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Le tube digestif des Mollusques est plus ou moins contourné sur lui-même, et ouvert par ses deux extrémités. 11 existe toujours un foie volumineux; souvenl aussi on trouve des glandes salivaires et des organes de mastication. Le sang est incolore ou légèrement bleuâtre ; il circule dans un appareil vasculaire composé d'artères et de veines. Un cœur formé d'un ventricule lance le sang dans toutes les parties du corps, d'où il revient à l'organe de la respiration. Vous vous rappelez que chez les Poissons le cœur ne reçoit que du sang veineux, qu'il pousse vers l'appareil respiratoire : chez les Mollusques, au contraire, le cœur ne reçoit que du sang artériel et l'envoie nourrir les organes. La respiration s'exécute tantôt au moyen de branchies, tantôt au moyen de poumons. Quant aux organes des sens, quelques-uns ont des yeux; quelquesuns possèdent le sens de l'ouïe, mais on n'en connaît pas qui soient pourvus d'un organe particulier pour Vodorai, et beaucoup ne paraissent doués que du
toucher et du goût.
Les Mollusques naissent d'oeufs, mais ceux-ci éclosent quelquefois dans le corps de la mère, et les petits naissent vivants; dans tous les cas, ils ne subissent pas de métamorphoses avec l'âge, comme la plupart des Articulés.
Vous pourrez, en visitant la galerie du Muséum, admirer les formes variées et les couleurs éclatantes de ces milliers de coquilles indigènes et exotiques, rangées suivant leur analogies naturelles. Vous en trouverez qui sont façonnées en nacelles, et dont l'animal se nomme Argonaute. La plupart sont d'une seule pièce, et ont été nommées, suivant leur forme, Rockers, Toupies, Sabots, Houlettes, Cadrans, Fuseaux, Oreilles de mer, Vis, Olives, Harpes, Cônes, Casques, etc. Telles sont aussi les Patelles, qui ont la forme d'une petite coupe ; les Fissurelles, qui sont des patelles percées à leur sommet d'une petite ouverture, les Concholépas, qu'on prendrait pour des bonnets phrygiens, etc. Parmi les coquilles à deux pièces, on distingue les Peignes, les Marteaux, les Moules, les Huîtres. Vous comprenez sans peine que ces élégantes productions du manteau des Mollusques, beaucoup plus faciles à cotise-ver que les Insectes, doivent exciter surtout les ambitieuses convoitises des collecteurs d'histoire naturelle. Il existe, en effet, de nombreuses collections de coquilles vivantes et fossiles, dont plusieurs sont clignes de figurer près de celles du Muséum. Nous citerons en première ligne, pour les fossiles, celle de M. Defrance, savant modeste, profondément versé dans la connaissance des espèces, et celle de M. Deshayes, qui, outre ses ouvrages spéciaux sur la conchyliologie, complète en ce moment, avec M. Edwards, une nouvelle édition de l'ouvrage de Lamarck. La collection classique de ce dernier, que possède aujourd'hui M. Benjamin Delessert, est, de toutes les collections particulières, la plus riche en coquilles vivantes parfaitement déterminées. Il y a aussi, surtout dans nos villes maritimes, beaucoup de cabinets abondamment pourvus de coquilles exotiques, que les marins rapportent des mers tropicales. Mais ces collections sont, pour la plupart, des amas de coquillages disposés avec symétrie et par rang de taille dans des armoires vitrées, où l'on ne trouve aucun ordre scientifique.
La difficulté de ranger méthodiquement les espèces provient, il faut le dire, du manque d'ouvrages élémentaires. Lamarck, dans son beau livre des Animaux sans vertèbres, a décrit tontes les espèces de sa collection; mais sa
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eux, en effet, le syslème nerveux est rudimentaire ou nul, les organes spéciaux des sens n'existent pas ; les diverses parties du corps, au lieu d'être disposées par paires de chaque côté d'un plan longitudinal, se groupent autour d'un axe central, etimitentla symétrie rayonnée des végétaux ; de là les noms de Rayonnes et de Zoophyles, signifiant animaux-plantes. Cette dernière dénomination augmentera encore de justesse à vos yeux quand vous verrez sur les rochers baignés par l'Océan ces animaux non-seulement étaler des organes verticillés comme les parties d'une fleur épanouie, mais s'unir entre eux de manière à simuler des arbrisseaux ramifiés ; c'est à cause de cette analogie que beaucoup de Zoophytes ont été confondus longtemps avec les Algues, classe immense de végétaux marins, dont nous vous avons parlé plusieurs fois. Nous vous citerons, dans l'embranchement des Zoophytes, les Oursins, dont le corps est à peu près globuleux et revêtu d'un test calcaire hérissé d'épines mobiles; les Etoiles de mer ou Astéries, dont le corps est divisé en cinq rayons; les Orties de mer ou Acalèplœs, dont le corps est une masse gélatineuse, flottant dans l'eau, et cause à la main qui les touche une sensation cuisante, analogue à celle que produit la piqûre des Orties; les Holothuries, dont le corps est de consistance coriace, et dont la bouche, placée à l'extrémité antérieure, est entourée d'une couronne de tentacules rameux et rétractiles. Il y en a une qui porte le nom de notre illustre naturaliste : c'est le Cuvieria car isochr orna.
La classe principale des Zoophytes est celle des Polypes. Les animaux qui la composant doivent leur nom aux tentacules qui entourent leur bouche, et les font ressembler au Poulpe, que les anciens nommaient Polypus. Leur corps est cylindrique ou ovalaire, et n'offre d'ouverture qu'à une de ses extrémités; leur structure est simple, et leurs facultés sont bornées en raison de cette simplicile. Presque tous vivent fixés à des corps étrangers par leur extrémité postérieure, et n'exécutent d'autres mouvements que ceux qui sont nécessaires pour l'extension et la contraction de leurs tentacules, et de la portion antérieure de leur corps. Ils se multiplient, tantôt par des œufs qui se détachent et sont expulsés au dehors pour aller au loin se fixer et se développer, tantôt par des bourgeons, qui naissent sur la surface de leur corps, et ne s'en séparent jamais. Ces bourgeons fixes deviennent autant de nouveaux Polypes semblables à leur mère. Il en résulte une agrégation d'individus qui semblent vivre d'une vie commune, comme si elle était réellement un être composé, pourvu d'un corps unique avec mille bouches et autant d'estomacs; et, bien que ces estomacs ne s'ouvrent pas les uns dans les autres, il existe entre eux une communication vasculaire, au moyen de laquelle les matières alimentaires digérées par les uns servent à la nutrition des autres. Ne reconnaissez-vous pas dans cette structure celle des végétaux, dont chaque bourgeon reçoit sa nourriture de la tige commune, et contribue ensuite au développement de celle-ci?
Le corps des Polypes est souvent composé d'un tissu demi-transparent, mais chez la plupart la portion inférieure du tégument se durcit et se pétrifie. Cette enveloppe solide varie dans ses formes et représente tantôt des tubes, tantôt des cellules ; on la regardait autrefois comme la demeure des Polypes, et c'est elle qu'on désigne sous le nom de polypier. Souvent chaque Polype possède un polypier distinct, mais d'ordinaire le polypier est la base commune
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(l'une masse de E'olypes agrégés, et il acquiert quelquefois un volume considérable, quoique chacune de ses parties constituantes n'ait que des dimensions fort petites. C'est ainsi que des Polypes dont le corps n'a que quelques pouces de longueur élèvent dans les mers tropicales des récifs et des îles : ces animaux, partis du fond des eaux, pullulent et s'amoncellent les uns au-dessus des autres. L'écorce pierreuse dont chaque individu avait incrusté la partie inférieure de son corps survit à l'animal, et sert de base à d'autres polypiers. Les générations se succèdent ainsi jusqu'à ce qu'elles attaquent la surface de l'eau; alors tous les Polypes sortis de leur élément naturel périssent, et le sol constitué par leurs débris cesse de s'élever ; mais ce sol, qui forme à fleur d'eau un récif redouté des navigateurs, ne tarde pas à arrêter des débris de végétaux mêlés de sable, qui forment, sur lui un humus ou terreau favorable au développement des plantes; bientôt y abondent, transportées par les flots, des graines de plantes ligneuses et herbacées, qui germent, s'enracinent, croissent sur ce sol vierge, et le couvrent en peu d'années d'une luxuriante végétation; enfin ces îles deviennent habitables, et l'homme ne tarde pas à en prendre possession .
C'est aux Polypes qu'appartiennent les Madrépores, les Sertulaires, le Corail et les Hydres ou Polypes à bras, qui habitent les eaux stagnantes.
On a rangé parmi les Zoophytes les Eponges, qui sont des masses fixées aux rochers sous-marins. Ces masses, de consistance gélatineuse, sont soutenues, tantôt par une charpente calcaire ou siliceuse; tantôt, et c'est le cas de V éponge commune, par un réseau de filaments cornés. Le tissu mou qui recouvre ces filaments paraît, à l'œil nu, homogène comme de l'albumine, mais le microscope le montre composé de granules transparents et sphériques, entourés de mucus. Dans ce parenchyme se développent, à de certaines époques, des corps ovoïdes qui sont expulsés au dehors avec l'eau qui le traverse; ces corps, destinés à reproduire l'Eponge, sont doués de la faculté de se mouvoir, se fixent bientôt à un corps solide, et se transforment en une petite éponge semblable à celle dont ils proviennent.
La classe des Infusoires, dont nous avons retranché les Vers intestinaux et les Rotateurs pour les placer à la fin de l'embranchement des Articulés, se coinpose d'animalcules qui se développent en abondance dans l'eau où ont infusé des matières végétales ou animales (de là le nom d'infusoires qu'on leur a donné). Leur corps, arrondi ou allongé, offre, dans son intérieur, un grand nombre de petites cavités qui paraissent remplir les fonctions d'estomac : c'est ce qui les a fait appeler Infusoires polygaslriques. La manière dont ils se multiplient est encore aujourd'hui un objet de discussion. Quelques naturalistes pensent qu'ils peuvent se former par génération spontanée, au sein des débris de corps organisés; mais on sait que, dans beaucoup de cas, ils se propagent par la division de leur corps en deux ou plusieurs fragments, dont chacun continue de vivre, et devient bientôt un nouvel individu semblable au premier. — Nous ne vous décrirons pas les formes variées à l'infini de ces êtres microscopiques, dont l'organisation est réduite à une extrême simplicité; il suffira de vous citer les Vibrions, qui ont le corps grêle et rond comme un bout de fil : c'est à ce genre qu'appartiennent les fameuses Anguilles deNeedham [Vibno gtat'mis
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al aceli, de Muller), qui se multiplient dans la colle de farine aigrie et clans le vinaigre, et se nourrissent des petits végétaux développés pendant la fermentation. Ces Vibrions changent de peau, font des petits vivants en été, et pondent des œufs en automne; la gelée ne les fait point périr. D'autres espèces de Vibrions se trouvent dans le sang des animaux, dans la sève des plantes, dans le ble carié, dans le fromage sec; d'aulres pullulent dans le tartre que les aliments déposent autour des dents. Enfin, au plus bas degré de l'échelle animale viennent se placer les Monades, qui se réduisent à de petits points globuleux, tourbillonnant dans l'eau. Telle est la Monade principe (Monns lermo, de Muller), ainsi nommée parce qu'elle est le terme ou le principe de l'existence organique. Elle apparaît par myriades et très-promptement dans les infusions de substances animales et végétales, et y disparaît à mesure que des corps organisés moins simples on plus grands s'y développent, comme si elle était la molécule dont ces créatures se forment.— Représentez-vous une de ces Monades ayant un deux-millième de ligne en diamètre, offrant sur son corps des taches colorées d'un quarante-huit-milliéme de ligne, et digérant ses aliments dans un estomac dont les parois sont de l'épaisseur d'un six-millionième de ligne; or, dans 1 épaisseur de ces parois se ramifient des vaisseaux, et dans ces vaisseaux circule un fluide. Mais ce n'est pas encore la l'infiniment petit : Leuwenlioeck et Malesieu ont étudié des animalcules dont dix millions réunis n'égalent pas la grosseur d'un grain de sable ; d'aulres sont vingt-sept millions de fois plus petits qu une Mite, laquelle est invisible à l'œil nu. Vous comprenez maintenant que si la Nature, par un caprice, réalisait les fictions ingénieusement comiques de Grandville, et ordonnait à ces animalcules de danser un galop, la pointe de la plus fine aiguille deviendrait pour eux une immense salle de bal. Ici la créalion nous échappe ; nous sommes sur les confins du Bègue animal, et un pas de plus va nous transporter dans la classe des Algues, dont la plus simple espèce est le Pruiococcus uivalïs : ce végétal, dont nous vous avons déjà parlé, se compose d une cellule unique, comme la Monade, mais il n'est pas doué de mouvement comme elle.
Conclusion.— En terminant cet exposé (trop long peut-être et bien abrégé cependant) des productions naturelles rassemblées de tous les points du globe dans l'immense Muséum du Jardin du Roi, nous aurions voulu signaler à votre admiration reconnaissante tous les naturalistes dont les ouvrages ont éclairé vos pas dans le voyage que vous achevez aujourd'hui. Il ne s'agit pas ici de ces auteurs-libraires, diviseurs et subdiviseurs de genres et d'espèces, créateurs intrépides de mots grecs, que vous verriez pâlir d'effroi , si vous alliez innocemment les prier de vous Iraduire le premier vers de l'Iliade. Il s'agit encore bien moins de ces anatomistes, compteurs de fibres, qui croient que dénombrer c'est décrire, et affectent un superbe dédain pour les idées d'ensemble, parce que l'horizon de leur esprit ne peut embrasser que quelques détails. Ces laborieux maçons de la tour de Babel n'ont garde de suivre philosophiquement un organe unique dans ses transformations successives ; ils trouvent plus commode d'imposer a la moindre modification de l'orme une dénomination nouvelle, qui, aux yeux
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th.' la tourbe menue, leur vaut l'honneur d'une découverte. Il ont pris an sérieux le conseil ironique de Voltaire :
Si vous ne pensez pas, créez des mots nouveaux;
et cette tactique de la médiocrité leur réussit, hélas ! trop fréquemment. Ce n'est pas de ces faux savants que nous serions heureux de vous raconter l'histoire : c'est de ceux pour qui l'étude des merveilles.de la nature a été un but et non pas un moyen; de ceux qui ont écrit moins pour eux que pour leurs lecteurs, et dont chaque page est empreinte de l'intérêt vigilant qu'ils portent à celui qui doit étudier leur livre. Vous connaissez déjà Tournefort, Vaillant, les Jussieu, Linné, Haùy, Cuvier, Lamarck, Audubon, Levaillant et lesdeux Huber ; il nous faudrait maintenant vousparler de la bonne Sibylle de Mérian, de Swammerdam, deFabricius, de Jurine, de Charles Bonnet, de de Geer, de Geoffroy, et surtout de notre immortel Réaumur, à qui nous devons les faits les plus précieux de l'histoire des Insectes, et sans lequel Geoffroy, Huber, de Geer et tantd'autres n'auraient peut-être jamais écrit. La lecture des six gros volumes qu'il nous a laissés sur les mœurs des Insectes vous montrerait l'adorateur passionné de la nature recevant d'elle, pour prix de sa constance, la révélation de ses secrets les plus merveilleux. Son exposilion toujours claire, dont l'abondance n'est jamais un luxe superflu, ses réflexions d'une naïveté charmante, sa patience héroïque, ses ingénieux procédés d'observation que l'on peut imiter sans peine, grâce aux explications détaillées qu'il prodigue à ses lecteurs, et qui les mettent à même de vérifier ses expériences les plus délicates ; tout, dans cet admirable auteur, contribuerait à vous inspirer l'amour des Sciences naturelles, auquel il dut son bonheur et sa gloire. Comme lui, vous trouveriez au coin d'un bois, sur le gazon, sous une pierre, au milieu d'un jardin, contre les vitres de vos fenêtres, des pages ravissantes, dont la lecture ne vous demanderait que de bons yeux et de l'attention ; comme lui, vous vous intéresseriez aux destinées du plus chétif des Insectes; car cet animal, par son existence, son industrie et les ravages même qu'il peut causer, contribue, non moins que les sphères célestes, à l'harmonie du grand tout dont il fait partie. Oh! qu'elles sont enivrantes les jouissances du naturaliste, qui peut se dérober au tracas des villes, et gagner le sommet des Alpes ou du Jura! A l'aspect des sublimes beautés qui l'environnent, il s'humilie devant celui qui les créa, et le sentiment de sa faiblesse, sentiment plein de charme pour toutes les âmes religieuses, remplit la sienne d'une fervente reconnaissance pour l'Etre suprême qui lui a soumis cette riche nature ; il prend avec transport possession des trois Royaumes dont la souveraineté lui est dévolue de droit divin : la zoologie, la botanique, la minéralogie et la géologie, en lui faisant appréc.er les richesses de son Empire, ont multiplié ses facultés perceptives, et son espnt reçoit par des milliers de facettes les impressions de tout ce qui l'entoure. Après avoir mesuré d'un regard avide la vaste région qui se déroule devant lui, il se dispose à se l'approprier en détail ; il parcourt avec une ardente curiosité les collines et les vallons, recueillant à chaque pas les tributs que lui offre la nature morte et vivante. Ce n'est pas seulement à la superficie du globe qu'il étend son droit de
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