‹ Le jardin des plantesChapitre 74 sur 83 · C. A li E Z « N É l.liCA K T · texte numérisé non relu

C. A li E Z « N É l.liCA K T

Habitant des rives de l’Amazone, à l’extrême nord du Brésil, aussi remarquable parla beauté de sou plumage que par sa rareté, le Cabézon élégant est un oiseau que possèdent, eu Europe, peu de musées d’histoire naturelle. Les contrées encore sauvages où il s’est fixé offrent d’insurmontables obstacles aux investigations des naturalistes, et jusqu’à ce jour il ne s’est point avancé au delà des provinces de Maranhaà et de Para.

Cet oiseau, comme les autres espèces du même genre répandues dans l’ancien et le nouveau monde, est essentiellement insectivore, et

détruit une immense quantité de Diptères et de papillons qu’il saisit adroitement par le corps, en en faisant sauter les ailes d’un seul coup de bec.

Patient comme tous les insectivores chasseurs, le Cabézon élégant reste des heures entières immobile et l’œil au guet. S’il aperçoit un papillon , il déploie ses ailes courtes, et le suit d’un vol tortueux; l’insecte cherche vainement à fuir; ses mouvements retardent de peu d’instants une mort inévitable. Le Cabézon le saisit de son bec puissant et tranchant des deux côtés, et les ailes diaprées delà gracieuse victime Agitent abandonnées au vent.

PSITT ACÜLE C A i C A — B A H R A B A N U. PSITTACULA B A 15 H A B A N I».

Le nom de Barraband, ajouté à celui de celte espèce de perroquet , est un hommage rendu au peintre gracieux et vrai auquel les sciences doivent les beaux dessins des monographies d’oiseaux de Levaillant.

Indigène du Brésil, où cependant il est rare, le Caica habite les montagnes boisées du Nord, et ne s’élève point au-dessus de leur partie intermédiaire. Il ne parait pas émigrer, comme les autres perroquets, pendant les six mois de sécheresse.

Le Caica, fixé dans les ombrages les plus épais, n’en sort que le matin après le lever du soleil, et le soir après son coucher, pour aller se pavaner sur les branches desséchées des jequitilibas séculaires. Il y passe des heures en¬

tières dans une immobilité complète, à la manière des oiseaux de proie. Il se montre rarement dans les chainpsde mais, qui sont exposés aux déprédations continuelles des autres perroquets, soit par crainte, soit par indifférence pour ce genre de nourriture. Il semble préférer les graines qu’enveloppe un arille farineux, comme les fruits des Sloanæa , et ceux qui chargent les longs sarments que les Paulinies jettent d’un arbre à l’autre. Avant la maturité de ces fruits , il trouve d’abondantes ressources dans les slliques des sucrins et des mimosas , dans les petites semences des graminées, ou dans les baies succulentes des rnyrthes et les capsules énormes des Sapucajas.

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Nous nous arrêtons ici ; nous ne pouvons et nous ne voulons pas tout décrire. Notre but était de vous raconter quelques-unes des merveilles que la nature a semées si abondamment dans le sein de la création , et ce but est atteint. Le peu que nous vous avons montré vous a inspiré le désir d’en voir davantage : ce désir est sacré; ne négligez rien pour le satisfaire. C’est toujours une noble et louable curiosité que celle qui nous entraîne vers les sentiers de la science; mais gardez-vous aussi de chercher .à pénétrer trop avant dans ses mystères ; vous rencontreriez des barrières insurmontables, \ous vous égareriez dans un labyrinthe sans issue.

L’arbre de la science est couvert de branches innombrables et immenses: où est l’homme gigantesque qui pourra jamais se llatter de les embrasser toutes? «Je ne suis qu’un enfant qui ramasse quelques coquilles sur les bords du vaste Océan , » disait le grand Newton à l’apogée de sa gloire, au moment même où, nouveau Colomb, il venait de nous révéler des mondes. Si Newton n’était qu’un enfant côtoyant timidement le profond abîme, que sommes-nous, nous qui n’avons qu’une étincelle de ce feu sacré dont il portait le llambeau?

Consolons-nous, qui que nous soyons; l’hommage que nous rendons au Créateur en contemplant ses œuvres lui est aussi agréable que celui du premier des philosophes ou des poètes. Ne cherchons dans cette étude que les plaisirs innocents, sereins et tranquilles, qu elle peut nous procurer, plaisirs d’autant plus vrais et plus doux , qu’ils seront plus indépendants de toute pensée ambitieuse, de toute préoccupation savante.

Croyez-nous, il viendra un jour où les instants que vous aurez passés parmi nous dans ces belles galeries, dans ces riches jardins, vous paraîtront les plus heureux de votre vie.

CONCLUSION

Nous avons voulu vous faire connaître I origine, les développements et I état actuel du Jardin des Plantes. Remontant plus haut que sa création, et prédisant ses destinées futures , des hommes spéciaux ont pris la parole et nous ont initié aux péripéties administratives , politiques, scientifiques, de l’un des plus beaux établissements ouverts à l’éternel étonnement du monde. Désormais vous connaissez ce que l’on se contentait autrefois de vi- * si ter. Il n est pas un arbre du Jardin que vous ne puissiez appeler de son nom, comme un ami; pas un détail dont vous ne puissiez dire la date,

I importance, dans le magnifique ensemble du Muséum. Votre curiosité est devenue de l’intérêt ; votre intérêt s’est changé bien vite en érudition; car chaque merveille, chaque phénomène, chaque objet, a été soigneusement analysé pour vous dans notre ouvrage, placé, expliqué ensuite au point de vue des doctrines scientifiques, rattaché enfin à une classilication, a un système, ou à l’une des grandes lois de la nature, aussi naturellement que les connaissances modernes permettent de le faire.

Nous avions sous les yeux un monde merveilleux et réel : nous l’avons exploré, raconté, traduit, autant que possible, par l’écriture et par le dessin. Cette œuvre était simple..., il fallait seulement la concevoir et l’entreprendre; nous l’avons fait. Notre sujet semblait porter avec lui-même son succès et sa popularité, et ne laisser aux auteurs d’autre mérite que celui de /’ exactitude; mais cette exactitude était à trouver, et le travail présentait plus d’un écueil : la sécheresse d’abord, la confusion ensuite. Il était nécessaire que notre Jardin des Plantes, pour être exact, valût un catalogue; il était indispensable que notre ouvrage, pour être intéressant, tînt lieu d’introduction à toutes les sciences enseignées au Muséum, etprésentât une étude comparative des productions de tous les règnes. Enfin, notre livre devait ollrir le squelette, en quelque sorte, de l’établissement, et, de plus, sa

CONCLUSION

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physiologie, sa psychologie, l' histoire philosophique de sa vie même. — S’il faut du temps pour être court, il faut peut-être aussi une certaine fécondité pour être complet en un volume sur un sujet inépuisable.

Et maintenant que nous avons achevé ce grand voyage, dont les fatigues et les périls ne nous ont pas effrayés au début, nous nous retrouvons au point de départ, à la grille d’Austerlitz. 11 est doux, n’est-ce pas, d’apercevoir les tours de l’église métropolitaine, lorsqu’on sort à peine de parcourir les Amériques, les Terres Australes, Tropicales, etc.! Lorsqu’on vient de descendre dans les mines les plus profondes du Chili ou du Pérou, on aime à voir briller la croix de sa paroisse sur le ciel bleu de sa patrie; et enfin , lorsqu’on s’est pénétré de la réalité de son voyage jusqu’à craindre à la Ménagerie les hurlements des Loups, les rugissements du Lion, on se sent heureux de trouver à la porte deux chevaux dociles pour vous conduire (‘ii moins d’une heure dans vos foyers, en pleine capitale.

CLASSIFICATION G ÉNÉRALE

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