ONZIÈME ET DERNIÈRE SALLE DE PREMIER ÉTAGE, OU SALLE DE LA COLLECTION
PURÉNOLOGlQUli DE GALL.
Pour vous donner une idéesuccincte de la doctrine de ce célèbre médecin, il fautd’abord que vous sachiez que la tête osseuse de l’Homme, dont vous avez sous les yeux une figure
vue de prolil, se compose de plusieurs os, dom les principaux , visibles à l'extérieur, sont : le frontal (1); le pariétal (2); l’occipital (5); le temporal (4); le sphénoïde, dont la grande aile vient jusque dans la tempe (5); l’os de la pommette (6); l’os maxillaire supérieur (7); l’os nasal (8); l’os lacrymal (9), et le maxillaire inférieur (10). Tous ces os sont pairs, à 1 exception des quatre visibles à l’extérieur; savoir : le frontal, l’occipital, le sphénoïde et la mâchoire inférieure. La boîte osseuse, ou le crâne de l’Homme, a principalement fixé l’attention de Gall. Il lui a été facile de démontrer que la forme extérieure de celle boite traduisait la périphérie du cerveau ; et, dans l’impossibilité où 1 on est de démontrer physiologiquement les divers organes spéciaux des laculiés intellectuelles et instinctives, il a été forcé de fonder sa doctrine sur les résultats d observations empiriques dont la valeur scientifique est contestée. A l’appui de * elle assertion , nous mettons sous vos yeux deux figures de cerveau humain, l’une do la lace supérieure, et l’autre de la région inférieure de cet organe.
Orvttltl humain
La première figure vous présente les deux hémisphères « a a a séparés par une grande feule longitudinale l.
La deuxième figure vous montre 1° les lobes antérieurs (a a) ; 2° les lobes moyens [b b) du cerveau. Les lobes postérieurs sont cachés par le cervelet ( d d ); au milieu , vous apercevez une saillie qu’on nomme protubérance annulaire (<•) ou nœud de l’encéphale, qui se continue avec la moelle spinale, dont la partie supérieure (/') a reçu le nom de bulbe rachidien. Les différents nerfs qui parlent du centre nerveux pour se rendre aux sens et aux muscles de la tête, se voient en avant, en arrière et sur les côtés du nœud de l’encéphale ; on a poursuivi leur origine jusque dans l’intérieur de la moelle, et on les distingue en nerfs sensitifs et en nerfs moteurs.
Les flexuosités que vous apercevez dans ces deux figures sont les circonvolutions du cerveau et du cervelet, dont l’irrégularité ne se prèle point à une distinction nette des prétendus organes spéciaux des facultés de 1 intelligence et de 1 instinct.
Les deux autres ligures qui suivent représentent 1 une le cciveau duKanguroo,stu lequel vous voyez encore quelques circonvolutions \ I autre un cerveau de Wombat, dont la surface est lisse et n’offre plus aucune flexuosité.
Cerveau de Kangnro»- Cerveau de Woinbal.
On vous a déjà fait connaître (pie le Kanguroo et le Wombat appartiennent au groupe des Mammifères Marsupiaux. (Voy. p. loi et suiv.)
La structure du cerveau des Marsupiaux, qui, dans la Méthode de M. de Blainville, termine le sous-type des Vertébrés vivipares ou Mammifères, est moins complexe que dans les Mammifères ordinaires, et les rapproche naturellement des Vertébrés ovipares, chez lesquels l’organe de l’intelligence se simplifie de plus en plus, depuis le Perroquet jusqu'à la Mvxine ou à l’Ampbioxus de Yarell. Celle simplification arrive enfin à son
r,iu
summum dans le cerveau des animaux Invertébrés (Articulés, Mollusques et Zoophvles). Ees derniers de ces animaux ne présentent même aucun vestige de système nerveux.
Vous concevez facilement toutes les difficultés qu’il faut vaincre pour parvenir à connaître la structure et les fonctions de ce grand appareil des ncifs. Les Anatomistes continuent de scruter profondément celle structure; les Physiologistes et les Naturalistes multiplient cl varient les expériences les plus délicates pour soulever le voile épais qui nous cache ces fonctions mystérieuses. Nous devons espérer beaucoup de leur habileté et de leur zèle infatigable ; mais nous croyons aussi devoir nous imposer une réserve qui nous est commandée par l’état d’imperfection où se trouve la branche de la physiologie à laquelle on a donné de nos jours le nom de Phrénologie comparer.
Est-il possible, en effet, en étudiant avec persévérance les bosses du crâne des Vertébrés et celles de la tête des Invertébrés qui en ont une, de parvenir à constater exactement les facultés, les degrés et les tendances de l’intelligence et de l’instinct des animaux ? C’est là le problème (pie Gall s’était proposé et qu'il avait essayé de résoudre. La collection qui est sous vos yeux, et qui se compose de tètes osseuses d’Hommes et d’un certain nombre de Vertébrés, de plâtres, de tcles entières ou simplement «le masques, est là pour prouver la persévérance des efforts que ce célèbre Anatomiste a laits, pendant toute sa vie , pour établir sa doctrine phrénologique. Celle doctrine a eu trop de retentissement pour qu’il soit nécessaire de vous en donner ici un exposé succinct.
Les masques, les plâtres de tètes entières, ou les tètes osseuses d’un grand nombre d’individus de l’espèce humaine, sont rangés sous trois principaux chefs, savoir: l°eeux qui ont acquis une célébrité plus ou moins grande dans les sciences, les ai ls, etc.; 2° ceux qui ont commis des crimes plus ou moins grands, et enfin ceux qui, par l’exagération de leurs facultés, ont été atteints d’aliénation. Ce sont là des témoignages directs fournis par Gall à l'appui de sa doctrine. Il a aussi présenté comme témoignages indirects des têtes naturelles ou des plâtres d'idiots ou d’individus atteints de maladies du cerveau (hydrocéphales, etc.).
On ne peut s’empêcher de reconnaître qu'il y a beaucoup de mérite à tenter de résoudre un problème aussi ardu; mais Gall et Spurzheim, son élève, dont un plâtre est sous vos yeux, ont, indépendamment de leurs travaux phrénologiqucs, beaucoup avancé et perfectionné l'anatomie du cerveau et de la moelle épinière des Vertébrés, cl lorsqu’on réfléchit à la difficulté de résoudre la grande question qu'ils ont soulevée, on doit reconnaître que l'administration du Muséum a dû apprécier leurs travaux, et a très-bien fait d’acquérir celle collection.
La localisation des organes des facultés de l’esprit de l’homme, et la classification de ces facultés, sont et seront probablement toujours des points contestables; c’est pourquoi nous nous croyons dispensés de vous exposer ici les arguments fournis pour ou contre celle doctrine.
Nous devons cependant vous faire remarquer que la Crâniologie, ou l’art de reconnaître les facultés par les bosses du crâne, ne pourrait guère être appliquée qu’à l’Homme et a un certain nombre d’animaux dont les os ciàniens ont peu d’épaisseur et u’offronl pas de sinus olfactifs ou auditifs prolongés entre leurs deux tables. Aussi le crâne des Eléphants cl celui des Cochons, très-grands à l’extérieur, ne présentent qu’une
cavité crânienne très-petite, logeant un cerveau dont le volume n est nullement en rapport avec la grandeur de la lèle. A ces objections présentées par M. de Blainville à la doctrine crâniologique, on pourrait en joindre beaucoup d’autres relatives aux variétés de proportions respectives des cavités de la tête osseuse des Vertébrés. Ces cavités, qui sont : 1° les réceptacles des quatre sens (œil, oreille , sens de 1 odorat et du goût); 2° les réceptacles des muscles des mâchoires (fosses temporales et zygomatiques), et 5° la cavité du crâne ou boîte du cerveau, doivent, en effet, cire considétées dans leurs rapports avec les variétés de configuration des organes des sens, des muscles et des cerveaux, qui, dans la série des animaux vertébrés, sc simplifient graduellement, en procédant des premiers Singes aux derniers Poissons.
Nous vous engageons cependant à remarquer dans la collection de Gall les tôles ou les masques de plusieurs hommes célèbres dans Tfiisloire, celles des criminels et des aliénés. Vous verrez aussi dans le bas de l’armoire à gauche, entre la croisée et 1 escalier, des têtes recouvertes de leur peau, tatouées et préparées par les naturels de la Nouvelle-Zélande, qui sont encore anthropophages, et qui les conservent comme des trophées de leur victoire.
Ici se termine la collection d’Analomie comparée. Il faut maintenant descendre l’escalier pour arriver dans la salle du rez-de-chaussée où se trouve la porte de sortie. Mais avant de descendre cet escalier, nous vous engageons a porter vos regards sur les dessins de la tête de l’Eléphant, et de celle du Rhinocéros de Sibérie, qui ont été donnés au Muséum par l’Académie impériale des sciences de Saint- Pétersbourg. Ces dessins sous verre sont en face du haut de l’escalier. L’histoire de cet Eléphant et de ce Rhinocéros est un fait très-remarquable en zoologie et en géologie ; et attendu qu’il vous en sera fait mention à l’occasion des Fossiles qui sont aux galeries de géologie et de minéralogie, nous vous en donnons avis pour que vous ne perdiez pas de vue ces deux animaux, lorsque les parties qu’on en possède passeront sous vos yeux.
Il vous faut aussi remarquer dans les diverses salles les plâtres des têtes du Moso-
Dinothérium.
satire et du Dinothérium (première salle du rez-de-chaussée), et ceux des squelettes du Plésiosaure et de lTcthyosaure, l’un au bas de l’escalier qui conduit à la dernière salle (rez-de-chaussée); les autres sur le mur, à droite de celte salle. Il sera fait mention de ces animaux fossiles dans la description de la collection palcontologiquc placée dans le Musée de Minéralogie eide Géologie.
Vous n’avez plus maintenant qu’à parcourir rapidement la salle du rez-de-chaussée où sc trouvent les squelettes des Ruminants, c’est-à-dirc des Bœufs, des Boucs, des Moutons, des Chameaux, des Girafes, des Cerfs, et ceux des Pachydermes, c’est-àdire des Eléphants, des Rhinocéros, des Tapirs, des Cochons ou Sangliers, et des Chevaux ; ces derniers sont placés en partie sur les côtés de la porte de sortie. En face de celte porte, cl au fond de celle salle, se trouve le squelette incomplet d’un animal fossile, le Mégathérium, dont l’espèce est perdue; vous verrez qu’on n’en possède que quelques parties de la tête, du tronc et des membres.
Le Mégathérium.
Si des squelettes entiers de cet animal n’existaient point à Madrid, il serait possible de restituer plus ou moins exactement toutes les parties qui manquent. Ces procédés ingénieux de restitution des animaux perdus, quoique réellement empiriques, ont fourni à G. Cuvier des vues hardies et très-contestables d’anatomie transcendante, qui, jointes à ses nombreux travaux, lui ont valu l’illustration dont il a joui pendant sa vie, et lui ont mérité la reconnaissance de ses élèves et de ses contemporains.
ANTHROPOLOGIE
11 n'y a point d’étude plus digne de notre attention et de notre intérêt que celle de notre propre espèce, et, de même que l’Homme occupe le premier rang parmi les créatures, les sciences qui le concernent doivent être au premier rang parmi les sciences naturelles. Cette vérité est aujourd’hui généralement admise; une foule de savants consacrent leurs veilles à des travaux relatifs à l’Homme, et le précepte de Socrate : Conn ai s -loi loi-même , reçoit tous les jours une application plus étendue. Cependant le Muséum semble être demeuré étranger à ce mouvement. Ce bel établissement, si riche en collections de tout genre, ne possède pas encore une galerie d’anthropologie. Le premier et le plus intéressant de tous les animaux ne ligure pas dans ce palais où tous les animaux doivent être représentés. On y peut voir des exemplaires de tous les singes et de tous les ours ; mais on y chercherait vainement des images de toutes les races d’hommes. C’est là une lacune qu’il est urgent de combler. Je veux qu’on me montre enfin toutes les pièces de ce long procès intenté par la race blanche aux races de couleur ; je veux
voir par mes yeux si en elïet il y a plusieurs espèces d'hommes bien distinctes ; si le Nègre est une variété du Singe ou de l’Homme ; si c’est Voltaire qui a raison, ou l’auteur
de la Genèse.
« A quelles causes, nous demanderez -vous, faut-il attribuer la lacune que vous venez de signaler? Est-ce indifférence, est-ce antipathie, est-ce oubli de la part des administrateurs? -> Nullement, les administrateurs aiment avec une égale tendresse toutes les sciences dont la direction leur est confiée ; ils hâtent leurs progrès avec la même sollicitude, et n’ont pour aucune d’elles ni répulsion aveugle, ni partialité exclusive. Ils ont pourvu à l’anthropologie comme aux autres branches, et si la galerie n’existe pas encore ce n’est pas faute de matériaux. On en a réuni un grand nombre que l’on doit aux soins de voyageurs distingués, et surtout à M. Dumoutier, qui a rapporté d’Asie une série de masques moulés sur des indigènes de Bornéo, de l’Inde et de plusieurs autres contrées où il s’est arrêté. Toutes ces richesses, fruit de tant de fatigues, perdues jusqu’à ce jour pour le public, vont enfin être livrées à l’admiration des amis de la science : un local spacieux et disposé avec la méthode convenable permettra de saisi r la liaison qui existe entre les variétés des différents types de 1 espèce humaine .
Voici bientôt six mille ans que l’Homme observe ses semblables et qu’il pose les fondements de la science dont nous allons parler, et pourtant cette science, la plus ancienne de toutes, est peut-être la moins avancée et la moins solidement assise. Une multitude de savants sont venus, chacun armé d’un système, s’en disputer la possession, comme autrefois on se disputait la main d’une belle qui devait être le prix du combat. La lutte dure encore, et il est impossible de prévoir à qui restera la victoire.
La première question à résoudre quand on s’occupe de l’Homme, c’est de savoir dans quel ordre de la série animale on doit le classer. Aristote le regardait comme un être tellement supérieur aux animaux, qu’il aurait cru commettre un sacrilège s’il l’avait confondu avec eux. Linné, au contraire, moins pénétré de notre mérite et de notre perfection nous range sans façon parmi les Primatès, à côté des Singes et des Chauves- Souris. « On n’a encore pu découvrir, dit ce grand naturaliste, aucun caractère bien
« positif qui autorise à séparer l’Homme du Singe. •>
Quoi! l’être qui a mesuré la terre et les cieux, quia décomposé la lumière, qui a inventé les langues, qui a construit tous ces beaux édifices, animé toutes ces statues ; l'être qui a do npté la vapeur et l’a rendue exécutrice fidèle de ses volontés ; l’etre qui pense et qui prévoit, l’être doué de raison, ne différerait du Singe que par un plus haut degré d’intelligence! Le jour où vous avez écrit ces lignes, honnête Linné, vous aviez sans doute à vous plaindre de quelqu’un de vos semblables, et c’est ainsi que vous
vous êtes vengé.
Deux professeurs du Jardin des Plantes, Daubenton et Vicq-d’Azyr, entreprirent, dans le siècle passé, de réfuter Linné et de réhabiliter l’espèce humaine. Il ne leur fut pas difficile de démontrer que si l’Homme se rapprochait du Singe par son organisation, il s’en éloignait réellement par ses facultés morales, et que, quelle que fût leur analogie
apparente, il y avait toujours un abime entre eux.
De nos jours, un autre savant français, l’illustre Cuvier, a soutenu la même thèse et a conclu à l’adoption d’une nouvelle classification. Il a divisé les Primatès de Linné en trois ordres : celui des Bimanes ou des animaux à deux mains, qui comprend toutes
ies races d'hommes; celui des Quadrumanes ou des animaux à quatre mains, qui renferme tous les Singes; et enfin l’ordre des Chéiroptères ou des Chauves-Souris.
Nous savons très-bien que l’Homme, si supérieur aux animaux par son intelligence, se ravale souvent au-dessous d’eux par ses vices; nous n’ignorons pas qu’on l’a vu et qu’on le voit encore tous les jours plus féroce que les Tigres et les Hyènes auxquels il donne la chasse ; mais ses excès mêmes ne sont-ils pas une nouvelle preuve de sa supériorité, et ne dénotent-ils pas une liberté d’action, une force de volonté et de réflexion dont la brute est incapable? L’abus de ses facultés peut être la source des crimes les plus horribles, comme, en revanche, leur emploi bien dirigé peut faire naître les vertus les plus sublimes.
Voyons maintenant quels sont, d’après Cuvier, les caractères essentiels de notre espèce :
Station droite et perpendiculaire; corps soutenu par les membres inférieurs, lesquels sont développés en raison du poids qu’ils ont à porter ; pieds plantigrades, pentadactj les, non préhensiles ;
Extrémités supérieures libres, à clavicules, terminées par des mains véritables, c’est-à-dire par des organes propres au toucher et à la préhension, et ayant un pouce opposable à tous les autres doigts ;
Tête placée sur l’épine dorsale , crâne développé dans les proportions du visage ; mâchoire inférieure courte et sjmphyse ajant forme de menton ;
Deuts au nombre de 32, d’égale longueur et sans intervalle entre elles ;
Hémisphères cérébraux très-prépondérants : cerveau d’un volume proportionné à la multitude •le nerfs qui y aboutissent ;
Croissance lente, enfance longue, maturité tardive ;
Peau lisse ; point d’armes naturelles, ni offensives ni défensives;
Deux mamelles pectorales ;
Coccyx court et recourbé.
L Ho mine est, de tous les animaux, le seul qui ait une station droite, aisée et naturelle : la capacité et la position du crâne, la structure de l’épine dorsale, le développement osseux et musculaire du bassin et des extrémités inférieures, ne lui permettraient pas de se tenu autrement. Les membres inférieurs seuls étant exclusivement destinés a la marche, il en résulte que les membres supérieurs sont entièrement libres. Dans les Chimpanzés et les Orangs, les quatre extrémités sont tout à la fois des organes de locomotion et de préhension. Ee Chimpanzé peut, il est vrai, changer de place en se tenant debout sui ses jambes : mais il se traîne plutôt qu’il ne marche, et il est obligé à tout moment de s’appuyer sur ses membres antérieurs. Les mains des Singes sont propres à saisir les objets, mais elles n’ont pas le caractère des véritables mains ; le pouce n’est pas opposable aux autres doigts. Une autre différence non moins importante, c’est que les membres postérieurs des Singes sont préhensiles comme ceux de devant, tandis que nos pieds sont exclusivement conformés pour la marche. L’Homme a le cou moins gros, a pioportion, (pie les Quadrupèdes, niais la poitrine plus large ; il n’y a (pie le Singe et lui qui aient des clavicules.
Ici une autre question se présente ; question immense, question difficile, ou pour mieux dire impossible à résoudre, et contre laquelle sont venus se briser tous les efforts des savants : c’est la question des espèces et des races. Les hommes dérivent-ils tous d'un seul homme comme le veut la Genèse, ou bien de deux ou plusieurs hommes de différentes couleurs ? Quand nous égorgeons nos voisins pour l'amusement de nos princes ou pour la satisfaction de notre ambition, égorgeons- nous nos propres frères ou les descendants d’une autre souche que la nôtre? Les philosophes, les naturalistes de tous les temps ont longuement étudié ces questions, et de leurs profondes méditations, qu’estil sorti? Comme toujours, des systèmes. Si du moins ces systèmes étaient d’accord entre eux, cette harmonie leur mériterait jusqu’à un certain point notre confiance ; mais ils se contredisent tous et se détruisent les uns les autres. Nous nous garderons bien de les examiner et encore plus de les reproduire ; nous n’en rapporterons qu’un seul, celui de Martin, qui est le plus récent, et, à notre avis, le plus complet.
Blumenbach n’admettait qu’une seule espèce d’hommes présentant cinq grandes variétés : la Caucasique, la Mongole, l’Éthiopique, la Malaie et l’Américaine. La variété Caucasique était, selon lui, la souche de toutes les autres. Cuvier, dont tous les travaux semblent n’avoir eu pour but que la confirmation des Écritures, n’admet aussi qu’une espèce, et il la divise, conformément à la tradition hébraïque, en trois races : la Caucasique, la Mongole, l’Éthiopique. Le système de Martin résume et complète ceux de ses devanciers. Martin partage le genre humain en cinq races, chacune desquelles se subdivise en plusieurs familles et tribus. Le tableau qu’il en donne, accompagné des caractères particuliers à chaque race, nous a paru curieux et instructif. Le voici :
I I.es anciens habitants rte la
f. R *<:k japïtiqci': Tète ovale; front ouvert ; nez proéminent ; os des joues peu ou point saillants; oreilles petites et fermées; dents verticales; mâchoires, moyenne, avec un menton bien exprimé; cheveux longs flottants, quelque- I fois crépus, mais jamais laineux ; barbe I épaisse ; teint variable.
Européens.
Asiatiques.
Africains.
II. Race nectijniennk. Tète ai'rondie, quelquefois comprimée sur les côtés; télé subovale avec les os des joues proéminents; j yeux plus éloignés les uns des autres que I dans la race japétique, et plus élevés aux I angles temporaux ; iris noir ; bouche moyenne ; lèvres relevées ; cheveux longs, j droits, noirs; barbe rare et tant soit peu roide; membres bien formés; plante des ! pieds étroite; teint basané, ou brun jaunâtre.
III. Race mongole. Tête grosse et haute visage aplati; pommettes relevées, proé-j minentes; yeux étroits, obliques; paupiè-l res saillantes; sourcils arqués ; nez écrasé ; , narines très-ouvertes ; menton dépourvu l de barbe ; oreilles larges; bouche très fen- 1 due; dents droites; teint jaune très-basané.-'
lYr. Race piiognatique. Mâchoires grandes, proéminentes ; dents incisives obliques ; front étroit; tète comprimée des deux I côtés; os des joues saillants ; lèvres épais- I ses; nez épaté; narines très-ouvertes; cheveux laineux et embrouillés, quelque- i fois crépus, quelquefois roides et longs ; | barbe clair-semée et roide ; couleur noire foncée ou basanée jaimâtre.
V. Race occidentale. Front aplati; le som-, met de la tète peu élevé ; pommettes trèsproéminentes; ouverture des yeux linéaire, j ordinairement oblique; nez peu saillant,! quelquefois écrasé; bouche très-fendue ; j dents légèrement obliques; cheveux longs, roides, noirs; barbe très-clair semée; couleur variable, brune, jaunâtre ou cuivrée. I
Malais.
Polynésiens.
Mongols.
Hyperboréens.
Afro-nègres.
Hottentots.
Papous
Alfourous.
Colombiens.
Américains du Sud,
Patagons.
| Les indigènes de la presqu'île de \ Malaca.
Les Storas de Madagascar.
ILes indigènes de la Nouvelle-Zélande, des îles Sandwich, des îles de ( la Société, etc.
(Peut-être les émigrants qui fondèrent l’empire du Pérou et celui du Mexique-
LesMongols.Tartares, Mautchous,
I Calmoucks, Chinois, Coréens, Japoj nais, Thibétains, Avauais, Pégnans, Siamois, etc.
j Ostiages, Tongouses, Samoïèdes, ( Lapons, Esquimaux, etc
Tous les nègres d’ Afrique, lesCali es .
j Namaquois, Coras, Gonaquois, < Saabes.
1 Noirs aux cheveux laineux de la Nouvelle-Guinée, de la terre de Van Diemen. les Papous de Madagascar.
/ Noirs aux cheveux droits ou crél pus de la Nouvelle-Guinée, de quel- / ques îles de l’archipel indien, de la i Nouvelle-Hollande, les Virzembirs \ de Madagascar.
I Indigènes de l’Amérique du Nord, du Mexique, de la Floride du Yutacan, de la Colombie.
/ Indigènes des bords de l’Amazone J et des sources supérieures de l’Ori- | noco, du Brésil, du Paraguay, de l'intérieur du Chili, etc.
| Les indigènes de la Patagonie,
Chez l’Européen, la hauteur de six ou sept fois celle de la tête donne la grandeur totale des individus. Dans le Calmouck, la proportion n’est que de cinq fois et demie ; et chez les Esquimaux, les Samoïèdes, de cinq fois seulement.
Le phénomène le plus remarquable sur la couleur des habitants de la terre, c’est que la zone torride n’est habitée que par des peuples noirs ou fort basanés. En s’éloignant de l’équateur, la couleur des peuples s’éclaircit par nuances ; elle est encore fort brune au delà du tropique ; et l’on ne la trouve tout à fait blanche que lorsqu'on avance dans la zone tempérée. C’est aux extrémités de cette zone qu’on trouve les peuples les plus blancs. Dans les climats glacés, où les Heurs refusent de naître, on trouve des teints de lis et de rose.
Les habitants de l’extrémité septentrionale de l’Europe sont les plus petits hommes qui nous soient connus; ceux de l’extrémité méridionale de l’Amérique sont les plus
grands. Les Lapons, dn côté <Iu nord, les Patagons du côté du midi, paraissent les termes extrêmes de la race des hommes.
Race japétique. Cette race est la plus nombreuse et la plus répandue. Elle occupe rindostan, la Perse, l'Arabie, la Palestine, la Circassie, le nord de l’Afrique, toute l’Europe, et la plus grande partie des deux Amériques. C’est la seule race qui présente des cheveux blonds ou châtains, et des yeux bleus. C’est aussi la plus blanche et la plus susceptible d’une haute civilisation.
A défaut des analogies de conformation, les affinités qui existent entre la plupart des langues des nations japéliques suffiraient pour prouver leur identité d’origine. Le Caucase, selon les uns, l’Himalaya, selon les autres, a été le berceau de tous ces peuples; c’est de là qu’ils se sont disséminés dans toutes les parties du monde. Les premiers qui se soient établis en Europe paraissent être les Celtes et les Scythes ; après ceux-ci arrivèrent les Latins, puis les Grecs. Les trihus germaniques et slaves se montrèrent les dernières. On ne peut assigner aucune date un peu exacte à ces émigrations ; seulement il est reconnu que les six branches que nous venons de signaler appartiennent toutes à la même tige, et quelles s’en sont détachées à des époques différentes pour venir s’implanter en Europe. Leurs idiomes, dérivés des mêmes racines, soumis aux mêmes lois grammaticales, ne permettent plus aucun doute à cet égard.
La race japétique est la plus guerrière, la plus intelligente et la plus belle.
Les conquêtes d’Alexandre, de Cyrus, de César, de Charlemagne; les batailles si savamment combinées de Napoléon, attestent un talent particulier et des dispositions spéciales pour les travaux de la guerre. D’un autre côté, nos sciences et nos arts annoncent une aptitude non moins admirable pour les travaux de la paix. La sculpture, la peinture, la musique, les lettres alphabétiques, les chiffres, la poudre à canon, l’imprimerie, les montres, les chemins de fer, et mille autres inventions merveilleuses et utiles, sont dus à ces hommes dont l’angle facial s’ouvre jusqu’à quatre-vingt-cinq ou quatre-vingtdix degrés ; forte présomption en faveur de la phrénologie. Mais, outre que les individus de cette race sont les mieux partagés sous le rapport des facultés intellectuelles, ce sont aussi ceux que la nature a le mieux dotés sous le rapport des avantages extérieurs. Nous allons entreprendre l'analyse rapide de quelques-uns des principaux types humains. Nous les examinerons dans chaque race d'après l’ordre que leur assigne leur degré plus ou moins élevé de beauté physique. Le type grec étant celui qui approche le plus de la perfection nous occupera le premier.
La taille des Grecs est moyenne ; leurs cheveux sont noirs ; leur peau est naturellement blanche, mais elle devient sombre par l’action de la lumière; sourcil droit ; nez droit, ou légèrement aquilin, très-peu comprimé à sa racine; lèvre supérieure, courte. Nous reproduisons ici la tête de l’Apollon, qui est une représentation fidèle, quoique idéalisée, du style hellénique, et qui offre la synthèse la plus complète des idées des Grecs sur la beauté, tant physique que morale. On reconnaît dans cette tête tous les traits particuliers à la famille pélasgique. Le front est large, haut et saillant, en signe d'une haute intelligence; la ligne superorbitale est fortement marquée. Les yeux sont grands, et placés à une bonne distance l'un de l'autre; c’est là un des caractères les plus essentiels de l’homme; chez les singes, les yeux sont très-rapprochés du nez. L’angle interne de l’ccil est plus élevé que l’angle externe ; ce caractère, un des plus importants
Fier et trop au-dessus d'une terrestre gloire, Semble à peine daigner sourire à sa victoire.
Le menton est rond et bien pris.
La région inférieure de cette tète est subordonnée à l'autre, afin d'écarter toute apparence de ressemblance avec la brute ; mais l'artiste a su poétiser la nature sans sortir des limites de la vraisemblance. Il n'a pas exagéré ce caractère, et il a bien fait, car un menton trop rentrant est presque toujours l’indice d’un
de la race japélique, ajoute à la noblesse de la physionomie. Chez les Mongols, on remarque le contraire ; leurs yeux sont obliques, et cette disposition donne à leurs traits un air de bassesse et de ruse.
Le nez de l’Apollon descend du front avec grâce et presque sans interruption ; les narines, frémissantes de colère et de mépris , sont doucement arrondies ; la bouche est moyenne ; les lèvres décrivent une ligne onduleuse, et on y voit éclater un sentiment de dignité et de dédain qui a été assez heureusement rendu dans ces vers : Le Dieu, dit le poêle,
esprit faible et borné. Cette harmonie entre les deux parties du visage se retrouve dans toutes les ligures de héros et de divinités sorties de la main des Grecs.
Le type romain, le plus beau après celui que nous venons de décrire, offre des traits beaucoup moins délicats; une mâchoire inférieure plus forte, un menton plus saillant, un nez moins égal, plus aquilin et plus distinct du front. Les anciens Romains, et les Italiens modernes, ont le front plutôt large qu'élevé, et des yeux moyens.
Un des types modernes les plus réguliers, c’est le type ottoman. Le front est droit et n’avance pas autant que chez les Grecs; l’os interorbital, ou glabella, est proéminent ; le nez est long et aquilin, mais pas aussi saillant que chez les Romains et plus contigu au front; les yeux sont écartés du nez, et les angles internes et externes sont de niveau ; la lèvre supérieure est courte ; le menton est plein et bien modelé. Voilà assurément une bien noble physionomie , et pourtant les Ottomans font partie de la famille tartare, où sont compris les hideux Cosaques et lesRisguis, qui forment la transition
entre la race Japélique et la race Mongole. Que
ceux qui aiment les contrastes coin-
parent le type turc avec le type tartare, qui en est la souche. S’il est vrai, comme on le prétend, que les extrêmes se touchent, jamais ils ne se touchèrent moins que dans ce cas. Voici le portrait d’un Tartare. Les cheveux sont longs, droits et noirs . le haut du visage est large et ridé; dès l’enfance le nez est court, épaté, quelquefois nul,* les yeux sont petits et enfoncés ; les sourcils gros et couvrant l’œil , les paupières épaisses ; les pommettes très-saillantes ; le bas dn visage étroit ; le menton long et avancé ; la mâchoire supérieure enfoncée; les dents longues et séparées; la liarbe rare et par bouquets, la face plate ; le teint olivâtre et basané ; la stature médiocre ; le corps fort et robuste; les cuisses grosses ; les jambes courtes.
11 est probable que si tous les Tartares menaient, comme les Ottomans, une vie molle et facile, la plupart de ces caractères s’effaceraient peu à peu. L’éducation et la civilisation n’influent pas moins sur le physique de l’homme que sur son moral. Les traits changent et se modifient suivant les circonstances extérieures et les conditions d’existence.
La Circassie et la Géorgie sont les pépinières ou les harems d’Orient recrutent leurs plus belles Odalisques. « Je n’ai pas remarqué, dit Chardin, un visage laid en ce pays-là « parmi l’un et l’autre sexe, mais j’y en ai vu d’angéliques. »
Les Circassiens et les Géorgiens ont le visage ovale, les yeux grands et noirs, les sourcils minces et arqués, le nez droit, la bouche petite, les cheveux longs, noirs et lins, le teint blanc et rosé.
La famille Slave tient le milieu entre la Pélasgique et la Tartare : elle participe de l’une et de l’autre. Elle vient de l’Inde, comme la première ; mais elle s’est mêlée à la seconde par suite d’invasions et de conquêtes successives et réciproques.
Les Slaves présentent un teint plus brun, des yeux plus noirs, des cheveux d'un châlain plus foncé que ne le comportent les climats froids qu’ils habitent, et sous lesquels on ne voit guère que des cheveux blonds et des yeux bleus. A l’exception des Polonais, les peuples slaves ont peu de goût pour les arts, peu d’amour polir la liberté , l’ignorance et la servitude ont été jusqu’ici leur partage. Qu’il y a loin de cette famille à la famille Teutonique ! Les descendants de ces barbares, qui détruisirent l’empire romain, ont toujours eu horreur du despotisme; et n’ont cessé de combattre pour l’égalité et la liberté. Us ont aussi cultivé les arts et les sciences avec succès ; mais ils se sont surtout distingués dans les arts mécaniques et dans l'industrie.
Rien que la famille Teutonique soit une des plus connues, comme c’est celle à laquelle nous appartenons, nous ne saurions la passer tout à fait sous silence. Les Bavarois en sont les plus beaux représentants ; immédiatement après eux il faudrait placer les Prussiens, si ce peuple, quoique parlant la même langue, n’était, comme on sait, d’origine slave et non pas germanique. Les Anglais viennent en second lieu; leur haute stature, leurs cheveux blonds, leurs yeux bleus, leur teint rosé, faisaient dire à Grégoire de Tours que ce n'étaient pas des Angles, mais des Anges : Non Angli srit angeli. Aucun historien du moyen âge n’a pensé à tracer le portrait des Francs ; il aurait été curieux de constater jusqu’à quel point notre physionomie diffère de celle de nos aïeux. Quant à leur caractère, il a été décrit avec soin par plusieurs contemporains, et nous pouvons assez bien nous reconnaître dans la peinture qu'ils en font : « Leur premier choc, disent « Fronton A mmien, Marcellin, Hirtius Pansa et Silius Italiens, leur premier choc est
ANTHROPOLOGIE
« impérieux et terrible; mais leur légèreté, leur inconstance, faisaient avorter la plupart « de leurs entreprises. Toujours francs, dédaignant la ruse et les détours, aimant la pa- « rare et la richesse des habits; glorieux et même vains dans leurs discours ; avides de « nouveautés et de changement, souvent ennemis de la prudence qui semble déceler la « timidité.» Tels étaient les Francs du moyen âge, et (nous permet tra-t-on de le dire?) tels sont aussi les Français de nos jours.
Des Français aux Indiens la distance est énorme, mais la science a de grandes jambes, et en trois pas elle fait le tour du monde. D'ailleurs nous sommes proches parents des Indiens ; notre langue, malgré toutes ses modifications successives, a conservé une étroite analogie avec le sanscritd’où elle dérive, ainsi que le latin, le grec, l'allemand et le russe. Nos ex-compatriotes de l’Inde ont la taille moyenne ou même petite, le teint jaune et bronzé, le visage maigre et étroit; leurs yeux sont très-ouverts, garnis de longs cils et surmontés de sourcils bien arqués ; l’iris est ordinairement noir ; le nez est droit, bien pris, jamais aplati, et les narines jamais très-larges. La bouche est moyenne, les lèvres minces, le menton rond et toujours sillonné par une fossette ; les oreilles sont moyennes et bien faites; les mains et les pieds sont petits, la peau très-fine, les cheveux longs, noirs et luisants, les moustaches épaisses et la barbe rare.
La famille sémitique comprend le plus extraordinaire des peuples, le peuple des miracles et des prophéties, le peuple d’où sont sortis Moïse, Isaïe et Jésus-Christ! Les juifs ont le nez long et aquilin, les lèvres épaisses, les yeux grands et noirs.
Les Arabes, leurs voisins et congénères, ont la tête d’un bel ovale, le front saillant, les yeux petits, noirs, enfoncés et brillants, le nez droit et aigu, les joues pâles et sillonnées, les lèvres minces, de belles dents et un aspect sévère. En général, ils atteignent cinq pieds six pouces ; leur corps est musculeux sans être gras ; leur peau, hâlée par le soleil, est presque noire.
La famille mizraïmique est, après la sanscrite et la sémitique, la plus anciennement civilisée. C’est d’elle que les Grecs ont reçu les arts qui sont passés ensuite aux Romains de qui nous les avons hérités. Les Cophtes perpétuent aujourd’hui, dans une condition voisine de l’esclavage, cette race égyptienne, autrefois si riche et si puissante. Leur idiome, l'idiome de Sésostris et de Ramsès, est tombé en désuétude et a été remplacé par l’arabe; leur esprit inventif a perdu sa souplesse et son originalité, leur caractère moral est changé, mais leurs caractères physiques sont demeurés les mêmes : ils ont encore le visage bouffi, l’œil gonflé, le nez écrasé, la lèvre grosse, comme le sphinx et comme la plupart des figures égyptiennes peintes ou sculptées.
Hérodote nous apprend en outre que les Égyptiens de son temps avaient la peau noire et les cheveux crépus; ces particularités se retrouvent encore dans les Égyptiens modernes ou Cophtes.
La tête de Ramsès que voici est un bel échantillon du type mizraïmique. Le visage respire le calme et la dignité, le front est un peu aplati : les yeux sont trèsécartés du nez, qui est étroit, long et arqué; les narines sont larges ; les lèvres épaisses et saillantes , les coins de la bouche relevés et les oreilles hautes.
Celte description coïncide assez avec celle d’une tête de nègre. Cependant on voit, par le dessin qui précède, qu’entre le nègre et l’Égyptien il y a encore une grande distance. Cuvier rapporte qu’il a examiné dans diverses collections d’Europe plus de cinquante têtes de momies, et qu’aucune d’elles ne lui a paru offrir les caractères du nègre ni du Hottentot. Denon, décrivant quelques momies qu’il avait observées dans les catacombes de Thèbes, dit : « Leurs cheveux étaient longs et lisses : la plupart des têtes tenaient du « beau style. Je rapportai une tête de vieille femme qui était aussi belle que celles des « sibylles de Michel- Ange. »
La collection d’antiquités qui est au Louvre possède quelques portraits égyptiens qui donnent une idée très-avantageuse de la physionomie de ces nourrissons du Nil. Un surtout mérite d’arrêter l’attention ; c’est une jeune fille de quinze ou seize ans ; elle a les cheveux crépus, le front large, mais un peu bas, de grands yeux noirs et une petite bouche ; son visage forme un ovale aigu. Son teint est très-clair et très-frais ; cette circonstance peut faire soupçonner qu’elle appartenait à une famille riche et qu’elle ne sortait jamais que dans une litière qui la garantissait des ardeurs du soleil africain. Qui sait? c’est peut-être quelque fille de roi morte dans la Heur de l’àge, et dont les parents firent faire le portrait afin de ne jamais se consoler de sa perte. Jeune encore après un laps de tant de siècles, son regard n’a presque rien perdu de sa vivacité ; on dirait l’ange du passé qui sort du tombeau pour nous parler du néant des choses de ce monde.
A côté de cette fille de haut parage, on en voit une autre dont la peau basanée accuse la condition inférieure. La mort a rapproché ce que la naissance avait séparé d'un mur d’airain. A la couleur près, les caractères physiques de ces deux têtes sont exactement les mêmes, et ces portraits paraissent ceux de deux sœurs dont l’une aurait été
brune et l’autre blanche.
Au midi de l’Égypte, habitent une foule de tribus dont l’énumération et la description nous entraîneraient trop loin. Nous choisirons parmi tous ces types deux ou tiois des plus remarquables, et nous commencerons par les Suakiniens, qui ont la peau presque noire, les cheveux bouclés naturellement, les lèvres épaisses et saillantes.
Près de là sont les Abyssins qui forment la nuance intermédiaire entre les Cophtes et les Malais Les Abyssins ont de grands yeux, de grosses lèvres, le nez élevé, les pommettes très-avancées, l’angle de la mâchoire aigu et prononce, les dents régulières,
le teint cuivré.
Nous avons donné, parmi nos dessins de têtes, les portraits d un Suakinien, d un évêque abyssin et d’un jeune homme de la tribu des Gallas, établie en Abyssinie depuis \ 537. Ces trois têtes ont entre elles un air de famille que l’œil le moins exercé remarque
d’abord.
Race neptunienne. L’extrémité de la péninsule de Malacca est habitée par les Malais, peuple dont la race et la langue se sont répandues dans les innombrables îles de l’archipel indien et delà mer du Sud. Cette race est essentiellement insulaire et riveraine ; pareille à certains oiseaux, elle ne pénètre pas dans l’intérieur des terres ni dans les grands continents. Les Malais ont des goûts tout maritimes ; ils passent leur vie dans leurs bateaux, et le poisson forme leur principale nourriture : leur taille est moyenne; leur teint est bronzé ou cuivré; leurs cheveux sont longs et noirs ; ils ont le visage ovale, le front étroit, comprimé sur les côtés et reculé ; l’angle interne de l’œil est plus abaissé que 1 autre ; le nez