‹ Le jardin des plantesChapitre 96 sur 143 · I IN S K C T ES II Y M É N P T K 1 1 1 ; S · texte numérisé non relu

I IN S K C T ES II Y M É N P T K 1 1 1 ; S

après qu'il s'est perclié, des Abeilles qui vont à la recherche d'un gîte propre à le recevoir. Dès qu'il est trouvé, les quêteuses reviennent et entraînent l'essaim qui s'y rend en droite ligne : cela se passe ainsi dans les forêts du nord de l'Europe. Quelques observateurs français et anglais croient qu'il y a des essaims qui, avant leur sortie des mères ruches, envoient des émissaires pour leur chercher un gîte.

Vous avez suivi les phases régulières de la vie des Abeilles ; mais ces Insectes sont quelquefois placés dans des conditions insolites, qui leur imposent la nécessité de déployer des facultés plus merveilleuses encore que celles dont nous vous avons entretenue. L'histoire naturelle des Abeilles pourrait, en raison de l'abondance et de la variété des faits qui la composent, être considérée comme une science toute particulière, que l'on exprimerait, suivant l'usage, par deux mots grecs: et comme nous avons l'entomologie, l'ichtliyologie, l'erpétologie, l'ornithologie, nous aurions la mélillologie, dont Huber serait le héros. Nous vous dirons bientôt de quelle manière ce titre a été mérité par l'observateur genevois; étudions, en attendant; les circonstances extraordinaires de l'histoire des Abeilles.

Il arrive quelquefois que la Reine périt ou est enlevée à ses sujets ; mais chez les Abeilles, le Uoi ne meurt jamais, et le trône ne peut rester longtemps vacant sans que la nation elle-même périsse. Lorsque les Abeilles ont perdu leur Reine, elles s'en aperçoivent au bout de quelques heures, et sur-le-champ elles entreprennent les travaux nécessaires pour réparer leur perte : ces travaux consistent à choisir une larve A' ouvrière, à agrandir son logement, à la nourrir d'une bouillie plus substantielle et plus abondante, et le Ver, nu lieu de se convertir en Abeille commune, devient une véritable Reine. Mais ce n'est pas à une larve seulement que les Abeilles donnent l'éducation royale; elles ont a craindre les chances de mortalité, et pour les diminuer, elles élèvent jusqu a vingt -sept larves pour le trône, bien qu'elles sachent qu'une seule doit l'occuper.

« D'abord, dit Huber, elles choisissent les jeunes Vers d'Ouvrières, qu'elles doivent convertir en Reines, et dès ce moment elles commencent à agrandir les cellules où ils sont logés; le procédé qu'elles emploient est curieux. Pour le faire mieux comprendre, je décrirai leur travail sur une seule de ces cellules ; ce que j'en dirai doit s'appliquer à toutes celles qui contiennent les Vers qu'elles appellent à la royauté. Après avoir choisi un Ver d'Ouvrières, elles sacrifient les trois alvéoles contigus à celui où il est placé ; elles en emportent les Vers et la bouillie, et élèvent autour de leur nouveau nourrisson une enceinte cylindriquesa cellule devient donc un vrai tube, à fond rhomboïdal, car elles ne touche" point aux pièces de ce fond ; si elles l'endommageaient, il faudrait qu'elles missent à jour les trois cellules correspondantes de la face opposée du gâteau, e que par conséquent elles sacrifiassent les Vers qui les habitent, sacrifice q m n'était pas nécessaire, et que la Nature n'a pas permis. Elles laissent donc le fond rhomboïdal, et se contentent d'élever autour du Ver un tube qui se trouve, ainsi que les autres cellules du gâteau, placé horizontalement. Mai cette habitation ne peut convenir au Ver appelé à l'état de Reine que pendan les trois premiers jours de sa vie; il faut que pendant les deux autres jours,

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où il conserve encore la forme de Ver, il vive dans une autre situation. Durant ces deux jours, portion si courte de la durée de son existence, il doit habiter une cellule de forme à peu près pyramidale, dont la base soit en haut et la pointe en bas. On dirait que les Ouvrières le savent ; car dès que le Ver a achevé son troisième jour, elles préparent le local de son nouveau logement, rongent quelques-unes des cellules placées au-dessous du tube cylindrique horizontal, sacrifient sans pitié les Vers qui y sont contenus, et se servent de la cire qu'elles viennent de ronger, pour construire un nouveau tube de forme Pyramidale, qu'elles soudent à angle droit sur le premier, et qu'elles dirigent en bas : le diamètre de cette pyramide diminue insensiblement depuis sa base, qui est assez évasée, jusqu'à sa pointe. Pendant les deux jours que le Ver l'habite, il y a toujours une Abeille qui se tient, la tête avancée dans la cellule; quand une Ouvrière la quitte, il en vient une autre prendre sa place. Elles y travaillent à prolonger la cellule à mesure que le Ver grandit, et elles lui apportent sa nourriture, qu'elles placent devant sa bouche et autour de son corps; elles en font une espèce de cordon autour de lui. Le Ver, qui est sans pattes, et ne peut se mouvoir qu'en spirale, tourne sans cesse pour trouver la bouillie Placée devant sa tête ; il descend insensiblement la tête en bas, et arrive enfin tout près de l'orifice de sa cellule : c'est à cette époque qu'il doit se transformer en nymphe. Les soins des Abeilles ne lui sont plus nécessaires : elles ferment son berceau d'une clôture qui lui est appropriée, et il y subit au temps marqué s es deux métamorphoses. »

Schiracb, pasteur d'une église protestante en Saxe, auteur de cette découverte, prétendait que les Abeilles ne choisissaient jamais que des Vers â°-és de trois jours, pour leur donner l'éducation royale; mais Huber s'est assuré, par ( 'es expériences multipliées, que l'opération réussit également sur des Versâgés ne deux jours seulement, et même sur des Vers qui ne sont âgés que de quelques heures. Ainsi les cellules royales sont de deux sortes : il y a d'abord les cellules que construisent les Ouvrières dès qu'elles ont vu la Reine pondre des n'ufs de Faux Bourdons : celles-là sont attachées au bord des gâteaux par un Pédicule, et appendues verticalement en manière de stalactites. La Reine n'attend pas, pour y pondre, qu'elles aient atteint toute leur longueur ; elle y dépose s °n œuf lorsque la cellule n'a encore que la grandeur et la forme du calice d'un gland; les Ouvrières ne les allongent jamais qu'après que l'œuf y a été pondu. 'Y a ensuite les cellules royales supplémentaires, dont nous venons de vous aire l'histoire. Du reste, dans les deux cas, les Ouvrières agrandissent la ceinte à mesure que le Ver prend son accroissement, et la ferment lorsqu'il va se ransformer en nymphe royale. Mais là se borne l'analogie : les cellules royales s npplémentaires une fois closes ne sont plus surveillées, gardées, défendues onime les autres; l'une des jeunes Reines sortira peut-être la première de son er ceau, et se jettera successivement sur toutes les cellules royales, qu'elle 011lr a pour percer ses rivales, sans que les Ouvrières s'occupent à les protéger ;

Plusieurs Reines sortent à la fois, elles se chercheront, se combattront; il v Ura plusieurs victimes, et le trône restera à la femelle victorieuse. Bien loin l l, e les Abeilles témoins de ces duels s'y opposent, elles paraîtront plutôt exci- ,er les combattantes.

#4 INSECTES HYM ÉNOPTÈUES.

Vous allez comprendre toute la portée de la découverte faite par le pasteur Schirach : puisqu'il est démontré que les Abeilles qui ont perdu leur Reine peuvent s'en procurer une autre, pourvu qu'il se trouve dans leurs gâteaux du couvain d'ouvrières dont l'âge ne passe pas trois jours, il en résulte que l'homme peut à volonté faire naître des Reines dans une ruche, en enlevant la Reine régnante. Si donc on divise en deux une ruche suffisamment peuplée, l'une de ces moitiés conservera la Reine, et l'autre moitié ne tardera pas à s'en procurer une ; mais pour le succès de l'opération, il faut choisir un moment propice, et ce choix n'est facile et sûr que dans les ruches en livre ; ce sont les seules où l'on puisse voir si la population est suffisante pour permettre la division, si le couvain a l'âge requis, et s'il y a des Faux Rourdons nés ou près de naître, pour former le cortège de la jeune Reine.

Quand toutes ces conditions se trouvent réunies, voici le procédé qu'il faut suivre : on sépare par le milieu la ruche en livre, sans lui donner aucune secousse ; on glisse entre les deux demi-ruches deux cadres vides, qui s'appliquent exactement contre les autres, et qui sont fermés en fond de boîte du côte par lequel ils sont adossés. On cherche à savoir dans laquelle des deux moitiés se trouve la Reine régnante, et on la marque pour ne pas l'oublier. Si par hasard elle était restée dans celle des deux divisions où il y a le plus de couvain, on la fait passer dans celle où il y en a le moins, afin de donner aux Abeilles le plus de chances possibles pour se procurer une autre femelle. Il faut ensuite rapprocher les deux demi-ruches, et avoir soin qu'elles occupent sur la planche du rucher la même place qu'avant l'opération. (Le moindre déplacement désoriente les Abeilles, qui périssent plutôt que de retrouver leur ruche.) L'ouverture qui avait servi d'entrée aux Abeilles dans leur ruche jusqu'à ce moment devient inutile; on la ferme donc; mais, comme il faut que chaque demiruche ait sa porte, on en pratique une à chaque extrémité, c'est-à-dire au bas des deux cadres les plus extérieurs. Cependant, pendant les premières vingtquatre heures, les Abeilles privées de leur Reine doivent être tenues prisonnières dans leur ruche ; sans cette précaution, elles sortiraient bientôt pour chercher leur Reine au dedans et au dehors du rucher, elles ne manqueraient pas de la trouver dans la division où on l'aurait placée; elles y fileraient en grand nombre, s'y fixeraient, et il n'en resterait plus assez dans l'autre partie pour les travaux nécessaires; au lieu que cet accident n'arrive point si on tient leiu' porte fermée pendant vingt-quatre heures; car, comme vous allez le voir bientôt, cet espace de temps suffit pour leur faire oublier leur Reine.

Reprenons nos Abeilles au moment où cette Reine vient de leur être enlevée : elles ne s'en aperçoivent pas d'abord, elles n'interrompent po"' 1 leurs travaux, elles font toutes leurs opérations ordinaires avec la même tranquillité; mais au bout de quelques heures elles s'agitent, tout paraît en tumulte dans leur ruche, on entend un bourdonnement singulier; les Abeilles quittent le soin de leurs petits, courent avec impétuosité sur la l'ace des gâteaux, et semblent être en délire. Cette agitation provient de la connaissance, qu'ont les Ouvrières de l'absence de leur Reine ; car dès qu'on la leur rend, le calme renaît au milieu d'elles à l'instant même, et ce qu'il y a de bien singulier, c'est qu'elles la reconnaissent : prenez cette expression au pied de la lettre ,

FAMILLE 1)ES MELLlt'ÈRES.

et ce qui le prouve, c'est que si on substitue à la Reine légitime une Heine étrangère dans les douze heures qui suivent l'enlèvement, l'agitation continue, et les Abeilles traitent l'étrangère comme elles le font quand le trône n'est pas vacant, c'est-à-dire qu'elles la saisissent, l'enveloppent de toutes parts, la retiennent captive dans un massif impénétrable, pendant un espace de temps très- 'ong. Pour l'ordinaire, cette Reine y succombe, soit par la faim, soit par la privation d'air.

Lorsqu'on a laissé passer dix-huit heures avant de substituer une Reine étrangère à la Reine enlevée, la nouvelle venue est traitée d'abord comme celle dont nous venons de parler; mais les Abeilles qui l'avaient enveloppée se lassent plus vite; le massif qu'elles forment autour d'elle n'est bientôt plus aussi serré; peu à peu elles se dispersent, et enfin cette Reine sort de captivité. Quelquefois elle expire dans l'espace de quelques minutes.

Mais si on attend vingt-quatre heures pour cette substitution, l'étrangère sera bien accueillie, et régnera dès l'instant où elle sera introduite dans la ruche. Une absence de vingt-quatre heures suffit pour faire oublier aux Abeilles leur première Reine ; et, ce qui prouve que chez les Abeilles le principe de la légitimité, loin d'être une question personnelle, repose sur la volonté nationale et les exigences de la situation actuelle, c'est que si, après l'installation de la nouvelle dynastie, la première Reine veut tenter une restauration dans son ancien royaume, elle est étouffée par ses propres sujets. Voici une expérience d'Hu- »er qui achèvera de vous faire connaître l'instinct monarchique des Abeilles.

« Le H 5 août H 791, dit-il, j'introduisis dans une de mes ruches vitrées une Reine féconde âgée de onze mois ( c'est-à-dire prête à faire sa seconde ponte) ; les Abeilles étaient privées de Reine depuis vingt-quatre heures, et pour réparer leur perte elles avaient déjà commencé à construire douze cellules royales supplémentaires. Au moment où je plaçai sur le gâteau cette femelle étrangère, les Ouvrières qui se trouvaient près d'elle la touchèrent de leurs antennes, passèrent leurs trompes sur toutes les parties de son corps, et lui donnèrent du miel ; Puis elles firent place à d'autres, qui la traitèrent exactement de la même manière. Toutes ces Abeilles battirent des ailes à la fois, et se rangèrent en cercle autour de leur souveraine. Il en résulta une sorte d'agilation qui se communiqua peu à peu aux Ouvrières placées sur les autres parties de cette même face °u gâteau, et les détermina à venir reconnaître à leur tour ce qui se passait s ur le lieu de la scène. Elles arrivèrent bientôt, franchirent le cercle que les Premières venues avaient formé, s'approchèrent de la Reine, la touchèrent de leurs antennes, lui donnèrent du miel, et après cette petite cérémonie se récurrent, se placèrent derrière les autres et grossirent le cercle. Là, elles agitèrent leurs ailes, se trémoussèrent sans désordre, sans tumulte, comme si elles eussent éprouvé une sensation qui leur fût très-agréable. La Reine n'avait pas 'fuitté encore la place où je l'avais mise, mais au bout d'un quart d'heure elle se mit à marcher. Les Abeilles, loin de s'opposer à son mouvement, ouvrirent le cercle du côté où elle se dirigeait, la suivirent et lui bordèrent la haie. Elle «tait, pressée du besoin de pondre, et laissait tomber ses œufs. Enfin, après u sé jour de quatre heures, elle commença à déposer des œufs de Faux Bourdoi ''ans les grandes cellules qu'elle rencontra sur son chemin.

INSECIES HYMENOPTERES.

« Pendant que les faits que je viens de décrire se passaient sur la l'ace du gâteau où j'avais placé cette Reine, tout était resté parfaitement tranquille sur la face opposée. 11 semblait que les ouvrières qui s'y trouvaient ignorassent profondément l'arrivée d'une Reine dans leur ruche. Elles travaillaient avec beaucoup d'activité à leurs cellules royales, comme si elles eussent ignoré qu'elles n'en avaient plus besoin; elles soignaient les Vers royaux, leur apportaient de la gelée, etc. Mais enfin la nouvelle Reine passa de leur côté, elle fut reçue par elles avec le même empressement que par les premières; elles lui bordèrent la haie, lui donnèrent du miel, la touchèrent de leurs antennes, et ce qui prouve encore mieux qu'elles la considéraient comme leur Reine, c'est qu'elles renoncèrent sur-le-champ à continuer les cellules royales, enlevèrent les larves qui s'y trouvaient, et mangèrent la bouillie accumulée autour d'elles. Depuis ce moment, la Reine fut reconnue de tout son peuple, et se conduisit dans sa nouvelle habitation comme elle eût fait dans sa ruche natale. »

Voyons maintenant ce qui arrive quand, la Reine gouvernant paisiblement ses états, une prétendante lui est suscitée. « Nous introduisîmes, dit Huber, dans une ruche régulièrement gouvernée par une Reine féconde, une autre Reine également très-féconde, dont nous avions peint le corselet pour la distinguer de la Reine régnante : il se forma très-vite un cercle d'Abeilles autour de cette étrangère, mais leur intention n'était pas de l'accueillir ou de la caresser ; car insensiblement elles s'accumulèrent si bien autour d'elle, et la serrèrent de si près, qu'au bout d'une minute elle perdit sa liberté et se trouva prisonnière. Ce qu'il y a ici de remarquable, c'est qu'au même temps d'autres Ouvrières s'accumulaient autour de la Reine régnante et gênaient tousses mouvements : nous vîmes l'instant où elle allait être enfermée comme l'étrangère. On dirait quelquefois que ces Abeilles prévoient le combat que vont se livrer les deux Reines, et qu'elles sont impatientes d'en voir l'issue; car elles ne les retiennent prisonnières que quand elles paraissent s'éloigner l'une de l'autre ; et si l'une des deux, moins gênée dans ses mouvements, semble vouloir se rapprocher de sa rivale, alors toutes les Abeilles qui forment ces massifs s'écartent pour lui laisser l'entière liberté de l'attaquer ; puis elles reviennent les serrer de nouveau, si les Reines paraissent encore disposées à fuir.

« Nous avons vu ce fait très-souvent ; mais il présente un fait si neuf et si extraordinaire de la police des Abeilles, qu'il faudrait le revoir mille fois pour oser l'assurer positivement. Quel est le véritable rôle que jouent les Ouvrières dans le combat des Reines ? Cherchent-elles à accélérer ces combats ? Excitentelles par quelques moyens secrets la fureur des combattants? Comment se faitil qu'accoutumées à rendre des soins à leur propre Reine, il soit pourtant des circonstances où elles l'arrêtent lorsqu'elle se prépare à fuir un danger q ul la menace ?

« Le massif d'Abeilles qui entourait la Reine régnante lui ayant permis quelque léger mouvement, elle parut s'acheminer vers la portion du gâteau sur laquelle était sa rivale. Alors tontes les Abeilles se reculèrent devant elles ; peu à peu, la multitude d'Ouvrières qui séparaient les deux Reines se dispersa; enfin, il n'en restait plus que deux, qui s'écartèrent et permirent aux Reines de se voir : en cet instant la Reine régnante se jeta sur l'étrangère, la saisit avec ses

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