MINÉRALOGIE
El, bien <iu’elles lussent désormais en état de marcher séparément, chacune avec gloire et sûreté, elles ne se quittent pas cependant, et ne cessent de se soutenir comme par le passé.
Vous voyez la longue file d’armoires vitrées à gauche et a droite de la galerie ; c’est là dedans, et sous les cages de verre qui sont au pied de ces armoires, que se trouvent les Minéraux d’après leurs genres, leurs variétés, leurs groupements, leurs associations habituelles, en un mot, tout ce qui a rapport à l’histoire naturelle de chaque espèce.
Les armoires de piédestaux des colonnes indiquent les nombreux usages de luxe ou d’utilité auxquels ces diverses substances peuvent servir : c est la Minéralogie technologique et historique.
La collection géologique a une plus large part, comme celle des deux sciences dont le domaine est naturellement plus étendu. Ce sont d’abord les cages et les tiroirs de l’épine ou du milieu qui, avec les armoires des piédestaux des deux côtés de la galerie, lui appartiennent en entier ; les échantillons des terrains qui composent l’écorce du globe y sont rangés suivant l’ordre de superposition.
En outre, on lui a consacré les deux galeries élevées derrière les colonnes, dont celle de gauche présente une classification méthodique des roches, et celle de droite une collection des débris organiques fossiles.
Maintenant que nous connaissons la disposition générale de la localité, à quel objet donner la préférence pour entrer en matière ?
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En notre qualité d’amateur, nous prendrons le parti de nous livrer aux caprices du hasard, sauf à vous présenter, à la fin, un tableau méthodique des genres et des espèces minéralogiques que nous n’aurons pu examiner que superficiellement,
Ainsi nous nous arrêtons tout de suite au premier objet qui frappe notre» vue.
C’est un beau Quartz Malin ( Cristal de roche), d’une grosseur peu ordinaire et d une limpidité parfaite.
A cette occasion, nous trouvons moyen de rendre hommage, en passant, a I homme le plus éminent de son siècle, à celui qui a compris presque tous les genres de gloire, et s'y est associé. Nous lisons écrit au bas de cette pièce : « Qu elle a lait partie des objets
5îO CINQUIÈME PARTIE.
« d'art et de science rapportés d Italie, en 1797, par le général Bonaparte; elle provient « de la vallée de Yiége, en Valais, et pèse 400 kilogrammes. »
Ce qui vous frappe à la première vue dans cette belle pierre, c est sa forme régulière, accusée nettement par des facettes planes, unies, et aussi brillantes que si on les eut tait tailler par un lapidaire.
Telle est exactement la manière d'être de quelques substances pierreuses et métalliques, qu’on désigne, en Minéralogie, sous le nom de Cristaux. Mais gardez-vous de les confondre avec les Cristaux artificiels : ceux-ci ont communément, pour attribut principal, la transparence dont on a fait, pour ainsi dire, leur synonyme; tandis «pie les seule formes polyédriques suffisent pour caractériser les Cristaux naturels.
Pour vous mieux familiariser avec cette espèce, très-abondante dans la nature, \oie les formes sous lesquelles elle se présente habituellement quand elle est cristallisée
Ml NÉ II A LO GIC. ôïl
Vous emarquez facilement après le plus léger e amen, que abstraction faite de quelques imperfections, ou d’une sorte d’empiétement d'une face sur l’autre, toutes ces formes présentent, plus ou moins nettement, un prisme hexagone, couronne d'un pointement ou d’une pyramide à six faces, ce qui est le caractère de l'espèce.
La forme polyédrique et régulière qui distingue les Cristaux ne se présente quelquefois qu’à l’extérieur, comme c’est le cas pour le Quartz, lequel, brisé en morceaux, ne la reproduit plus. Mais très-souventcelte forme paraît bien plus intimemenlliée à son espèce.
Vous voyez ici de la Galène, qui est du plomb combiné naturellement avec du soufre : là, du Calcaire , celui qu’on appelle le Spalh d’Islande ; chacune de ses deux substances a une forme différente.
La Galène se présente sous la forme d’un cube, c'est-àdire, d’un solide à six faces carrées égales, et qui vous rappelle parfaitement la forme d’un dé à jouer. Le Calcaire vous présente une forme à peu près semblable, mais un peu obliquement tendue, solide qu'on appelle le Rhomboèdre parce que ses faces sont en losange.
Maintenant regardez- moi faire : je donne un léger coup de marteau à la Galène, et le morceau qui s'en détache est encore en cube ; je fais de même avec le Spath d’Jslande, et la particule détachée est encore un rhomboèdre. Que je répète celte opération autant de fois qu'il me plaira, chaque morceau nouvellement détaché présentera toujours la forme de son espèce; de même que vous verrez toujours reparaître telle fleur sur telle plante.
Vous comprendrez facilement, en présence de ces faits, comment celle propriété, stable et invariable partout où on la rencontre, a pu être érigée en un des caractères
principaux pour distinguer et classer les Minéraux. Car connaître n’est, en dernière analyse, que bien distinguer, comme le dernier mot delà science naturelle est bien classer, bien grouper.
Pour vous faire ensuite une idée de ce qu’on appelle les diverses modifications îles formes, et comment celles-ci passent de l’une à l’autre, vous n’avez qu’à jeter un coup d’œil sur la figures suivantes :
Vous reconnaissez la première pour être le cube , vous n'avez qu’à faire naître des faces sur ces huit angles solides, ou à les couper sur un plan, et vous aurez la figure 2, qui est un cubo-octaèdre, c’est-à-dire un cube passant à l'octaèdre. Donnez plus d’extension à ces nouvelles faces; et vous arriverez au véritable octaèdre, figure 3. Que si, au lieu de modifier le cube sur ses angles, vous faites naître des actes sur ses arêtes, vous obtiendrez la figure 4. qui est un cubo-dodécaèdre ; puis un dodécaèdre, figure 5, et ainsi de suite.
Chaque forme modifiée pouvant à son tour servir de point de départ à une modification nouvelle, il est clair qu'il doit en résulter des formes très-nombreuses, et de plus en plus compliquées. C'est par cette raison qu’on les compte aujourd’hui par milliers. Leur étude ne paraît pas devoir être très-facile; mais il existe à cet égard des faits généraux qui permettent de la simplifier considérablement.
Ces faits établissent d'une manière claire et positive, d une part, que toutes ces formes se rapportent à six groupes bien caractérisés ; de l’autre, que, dans chaque groupe, tous les polyèdres qu’on y trouve peuvent se déduire rigoureusement d'une forme unique.
lien résulte, qu’en réalité, l’étude de la cristallographie consiste à bien connaître six genres particuliers de formes, dont chacun peut avoir diverses espèces.
11 nous est impossible d'entrer dans des détails à ce sujet ; nous craignons même d'avoir déjà dépassé les limites que nous nous étions prescrites. Nous nous contenterons donc d’indiquer ici les six groupes, ou systèmes cristallins, dont nous venons de parler ; ce sont :
1° Le système cubique;
2° Le système rhomboédrique ;
3 ■ Le système prismatique carré ;
4° Le système prismatique rectangulaire, ou rhomboïdal, droit;
5" Le système prismatique rectangulaire, on rhomboïdal, oblique;
(1° Enfin le système prismatique oblique, à base de parallélogramme obliquangle.
— C’est bien, me direz-vous; — je conçois qu’on puisse ainsi, sans beaucoup de dilficulte, se rendre compte de tous les Cristaux connus, sous quelques formes qu’ils se irrésentent. Mais sait-on aussi comment la nature procède pour les former ? quelles sont les conditions et les circonstances qui déterminent telle ou telle forme, qui influent sur telle ou telle variation ?
— On ne sait rien de positif là-dessus ; mais s’appuyant sur les faits qu’on a observés dans les ateliers chimiques, on fait à ce sujet des suppositions qui ne manquent pas de vraisemblance.
Ainsi, il y a des sels qu’on peut dissoudre et faire cristalliser à volonté. De ce nombre est l’alun, que tout le monde connaît. Qu’on en fasse dissoudre dans de l’eau bouillante, autant que le liquide en peut prendre; qu’on tire la solution à clair dans un vase où 1 on a suspendu quelques fils, et cette substance, en s’y attachant, ne tardera pas à formel des Cristaux, d’autant plus gros, que la masse liquide est plus volumineuse.
Mais il y a des matières qui fondent plus facilement par la chaleur, qu elles ne se laissent dissoudre dans un liquide quelconque ; alors, quand elles sont tondues, laissezles refroidir lentement, et elles se cristalliseront dans l'intérieur de la masse; ce qu on verra en brisant la croûte consolidée à la surface, et renversant ce qui y reste encore de matière liquide. Le soufre, par exemple, qui est d’une facile fusion, peut servir à rette expérience ; on en obtiendra des Cristaux d’autant plus nets que le volume de la masse fondue sera plus considérable.
Il y a encore un troisième modèle pour produire des Cristaux : c'est celui par sublimation. Plusieurs matières volatiles, comme, par exemple, l’arsenic, chauffées en vase dos, se volatilisent, et se déposent en Cristaux à la partie supérieure de l’appareil.
Vous voyez par là que l’une de ces trois conditions que nous venons d’exposer est indispensable pour la formation des Cristaux. La matière cristallisable parait, avant tout.
MINERALOGIE.
avoir besoin d'une complète liberté pour que ses molécules puissent ensuite, au moment de se consolider, céder au jeu des attractions naturelles qui les conduisent à telle ou telle forme.
Voilà pour le mode de formation des Cristaux en général. Quant aux diverses variations que les formes peuvent subir, on a aussi établi, par de nombreuses expériences, quelles dépendent de la nature du liquide qui sert de dissolvant, des matières que ce liquide peut renfermer en même temps que celles qui cristallisent, et de la température à laquelle la cristallisation se fait.
En présence de ces faits, on ne saurait se défendre d’en tirer celte induction, que les choses se passent de la même manière dans la cristallisation naturelle. En effet, les formes d'un même minéral sont différentes suivant la nature des substances qui l'accompagnent, et par conséquent avec lesquelles, ou au milieu desquelles, il a cristallisé. Le fait est tellement constant, que depuis longtemps les minéralogistes reconnaissent les localités d'où certains minéraux proviennent, par les formes seules qu’ils présentent
Pour revenir au Quartz, vous saurez que, naturellement incolore, il prend souvent des couleurs plus ou moins vives, par des mélanges de matières étangères.
Ainsi Y Améthyste est un Quartz transparent violet; celui qui porte le nom impropre de Topaze d’Inde est le Quartz transparent de diverses teintes jaunes; Y Hyacinthe de Compostelle est le même Quartz ayant la couleur rouge opaque; et le Quartz enfumé est le brun foncé, quelquefois complètement noir.
La Calcédoine , Y Agate, \' Opale, le Silex ou pierre à fusil, les Jaspes , sont toutes des matières de même nature que le Quartz, et n'en diffèrent principalement que par l'absence de cristallisation.
Les variétés translucides de la Calcédoine portent fréquemment le nom cY Agate ; celles qui sont en même temps colorées portent le nom de Sardoine, lorsqu’elles sont aunâtres ou brunâtres, et de Cornaline , lorsqu’elles sont rouges. Quand diverses couleurs se trouvent réunies, par zones ou par bandes, la pierre prend le nom d 'Onyx. Quelquefois la matière colorante sc trouve en dendrites, et alors il en résulte ces belles Agates herborisées , qui, par leurs dessins variés, offrent des imitations de brins de mousse, de rameaux d'arbres et de buissons dans la pierre.
Les Jaspes sont des Calcédoines opaques mélangées de diverses matières étangères qui les colorent.
Les variétés limpides de Quartz ont été autrefois travaillées comme objets de luxe ; taillées à facettes, elles servaient surtout à garnir les lustres de grand prix. Mais tous ces objets sont passés de mode depuis l'invention de l'espèce de verre nommé Cristal , qui est à la fois plus limpide, plus éclatant, et plus facile à travailler.
Les variétés de la Calcédoine, comme la Sardoine, la Cornaline, ont été souvent fort recherchées, mais n’ont aujourd'hui que peu de valeur. Une autre variété connue sous le nom de Chrysoprase , qui, avec la demi-transparence, offre une jolie teinte verte, est la seule qui soit encore demandée, et d'un prix élevé ; elle fait de charmantes parures.
Les Onyx sont aussi recherchés pour en faire des camées, et l'on exécute alors le petit bas-relief sur l'une des couches, en laissant l’autre pour le fond.
Cependant la pierre qui l'emporte sur toutes les autres de cette espèce est I Opale. Quand elle est demi-transparente, et qu'elle offre dans son intérieur ces reflets si agréa-
lilement colorés, et d’un éclat qui ne peut être comparé qu'à celui des Colibris, Oiseaux- Mouches et des Papillons les plus brillants, elle est d’un prix assez élevé. 11 est à remarquer que c’est, son imperfection qui fait sa beauté : car ces reflets proviennent d une multitude de fissures qui interrompent la continuité de sa matière et déterminent la réflexion de différentes espèces de rayons colorés : aussi ces beaux reflets s’évanouissentils quand on vient à briser l’Opale.
Du Quartz nous passons au Calcaire. Le type de l'espèce susceptible de cristallisation est le Calcaire limpide, appelé vulgairement le Spath d’Islande. Il est remarquable par la propriété qu’il possède de doubler les images des objets placés dessous. Les différentes espèces présentent des formes très-variées, dont les plus habituelles sont les suivantes :
Cette substance est, au reste, répandue partout et avec la plus grande profusion, surtout celle qui n’est pas susceptible de cristallisation.
Depuis la belle Roche, connue sous le nom de Marbre statuaire, jusqu'au Calcaire grossier, ou pierre à bâtir, quelle longue série de la même matière se présentant sous les aspects les plus divers ! Elle se produisait dans l’origine des choses, elle se produit encore aujourd’hui en masse, dans ces fontaines incrustantes que les voyageurs admirent tant dans diverses localités. Les nombreux usages auxquels elle sert formeraient une véritable épopée technologique.
En effet, supprimez le Calcaire dans les environs de Paris, et cette superbe ville n'aura pu exister : retranchez-le à l’Italie, et ce pays, malgré son beau ciel bleu, restera monotone, dépouillé qu’il sera de ses villas, de ses palais blancs comme la neige, et de ses admirables statues.
Et que dire de ces magnifiques pierres de décorations, appelées Marbres dans la véritable acception du mot? Il est devenu indispensable d’en connaître au moins les plus remarquables, depuis que vous en rencontrez partout, dans vos boudoirs, dans vos salons, dans les monuments et les édifices publics.
Vous voyez celui-ci qui a l'air de vouloir imiter l'éclair fendant le ciel sombre, c'est le Port or, d'un fond noir intense, veiné de jaune vif ou cl’orange.
Celui à fond rouge de feu, rubané de blanc, est nommé le Languedoc.
La Griotte d' Italie est d’un rouge foncé, varié de taches ovales, d’une teinte plus vive, et de cercles noirs dus à des coquilles.
Le Bleu Turquin ou Bardigle est à fond bleuâtre et à veines plus foncées; I e Bardiglc fleuri , à pâte blanche, entremêlée d’une quantité de veines ardoisées par ondes et taches diverses.
Parmi les Marbres de Flandre, et qui sont ceux qu'on emploie le plus fréquemment à Paris, est le Sainte-Anne, ordinairement à fond gris et veines blanches , mais il en existe de plus agréables à la vue, dont le fond est brun, rouge ou bleuâtre. Parmi les belles
VI IN ËK A MJ < ; I E .
variétés (|iii proviennent de différents lieux, on distingue le Grand Antique , à fond noir et veines blanches nettement tranchées.
Parmi les Marbres Brèches, appelés ainsi parce qu’ils semblent composés de fragments réunis, méritent d’être nommés : le Grand Demi et le Petit Deuil, qui offrent des éclats blancs sur un fond noir; la Brèche d’Aix, ou Brèche de Tolonet, à grands fragments jaunes et violets, réunis par des veines noires; et la Brèche violette, à fond violet, avec grands éclats blancs, un des marbres les plus riches, mais dont les carrières paraissent depuis longtemps épuisées.
Pour passer des Marbres simples aux composés, nous nommerons d’abord les Campons, dans les Pyrénées, à fond rouge, rose, ou vert clair, varié de veines entrelacées et de feuillets ondulés, d’une teinte plus foncée; 1 e Jaune de Sienne, qu’on nomme aussi Jaune antique, est d’un jaune vif, veiné de pourpre et de rouge violacé; le Sicile ou Jaspe de Sicile , (pii se distingue par de grandes bandes veinées et rubanées rouges, brunes et olivâtres; enfin les diverses variétés de Vert antique, dont le fond est d’un vert tendre et foncé, parsemé de taches noires, blanches, et quelquefois même pourpres.
Les Marbres iumachelles sont ceux qui renferment des coquilles. On distingue surtout des variétés à fond noir, sur lequel se dessinent des taches de calcaire blanc, dont chacune est une coquille : celui appelé le Petit Granité, qui couvre la plupart de nos meubles, en est un exemple commun.
Il faut vous dire, au reste, à propos des noms du Marbre, qu’ils sont extrêmement nombreux, car il suffit souvent aux marbriers du moindre accident pour donner des noms différents aux diverses plaques tirées du même bloc.
Il y a des pierres de décoration que l’on confond ordinairement avec les véritables Marbres, quoiqu’elles soient d'une nature tout à fait différente; ce sont pour la plupart des Granités et des Porphyres. Ces derniers surtout sont susceptibles d’un beau poli, et présentent de belles nuances de couleurs. Le Porphyre rouge, ou de couleur purpurine, mêlé de grains de pierre blancs, était tellement estimé des anciens, qu’ils le faisaient tailler en bijoux et en amulettes.
L e Porphyre wrCelqu’on appelleaussi Vert antique , passait pour dissiper la mélancolie. Nous ne saurions dire jusqu’à quel point il justifie la singulière propriété qu’on lui attribuait autrefois; mais ce qu’il y a de très-sur, c'est qu’il produit un effet fort agréable à la vue par ses taches, ou carrés longs, d’un blanc mat, qui se trouvent souvent disposés en manière de croix de Saint-André, sur un fond vert foncé.
Des pierres d’ornementaux pierres de luxe, le passage est naturel. A ce sujet j’ai à vous entretenir, (l’abord, d’une substance dont le seul nom agira sur vous d’une manière magique; et je n’aurai, je pense, qu’à le prononcer pour que vos yeux s’allument d’un éclat presque aussi vif que celui qui distingue la substance en question. Vous avez probablement déjà deviné qu’il s’agit du Diamant.
Mais ne donnez pas un essor illimité à votre admiration, car j’ai à vous dire, concernant son origine, un petit mot qui pourrait vous désenchanter cruellement, surtout si vous êtes du nombre de ceux pour lesquels les plus belles qualités ne rachètent pas une naissance peu illustre.
Ce que je viens de dire vous parait étrange ; eh bien, tranchons-le donc ce mot, et apprenez <|ue le Diamant n’est que du charbon.
— Comment, du charbon? m’objecterez-vous; celle limpidité sans pareille, cet éclat si vif, si brillant, viendraient d’un morceau de charbon? cela me paraît impossible.
— Vous avez bien raison de vous étonner, mais vos objections ne changent rien à la nature du Diamant, et il reste charbon : des expériences réitérées des chimistes l’ont prouvé irrévocablement ; malgré les assert ions très-positives des anciens, qui prétendaient qu’il triomphait du feu, et qu’il ne s'y échauffait même pas, ils l’ont brûlé, et le résidu de ce combustible a été toujours celui qu’offre un simple charbon, à savoir : une matière volatile qui est de l’acide carbonique.
— Alors ses qualités sont donc imaginaires, factices, et on a tort d'y attacher tant de prix ?
— Nullement. Les qualités du Diamant sont bien réelles, et il reste toujours, malgré son origine, la pierre précieuse la plus dure, la plus pesante et la plus diaphane, étant polie, c’est la plus brillante de toutes les pierres : ajoutez que la nature en est très-avare, et que, jusqu’à présent, on n’est pas parvenu à la fabriquer, et vous vous expliquerez la haute valeur qu’on y attache.
Voulez-vous maintenant savoir comment on trouve les Diamants dans la nature, et comment on les exploite ? le voici :
Dans les Indes et au Brésil, d’où proviennent la plupart des Diamants, on les trouve d’ordinaire dans des matières de transport, dans ces terres sablonneuses et argileuses, entremêlées de beaucoup de substances étrangères, et remaniées par les eaux, qu’on nomme terrains d’alluvion. Quand on est convenu de l’endroit que l’on veut fouiller, on en aplanit un autre aux environs, on l’entoure de murs de deux pieds de haut, et d espace en espace on laisse des ouvertures pour faire écouler les eaux ; ensuite on fouille le
premier endroit.
11 y a souvent jusqu'à soixante mille ouvriers, hommes, femmes et enfants, employés à cet ouvrage. Les hommes ouvrent la terre, les enfants et les femmes la transportent dans l'endroit entouré de murs. On continue la fouille, jusqu'à ce que l’on trouve l’eau : on s'en sert pour laver la terre qui a été transportée, et après qu’elle a été lavée deux ou trois fois, on la laisse sécher; ensuite on la vanne dans des paniers faits exprès; celte opération finie, on bat la terre grossière qui reste, pour la vanner de nouveau deux ou trois fois; alors les ouvriers cherchent les Diamants à la main.
Les pauvres nègres employés à cette exploitation s’en acquittent avec autant d’indifférence <pie s’il s'agissait du produit le plus vulgaire. Et ils ont raison, les malheureux! car ce qui doit servir plus tard à l’étalage du luxe le plus effréné leur procure à peine de quoi vivre misérablement. Ce n’est que dans un seul cas qu’il leur arrive de bénir ce travail : la liberté est acquise à celui à qui le liasard tait trouver un Diamant d une giosseur plus considérable : 17 carats, à peu grès 3 grammes, en sont le taux fixé.
Il y a aussi des rivières qui contiennent des Diamants. Quand les grandes pluies sont tombées et que les eaux de la rivière sont éclaircies, ce (pii arrive ordinairement vers la fin de janvier et le commencement de février, les ouvriers ou habitants voisins remontent la rivière jusqu’aux montagnes d’où elle sort; on détourne le cours de 1 eau, on liie le sable jusqu'à deux pieds de profondeur, on le porte sur le bord, dans un lieu entouré de murs, et on procède enfin au lavage des sables et à la recherche des Diamants, (pie l’on reconnaît au soleil, à leur éclat.
MINEKA LU GIE.
(les pierres se trouvent, à l'ordinaire, disséminées en petite quantité dans ces dépôts arénacés, et présentent des formes que nous avons déjà indiquées ! page 34 I ) . L’octaèdre et le dodécaèdre en sont les plus fréquentes, lesquelles, acquérant plus de facettes, finissent par s’approcher de la forme presque sphérique.
En général, ces cristaux sont toujours loin d’avoir le brillant qui est une de leurs propriétés essentielles; on l’obtient par un procédé particulier, qu’on appelle la taille et le poli du Diamant. Il est bien connu que c’est par le moyen de sa propre poussière qu’on y arrive ; mais ce qui l’est moins peut-être, c’est que celte découverte, avant laquelle on portait le Diamant brut, ne date que de 1456. Ce fut un nommé Louis de Berguer, natif de Bruges, qui, s’étant avisé de frotter deux Diamants l un contre 1 autre, s’aperçut qu’il en tombait une poudre, dont il se servit pour enduire la meule d’un moulin de lapidaire, et au moyen de laquelle il mil au jour les brillants reflets du Diamant, jusqu’alors inconnus. Charles, duc de Bourgogne, surnommé le Téméraire, posséda le premier Diamant poli ; il le perdit, avec tous ses autres joyaux, à la bataille de Morat, que les Suisses gagnèrent sur lui.
Dans l’Inde, on taille le Diamant de manière à lui conserver tout son volume; en Europe, on sacrifie beaucoup du volume de la pierre pour en enlever les défauts, et se procurer une belle forme. Les formes admises sont la Rose (figure 2), pour les pierres de peu d’épaisseur qu’on ne veut pas trop diminuer : c’est le Diamant taillé à facettes par-dessus, et à plat par-dessous, et le Brillant (figures 5 et 4), taillé à facettes par dessus comme par-dessous, et qu’on monte à jour.
On attache ordinairement au Diamant L idée d’une parfaite limpidité; cependant il est sali presque toujours par des teintes jaunâtres ou brunâtres. On n’en trouve pas beaucoup qui aient des couleurs bien décidées et bien vives; quand ces couleurs existent, elles donnent à la pierre un prix immense. Le Diamant vert et le Diamant rose, lorsque leur couleur est d’une bonne teinte, sont les plus rares, et par conséquent les plus chers. Il y a des Diamants noirs et complètement opaques, qui ont néanmoins un brillant extraordinaire quand ils sont polis.
La quantité de Diamants fournie annuellement au commerce, par le Brésil, qui’ depuis qu’on les y a découverts, en a eu à peu près seul le privilège, ne s’élève pas à plus de six à sept kilogrammes, qui ont coûté plus d’un million de frais d’exploitation ; aussi (‘elle matière, même à l’état brut, est-elle toujours fort chère. Les Diamants défectueux, reconnus pour ne pouvoir pas être taillés, se vendent déjà, moyennement, à raison de 156 francs le gramme (quarante-cinq fois la valeur de l’or), soit pour faire la poussière de Diamant, ou êijrisée, soit pour garnir les outils avec lesquels on grave les pierres fines, ou enfin pour couper le verre. Les très-petits Diamants, susceptibles d’être taillés, valent en lots jusqu’à 250 francs le gramme; mais à peine pèsent ils chacun cinquante milligrammes, que le prix augmente considérablement, et, pour les poids au-dessus, la
progression est liés- rapide. A un demi- gramme, un Diamant brui vaut 2t>0 à 2S0 tr. : à un gramme, il vaut plus de 1 ,0311 francs. Ln Diamant taillé, d un gramme, <|ui,à la vérité, est déjà une fort belle pierre, à peu près de la grosseur figure 1, vaut au moins .",500 francs.
Plus les Diamants sont volumineux, plus ils sont rares, et aussi plus leurs prix sont élevés. On n’en connaît (pie quelques-uns dont le poids s’élève au-dessus de vingt grammes. Les plus gros Diamants connus sont
Celui du radjali de Mattam, à Bornéo, pesant environ 65 grammes.
Celui de l’empereur du Mogol . 59
Celui de l’empereur de Russie . -41
Celui de l'empereur d'Autriche . “29,33
Celui du roi de France (qu’on nomme le Régenl). 28,89
Les quatre premiers ont une mauvaise forme. Le dernier est parfait sous tous les rapports ; il pesait, avant la taille, quatre-vingt- sept grammes, et a coûté quatre années de travail ; il a été acheté dans le principe pour 2,239,000 francs, et il est estimé plus du double.
A la suite du Diamant nous vous présenterons quatre autres substances connues et estimées de tout le monde : le Rubis , le Saphir , la Topaze , et Y Émeraude. Elles sont toutes de la même nature, et portent en Minéralogie le nom générique de Corindon ; c’est la seule couleur qui les distingue.
Le Corindon rouge esl la pierre précieuse qui, sous le nom de Rubis, tient le pteniiei rang après le Diamant ; quand elle est d’une belle teinte de feu et bien pure, sa valeur dépasse même celle du Diamant sous le même volume. Le Saphir est le Corindon bleu d'azur ; la Topaze, le Corindon jaune, et Y Émeraude celui qui présente une couleur verte. On y ajoute cependant habituellement l’épithète d 'Orientale, pour les distinguer des autres pierres portant le même nom, mais n’ayant pas complètement la même composition. Ainsi il y a des Rubis spinelles, un peu inférieurs aux Rubis orientaux, qui ne présentent jamais le même éclat, mais qui, étant polis, ont pourtant un feu très-agréable
et très -ami de l’œil.
Quelque couleur, au reste, que présentent les Corindons, leurs formes dans la nature sont les suivantes :
On voit cependant beaucoup de Rubis bruts, de forme arrondie ou ovale, et ce sont surtout ceux qui ont été ramassés dans le lit des rivières, et qui, entraînés par les eaux, ont perdu leur forme angulaire par le frottement qu'ils ont éprouvé les uns contre les
aut res.
MINE H ALOGIL
On fait en général aussi grand cas des belles Topazes, qu'on place au troisième rang après le Diamant, à cause de leur éclat vif, que du Saphir, qui, à part sa belle couleur bleue, présente encore ce phénomène particulier, qu’il montre, par réflexion devant une vive lumière, une étoile brillante à six rayons. Mais on n’a accordé, à coup sûr, à aucune pierre autant d'honneur qu'kVÉmcraude proprement dite. Les Romains l’estimaient au point qu’il était expressément défendu de rien graver dessus : on la réservait pour soulager la vue et délasser l’œil. Néron avait l’habitude de considérer le spectacle sanglant de l’arène à travers une Émeraude ; Donatien s’en servait pour le même usage, ce qui a fait qu’on l’a apppelée pierre de Domilien el de Néron.
Quelques peuples de la vallée de Manta, au Pérou, ont encore fait mieux, à en croire plusieurs historiens espagnols; car ils adoraient une déesse Emeraude, qui était tout bonnement une Émeraude grosse comme un œuf d’autruche, et à laquelle on faisait des offrandes d’Émeraudes,
De nos jours, cette pierre est encore au premier rang des Gemmes, et si elle le cède en dureté et même en éclat aux Corindons, et surtout aux diamants, sa couleur pure et veloutée l’en dédommage; et quand son intérieur est exempt de défauts, déglacés ou de tout autre accident, elle rivalise, à volume égal, avec les plus belles variétés de Saphir, et surtout avec l’Émeraude orientale, dont la nuance est loin d’avoir l’éclat et la richesse de celle qui caractérise l’Émeraude du Pérou.
Pour en finir avec les substances pierreuses dont on se sert en joaillerie, nous ne ferons que vous nommer encore les Grenats et les Turquoises. Vous saurez (pie les beaux exemplaires des premiers, ceux qui réunissent à un certain volume une couleur agréable et une transparence convenable, sont assez estimés dans le commerce. Les anciens ont beaucoup gravé sur celte pierre, qu’ils nommaient quelquefois Escarboucle , el à laquelle ils se plaisaient à attribuer des propriétés fabuleuses ; de nos jours, les teintes les plus estimées sont celles qui appartiennent aux Grenats pyropes et syriens des joailliers.
La forme primitive des Grenats est la même que celle des alvéoles des gâteaux dabeilles; la figure de ces alvéoles, vous le savez sans doute, est celle qui renferme le plus grand espace avec le moins de matière.
Parmi les Turquoises, vous aurez à distinguer deux sortes : les Turquoises pierreuses, qu’on appelle aussi orientales, de vielle roche, ou Calaïtes. Elles passent par différentes nuances du bleu céleste clair au bleu foncé tirant un peu sur le vert; elles sont assez dures pour rayer le verre, et peuvent être appelées les véritables Turquoises.
Les autres, qu’on nomme Odontolilhes , sont des dents fossiles colorées en bleu par du phosphate de fer ; elles proviennent des molaires d’un animal voisin des Paresseux, du Cerf, d’animaux carnassiers, et sont beaucoup moins dures (pie les Calaïtes. Elles sont solubles dans les acides, et perdent leur couleur, même dans le vinaigre distillé, ce qui fait qu’elles sont beaucoup moins estimées que les Turquoises précieuses, qui résistent a ces épreuves. Chez les anciens, elles servaient, les unes et les autres, à faire des amulettes.
Au nombre des substances qui jouent dans la nature un grand rôle par leur abon-
dance, il faut citer le groupe des Feldspalhs, dont les cristaux se présentent sous les formes suivantes :
C’est à celte substance qu’appartient la matière première employée à la fabrication de porcelaine, sous le nom de Kaolin, qui n’est qu'un Feldspath décomposé.
Les Micas sont aussi très-répandus ; ce sont les substances qui se divisent facilement en feuilles très-minces, élastiques, et tellement transparentes, qu'elles ont pu servir dans quelques pays, nommément en Russie, à remplacer les vitres, ce qui leur fait donner le nom de Verre de Moscovie. Le Granité, roche que tout le monde connaît, est essentiellement composé de ces trois minéraux : Feldspath, le Quartz et le Mica, réunis ensemble par petites parties assez régulièrement entremêlées, et formant des masses granulaires. C’est le Mica qui donne à cette roche son aspect brillant au soleil.
Nous pouvons citer encore comme très-abondants dans la nature, V Amphibole, le Pyroxène, les Serpentines, etc., sans cependant en dire davantage, car nous avons hâte d'arriver aux Métaux.
A ce mot s’offrent naturellement à votre esprit les deux substances qui en sont pour ainsi dire les représentants, l’Or et l 'Argent. Tout le monde à vu l’Or, ne fût-ce que sur les cadres dorés, et connaît la belle couleur jaune qui distingue ce métal de tous les autres. Son inaltérabilité est telle, qu'il résiste à presque tous les agents naturels et chimiques, et celte qualité, jointe à sa ductilité et à sa malléabilité, c'est-à-dire à la faculté de s’étendre sous le marteau et sous le laminoir, en fait le métal le plus précieux. L’Argent vient immédiatement après l’Or pour ces qualités : aussi ces deux substances ont-elles été regardées de tout temps comme des métaux parfaits, nobles par excellence ; tandis que tous les autres étaient appelés imparfaits, ignobles, et qu’il fallait par conséquent, disait-on, les transformer.
La transmutation des métaux et la recherche d’un remède universel, telle fut, durant plusieurs siècles, l’occupation unique de ces hommes extraordinaires, bizarres, qu’on nommait Alchimistes. Toute la science d’alors était là, et il est inimaginable combien ils se donnaient de tourments, combien ils subissaient de peines, de fatigues, pour arriver à la possession de ces trois choses, auxquelles tendaient donc leurs efforts : la richesse, la longévité, la santé. On conçoit facilement qu’ils aient pu être dévorés du désir d’arriver à ce but; car ces trois choses-là sont, en définitive, les seuls éléments de bonheur pour la plupart des hommes. Mais la voie qu'ils avaient choisie pour y parvenir était au moins aussi étrange qu’illusoire. 11 en est donc résulté que l’absolu et la pierre philosophale sont encore à trouver.
L’or, (pie de notre temps on envisage sous un point de vue moins chimérique, appartient au petit nombre de métaux que l'on rencontre dans la nature à l’état de pureté presque complète : en filaments, en lames minces, en grains plus ou moins volumineux, présentant de petits cristaux cubiques ou octaèdres ; quelquefois aussi en petites masses