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ANTHROPOLOGIE
esl saillant, les dents sont obliques, les lèvres minces, la barbe roide et rare, le corps musculeux et robuste.
Les indigènes de Tahiti, de la Nouvelle-Zélande, de Pile d’Ombai et des îles Sandwich appartiennent à celte race. Nous avons publié quelques portraits d'individus de ces diverses peuplades, et on a pu remarquer une analogie frappante entre le naturel de Tahiti et celui de la Nouvelle-Zélande. Une analogie non moins parfaite existe entre les langues de toutes ces tribus. Cook raconte que des habitants de Tahiti qui venaient pour la première fois dans la Nouvelle-Zélande entendaient très-bien le langage de ce pays. Un Malais qui se rendrait à Tahiti donnerait lieu à la même observation.
Race mongole. La race mongole étend ses ramifications dans presque toute l’Asie elle occupe une grande partie de la Sibérie, du Turkeslan, du Caboul, de la province de Cachemire, du Népal, du Thibet, de la Chine, de l’empire des Birmans, de la péninsule de Malacca, de la Corée et de la Mandchourie.
Dans cette race, les cheveux et les yeux sont toujours plus ou moins noirs dès la naissance; le front est large et plat; les paupières sont plus bridées que chez nous et s’ouvrent moins; les pommettes des joues sont très-saillantes; chez les anciens Grecs, au contraire, elles étaient effacées.
De tout temps les Mongols se sont rendus célèbres par leur valeur et redoutables par leur férocité. Habiles à manier l’arc et la lance, excellents cavaliers, prompts à l’attaque, non moins prompts à la retraite, audacieux et patients tout à la fois, ils répandaient au loin l’horreur et l’épouvante. Les Goths eux-mêmes, qui ne connaissaient pas de rivaux, durent ployer, pour un certain temps, sous ces terribles conquérants. Différents en tout du reste des hommes, leur figure informe, leurs gestes bizarres, leurs mœurs grossières, donnèrent lieu à mille récits fabuleux sur leur origine.
Au treizième siècle, Gengiskhan, las d’être tributaire du céleste empire, leva une armée de sept cent mille Mongols, et se promena avec elle d’un bout de l’Asie à l’autre. Il pénétra jusqu’au centre de la Chine, à l’est, et jusqu’au fond de la Russie, à l’ouest. Au treizième siècle, un autre Mongol, Timourlan, ravagea l’Indoustan, la Perse, la Syrie et l’Anatolie.
Attila, surnommé le Fléau de Dieu, était de cette race. Ses soldats, dit Jornandès, eussent fait peur à la Peur elle-même. Leur cou épais, leurs joues déchiquetées dès leur enfance, car une joue balafrée passait chez eux pour une beauté, leur peau noire, leur face plate, percée de deux petits trous où se cachaient les yeux, leur voix grêle et criarde surtout, eussent suffi pour mettre en fuite l’ennemi, quand ils n’auraient pas su le vaincre par les armes. Presque entièrement dépourvus de barbe, ils ne montraient jamais ni les grâces de l’adolescence ni l’aspect vénérable de la vieillesse. La renommée les représentait aux Romains comme des bêtes effroyables, nées de l’accouplement des sorcières et des démons. Les autres peuples d’Asie, leurs voisins, frappés d’une terreur superstitieuse, croyaient qu'ils pouvaient à volonté faire tomber la pluie, déchaîner les vents, et exciter les tempêtes. Quanta Attila lui-même, sa laideur n’était pas moins repoussante, et lui méritait bien le premier rang parmi cette multitude horrible. Une énorme tête, un teint basané, un orbite enfoncé d’où sortaient de temps en temps des regards de feu, un nez camus, quelques gros crins clair-semés au lieu de barbe, de larges épaules, une taille trapue et carrée, un ensemble mal proportionné, niais (pii annonçait la force et la
vigueur, lel était le Fléau de Dieu. Sa démarche hautaine, son maintien grave et superbe, décelaient une âme qui se sentait faite pour le trône ; ses yeux sans cesse en mouvement semblaient chercher partout de nouveaux ennemis à exterminer. Cependant ce sauvage n’était pas inaccessible à la pitié ; il gardait la foi donnée et ses sujets vantaient son équité et sa vertu.
Les langues mongoles sont toutes monosyllabiques, c’est-à-dire que les mots qui les composent n'ont jamais plus d’une syllabe, et, par conséquent ne sont soumis à aucune flexion.
Les Calmouks, les Chinois, les Cochinchinois, etc., appartiennent à la souche mongole. On y rattache aussi les Hongrois, peuple mélangé de Huns, d Avares et de 1 urcs ou Magyares. Leur idiome a des affinités avec les langages de toutes les nations, et on y trouve en abondance des mots chinois, thibétains et mandchous.
La face des Calmouks présente un losange, leur bouche est très-fendue, leurs jambes sont courtes, leur occiput est très-large. Ils ont souvent fait preuve d aptitude pour les travaux de l’intelligence et pour les arts. Féodor Ivanowitch, dont nous avons publié le portrait, était un graveur de mérite. Sa physionomie présente tous les caractères propres à sa race : front fuyant, pommettes saillantes, sourcils très-élevés, yeux étroits, nez épais.
Les Chinois ont les membres bien proportionnés, la tête presque conique, le visage large et rond, les yeux obliques, les sourcils grands, les paupières élevées, le nez petit et écrasé, la barbe épaisse et par épis.
Les Esquimaux, les Samoïèdes, les Kamschadales, les Groenlandais, quoique leurs langues soient polysyllabiques, constituent la seconde ramification de la souche mongole, ou la famille hyperboréenne.
L’Esquimauxde notre collection présente à peu près les mêmes linéaments que Féodor Ivanowitch, seulement sa face est plus arrondie et sa bouche moins fendue. On remarque dans ces deux têtes un intervalle également grand entre le pli de la paupière et l’arc du sourcil.
La tête du Samoïède présente des traits assez réguliers : le front est développé, et de longs cheveux en descendent pareils à ces herbes flottantes qui tombent du haut des 10chers ; la bouche décrit un gracieux contour ; la forme du menton et du nez est d un beau style ; malheureusement l’œil, à moitié caché sous la paupière, d’où il laisse échapper un regard dur et perfide, détruit presque toute l’harmonie qui règne entre les autres parties du visage.
Race prognathiqüe. L’épithète de prognathique que l’on donne à cette race exprime son principal caractère différentiel, qui est d’avoir une mâchoire avancée. La plupart des individus qui la composent ont, en outre, le front abaissé et reculé, la tête comprimée vers les tempes, les cheveux laineux et crépus, les yeux étroits, ronds et à fleur de tête ; le nez bas, large et aplati ; les dents incisives obliques, le menton rentrant. Tels sont les caractères généraux de la race noire ; mais ici comme toujours la règle est sujette à d’innombrables exceptions. On pourrait établir une échelle graduée de types de la race noire qui, de modification en modification, se rapprocheraient des plus beaux types de la race blanche. Le nègre de Mozambique est déjà moins difforme que celui du Congo ou de la Guinée. Chez les Cafres, le progrès est encore plus sensible ; quoique
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AN1 HROrOLOGlL
l’ensemble des traits n ait l ien d’agréable, ils louchent pourtant de moins près à ceux du singe : le front est plus haut et plus large, le nez plus long, le menton plus prononcé ; le teint est aussi plus clair et la stature plus élevée. Les facultés morales des Cafres répondent assez à ces signes extérieurs, et ils sont plus industrieux que les nègres.
Le professeur Tiedemann a exécuté des expériences fort curieuses sur la capacité des différents crânes humains; ses recherches ont eu pour résultat de prouver que, bien que l’angle facial des nègrès soit moins ouvert (pie celui des hlancs, la masse du cerveau est, en moyenne, exactement pareille dans ces deux races. De tous les peuples, ceux qui, suivant M. Tiedemann, auraient le cerveau le moins volumineux, seraient les Hindous, (pii pourtant appartiennent à la souche japétique. Ainsi, si la phrénologie n’est pas menteuse, l’intelligence des noirs doit être égale à la nôtre. Les exemples du contraire sont trèsnomhreux, nous le savons, mais ils ne prouvent pas grand’chose ; la plupart des individus observés par les naturalistes étaient de malheureux esclaves abrutis par les mauvais traitements et dégradés par la misère. Les quelques nègres que l’on a fait jouir des bienfaits de l'éducation ont montré un esprit capable d’un développement très-étendu. L’Angleterre a eu des poêles et des prosateurs nègres assez distingués.
Chez les Hottentots, (pii forment une des subdivisions les plus importantes de la race prognathique, l’occiput du crâne fuit en pointe, le front est déprimé ; les yeux sont quelquefois tellement obliques, que deux lignes qui passeraient par les angles des paupières viendraient se rejoindre au milieu du nez ; le nez est écrasé et très-large ; les pommettes saillantes ; les lèvres très-épaisses, et le menton pointu ; les cheveux sont crépus, et croissent par touffes ou par bouquets. Plusieurs auteurs ont signalé de grandes analogies entre ce type et le type chinois.
Nous ne nous arrêterons pas à décrire les Papous ni les naturels de la terre de Van Diémen ; leurs caractères sont faciles à saisir au premier coup d’œil, et les dessins que nous en avons donnés les ont fait suffisamment connaître. Mais une autre ramification de cette famille, celle qui embrasse le Sauvages de la Nouvelle-Hollande, mérite une mention particulière. Ces Sauvages sont, au dire des voyageurs, les plus laids des hommes. Leur face aplatie ; leurs paupières épaisses il entre-fermées ; leurs yeux rapprochés, petits et hagards ; leur nez écrasé, large et retrc issé; leur bouche énorme et toujours béante; leurs dents en saillie, comme des dents d i sanglier ; leurs cheveux roides ; leur barbe hérissée; leur peau d’un noir sale ; leurs épaules carrées ; leur ventre ballonné les rendent tellement hideux, qu'au premier aspect on a de la peine à les croire de la même espèce (pie les autres hommes. •
L’Australien, dont on a pu voir le portrait dans notre collection des types humains, offre une des physionomies les moins repoussantes de cette famille. 11 a les lèvres retroussées, et montre toutes ses dents comme l’indigène de la terre de Van Diémen ; celte particularité donne à ses traits un air féroce et menaçant, et ferait prendre celle figure pour une tête de mort desséchée, si les yeux, quoique très-petits et très-étroits, ne dardaient des regards pleins de feu qui annoncent une âme en possession de toute l'énergie de la jeunesse, et dans la première effervescence des passions.
Race occidentale. Cette division embrasse tous les naturels des deux Amériques. Par leurs cheveux généralement noirs et leur barbe peu fournie, les Américains se rapprochent beaucoup des Mongols; et nous les aurions compris parmi ces derniers, si
d'autres caractères, surtout leur nez, aussi développé que celui des Européens, n’établissaient entre eux et les autres races une distinction marquée. « Les Chaymas, dit le célèbre Huinboldt, et toutes les nations de l’Amérique méridionale et de la Nouvelle-Espagne, ressemblent aux Mongols par l’obliquité des yeux, la proéminence des pommettes, la roideur des cheveux et l’absence presque absolue de la barbe ; mais ils en diffèrent essentiellement par la forme du nez, qui est d’une longueur modérée et bien détaché de la face, et aussi par la direction des narines, qui sont tournées en bas, comme dans toutes les nations de race japétique. »
D’autres auteurs ont cru découvrir des analogies importantes entre la race américaine et la race malaie; et ils considèrent les anciens Mexicains et Péruviens comme une ramification de cette race qui se serait établie en Amérique ù une époque assez éloignée pour que, par l’effet des années et du climat, le type primitif se modifiât sensiblement et prît les caractères particuliers que nous lui voyons aujourd’hui. Celte hypothèse n'est pas tout à fait dépourvue de vraisemblance ; et on est même tenté de l’admettre comme un fait positif, quand on considère que des émigrants de cette même race malaie ont colonisé et peuplé la plupart des îles voisines de la mer du Sud, et jusqu’aux îles Sandwich, situées à une si grande distance du continent asiatique.
La taille des Colombiens est moyenne, mais bien proportionnée ; leurs membres annoncent l’activité plutôt que la vigueur ; leurs pieds, contrairement à ceux des Européens, sont tournés en dedans; leur front est aplati, et cette dépression est souvent exagérée par l’art; la tête forme un bel ovale, très-bombé au sommet; le nez est saillant et aquilin ; les lèvres sont minces, les pommettes élargies, les dents verticales, les yeux grands et hagards; la barbe est rare; les cheveux sont longs, noirs, rudes et luisants, et l’on prétend qu’ils ne blanchissent jamais.
Plus on avance vers le midi et vers le nord, plus les linéaments du visage perdent de leur finesse et tendent à se rapprocher de ceux du nègre.
Les Patagons ont la peau d’un rouge cuivreux. Ils ne portent pas d’autre coiffure que leurs longs cheveux noirs et rudes comme des crins. La tête est grosse ; le front est large, mais abaissé ; les yeux sont petits, très-mobiles et obliques; le nez est étroit à sa racine et large à sa base; les lèvres sont très-épaisses ; la bouche est très-fendue; le cou est gros et court; les bras et les jambes sont très-longs. La taille ordinaire des Patagons est de six pieds et quelques pouces ; des voyageurs assurent en avoir vu qui atteignaient sept pieds.
Ces mêmes caractères se retrouvent, à peu de différence près, dans les Caraïbes et les Mohawcks, tribu qui est représentée dans notre galerie des types humains par un de ses chefs nommé Thayendaneega.
On a pu observer dans cette tête l’épaisseur des traits, la rondeur du visage, la forme anguleuse des sourcils, la grosseur du nez et des lèvres, la coupe gracieuse de la bouche, et l’expression mâle et presque sévère des yeux.
Le Journal des Débats du 29 septembre a annoncé que M. Serres venait de lire à l’A eadémie un rapport sur les cinquante et un bustes moulés par M. Dumoutier, sur des individus des différentes peuplades de l’Océanie.
L’auteur de l’article, M. Donné, rend compte de ce rapport dans les termes suivants « Exisle-t-il en effet plusieurs familles distinctes parmi les hommes qui peuplent le globe.
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ANTHROPOLOGIE
comme nous le voyons parmi les animaux? ou bien les variétés, souvent très-grandes, que l’on remarque actuellement entre les différents peuples des régions éloignées, ne sont-elles que secondaires ou déterminées par la diversité des climats, des habitudes, de la civilisation, dont l’influence prolongée pendant des siècles finit par produire des modifications profondes, par imprimer un caractère indélébile et héréditaire? En d’autres termes, la création de l’homme a-t-elle été simple comme nous le raconte la Bible, et toutes les générations actuelles, quelles que soient leur nuance et la variété de leur conformation extérieure, remontent-elles à une souche commune ? n’a-t-elle qu’un seul ancêtre et procède-t-elle du même père ? ou bien la création a-t-elle été multiple et Dieu a-t-il formé plusieurs types de créatures humaines? a-t-il établi plusieurs degrés plus ou moins éloignés de son image? a-t-il pétri plusieurs limons et répandu plusieurs souches à la surface de la terre? L’analogie de l’homme avec les animaux irait-elle jusquelà qu’il existerait parmi nous plusieurs genres, plusieurs familles même, comme cela arrive pour les lions et les ours, pour les chameaux et les panthères? L’homme enfin ne serait-il vraiment que le premier anneau d’une chaîne qui, commençant à lui et à l’espèce la plus parfaite de son genre, descendrait sans interruption, en passant par les Mongols et par les nègres, par les orangs-outangs et par les singes, le castor et le chien, jusqu'au dernier degré de la création, aux mollusques et aux insectes? »
M. Serres est d’avis que celte grande question ne peut être résolue que par des collections rassemblées dans les musées, comme on le fait au Jardin des Plantes pour toutes les espèces animales; il admet volontiers trois types distincts et originaux, le caucasique, le mongolique et l’éthiopique ; toutes les autres variétés ne semblent être que le résultat des croisements de ces trois races primitives, et c’est ainsi qu’à l’aide de la comparaison établie entre les cinquante et un bustes moulés par M. Dumoutier, d’après des individus de la race noire et de la race trouvée à la Nouvelle-Hollande, à Pile Bourbon, dans l’île des Navigateurs, à la terre de Diémen, etc., M. Serres assigne une même origneà tous les peuples del'Océanie.» Nous comprenons, reprend M. Donné, toute l’obscurité, tout le mystère qui enveloppent les premiers âges du monde ; nous apprécions toutes les difficultés qui résultent des différences caractéristiques qui séparent le nègre du blanc, l’Ethiopien de la race caucasique, les peuplades sauvages et incivilisables des peuples civilisés et polis; mais qui peut dire où s’arrêtent les effets de la dégénérescence de l’homme tombé, par une multitude de circonstances plus actives et plus dégradantes les unes que les autres, dans l’état d'abrutissement, de maladie et de misère dont il a tant de peine à se relever? Qui peut calculer le nombre de siècles qu’il faudrait pour ramener l’homme ainsi déchu, altéré dans sa forme morale bien plus encore que dans sa forme physique , à son premier degré de perfection et de noblesse? »
Le témoignage du savant que nous venons de citer est d’un grand poids dans In question qui nous occupe. M. Donné croit à l’unité d’origine de toutes les races humaines malgré leurs dissemblances, et il les regarde toutes comme des variétés de la même espèce. En effet, l’homme n’est pas assujetti aux mêmes lois physiques que les animaux, chez lesquels chaque espèce a un type particulier dont elle ne dévie presque jamais : nous voyons tous les jours les différences les plus tranchées entre les membres de la même famille et entre les enfants du même père. Ces différences ont dû nécessairement être
encore pins considérables entre les tribus et les peuplades, et elles ont pu servir de base à la classification du genre humain par souches et par groupes, classification sur laquelle repose le grand système des races que nous avons essayé d’esquisser. On a vu que ces principaux caractères différentiels étaient la couleur de la peau, la disposition des os du front, le degré de saillie des os de la bouche et des dents. Mais telle est la multitude et la variété des caractères qu’on remarque dans chaque groupe, qu’il n’est pas possible de trouver exactement les limites des races, et elles se tiennent toutes de si près, que dans bien des endroits elles se confondenl. Il n’y a pas de souche qui n’ait d’innombrables points de contact avec toutes les aulres. Aussi, parmi les individus de la race japétique, combien ne voyons-nous pas de faces mongoles, hottentotes ou patagones ? Et parmi les aulres races, parmi les nègres, par exemple, combien de fois n’avons-nous pas remarqué des têtes d’une régularité, d’une noblesse qui les eût fait prendre pour des tètes de la race japétique, si la couleur de la peau n’avait décelé leur origine africaine?
Les Turcs et les Cosaques sont des peuples d’origine toute récente ; ils se sont formés pour ainsi dire sous nos yeux : tout le monde sait qu’ils proviennent de la même souche, qu’ils appartiennent tous les deux à la famille tartare, et pourtant quelle différence entre les habitants des bords du Don et ceux des plages du Bosphore !
La question des espèces est loin d’être vidée, nous le savons ; on écrira encore bien des volumes avant d’arriver à un résultat et de proclamer un principe qui prenne place dans la catégorie des vérités universellement connues et universellement admises.
Peut-être en sera-t-il de l’unité d’origine des races humaines comme de la réalité du déluge; on a commencé par le nier hardiment ; puis, un beau jour, les preuves de son existence se sont présentées en si grande quantité, qu’on a été obligé d’y croire et de le ranger parmi les axiomes de la science géologique.
Quoi qu’il en soit, nous sommes heureux de voir que ce principe, sur lequel repose la grande pensée delà fraternité des peuples, trouve partout des adhérents et des défenseurs. Nous nous félicitons de voir que la science daigne enfin consulter quelquefois cet instinct révélateur, cette voix secrète et inspirée qui parle en nous, et qui nous apprend souvent des vérités plus hautes et plus certaines que toutes celles que découvre, en fouillant des tombes, le scalpel curieux et patient de l'anatomie. Nous ne croyons pas tpie le rôle de la science doive se borner simplement à l’examen et à la discussion des faits matériels; sa mission est aussi de mettre ces faits et leurs résultats en rapport avec les besoins des temps, avec les lois du cœur et les vœux delà civilisation. Elle doit être un messager de paix et de conciliation ; elle doit s’attacher à propager parmi nous les lumières de l’esprit, et non pas à nous insuffler le feu de la guerre. Son flambeau ne doit jamais devenir un brandon. Assez de germes de discorde et de haine existent entre les hommes; loin de chercher à les fomenter, employons tous nos soins aies détruire.