‹ Le jardin des plantesChapitre 91 sur 143 · FAMILLE DES M EL L IFEI1E S · texte numérisé non relu

FAMILLE DES M EL L IFEI1E S

proclie, il n'y pas encore voilé le soleil, cependant les Abeilles ont prévu ses effets et se sont mises à l'abri : il ne leur a fallu pour cela que quelques minutes, car leur vol est rapide, et leurs excursions n'ont jamais plus d'une demilieue de rayon.

C est maintenant l'intérieur de ces ruches qui doit exciter votre curiosité : il serait dangereux de les soulever pendant que les Abeilles y sont réunies; elles croiraient que vous voulez enlever leur progéniture; elles se jetteraient par milliers sur vous avec fureur, et votre vie serait menacée. Les exemples de mort produite par les piqûres multipliées des Abeilles ne sont malheureusement pas rares. Nous ne vous en citerons qu'un petit nombre. Le curé d'une Petite paroisse de Savoie avait réuni chez lui quelques amis : à la fin du dîner, 11 voulut leur faire goûter du miel de ses Abeilles; et sans prendre de précautions, il ouvrit précipitamment une de ses ruches ; les Abeilles se jetèrent sur sa tête et sur ses mains; au bout de deux heures, la moitié de son corps était paralysée; trois jours après, il mourut dans les souffrances les plus cruelles. — ^es animaux sont exposés comme l'homme à la fureur des Abeilles : une Jument qui paissait près d'une ruche, ayant reçu quelques piqûres, fit une •'uade qui envoya la ruche à dix pas : aussitôt les Abeilles se jetèrent s ur la Jument, que personne ne put approcher ; les ronflements plaintifs que Mil arrachait la douleur faisaient frémir tous les assistants : le lendemain elle gisait sur le sol, enflée comme un ballon ; son col et sa tète étaient horribles ; B "e poussait de longs soupirs, et elle mourut le second jour. — En 1758, dans a guerre de Hanovre, un piquet de cavalerie française fut placé dans un verger 0,1 il y avait des Abeilles. Un cheval renversa des ruches, les Abeilles se jetè- 'ent sur les hommes, qui s'enfuirent ; plusieurs Chevaux furent piqués au point 'l u ils en étaient aveuglés, et se heurtaient la tête contre les arbres et les murs ;

11 en mourut quinze, ce qui fit, dit l'historien, une certaine sensation dans le '"egiment, parce qu'à celte époque les Chevaux étaient à la charge des capitaines. — Voici un exemple moins tragique de la puissance des Abeilles : dans un c °mbat d'avant-poste, des tirailleurs atteignirent des ruches; des myriades '''Insectes furieux sortirent, et les deux partis s'enfuirent chacun de son côté.

Ces citations augmentent votre prudence sans diminuer votre curiosité : il ' a utdonc la satisfaire en demandant au cultivateur à voir une ruche vide; si son rucher est un peu considérable, il en aura probablement quelqu'une à v °us montrer; il pourra même, sans danger, si l'une des ruches habitées est médiocrement peuplée, si la température est peu élevée, et si la presque totalité ( ' e la nation est aux champs, coucher cette ruche sur le côté, etvous-en faire examiner l'intérieur. Vous voyez alors qu'une grande partie de la cité des Abeilles esl remplie par des espèces de cloisons verticales, attachées au sommet, el libres par leur bord inférieur. Ces cloisons suspendues sont parallèles les unes i,l ix autres, et chacune d'elles est séparée de sa voisine par un espace au moins assez large pour que deux Abeilles y puissent passer à la fois. Ce sont les rues 'je la cité; ces rues communiquent ensemble par des passages pratiqués dans 1 épaisseur des cloisons. Ces cloisons, nommées gâteaux ou rayons, portent sur '«Mrs deux faces des milliers de cellules ou alvéoles, dirigés horizontalement

c est-à-dire que leur axe est perpendiculaire à la cloison). Ces alvéoles sont en

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cire; les uns contiennent du miel, et sont ouverts; les autres contiennent également du miel, et sont fermés par un petit couvercle de cire; d'autres contiennent un œuf ou un Ver plus ou moins gros. Leur forme est hexagonale, 1» presque totalité a environ deux lignes de diamètre : au-dessous d'eux, il y eM a quelques centaines qui sont d'une demi-ligne plus larges que les autres; enfin, vers les parties moyenne et inférieure de l'édifice, vous remarquerez dix a trente cellules de forme et de dimensions toutes différentes; les unes ont la fleure d'un calice de gland de Chêne, dont l'ouverture regarde le bas de la ruche, les autres sont plus allongées, et leur orifice est également dirigé vers le has; d'autres enfin atteignent un pouce de longueur, sont closes de toutes parts, et ressemblent à une poire dont la grosse extrémité serait en haut, ou, si vous l'aimez mieux, à un cône renversé. Les parois de la ruche sont calfeutrées avec une matière résineuse rouge ou jaune, d'abord molle et tenace, qui s'endurcit avec le temps. Celte matière, qui sert en quelque sorte de rempart à la cite, a été nommée propolis, ce qui veut dire avant-ville.

Il s'agit maintenant d'étudier l'organisation des Abeilles : les organes étan' connus, vous serez en état de comprendre leurs fonctions. Prenez donc une des Abeilles que vous voyez butiner sur les fleurs : vous le pouvez sans lui faire de

mal, en la saisissant par les ailes; ou, ce qui vaut mieux encore pour votre premier examen, mettez un peu de miel sur votre doigt, et observez-la pendant qu'elle s'en régale : vous verrez un Hyménoptère dont le corps est noirâtre et couvert d'un duvet gris jaunâtre obscur; les poils sont plus abondant sur le corselet; l'écusson est noirâtre; l'abdomen présente à la base de son troisième anneau et des suivants une bande transversale grisâtre, formée par un léger duvet ; les mâchoires et la lèvre sont très-longues, et leur ensemble forme une espèce de trompe; examinez attentivement les pattes de la troisième paire : la jambe a

la forme d'une palette triangulaire, sa face extérieure est concave et bordée de poils longs et recourbés; vous allez bientôt savoir pourquoi on lu' a donné le nom de corbeille. Une pièce carrée, faisant suite à la jambe (et que vous prendriez pour un article de la jambe, si celle-ci n'était pas toujours composée d'un article unique) présente, sur sa face interne plusieurs rangées transversales de poils roides et parallèles, qui lui ont valu « e nom de brosse. Cette pièce est le premier article du tarse ; remarquez bien que le premier article du tarse s'articule avec la jambe par son angle antérieur, et que son angle postérieur est libre et muni d'une épine recourbée; le premier article du tarse exécute sur la jambe un mouvement droit, qui fait de ces deux pièces une sorte de pince ou de ciseau, dont vous connaîtrez bientôt l'usage.

L'Abeille Ouvrière.

Patte postérieure de l'Abeille Ouvrière.

F A Mil,]. E D E S M E L L I E E R E S

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Abeilles Ouvrières.

Cela fait, observez une Abeille au moment où elle. recueille le pollen des fleurs: cette poussière s'attache d'abord naturellement aux poils qui recouvrent, s °n corps; mais les tarses des deux premières paires l'ont bientôt balayée et transmise à la brosse de la troisième paire, qui en a elle-même enlevé : alors ^secte frotte la brosse d'une de ses pattes de la troisième paire contre le bord extérieur de la palette triangulaire qui constitue la jambe de la patte correspondante, et le pollen s'amasse dans la cavité de la face externe de celte jambe, où "est retenu, comme dans une corbeille, par les poils recourbés qui lui servent j'eliordure; puis, avec une des jambes de la deuxième paire, l'Abeille frappe sur p 'as de pollen occupant la corbeille de la patte postérieure du même côté ; Tuand elle a façonné sa pelote, en rapprochant et tassant les grains de pollen, elle retourne à la ruche.

11 faut maintenant, pour compléter votre étude sur la structure de l'Abeille, ( l«e vous puissiez en ouvrir une. S'il vous répugne de sacrifier un de ces int.é- ''essants animaux, prenez-en aux environs île la ruche : vous en trouverez l'tasieurs dont la mort est récente. Observez d'abord les mandibules (il vous suffira pour cela d'une longue épingle et d'une loupe ) , vous verrez que leur ii. S7

Bouche d'Aui'ilIr '

extrémité libre est creusée d'une fossette; lorsque l'animal rapproche ses mandibules, elles s'appliquent l'une contre l'autre par le bord supérieur de la fossette et forment une pince tranchante, tandis que le bord inférieur de cette même fossette, ne se rapprochant pas également de son vis-à-vis, constitue un sorte de gouttière ; en outre, la cavité à laquelle chaque mandibule contribue pour moitié n'est pas simple, une arête longitudinale la divise en deux portions. Vous allez facilement comprendre ce qui résulte de cette conformation •

l'Abeille ouvre ses mandibules, saisit entre elles l'objet dont elle a besoin ; le bord supérieur le tranche sans peine, parce qu'il esl de consistance molle; et la matière broyée s'accumule dans les fossettes placées au-dessous. Mais alors les mandibules, continuant à se rapprocher, compriment et refoulent les matériaux entassés dans cette cavité, et ceuxci, ne pouvant remonter, puisque les bords supérieurs des mandibules se sont rejoints, descendent vers la bouche, par l'intervalle que laissent entre eux les bords inférieurs de la mandibule, c'est une espèce de filière qui sert à l'animal pour construire ses cellules, comme nous vous l'expliquerons bientôt.

Étudiez de nouveau la trompe, que vous avez vue fonctionner sur votre main ; c'est la lèvre inférieure qui la constitue essentiellement; elle est très-longue, ainsi que les deux palpes qui la terminent latéralement. Mais la languette l'est encore davantage ; cette lèvre inférieure est protégée par les deux mâchoires qui forment autour d'elle une sorte d'étui. Quand l'animal fait son repas, la languette, en léchant ou en lapant, se charge de la liqueur miellée; cette liqueur passe entre la lèvre et les mâchoires, et gagne une ouverture placée à la base de la trompe, au-dessous du labre: cette ouverture est l'entrée du gosier; elle est fermée par une espèce de langue charnue, dont la forme est triangulaire. C'est par cet orifice que s'échappe ordinairement une goutte de .miel, lorsqu'on presse l'Abeille entre les doigts ; si vous ouvrez l'abdomen, vous y trouverez un jabot qui renferme du miel, puis un second estomac, contenant du pollen. Ces deux estomacs, qui se font suite, communiquent avec la bouche par un œsophage traversant l'intérieur du corselet.

Remarquez les arceaux inférieurs des six anneaux qui composent l'abdomen , chacun d'eux, à l'exception du premier et du dernier, laisse suinter une matière blanche qui se moule en forme de lame courbe, et sort par les intervalles des anneaux. Cette matière n'est autre chose que de la cire; elle provient de deux poches occupant la face interne de chaque arceau inférieur. Ces poches communiquent avec l'intérieur de l'abdomen par un réseau membraneux a mailles hexagonales, qui paraît être le tissu glanduleux destiné à sécréter la

LA. Labre, ou lèvre supérieure

— L. Lèvre inférieure.

Ml). Mil. Mandibules. — MA. MA. Marboires.

FAMILLE DES MELLIFÈHES. «I

cire. La cire n'est pas, comme le pensaient les anciens naturalistes, du pollen élaboré par la digestion ; car on a expérimenté que les Abeilles nourries avec du pollen seulement n'en fournissent pas ; au contraire, les Abeilles auxquelles °n donne du miel en sécrètent une quantité abondante. Comment le miel ouïe sucre ont-ils pu se changer en cire? ceci est une question insoluble, comme l «utes celles qui ont rapport aux métamorphoses que subissent les liquides dans les organes glanduleux des êtres organisés. Le mécanisme des sécrétions est le grand mystère de la physiologie ; mais si le sucre ne se convertit pas en c 're, tout annonce qu'il est le stimulant de l'appareil qui la sécrète.

Passons à l'aiguillon dont l'abdomen est armé. 11 se compose d'une base, d'un éi ui et de deux stylets constituant un dard. La base est formée par huit pièces, 'iuatre de chaque côté, réunies entre elles par des membranes très-résistantes. L'ensemble de ces pièces constitue une sorte d'enveloppe qui, par sa face convexe ou externe, est adhérente au dernier segment de l'abdomen, tandis que Par sa face interne ou concave elle entoure l'étui. L'étui est une tige de consistance cornée, offrant à sa base un renflement nommé talon, et diminuant progressivement jusqu'à son sommet ou extrémité libre, qui est très-aiguë; cet étui ne forme pas un cylindre complet : une bonne loupe vous fera voir qu'il est creusé inférieuranent "d'une gouttière parcourant toute sa longueur, et servant à loger ce dard.

Le dard est composé de deux stylets longs et déliés, qui ne remplissent pas. a beaucoup près, l'intérieur de l'étui, mais qui y sont reçus comme le couvercle J 'une boîte à coulisse dans les deux rainures où il glisse. Chacun de ces stylets s 'adosse à son correspondant au moyen de sa face interne, qui est plane et parcourue dans toute sa longueur par un léger sillon dont vous connaîtrez bientôt l'usage ; leur extrémité libre ou sommet est très-aiguë et garnie en dehors de Petites dents dirigées vers la base. Les deux stylets ne sont cependant pas accolés dans toute leur longueur; ils se séparent près du talon, et, à partir de ce Point, leur divergence devient d'autant plus sensible, qu'on les observe plus Près de leur naissance. Ils décrivent ainsi la moitié d'un ovale, et finissent en articulant avec les pièces cartilagineuses qui constituent la base de l'aiguillon. Swammerdam, Réaumur et les autres observateurs avaient cru que les stylet s. après s'être écartés l'un de l'autre, n'étaient plus accompagnés par l'etui, 01 que celui-ci se terminait au renflement nommé talon. Audouin, professeur a » Jardin du Roi, a reconnu que l'étui, à partir de son talon, se comporte de la même manière que les stylets, c'est-à-dire qu'il fournit deux branches qui Vivent le même trajet que celles du dard, et que chacune d'elles est creusée d'une rainure qui sert de fourreau à la branche correspondante du dard. Ai nsi l'étui se bifurque depuis son talon jusqu'à la base de l'aiguillon, et les li ges des stylets, soit réunies, soit divergentes, ont toute leur longueur logée dans un fourreau sur lequel elles peuvent glisser, c'est-à-dire avancer ou rétrograder, suivant la volonté de l'animal.

La structure de l'aiguillon vous étant connue, vous allez comprendre le jeu des diverses parties qui le composent : lorsque l'Abeille veut piquer, elle porte «on arme en dehors de l'abdomen, en contractant à diverses reprises les musses qui 1;, f, xen t au dernier anneau ; les fibres charnues de la base entrent

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alors en action ; l'étui, au moyen de son sommet acéré, pénètre dans le corps que l'animal veut offenser, et fournit aussitôt un point d'appui à la base ; les muscles de celle-ci, en agissant, font mouvoir sur leur coulisse les stylets, qui eux-mêmes s'introduisent plus profondément encore que l'étui dans la partie blessée, et y adhèrent quelquefois d'une manière si intime, à cause des barbelures qui garnissent leur bord externe, que l'aiguillon tout entier se sépare du corps de l'Abeille, en opérant, dans ses parties molles, une déchirure toujours et promptement mortelle. Ceci vous explique le mécanisme de la piqûre. Mais pourquoi cette piqûre ne ressemble-t-elle pas à celle d'une aiguille ou de tout autre corps acéré? pourquoi la piqûre d'une Abeille est-elle suivie d'accidents graves, tels qu'une douleur cuisante, une inflammation vive, et quelquefois même delà fièvre? — C'estquel'aiguillon del'Abeille n'est pas seulement un poignard : il est aussi une arme empoisonnée tout à fait analogue au crochet venimeux des Serpents. Entre les deux stylets, à l'endroit de leur divergence, se termine un canal court, servant de goulot, à une vésicule musculeuse ; cette vésicule est remplie d'un venin sécrété par deux vaisseaux en forme de sac, qui tiennent lieu de glandes. La liqueur provenant de ces vaisseaux, et accumulée dans la vésicule, se trouve comprimée par les contractions de celle-ci ; alors elle s'échappe par le goulot, arrive entre les stylets, coule le long des sillons qui existent sur leur face interne, et pénètre en même temps qu'eux dans la plaie qu'ils ont faite. Vous voyez que la piqûre de l'Abeille offre une grande analogie avec la morsure de la Vipère. Ceci nous rappelle une des plus jolies odes d'Anacréon, où l'Amour va trouver sa mère en jetant les hauts cris, et lui dit qu'an petit Serpent ailé, que les villageois nomment Abeille, s'est caché dans une rose qu'il voulait cueillir, et lui a piqué le doigt. Vous connaissez la réponse de Vénus, argument sans réplique, qui a été retourné de bien des façons par les faiseurs de madrigaux :

Si d'une Abeille la piqûre Te cause une telle douleur, Juge, mon tils, des maux qu'endure Celui dont tu perces le cœur.

Les dix-neuf vingtièmes île la population d'une ruche vous offriront le même signalement que l'Abeille dont vous avez étudié la structure; mais il y a quelques individus nommés Faux Bourdons.

qui ne paraissent et ne vivent que pendant trois ou quatre mois de la belle saison, et dont le corps noir et velu est ileux fois plus gros que celui de l'Abeilh' ordinaire; leur tète est plus arrondie, leurs antennes ont treize articles au lieu de douze, leurs yeux sont très-saillants et contigus sur le haut de la tête; leur abdomen a sept anneaux au lie"

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'le six , mais il est dépourvu d'aiguillon ; les quatre pieds antérieurs sont courts, et le premier article des tarses de la troisième paire n'est ni dilaté en oreillette, ni muni d'une brosse soyeuse. Ces individus ne participent point aux travaux de la communauté: ils forment le cortège aérien de la Reine-Abeille. C'est cette Reine-Abeille qu'il serait important de connaître; mais* la chose est assez difficile, car elle ne se repose jamais en dehors de la ruche; elle est toujours ou à l'intérieur ou dans les airs. R y a cependant un moyen de la voir, mais il faul beaucoup d'adresse et d'habitude pour l'employer avec succès; ce moyen consiste à donner quelques coups légers sur les côtés ou sur le bas de la iiiclie : la Reine paraît aussitôt à l'entrée, pour voir la cause de ce bruit, et se ■'étire sur-le-champ au milieu de son peuple. Celui qui est accoutumé à la voir la ''econnaît au premier coup d'œil parmi les Abeilles qui l'entourent, et il peut la saisir en prenant les précautions convenables pour n'en être point piqué, et Pour ne pas la meurtrir. Si votre cicérone est assez adroit ou assez courageux pour vous rendre ce service, vous pourrez voir la Reine-Abeille, qui est l'«-

mque femelle de la nation. Son abdomen est deux fois plus long que celui de l'Abeille ordinaire; ses ailes sont beaucoup plus courtes que son corps, et ne s'étendent guère au delà du quatrième anneau de l'abdomen ; ses mandibules sont échangées, et s'engrènent ensemble par des dentelures. Elle n'a point de corbeille à ses jambes postérieures ; son aiguillon s'incline à l'extrémité de son corps, au lieu d'être droit, et elle s'en sert rarement. A ces différences près, elle offre les mêmes, caractères que les Abeilles ordinaires.

Celles-ci présentent aussi quelques nuances qui les distinguent entre elles : les ""es, nommées ciri'eres, dont l'abdomen est plus dilaté, ont seules la faculté (| e convertir le miel en cire; ce sont elles qui posent les fondements des Sâleaux, et qui mettent en provision dans les cellules le miel nécessaire pour l;l subsistance commune. Les autres, nommées nourrices, plus petites et plus ,a 'bles, vont à la récolle du pollen, qu'elles apportent eu pelotes dans les corbeilles de leurs jambes, qu'elles pétrissent ensuite dans la ruche avec du '"'el, et dont elles l'ont une espèce de bouillie pour la jeune progéniture de la Heine; seules elles ont l'art de sculpter les cellules dont les Cirières ont fourni les matériaux. Vous verrez bientôt que les nourrices, si leur Reine périt 0,1 leur est enlevée, ont seules la faculté de s'en procurer une autre. — Les Prières et les Nourrices, étant chargées de tous les travaux nécessaires à i'existe "ce de la société, ont reçu le nom d'Ouvrières, sous lequel on les désigne plus

f° uineiuent.

Ce sont ces travaux qu'il s'agit maintenant de connaître. Les notions que vous Possédez vous suffiront pour cela; mais comment étudier des animaux qui travaillent dans l'obscurité la plus profonde? Les ruches d'osier, de bois ou de

La Reine-Abeille.

1 M SECT KS II Y M ÉlN OPTÈK ES.

paille ne laissent point pénétrer la lumière à travers leurs parois. Les anciens taisaient des ruches dont les parois étaient construites avec du mica, ou autres pierres translucides. Pline nous apprend qu'un sénateur romain en avait fait construire de la corne la plus transparente. Ce n'est qu'au commencement du siècle dernier qu'on a imaginé de loger les Abeilles dans des ruches vitrées, c'est-à-dire clans des ruches dont l'extérieur, qui est tout de bois, a des volets qu'on peut ouvrir , et derrière chacun desquels est un grand carreau de verre qui permet de voir les Abeilles au travail comme si elles étaient à découvert. Les carreaux ne se salissent que lentement, et, lorsqu'ils commencent à s'obscurcir, il y a des moyens de les lever et de les nettoyer. Au travers de ces carreaux un observateur peut considérer les Abeilles à toutes les heures du jour, et dans toutes les saisons de l'année, sans les troubler et sans les inquiéter.

En voyant l'intérieur d'un de ces ateliers, où se fabriquent la cire et le miel, vous ne vous lasserez pas d'admirer ces rayons construits avec tant de régularité, ces innombrables cellules, ces milliers d'Abeilles, dont les unes travaillent avec ferveur, et dont les autres, réunies en grappes suspendues, prennent le repos qui leur est devenu nécessaire. Les arrangements des Abeilles tranquilles qui forment ces groupes sont de figures différentes, et souvent très-singulières. 11 y a des Mouches qui, au lieu de se grouper en massif épais, sont disposées en chaînes ou en guirlandes : chaque Abeille est accrochée par les deux jambes antérieures, ou par une seule, à une des deux jambes, ou aux deux jambes postérieures de celle qui la précède; ainsi, la première est chargée du poids de toutes celles qui lui sont inférieures.

Mais les ruches vitrées ordinaires ne pourront vous satisfaire, si vous ne vous contentez pas du spectacle d'Abeilles très-occupées à différents travaux, et si vous désirez voir nettement chaque sorte de travail et chaque opération. Dans ces ruches, en effet, les manœuvres que vous voudriez suivre se font trop loin de vos yeux, et à des endroits trop peu éclairés. Tout vous semblera tumultueux et confus, quoique tout se passe avec beaucoup d'ordre. L'Abeille sur laquelle vous aurez fixé vos regards, et que vous voudrez observer pendant tout le temps qu'elle travaille, sera bientôt cachée par d'autres qui passent sur son corps, en se plaçant devant elle. Réaumur avait obvié à ces inconvénients en construisant des ruches vitrées de forme carrée, très-aplaties, posées verticalement, hautes de vingt-deux pouces, larges de deux pieds, et n'ayant que quatre pouces et demi d'épaisseur ; chaque surface large de cette ruche était vitrée. Un des montants du châssis, tourné vers le nord, était percé de plusieurs trous pour l'entrée et la sortie des Abeilles. Cette ruche étant très-mince, il restait peu d'espace entre les deux carreaux opposés. Les Mouches, logées dans une pareille demeure, étaient absolument dans la nécessité de placer leurs gâteaux à peu près parallèlement aux carreaux de verre, et le peu d'espace qui restait entre les deux faces ne permettait aux Abeilles que de faire deux gâteaux parallèles l'un à l'autre; il s'ensuivait que les Abeilles ne pouvaient travaille! à faire des gâteaux, à les allonger ou à les élargir, sans être tout près t u verre. Quelques manœuvres qu'elles fissent dans les cellules extérieures des gâteaux, on était toujours à portée de les voir; enfin, le gros des Abeilles etai obligé de s'étaler beaucoup plus dans une pareille ruche qu'il ne s'étale dans

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les niches ordinaires. Mais si les ruches plates, qui ne renferment que deux gâteaux parallèles, sont plus favorables à l'observateur que les ruches ordinaires, qui en contiennent huit ou dix, vous comprendrez que ces mêmes niches plates sont encore très-imparfaites, puisqu'il y a deux rangs de gâteaux parallèles, et que tout ce qui se passe entre ces gâteaux échappe à l'observation.

Voilà pourquoi Charles Bonnet, célèbre philosophe de Genève, conseillait aux naturalistes de se servir de ruches beaucoup plus plates, ou dont les verres lussent tellement rapprochés l'un de l'autre, qu'il ne pût y avoir entre eux qu'un seul rang de gâteaux. Ce fut alors que François Huber, compatriote de Bonnet, fit faire des ruches vitrées de dix-huit lignes d'épaisseur seulement; m ais cet ingénieux observateur pensa que les Abeilles, étant instruites par la nature à bâtir des gâteaux parallèles, ne dérogeraient pas à cette loi, à moins qu'on ne les y forçât par une disposition particulière; que, ne pouvant construire deux gâteaux parallèles au plan de la ruche, c'est-à-dire en sens vertical, elles en construiraient plusieurs petits horizontalement, c'est-à-dire perpendiculaires à ce plan, et qu'alors tout ce qui se passerait entre les gâteaux serait perdu pour l'observateur ; il conclut de là qu'il fallait les arranger d'av ance. Il en plaça des fragments de manière que leur plan fût bien perpendiculaire à l'horizon, et que leurs deux surfaces fussent, des deux côtés, à trois °u quatre lignes des vitres de la ruche. Cette distance laissait aux Abeilles une 'inerte suffisante pour leurs mouvements, mais elle leur ôtait celle de former, en s'accrochant, des grappes ou des massifs trop épais sur la surface des gâteaux. A l'aide de ces précautions, les Abeilles s'établirent facilement dans des ruches a ussi minces ; elles y firent leurs travaux avec la même assiduité et le même °rdre, et toutes les cellules, sans en excepter une seule, étant à découvert, les abeilles ne purent cacher aucun de leurs mouvements.

Mais Huber réfléchit qu'en obligeant ces Mouches à se contenter d'une habitation où elles ne pouvaient construire qu'un seul rang de cellules, il avait jusqu'à un certain point changé leur position naturelle, et que cette circonstance pourrait plus ou moins altérer leur instinct. Il imagina donc une forme de ruche qui, sans perdre l'avantage de celles qui sont très-minces, se rapprochât beaucoup plus de la l'orme des ruches ordinaires, où les Abeilles construisent plusieurs rangs de gâteaux parallèles, et il donna à ce genre de ruche le nom de ruche en livre ou en feuillets. Rien de plus simple que la structure de cet appareil. 11 se compose de douze châssis de sapin, d'un pied, en carré, e t de quinze lignes d'épaisseur; ces châssis sont joints ensemble par des charni ères, de manière à pouvoir s'ouvrir et se fermer à volonté, comme les feuillets d'un livre, dont le dos est représenté par les parties qu'occupent les Chartres. Les deux châssis extérieurs sont couverts par des carreaux de verre, lui représentent la couverture du livre. Pour employer les ruches de cette for me, il su ffit de fixer un fragment de gâteau dans le plan de chacun des Cassis, et d'y introduire ensuite des Abeilles ; puis, en ouvrant successivement le s divers châssis, on peut inspecter plusieurs fois tous les jours chaque gâteau sur ses deux surfaces, et il n'y a pas une seule cellule où l'on ne puisse su «vre à chaque instant ce qui s'y passe ; pas une seule Mouche que l'on ne Puisse connaître particulièrement. En résumé, cette construction n'est autre

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