‹ Le jardin des plantesChapitre 63 sur 83 · GÉOLOGIE · texte numérisé non relu

GÉOLOGIE

vent expliquer les laits inscrits sur tous les points du globe; indiquer, autant que possible, la suite des révolutions par lesquelles notre planète a passé pour arriver à l’état actuel : voilà, en quelques mots, le but élevé de la Géologie.

Ayant prononcé le mot d’enveloppe, il est indispensable de dire avant tout ce qui sert de noyau à celte enveloppe : une foule de phénomènes les plus curieux se rattachent à cette question. La terre est-elle creuse dans son intérieur? est-elle remplie d’eau ou de gaz, comme on l’a supposé autrefois? ou est-ce une énorme masse de pierre aimantée qui en constitue la partie interne, comme on l’avait également avancé ?

Bien que l’observation directe ne nous ait rien appris à ce sujet, nous sommes cepen dant obligés d’admettre, en vertu de calculs irrécusables, que la masse interne du globe est un amas de matières à l’état de fusion constante. Il est indubitable qu'il fut un temps où la terre tout entière était comme un globe de feu : sa forme l’atteste d’une manière assez sûre : elle est précisément celle que prendrait, sous l’influence de l’attraction universelle, une masse liquide faisant un mouvement orbiculaire dans l’espace. Quand cette croûte est-elle devenue solide? est-ce après les jours, comme ceux de la Bible, ou plus probablement après des siècles? c’est une question qui ne saurait nous occuper. Nous avons seulement à constater que cette masse liquide, tout en se solidifiant en partie à sa surface, et tout en perdant ainsi nécessairement de son intensité primitive, est cependant restée encore assez puissante pour produire, de tout temps, ces agitations intérieures, ces secousses qui se traduisent par des tremblements de terre, et ces volcans dont le siège ne peut être qu’au sein de cette même masse, et qui sont tous autant de preuves de son état incandescent. Nous pourrions ajouter, à l'appui de cette hypothèse, le phénomène remarquable de ces sources minérales, de ces eaux thermales de toutes espèces, dont quelques-unes conservent presque la chaleur de l’eau bouillante en arrivant à la surface du sol, s’il n’était pas suffisamment établi, par des expériences rigoureuses, que la chaleur de la terre croît avec sa profondeur d’après une moyenne de un degré centigrade par vingt-sept mètres. C’est même d’après ces expériences (pie l’on a pu supposer (pie l’écorce consolidée de la terre a dix ou douze lieues d’épaisseur.

En étudiant maintenant l’écorce terrestre en elle-même, on est obligé de convenir qu'elle n’a pas été produite d’un seul jet, mais qu’elle a eu, dans sa formation, des époques successives et une série d’opérations différentes. Il y a surtout deux grandes sections à établir, sections parfaitement tranchées, et qui indiquent, dans les phénomènes qui ont présidé à leur production, des circonstances très-diverses.

L’une est celle qui se compose des terrains les plus anciens, ceux justement qui durent être les premiers consolidés. On les a nommés primitifs, parce qu’ils sont les premiers dans la série géologique, ou terrains' de cristallisat ion, à cause de leur tendance à prendre la structure cristalline. Le Granité et les roches analogues, telles (pie le Gneiss ,1a Pcgmatile, la Sycnilc, la Prologine, etc., constituent, avec quelques roches d’éruption, comme le Basalte, qui produit souvent de bellescolonnades naturelles, ce groupe de terrains qui sert de fondement et de support à tous les autres, et qui compose ordinairement I axe des chaînes de montagnes et leurs cimes les plus élevées. Ne vous prendrait- il pas tau laisie, tandis que nous en causons, de promener un peu votre pensée sur celte antique enveloppe? Nous pouvons écarter, en idée, tous les dépôts qui, dans la suite des siècles, sont venus s’amonceler sur elle, et vous la reconstruire telle qu elle existait alors selon

toute probabilité? Par l'el'let de l’immense chaleur qui rayonnait à travers la mince pellicule consolidée d’abord, et par la force des éruptions qui, sans nul doute, durent être très-fréquentes dans ces temps-là, l’eau toute vaporisée a dû pendant longtemps constituer, autour du noyau embrasé, une atmosphère épaisse, étouffante, brûlante. Même quand cette eau, par suite du refroidissement, commença à se déposer dans les cavités du globe et à former ces dépôts qui devinrent la mer, la grande mer, il dut s'écouler un temps immense avant que la nature organisante ait pu disputer l'empire à la première nature, à la nature morte et purement minérale.

Ce ne fut enfin que quand la température baissa suffisamment pour qu’une nouvelle quantité de vapeur d’eau pût se déposer de l’atmosphère, et faire gonfler les mers et les lacs épars, qu’au milieu de ces eaux commença à se former cette autre série de terrains (pie l’on appelle par celte raison lorrains de sédiment, et qu’en même temps un changement notable s’opéra dans la constitution physique de l’atmosphère. Car elle se purifia à mesure quelle s’allégeait,; les ouragans et les éruptions perdirent de leur effroyable furie, les pluies de leur violence, et c’est alors que commença sur le globe la première vie, tant végétale qu’animale, dont le géologue découvre aujourd’hui les débris en partant des couches inférieures de ces terrains. La présence de ces débris organiques ou fossiles, au milieu des terrains de sédiment, constitue aussi la différence principale entre ce groupe et celui des terrains précédents ; ce qui les caractérise ensuite est une disposition par couches plus ou moins horizontales, ou stratification, qui manquent dans les terrains primitifs. Comme, au reste, il était nécessaire d’établir plusieurs divisions dans celle série nombreuse des terrains, autant pour marquer les différentes époques géologiques auxquelles ils ont eu lieu, que pour indiquer leur composition respective, vous me permettrez de vous les exposer sommairement.

Les parties les plus basses des terrains de sédiment, formées de matières schisteuses et de quelques roches arénacées particulières, sont désignées aujourd hui sous le nom de dépôts cambriens; au-dessus d’eux se classent les dépôts siluriens , séparés des premiers par une stratification discordante, et où abondent principalement les calcaires marbres. Ces deux formations sont aussi quelquefois comprises sous le nom de terrains de transition , et l’on veut indiquer par là le double passage qui a eu lieu dans ces tormations : celui, d’abord, de roches cristallines aux roches sédimentaires, c'est-à-dire formées mécaniquement au milieu des eaux; ensuite celui beaucoup plus important de 1 époque purement minérale à la vie organique. Au-dessus des terrains de transition, viennent les dépôts carbonifères , caractérisés par les riches et puissantes couches de houille, ces restes des premières richesses végétales qui aient orné la face du globe. Plus haut se présentent diverses alternances de grès et de calcaires, jusqu’aux grands dépôts de ces derniers qu’on a désignés sous le nom de formation jurassique. Cette formation présente à sa base le calcaire nommé Lias , et se termine par des dépôts particuliers de calcaire et d’argile qui préludent aux dépôts crétacés. L’ensemble de ces dépôts, y compris la puissante formation de craie, est représenté sous le nom des terrains secondaires . C’est enfin dans les bassins limités par la craie que se sont formés les calcaires parisiens, base des terrains tertiaires, qui, à leur tour, sont recouverts parles formations d’eaux douces.

On n’aurait cependant qu’une idée très-peu juste de la constitution de l'écorce terrestre, si l’on s’attendait à trouver toujours une parfaite stratification des couches,

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el mie ligne de démarcation partout précise entre ces diverses formations que nous venons de nommer. Loin de là, elles se trouvent, au contraire, souvent disloquées, contournées en divers sens, quelquefois même redressées verticalement par ces roches d’origine ignée, projetées de bas en haut du sein de la terre que l'on appelle roches d’éruption ou d’épanchement. Très-souvent ces roches sont en outre coupées, soit par des liions, soit par des fissures verticales qui occasionnent, surtout dans les montagnes, les formes les plus abruptes et des escarpements inaccessibles. Le seul moyen de distinguer les diverses époques géologiques de ces formations, c’est d’avoir recours aux débris organiques que ces couches recèlent et qui, comme nous l’avons dit tout à l’heure, caractérisent principalement les terrains de sédiment. Ce sont même ces fossiles qui fournissent à eux seuls la preuve incontestable de la formation successive du globe, par la certitude où l’on est que ces animaux ont dû vivre à la surface avant d’être ensevelis dans la profondeur. La véritable théorie, 1 histoire positive de la terre est fondée là-dessus.

Ce qu'il y a cependant de plus singulier à cet égard, c’est que ce fut un simple potier de terre qui a le plus contribué à faire proclamer ce fait qui, enfin, a aussi été instauré dans la science. Longtemps les savants et les philosophes regardaient et les pierres chargées d'empreintes d’animaux ou de végétaux, et les coquillages trouvés dans la terre, comine de simples jeux de la nature, lorsque, vers la fin du seizième siècle, Bernard Palissy éleva la voix et dit, à la face de tous les docteurs, que les coquilles fossiles étaient de véritables coquilles déposées autrefois par la mer dans les lieux mêmes où elles se trouvent; que des animaux avaient donné aux pierres figurées toutes leurs différentes figures, et qu’il les défiait hardiment d’attaquer ses preuves.

Après un assez long intervalle, cette opinion est devenue dominante; il est même aujourd'hui établi d’une manière positive qu’il y a eu, dans la série des êtres vivants qui se sont succédé aux divers âges de la terre, une progression des formes et une suite d’organisations de plus en plus compliquées.

Quels sont les êtres qui ont joui les premiers de l’existence ? C’est une question sur laquelle nous ne serons probablement jamais suffisamment éclaircis ; cardes animaux de la dernière échelle zoologique, entièrement charnus ou gélatineux, et par conséquent impropres à la conservation, peuvent avoir existé par milliers, sans qu'il nous en soit parvenu la moindre trace. On est même tenté d'admettre, comme très-probable, que des êtres pareils ou leurs analogues aient paru les premiers à la surface de notre planète, cjuand on réfléchit que la nature aime à préluder par les plus simples organisations aux plus complexes : c’est au moins la marche qu’elle a constamment suivie dans sa création postérieure. Ceux qui ouvrent la série dans les couches les plus anciennes, où les premiers débris de la vie organique apparaissent, sont les Testacés et autres animaux à parties solides. Les individus les plus anciens parmi ceux qu’on a découverts jusqu’aujourd’hui semblent être ceux de la famille des Trilobiles; ces crustacés, d’une forme singulière, étaient si abondants, que les feuilles de schiste, dans beaucoup de localités, en sont couvertes, de sorte que, probablement, des millions de ces animaux ont vécu et ont péri non loin des endroits où l’on retrouve aujourd’hui leurs débris. Ces êtres paraissent avoir entièrement disparu de la classe des animaux vivants.

Les coquilles les plus abondantes de la même époque appartiennent au genre Produclus, Orlhocéraliles, Spirifères, etc., qui n’ont pas non plus des représentants parmi ceux

i|iii vivent actuellement dans nos mers. En général, c’est à des Zoophyles, à des Mollusques, à des Crustacés, et à quelques genres de Poissons aujourd’hui inconnus, que paraît appartenir la première population animale qui ait couvert le globe.

Y avait-il aussi des végétaux à la même époque? On ne saurait en douter, quand on considère les puissantes couches de combustible se montrant presque en même temps avecla première apparition de la vie animale, ce qui prouve nécessairement la coexistence des végétaux dont elles proviennent, et par conséquent des quelques continents à la surface desquels ces végétaux croissaient . Au reste, vous savez déjà à quoi vous en tenir à ce sujet, par l’exposé lucide du beau travail de M. Ad. Hrongniart sur la botanique fossile, qui se trouve page 260 à 265.

Nous traversons plusieurs formations des terrains sans rencontrer dans les fossiles que nous y trouvons un changement notable d'organisation, si ce n’est que les espèces que nous venons de citer et leurs analogues deviennent de plus en plus nombreuses et acquièrent souvent des dimensions prodigieuses. On cite, par exemple, des Ammonites qui ont jusqu’à huit pieds de diamètre. Quand on pense que ces coquilles spirales et si singulièrement chambrées appartenaient, selon toutes les apparences, à des espèces de Sèches ou de Poulpes qui les portaient dans leur intérieur (comme aujourd'hui le Naulilus spirula I, on peut se faire une idée delà grandeur de ces Mollusques de leur vivant.

Remontant, au schiste cuivreux ou bitumineux placé sur les couches de houille, nous découvrons, parmi d’innombrables Poissons dont il n’existe plus aujourd’hui d'analogues, les premières traces des Reptiles, lesquels prennent tout leur développement en arrivant au calcaire jurassique.

L'ordre des Reptiles qui offre les espèces fossiles les plus singulières est celui des Sauriens, dont la plupart étaient gigantesques. Nous n’en citerons que le Mégalosaurus de Stonesfield , près d’Oxford, véritable Lézard monstre, qui surpassait les plus grands Crocodiles, et approchait même, par sa taille, d’une Raleine : il avait plus de 70 pieds de longueur. Nous n’avons pas besoin d’ajouter que cet animal appartient aux genres perdus.

Deux autres genres de Sauriens également perdus, et remarquables par une structure îles plus étranges, sont les Ichthyosaurus et les Plésiosaurus. Les premiers réunissaient tout à la fois un museau pointu de Dauphin, des dents de Crocodile, une tête et un sternum de Lézard, des pattes de Cétacé, mais au nombre de quatre, et des vertèbres de Poisson. Deux yeux d’une grosseur énorme devaient donner à leur tête un aspect tout à fait extraordinaire, et leur faciliter la vision pendant la nuit. Les seconds joignaient à ces mêmes pattes de Cétacé une tête de Lézard et un cou semblable au corps d’un Serpent, et d’une longueur si démesurée, qu’on y compte plus de trente vertèbres.

Les Ptérodactyles, ou Lézards volants, moins remarquables que les précédents par leur taille, le sont autant par leur structure bizarre : une queue très-courte, un cou très-long et un bec d’Oiseau, distinguaient ces Reptiles étranges, premiers animaux terrestres qui volaient à l’aide d’une aile soutenue principalement par un doigt très -prolongé. Quelques Oiseaux de rivage paraissent en avoir été les contemporains.

En considérant les formes bizarres de ces êtres auxquels il faut ajouter des énormes Crocodiles, des Tortues d’une dimension prodigieuse, des Salamandres , etc., pour coin pléter la population de cet Age géologique, ne dirait on pas, au premier aspect, qu'ils sont

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le produit d'une imagination malade plutôt que des forces ordinaires de la nature ?

A cette population singulière ont. succédé, dans les anciennes mers, les premiers Mammifères marins, tels que des Dauphins inconnus, des Lamantins, des Morses, etc. Ils commencent à se trouver dans le calcaire grossier qui repose sur les argiles placées au-dessus de la craie, et paraissent être la première ébauche des classes supérieures qui ont bientôt paru à la surface du globe. En effet, dans les couches de gypse qui succèdent au calcaire grossier dans les environs de Paris, on rencontre cette population si remarquable des premiers Mammifères terrestres , population approchant, pour la plupart, des Tapirs et des Rhinocéros, et dont on connaît près de quarante espèces entièrement perdues. Ce sont ces Pachydermes, que Cuvier a appelés Palœonthériums , Anoplolhériums , Lo phiodons , Anthracolhériums, etc., et dont la reconstruction seule aurait suffi pour lui assurer un nom immortel dans la science.

Enfin, un étage plus haut, dans les terrains meubles et d’alluvion, ces couches sablonneuses et limoneuses les plus rapprochées de la superficie du globe, se trouve la population composée d'Èléphanls ou Mammouths, de Rhinocéros , d’ Hippopotames, de Mastodontes , d'innombrables Chevaux, de plusieurs grands Ruminants, de Carnassiers de la faille du Lion, du Tigre, de VHyène, de l’Ours, etc.

Ce qu'il y a d’abord à faire observer, à propos de ces débris immenses de la dernière des catastrophes du globe, c'est qu’ils appartiennent à une époque bien distincte, car aucune de leurs espèces ne se trouve mêlée avec les espèces de la population précédente. Ce qui est ensuite à remarquer, c'est que la plupart de ces animaux approchent déjà notablement des animaux vivants, quoique pas encore tout à fait de leurs espèces

Un des fossiles les plus remarquables de cette époque est le Mastodonte. Assez rapproché de l’Éléphant , dont il avait la taille et la forme, il s’en distingue néanmoins essentiellement par la direction de ses défenses courbées en sens inverse de celles de l'Eléphant, et surtout par la forme de ses dents molaires. Le Mastodonte est le plus grand des animaux fossiles.

L’espèce non moins curieuse est le Cerf à bois gigantesque ; deux superbes têtes de cet animal ornent le dessus des portes d’entrée de la galerie, de même qu’une grande quantité d’ossements fossiles des espèces dont nous venons de parler en tapissent les murs.

Nous voici au plus haut de l’échelle géologique sans avoir rencontré l’Homme, ni l’espèce qui en approche le plus par sa conformation . le Singe. On a bien des fois annoncé la découverte d’ossements humains; mais ces prétendus hommes fossiles se sont toujours trouves, après mûr examen, avoir été confondus avec les dépouilles de quelque grand animal. Ou si ces ossements avaient réellement appartenu à l’espèce humaine, ils n étaient pas fossiles, mais déposés dans la ferre depuis le dernier état de choses.

Que faut-il conclure de cette absence des ossements humains fossiles aux diverses époques géologiques ? Sans nul doute, que l’espèce humaine n’a été la contemporaine ni de toutes ces races perdues, ni de toutes ces catastrophes épouvantables qui les ont détruites. L epoque actuelle peut donc être appelée 1 âge de l’homme, car c’est de cet âge seulement que date l'espèce humaine.

En voyant cette série de corps organisés que nous venons de dérouler rapidement à vos yeux, ensevelis dans des couches successives de la terre, rien de plus naturel (pie d admettre qu ils s y trouvent à la suite de grands bouleversements, de terribles révo-

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Unions éprouvées par le globe . IVIais quelle a pu être la cause de ces révolutions ? Voila une question plus essentielle et en même temps plus difficile.

Dirons-nous que c'est la mer qui est venue balayer ces êtres de la surface du globe v L’explication n’en est plus suffisante dès qu’elle s’est montrée en désaccord avec quelques faits observés. Nous aimons mieux, et c’est ce que la science a de plus avancé à ce sujet, envisager chacune de ces générations d’êtres qui tour à tour ont régné sur la terre avant l’homme, comme le produit d’une température donnée ; car une variation marquée dans la température moyenne ou même dans la répartition de la chaleur entre les diverses saisons, la température moyenne restant la même, révolutionne les conditions primordiales de la vie. Si la température moyenne du globe montait ou baissait de dix degrés, par exemple, ou même de cinq, par cela seul tout serait bouleversé dans la situalion de l’atmosphère, dans la fréquence et l’intensité des orages, dans le caractère de la végétation. Doublez celte variation, et l’homme lui-même aura disparu.

Nous pouvons, en réalité, admettre comme indubitable que la température du globe a baissé graduellement à mesure qu’il s’est avancé vers l’époque actuelle : des phénomènes nombreux nous l'indiquent d’une manière sûre. Sous l’influence de la déperdition successive de chaleur que subissait la terre, le règne animal et le règne végétal se renouvelèrent donc bien des fois sur chaque point du glohe et sur l’ensemble de la planète, et se perfectionnèrent sans cesse. C’est ainsi que l'homme est arrivé comme le résultat de mille essais, comme le dernier mot et la plus parfaite création de la Providence.

En même temps que, par l’effet des pertes de chaleur qu’éprouvait la planète, on voyait des êtres organisés, animaux ou végétaux, de plus en plus parfaits, se remplacer les uns les autres, la même cause produisait une autre révolution féconde pour le genre humain. La croûte terrestre, contractée par le refroidissement, se resserrait sur ellemême, pressant les liquides enflammés que la planète recélait dans ses flancs; ceux-ci alors se faisaient jour. De là, à la surface, des épanchements immenses ; les chaînes de montagnes se dessinaient comme des bourrelets; la superficie du globe prenait la forme élégante et variée que nous lui voyons de nos jours ; le chaos cessait, les cont inents se séparaient des mers, les vallées se creusaient à la faveur de la course rapide (pie prenaient les eaux pluviales du haut des montagnes nouvellement formées. Et la nature, bonne mère, avait soin, au milieu des jets qu’elle lançait ainsi de l’intérieur vers le dehors, d’en composer quelques-uns de substances métalliques. De là les précieux filons d’où les hommes ont tiré tant de trésors qu'ils n’ont pu jusqu’aujourd’hui qu'effleurer.

Quelque considérables que soient, au reste, ces protubérances qui se montrent à la surface de notre globe, et que l’on appelle montagnes, elles sont peu de chose si on les compare à la dimension de la planète. Sur une sphère dont le diamètre serait, par exemple, de deux mètres, elles n’auraient qu'un millimètre de hauteur. Ou si l’on réduisait notre terre au volume d’une orange, les rugosités dont l’écorce de ce fruit est couverte seraient de beaucoup plus grandes et surtout plus nombreuses, si on les comparait aux inégalités qui se trouvent à la surface du globe.

En entrant dans le Jardin des Plantes par la grille d’Austerlitz, vous voyez devant vous un grand bâtiment situé au bout de deux longues allées d’arbres, comme un de ces manoirs féodaux qui s’élèvent à 1 extrémité du

parc seigneurial. Ce bâtiment a soixante toises de long, et se compose d un

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rez-de-chaussée et de deux étages. La façade, d’un ordre architectural extrêmement simple, est divisée en trois parties par deux petits pavillons latéraux. Tel est l’aspect extérieur de cet édifice où sont déposées les archives de la création.

A l’époque de sa formation, il se composait d’une pièce renfermant des squelettes, et de deux petites salles où tenaient aisément toutes nos richesses zoologiques et minéralogiques. A côté de ces salles était l'appartement de l’intendant. Les deux pavillons n’existaient pas encore; le bâtiment du milieu suffisait pour loger toutes nos collections.

Sous l’administration deBuffon, les collections prirent un tel développement, que ce savant crut devoir leur abandonner une partie de son appartement, et que bientôt après il le leur sacrifia tout entier, et se retira dans une petite maison de la rue des Fossés-Sa i ut-Victor.

Chaque semaine voyait arriver de toutes les contrées du globe des troupes de bipèdes et de quadrupèdes. Il fut décidé que l’on construirait, au second étage, une grande galerie qui recevrait le jour d’en liant. Les travaux, commencés en 1794, furent terminés en 1801 . Pendant cet intervalle, nos richesses s’accrurent tellement, que lorsque la nouvelle galerie fut achevée, elle se trouva insuffisante. Un plan plus vaste fut tracé, et l’on se remit à l’œuvre; c’était en 1808. On supprima l’escalier de l’entrée principale située au-devant de l’allée de tilleuls, et l’on ajouta, au premier étage, trois nouvelles salles où l’on disposa les collections géologiques et paléontologiques, les roches, les produits volcaniques et les fossiles. La galerie du second étage fut prolongée jusqu’à la terrasse qui faisait face au grand labyrinthe, et on la remplit de Mammifères. On transporta la bibliothèque dans la maison de l’intendance, et la salle qui avait été occupée par les livres fut consacrée aux habitants de l’humide (mi pire.

On avait gagné de l’espace, mais pas encore assez pour la multitude toujours croissante des objets.

La translation eut lieu en 1834. Le Cabinet tout entier devint la propriété des animaux. On donna plus d’extension aux diverses branches de la zoologie; on fit succéder à des espèces inorganiques une foule d’êtres intéressants, qui avaient été relégués dans des magasins où ils n’étaient visibles que pour les personnes attachées à l’établissement.

Mais cet agrandissement, quoique considérable, est loin de suffire à l’état actuel de nos collections. La mauvaise exposition de certaines

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branches, causée par la trop grande quantité des espèces, fait sentir de nouveau le besoin d’espace.

Cet encombrement nuit extrêmement à la distribution et au classement des animaux. On a été obligé de mettre au rez-de-chaussée plusieurs grands Mammifères, dont les congénères se trouvent dans les salles supérieures. Le couloir qui suit, et qui conduit à l’escalier, est garni d’armoires dans lesquelles on a rangé une partie des Zoophytes. Dans les premières salles du premier étage, on voit à gauche les Poissons ; plus loin, ou a à droite les Reptiles. La quatrième salle renferme une partie des animaux sans vertèbres cl les Crustacés ; la cinquième offre le groupe des Singes; la sixième, les collections des Mollusques et des Zoophytes ; et enfin, la dernière cou* tient les Cétacés. En montant l’escalier de la porte principale, opposée a celle par où nous sommes entrés, on arrive au second étage; on trouve d’abord des Mammifères, puis des Oiseaux, puis encore des Mammifères entremêlés de Poissons.

Au milieu de la plupart de ces salles sont des meubles qui présentent, d’un côté, la collection des Coquilles, et, de l’autre, celle des Insectes.

Ainsi, l’ordre naturel est constamment interrompu, non-seulemenl pour quelques espèces qui forment exception par leur taille, mais pour toutes les espèces en général. Nous ne pourrons donc pas , dans cet exposé rapide, observer le système de classification adopté parla science.

Cette classification, la voici; et comme toutes les branches que nous allons nommer ont des chaires spéciales à l’amphithéâtre du Jardin des Plantes, nous indiquerons en même temps les noms des professeurs qui les enseignent :

1° Mammalogie et Ornithologie. — M. Isidore Geoffroy- Sa int- Hi l a i r e. Aide naturaliste , M. Hor. Prévost.

2° Herpétologie, Ichthyologie. — M. Düméril. Aide naturaliste, M. G. Bibron.

3° Entomologie. — M. Audouin. Aide naturaliste, M. Blanchard.

i° Conchyliologie, Zoophytologie. — M. Valenciennes. Aide naturaliste, M. L. Rousseau.

Il y a en outre pour le Cabinet de zoologie un conservateur qui esl M. Loris K iene r.

SIXILML PARTIE.

REZ-DE-C HAUSSEE.

Da u p ti ïiN. — Cet animal, connu dès la plus liante antiquité, et célèbre par les récits réels ou fabuleux dont il a été l'objet, appartient à la classe des Mammifères, et non à celle des Poissons, comme on le croit généralement. C’est un Cétacé qu'on a surnommé souffleur, parce qu’il rejette, par un orifice ou évent placé dans la partie supérieure de la tète, l’eau qu’il avale avec sa proie.

Les Dauphins ont le corps très-allongé; leurs mâchoires ont la forme d’un bec, et sont armées de dents très-nombreuses et assez semblables entre elles ; on en compte jusqu’à près de deux cents. Leur peau est un peu rugueuse, très-brillante, blanchâtre sur le ventre, et d'un gris de perle sur le dos, où elle forme, en se ridant, des espèces de nageoires qui, n’étant soutenues par aucune pièce osseuse, changent souvent d’aspect et de position. Leur queue est horizontale ; ce dernier caractère est un de ceux qui distinguent les Cétacés des Poissons ; chez les Poissons, la queue est placée verticalement.

Le Dauphin n’a point de nageoires postérieures ; celles de devant, qu’on appelle aussi bras, lui servent pour diriger sa course.

11 existe plusieurs espèces de Dauphins qui vivent dans presque toutes les mers, et remontent les rivières plus ou moins au-dessus de leur embouchure. Celui que l’on voit ici, le Delphinus Gangeticus , est commun dans les eaux du fleuve dont il porte le nom, et fréquente aussi les plages voisines.

Le Dauphin globiceps se distingue du précédent par la sphéricité de sa tête.

I>e chaque côté du Dauphin du Gange, on voit deux défenses de Narval placées verticalement sur deux socles.

Le Narval est un animal de la même famille que le Dauphin, mais il a le corps un peu moins allongé. Sa tête est ronde, assez petite, et parait confondue avec le tronc. Il n’a qu’un seul organe de la respiration ou évent. Ses yeux sont moyens et placés fort bas, aux angles de la gueule qui est droite. Ce que le Narval présente de plus curieux. et ce qui suffit pour le distinguer des autres Cétacés, c’est la longue défense qui est implantée dans sa mâchoire supérieure, et qui a plutôt l'aspect d’une corne que d’une rient. Bien que celte mâchoire contienne les germes de deux défenses, il n’y en a jamais qu'une qui se développe ; c’est celle du côté gauche ; l'autre reste cachée et comme ensevelie dans l’alvéole droite. La dent des Narvals forme un énorme stylet arrondi, pointu, et presque toujours sillonné en spirale dans la plus grande partie de sa longueur totale. On en cite qui ont jusqu’à dix ou douze pieds. On les a prises pendant longtemps pour les cornes d’un quadrupède fabuleux qu’on désignait sous le nom de Licorne.

Immédiatement après ces gigantesques dents, on voit un Eléphant des Indes qui fait parallèle à un É l é p h a n t d’A s i e, placé à l’autre bout de la salle. Ces énormes ani maux constituent une famille peu nombreuse, à laquelle on a donné le nom de Proboscidiens, ou animaux pourvus de trompe. Cette trompe, qui n’est qu’un prolongement du nez, consiste en un tube cylindrique divisé, par une paroi interne, en deux canaux qui

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