le côté sérieux et positif de la nomenclature ; ici, vous allez mesurer d’un coup d’œil les services rendus à la science par ceux qui récoltent des plantes, ceux qui les décrivent, ceux qui les classent, ceux qui étudient la structure intime et les fonctions de leurs organes. Celle passion pour les végétaux, qui élève à la fois lame et l’intelligence, et que ne refroidit pas la vieillesse, se répand de plus en plus dans nos Sociétés modernes, et est devenue une sorte de religion, unissant par les liens d’une fraternité commune tous les Botanistes du globe.

Au sein du monde policé

Se propage un culte paisible ;

Sectaires tolérants, dont le dogme est sensé.

Ils ont un Christ, des Saints, des Martyrs, une Bible;

De ce Livre divin, dans les champs dispersé.

Chaque fleur est pour eux une page lisible.

Le dôme des forêts est l’antique et haut lieu Où brille à leurs regards la majesté de Dieu ;

Leur messie est Linné ; leurs quatre évangélistes Tournefort, Robert-Brown, Decandolle, Jussieu :

C’est la secte des Botanistes.

Montons d’abord, par cet escalier particulier, dans la galerie des Herbiers , où l'on n'entre pas sans une permission spéciale, et dont les savants conservateurs, MM. Gaudichaud, Guillemin et Decaisne, répondront à toutes vos questions avec une indulgente aménité. Cette galerie est la Nécropole du royaume végétal ; vous allez y voir les plus belles plantes réduites à l’état de momie ; mais, quoique aplaties sur du papier, vous pourrez encore reconnaître leurs formes extérieures, et même le port qu’elles avaient pendant leur vie. Un Herbier est un Jardin sec , inaltérable, qui permet au botaniste d’observer dans toutes les saisons les caractères de la végétation, tels que la consistance de la tige, la forme et la disposition des feuilles, l’arrangement des Heurs, etc. ; quand il veut étudier les caractères de la fructification , il fait macérer dans de l'eau tiède la Heur qui les renferme : tous les organes se gonflent, se ramollisent, et, en les plaçant sur le porte-objet d’un microscope, l’observateur peut les décrire, comme s ils étaient encore vivants. C'est ainsi qu'ont été composées beaucoup de Flores exotiques, dont les auteurs n'ont pu recevoir les plantes qu'à l'état de siceité : c’est pour eux qu'ont travaillé les herborisateurs que je vais tout à l’heure vous nommer. Vous comprenez que ces naturalistes, qui passaient leur journée à sillonner en tous sens la contrée dont ils avaient entrepris l’exploitation, n’avaient pas le temps de faire la description des espèces recueillies; ils récoltaient les végétaux pendant le jour, les étalaient sur du papier pendant la nuit, et lorsque, par la pression, la plante avait cédé son humidité au papier, ils en faisaient des ballots, qu'ils plaçaient dans des caisses soigneusement goudronnées ; le tout était expédié aux botanistes du Muséum, qui classaient, à tête reposée, les richesses du pays (pie la science venait de conquérir. Ainsi s’est formé, par des tributs envoyés de toutes les régions de la terre, le trésor inestimable (pie vous avez sous les yeux ; toutes les espèces connues du Bègue végétal ont trouvé à se caser dans cette galerie : il y a encore plus d’une place vide; mais il n'est pas aujourd'hui, sur la surface du globe,

une seule contrée qui ne soit parcourue par d'habiles et infatigables voyageurs, consacrant leur vie tout entière à grossir le dépôt précieux où la science doit puiser un jour les matériaux d’une Flore universelle.

Sur les côtés de la galerie est Y Herbier général , renfermant un échantillon de chacune des espèces contenues dans les Herbiers particuliers ; ceux-ci occupent les dix cabinets latéraux où nous allons tout à l'heure entrer. Le fond de cet Herbier général est composé de l’ancien Herbier de Vaillant, dont toutes les plantes étaient étiquetées de sa main, avec la synonymie des auteurs connus de son temps, et l’indication du lieu où la plante avait été recueillie. Il y avait aussi dans cet Herbier plusieurs plantes envoyées à \ aillant par des botanistes, et étiquetées de leur main. Les écritures étant connues, lorsque ceux qui ont envoyé des plantes les ont publiées dans leurs écrits, on a un synonyme incontestable. Desfontaines a joint à chacune de ces plantes, sur une étiquette particulière, le nom systématique moderne le plus sûr et le plus connu ; les échantillons ont été comparés avec ceux des Herbiers de Lamarck et de Jussieu. On a tenu séparé de cet Herbier classique celui de Tournefort, qui occupe à droite et à gauche l’entrée de la salle, et où l’on trouve étiquetées de sa main toutes les plantes qu'il avait recueillies dans son voyage au Levant,

Visitons maintenant les dix cabinets latéraux qui s'ouvrent sur la galerie, et où les Herbiers sont disposés dans un ordre géographique.

Dans le premier cabinet est l’Herbier de France, formé per les botanistes peu nombreux de nos départements, et surtout par l’illustre de Candolle, dont le monde savant pleure la perte toute récente. Ce cabinet renferme aussi les plantes des autres contrées de Y Europe, envoyées par MM. Tenore, Boissier, Boué, Robert, Bory de Saint- Vincent, Marlins, Reichenbach, etc. Dans le second cabinet, est l’Herbier de Y Afrique septentrionale cl des îles Canaries : il est dû à MM. Bové, Steinheil, Riedlé, Ledru, Webb. Dans le troisième cabinet, nous trouvons l’Herbier de l’ Afrique tropicale : MM. Perrotet, Leprieur Heudelot, ont fait celui de la Sénégambie; MM. Dillon et Schimper, celui de l’Abyssinie. Le quatrième cabinet renferme les plantes de Y Afrique australe : celles du cap de Bonne-Espérance ont été récoltées par MM. Delalande, Ecklon, Drège; celles de l’ile Bourbon, de l’Ile-de-France, par MM. Dupetit-Thouars, Commerson, Richard ; celles de Madagascar, par MM. Commerson, Dupetit-Thouars, Chapelier. Le cinquième cabinet contient l’Herbier de Y Australasie, que nous devons à MM. Reidlé, Leschenault, Guichenot, Blume, Perrotet, Robert, Brown. Dans le sixième cabinet, sont les plantes des rudes Orientales, recueillies par MM. Leschenault, Macé, Jacquemont, Wallich, Wight. Le septième cabinet contient les Herbiers de Y Asie Mineure, de Y Arabie, de YÉgyptc, de la Perse et de Y empire russe : Olivier et Bruguière ont exploité l’Asie Mineure, la Perse et l’Égypte; MM. Bové, Schimper, Botta, l’Arabie; MM. Fischer, Bunge, Ledebour. l’empire russe. Le huitième cabinet renferme les plantes du Chili, recueillies par MM. Cl. Gay, Bertero, Dombey. Dans le neuvième cabinet sont les Herbiers du Pérou, du Brésil et delà Guyane : MM. Dombey, d’Orbigny, Ilùmboldl et Bonpland ont recueilli les plantes du Pérou; MM. Poiteau, Leprieur, Perrotet, celles de la Guyane; MM. Commerson, A. de Saint-Hilaire, Gaudichaud, Guillemin, Claussen, celles du Brésil. Enfin, le dixième cabinet contient les plantes du Mexique et de Y Amérique septentrionale; nous devons l’Herbier du Mexique à MM. L’Herminier, Poiteau, Plée,

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Perrotet, et celui de l’Amérique du Nord à MM. Michaux, le comte Castelnau, Lapilaye.

Je viens de vous citer les noms des naturalistes qui ont affronté des privations et des dangers de toute espèce pour enrichir le Muséum de plantes sèches et de plantes vivantes : ceux-là sont, les saints de la botanique, dont je vous parlais tout à l’heure; mais à ce titre de saint, on peut ajouter celui de martyr, pour un grand nombre d’entre eux. Je ne parle pas ici de ceux qui ont sacrifié, dans ces pérégrinations lointaines, leur jeunesse, leur santé, leur talent, leur position sociale . je ne veux faire mention que des braves qui sont morts au champ d’honneur par le typhus, la misère, la faim, la captivité, l’assassinat, le poison, et la nostalgie (ce besoin maladif de la patrie absente, desiderium patriœ énorme que ne pouvait guérir l’énergie de leur dévouement volontaire) : voilà les martyrs dont les noms doivent être, non pas latinisés, mais religieusement conservés en toutes lettres dans les livres de botanique ; je \ais vous en citei quelques-uns, en attendant qu’une mémoire plus sûre que la mienne les réunisse et les signale à la reconnaissance des amis de l'histoire naturelle.

Dombey, mort dans les fers en Catalogne, aux portes de la France, comme ce citoyen romain, qui fut crucifié sur le promontoire de Messine, et qui, du haut de sa croix, pouvait voir, en expirant, la terre sacrée de l’Italie. — Chapelier, mort de la fièvre à Madagascar. — Riedlé, qui mourut à Timor, et dont les paroles dernières furent une prière à ses compagnons pour la conservation du Figuier à longues feuilles ( Ficus macrophylla ), qu’il avait découvert dans File de Java ; l’arbre précieux donné par le mourant à sa patrie arriva sain et sauf au Muséum : vous avez pu le voir dans la serre üuffon. — Godefroy, assassiné par les naturels de Manille. — Plée, son compagnon , empoisonné à Maracaïbo. — Havet, mort de fatigue à Madagascar.— Commerson, mort à l'Ile-de-France, herborisateur admirable, qui avait, pour découvrir les plantes, la sagacité instinctive d'un Mohican.— Aucher-Éloy, mort demisèreàlspahan. — Jacquemont, qui le premier nous fil connaître les productions végétales du Cachemire et de l’Himalaya; sa santé s épuisa sous le ciel dévorant de l’Inde, et les miasmes empestés de File de Salsette lui portèrent le dernier coup : il mourut à Bombay, le 7 décembre 1832; cinq jours avant sa mort, il adressa à son frère une lettre déchirante pour lui dire adieu et le consoler : forcé par la douleur de rester sur le dos, il écrivit sa lettre au crayon, et mit deux jours entiers à l’écrire, son généreux hôte, M. Nicol, passa de l’encre sur tous les traits du crayon avec une attention religieuse qui conserva exactement le caractère de l’écriture du mourant : sainte hospitalité ! Les richesses scientifiques que Jacquemont a léguées au Muséum ont doublé de valeur en passant par les mains de M. Decaisne, son exécuteur testamentaire. — Bertero, qui avait frété lui-même un navire pour transporter sa cargaison botanique, et qui sombra sous voile au milieu de Y archipel des Amis. — Bové, mort en Algérie. — Heudelot, collecteur intrépide, et jardinier intelligent, qui fut vaincu par le climat brûlant du Sénégal.— Lefèvre, mort enNubie.— A. Steilmeil, jeune médecin-botaniste, plein d’avenir, qui avait déjà pris place dans le monde savant par des mémoires du plus haut intérêt ; il se rendait au Brésil pour y étudier les nombreuses espèces de Quinquinas ; mais en passant à la Martinique, il avait herborisé avec ardeur au milieu des mornes, sous le soleil des Antilles ; il y prit le germe de la fièvre jaune, et mourut dans la traversée. — Le docteur Dillon, qui vient de mourir en Abyssinie, termine ce froid et incomplet martyrologe : nous le vîmes partir, il y a deux ans à peine, et nous étions

liOTAJN 1QUE.

loin de |»enser <|ue son apostolat botanique serait de si courte durée. Ce jeune médecin, homme déliante piété et de mœurs austères, âpre à l’étude, tenace dans l’observation, doué d’une vaste mémoire, dessinateur excellent, réunissait au plus haut degré toutes les qualités du naturaliste voyageur. Son talent pour la peinture et ses sentiments religieux l’avaient rendu cher aux chrétiens de l’Abyssinie; il faisait des tableaux pour les églises de leurs villages, et les Abyssiniens lui servaient de guides et de protecteurs dans ses herborisations. Sa santé robuste n’ayant pu suffire à son zèle, une dyssenlerie meurtrière est venue interrompre la mission que le Muséum lui avait confiée.

Nous allons maintenant descendre dans la Galerie du rez-de-chaussée qui est ouverte au public. Le vestibule est magnifique : au-dessus de ces portes opposées sont deux immenses feuilles de Palmier parasol. Le long des murailles sont quelques échantillons desséchées de Fougères arborescentes; en voici une qui est bifurquée, disposition tout à

fait exceptionnelle dans le tronc des plantes de cette famille. Cette autre Fougère gigantesque a été partagée en deux moitiés longitudinales. Voici un Ravauda mort, espèce dont vous avez vu dans les Serres un individu vivant : on le nomme à Madagascar Y arbre du voyageur ; ce nom est justifié par la disposition de ses feuilles qui offrent au voyageur altéré un réservoir plein d'une eau fraîche et limpide. Vous voyez aussi quelques Palmiers, dont un est rameux, anomalie non moins rare que dans les Fougères ; parmi eux se trouve le Dattier, que vous connaissez déjà. Remarquez cette tige de Palmier qu'entourent de mille bandelettes entrelacées les racines aériennes d'un arbre que l’on suppose être un Figuier. Vous voyez que ces bandelettes n'ont produit aucune impression sur le tronc du Palmier, qui ne croit pas en grosseur. Si c’eût été un arbre dicotylédone, dont l’accroissement se fait en hauteur et en diamètre, la pression de ces racines eût donné lieu à des bourrelets considérables. Voici un Orme des environs de Paris, qui a été foudroyé, et dont la foudre a divisé les faisceaux fibreux.

Entrons dans la Galerie de botanique : nous trouvons devant le meuble du milieu un bloc de bois pétrifié, recueilli dans la Vallée de la désolation, (pii s’étend du Caire à la mer Rouge. Sur la table de ce meuble est la collection de Champignons imités en cire, dont une partie a été donnée par l’empereur d’Autriche. A gauche, dans les cabinets, sont des bois vivants de tous les pays, dont plusieurs offrent des coupes différentes, qui montrent l’organisation des tiges. Voici un morceau de bois, dans l’intérieur duquel on trouve l’impression de ce (pii avait été écrit sur l’écorce en 1759; les lettres et les chiffres se voient encore sur l’écorce, mais il n’y en a pas la moindre trace sur les couches intermédiaires qui se sont formées entre l’écorce et le bois. Mous trouvons aussi dans ces cabinets les tiges dont la partie fibreuse forme un tissu naturel ; tel est le Lagetto ou Bois dentelle, arbrisseau de la famille des Da plmées, dont l’écorce se dédouble

l'ousèrc arborescente.

*2(iÜ TROISIÈME PARTIE.

en lames filandreuses qui imitent la gaze ou la dentelle; tel est encore YHydrogelon fcneslrale, dont je vous ai déjà parlé.

Les travées séparant les cabinets à droite et à gauche renferment la collection des fruits indigènes et exotiques, desséchés ou conservés dans de l'esprit-de-vin. Voici de beaux Cocos des Maldives , dont un est à quatre lobes ; ces fruits appartiennent à un Palmier ( Lodoicca Sechcllarum } , découvert aux îles Séchelles par Commerson. On les a appelés Cocos des Maldives, parce que les marins les trouvaient flottants aux environs des îles de ce nom ; on en a trouvé depuis dans divers parages de l'Océan, et jusque sur les rives de l'Islande. Le Doum ou Palmier de la Thébaïde, dont vous voyez les fruits volumineux, est un bel arbre naturel à 1 Égypte; son tronc, qui fournit des planches; ses feuilles, avec lesquelles on fabrique des tapis et des paniers ; son fruit, dont la pulpe est sucrée, en font un des végétaux les plus utiles de l'Égypte. Voici le fruit du Lecyt Iris, «pie vous connaissez déjà, et dont la forme bizarre explique le nom populaire de Marmite de Singe. Je ne passerai pas outre, sans vous dire un mot du Rafflesia, dont on conserve la lleur dans des bocaux d’esprit-de-vin. Cette Cytinée parasite produit une lleur (pii a plus de huit pieds de circonférence, et ne pèse pas moins de quinze livres ; la corolle est à cinq pétales, réunis par un tube ou nectaire, qui peut contenir au moins douze pintes de liquide ; ce nectaire est plein de mouches, attirées par l'odeur de viande qu’il exhale. Cette fleur gigantesque croît et s’épanouit sans tige ni feuilles, et constitue presque toute la plante ; une petite racine traçante, longue à peine de deux doigts, la fixe à celles du Cissus anguslifolius, aux dépens duquel elle se nourrit.'

Nous allons maintenant visiter les cabinets qui occupent le côté droit de la Galerie : là, sont rangés les végétaux fossiles, dont M. Ad. Brongniart a publié l’histoire.

Vous avez souvent entendu dire (pie le globe terrestre n’a pas toujours été ce qu’il est actuellement, celle vérité, devenue aujourd’hui vulgaire, nous a été révélée par les couches de terrains différents, superposées les unes aux autres dans un ordre de succession qui est partout le même, et renfermant des débris d’animaux.

Ces débris attestent que les animaux des couches inférieures vivaient à ciel ouvert sur le sol de ces couches; qu’ils y ont été engloutis dans des liquides, qui se sont ensuite durcis par évaporation ; (pie sur cette croûte sont venus vivre d’autres animaux, lesquels ont été envahis à leur tour par de nouveaux liquides, qui se sont également épaissis et solidifiés, pour être habités par de nouveaux êtres qu’a détruits la formation de la croule superficielle sur laquelle vit aujourd’hui l’homme, sorti le dernier des mains du Créateur. La date relative de toutes ces révolutions nous est donnée par les ossements et les coquilles d’animaux terrestres, marins et d’eau douce, qui occupent, toujours dans le même ordre, les couches successivement formées. On en doit conclure que la mer, l’eau douce, la terre ferme, ont tour à tour occupé le même bassin; c’est ce qu’on voit, par exemple, à Paris, où l’on trouve des Huîtres marines, des Moules d’eau douce, des Quadrupèdes terrestres, et d’énormes Amphibies, tels que le Crocodile de Meiulon, etc.

Celui qui a jeté le plus de lumière sur l’histoire de ces Révolutions, est Cuvier. Un seul os, trouvé dans les carrières de Montmartre, lui a suffi pour construire, par induction, un animal complet dont l’espèce avait disparu ; et quelque temps après, on a trouvé dans le plâtre le squelette presque entier de l’animal inconnu, conforme au dessin qu’il en avait tracé. En poursuivant ses études sur les fossiles, Cuvier est arrivé à reconnaître

qu’un grand nombre d’espèces animales n’existaient plus à la surface du globe ; il en a donné la description sur les ossements qu’on a trouvés, et nous avons eu ainsi la Faune fossile de notre planète.

Vous admettrez sans peine que les premiers animaux qui peuplèrent les anciennes couches de la terre durent se nourrir de végétaux ; le Règne végétal a donc précédé le Règneanimal; mais quels étaient ces végétaux? C’est ce que M. Ad. Brongniart a entrepris de nous faire connaître : géologue et botaniste profond, il s’est livré à de longues et minutieuses recherches; les matériaux, d’abord peu nombreux, qu'il avait à sa disposition, lui ont suffi pour établir les familles et les genres de la Flore fossile; et ceux (pii sont venus s'ajouter aux premiers ont confirmé la justesse de ses aperçus. Je vais en peu de mots vous faire comprendre quelles difficultés il y avait à vaincre pour (pie la Botanique eût son Cuvier.

On peut, en Zoologie, déterminer d'après la structure d’un seul organe celle de tout l’individu : ainsi un os. ayant, grâce à la nature de son tissu serré et calcaire, résisté aux causes de décomposition, et conservé sa forme extérieure, peut révéler à un observateur exercé la proportion des autres os avec lesquels il s’agençait, et la structure des parties molles auxquelles il servait d’axe : ainsi, une dent, une griffe, un sabot, un bec. une mâchoire, en nous indiquant le régime alimentaire et les mœurs d'un animal, peuvent nous conduire à deviner sa structure complète, ou du moins à le classer dans le genre ou la famille à laquelle il appartient. Mais il n’en est pas de même en Botanique, la connexion qui lie les organes de la plante (bien qu’on ne puisse la révoquer en doute) est loin d’être aussi évidente (pie chez les animaux. C’est seulement dans les végétaux inférieurs, comme dans les Algues, où la liaison est intime entre la végétation et la fructification, (pie l’on peut reconnaître la seconde par la première, et déterminer la famille, le genre et même l'espèce; dans les Fougères, les Frêles, les Mousses, la végétation suffit pour indiquer la famille ; mais la fructification est indispensable pour arriver à reconnaître le genre : ici déjà la fructification et la végétation sont moins dépendantes l’une de l’autre; dans les monocotylédones, et surtout dans les dicotylédones, cette dépendance mutuelle des organes végétants et reproducteurs est encore moins marquée. Or, les végétaux fossiles présentant très-rarement réunis les deux systèmes d’organes, et n’ayant guère conservé que ceux de la végétation, c’est-à-dire les tiges et les feuilles, il a fallu s’en contenter pour recomposer la plante dont les parties étaient dispersées.

M. Ad. Brongniart a accordé à chaque organe une valeur fondée sur son importance ; il a mis en première ligne les caractères anatomiques de la tige, qui tiennent à l’organisation intime de la plante ; et lorsqu’il n'a pu les observer, il a cherché à découvrir dans les formes extérieures quelques modifications qui fussent, pour ainsi dire, l’expression du caractère interne. Après le mode de distribution des vaisseaux dans la tige, il a placé l’insertion des feuilles et la distribution des vaisseaux qui se rendent dans le pétiole ; enfin, l’arrangement des nervures dans les feuilles lui a fourni les signes les plus essentiels pour les distinguer entre elles, et pour déterminer les familles auxquelles elles appartiennent.

Quant aux organes reproducteurs, ils n’ont fourni à M. Brongniart qu’un bien petit nombre d'indications : la fleur ne se rencontre presque jamais ; le fruit pourrait, par sa structure, son adhérence avec le calice, le nombre et T insertion de ses graines, etc., four-

TROISIEME l'Ali T IL.

nir des caractères précieux : niais il est ordinairement impossible de le distinguer . cependant on a pu présumer le nombre des loges de l'ovaire d’après celui de ses côtes ou de ses sillons longitudinaux, ou bien encore par les t races de la base des styles.

Mais ce qui complique surtout l’étude de la Botanique fossile, ce sont les déformations variées que la chaleur, la pression en sens divers, etc., ont fait subir aux organes des végétaux : « Ces modifications, dit M. Brongniart, exigent une attention extrême pour remonter, lorsque cela est possible, de l’échantillon ainsi transformé, à son type primitif, c’est-à-dire à la forme que l’organe devait avoir durant la vie i cependant cette operation est celle qui doit précéder toute autre recherche, et sans laquelle on est conduit aux erreurs les plus grossières. Ainsi il faut, avant tout, s’assurer si l’échantillon représente la piaule ou sa contre-épreuve dans la roche environnante; dans le premier cas, on doit déterminer si la plante est entière ou incomplète; si, par exemple, 1 écorce y est encore, représentant la surface extérieure de la plante, ou si cette surface est dépourvue d’écorce et n'est qu’un moule intérieur. Dans le second cas, il faut examiner si la contre-épreuve représente la surface extérieure de l’écorce ou le noyau intérieur sans écorce. Faute de toutes ces précautions, on est exposé à des erreurs, à des multiplications d’espèces, etc. »

C’est en marchant avec prudence et circonspection dans ces routes obscures, éclairé par le flambeau de l’anatomie comparée, que M. Ad. Brongniart est parvenu à dresser l’inventaire des richesses végétales du monde antédiluvien. Dans les terrains de transition et dans les bassins de houille ( Charbon de terre), dont l’origine estdue à des végétaux accumulés, que sont venues recouvrir et comprimer sous leur poids brûlant des masses de substances minérales, la science n’a rencontré qu’un petit nombre de familles : les Algues constituent presque exclusivement la Flore des terrains de transition (qui se coin posent de schistes-ardoises noirs, calcaires, etc., lentement déposés sur le granit primitif). Dans les terrains houillers qui succédèrent aux précédents, on ne retrouve plus les Algues (qui, sans doute, vu le peu de solidité de leur tissu, ont été détruites), mais les Prèles, les Lycopodcs et les Fougères y dominent. Les Fougères de ces temps primitifs n otaient pas

les mêmes que celles qui vivent aujourd’hui dans nos climats tempérés : on ne retrouve leurs analogues (pie dans les Fougères arborescentes des régions équatoriales. « Les autres arbres de cette Janlique végétation, dit M. A. Brongniarl , sont représentés aujourd'hui par les végétaux les plus humbles de notre Flore. Ainsi les Calamites, qui avaient jusqu'à seize pieds d’élévation , ont une ressemblance presque complète avec les Prêles dont les tiges, moins grosses que le doigt , dépassent rarement trois pieds de hauteur : les Calamites étaient donc des Prêles arborescentes. Les Ijcpidodendrons, qui ont contribué, plus «pie tous les autres végétaux, à la formation de la houille, diffèrent pende nos Lycopodcs; mais tandis que les Lycopodes actuels sont de petites plantes, ordinairement rampantes et semblables à de grandes mousses, atteignant rarement trois pieds de haut et couvertes de très-petites feuilles, les Jjcpidodendrons, tout en conservant la même forme et le même aspect, s’élevaient jusqu'à soixante-quinze pieds, avaient à leur base près de neuf pieds

île circonférence, et portaient des feuilles d’un pied et demi de Ion par conséquent des Lycopodcs arborescents, comparables par leur taille Sapins. »

gnenr c'étaient aux plus grands

" APrès la destruction de cette puissante végétation primitive, qui fut ensevelie sous les dernières couches des terrains houiUers, le Règne végétal parait pendant longtemps n avoir pas atteint ce même degré de développement : cependant la période qui sépare la formation houillère de nos terrains modernes est remarquable par la prépondérance de deux familles qui se perdent pour ainsi dire au milieu de l'immense variété des végétaux dont est couverte aujourd’hui la surface de la terre, mais qui alors dominaient toutes les autres par leur nombre et leur grandeur : ce sont les Conifères et les Cy codées. L existence de ces deux familles pendant cette période est d’autant plus importante à signaler, qu’intimement liées entre elles par leur organisation (vous vous rappelez que leur fleur n'a ni calice, ni corolle, ni ovaire, et se réduit à une graine nue, protégée uniquement par une écaille), elles forment le chaînon intermédiaire entre les plantes sans cotylédons à fructification inconnue, qui composaient presque seules la végétation primitive, et les monocotylédones et dicotylédones qui, de nos jours, forment la majorité du Règne végétal. »

Palmier fo«silr.

C est au-dessus des terrains crétacés, entre la craie et le calcaire grossier, que change tout à coup la nature de la végétation terrestre. Les Cycadées ont disparu ; on ne trouve presque aucune Fougère ; la végétation est composée de Conifères trèsdifférentes des anciennes ; on voit en outre apparaître des Palmiers, des Amentacées , des Noyers, des Érables, et une foule de dicotylédones, dont on ne peut déterminer la famille. Le calcaire grossier, d’origine marine, contient de nouvelles Algues, des Naïades; et enfin les terrains d'eau douce, qui

forment les couches supérieures du sol que nous habitons aujourd’hui, présentent à l’état fossile des Char a, des Liliacées, des Nymphéas , etc.

« Ainsi, aux Prèles, aux Lovgcres, aux Lycopodcs , premier degré de l'organisation ligneuse (qu’avaient précédées les Algues), succèdent les Conifères et les Cycadées, qui tiennent un rang plus élevé dans l’écbelle des végétaux ; et à celles-ci succèdent les plantes dicotylédones qui en occupent le sommet.

« Dans le Règne végétal, comme dans le Règne animal, il y a donc eu un perfectionnement graduel dans l’organisation des êtres qui ont successivement vécu sur notre globe, depuis ceux qui, les premiers, ont apparu à sa surface, jusqu’à ceux qui l'habitent actuellement. »

Tige 5on termine du Nympliea.

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