IX. LES S E R K ES
i 9 serre tempérée.
Lu grande serre tempérée, communément. nommée Orangerie, n existe «|tie depuis (piarante ans ; elle a deux cents pieds de longueur, vingt-quatre pieds de largeur, vingtsept pieds de hauteur. La porte est large de dix pieds et haute de vingt-quatre, pour qu'on puisse aisément faire entrer et sortir les arbres. Il y a, sur le mur du fond, des poêles avec des tuyaux de chaleur, mais on n'y fait du feu que quand la température du dehors descend a quatre degrés au-dessous de zéro; les croisées s’ouvrant au midi, il suflil du moindre rayon de soleil pour entretenir une douce chaleur.
Les arbres qu’on abrite dans la serre tempérée sont originaires, les uns dé l’Asie Mineure, de la Grèce et des autres contrées de notre hémisphère, dont le climat est semblable à celui de l’Espagne ; les autres viennent de climats aussi froids que celui de la l 'rance ; mais comme leur été correspond à notre hiver, et qu’ils lleurissènt pour la plupart pendant cette saison, on ne peut les laisser en pleine terre ; il en est cependant plu sieurs dont on Unira par retarder la floraison, de manière qu’ils puissent fleurir pen danl l’été, et passer ensuite impunément l’hiver en pleine terre.
On loge les caisses dans celte serre au mois d’octobre ; on les en retire au mois de mai on place les unes dans le Grand Rond, les autres dans la grande allée transversale, qui coupe V École de botanique et sépare la Pépinière, du Carré Chaplal ; les plus petites sont disposées en amphithéâtre sur la terrasse qui est au-devant de la serre.
2° Serres chaudes
Xous venons de voir la grande serre tempérée, nous allons visiter successivement les serres chaudes, dont chacune a une destination particulière ; commençons par celles qui sont adossées à la partie orientale de la Petite Huile. Nous y entrons par une porte qui est vis-à-vis de Y Allée des Marronniers. On l rouve d’abord une petite cour où sont rangées, dans la belle saison, les plantes les plus curieuses de la serre ; à gauche, une autre cour plus petite et fermée, ou sont des couches et des châssis pour quelques plantes précieuses, et un cabinet où se font les rempotages.
Il y a ici trois serres disposées en amphithéâtre, adossées les unes aux autres, et coin muniquant entre elles ; leurs toits sont obliques et vitrés; on les couvre de paillassons pendant les grands froids, ou aux approches d’un orage, ou lorsque le soleil est trop ardent .
Entrons d’abord dans la serre Philibert, qui est la plus inférieure des trois ; elle a été construite, eu 1821, pour renfermer la riche collection qui venait d’arriver de I Inde et de Cayenne. On lui a donné le nom du capitaine de vaisseau qui a transporté ces plantes
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en France : il serait plus juste de la nommer serre Pcrrolcl, car c'est ce dernier voyageur, remarquable par son activité et son intelligence, qui, après avoir recueilli lui-même la plupart des plantes dont elle est garnie, les a toutes soignées pendant la traversée, et apportées au Muséum dans le plus bel état de végétation.
Cette serre a soixante-quinze pieds de long sur douze de large et dix de hauteur. Elle est chauffée par quatre fourneaux, dont les tuyaux y entretiennent une chaleur de quinze degrés ; c'est la plus chaude des trois : là sont déposées les plantes récemment arrivées des régions tropicales, et auxquelles on veut conserver la température de leur climat naturel. Parmi les espèces qui s'y trouvent, remarquez le Sloanœa, belle plante de la famille des Tilleuls, que MM. Guillemin et Houllet ont rapportée des forêts vierges du Brésil ; voici le Cannellier, qui est une espèce de Laurier; le Cacaoyer, qui appartient à
la famille des Malvacées, et dont la graine sert à fabriquer le chocolat ; le Giro/licr , de la famille des Myrtes ; le Cafter d’Arabie ( Coffra arabica ), dont vous connaissez l'histoire; le Café des savanes , qui nous est venu de l’Amérique septentrionale ; voici diverses espèces (Y Arum ou Goucl aux feuilles larges et en fer de flèche, dont les plus remarquables sont Y Arum discolor, Y Arum de Séguin et l'Arum palme; le Lecythis otlaria , arbre de la famille des Myrtes, dont le fruit énorme s’ouvre en travers, comme vous l’avez vu dans la Jusquiame et dans le Mouron, et ligure un vase épais, fermé par un couvercle, de là son nom de Marmite de singe. Cet arbrisseau, de la famille des Apoeynées, est le Théophraste de Jussieu ( Thcophrasta Jussiœi) : il réunit les noms de celui qui créa Ja Botanique chez les anciens, et de celui qui découvrit la Méthode chez les modernes : cet arbre, très-rare dans les serres, porte au sommet de sa tige une touffe de feuilles circulaires, figurant un vase. Voici le Brésillel ou Bois de Fcrnambouc ( Cœsalpinia cchinala ), qui doit son nom générique à un botaniste célèbre du seizième siècle : cet arbre, de la famille des Légumineuses, sert à faire des meubles, et fournit une belle couleur rouge, très-connue des teinturiers; voici enfin le Carolinea princeps ( Pachira aqualica ), qu’on nomme à la Guyane Cacao sauvage ; il appartient en effet à la famille des Malvacées; c'est un arbre remarquable par ses belles feuilles découpées en grandes digitations, et surtout par ses fleurs à étamines nombreuses, dont l’ensemble offre souvent dix pouces de diamètre, et jusqu’à quinze pouces de longueur.
Passons dans la serre Baudin, qui est au-dessus de celle-ci, et qui fut construite en 1798, pour loger les plantes apportées par le jardinier du Muséum, Riedlé, voyageur infatigable, qui avait accompagné le capitaine Baudin dans son expédition botanique à Porto-Ricco, Saint- Thomas, etc. On y fait des boutures sons châssis, on y cultive les plantes herbacées les plus curieuses, et l’on y élève de jeunes arbrisseaux pour les transporter dans la serre supérieure. Celle serre a cent quarante pieds de long sur neuf de large; elle est chauffée par deux poêles, la température y est entretenue à dix ou douze degrés. Voici Y Aristoloche éi grandes lèvres (Aristolochia labiosa ), dont les Heurs exhalent une odeur fétide; Y Aristoloche rcchignée ( Aristolochia r ingens ), le Figuier-Cerisier ( Ficus ccrasiformis ), le Laurier à glands ( Oeholca ) du Brésil ; la Cas-
si flore palmée ( Passiflorapalmala). Ce genre, dont nous verrons de nombreuses espèces tapisser les murs et les grottes des serres, doit son nom de Passiflore à la structure bizarre de sa fleur, où l'historien espagnol Pierre de Cieza a cru voir représentés tous les instruments du supplice de Notre-Seigneur Jésus-Christ : de là le nom de Fleurs de la Passion, qui a été donné aux espèces de ce genre singulier. La corolle est de cinq (•étalés, et présente entre eux et les cinq étamines trois rangées de filaments pointus, dont les plus extérieurs sont plus longs, c’est ce qui ligure la couronne d’épines ; le pistil est terminé par trois styles divergents, à stigmates élargis, ce sont les clous qui servirent à fixer le corps sur la croix ; les étamines ont des anthères à loges séparées, et ont l’apparence de marteaux ; quant aux cordes , on peut les voir dans les vrilles qui accompagnent les feuilles, et au moyen desquelles la plante s’attache aux arbres qui la soutiennent.
Nous trouvons aussi le Poivrier , plante sarinenteuse de la famille des Urticées, dont les graines fournissent la poudre nommée Poivre ; la Dionée Atirapc - Mouche ( Dionœa muscipula ), dont je vous ai parlé dans l’École de botanique; le Cecropia palmala, arbre brésilien de la famille des Urticées, dont les feuilles sont partagées en neuf longues digitations, blanches et cotonneuses en dessous, et dont la tige creuse lui a valu aux colonies le nom de lhns Trompette; le Calebassier (Cresccnlia cujetc ) , Bignoniacée dont l’ovaire énorme et de consistance ligneuse sert à fabriquer des vases ; le Tamarin ( Tamarindus indien ), Légumineuse dont la gousse brune-rougeâtre est remplie d’une pulpe aigrelette au milieu de laquelle sont nichées les graines ; le Hura crepilans , petit arbre de la famille des Euphorbes, dont les ovaires, en se décollant à la maturité, éclatent avec bruit et lancent au loin les graines ; dans la capsule desséchée et criblée d’ouvertures, on place du sable. Enlin le
Mancenillicr (Hippomane Mancinella ), de la famille des Euphorbiaeées ; cet arbre, dont le suc laiteux est le plus
redoutable des poisons du Règne végétal, habite les bords
de la mer sous les tropiques ; cependant, quelles que soient ses propriétés vénéneuses, il vaut encore mieux que sa réputation : on croit que celui qui s’endort sous son ombrage ne se réveille plus; mais le contraire a été expérimenté par plusieurs personnes. Ce qu’il y a de vrai, c’est (pie, dans certaines contrées, on ne le fait abattre que par les criminels; la pluie qui tombe sur la peau, après avoir coulé sur ses feuilles, y produit l’effet, d’un vésicatoire ; les Indiens empoisonnent leurs flèches en les trempant dans le suc qui coule de son écorce, et si le voyageur inexpérimenté se laisse séduire par les vives couleurs et le partum suave de son fruit, il ne tarde pas à périr au milieu des plus affreuses douleurs.
Le Mancenillicr.
l HUIS I EM K PARTIE.
riiitvcuriuiii a corne de ce» L
Montons dans la serre supérieure ou serre //«//ou, qui lut eonstrnite en I7SS ; elle a eeni vingt-cinq pieds et demi de long, douze pieds et demi de large, et quinze de liait leur. C’est la moins chaude des trois ; on n’y entrelieni qu une chaleur de dix degrés. Nous y trouvons une magnifique collection de Fougères équatoriales, telles que le Gymnogramma Chrysophylla, dont les feuilles sont dorées en dessous ; le Gymnogramma dcalbata, dont la face inférieure est argentée ; le Plalycerium alcicorne ou Aeroslic à corne de cerf, dont le feuillage est irrégulièrement découpe a son extrémité, ce qui offre une exception à la symétrie ordinaire des Fougères.
Voici YAslrapœa Wallichii, superbe Malvacée originaire de l’Inde, à feuilles en cœur très-grandes, et à fleurs d'un rouge éclatant, disposées en ombelles serrées. Remarquez ce Pin dammara, c’est le seul qui existe en Europe ; ce Figuier clasliyue ( Ficus elastica ), dont la stipule est située à l’aisselle de la feuille, et forme un cornet clos qui recouvre tout le bourgeon comme une sorte de coiffe; s>
I on enlève la pellicule interne et la pellicule externe de celle stipule, il reste une membrane qui, humectée d’eau et placée sur un microscope, offre les vaisseaux ramifiés de la sève descendante, dans lesquels on peut voir celte sève circuler. La sève descendante du Figuier élastique est laiteuse; lorsqu’elle a été épaissie par l’évaporation, elle fournit une espèce de cuir inodore, insipide, mou, flexible, très-élastique, connu dans le commerce sous le nom de Caoutchouc ; ce produit, blanc d’abord, devient brun par l’action de la fumée à laquelle il est exposé par les Indiens; d’autres Urticées et Eupborbiacées exotiques fournissent aussi du Caoutchouc.
Dans la serre Buffon , nous trouvons encore le Bougainvillia spcclabilis , magnifique Nyclaginée grimpante, découverte au Brésil par Commerson pendant son voyage autour du monde avec Bougainville. Les feuilles sont luisantes, la lige est mince, llexueuse, et porte les épines recourbées au-dessus de l’insertion des feuilles ; les fleurs, peu appa-
rentes, sont roses et velues en dehors, jaunes en dedans, elles ont un tube long et rétréci. Ce qui justifie le nom spécifique de cette plante, c’est la beauté de ses bractées ovales, longues et de couleur rose, réunies trois par trois sur un pédoncule à trois divisions ; une fleur est insérée sur chaque bractée, un peu plus bas que le milieu de sa face supérieure. Le G lobba penché [Globba nutans) est une îMonocotylédone de la famille des Amomées ; ses feuilles sont grandes et ses Heurs nombreuses, disposées en épi pendant; elles contiennent deux étamines et un ovaire il trois loges. Voici le Musa rosacea, qui appartient à la belle famille des Bananiers; la lige des plantes de cette famille
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BOTANIQUE. ü{7
est simple , et formée par les gaines des pétioles des feuilles <| ni se recouvrent et s'enveloppent ; le sommet de cette tige est couronné par un faisceau de Imit à douze feuilles qui acquièrent souvent dix pieds de longueur sur un de largeur; du centre de cette couronne de feuilles, sort un gros et long pédoncule, qui sert d’axe à de nombreuses Heurs, cachées sous des bractées, et formant un long épi nommé régime ; ce s lletirs ont un calice soudé avec le pistil, et divisé dans sa partie supérieure en deux lobes inégaux , il y a six étamines, dont plusieurs avortent ordinairement; l’ovaire est triangulaire et à trois loges ; à sa maturité il forme un fruit de cinq à huit pouces, qui devient jaunâtre en mûrissant; chaque régime porte communément de quatre-vingts à cent bananes.
En quittant la serre Uuffon , nous trouvons une petite serre faisant suite à la serre Philibert ; elle sert aux multiplications, ainsi qu’aux plantes exigeant de l'humidité, telles que le Népenlhes , dont je vous ai déjà parlé, le Poivre Pétel , les Eupaloires Ouagn et Âyapana , etc.
Passons maintenant aux deux Pavillons de fer qui ont été construits depuis ISoü ces magnifiques palais de cristal sont chauffés à la vapeur ; une grande chaudière est disposée derrière les Pavillons, et l’eau réduite en vapeur par l'ébullition vient se répan dre dans de gros tuyaux de fer qui régnent le long de l’intérieur des serres. Cette va peur brûlante cède sa chaleur au métal, se condense par le refroidissement et va couler dans un réservoir, où on la reprend pour la placer de nouveau dans la chaudière ; les tuyaux échauffés communiquent leur température aux couches d'air environnantes celles-ci, devenues plus légères, s’élèvent vers la région supérieure de l'édifice, et sont remplacées par des couches d’air plus froides qui se succèdent continuellement. Ce mode de chauffage est aride, malgré sa régularité, et l’atmosphère des Pavillons n’imite pas exactement celle des tropiques, où les végétaux sont rarement arrosés par de l’eau liquide, mais constamment baignés dans une vapeur tiède qui les humecte, en même temps qu elle les échauffe.
Commençons par le Pavillon oriental , dont la température est moins élevée que celle de son voisin. Le végétal «pii domine tous les autres est Y Eucalyptus glauca , arbre de la famille des Myrtes, «pii croit dans la Nouvelle-Hollande. Voici le Dragonnier des terres australes (Dracœna auslralis ), superbe Liliacée, dont nous verrons bientôt l'espèce principale; le Rhododendron des Indes , et le Dahlia arborescent du Mexiipie ; le Phormium tenaæ , dont je vouai déjà parlé; Y Acacia habillé ( Acacia veslila ), dont les folioles sont velues; le Mimosa dealbala, charmant arbrisseau à feuilles argentées ; V Acacia ét feuilles variables {Acacia hclerophylla |, dont les pétioles aplatis ressemblent à des feuilles, surtout lorsque les folioles ne s’y sont pas «le veloppées. Ce petit arbrisseau est un Thé de la Chine ( Thea viridis) ; ses feuilles sont toujours vertes, et portent à leur aisselle des Heurs élégantes ; ces deux Chênes sont le Chêne
du Népaul ( (hier eus ncpaulensis ), et le Chêne lisse ( Qucrcus glabra)\ le Lagrrslrœmia <lcs Indes est de la famille des Rosacées, et ses Heurs sont d’une belle couleur rose. — Ce gracieux souchet est le Papyrus des anciens (Cyperus papyrus). Il croît dans les marais de l’Égypte et même de la Sicile ; c’est avec les libres parallèles, composant sa tige, <pie les anciens fabriquaient leur papier; ils en coupaient des tranches longitudinales, qu'ils plaçaient en croix les unes sur les autres; ces tiges, soumises à la pression ou à la percussion, s’aplatissaient et formaient bientôt un feuillet, que l’ouvrier lissait ensuite avec un instrument d’ivoire
Cet arbrisseau, dont les feuilles ressemblent à celles des Fougères, dont le port imite celui des Palmiers, et dont la fructification rappelle celle des Conifères, appartient aux Cycadées, famille peu nombreuse en espèces, mais qui n’en est pas moins digne d’intérêt. C'est le Cycas revolula ; la graine est nue , comme dans les Conifères; il n’y a ni calice, ni corolle, ni ovaire pour la protéger ; les Heurs femelles forment un chaton, où chaque graine est placée à l’aisselle d’une espèce de pétiole avorté, dont les bords dentelés se replient pour envelopper complètement le fruit. Les Japonais mangent le Iruit du Cyeas revolula, et font si grand cas de la fécule que leur fournit la moelle de son tronc, qu’il est défendu, sous peine de mort, de transporter cet arbre hors du Japon.
Le Pavillon est tapissé par des Passiflores et autres plantes grimpantes appartenant aux genres Plumbago , Clématite, Thunhergia et Livcche.
Passons dans le Pavillon occidental, nommé le Pavillon des Palmiers ; ici la température est plus élevée. Nous trouvons d’abord le Bambou, Graminée gigantesque, rivale des Palmiers dans les Indes, où leur tige s’élève à plus de soixante pieds. Vous avez vu souvent dans nos campagnes les ondulations des blés agités par le vent ; vous figurez-vous un ouragan dans l'Inde, où croissent des forêts de Bambous? Écoutez un grand poète, il va vous transporter sur les bords du Gange : « Le vent s’engouffrait dans l’allée des Bambous, et quoique ces Roseaux indiens fussent aussi élevés que les plus grands arbres, il les agitait comme l’herbe des prairies ; on voyait, à travers des tourbillons de poussière et de feuilles, leur longue avenue tout ondoyante, dont une partie se renversait à droite et à gauche jusqu’à terre, tandis que l’autre se relevait en gémissant. » La pellicule qui
recouvre la tige du Bambou est employée par les Chinois, qui en font un papier sur lequel sont imprimés la plupart de leurs livres. Le long du mur, en entrant à gauche, vous voyez la Canne à sucre, autre Graminée moins majestueuse, mais bien plus utile que le Bambou. La tapisserie de cette serre est formée par le Figuier grimpant, le Poivre noir, et surtout par plusieurs espèces de Vanilles. La Vanille est une Orchidée sarmenteuse, comme je vous l'ai dit ; elle croît dans l’Amérique méridionale, et fournit des fruits allongés . de l’arome le plus délicieux ; ses graines sont nombreuses, très-menues, et l'on voit au milieu d’elles de petites aiguilles blanches : ce sont les cristaux d’un acide végétal, nommé acide benzoïque. La Vanille givrée est celle qui en contient, et qu’on estime le
La Viinille.
plus pour cette raison. — On a réussi à obtenir des fruits de Vanille dans cette serre ;
il a fallu pour cela féconder artificiellement le pistil de chaque fleur, en appliquant sur le stigmate le pollen solide qui caractérise cette singulière famille.
Le long du mur, vous voyez aussi le Carolinca insignis, dont les pétales ont treize pouces de longueur ; le Songe épi nars ( Caladium violaccum ), magnifique plante de la famille des Arums, et le Cierge du Pérou, rejeton de l’ancien, dont je vous ai parlé.
Au centre, sont des Palmiers entourés iV Arums grimpants, et plusieurs beaux Bananiers : voici d’abord le Slrclilzia reginæ, dont le calice, de couleur safran , contraste avec la corolle qui e>t du bleu le plus pur. Le Bananier de la Chine ( Musa sincnsis ), que vous voyez, donne des fruits meilleurs (pie ceux du Bananier de l’Edcn f Musa paradisiaca ). Linné a donné le nom de paradisiuca à ce Bananier, parce que, suivant la tradition, ce fut cet arbre dont le fruit tenta nos premiers parents, et dont ils employèrent la feuille, après leur chute, pour cacher leur nudité. La feuille du Bananier, en effet, sert de vêtement aux habitants de l’Afrique et des Indes, qui en couvrent aussi leurs cases, et tirent du fil de sa lige ; le fruit est très-nourrissant : il a le goût d’une pâle de beurre frais, légèrement sucrée.
Le Dattier [Phcenix daclylifcra ) est le plus utile des arbres de la famille des Palmiers ; dans cette famille de Monocotylédones, les étamines et les pistils habitent ordinairement des fleurs différentes ; le calice est à trois folioles, la corolle à trois pétales ; il y a six étamines ; le fruit est d'abord à trois loges, qui se réduisent par avortement à
une seule, contenant aussi le plus souvent une graine unique.
Le Dattier se cultive particulièrement dans cette partie de la Barbarie connue sous le nom de Bilidulgerid ou pays des Dattes. Les naturels fécondent artificiellement leurs Dattiers en secouant sur les arbres à pistil les branches d'un autre arbre chargé d'étamines. Le Cocotier ( Cocos nucifera ), dont vous avez pu voir un jeune individu dans la serre Philibert, est un Palmier qui croît en Asie et en Amérique. Ses fruits ont le volume de la tête de l’homme, ils sont enveloppés par un brou filandreux ; sous ce brou est une noix dure, percée à son sommet de trois trous; l'amande est creuse, et se compose d'une chair sucrée, au milieu de laquelle est un lait du même goût; cette matière, dont une moitié est liquide, et l’autre solide, n’est autre chose que cet aliment supplémentaire dont je vous ai déjà souvent entretenue, et qui doit nourrir la jeune plante , dont les proportions sont trèsexiguës dans la graine du Cocotier. Les autres Palmiers sont le Sabal umbraculifera, ou arbre à parasol ; le Latanier de Bourbon; Y Arec cachou , qui evoît aux Indes et à Ceylan, et dont l'amande a une saveur âpre et astringente : elle entre dans
Palmier.
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la composition du Bétel, pâte formée de chaux vive, de feuilles de Poivre et de graines d’Arec, que les Indiens mâchent continuellement pour exciter la salivation; ils se présentent mutuellement de cette pâte dans leurs visites, comme en Europe nous offrons du tabac aux personnes de notre compagnie.
Enfin, le plus élevé et le plus élégant des arbres de l’Amérique est Y Arec légume ( Areca oleracca ), qui fournit, au centre du bouquet de feuilles terminant sa tige un bourgeon tendre et succulent : ce bourgeon a la saveur de l'Artichaut, et on le mange aux Antilles sous le nom de Cliou-Paimistc.
Ces Fougères arborescentes sont Y Aneimia laciniala, dont la fructification est disposée en grappe, comme dans les Osmondes; et le Polypodium corcovadensc , rapporté tout récemment du Brésil par MM. Guillemin et Houllet.
Le Caïnilo ( Chrysophyllum macropliyllum ) est un grand et bel arbre des Antilles, dont le fruit renferme une pulpe agréable ; le Dragonnicr ( Dracœna draco) est un arbre gigantesque des îles Canaries, dont le tronc a souvent plus de quatre-vingts pieds de circonférence.
Nous voici au bord d'un petit bassin que protège une élégante naïade de marbre; dans ses eaux Cèdes vivent le Poutedcria crassipes, de la famille des Narcisses, le Limnocharis, le Nymphœa lotos , et le Nympham azuré ; mais la plus intéressante, sinon la plus belle de toutes ces plantes aquatiques, est le Vallisneria spiralis : les étamines
et le pistil ne sont pas réunis dans une même lleur; la fleur femelle a une longue tige roulée en spirale, qui naît d'une touffe de racines attachées au fond de l'eau, et est entourée de feuilles allongées, d’un beau vert presque transparent ; les fleurs à étamines ont un pédoncule très-court, et sont groupées autour d'un axe enveloppé d’une bractée; à l’époque de la floraison, le pédoncule de la fleur femelle allonge sa spirale, et la fleur vient flotter à la surface de l'eau, où vous pouvez voir les six pièces très-petites que forment, sur deux rangs, son calice et sa corolle ; alors les fleurs mâles se détachent de leur axe, ouvrent la bractée (pii les enveloppe, et viennent voguer autour de la fleur à pistil, (pi ils ne tardent pas à saupoudrer de leur pollen ; après cette fécondation merveilleuse, la fleur femelle resserre sa spirale, et descend au fond de l’eau, pour y mûrir ses graines.
3° Les serres courbes.
Ces Serres, qui existent depuis 1850, occupent l’emplacement des anciennes Serres construites successivement par Fagon, Buffon et Bernardin de Saint-Pierre, (pii fut,
comme vous le savez, le dernier intendant du Jardin. Elles sont à deux étages,
et chaque étage se divise en trois compartiments. L’étage inférieur est entretenu à une température plus élevée que le supérieur. Visitons d'abord l’étage inférieur : dans le premier compartiment nous trouvons le Slephanolis floribunda, Apocvnée à fleurs blanches et odorantes ; le Clerodendrum squamalum , Verveine de la Nouvelle - Hollande , dont les fleurs blanches ou roses nais- Vnt* Hes jurre« courbes. sent , trois par trois, à l’aisselle
des feuilles; la Passiflore quadrangulaire, dont le fruit est très-volumineux; le Jalropha manihot, Euphorbiacée
américaine, dont toutes les parties sont âcres, excepté la racine, qui fournit abondamment une fécule (pie vous connaissez sons le nom de Tapioka. Ensuite viennent le Figuier à stipules, qui garnit les grottes et les murailles; la Poincillade (Poinciana pulcherrima) , arbrisseau de la famille des Légumineuses, qui croit aux Antilles, et dont les feuilles et les fleurs sont employées par les indigènes dans leurs maladies; le Roucouycr [Fixa orellana) , belle Tiliacée de l’Amérique méridionale, dont les semences sont entourées d'une pellicule rougeâtre, très- répandue dans le commerce sous le nom de Itocou, et fort usitée dans la teinture en rouge ; le Ravenala de Madagascar ( Uronia mudagascaricnsis ) , qui a les feuilles du Bananier avec le tronc d’un Palmier, et
Cl *rnilentlniiii squamatiim .
croit dans les marais à Madagascar, où ses feuilles servent à couvrir les maisons, les
pellicules de ses semences à faire de l’huile, et ses semences elles-mêmes à préparer une bouillie féculente ; le Cotonnier arborescent ( Gossypium arborcum ) ; le Pilanga | Euye nia Michclii ), de la famille des Myrtes, dont le fruit est très-agréable au goût; le Goyavier, de la même famille, dont le fruit renfeime une pulpe succulente, à saveur douce et parfumée; le Rhipsalis salicornioides, plante de la famille des cactées; et enfin le Tamnus à pied d’éléphant, remarquable par la souche rabougrie et ciselée, d’où partent les tiges.
Bégonia -
Contra \ervn.
Dans le second compati iment, dont les grottes et les murailles sont tapissées de Passiflora alata, de Bégonia et de Poivriers, on élève de jeunes Palmiers. Voici le Manguier ( Mangifera indien | , arbre de la famille des Térébinthes, que l’on cultive aux
Indes et au Brésil. Ses fruits verdâtres, jaunes, rouges ou noirs sur le même arbre, sont aromatiques et savoureux; on en prépare des gelées délicieuses. Celte Rutacée, à Heurs bleues, est le Gayac officinal, grand arbre des Antilles, à bois dur, pesant et résineux ; il est employé en médecine et dans les arts. Voici des Bégonia, dont les feuilles sont d'un velouté admirable Voici le Dorslcnia con- Irayerva, qui étale sous nos yeux ses réceptacles carrés, sinueux et chargés de Heurs, dont je vous ai expliqué la structure en vous parlant de la famille des Urticées. Le troisième compartiment renferme, entre autres végétaux précieux, le Caladium
csculentum, Arum aux feuilles énormes, dont la racine lorréliée fournit une fécule nutritive; le Papayer , arbre des deux Indes, dont le fruit volumineux et odoriférant se mange conlit au sucre ou au vinaigre Le Raisinier (Coccoloba uvifera) appartient aux Polygonées; son fruit est rouge et trèsagréable à manger. UAIpinie penchée ( Alpinia milans ) est une Amomée de l’Amérique méridionale; le Bois de Cam pêche ( Hœmaloxylon campecianum ) est un grand arbre de la famille des Légumineuses, dont le bois fournit une belle teinture rouge. Le Plaqucminier Ébénier ( Diospyros Ebenus ), très-renommé en menuiserie, présente dans son bois une singularité remarquable : les couches centrales sont d’un beau noir et très-dures ; les couches plus jeunes de la circonférence,
nommées aubier, sont molles et d’une couleur blanche.
Montons dans l'étage supérieur, où I on entretient une chaleur tempérée.
Dans le premier compartiment nous trouvons surtout des plantes grasses.
Tels sont les Cierges proprement dits ( Cereus ), dont voici une variété monstrueuse ( Cereus monslrosus) ; les Mamillaria ou Cierges laiteux ; les Echinocaclus ou Cierges épineux ; les Melocaclus ou Cierges ra-
Calao ium.
Melocactu».
Aloès féroce.
Cierge monstrueux
Zinnia.
BOT A N tU UE.
bougris, et arrondis comme des Melons ; les Opunlüi ou Cierges en raquettes. Dans les
grottes, nous voyons diverses espèces d' Euphorbes, des Aloès féroces ( Aloc ferox ) ; le Poinsellia, magnifique Euphorbiacée, dont les bractées énormes sont d’un rouge vif ; et des Cierges grimpants qui tapissent les murailles. Avant de quitter ce compartiment, jetez un coup d’œil sur ce Zamia horrida, à la lige courte, aux feuilles coriaces et grandes ; il appartient à la famille du Cycas, que vous avez vu tout à l'heure. Voici VAsclépiade Attrape- Mouche {Asclepias curassavica ) , Apocynée de l'Amérique méridionale, dont les fleurs, disposées en ombelle, et d’un beau rouge aurore, attirent de pauvres mouches, qui viennent s’y engluer, jusqu’à ce que mort s'ensuive.
Dans le second compartiment, nous rencontrons des Aloès, des Opuntias, le Nopal à Cochenille, et plusieurs autres Nopals, recouverts de Cochenille. Voici le Cereus senilis, du Mexique, couvert de longs poils blancs, qui le font ressembler à la tête chenue d’un vieillard.
Dans le troisième compartiment, sont cultivées des plantes du Cap et de la Nouvelle- Hollande; les grottes sont tapissées de guirlandes de Ceropcgia eleyans, appartenant à la famille des Apocynées, et de Passiflores comestibles ( Pussiflora edulis ), dont le fruit est d’une saveur acidulé très- agréable ; on y voit aussi quelques belles Prolées, telles que le Prolca arycnlca, le Prolca speciosa et le Husselia à fleurs rouges. Le Prolca argcnlea
forme, au Cap, des forêts entières, et ses feuilles argentées en dessous jettent un éclat éblouissant quand la brise les agile.
Il ne nous reste plus à visiter que la serre des Orchidées, qui est située dans le jardin des Semis; la température y est maintenue à un haut degré ; nous trouverons là des Lælia, des Cattleia , des Oncidium, des Zygopctalum , des Calasctum, îles Houllelia , des Cypripedium, etc.
Tous ces trésors, que vous venez de visiter en deux heures, ont été amassés lentement et péniblement depuis deux siècles. 11 a fallu bien des dépenses, bien des soins, bien du dévouement pour les réunir. Les plantes vivantes que le nouveau monde envoyait à notre Jardin n'arrivaient pas toujours à bon port, il fallait un jardinier spécial pour les soigner ; il fallait des provisions d’eau pour les arroser pendant lalraver-
.,rropo»ia.
Prolea speciosa.
NtOISIEME PARTIE.
sée; il fallait que les matelots les respectassent, et souffrissent sur le pont des caisses qui embarrassaient souvent la manœuvre, et dont l’arrosement pouvait même diminuer leur ration quotidienne d’eau. Aujourd’hui l’invention du docteur Nath.Ward remédie à tous ces inconvénients, et le dévouement de Déclieux, qui sauva son plant, de Café en lui sacrifiant son eau, devient complètement superflu.
Figurez-vous une solide maisonnette en bois de chêne, longue de trois pieds quatre pouces, large de dix-lmit pouces, et haute de trente-deux. Les deux côtés du toit sont des panneaux vitrés, protégés par un grillage de lil de fer. Sur un lit de terre, qui occupe le plancher de cette caisse, on place les pots, pleins de terre eux-mêmes, et contenant chacun une plante ; on arrose bien tout cela, on pose la toiture sur la caisse, et l’on mastique toutes les jointures, de manière que la maisonnette soit hermétiquement close, et n’ait aucune communication avec l’air extérieur ; on amarre ensuite cette caisse sur le pont du navire; là, les plantes reçoivent, par leur toit de verre, la lumière et la chaleur dont elles ont besoin. Ne pouvant rien perdre au dehors par évaporation, elles conservent constamment leur atmosphère chaude et humide, et les végétaux les plus délirais, même ceux (pii sont herbacés, arrivent ainsi sains et saufs à Paris après six mois de traversée.
A cet ingénieux procédé, M. Neumann, directeur des Serres du Jardin, vient d'ajouter une amélioration importante : le transport par terre de ces caisses faisait souvent sortir les pots de leurs trous, ceux-ci roulaient pêle-mêle les uns sur les autres, elles plantes étaient bouleversées. M. Neumann recommande aux expéditeurs de fixer un lil de paille sur la terre qui remplit les pots; celte paillé, bien nette et bien droite, est disposée entre les rangs des plantes, et on l’assujettit par le moyen de traverses clouées en dehors delà caisse.
Pour achever complètement la statistique du Jardin, il ne nous reste plus à visiter que les Galeries de botanique.
8 X. LES (i ALEKIES I>E BOTANIQUE.
Dans cette longue énumération de plantes, (pie vous venez d’entendre, vous avez pu remarquer que beaucoup d’entre elles portaient le nom de personnages modernes. C’est un principe établi en histoire naturelle que quand un auteur a découvert une ou plusieurs espèces qui ne rentrent dans aucun des genres connus, il a le droit de créer, pour ces nouvelles espèces, un genre nouveau, auquel il donne un nom quelconque. Cette coutume, dont la cause première est louable, a produit un abus, qui tend à rendre ridicule et barbare la belle nomenclature latine dont Linné a tiré un si brillant parti. Les créateurs de genres, au lieu de continuer la liste harmonieuse des noms mythologiques et poétiques de l'Antiquité, ont cru acquitter une dette de reconnaissance en latinisant les noms gaulois ou tudesqnes des botanistes ou des bienfaiteurs de la science, pour les imposer aux plantes nouvellement découvertes. Aux anciens genres Hyacinthe s, Eupalorium, Gentiana, Narcissus, Amaryllis, Valcriana, Euphorbia, sont venus s’ajouter les genres modernes Hulcliinsia, Noblcvillca , Lnxembcmrgia, Hnguinvillca , U lumen-
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