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retire après y avoir dépose un œuf, qu'elle colle par un de ses bouts au fond de 1 alvéole. Si, pressée par le poids de ses œufs, il lui arrive d'en laisser tomber plusieurs dans le même alvéole, les Ouvrières ont soin d'enlever et de détruire ces œufs surnuméraires. Pendant le premier été, cette ponte n'est pas très-nombreuse, et ne se compose que d'œufs d'Ouvrières; elle continue de même pendant l'automne et reste suspendue pendant le froid de l'hiver; mais -m printemps suivant, la fécondité de la Reine devient prodigieuse, et elle peut pondre alors jusqu'à douze mille œufs dans l'espace de trois semaines. Ce n'est que vers l'âge de onze mois qu'elle commence à donner des œufs de Faux Rourdons, lesquels sont déposés dans les cellules qui leur conviennent; vingt jours après celte ponte commencée, et pendant les dix derniers jours du douzième "'ois, les Ouvrières, voyant leur Reine pondre des œufs de Faux Rourdons, construisent des cellules royales dans différentes parties de leurs gâteaux, vers le bas ou le milieu ; les Reines y déposent des œufs royaux sans discontinuer la ponte des œufs de Faux Rourdons. Notez bien que la Reine laisse un intervalle 'le deux jours entre chaque ponte d'oeuf royal, afin que les jeunes Reines qui doivent en sortir n'éclosent pas toutes en même temps. Ces œufs sont oblongs, un peu courbés, d'un blanc bleuâtre, et ne diffèrent en rien de ceux d'où naissent les simples Ouvrières.
Trois jours après la ponte, les Vers éclosent; ce sont de petites larves blanches, privées de pattes; alors les Ouvrières Nourrices leur prodiguent les soins les plus tendres et les plus vigilants : le miel et le pollen qu'elles ont récoltés et dont elles ont garni les cellules supérieures de la ruche sont élaborés dans leur estomac et forment une espèce de bouillie qu'elles vont distribuer régulièrement à leurs nourrissons ; elles se tiennent le corps courbé sur l'orifice des cellules, comme si elles couvaient l'animal qui y est renfermé: de là le nom de . Cr >uvahi donné aux œufs des Abeilles.
La bouillie que dégorgent les Nourrices diffère suivant l'âge des larves : d'abord 'nsipide et blanchâtre, puis légèrement sucrée et transparente, d'une couleur jaune-verdâtre, elle devient ensuite très-sucrée; la quantité de cette bouillie est si exactement proportionnée au besoin du Ver, qu'il la consomme toujours en entier. Elle varie non-seulement suivant les âges, mais encore suivant les sexes : 'es Faux Rourdons, qui sont les mâles de l'espèce, et les Ouvrières, qui sont des lamelles non développées, reçoivent une nourriture analogue; mais la bouillie destinée aux larves royales est une gelée épaisse, nutritive, succulente, sucrée, c l u i l eur est servie en bien plus grande quantité ; c'est à la nature et à l'abondance ue cette alimentation, ainsi qu'à la dimension de sa cellule, que la larve royale doit sa fécondité. Les Ouvrières deviendraient fécondes comme elle, si elles e 'aient soumises au même régime ; vous en verrez bientôt des exemples.
Cinq jours après son éclosion, la larve d'ouvrière est renfermée dans sa loge Par les Nourrices, au moyen d'un couvercle de cire ; elle file alors autour de son Cor ps une coque de soie, ce qui lui coûte trente-six heures de travail ; trois jours a Près, elle se métamorphose en nymphe et passe sept jours et demi sous cette 'orme; à cette époque elle ronge le couvercle de son alvéole, déchire l'enveloppe lui la retient, et sort à l'état d'Insecte parfait. Les Nourrices aussitôt l'entourent, et Pendant que les unes nettoient sa loge afin qu'elle soit propre à recevoir •il :>!»
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nouvel œuf, les autres absorbent l'humidité de son corps et lui donnent de la nourriture; vingt-quatre beures après, elle prend part aux travaux de la communauté, et s'en va recueillir à son tour dans la campagne le pollen et le neclar des fleurs. Ainsi, il faut vingt jours, à dater de la ponte, pour cpie l'individu renfermé dans l'œuf ait pris tous ses développements, et comme la Reine pond pendant toute l'année, vous comprenez que pendant tout ce temps il naît sans interruption dos Ouvrières.
Les mâles ou Faux Bourdons passent trois jours dans l'œuf et six et demi sous la forme de Ver ; ils ne se métamorphosent en mouche que le vingt-quatrième jour à dater de la ponte.
L'Abeille reine passe aussi trois jours dans l'œuf et cinq sous la forme de larve : après ces huit jours, les nourrices ferment sa cellule, et le Ver commence aussitôt à y filer sa coque, opération qui dure vingt-quatre heures; le dixième et le onzième jour, et même les seize premières heures du douzième, il se tient dans un repos complet; puis il se transforme en nymphe, et passe quatre jours et huit heures sous celte forme : c'est donc le seizième jour après la ponte que l'Abeille arrive à l'état de Reine parfaite. Or, vous savez que la ponte des œufs de Faux Bourdons précède de vingt jours celle descend de Beines ; les Faux Bourdons existeront donc dans la ruche à l'état parfait, quelques jours avant que les jeunes Reines soient complètement développées.
Comme les œufs royaux ont été pondus successivement à un jour au moins d'intervalle, il s'ensuit que les métamorphoses de jeunes Beines s'opèrent à des époques différentes; lorsque Yaînée, arrivée à l'état parfait, se met à bourdonner et à ronger le couvercle de sa cellule, un trouble général se manifeste dans la ruche. A mesure qu'elle essaye de se pratiquer une ouverture pour sortir, les Ouvrières travaillent à la boucher avec de la cire, afin de la retenir prisonnière ; elles ne laissent dans le couvercle qu'un petit trou par lequel elles dégorgent du miel sur la trompe de la captive; ces précautions ont pour but de la préserver des fureurs de la Reine mère. Celle-ci, qui éprouve une horreur insurmontable pour tous les individus de son sexe, court aux cellules royales et travaille avec rage à les démolir pour percer les jeunes Reines et les nymphes qui s'y trouvent ; c'e'st surtout vers la base des cellules, c'est-à-dire à la partie supérieure, qu'elle dirige ses efforts. Elle réussit souvent à briser l'obstacle qui la sépare de sa victime; puis, introduisant son abdomen dans le berceau de la jeune Reine, elle parvient, après mille inflexions, à la frapper d'un coup d'aiguillon mortel : alors elle s'éloigne, et les Abeilles, qui étaient restées jusqu'à ce moment témoins respectueux des violences de la Beine mère, se mettent après son départ à agrandir la brèche de la cellule royale, et en tirent le cadavre qu'elles vont porter hors de la ruche.
Cependant la vieille Reine poursuit ses attaques contre les cellules royales; mais bientôt, voyant que le succès ne répond pas assez promptement à son impatience, une sorte de terreur s'empare d'elle : on la voit courir précipitamment dans toutes les parties de la ruche; elle passe sur le corps des autres Abeilles qui, la voyant dans cet état de délire, la suivent en courant comme elle, et émeuvent à leur tour les Ouvrières encore tranquilles sur les gâteaux. Le chemin qu'a parcouru la Reine mère est reconnaissable après son passage
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par l'agitation qu'elle y a excitée, et qui ne se calme plus ; bientôt, le trouble est général : les Abeilles ne forment plus le cercle autour de leur souveraine; elles ne lui offrent plus de miel, elles ne songent qu'à la suivre, et leurs mouvements tumultueux font monter la température au point qu'elles ne peuvent plus supporter la cbaleur intérieure de la ruche, qui, de vingt-sept degrés passe subitement à trenle-dcux. La foule alors se précipite confusément vers les portes 'le la cité; et la Reine mère, une fois sortie, s'éloigne avec les Faux Bourdons et •es Ouvrières, pour aller fonder ailleurs une colonie : cette colonie se nomme un essaim. On ne voit jamais se former d'essaim (pie dans un beau jour, quand le soleil luit et que l'air est calme : lors même qu'on observe sous une ruche ■agitation, le désordre et tous les signes avant-coureurs du jet, il suffît qu'un "nage passe devant le soleil, pour que le calme renaisse dans la ruche; les Abeilles ne songent plus à escrimer, jusqu'à ce que le soleil ne se montre de nouveau; alors le tumulte recommence, s'accroît rapidement, et l'essaim part. Mais si le printemps est constamment pluvieux, la Reine mère a le temps de détruire toutes les cellules royales, et il n'y a pas d'essaim.
Ne croyez pas qu'avec la Reine mère toute la nation ait émigré, et que la ruche reste déserte; les jeunes Abeilles y rentrent ainsi que celles qui étaient aux champs lors de la sortie de l'essaim ; en outre, les petites cellules renferment "ne quantité prodigieuse de couvain d'Ouvrières qui ne tardent pas à se Irans- 'orruer en Abeilles : voilà bien des recrues pour repeupler la ruche. Prenons maintenant connaissance des événements qui suivent le départ de l'essaim.
Le moment du départ de la Heine mère est celui de la délivrance delà jeune Heine qui est arrivée la première à l'état parfait; les Ouvrières onteessé de la retenir captive, mais elles font une garde sévère autour des autres cellules royales. Pour s'opposer à la sortie des Reines qui y ont été élevées. Il y a dans celte conduite deux intentions admirables : la première est de prémunir les prisonnières eontre les attaques de leur sœur nouvellement délivrée; la seconde est de les "lettre en état de voler dès l'instant où elles sortent de leur cellule.
« Je ne doute point, dit Huber, que la nécessité de rencontrer un beau jour pour le jet d'un essaim ne soit une des raisons qui ont décidé la Nature à donner a "x Abeilles le droit de prolonger la captivité de leurs jeunes Reines dans les cellules royales. Cette captivité est toujours plus longue quand le mauvais 'einps dure sans interruption plusieurs jours de suite. Ici la cause finale ne l ,e ut être méconnue. Si les jeunes femelles avaient eu la liberté de sortir de le ur berceau dès qu'elles y auraientreçu leur dernier développement, il y.aala| t eu, pendant les mauvais jours, pluralité de Reines dans la ruche, et par conséquent des combats et des victimes; le mauvais temps aurait pu se prolonger assez pour que toutes les Reines arrivassent à l'époque de leur transformation et de leur liberté. Après tous les combats qu'elles se seraient livrés, "ne seule, victorieuse de toutes les autres, serait restée en possession du trône, et la ruche, qui naturellement devait donner plusieurs essaims, n'en aurait Pas donné un seul. La multiplication de l'espèce aurait donc été laissée au "asard de la pluie et du beau temps, tandis qu'elle en est complètement indépendante, grâce aux sages dispositions de la Nature. En ne laissant sortir de captivité qu'une seule femelle à la fois, la formation des essaims est assurée. Une
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autre circonstance avantageuse résulte île la captivité prolongée des Reines, c est qu'elles sont en état de voler et de partir dès que les Abeilles leur laissent la liberté; et par ce moyen, elles deviennent capables de profiter du premier moment où le soleil se montre, pour emmener une colonie. »
La jeune Reine, au moment où elle devient libre, est déjà vive et de couleur rembrunie. A peine échappée de prison, poussée par sa haine instinctive contre toutes les Abeilles de son sexe, elle court aux autres cellules royales ; mais les Abeilles qui veillent auprès de chacune la tiraillent, la mordent et la chassent avec acharnement. Souvent alors la Reine se met à chanter: c'est un chant composé de plusieurs notes semblables qui se suivent rapidement ; lorsqu'elle produit ce son, elle s'arrête, appuie son corselet contre le gâteau, croise ses ailes et les agile sans les ouvrir. Aussitôt toutes les autres Abeilles baissent la tête et restent immobiles: on dirait des sujets respectueux, dévoués à leur souverain, mais lui faisant opposition dès qu'il veut entreprendre quelque chose de nuisible à l'État. Plusieurs jours peuvent se passer ainsi ; la Reine entreprend de temps à autre d'arriver jusqu'aux cellules royales, et toujours les gardiennes vigilantes l'environnent, la houspillent, et finissent par la chasser. Rientôt un bourdonnement se fait entendre clans la cellule la plus âgée; alors la Reine, ne pouvant plus maîtriser les transports qui l'agitent, se met à parcourir précipitamment la ruche, y produit le même désordre qu'y avait produit sa mère quelques jours auparavant, et un second essaim part avec elle. Une nouvelle Reine sort de sa cellule : même jalousie, mêmes tentatives, même résistance de la part des Abeilles, même détermination de la part de la Reine. Mais il reste encore plusieurs cellules royales, et la garde en devient plus difficile à mesure que la ruche se dépeuple; quand il y a eu quatre essaims, les Abeilles ne pouvant ou ne voulant plus garder les cellules royales qui restent, la première Reine qui devient libre démolit l'alvéole de ses sœurs, et les fait périr, sans éprouver de résistance de la part des Ouvrières.
C'est ici qu'après avoir si souvent admiré la Nature dans les soins qu'elle s'est donnés pour la conservation et la multiplication des espèces, vous allez l'admirer dans les précautions qu'elle a prises pour exposer certains individus à un danger mortel.
Les larves d'ouvrières et de mâles se filent dans leurs cellules une coque qui enveloppe tout leur corps; mais les larves de Reines ne filent que des coques incomplètes, ouvertes à leur partie postérieure, et enveloppant seulement la tète, le corselet et le premier anneau de l'abdomen. Celui-ci, qui est dirige vers la partie élargie de la cellule royale, est donc à découvert, et n'est protège que par la fragile paroi de cire qui le recouvre. Nous vous avons dit que quand il y a eu plusieurs essaims, la garde qui veille au salut des Reines prisonnières n'étant plus suffisante pour les protéger, la dernière délivrée les perce à coups d'aiguillon. « Or, elle n'y réussirait pas, dit Huber, si elles étaient enveloppées d'une coque complète. Pourquoi ?— Parce que la soie que filent les Vers est forte, que la coque est d'un tissu serré, et que l'aiguillon ne pénétrerait pas ; ou, s'il y pénétrait, la Reine ne pourrait point l'en retirer, à cause des barbelures du dard, qui s'arrêteraient dans les mailles de cette coque, et elle périrait ellemême, victime dé sa propre fureur. Ainsi donc, pour qu'une Reine parvînt a
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luer ses rivales dans leurs cellules, il fallait qu'elle y trouvât, leur abdomen à découvert; les larves royales ne devaient donc filer que des coques incomplètes. Et remarquez, je vous prie, que c'étaient bien leurs derniers anneaux qu'elles devaient laisser à nu, car c'est la seule partie de leur corps que l'aiguillon puisse attaquer; la tête et le corselet sont revêtus de lames écailleuses continues, que celte arme ne pénètre pas. »
Huber a démontré l'évidence de cette cause finale par une expérience ingénieuse ; il s'est assuré que si les larves royales se filent des coques incomplètes, cest qu'elles y sont obligées par la forme de leurs cellules, qui sonl, comme v ous savez, Irès-élargies supérieurement. En effet, il les a placées dans des celll 'les ordinaires, et elles se sont filé des coques complètes, aussi bien que les larves A'ouvrières. Si donc les Reines captives sont obligées de laisser ainsi à "U 1 extrémité de leur abdomen, c'est une précaution de la Nalure qui a voulu lcs exposer à périr plus sûrement sous les coups de leur ennemie naturelle, luand leur existence sera devenue inutile ou dangereuse dans une ruche qui lle peut plus produire d'essaim. C'est ce que semblent comprendre les Ouvrières, lorsqu'elles cessent de garder et de défendre les cellules royales.
Il arrive souvent, à cette époque, que deux jeunes Reines sortent en même temps de leur alvéole. Ecoutons Huber raconter ce qu'il a pu observer, grâce a 'heureuse disposition de ses ruches en livre. « Dès qu'elles furent à portée de se voir, dit-il, elles s'élancèrent l'une contre l'autre avec l'apparence d'une grande colère, et se mirent dans une situation telle, que chacune avait ses antennes prises entre les dents de sa rivale : la tête, le corselet et le ventre de "ne étaient opposés à la tête, au corselet et au ventre de l'autre ; elles n'av a.ient qu'à replier l'extrémité postérieure de leur corps, elles se seraient percées réciproquement de leur aiguillon, et seraient mortes toutes les deux dans le combat. Mais il semble que la Nature n'a pas voulu que leurs duels fissent. Périr les deux combattantes ; on dirait qu'elle a ordonné aux Reines qui se trouveraient dans la situation que je viens de décrire (c'est-à-dire face à face, °t abdomen contre abdomen ) de se fuir à l'instant même avec la plus grande l )l 'ecipitation. Aussi, dès que les deux rivales dont je parle sentirent que leurs Parties postérieures allaient se rencontrer, elles se dégagèrent l'une de l'autre, ot chacune s'enfuit de son côté. Il me semble que, dans ce cas-ci, on peut pé- "etrer l'intention de la Nature. Il ne devait pas y avoir dans la ruche plus d'une > e nie : il fallait donc que, si par hasard il en naissait ou en survenait une seconde, l'une des deux fût mise à mort. Or, il ne pouvait pas être permis aux Abeilles Ouvrières de faire celte exécution, parce que, dans une république composée de si nombreux individus, entre lesquels on ne peut pas supposer un concert toujours égal, il serait fréquemment arrivé qu'un groupe d'Abeilles se Sei- ait jeté sur l'une des Reines, tandis qu'un second groupe aurait massacré 'antre, et la ruche serait demeurée sans chef : il fallait donc que les Reines Se ules fussent chargées du soin de se défaire de leurs rivales. Mais comme, dans Ces combats, la Nature ne voulait qu'une seule victime, elle a sagement prescrit d avance qu'au moment où par leur position les deux combattantes pourraient Perdre la vie l'une et l'autre, elles ressentissent toutes les deux une crainte S| 'oitc, qu'elles ne pensassent plus qu'à fuir sans se darder leurs aiguillons.
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« Je sais qu'on court risque tic se tromper quand on cherche minutieusement les causes finales des plus petits l'a ils; niais dans celui-ci, le but et le moyen m'ont paru si clairs, que je me hasarde à donner celle conjecture.
« Quelques minutes après que nos deux Reines se lurent séparées , leur crainte cessa, et elles recommencèrent à se chercher; bientôt elles s'aperçurent, et nous les vîmes courir l'une contre l'autre ; elles se saisirent encore comme la première fois, et se mirent exactement dans la même position ; le résultat en l'ut le même : dès que leurs ventres s'approchèrent, elles ne songèrent plus qu a se dégager l'une de L'autre, et elles s'enfuirent. Les Abeilles Ouvrières étaient fort agitées pendant (ont ce temps-là, et leur tumulte semblait s'accroître lorsque les deux adversaires se séparaient ; nous les vîmes à deux fois différentes arrêter les Reines dans leur fuite, les saisir par leurs jambes, et les retenir prisonnières plus d'une minute. Enfin, dans une troisième attaque, celle des deux Reines qui était la plus acharnée, courut sur sa rivale.au moment où celle-ci ne la voyait pas venir ; elle la saisit avec les dents à la naissance de l'aile, puis monta sur son corps et amena l'extrémité de son ventre sur les derniers anneaux de son ennemie, qu'elle parvint facilement à percer de son aiguillon : elle lâcha alors l'aile qu'elle tenait entre ses dents et retira son dard; la Reine vaincue tomba, se traîna languissamment, perdit ses forces très-vite, et expira bientôt après. »
Lorsque la jeune Reine est restée paisible possesseur do l'autorité souveraine, sa légitimité n'est pas reconnue sur-le-champ par ses nouveaux sujels, qui, tout en la tolérant, la voient avec une sorte d'indifférence ; mais dès qu'au retour de ses excursions dans les airs, elle a commencé à pondre des œufs, les Ouvrières l'accueillent avec touLes sortes de respect. Ce sentiment qui prend l'apparence d'une affection si vive, est probablement l'effet de quelque sensation agréable que les Reines font éprouver à leurs Abeilles, et qui est indépen liante de leur fécondité.
La ponte de la Reine est quelquefois tardive; quand cette ponte est retardée jusqu'au vingt-deuxième jour, à partir du moment où la Reine est parvenue a l'état parfait, celle-ci est inhabile à pondre des œufs d'ouvrières et de femelles} elle ne pondra que des œufs de Faux Bourdons, ce qui entraîne à la longue la perte de la ruche. Ce cas, heureusement très-rare, a été observé par Réaumur, (iui ne put en découvrir la cause ; c'est à Huber que nous en devons l'explication.
Au mois de juillet ou d'août, quand la saison des essaims est passée, etq» e les Reines ont commencé à [tondre, les Faux Bourdons sont tous mis à mort par les Ouvrières ; celles-ci ne voient plus sans doute en eux que des citoyens inutiles qui affameraient la ruche en consommant ses provisions. Les Faux Bourdons, étant privés d'aiguillon, ne peuvent lutter contre leurs exécuteurs : on voit les Ouvrières les poursuivre jusqu'au fond des ruches, où ils se réunissent en foule; elles les saisissent par les antennes, les jambes ou les ailes, et après les avoii tiraillés, ou, pour ainsi dire, écartelés, elles les tuent à grands coups d'aiguillon, qu'elles dirigent entre les anneaux du ventre : à peine cette arme redoutable les a-t-elle atteints, qu'ils étendent leurs ailes et expirent. Les meurtriers les frappent encore plusieurs fois de leurs dards, puis ils vont arrache)
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'•es gâteaux lus nyniplies de Faux Bourdons qui peuvent s'y trouver encore, leur ouvrent le ventre, sucent avidement le miel contenu dans leur estomac, et les emportent au dehors.
Lorsque le gouvernement de la jeune Heine s'est consolidé, et que sa ponte est commencée, les Ouvrières anciennes et celles qui sont nées récemment travaillent aux approvisionnements de la ruche : ces approvisionnements continuent tant qu'il y a des plantes en fleur. Une partie du miel et du pollen récoltés est déposée dans des cellules ouvertes et sert à la consommation journalière de la communauté; l'autre partie est emmagasinée dans des alvéoles (l Ouvrières et de m.âl.es, vers le haut de la ruche ; et pour empêcher ce précieux nectar de couler et de s'altérer s'il restait à découvert, les Aheilles ferment alvéole, aussitôt qu'il est rempli, avec un couvercle de cire. Ce sont les provis 'ons destinées à nourrir le petit couvain pendant l'hiver, que l'homme confisque à son profit : c'est pour cela qu'il a établi des ruches, hospitalité fort '"leressce, sans doute, mais que les Aheilles préfèrent au séjour des arbres c, 'eux, où elles ne sont qu'imparfaitement à l'abri des injures de l'air.
Ceci vous conduit à vous enquérir du sort des essaims sortis de la ruche. Au moment du jet, l'essaim va se suspendre en grappe à quelque branche d'arbre v °isin : on peut alors l'établir où l'on veut ; il suffit pour cela de se rendre maître de la Reine, et de la placer à l'entrée de la ruche qu'on désire lui donner pour domicile : bientôt toutes les Abeilles l'y suivent, et la colonie s'organise, comme nous vous l'avons déjà expliqué.
Lombard, habile cultivateur d'Abeilles, qui a publié sur leur histoire un manuel pratique, excellait dans l'art de les élever, de récolter leurs produits et de manier leurs essaims.
11 Je suis tellement familier avec mes Aheilles, dit-il, qu'étant au milieu 11 elles, celles qui reviennent des champs se reposent sur moi. Au moment de la sortie des essaims, comme je les suis de près, celles qui sont fatiguées se reposent aussi sur moi : j'en suis quelquefois couvert. Entouré d'une famille nombreuse, j'ai inspiré une telle sécurité à tous les miens, qu'ils approchent les abeilles sans crainte : les femmes mêmes recueillent les essaims, sans autres Précautions que le silence et les mouvements doux.
" Une jeune fille craignait les Aheilles : voici comment elle a été guérie de s a peur.
" Un essaim part, la Reine s'abaisse à quelque dislance du rucher; j'appelle °tte jeune fille pour la lui montrer. Je prends cette Reine, elle veut l'avoir ; je Ul fais mettre ses gants, et la lui donne dans la main droite, en lui faisant
e ndre le bras; nous sommes bientôt entourés des Abeilles de l'essaim. On
"apporte un fichu clair, avec lequel je lui couvre la tête et les épaules; l'es-
aim f,^ bientôt fixé à sa main, d'où il pendait en grappe comme à une branche
c ai 'bre. La jeune fille était au comble de la joie, et si rassurée, qu'elle me dit
e lui découvrir le visage. Toute la famille et les voisins étaient accourus : c'é-
ait un charmant spectacle. On m'apporta une ruche, et en frappant un coup
'Uodéré sur le poignet, je détachai l'essaim, qui fut logé sans accident. Elle
n °us dit qu'il était léger comme une plume. »
VUand l'essaim est abandonné à lui-même, il détache, peu de temps