‹ Le jardin des plantesChapitre 122 sur 143 · ARACHNIDES PULMONAIRES · texte numérisé non relu

ARACHNIDES PULMONAIRES

inen rouge, et traversé dans son milieu par une bande noire. Cette Araignée, célèbre par les fables qu'on a débitées sur son compte, est généralement répandue dans le midi de l'Europe, et notamment aux environs de Tarente, de là son nom de Tarentule. Elle creuse, clans les terrains sablonneux, un trou perpendiculaire, cylindrique, de quatre lignes de diamètre, sur quelques pouces de profondeur ; les parties intérieures de cette habitation sont consolidés avec des fils soyeux. L'Araignée se tient à l'affût à l'entrée de son nid, et s'élance sur l'Insecte qui est à sa portée, avec une vitesse prodigieuse ; elle l'emporte avec ses tenailles dans son trou, et l'y dévore : elle va souvent courir dans les champs pour y chercher sa proie, mais elle regagne toujours sa demeure. Elle enveloppe ses œufs d'une coque de soie blanche et serrée, qu'elle fixe sous son ventre, et emporte avec elle dans ses courses ; lorsque l'éclosion est venue, elle déchire l'enveloppe, et les petits montent sur le dos de leur mère, où ils se tiennent cramponnés jusqu'à leur première mue, époque à laquelle ils peuvent aller euxmêmes chercher leur nourriture. De grands médecins, Baglivi entre autres, ont écrit sur le venin de la Tarentule, et sur le traitement qui convient à ceux qu'elle a mordus. D'après ces auteurs, la maladie produite par la Tarentule, et qu'on nomme Tarentisme, donne lieu à des symptômes souvent mortels, et si les symptômes se calment, le malade tombe dans une mélancolie que la musique

seule neut guérir Quelques-uns ont même indiqué les airs qu'ils croient

convenir le mieux aux tarenlolaiï : c'est ainsi qu'ils appellent les malades. Samuel Hafenreffer, professeur d'Ulm, les a notés dans son traité des maladies de la peau ; le malade, en entendant celte musique, se meta danser malgré lui, et continue cet exercice jusqu'à ce que, épuisé de fatigue, il tombe dans un profond sommeil; une sueur abondante se déclare, et il est guéri. Ces traditions, qui ont cours aujourd'hui en Italie, comme du temps de Baglivi, ont été traitées de fables par les modernes. Il est cependant bien vrai que la morsure des Lycoses, éminemment venimeuse pour les petits animaux dont elles font leur nourriture, l'est aussi un peu pour l'homme, et que la guérison est surtout accélérée par un traitement sudorifique. Or, une danse forcée surexcitant les fonctions de la peau et provoquant des sueurs abondantes, est certainement le meilleur des remèdes ; quant à la nature spéciale de la musique, on peut penser que l'organisation impressionnable des Italiens s'accommode mieux de certains airs dansants que d'autres.

Les Saltiques sont des Araignées vagabondes, dont les pieds sont conformes pour le saut aussi bien que pour la course. Aussi ont-elles une allure brusque et saccadée, et lorsqu'elles sont à portée de leur proie, on les voit bondir et s'élancer sur elles comme le ferait un Chat. Les cuisses de devant sont généralement remarquables par leur grandeur. — L'Araignée chevronnée (Aranea scenica, de Linné) est noire, avec trois chevrons blancs et transversaux sur l'abdomen. Elle est très-commune en été, sur les murs et sur les vitres exposées au soleil ; marche par saccades, s'arrête tout court après avoir fait quelques pas, et se hausse sur ses pieds antérieurs pour explorer les environs. Lorsqu'elle découvre une Mouche ou un Cousin, elle s'en approche tout doucement, jusqu'à une distance qu'elle puisse franchir d'un trait, et s'élance tout a coup sur l'animal qu'elle épiait. Elle ne craint pas de sauter perpendiculaire-

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ment au mur, parce qu'elle s'y trouve toujours attachée, au moyen d'un fil de soie, et qu'elle le dévide à mesure qu'elle avance. Il lui sert encore à se suspendre en l'air, à remonter au point d'où elle était descendue, ou à se laisser transporter par le vent d'un lieu à un autre.

Famille des Pédipalpes. — Les Arachnides pulmonaires qui composent cette famille n'ont pas de filières comme les Aranéides, et se reconnaissent facilement à leurs grands palpes en forme de bras, terminés par une pince ou une griffe. Tout le corps est revêtu d'une peau solide. Le thorax est d'une seule pièce, et l'abdomen est composé de plusieurs segments distincts. La famille des Pédipalpes est comprise presque en entier dans le genre Scorpion, de Linné. Les Scorpions ont le corps très-long; l'abdomen est uni au thorax dans toute sa largeur, mais bientôt il se rétrécit brusquement, de manière à constituer une sorte de queue grêle, et composée de six anneaux, dont le dernier se termine par un crochet aigu ou un dard. La base de l'abdomen porte intérieurement deux lames mobiles en forme de peigne; les stigmates sont au nombre de quatre paires; ils se voient à découvert, près de la base de l'abdomen, et donnent chacun dans une poche pulmonaire de couleur blanche; les palpes sont trèsgrands et terminés par une pince à deux doigts. Le front porte de chaque côté deux ou trois yeux disposés en ligne courbe, et vers le milieu du dos on voit deux autres yeux très-rapprochés. Ces Arachnides habitent les pays chauds «les deux hémisphères : on en trouve dans le midi de la France; mais c'est seulement dans les régions intertropicales qu'elles atteignent une grande taille. Elles vivent à terre dans les lieux sombres et humides, courent trèsvite en tenant leur queue relevée au-dessus du dos, et se servent de l'aiguillon qui la termine pour se défendre ou pour attaquer. Ce dard présente audessous de sa pointe plusieurs ouvertures qui communiquent avec une glande venimeuse, et la piqûre du Scorpion est souvent mortelle pour les animaux même assez gros, tels que les Chiens. Les grands Scorpions de la zone torride sont aussi très-redoutables pour l'homme, mais ceux du midi de l'Europe le sont beaucoup moins : les symptômes résultant de leur piqûre, sont une inflammation locale, accompagnée de fièvre, d'engourdissement, quelquefois même de vomissements, de douleurs générales et de tremblement. L'alcali volatil à l'intérieur et à l'extérieur est le remède le plus efficace. Vous avez sans doute entendu dire que le Scorpion, dans un cercle de charbons ardents, se pique luimême et se tue ; Maupertuis a démontré le contraire par un grand nombre d'expériences.

Les Scorpions vivent de Cloportes, de Carabes, de Charançons, d'Orthoptères, d'Araignées, qu'ils saisissent avec leurs serres, et qu'ils piquent de leur aiguillon, en cas de résistance : ils se dévorent même quelquefois entre eux : leurs œufs éclosent clans l'abdomen de la femelle, et celle-ci porte pendant quelque temps ses petits sur son dos, - Le Scorpion kobopbem {Scorpio europœus, de Linné) est de couleur brune, et n'est pourvu que de six yeux ; ses bras sont anguleux, sa queue plus courte que le corps, et sa taille environ d'un pouce : il commence à se montrer vers le W degré de latitude, et devient Ires-commun en Italie et en Espagne.

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