MINÉRALOGIE
que l’on nomme pépites. Dans cet état, appelé natif ou vierge, l'Or peut facilement s’étendre sous le marteau, ou être coupé avec une lame tranchante, ce qui suffit pour le faire distinguer de cette foule de minéraux dorés que l’on a confondus si souvent avec lui, et qui ont donné lieu à tant de méprises.
L'Or natif se trouve dans quelques roches en forme de petites veines ; on le rencontre aussi, disséminé en paillettes, dans ces sahleset terrains d’alluvion que nous avons vus renfermer des Diamants. En outre, quelques rivières charrient des sables aurifères, et, pour ne citer que la France, nous dirons que le Rhône, la partie supérieure du Rhin, l’Ariége, la Cèse et plusieurs autres, transportent ce métal en assez grande quantité pour qu’il ait pu devenir l'objet de travaux et de lavages, et que les orpailleurs ou pailloleurs, hommes qui en font métier, gagnent à ce travail moyennement vingt ou trente sous par jour.
La méthode employée pour l'extraction et la purification de ce métal interposé dans les pierres consiste dans le pilage, l’amalgame et l’ignition. S’il y a mélange de métaux, l'on a recours aux dissolvants ou à la fusion.
L’Or monnayé n’est pas pur; celui des bijoux ne l’est pas non plus, et cela tient à la quantité de cuivre ou d’argent qu’il faut allier avec lui pour parer à son peu de dureté, et lui permettre de circuler sans perdre son empreinte. De là ce qu’on appelle le titre, c’est-à-dire la valeur réelle de l’Or pur contenu dans un ob jet quelconque. L’essai du titre se faille plus ordinairement à l'aide delà pierrede touche et de l’eau-forte, qui enlève l’alliage et laisse l’Or intact ; on juge de son titre par l’intensité de la trace (pii résiste à l’acide.
Nous avons fait mention de la ductilité et de la malléabilité de l’Or. Vous en jugerez mieux quand vous aurez appris qu'un grain peut s’étendre sous le marteau du batteur en une feuille de cinquante pouces carrés ; qu'une statue équestre, de grandeur naturelle, peut se dorer en plein avec une pièce de vingt francs; enfin qu’une once d’or peut recouvrir et dorer très-exactement un fil d’argent long de quatre cent quarante-quatre lieues.
L 'Argent se trouve aussi à l'état natif, comme l’Or, mais le plus souvent on le rencontre dans de véritables mines, dans ces souterrains profonds auxquels on n’arrive qu’avec des frais immenses, accompagnés de beaucoup de peine et de grands dangers. Comme la plupart des métaux se trouvent dans des mines pareilles, et que le mode d’exploitation est le même partout, nous nous bornerons à la description d’une mine d'Argent en Suède, qui présente aux naturalistes un des plus beaux spectacles.
On entre dans cette mine par trois larges bouches, semblables à des puits dont on ne voit point le fond. La moitié d’un tonneau, soutenu par un câble, sert à descendre dans ces abîmes, au moyen d’une machine (pie l’eau fait mouvoir. On a pour compagnon un mineur qui entonne tristement une chanson lugubre, et qui tient un flambeau à la main. Quand on est au milieu de la descente, on commence à sentir un assez grand froid : on entend les torrents qui tombent de toutes parts ; enfin, après une demi-heure, on arrive au fond du gouffre. Alors la crainte se dissipe : on n’aperçoit plus rien d’affreux ; au contraire, tout brille dans ces régions souterraines : on entre dans une espèce de grand salon, soutenu par des colonnes déminerai d'argent; quatre galeries spacieuses y viennent aboutir. ï.es feux qui servent à éclairer les travailleurs se répètent sur l’argent des
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voûtes et sur un ruisseau qui coule au milieu de la mine. On voit là des gens de toutes les nations : les uns tirent des chariots, les autres roulent des pierres; tout ce monde a son emploi ; c’est une ville souterraine.
Du temps de Buffon on ne comptait que seize métaux sur quarante-deux que l’on connaît aujourd’hui comme essentiellement différents. Ce petit nombre de métaux, appelés aussi éléments, c’est-à-dire corps qu’on n’est pas encore parvenu à décomposer par les moyens que la science actuelle possède, joints à une douzaine de corps semblables non métalliques, rendraient, certes, la minéralogie très-facile, s’ils n’étaient pas susceptibles de se combiner entre eux dans des proportions tellement variées, qu’il en résulte un nombre prodigieux de minéraux se ressemblant très-souvent à tel point, qu’on serait tenté de les prendre les uns pour les autres. Vous devez déjà, depuis que nous avançons dans notre promenade minéralogique, vous être aperçue de celte circonstance embarrassante, et une question toute naturelle se sera aussi présentée à votre esprit, à savoir Quel est le moyen de débrouiller ce chaos minéral ?
Quand les formes ou les caractères cristallographiques manquent ou qu'ils se présentent de manière à offrir quelque doute, on est obligé d’avoir recours à l'analyse chimique, qui indique la nature des corps ou leur composition. Par ce moyen, on arrive toujours au caractère de première valeur ; et il est d’autant plus important de s’y attacher, qu’une fois la composition modifiée, les autres propriétés inhérentes aux minéraux, telles que la densité, la dureté, le poids spécifique et même la forme, changent également.
Nous ne pouvons passer en revue tous les métaux d’une manière détaillée : la besogne serait trop longue, et nous obligerait même à de fréquentes répétitions : nous nous contenterons donc seulement d’en citer encore quelques-uns.
A la tète des métaux les plus usuels, il faut placer le Fer , substance très-répandue, et se présentant sous les aspects les plus variés. Ce sont quelquefois de beaux cristaux, remarquables par des couleurs brillantes, qu'offre surtout le Fer oligislc de l ile d’Elbe. Les formes de ce métal sont les suivantes :
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Tantôt c’est le Fer aimant, attirable au barreau aimanté et magnétique ; tantôt le Fer météorique, pierres qui tombent de l’atmosphère, fait qu’on a voulu en vain reléguer parmi les contes populaires. Enfin, le plus fréquemment, il se présente combiné avec le soufre ; ce minerai de fer, ayant la couleur et le brillant du Laiton, est appelé Pyrite; ses formes cristallines sont
M IN ER A LOGIi;
Le Platine mérite d’être cité comme étant le plus lourd de tous les corps connus et le moins dilatable. Pour l’inaltérabilité, il dispute le rang à l’Or; mais la difficulté de le travailler fait qu’il n’est pas aussi précieux. Le Mercure, appelé vulgairement Vif-Argent, est remarquable par sa propriété d’être le seul métal liquide à la température ordinaire. C’est, selon les alchimistes, l 'eau qui ne mouille pas les mains. Le minerai de Cuivre, surtout celui d’un vert d’émeraude, ou bleu d’indigo, est recherché pour les collections; les variétés vertes et compactes, bien nuancées, sont employées, sous le nom de Malachite, à la confection des bijoux et des meubles précieux.
L'Etain fournit aussi pour des collections de beaux groupes de Cristaux, dont les formes sont :
On connaît, en général, les usages très-variés auxquels les métaux peuvent servir ; mais ce dont peut-être beaucoup de personnes ne se doutent pas, c’est qu’ils fournissent aussi les couleurs les plus belles et les plus stables dans les divers genres de peinture et de coloration. Pour n’en citer que quelques exemples, nous dirons que le Plomb chromaté fournit une teinte chaude, d’un ton qui ne peut être imité par aucune autre substance. A l'état de Minium, le Plomb entre dans la composition du Cristal, dont on admire l’éclat et la limpidité. Le Manganèse colore certains vases de verre en violet vineux. L'Antimoine est employé pour la peinture en émail, et pour diaprer la porcelaine. Le Cristal bleu est coloré par le Safrc, ou oxyde de Cobalt. L’oxyde de Titane donne à la porcelaine une certaine teinte isabelle qui ne peut s'obtenir qu’à l aide de cette substance. Le Cuivre enfin, le Mercure, le Fer, le Chrome et autres, fournissent en outre plusieurs principes colorants fort employés, inaltérables, et qui, par opposition aux couleurs végétales qui sont fugitives, s’appellent couleurs minérales.
Je jette un coup d’œil autour de moi pour voir si quelque chose digne de notre attention n’a pas échappé à notre revue, et mon regard se trouve encore arrêté par quelques objets remarquables. — En effet, personne ne saurait quitter cette galerie sans avoir admiré les trois magnifiques Tables en mosaïques de Florence placées au milieu, et qui seraient dignes d’orner le salon d’un roi. Ce sont tout simplement de£ pierres naturelles des plus belles couleurs que l’art n’a eu que la peine de polir et de rapporter pour en faire les beaux dessins et les élégants arabesques que vous voyez.
Les différents groupes de concrétions naturelles, les riches plaques en marbre incrustant, les vases en porphyre, en fluorine, etc., en un mot, tous les objets les plus rares et les plus curieux qui ornent si bien cette galerie, ne sembleraient- ils pas être les dépouilles de quelque château princier, si la gratitude des administrateurs du Musée ne s’était empressée d’y faire inscrire les noms des donateurs? Ici, c’est le roi d’Espagne qui, en 177 a envoyé une table, faite en échantillon, de divers marbres de son royaume. A côté est placée une autre table, offerte par le Dr Clot-Bey. en calcaire concret ionne, agréablement ondulé, et provenant de la haute Egypte.
Enfin, vous apercevrez au bout île la galerie cette masse métallique que l' inscription nous assure être tombée du ciel. Que vous semble-t-il d’une goutte de pluie de ce genre 1
Si vous étiez un des savants du siècle passé, et qu’une pareille question vous fût faite, vous y auriez répondu, sans nul doute, que la chute des aérolilhes ou méléoriles est un conte bleu; car c’est ainsi qu'ils y ont tous répondu. Et il leur a fallu bon nombre de témoignages authentiques pour les décider à discuter la possibilité d’un pareil phénomène.
Le fait, à dire vrai, est tellement étrange, qu’il a souvent causé l’épouvante et toujours l'étonnement des peuples au milieu desquels il s’est passé.
Aujourd’hui la chute des pierres atmosphériques est prouvée d'une manière irrévocable, mais elle est encore loin d’être expliquée.
Ces masses, moitié pierreuses, moitié métalliques, où se forment-elles? d'où viennentelles? Est-ce de la lune? On a suffisamment de motifs pour ne plus le croire.
Sont-elles d’une origine volcanique, et la terre se serait-elle spontanément entr’ouverte pour les lancer? Il est impossible d’admettre cette explication, depuis qu’il est constant qu’elles sont essentiellement différentes de tous les minéraux connus.
Si, comme l'ont pensé quelques écrivains, elles avaient été lancées des régions polaires, pourrait-on raisonnablement admettre qu’elles seraient tombées dans toutes les directions, sur tant de pays différents, et à des distances aussi grandes des pôles?
Quelques antres ont en vain proposé des trombes, comme pouvant servir à expliquer le phénomène dont nous nous occupons; car, outre que les trombes n’apparaissent que dans les plaines très-étendues, si elles étaient capables d’enlever des corps aussi pesants et de les porter à des distances aussi considérables, pourquoi ces corps seraient-ils toujours de même nature dans tous les pays, et toujours différents des minéraux qu’on y trouve ordinairement ?
Donner aux météorites une origine terrestre, serait donc une erreur. Il vaut mieux supposer que ce sont de petits corps qui nagent dans l’espace comme les planètes, jusqu’à ce qu’ils tombent dans l’atmosphère de la Terre, qui, par son attraction, les force à se précipiter à sa surface. Des noms illustres en astronomie penchent pour cette opinion.
Mais je m’aperçois que nous empiétons sur un terrain qui ne nous appartient pas. Laissons donc les aérolilhes aux astronomes, et allons parcourir la seconde partie de notre propre domaine, la Géologie.