Le Jardin des plantes
H !■-( \\\\ lien, loiil .111 I I lie l'iiii^, (pii ol à riiii|i sur le plus 1 ilr l;i n.ililic , roii- le- ,i(liiiir.ilil>'- li;is;ii-(ls lie l;i cilill)^^!!!', hiiili's
lii'l riididll ili' r.iflMiilll^-i-lllcill cl ili' rr|i(i~ (|iii .-(■ puisse vcil- I 1rs laliliiilcs ri liilis les iis|)Ccls du luoMilc ((UIIIU , IdUlcs Irs (iri)-
a^^My.-^.
cnnlrcr dans ce vasic, ohsi-ur et luuiullucux univers parisien l.à se ((infdndciil dans un pOlr-méle aduiiralilc la fraîcheur, le calme, Icuuluaj^c, les (leurs naissantes, lolik's les douces joies
ihirlions de la terre haliilt'e et des nuM's, les oiseaux du cii'l , les IxMes leroces du de'scrl , le lion er le liengali, li'h'ph.uil cl l'oiseau-luoiielie , le li.^re royal et la clièvre du ïhiljel. l'rtMez
l'aiis. T^pogi-apliic l'I' il fines, riir 'ii' \'aiijjir;iril 30.
l'orcillp ! Que de rlinnls d'oisi-aux amiiiUTUX, que de hiirliMiionl-; épouvantables! Ici les familles des singes, bondissantes, amoureuses, et toutes remplies des pl\is aimables caprices. Plus loin , dans ce bassin d'eau salée, la famille des tortues, revêtues de riches écailles, qui s'épanouissent au soleil. C'est un bruit à ne pas s'entendre, et c'est en même temps un admirable silence. Levez la tête , le cèdre du Lilian voii.s itrotege de son ouibre gigantesque. Baissez les yous , la violcMc îles liuis jelte à vos pieds son hmnlde et chaste parfuui. Puis entin , quand vous êtes fatigué de cette course, à travers la cre'alion, cpiand vos yeuK se sont repus de la couleur des papillons et des roses, quand vous avez passé en reviu^ ces myriades d'insectes au\ ailes d'or, ipiand vous avez touché de vos mains l'or et l'argent , le charbon et le fer, tous les trésors que la terre enferme , allez vous asseoir auprès de la fontaine miiruuirante , sur ce vastes banc de roche calcaire, tout aii-desgous de ces vastes poutres qui ont appartenu à la baleine. Mais cependant savez-vous sur quels délu'is solennels vous êtes assis? Vous êtes assis .sur les déitris du inaslodimle, sur quchpu- animal aulèdiluvicii reconnu et n(Hiimc ])ar Cuvier !
Quelle histoire à décrire, l'histoire de ce chariuant et savant petit coin de terre qui n'a pas son égal dans le monde! Autant vaudrait écrire l'histoire de l'univers tout entier. Non pas l'histoire des hommes armés, des nations (|ui se précipitent l'une sur l'autre, des multitudes (|ui s'en vont çà et là dans I émigration , cherchant le pain et la terre de chaque jour. Insipide histoire celle-là, toujours la même, toujours sanglante, où reparaissent à des époipies déterminées les mêmes passions, les mêmes crimes, les mêmes révolutions, les mêmes meurtres, épais nuages à peine sillonnés par (|uel(jues grands hommes. Mais l'Iiistoirc dont je jiarlc, l'histoire de ce jardin miraculeux, posé sur li's rives de la Seine par quehpie main bienfaisante et |ir('v()yante, c'est l'histoire éterncdlenu'nt pittoresque et variée de la fleur qui se cache dans l'herbe , de l'insoete qui bridt sous le gazon , de la r(mce vidoiitée, de la mine enfouie, (h' la montagne et de la Vallée, l'hi-^toire de l'aigle ipii regarde |c s(deil et ihi moucherou enfant de l'air. Tout ce qui respire, tout ce (pii existe, loiit ce qui resplendit dan-* les eaux, sur la terre et dans le (ici, loiil ce qui rampe et tout ce qui vole, tout ce <pii gionde cl lnut ce qui se lamente, le preuuer animal de la ci-eation et le dernier, tid serait le sujet di' ce livre : Xoslri furui/o libelli . Alais (pie faire-.' que devenir? coimui'Ut ne ])as se [lei-dre dans un si vaste sujet".' lin homme l'avait tenté, le seul honune ipii fût digne de l'entreprendre; cet homme avait le coup d'œil et l'intelligence . I'cmjotion intérieure et le style, l'orgueil et la fierté; il était le seul i|ui fut peut-être à la hauteur d'un pareil sujet. Cet homme, vous l'avez nouuné, c'est M. de liiiffon, et cependant, (i grand Ilieu ! Vous qui êtes le Dieu de l'hysope et du cèdre, vous ipii avez fait honte à la magnificence de Salomon , rien (pi'en déployant la robe blanche ilu lis de la vallée, vous savez si M. de UuiWin luimême, Buflbn, votre historien et votre favori , était à la hauteur de ce vaste sujet.
Non certes; pour raconter celle hisloiie de l'univiis (pii' Dieu a créé, il n'y a que Dieu lui-même. C'est à i)eu près ce (pi'oti a dit de César : ipi'il élait le seul digne d'cxpliipier les balailies ipiil avait gagnées. Non certes, ce n'est pas nous (pii passerons eu revue, même à |)ropos de ces <|uiuzi' ceiils [lieds de lerre, toutes b's merveilles de la erélilion.
On Veut cependant que je vous raconte à ma manière, à la façon d'un honune (pu admii-e |i|um cpi'il ne e(uuprend , les princi|iaux détails de l'histoire du birdln des Plantes, (c résumé de l'univers. Il faut que , iciut en laissant de crtiécc magnifique ensenilde des sciences naturidies, nous vous fassions voir, pour ainsi dire à vol d'oise.iu, CCS plantes vivantes et ces plantes miu-ti"-. ces bêtes féroces, arrivées hier hurlantes et bondissantes du fond des déserts, et ces cadavres inconnus sur lesquels a pass(' plus d'un déluge. Chose étrange '. cette admirable idée de réunir dan-
un seid cl même lieu tous les chefs-d'iEuvre delà création ne date guère que de deux cents années. Avant Louis Mil, la France n'avait eu ni assez de repos, ni assez de loisirs, ni assez d'or pour s'abandonner en toute liberté à sa passion pour les merveilles les plus rares. François P'"', le roi chevalier, nous avait , il est vrai, enseigné à aimer les tableaux, les statues, les monuments (le tiMil genre, les raii's chefs-d'œuvre ofi la forme emiiorte le fond; mais ce |)rince brillant et léger n'avait pas été au delà de la forme; la couleur, l'écdat , la beauté extérieure lui plaisaient avant toute chose; (tour une agrafe de Cellini, pour un tableau de Primaticc, pour une scidpture capricieuse de Jean Goujon , il eût donné tout ce (pii est le mouvement et la vie. Kii ce temps-là, nous étions bien plus des Florentins (pii se passionnent pour la forme, que des philosophes (pii se passionnent [lour l'idée. Parler de toutes ces choses au roi Henri IV, c'eut été perdre, en toute perte, son latin, sa prévoyance et son esprit. Le roi Henri s'occupait, avant tout, de la finance et de la bataille. Ce fut son fils, le roi Louis XIII, esprit bienveillant et malade, houuiie timide, qui a attaché son nom aux choses les plus hardies dt^ notre histoire; ce fut Louis XUI (jui, b^ premier, eut Ihonneur d'acheter de ses deniers, dans le faubourg Saint- Victor, loin, bien loin de tous les bruits et de tous les mouvements de la ville, vingt-quatre arpents d'une terre inculte et négligée. Tel fut l'hiniible et modeste counuenceuient du .lardin des Plantes. Le docteur Bouvard, premier médecin du roi, fut le vieil Lvandre de cette Home nouvelle et verdoyante qui s'élevait sur ces hauteurs. Le (U'enner parterre de ce jardi^ se composait de quarante-cinq toises de longueur sur lrentecin(i toises de largeur; il était encore trop vaste [loiir le-^ plantes qu'on avait à y mettre ; mais peu à peu les plantes ont poussé, le Jardin s'est étendu, une petite serre a été bâtie. Gaston d'Orléans, qui aimait les plantes cl les fleurs, envoya au Jardin nouveau-né quidques frais échantillons de son jardin de Blois, jusqu'à ce qu'enfin arriva Colbert, cet hoiTimc (pu a deviné tant de choses. Colbert, d'un coup d'oeil, eut liienl(')t compris tout l'avenir des vingt-quatre arpents du faubourg Saint-Victor. Fagon, le médecin du roi Louis XIV, présenta Touineforl à Colbert. Tournefort est le \iremier historien des plantes; il n(Uis a a|ipris à les aimer, à les connaître; il a deviné leur famille, il a iudi(pié les premiers noms (pi'idles ont piutés; pour tout dire, il est le loyal et net )n'édécesscur d'Antoine di' .lussicu, le grand naturaliste, A vingt-trois ans, M. de .lussicu était pi'ofcsscur au Jardin du lloi ; il avait parcoiu-u l'Espagne et le Portugal , laïuassant avec une cin'iosilé pleine de dévotion les moindres brins d'herhes que prodint cet air brillant. Antoine de Jussieu est une des [dus grandes < réations de Fagon le médecin; c'est au Jardin du Ilol (pie se reliia ce sévère serviteur du roi Louis XIV; c'est là (pi'il voulut mourir. Le .lardin, reconnaissant, a ( onservé avec i-espect la mi'iiKMie de Fagon. linfin, en 17.7,). le roi véritable du .lardin, c(diii (pii l'a agrandi, (jui l'a sauvé, celui-là même (pii en est riiisioiien et le démonstrateur tout i)uissant , M, de BiifUm, devait porter pendant (piarante-neuf ails cet illuslre et utile fardeau. Certes, sans être un ambitieux, sans cn\ier la gloire de ceux (pii (Jiil fondé des monarchies, qui ont sauvé des peuples euticis, (pii oui agrandi des villes capitales, on ne i)eut s'einpê- (lier d'admirer et d'envier peut-être, car c'est là une noble envie, la gloire et le lionheiir de M. de liiiffon Quelle gloire imiiicUM- en effet, cl ((uclle joie , et quelle'^ liataille< |iacil!((iics ! .M, de liiiflnn arrivait au milieu de cette œuvre à peine commencée, en se disant à lui-même qu'il l'achèverait un jour. Il arrivait au milieu lie ce désordre, de ce cha(i<, du pêle-mêle savant cl peu logi(|ue de ces idantes naissantes, de ces débris sans noiidil'e, de ces formes brisées, et il se disait tout bas : Je vais tirer du chaos toutes choses, je vais remettre à leur place l'arbre et la plante, la mousst^ et la fleur, je vais pron(uicer du haut de mon génie le jiat lux piuir chaque finit de l'espalier, poiii- < hacpic fleur en -on liouioii , pour cha(|ue animal venu de toutes le
parties du monde; j'élèverai les vallées , j'abaisserai les montagnes; j'aurai à mon gre' un (leuve ou une mer, un frais pftiurage ou une eaverne , la rose'e bienfaisante' et \v eliaud rayon du soleil. Mes vingt-quatre arpents de terre, je les veux agrandir outre mesure, jusipi'à ee ipTenfin j'y aie renfernu; une minialurc de l'unlvei's. De eelte ere'alion faile par moi et pour moi, je serai le dieu d'abord, et ensuite j'en serai plus (pu' le dieu , j'en serai le nouu'nclateur, j'en soiiii rhislorien. On raeonle qu'une fuis le premier homme créé. Dieu dil à Adaui ; Te voilà, c'est à loi à nommer toutes les choses de la créalion. Voilà ce (pu' se dit à lui-même M. de BulFon quanil il se vit le maître du Jardin du Roi. Celte fois donc son œuvre élait trouvée, sa tâche élernelle eouunençait ; jusqu'à la fin de sa vie, il devait marcher dans ces sentiers de fleurs et d'épines, fleurs dévouées et obéissantes, épines qui ne blessent pas cens qui les regardent avec respect, avec amour.
Voici dolic M. de liull'on qui prenil possession de son domaine. C'élail Irisle à voir ce domaine de la naliu'e ! Deux salles liasses sullisaient, et au delà, à contenir des curiosités dignes de la foire : deux ou trois squelettes vermoulus, des herbiers en désordre, le Jardin était planté au hasard : pas une allée, pas un sentier tracé, pas un arbre ipii fût à sa place. 11 fallul bàlir, il fallut planlei-, il fallut agrandir t(Uites choses, surtcuit il fallut trouver des lionnnes qui vinssent en aide au grand naturaliste; car déjà M. de Riiiron, comme un digne émule de Pline l'Ancien, songeait à écrire l'histoire naturelle, ce livre immense qui n'a d'autres bornes que les Ijornes de l'univers.
Le premier ([ui vint en aide à M. de RufTon, c'était un homiue d'une grande science, nommé Daulienton. il fut chargé de l'arrangement du cabinet, il dis|iosa les collections, il lit quatre divisions priniipales des divers règnes de la nature; il invoqua, au nom de M. de BufTon son maître, le secom's <le tous les voyageurs. .V l'exemple d'Antoine de Jussieu , qui envoyait à ses frais ses plus zélés disciples pour ramasser des plantes et des graines, Daubenton recueillit des livres, des éciiantillons de tout genre. A côté de cette famille des Jussieu , les bienfaiteurs du genre humain, il faut placer Jean-André Tiiouin et son fds André. Ainsi peu à peu tout le Jardin juTuait une face muivelle. M. de liuH'iui comuHHiiipiait à toules choses la persévérance de son esprit; tous ces geus-là s'aiuiaicut et s'entr'aiilaient les uns les autres. On eut dit une colonie de cultivateurs, ou mieux encore une réunion de disciples de Sainl-Siuion ou de Fonrier. Déjà la nomenclature de Linné, ])lus facile et plus counnode que celle de Tournefort, aidait mcivcilleuseuient à la science. A clKupie sais(ui neuivelle le Jardin était eu prugrès; on jetai! à bas les vieilles maisons, on en bâtissait de nouvelles, on élevait des montagnes, on creusait (les vallons; partout le râteau, iiarlout la bêche. Bientrtt on fui à bout de toute terre cultivée; il y avait là tout au|)rès les jardins de l'aidjaye Saint-Victor, puis un vaste enclos traversé par la rivière de Hièvre. A force de sidlicitalions et de dépenses, l'enclos est acheté, le jardin de l'abbaye est envahi ; nous voilà maintenant sin- les bords de la Seine, qui nous doiuie siui eau fécondante, liegardez, à cette heure quels progrès déjà! Vous avez des arbres de toutes les saisons, vous avez une école d'arbres à fruits, un semis de plantes écom)UU([ues, toute une école de cidhiie. liieuti'it le local est nivelé, les bassins sont creusés, le uum' d'enceinte est Jiàti, la belle terrasse s'élève le long du quai; mais ee n'est pas assez. Un terrain situé à l'extrémité des marronniers convient à M. de Buiron , et M. de Buiron l'achète. C'était un jardin plus bas que le premier, abrité du nord et de l'oucsl. Là furent transportées les couihes destinées aux semis; là I'im'ciiI fullivécs les plantes les plus délicates. L'année suivante, en 177i, fut élevée la première serre digne de contenh- les belles plantes. Tels étaient les progrès rapides de la bolani(pie; et comuu; toute fiutune lient à une autre fortune, tout jirogrès à un autre progrès, le cabinet grandissait eu uuMue temps (|iu! le Janlin. Ce
cabinet était le contre unique où venaient aboutir de toutes parts les merveilleux et inestimables fragments dont se compose Ihisloire naturelle, riches échantillons dispersés dans tout l'univers, dans les entrailles de la terre, sur le bord de tous les rivages, au soniuuM de toutes les montagnes, dans les volcans, dans les ruines, dans les déserts, pou sière du monde passé, productions du monde présent, échantillons des momies à venir, il fallut donc agranilir les bâtiments connue on avait agrandi le jardin ; puis bientôt les collectionneurs arrivèrent offrant chacun sa collection, c'est-à-dire la |iassion de sa vie, pour augmenter ce bel ensemble. La première de toutes, l'Académie des sciences envoya au Cabinet du Roi son cabinet d'anatonue; le comte d'Angivilliers offrit le sien; les missionnaires de la Chine, ardents pro|iagateurs de la foi chrétienne, envoyaient à M. de BufTon tous les échantillons qu'ils pouvaient ramasser dans ce fabuleux et céleste empire où nul Ein'0|iéen n'avait ]iénétré avant eux. Le roi de Pologne s'estima heureux d'offrir au Jardin du Roi les plus beaux uihiéi-aux. On envoya chercher dans l'inde une collection de zoologie. Bougainville rapporta de son voyage autour du monde tout ce qu'il en put rapporter pour le Jardin du Roi, donnant ainsi un exem|dequi a été suivi par les navigateurs à venir. Dans ce concours unanime de toutes les fortes intelligences de l'Europe pour doter un étaidissement si nouveau, il n'y eut pas jusqu'à la grande Catherine (pii ne tînt à honneur d'envoyer au Cabinet d'histoire naturelle les plus beaux animaux du iN'ord , les jdus rares fragments de zoologie. C'était une femme qui entendait la gloire à la façon des grands rois. Elle savait par cœur toute la France du dix-huilième siècle, elle l'aimait dans ses moindres détidis. De tout ce qui lui paraissait digne d'envie, ce que la grande Catherine enviait le plus à la France, c'étaient ses hommes de génie, c'était Voltaire, c'était Diderot et d'Alembert, c'était M. de Biiflon qu'elle avait appelé dans son empire avec cette co(|uetterie royale et charmante à laquelle il élait si difficile lie résister. Mais M. de BiiU'on, tout enlier à sa double création , à son livre et à son Jardin, envoya son fils à sa place. Cependant le Jardin grandissait toujours. Sur ces entrefaites, furent piddii's les [iremiers volumes de V Histoire naturelle, ce chef-d'œuvre d'élocpience où .M. de UuHoii ralliait à lui, d'une façon irri'sistible, t(Uis les naturalistes de l'Furcqie. A bien prendre, le Jardin du Roi et Vllisluire naturelle, c'est la même œuvre : l'un tient à l'autre par un lien que rien ne saurait rompre. Sans le Jardin du Roi , jamais M. de Biiffon n'aurait écrit son livre ; sans le livre de 11. de Itutron , le Jiudin du Roi n'aurait pas conquis tout d'un cou|i, connue il l'a fait, l'admiration de rEuro|ie savante. Autour de ce J.ndin et de ee livre se sont grouin's tous les amateurs passionnés de l'histoire naturelle. Quiconque avait étudié avec soin, avec auuiur, la partie la plus imperceptible de ce vaste univers, une graine, un insecte, un papillon, une plante, était le bienvenu à adresser à .M. de BulFou ses propres découvertes. — Voilà, Mtuisieur, ce (pu'je sais, voilà ce i|uc j'ai appris , voilà ce que j'ai découvert. Et M. de BulTou r('pondail , à coup sur. à ce confrère inttinnu, une lettre de remerciments, où il l'appelait son collaborateur. Ainsi l'historien de la nature était représenté dans le uu)nde entisr par loute sorte de correspondants et d'ambassadciu's, disciples dévou('s de son travail et de son g('nie. Cet hiumue voyait de très-haut toutes choses; il aimait les coliecti(ms, il est vrai, mais il les aimait pour s'en servir en grand historien. Il n'aurait guère été satisfait s'il lui eût fallu se maintenir, sans lin et sans cesse, ilans la description minutieuse des uuiindres fragments du grand cnscudile : mais, au contraire, ce qui le rendait heureux et (ier, c'était de reconstruire ces formes éparses, c'était de rendre la vie, le mouvement, la pensée et l'orgueil aux animaux de la création di\iue; c'<'lait ih' nous les montrer, non ])as tels (|ue la dissection nmis les avait faits, mais tels (pi ils étaient sortis du caprice ou de la main de Dieu. Le lion rugissant, le tigre ipii Itomlil , le cheval indocile au fiein,
la génisse superbe, le taureau amoureux, le cerf fuyant au son du cor, la chèvre qui broute le cylise tm fleurs; le chien, ce compagnon de l'homme; le coq, roi île la basse-cour, il n'y a pas jusqu'à l'âne, l'assidu, l'entt^lé et l'iiifaliguble ami du lalioureur, l'humble animal que M. Delille n'aurait jamais osé nommer dans ses vers, à qui M. de BufTon n'ait accordé une grande place dans son histoire; même il a écrit au sujet de ce pauvre Ane, qui
sera là sans conlreilit, la plus noble introduction qui se puisse faire à ce livre du Jardin des Plantes , dont un plus savant que moi sera 1 historien.
C.eorges-Louis Leclerc, comie de lUilTon, était né à M(Uilbarl en Ijourgogne, le 7 septembre i707. Son père était un lionune riche et un savant magistrat, et il laissa son fils s'abandonner en tdUle liberté aux in-pirations naturelles de son génie. Le jeune
Vue générale du Jardin dos Planles, prise du sommet du labynnlho.
fut plu-^ lard un des Ikmh^ de Sterne, Ir^ pag<'s les plus touchantes de >iiu liisidirc, jiagcs liiinoialilo pmn- tous deux, poin- l'Ane et pour M. de liufl'on, car il a rendu justice au plus patient et au plus sobre des travailleurs. En même temps ce beau cha(iitrc, si plein de raison, de justice et de bon sens, doit absoudre à loiii jamais M. de ItuM'ou du ui.iis reproche d'eudine et d'cmpiiasc avec lequel ou lallaiiiie depiii> ~i longlem|i>. .Mai>, Iciu'z, piiixpie nous en sommes arrives a cet lioiume ( élèbre, le véritable fondateur du Jardin du Koi, pourcpioi ne pas vous raconter sa vie".' Ce
Leclerc, obéissant au secret instinct (pu le poussait, enirepiil un voyage' en .Angleterre : l'.Vnglelen'c (■lait dans ce temps la une espèce de monde à part où nous .illiuiis cliercli<r le drame, le roman, la poésie, la liherlé, la pliilosophic, l'i^conomie pidiliepie, la pondération des pouvoirs, l'émancipalion du peuple, toutes siMies de choses dont s'inquiétaient, d'une façon déjà lin'bulente, I ambilion et l'aNcnir de la France. .Noire jeune homme, plus iuoik>le, ne savait pas encore ce qii il allait chcrclier eu Angleterre. Il y trouva ce qu'on y trouvait alors, une giandc nation
lu'Uieuse et fière de h\ révolution (iii'elle avait accomplie , qui avait payé celte révolution au juix île son sang et de son or, et qui, uiaintenant, ai)rès tant de révoliilions et de teuiitèles, après ce roi égorgé, celle dynastie re|irise et cliassée de ncuiveau , regardait sans effroi les tem|iéles, les batailles et les prospérités de l'avenir. Le spectaile d'un peuple ainsi fait élait un spectacle d'autant plus grand el solennel, (pie la France était encore bien loin de pouMiir rtvirde seinMaMes destinées. Dans celle grande iialion, le-, dt liuts de ce jeune lionuiie, ipii devail être M. <le l'.uU'on
Jardin du Roi indiipia à M. de Buffon sa vocation vérit.dde ; et certes, il se faisait hien temps cjne l'histoire naturelle eût son liislorieu parmi nous. .Avant celui-là toute notre histoire naliirelle se composait de méchantes compilations sans talent et sans nom d'auteur, de sèches nomenclatures auMpielIes le luihlic, c'est-à-dire tout le monde, n'avait rien à comprendre, et entin de quelques traités excellents de'tache's du grand ensemble des choses cré('es. Dans celte révolution ipi'il allait tMitreprendre et qui fut précédée de hien des doutes cruels, car entin il ignorait
Ll's Giilei'ies (i'uioluiie naïuicllo el la oïljuotiiunuu.
plus lard, furent simples et modcsies. Ilcoinmenra paiap|ireiidie la langue du peu|df ipiil visilait , et, ])our hiiii ((Muuiencer, il se mil à traduire, voyez le hasard quaiiil on a du géni(t! la Statique des vi'yi'luux de Haies et le Trailé des //ii,(io»s de Newton ; si bien qu'il ap|)rit en même lenq)s la langue anglaise, el , qui plus est, la grande langue de la science. Alors il commença tout à la fois à s'occuper de géométrie et des .sciences naturelles. Ses premières anuces furent consacrées à se préjiarer aux études (pii lui convenaient le plus. Il aurait [iii devenir uu grand géomètre, sa hour)e éloile en lit le plus grand iiaturalislc de son siècle. Vous ,ivcz vu loul a 1 lieiire connuenl cclli' idace de dirccleui- du
encore celte loutc-pui.-saucc du slyle qui était en lui, M. de lUiU'on avait choisi ])onr ses MU)ilèhs el pour ses maîtres deux grands modèles et deux grands maiires, .\ristote et l'Iine l'.Vncien . .\rislolc ipii a d<'\in(' toutes choses, l'histoire naturelle, la rli('loiique, léUniuence, la constitution; riine l'Ancien, qui a li-ouv(' le |ireaiier l'éli'valion, le langage, la passion , le slyle de riiisloire nalurelle; celui-ci exact et profond, ne donnant rien au hasard, ne parlant que de ce qu'il a vu et enlendu , trouvant le iireiui<'r auucau de cetle cliaiue des élres créés (pii a servi à (!u\i(r pour deviner à son tour tous les mystères de la création; ((■lui la ipii a d(Hiui' a la ^ie du monde eiilier celte vie si bril-
lante et ses iniissanlfS couleiiis. Ciiios, il n'a fallu rien inoins que le plus rare et le plus passionne génie pour reunir dans le même ensemble tant d'imaginaliou el tant île science; il ne fallait rien moins que toute cette éloquence pour rendre les peuples de l'Europe attentifs à cette histoire qui est réellement l'histoire universelle. Les quinze premiers volumes de VUisloire naturelle furent pnliliés de HiO à 1707 ; ils traitaient de la théorie de la terre, de la nature des animaux, de l'histoire de l'Imuime, de l'histoire des quadrupèdes vivipares. ISufl'on et Daulieuton s'étaient partagé cette tâche dilllcile et compliquée ; chacun d'eux avait pris la part qui lui convenait. M. de BulFon avait gardé pour lui la poésie et la ])liilosophie de cette histoire, il expliipiait, à la façon d'un liossuet, mais d'un Bossuet exact, les théories générales, les grands aspects et les grands phénomènes de la nature ; il disait les mœurs des animaux , il en racontait les passions, les habitudes, les instincts, il agissait, passez-moi la ('omparaison, tout comme avait agi La Fontaine lui-même; seulement dans ces drames charmants, l'honneur de la poésie française, La Fontaine avait à cœur de nous montrer comment, par leur sagesse providentielle, par leur ruse ingénieuse, par leur boidiomie native, par la vérité de leur allure, par la profondeur inexplicalile de leur génie, les animaux avaient été mis et créés au monde tout ex[)rès pour donner aux hommes les plus utiles leçons de la |ihiloso|iliie et de la rmu-ale, ])endant que M. de liufïiiu, au contraire, relevant à la fuis lliounne et la brûle dont il était l'éipiitaMe historien , sattacliait à nous démontrei' comment el pourquoi tous les animaux de ce globe sont peut-être égaux devant Dieu et devant les philosophes. Pour un instant il laissait l'Ame de côté; mais rinsliml , celte Ame du second degré, lui suHlsait à expliquer l'Iionmie et le tigre, l'Iionmie et l'àne (pu broute, l'homme et le rossignol qui chante sa ]dainte harmonieuse dans les bois. Tel était le grand vol que prenait M. de Hufï'on dans cette histoire naturelle, qui n'a d'autres bornes que les limites " de la terre et du ciel. Il était grand par la pensée , il était grand j)ar la parole IVun jias ferme et sûr, il suivait son clieniin à travers le monde , s'occuiiaiil avec un égal bonheur, avec le même enthousiasme, de l'éléphant et du ciron. Dans cette man lie hardie et calme, rien ne 1 impiiétait , rien ne lui faisait obstacle, car tout d'abord il avait nivelé le monde pour que son génie s'y put déployer tout à l'aise. Il avait abaissé les montagnes , il avait comblé les vallées, il avait desséché les fleuves et les mers, il avait ouvert le globe pour savoir enfin ce (|ue les mers et les fleuves et le globe contenaient dans leur sein. Ainsi il s'était dégagé tout d'un coup des anciennes théories, des vieux obstacles, des détails i)énibles. Avant lui, le naturaliste se servait du microscoiie, mais lui il voyait toutes choses avec ce cou|i <l'(i'il ipii donn;iit aux moindres détails de la nature des dimensions énormes. Ainsi -.est accouq>li ce grand ouvrage de V llislairr naturelle où l'ensemble est tout, oii les détails dis|iaraissent emportés dans le tourbillon de l'univers.
En même temps, mais dans des sentiers plus ralmes, d'im pas lent et modeste, arrivait Danlienton, cuiieux el intelligent nomendatcLn' des niniiulro ilélails de celle histoire (pi'ils f;iis;iienl à eux deux. Celui-là voyait de très-jjrès, M. de Hnll'on voyait de très-haut. H reconnaissait, cliemin faisant, tous les fragmcnis dédaignés par son fougueux compagnon de voyage. Il restait assis des heures enlièrcs à voir, à contempler, à étudier, à admirer, à juger les lu'ros de leur livre. Il diss<'qnait minutieusement l'animal dont M. de liulbin <sipiissail l'hisloire à grands traits. Et ce|iendant, tout en marchant ainsi à petits pas, Daubenlon lui-même se trouva fatigué de suivre ce rude jouteur. La lassitude le prit au milieu du chemin; il s'arrêta, n'en pouvant plus; seulement il se mit à marcher .".cul; il s'abauilunna lilircmcnt à sa lente oontcuq>lali(iii, à son ('Inde partielle du monde; [icndant ce temps, .M. de Hud'in courait toujours.
De 1783 à 1788 fiircnl publiée les cinq miIiiimcs de iniuér.inx;
les sept volumes de suiiplément ont suivi justpren 1789; là s'arrête M. de lind'on. La mort le prit au moment le plus éclalant de notre histoire, à l'instanl même où la liberté française paraissait concpusc, la mort le prit , afin, sans doute, qu'il ne fût pas témoin du meurtre de son fils sur l'échafaud et de l'éclatant déshonneur de sa bru dans la maison du duc d'Orléans, .\joutez à cette œuvre ses Époques de la Nature, cette théorie de la terre dans laquelle il a déployé d'une main si ferme toutes les magnificences du style ; cinquante ans de la vie la plus laborieuse, la plus calme et la mieux r('glée, cin(pianlc ans de zèle , de haute jidminislration, d'un dévouement de tous les joiu's, d'une correspondance infinie sur tous les points du globe, avaient suffi à peine à compléter cet immense travail. A voir ce que font les liommes de nos Jours au milieu de ces agitations nùsérables, à voir ce (ju'a fait celui-ci au [dus fort des concpu'li's, des émeutes, des révoltes et des victoires de 1780, on se prend à sourire de pitié. Plus d'un, outre Daubenton, a mis la main à ce travail; mais ces gloires passagères ont été dévorées par la gloire du maître. On cite de M. Guénaud de Montbéliard ipielques beaux chapitres d'un grand slyle, et de ces chapitres on ne peut dire (jne ceci: C'est le slyle de BuII'on! Le slyle de l'.ufl'on, pimipeux, élégant, plein de grandeur et de majesté, a ('lé plus d'une fois attaqué par les faiseurs de rhétorique et ])ar les rivaux de sa gloire. Voltaire, que toute sorte de succès inquiétait comme un \ul l'ait à sa gloire, souriait de pitié quand on lui parlait de ï Histoire naturelle. — l'as si naturelle ! disait-il. Mais Voltaire élait plus d'une fois tombé sous la main de M. de llud'on ; il avait voulu se moquer îles bancs de coquillages découverts siu- le sommet des Alpes; il avait jjrétendu que ces coquilles s'étaient détachées du chapeau des pèlerins ipn allaient à liouie. M. de Buffon lui avait répondu avec de bien piiiuanles railleries et des raisons sans répliipu's. Mais laissons là tous ces coups d'épingle, n'allons [las clieroher les critiques et les nuages ipn se jdacent , de leur vivant, au-devant des grands honunes , reconnaissons tout simplement l'éloquence, la passion, l'entraînement, la majesté de M. de l'.ull'on, |daçons-le au prciuiiu' l'ang des paysagisles, disons que jamais la descri|ition n'avait alleini ce haut degré de vérité et de magnificence; faisons connue a fait toute l'Europe du siècle passé , humilions-nous devant ce livre immense où la philosophie et l'histoire naturelle se tendent une main si bienveillante el si ferme. Sans nul doute d'autres observateurs sont venus après celui-là ijui onl leilressé bien des erreurs, réfornu' bien des ])aradoxes, expliiiué bien des cho.ses ol)scures; mais ipie nous importe, pourvu que la voie tracée soit suivie? Et d'ailleurs que d'idées grandes et nouvelles que le temps a (onfirmées, que de découvertes véritables qui sont restées imniuables connue pour servir de l)ases éleruelles à la science; avec cpiel art merveilleux M, de liufl'on a su classer ses idées, disposer l'enseudde de son livre, nous faire passer en revue tant d'êlres divers! Aussi ce livre a-t-il répandu dans le monde une passion toute nouvelle, la passion i\v l'Iiistoin' naturelle. Cràce à M. de Buffiui, rhisloire nalurelleesl devenue la pr('oc( iqiation des rois, des gi'ands el des iicupbs. Les 6'(''oiy//(/ucs de Virgile n'ont pas eu |)lus d'induence sur le siècle d'.VugusIe ipie VUisloire naturelle n'en devait avoir sous le règne de Louis XV. Aussi M. de Bud'oii fut-il grand et innssanl cnire tous les écrivains cl Ions les moralistes de ce siècle. 11 a jiroti'gé de son induence ce .lardin des Piaules qui élait loiile sa vie. Le respect, l'aduiiralion, la reconnaissance de l'Kuroiie savanle l'ont cnlomi' jus(pi'à sa ilernière heure; il a joui' jusipi'à la lin de ce siècle le beau rôle que M. Cnvier di'vait jouer dans celui-ci; il a été le prolcdcur dévoué des sciences, l'ami des savants, s'iutércssanl à leurs tiavaux et à leur fortune . indiipiant aux voyageurs leui' chemin sur le gl(d)e lerreslre qu'il connaissail sj I)icn , a|qdiquant sa raiscu élevée à oublier les révobilions ipii grondaient de lonles jiarls. M. de llud'on .1 ('II' heureux I ou le sa vie; il ni' l'ai ira il jamais rêvée
si belle. Il avait deux domaines qu'il aimait d'une égale passion: le Jardin du Uoi et son cliftteau de Montbart, que le roi Louis XV avait érige en comte'. Le travail lui était facile, le style lui arrivait couime le riiant arrive à l'oiseau; il aimait la gloire, il me- [irisait le lu'uit que la gloire fait autour des hommes; il ne s'occu|)ait ni des agitations de la polilique ni des émeules de la littéralure; la critique lui e'Iait humaine et facile; la considération et l'estime le suivaient d'un pas c'gal et sûr. Sa personne donnait tout à fait une idée de son talent ; sa figure e'tait belle et grave, son air imposant, son extérieur magni(i(iue; on disait qu'il niellait des manchettes à son style et qu'il pnrlail un iialiit brode' lor.scpiil écrivait. Il oblint de son vivant un honneur (|ui, d'ordinaire, ne s'accorde qu'aux morts illustres; on lui éleva une statue dans l'entrée du Cabinet du Roi avec cette inscription maguitiipie ipie la postérité a confirmée:
M.UESÏATT nature: PAR INGENIU.\T.
n Son génie est égal à la majesté de son sujet. «
Durant la vie de M. de Buflon d'autres améliorations s'claicnl introduites dans le .lardin du lîoi ; l'enseigneuunl avait gramli ; les trois Jussicu , M. Leuionnier, M. Desfontaines, s'étaient montrés les dignes contimuUeurs de Tournefort et de Linné. L'anatomie et la physiologie végétales, la classification des familles, des genres et des espèces , leurs rapports entre elles , leurs usages et les diverses modilications dont elles sont susceptibles, tel fui le sujet de ces leçons qui ont donné tant de grands Ixilanistes ;i l'Europe. La cliiuiie , avec l'oiucroi et Lavoisier, eut biiiilcH envahi ces savantes hauteurs. Antoine Petit, l'illustre analomisie Vicq d'Azyr et Portai, ont aussi apporté là toutes les puissances de leur enseignement. Ainsi, de son vivant, M. de RufTon a vu s'acciiinplir son grand rêve; il a donné l'iuqiulsion et la vie ,'i ce Jardin <pie les ('trangers nous envient et au(piel se ratliuhcul lant de noms illuslres entre tous.
Quand M. de RufTon fut mort, le Jardin des Plantes eut à sid)ir plus d'une révolulion intestine: la révolution française arrivait à grands pas. Tout ce qui tenait à la royauté, de près ou de loin , fut obligé de courber la tète , et cependant il y eut un jolU' lui admiinstrateur du Jardin des plantes qui se nonnna Rernardin de Saint-l'ierre. Certes, celui-là aussi, après avoir couru à travers le inonde, après avoir subi tant de fortunes diverses, passé par lanl d'épri'uves, se trouvait enfin à la place qui lui convenaii le mieux; il était né avec un grand seulimentdes beautés de la nature qu'il a expliquées à la façon d'un poëte enthousiaste et convaincu. Chez lui, l'émotion intérieure était vive et puissante. 11 avait a|ipris la botanique en même temps que J.-J. Rousseau, et conmie lui, il l'avait étudiée avec eapi'ice, avec auujur, revenant sans (in et sans cesse à cette conteuiiilaiion infinie du printemps, de l'c'lé, de l'auiomne, de loules les sais<uis , de toutes les beauti's, de iduies le» iiarures, de tous les accidents de la campagne. Lue his loiic liicu siuq)le et bien touchante, l'histoire de deux enfauis, Paul cl yiryinie, qui s'aimcul dans un des recoins les plus slc'rilcs de l'ile de France, avail fail du nom de l!ernar<liu de Saiiil-I'icrie un de ces noms que l'on béiiil el ijuc l'on aiuu'. Sans nul doute, i<'hii-là n'est pas un hoiuuu' à la hauteiu' de .M. de liulfou , le grand seigueui', (pu administre une grande afTaire, qui commande eu((ue mèuie quand \\ demande, mais c'est un aduiinis- Iraleur bienveillant , dévoué, (pu sait toutes les dilïicullés de sa tâche. Peut-élre n'aurait-il jias eu le génie de concevoir, le courage de fonder et l'habileté d'agrandir luie iusiilution couiuu: le Jardin du lioi, mais au uioius a l-il eu le bon es|)rit de la défendre. Il l'a défendue avec urbauilé, avec bienveillance, en consultant les anciens, connue il le dit dans ses rapports au uunislère de l'iulérieur. Rien plus, chose élrange, si vous avez au Jardin des Piaules des lions cl des ligres, si le Parisien oisif, le
pro\iucial désœuvr.', peuveul, à lonif heure du jour, se (hunii'r
la joie d'enlendre hurler les habitants féroces du désert ; si l'ours Marlin est devenu, pour cette population d'heureux badauds, une espèce d'Odry pataud et goguenard, ([ui fait la joie publique avec ses sauts et ses gamiiades, c'est là un bonheur dont vous êtes redevables à liernardin de Saint-Pieire. Il a sauvé d'une mort innuinente la ménagerie du palais de Versailles, qui élail, avant 8!), un des anuisements du roi et de la cour. Connue les lions et les tigres de Versailles manquaient d'aliments (déjà la nation se fatiguait de nourrir le roi, la reine et la famille royale), im écrivit au Jardin du Roi pour implorer son hospitalité en faveur de ces iuléressaules victimes de l'an P' de la libertc-. Rernardin de Saint-Pierre accepla à l'instant même, et sans bénéfice d inventaire, cette partie de l'héritage de la royauté aux abois. Il pril en pitié ces tigres hurlants, ces lions a (fa m es , ces |)anllicrcs Ixuidissantes, ces lou|)S féroces, ces ours furieux; et avec des laruies dans la voix, avec ce style irrésistible tout rempli d'huiuauilé et de chaleur, il demanda un sauf-conduit [lour ces malheureux proscrits qui n'avaient plus d'asile où reposer leurs lèies et leurs griffes. C'était à l'instant même où Bernardin de Sainl-Pierre, rempli d'incpdi'tudes sinisires, était en train d'écrire toutes sorles de vœux, vœux pour le roi, vœux pour le clergé, viru.c pour la noblesse , vœux pour la nation, ihvux pour l'éducation nationale, voeux pour les natiotis, et enfin iv/'t(.r pour les hétes féroces. De tous ces vœux-là , ce dernier vœu était le ]ilus facile à exaucer. Dans ce dernier mémoire, Rernardin de Sainl-Picrrc était tout à fait dans son éléoienf; il défendait l'étude de la uaiiire, ijid est la base de toules les connaissances hiuuaines; il démontrait, à qui de droit, l'incontestable utilité d'un établissement pareil. 11 n'est pas une profession de ce monde qui n'y vienne puiser des lumières; le zoologiste, le botaniste, le minéralogiste, tous les arts qui se rattachent aux trois premiers règnes (lr la nalure, les lapidaires, les chiuustes, les apothicaires, les distillateurs, les chirurgiens, les analounstcs, les médecins, sans couqiter le dessinateur, le peintre, le sculpteur, qui tnuivent leurs modèles réunis dans le même espace. De là sont sortis les Tournefort, les Rouelle, les Maccaire, les Jussieu , les Vaillant, les Rufiiui et tous les savants qui illustrent l'Europe uuiderne et Ions leurs ouvrages qui se sont réjiandus dans le monde avec une umltitude de végétaux utiles et agréables, emiu-nntés au Jardin des Plantes. M. Rernardin de Saint-Pierre proposait donc de compléter cette vaste collection. Au cabinet, qui renferme les Irois règnes de la nature morte des fossiles, des herbiers, des animaux disséqués, empaillés, injecics; au jardin, qui ne contient ipie les deux iiremiers règnes de la nature, il proposait d'ajouter une ménagerie. Cette ménagerie était toute trouvée, il n'y avail qu'à adopter la ménagerie du jardin de Versailles. Ruffou bii même en avait eu grantle envie; mais (piehpie grand que fût le crédit de l'illustre écrivain, il n'avait pas osé disputer ces tigres et ces panthères à l'homme de la cour qui en avait le gouvernement.
Maintenant, il ne s'agissait plus de disputer ces animaux féroces ; au contraire, les nudheureux venaient d'eux-mêmes au Jai'diu des Plantes; ils imploraient une visite de llcruardin de Saiut-I'icrre el de Daubenlou. licrnardiu de Saint-l'ierre fut le seul qui vint on aide à ces malheureux prosei'its. Cette ménagerie de Versailles se composait tout simplement de cinq animaux étrangers: 1" le couagga , une espèce île cheval zébré à la tôle cl aux ('[laulcs, ,miiual fort doux qui tendit sa petite tête nmtine à l'auteur de Paul et \'ir(jinii', connue s'il cùl reconnu son protecteur et son ami ; ^2" le bubale , un petit bœuf qui tient du cerf et de la gazelle ; il avait élé envoyé au roi tic l'rance par le dey d'Alger, en 17S5; ô" le pigeon huppé de l'Ile de Ranga, admirable oiseau d'un beau i)lunuige bleu couronné d'une superbe aigrcltc (pii lui couvre la lête eu forme d'auréole; 4° le rhinocéros de l'Inde; j" le lion du Sénégal ; il avait sept à huit mois; on lui avait donne! pour compagnon un chien caniche : le chien el le
LE JARDIN niiS PLA^I1•:S.
lion l'Iaii'iit les imilUurs amis du monde, lis Jouaient ensemlile, non pas comme deux lions, mais i)ien comme deux chiens. Tout le reste de la ménagerie avait été pille' par 1 émeute. On avait enlevé entre autres animaux un dromadaire, cinq espèces de singes et une i'oule d'oiseaux plus ou moins bons à manger. Le gouvernement de ce temps-là eut bien de la peine à ne pas mettre à mort ces restes malheureux d une ménagerie envit'e par Buffon. On voulait les faire disséquer et faire placer leurs squelettes au caliinet: p II sufTit d'étudier les animaux morts pour connaître suHisarament leur espèce, » disaient les économistes
lUillu.i
.\ (pioi répond Pernardin de Sainl-i'ierrc, qui reironvet ain-;i son éio(pieure et son ciiuraf,'c.
Il Ceux qui n'ont étudié la nature que dans les livres ne voient plus que leurs livres dans la nature; ils n'y cherchent jjIus que les noms et les caractères de h urs .systèmes. .S'ils sont botanistes, satisfaits d'avoir reconnu la plante dont leur auteur leur a parlé, et de l'avoir rapportée a la classe et au genre (pi'il leur a désignés, ils la cueillent, et retendant entre deux |)apiers gris, les voilà trè.s-conlents de leur savoir et de leurs recherclu's; ils ne se forment pas un herbier pour étudier la nature, mais ils n'étudient la nature que pour se former un herbier. Ils ne font, de même, des collections d'animaux que pour remplir leur cabinet et connaître lem-s noms, leurs genres et leiu-s esjièces.
» Mais quel esl l'ainaleur de la nalure (pii étudie ainsi ses ravissants ouvrages? nuelle différence d'un V('gétal mort, sec, flétri, décoloré, dont les tiges, les feuilles el les fleurs s'en vont en poudre, à un vége'tal vivant, |ileiu de suc, ipii bourgeonne, flein-it, parfume, fructifie, se ressèuu-, enirelietil mille harmonies avec leséb'uu'nls, les insectes, les oiseaux, lesipiadnqièdes. et se combinant avec mille autres végétaux, eoiironue mi^ collines ou tapi.sse nos rivages '.
« l'eul-on reconnaître la verdure et les fleurs d'uiu' prairie dans les bottes de foin, et la majesté des arbres d'une fiuél dans les fagots? L'animal perd à la mort encore plus (pie le végétal , paice
qu'il avait reçu une plus forte portion de vie. Ses piineipaux caractères s'évanouissent, ses yeux sont fermés, ses prunelles ternies , ses membres roidis ; il est sans chaleur, sans mouvement , sans sentiment, sans voix, sans instinct. Quelle différence avec celui (jui jouil de la lumière, dislingue les objets, se meut vers eux , aime , appelle sa femelle , s'accouple , fait son niil , élève ses petits, les défend de ses ennemis, étend ses relations avec ses semblables, et enchante nos bocages ou anime nos prairies! Reconnaîtriez-vous l'alouette matinale et gaie comme l'aurore, qui s'élève en chantant juscpie dans les nues, lorsqu'elle est attachée par le bec par un cordon , ou la brebis bêlante et le bœuf laboureur dans les quartiers sanglants d'une boucherie? L'animal mort, le mieux préparé, ne présente qu'une peau rembourrée, un squelette, une anatomie. La partie principale y manque : la vie (pu le classait dans le règne animal. 11 a encore les dents d'un loup, mais il n'en a plus l'instiLUt, qui di'teruiinait son caractère féroce et le dilféreni iait scid de celui du chien si sociable. La plante morte n'est plus végétal, jiarce qu'elle ne végète plus; le cadavie n'est plus animal, parce (pi'il n'est plus animé; l'une n'est qu'une paille, l'autre n'est qu'iuie peau. Il faut donc étudier les plantes dans les herbiers et les animaux dans les cabinets |)OHr les reconnaître vivants, (diserver leurs (pialités, el pi'upli'r de ceux (pii sont utiles i!os jardins el nos niéiaii'ics. »
Cuvior.
(jeltc voix l'IoqiM'Ule devait èlre enlcu<lue. Et d'ailleins, en loiil ceci, Reinardin de Saint-l'ieii-e ne prenait que la défense des lions et des ligrcs. Donc il fut décide' qii'inie lui'nagerii^ serait établie au Jai-diii des Plantes; que la loi'nagciic de Versailles y serait lrausport('e, et aussi la iu('uiigerie ilii liaiiu'i. Si bien cpi'nu jour, jiar cette nièuie roule de Veisailles, où tout \in peuple en fureur élail veim chercher le loi , la reine, M. le dauphin, madame Liisalieth, toute cette famille de saint Louis; par ce nièmc! chirnin sanglant OÙ ces condamnés à nmit étaient traînés lenleiiient dans la p(uissière, on vil passci', tralni's dans une voituic à (piatrc chev.iiix, mollement c(Muh('S dans Iclu- niche de < luupir
jour, suivis et piiriMts de leurs gardiens qui les entouraient de petits soins, de prévenances et de caresses, le couagga, le bubale, le pigeon huppé, le rhinocéros et le lion. On n'avait pas même séparé le lion de son ami fidèle et dévoué, le chien caniche. Quelle est, je vous prie, l'histoire de ce monde qui n'ait pas ses contrastes? Quelle est la révolution (pii n'ait pas ses victimes? Quelle est la grande route, quelle csl la vaste mer qui n'ait pas vu passer, avec un étonncment i)lcin d'épouvante , la royauté dans ses appareils si divers?
Mais quoi donc ! à pro])os des fleurs et des plantes, et des fruits de l'autonnie, et des grands arbres qui nous viernicnt de loin;
mars 17!i2, toutes les universités sont abolies, toutes les académies sont sui)priui('cs, même la faculté de m(Mecine est proscrite. Cependant, au uulicu de tout ce rcnonceuuuil , (pie va devenir le .l.udin, le Jardin du Uoi? Un caprice de cette nation de 92, qui allait si vite, a sauvé le Jardin du Hoi. Qucbpies honnêtes gens se rencontrèrent qui persuadèrent au peuple français que le .lai-din du Hoi était un giand dépôt d'herbes médicinales, où les malades venaient chercher la santé du corps; entrepôt bienveillant où chacun se fournirait de mauves, de caniouùlle et de tilleul. On ajoutait que le laboratoire de chiuùe servirait à faire de la poudre. Donc, nous aurons des tisanes rafraîchissantes et
Les Oursons.
à propos des lis et des roses , à propos du beau jari.in ipii resplendit là-bas siius le sidcil, gardons-nous bien d'allei' au devant des passions politiipies. Laissons-les coiuir et se déincncr tout à l'aise de Versailles à Paris et de Paris dans le reste du monde : que nous importe! Il ne s'agit pas de sauver une anti(|uc monarchie qui se jicrd , il s'agit d'agrandir et de sauver le jardin ([ue M <lc ItulVim a planté de ses mains. Vienne la r('publi(pu' une et indivisible, elle est la maîtresse souveraine! mais, au moins, sauvons le .lardin du lioi. — Jardin da liui! c'était là, en elï'ct, le nom primitif de ce petit univers en raccourci. Cette fois, la liberté nouvelle, iuqiatiente de tout entraîner, se répand çà et là comme un torrent vaincpieur (pii apporte avec lui toute sorte de b'conditi's et de ib'sordres M;iis à riicinc (lù nous siumuics, 1H
des (artouclics, du bois ijc réglisse et des bombes : (pie pouvonsnous (b'sirer de plus? A ces causes le .lardin du lioi fut sauvé de la pros(ri|ilion g('n('ralc. Eh ! ([ue de grandes institutions ont été sauvées pour des 'motifs moins sérieux (pie cclui-la! Vous avez peut-être vu à la plus belle place de la ville de Lyon une admirable alb'e de tilleuls, qui est la joie, l'ornement, la fraîcheur, le (bMassement de cette ville immense. On allait renverser les tilleuls cl en faire du bois, lor-(|iic se pr('scnta un j()ur aux [iroconsuls de Couuniinc all'iamhic une vieille fcmuic, scxag('naire, iiour expli(pier à ( es terribles nivcleurs connucnt elle avait lliabitude, dc|)uis ciiKpianlc ans, de se promener, cluKiue jour d'été, à l'om- Ine de ces vieux arbres; (pie ces arbres l'avaient vue naître, et (piVlIc ne voubiil pa^ les voir mourir On ('coiila favorablement
\n vieille femme; on prit en con^ider.ilion son humble prière. Ainsi furent sauvés les Iieaux tilleuls de la |)laie de lîelleeoui'.
Cependant vous comprenez bien que ces litres di' Jardin du Roi, intendant durai, et tout ce qui sentait tant soit peu sa monarchie, durent imme'diatement disparaître. Aussi fit-on un décret <]ui ordonnait cpTà l'avenir le Jardin du Roi s'appellerait Muséum d'histoire naturelle; qu'il n'aurait plus d'officiers, uiais des professeurs; plus d'intendant a vie, nuiis un directeur à cluinger rhaque année. Huant aux professeurs à nonmicr, (piant aux chaires à établir, la chose fut faite avec beaucoup de générosité et d'intelligence. Les cours du Muséum d'histoire naturelle se composaient de douze chaires : minéralogie , chimie gém'rale , ait chimique, botanique dans le Muséum , bolauicpie dan-- la canqtagne, culture, deux cours de zoologie, anatouiie iuuu.iiue, anatoniie des animaux, géologie, iconograjjhie naturelle. Par le même décret on instituait au Muséum une bibliothèque qui se devait com- ])Oscr de tous les livres des établissements publics (pie la nation avait d('j;i supprimés, ou qu'elle supprimerait ]du-^ tard. Les douze professeurs se nommaient : r)aulicnlon , Kourcroi, linuigniart. Desfontaines, de Jussieu, Portai, iMerlrud, Lauiarck, l'aujas de Saint-Fond, (ieofl'roy, Vanspaendonck, A. Thouin. Ajoutez à ce personnel, déjà considérable, le nom de M. de Lacépède , ancien collaborateur de M. de RufTon; les noms de MM. Maiéchal et des deux frères lîe(Ujulé. — C'est le même Pierre-Jean Redouté (pu a été pcnilant i|uarante ans le plus charmant et le plus exact des peintres (|ui aient donné l'éternité aux fleurs, ces astres d'un jour. Le nom de Redouté se rattache au Jardin des Plantes par toutes sortes de chefs-d'œuvre d'un prix inestimable. Il est l'historien des liliac('es et des roses; il leur a donné autant de duiée que les plus grands narrateurs en ont donné aux gagneurs de batailles. Rendons justice à qui de droit. Cette idée d'avoir uu peintre pour les plus belles fleurs, pour les plantes les plus (urieu.ses de nos jardins et de nos campagnes, appartient à Caston d'Orléans, le propric'laiie du jardin de Rlois, le premier piincc du sang qui se soit occupi: d'horticulture avec le zèle d'un savant et une (lé|)ense toute royale. Ga.ston d'Orléans aimait ses (leurs autant, pour le moins, (|ue M. le régent devait plus tard aimer ses maltresses. Le janlin de Rlois avait sou peintre ordinaire, tout comme il avait smi jardinier en chef.
Le jjciulre de fleurs de Ca-^ton d'Orléans s'appelait Robert: c'était un arti'^le |ialient, laborieux, exact, ne donnant rien au hasard, même q\iand il peignait une rose. A la mort du duc d'Dr- Ic'ans, en KiOO, Colbert acheta, pour la bibliolbècpie du roi, !c recueil des plantes peintes par Robert sur vélin. A Robert siui éda, plus tard, Vanspaendonck. Celiù-là, plein de fougue et de cajjrices, grand coloriste, dessinateur fanlasi|Me, arrangeant et disposant à sa guise les |)lus fines et b's plus délicates créations de la llore française. Redouté s'est montré le digne successeur de ses deux nudlres; il a été exact comme Robert, coloriste comme Vanspaendonck. Il avait été mis au monde tout exprès pour jouer, connue disent les enfants, au jeu de regarder les Heurs. Il étudiait ces planter déhcates, c(s foruu's va|>orcuses, cette couh^ur idi'ale loudjée du ciel avec la rosée du prinleuqjs, tout connue Rupnytrcn lui-même étudiait, à la même époipie, les nerfs, les tendons, les artères, les viscèrescpie contient le corps de l'homme. Pour les peindre tout à l'aise, ces (leurs bien-aimi'es qui ont et' la couronne de sa jeunesse , la fortune de son ftge nuu' et l'apo- Ihéose de son tnudieau , Redouli', ((• iieiulre charmant , avait inventé cl perfectionné ra(piarelle, lomme la seule couleur (pii fût digne de reproduire dans ses nuances les plus fines et les plus délicates le tendre émail des prairies, le frais coloris des jardins. (;et luiunue, ((rii a peint toutes les (leurs (h; la cr('alion , n'( n a pas invent(' une seule. Il faut le dire à sa biuaugc, il a ]U'ouvé qu'un peintre de (leurs pouvait être et devait être un artiste sérieux. Ainsi parmi toutes les batailles de la révolution et de 1 empire , au plus fort de toute celte gloire des armes et de la iiolili
que qui nous apparaît aujourd'luù comme un rè^e, Redouté s'est tenu renfermé toute sa vie, dans le jardin en été, dans la serre en hiver. H s'est maintenu entre une dcud)le haie d'aubé()incs en fleurs, au bruit de l'Europe en armes, au bruit des trônes qui croulaient. Cet honnne heureux n'était occupé qu'à ramasser des bluels dans les champs et des roses à toutes les épines. Il a été un instant le roi de la Mabuaison et le favori de cette douce impi'ratrice José|iliine, (pii aimait tant les hortensias et les lauriers. Modeste et bon redouté! le Jardin des Planles gardera son souvenir comme on garde le souvenir de la première violette que nous a donnée notre jeune maîtresse. A voir sa main difforme et ses gros doigts, qu'on eût pris pour les doigts d'un forgeron, nul ne se serait douté des délicatesses infinies que ces gros doigts pouvaient contenir; comme aussi à entendre sa parole embarrassée , à le voir chercher les mots les plus vulgaires de la langue , qui aurait cru que c'était là le professeur le plus suivi du Jardin des Plantes? Pourtant la chose étidt ainsi. Au cours de Redouté se pressaient en foule les jdus cliarmantes femmes et les ]ilus aimal)lcs jeunes filles de la grande fauiillc parisienne, qui venaient se mettre au courant de tpielciues-uns des mystères (pie renferme la (leur; et ]uiis, ipiand il parlait de cette grande famille dont il était le Van-Dyck et le Riibens, Redouté devenait pres((ue un orateur. Il expliquait, à la façon d'un peintre éloquent, les moindres (U'iails de cette di'licate aiiatomie des plantes. Pauvre homme! si aiiualdc et si bon , si iiigcnieiix et si modeste, dont l'école a i)orté laiil de (leurs, il est mort frappé d'apoplexie par la mauvaise et brutale volonté d'un méchant commis du ministre de l'intérieur, qui avait refusé de lui commander un tableau. Le matin même il avait fait sa dernière leçon au Jardin des Planles, juiis en passant dans le jardin il avait demandé un beau lis tout chargé de rose'e; rentré chez lui, il avait posé la belle fleur dans un vase de porcelaine et il s'élait mis à la dessiner avec cette calme passion ipi'il apportait à toutes ses œuvres. Cependant la nuit était venue d('jà; la fleur perdait peu à peu ce nacré Iransjiarcnt (|ui la rend si iu'illautc, le lis se pencliail sur sa lige languissante, la corolle fatiguée s'cntr'ouvrait avec peine laissant éciiapper son pollen maladif. (( 11 faut que je me hAte, dit Redouté, voici déjà que m'échappe mon beau modèle; il ne sera plus temps demain, hàtons-noiis ce soir. «En même leini)s il alliimail sa lampe ; le lis fiit jijacé sous cette lueur favorable, Redouté continuait sou travail. Ili'las! ipii l'eût cru, qui l'eût jamais pensé? entre le peintre et son modèle c'était un duel à iiiorl. A ce moment solennel la noble fleur royale jetait autour d'elle toute son odetir suave, toute son àme; le peintre n'sistait de tontes ses forces. A la fin il fiil vaincu, il tomba roide mort sur cette page commencée, il dura moins huigtcmps ipie cette (leur. Nous avons eu sous les yeux ce dessin inachevé de Rcdoiit('; c'est la dernière, et c'est, sans contredit, la plus belle Heur ipii soit sortie de ses mains. Que si vous voulez savoir ce (pi'esl devenue celte longue suite de dessins, continuée sans interruption depuis (Jaston d'Orh'ans jusiiu'à nos jours, allez à la bibliollièipie du Muséum, iiareourez ces imuienscs in-folio rcm|>lis des jdiis admirables peintures sur peau de vélin, et vous resterez anéanti devant une telle merveille. La partie botanique seule compte ])lus de six mille dessins originaux et d'après nature; les connais.seurs alfirment (|ue celte collection vaut plus de deux millions. II faut dire aussi ipie la série animale est pres(pie aussi riche; qu'on y travaille sans (in et sans cesse, et ipie jamais plus grande, plus somptueuse entreprise n'a été exécutée sur une plus vaste échelle cl par des artistes i>lus habiles.
Que si vous ajoutez à ces noms d'aiilres noms ipii sont devenus ei'lèbres à plus d Un titre : M.\l. niifrcsue, Valcncieniies, Delciize, vous eomiirendrez ipie le Jardin des Plantes n'a pas à se plaiiidii' de la révolution française. C'est la révolution qui a rappelé .M. de Lacépède; elle a agrandi le Musée, rc'gularisé et agrandi le jardin: elle a été animt'e des meilleures intentions Maliieureiise-
ment il est arrive plus il'une fois que, tout d'un coup l'argent venant à man([uer, les iiiantes mouraient faute de feu dans les serres, les animaux faute d'aiiincnls dans leurs cages. La révolution avait eneore ceei de bon (jHelle avait dégagé le Jardin de toutes sortes d'entraves; elle s'était emparée des jardins et des maisons ([ui l'obstruaient, liien i)ius, elle avait poussé la précaution jusipi'à emprunter au stathouder de la Hollande, en ITO.'i, emprunt (ait les armes à la main ronuiie nous empruntions toutes choses en ce temps-là, deu.x éléphants niAle et femelle pour le Janliri des Plantts Vous pensez si ce fui là ime Cèle pour U'. Jardin et pour le peuple de Paris ; un éléphant, deux élé|)hants, le mâle et la femelle'. 11 ne fut plus question de la eon(iutHe de la Hollande pendant huit jours.
Picveuim^ rc|iend.iul h licrnarilin de Saiiil-l'ierri'. Son nom <'st un de ceux (pii fout le )dus d'honui'in' au .lardin des Plaiilis. Le roi Louis XVI lui avait dit en lenouuuant ; « .l'ai lu vos ouvrages, ils sont d'iui honnête hounne, cl J'ai eru nommer en vous un digne succe.sscm- de liulFon. » Le passage d(^ lieruardin de Saint- Pierre a laissé des traces utiles, sinon savantes. Plusieuis de ses projets ont ('lé ado|i|{'s dejiuis lui. Avec cette imagination poéliipu' qui ne l'a jamais quitté, il voulait ('lablir la uu'nagerie sur un ])lan aussi vaste que i)iltoresque; elle devait l'enfermer des \olières plantées de toutes sortes deve'gétaux, des rivières d'eau courante, des ctables bien aérées et jusqu'à de soudjres cavernes appi-opriéi's aux bêles féroi'es. Il demanda, comme nous l'avons dit, le transport de la ménageriez ih' Versailles à Pai'is; il eut à soutenir contre les économistes de ce temps-là de violentes disjuites en faveur des plantes et des arbres ûu Jardin national. Il défendit lui-même contre la souveraineté du peuple, et cette souveraineté était sans l'éplique, ce jardin que le roi Louis XVI avait conlié à sa i)robilé et à son honneur. — a Je suis le maître, disait le peuple, je suis chez moi, dans m<m jardin. Eh liien ! qui m'arrête? je veux briser mes arbres, cueillir mes fleurs, manger uu's fruits, millre à la broche mes faisans et mes perdrix rouges. » 1.1' raisonnemi'ut était spécieux : Pernardin de Saint-Pierre y répondit en invitant les citoyens du fauboiu'g Sainl-.Mareeau à faire dansb'janliu une garde fraternelle, la baïonnette au bout du fusil. Pdui- le récompenser de son zèle et de son courage, sa |)la,-:e fut su[)primér. Alors il se retira à Essone, dans une maison (]u'il avait biilie. La lettre qu'il écrivit au ministre est toiuhanli' et pres(pie simple pour un houunc comme M. de Saint-Pierre : « Je ne souhaite, disait-il au sortir de l'inlendanee , que de pou- » voir vivre, dans mie chaumière, dans cette humble et paisible » enceinte, préservé des ambitions cpii déchirent ma malheureuse » patrie; je recouunencerai ce que je n'aurais jamais du (piiller. »
C'est ainsi <pi'il s(utit du Jardin des Plantes pour n'y plus rentrer. A Kssone, il reprit ses longs travaux de cha{|ue jour. Trop heureux encore (pi'il ail été oublié dans ces tempêtes cpii faisaient tomber la tête du Tds de Buffon, de Houcher et d'André Chénicr.
Cependant nous voici à l'an de gi'àce 1790 : le Jardin des l'Iantes, retiré rlans son faubourg dont il est l'honneur et la fortune, reçoit une h'Ilrc ilu capitaine Paudin , où il ('lait dit ipie le capitaine avait réuni dans l'ilc ilc la ïiinit(' une lichc C(dleetion de mali'riaux [lour l'Iiisloirc n.iliiicllr , (pi'il demandail un vaisseau et des hommes pour rapporter celle riche eollccliiui au Muséum. Un accorda au eapilaine le vaisseau cl lis hinuuies qu'il demandait : MM. .Mauger et Villain, /o(]|ogisles, M. le botaniste Ledui-, M. l'iiediey, jardinier du .Muséum, lin met à la voile le 50 septembre; on fait naufrage aux Iles Canaries; enfin, a[)rès bii'u des traverses cl au bout d'ime ann('e enlièro, ce nouveau et sa\aul vaisseau des .\rgonatiles revient loui chargé d'arbres, de vf'giilaux, de riches herbiers. Chemin faisant, (pu'bpies-uues de ces plantes avaient porté leurs fridls cl leurs (leurs comme en pleine tei^e. Voilà donc le Musi'um (pii preiul le g(u'it des voyages; les voyages et la guerre l'cnriihisscnl (également. On va eherclier l'ii .M'riipie la e(dleelioii d'oiseaux de M le Vaillant; on raiiicue
de la Guyane la collection de M. Pragton. Il y eut bien encore de mauvais moments à passer, à ce point qu'en l'an 1800 (Ponaparte u'i'tail pas encore le maître de la société (]u'il devait sauver) on fui oblig(' de faire dévoi'er aux plus beaux liiuTs des lions de la luoindre es|ièce; celui-ci, ég(U'gé le matin , nouriissait celui-là le soir... c'était tout à fait comme en 1705 pour les hounnes. Mais bienl('il vint le \iremier consul Bonaparte, uuus bient(')t vint l'em- [lereur Napoléon, cl avec lui revinrent au gile natiiuial les lettres, les sciences, les beaux-ai'ts, la civilisation tout entièi'e. .\ la (in, celte France, fatiguc(z de tant il'agilations intestines, et se sentant gouvernée par une main intelligente et ferme, revenait à la passion de ses beaux j(hii's, Di'scu'mais les tigres et les lions, les bourgeois et les grands seigneurs purent iliuiuir en repos, défendus et prol('gés (pi'ils ('laient par la mêuu' vohuilé. Le lanlin des Plantes grandit connue grandissaient toutes les choses impériales. On se mit donc à arranger et à bâtir; on donna droit d'asile aux résultats seienlifKpics de tant de conquêtes; on s'occupa eu même temps des éb'|ihanls et des insectes. Il est vrai que les lions avaient fait des |ielils dans la ménagerie: mais le lion du l'oi Louis XVI était mort de chagrin d'avoir perihi son caniche, mais le liangouroo se faisait vieux, mais l'cléphanl pris eu Hollande s'était dégoûté de sa femelle. L'emperem' ordonna une recrue générale; il envoya acheter des bêtes fauves même en Angleterre, à savoir ; deux tigres, le mâle et la b'melle, mi couplede lynx, un maiulrill , un léiqiard, une hyène, une ludle [lantlière; on avait acciu'il(' par-dessus le marché (piebpu's beaux oiseaux et quelipies plantes rares. Ainsi s'augmentait celle collection rugissante. Déjà nous sommes bien loin de ce pclil jardin où le
uu'deeiii du roi Louis XIII élevait quelques plantes pluNil | ■
son [daisir ipie pour l'iilililé générale. Vous en iioiive/ juger par ces |»arlerr('s ([ui s'étendent au loin, par celle galeiie pourvue de glaces et de stores, par celle belle serre temiiérée, garnie de magniPiques arbustes. A l'heure ofl nous parlons, toutes les jiarlies des sciences naturelles sont également enseignées, riuilre est partout, jiartout enfin vous pouvez retrouver dans cluuiue parcelle de ce petit espace ime partie des bienfaits ipie \;\ uiain de la Providence divine a répandus sur le gbd»' , pour être entre tous les hounnes de ce monde ini iierpétuel sujet d'échange, de comnu'ree, de libéralité fraternelle et de reconnaissance envers ce Dieu (|ui a donné aux créatures faites à S(m image lant de fruits, lant d'or, d'argent et de fer, tant d'animaux et tant de fieurs. A ce nu>menllà jiaraît au .lardin des Plantes un homme d'un rare b(Ui sens, un des créateurs de la chimie. .l'ai uouimc' .M. l'oureroi; il avait en lui les qualités du savant cl du grand aduùni>-lraleur. Quand il vit (|ue l'instilulion s'était ainsi agrandie, ainsi l't'eon(l('e, iprelie élail plus durable peul-êli-e ^\w le lr(Jne de l'empereur en peisoinie, l'iun-croi compi'it que ce n'était pas assez [umr le .Mus('um d'avoir des cori'espoudanls dans loules les |)arlies du monde, d'envoyer çh et là des savants et des voyageurs, ici des capitaines (|ui expbu'cnt l'univers connu, là-bas des ambassadetn's (jui achètent , il voulut (pu- le travail incessant du Muséinu devint non-seuleuu'ut un enseignement parlé, mais encore un livre ('cril. A ces causes, il iusiilu.i les Annales ilii Mnsihiiii: dans ce livre , t[in n'a pas son égal dans le unuide , chiiipii' prnfe^-eur devait CdUsiguer les progi'ès et les d('c(iu\ciles de la ^ciemc: les plus habiles dessinateins deMiienl en faii'c les dessins; Inus les hduuues dislingués de I Europe s-a\ aille étaient de droil l'édacleui's (le ce recueil. Ainsi fui fomb'e cette vaste collection , l'honneur lie 11 science moderne. Adoptes par toute l'Europe, les Mniiiiires ihi Muf:i'u'in d'Iiifloiic naturrllc doivent repn'senter jusqu'à I.i (in de la civilisation française les travaux, les ed'orls et b's progrès de celle réunion dhounues (pii n'ont jamais mauipié ni au passé ni au pri'senl de la France, cl qui cci'Ies ne nuuupieroiit pas à son avenir.
On CDiiqu'end Irèsddi'ii ipie dans celle e-pèce ili' miiuumeiil à li'iiis l'i.iges, iloiil cli.iipiei'lage esl l'cpi'ésiMiU' par un des règnes
LEJAKDIN DES P/.A^TES.
tic la nature, dans ce phalanstère de la science, iieniiettez-moi de nie servir de ce mot nouveau, devaient survenir toutes sortes de fortunes heureuses; c'est ainsi que fut acheté' le cahinet de niineralof^ie de M. AVarisse : ce cahinet se coniiiosait il'une collection de minéraux de toutes sortes; le itro|)iiétaire en voulait 150,000 livres. Le Muse'um n'avait pas d'argent comjilant, mais
de Corse, tout le résultat du vovaae au\ terres austr;
Dans
ce voyage se distinguèrent M. Lesueur, peintre d histoire, et M. Péron; ils raiipoilèrent ])lus de 100,000 échantillons d'animaux gianils et petits, et appartenant à foutes les classes; ils rapportèrent le zèhre et la guenon pour l'impératrice Joséphine. Leur herbier était immense, leurs plantes vivantes étaient sans
MtOBEVI.DEST.rci-O*-
jalerio îles Singes.
il avait des pierres ](r('cieuses y\e< moiceaiix de laiii^-la/uli, uni' pépite d'or; il s'estima trop lieureu.x d'éclianger ces inutiles richesses contre nette suite n'gulière d'échantillons dont le temps devait remplir toutes les lacunes. L'expi'dilion dl'.g.vpl"' •i\,iil aussi apporté au .Muséum ses momies, ses animaux sacrés, liiiili> les reliques fahuleusi's d<'S temples et des lomlieaux de Thèiies et de Memphis. Dans sa course armée à traveis le monde, l'eiupereur n'oubliait jamais le Muséum : il lui envoya tour à tuiii' le^ poissons fosïiles de Vérone, les éehaulilhins des rnrhc- ilr 1 lie
nomhre : c'e'iaieni de- fruits inconnus, des plantes toute- nouvelle-, des arhre- sans nom. Les métro^iiléros , les mélaleucas, les leplosi)ermes; c'était l'eucalyptus, un arhi'e qui ariiv<' à irO pieds dans son pays natal. Il serait impossihh^ de eoiupter loushs arlires nouveaux qui sont sortis de ce jaiilin ; la fauiille (h s myrtes à elh; seule es! inuoniliralde , cl notez liien que toutes et s familles allaient s'auguienliuit rhacuiie à leur tour ; aujoiird lu i les myrtes, demain les singes; chaque honnne et chaque animal de la créaliiui était pLicé dans son |iaysage naturel ; dans les
|,,iiTset sousIV'iKMs gazon, les cerfs, les daims, les axis, les l.ouquetins, les rongeurs, les guenons, les kangourous, le zèl.re; ilans les bnssin> et sur le boni des ruisseaux, les cygnes, les canards, le pélican, les |iaons étalant leur queue superbe; au centre du jardin , les autruches et les easoars avaient leur enclos >,d)lé; les oiseaux de proie poussaient leurs cris funcbies cl s'abandon-
counue aussi chaque partie di' ce cadavre devient utile à son tour, lin utilise niéuie les vers des intestins, même les insectes de la pciii, car ce sont autant de sujets d'études. Ainsi se tenaient merveilleusement tous ces détails; ainsi la [liante tenait à l'animal vivant, l'animal vivant tenait à l'animal mort, et a|)rès la mort il y avait encore le s(iuclelle. l'eu à peu se fondaient ces vastes ga-
L'AmphithéJtro des cours.
naicnt àleurféroccjoie sans iui|uii'icr les fiii~ans(|orésel les oiseaux de la basse-eom-. Ainsi peu à peu la science rciiiportail sur la curiosit(' frivide. La nu-nagcrie était fondée sur un plan régulier, tout connue les serres et les plates-bandes; cliaipie animal était à sa place nalurellc, dans cet univers en uiiuialure : il avait son jK'iulre pour le dessiner, son gardiim pour le nourrir el pour éliidier ses mœurs, ses habitudes, ses amoins, ses maladies; l'atiiuud mort , nu le portait au laboratoire d'anatomie et de zocdogie, oii il rctioiivail une vie nniivcllc soun |,\ iii.iin de rcuipaillciir :
Iciirs on l'aiiatomie couipai'ée raconte il une façon moins sidcunelle, il est vrai, toutes les uu'ivcillcs de la crc'.ition, A ce luomenl-ln parall un houuue doni le nom n-tcra connue l'honnein' impéi issable du monde savant, j'ai iiouuué >l. Cuvier : il était à lui seul toute une siicnce, j'ai presipu^ dit toute la science; il élail liMil -iiiiplciiuul lie la famille des (ialilée et des Newton, de CCS Ikuuiiio qui Imil d lui bond alleignenl les limites du nuinde. t'e fut donc dans ces salles d'analonde comparée, au nulieu de celle longue série de M|uelcltes cl de luules les parties de ces
mêmes squelettes, et en eomiiarant les osscmenis modinnes avec les vieux ossements vermoulus qui nous venaient du déluge, romme autant de vestiges fal)uU'ux de l'univers d'autrefois, que Georges Cuvier s'arrêta épouvanté le jour même où il découvrit que la [ilupart des ossements fossiles n'avaient pas leurs analogues parmi les êtres vivants. Sans nul doute, ces animaux, dont on ne savait pas même le nom, avaient vécu sur la terre; sans nul doute iU avaient eu leurs passions, leur instinct, leur utilité, leurs amours; à coup sur voici leurs ossements, voici la tète de celui-ci et le fémur de celui-là; l'un a laissé dans les limons du glol)e cette dent brisée, l'autre cette corne recourbée, et maintenant voilà tout ce qu'il en reste; pas un individu entier n'est resté de cette famille éteinte ; pas un nom, ou tout au moins un de ces noms (pii se renc(Uitrent dans Hérodote ou dans la IJible. 11 s'agit donc <le raniuier toutes ces poussières, de retrouver toutes ces fiu'uies évanouies, de rendre à ces pétrilications le nom ((u'elles portaient quand elles couraient dans les buis, quand elles s'agitaient dans les mers, quand elles regardaient face à face le soleil. Certes, c'est là une de ces tâches immenses dont l'idée seule faisait reculer d'épouvante. Quoi donc? Vous ne |iouvez pas dire le nom des cadavres enterrés sous les pyrauudes d'Egypte, bien que le mou lie ce mort soit écrit sur la pierre élernidle, et vous osez diic à coup sur quel est le nom de l'animal cpn était déjà devenu une pierre le premier jour où fut fondée la pyramide de Chéops; ainsi a fait Cuvier cependant , ainsi il a appris à nommer , aussi bii'u que Dieu qui les avait faites, ces ciéalures disparues du gbdic, que la terre avait englouties dans ses entrailles. Et, connue en France toute idée est rapidemetit féconde, déjeunes esprits se sont mis à la recherche des corps organisés des anciens mondes, et ont découvert d'innombrables productions méconnuesjusqur-là. .M .\ili)lphe lirongiiiart a créé une bolani(pie fossile. La liulle Miiulmarire, la miintagnc Sainl-l'ierrc d(^ Mai'slricht ont fourni de gigaiiles(pies troncs de pabnieis, des bruyères ariiorescenlcs, des plantes tout entières: tiges, feuilles, fleurs et fruits. On a reconnu que les terrains hoidllers n'étaient autre chose (pu; des forêts antédiluviennes, lentement caibonisées, et conservant enc(H'e des formes végétales, (pi'un<' palienle analyse rc(ul t<uit à l'ail évidentes. Enfin, le croira-t-mi, ces myriailes d'animaux nncroscopiipics (pii peuplent les eaux onlsiilii des transformations send)lables à celles qui nous ont conservé les plus niiinslrueux liabilanis des mondes priudiifs. Les formes les plus di'iicales, les appendices les jdus iuipi'i-.cplibles sont aussi faciles à reciuinaili'c (pie les vastes osseuu'uls du uu'galhériiMU. M. Défiance avait d('jà reconnu, dans les sables de (Uignon, une miilliliide de coquilles presque im|ierceptibles; et, dernièrement, M. Ehremberg a trouvé des monades et des infiisoircs à l'état fossile. T(Hil ceci estriii(ini; et le itère Kircher renoncerait à donner une ndiivcllc édi(i(ui de Son Munilus sublerraneus. En présence de j>arcilles iulclligences, on s'incline avec rc>|H'ct , on aibiiire et l'on se tait. Toujours esl-il cependant ipie ce i)elit coin de terre où pareil travail s'est accompli, (pie ce jardin perdu dans le plus triste faubiuirg où se sont rencontrés liiifron et Cuvier, (pie ce point de (ii'part verdoyant et Henri de riiisluire iialiirellc et de Ihisloire des fossiles, est à notre sens un ciiin de lerie aduiirabb' entre t(Mis. (Test ainsi ipi'à Disc on mois munlre la tour penclu'c, du haut de laquelle Câblée pressentit iioiir la première fois 1 immobilité du soleil.
Les fruits, les herbes, tous les bois en échantillons, toutes les nionograidiics, chapitres sépan'S de rhisloir(' naturelle, où se lisent les noms de lluniboldt , de Kurith , de Doiiplaud , envahirent l)ient(Jt tous les bâtiments du .Muséum. Déjà M. de IJuU'on avait clé obligé de céder son propre logement à ces collections qui arrivaient de toutes parts; les roches, les prodinls volcaniques, les laboratoires de tout genre se |U'cssaicnt cliaipic jour dansées murailles ri'parécs. Lu même temps, .M. Ceoll'roy arrivait de Lisbonne tout chargé d animaux nouveaux. M. Michaux
fils rapportait les échantillons de tous les bois d'Amérique, M. Marcel de Serres rap|)ortait d'Italie et d'Allemagne toutes sortes de minéraux; M. Martin envoyait de Cayenne les plus riches herbiers; le progrès allait toujours croissant jusqu'en 1SI3, où la France s'arrêta entin , n'en pouvant plus. Ici commencent d'étranges misères : c'est une histoire d'hier , et pourtant c'est une histoire incroyable. Les alliés, ces mêmes soldats (pn avaient leur revanche à prendre de tant de défaites , qui s'étaient emparés de Paris tout entier, qui i-emplissaient nos rues et nos maisons, qui faisaient du bois de l'.oulogne une dévastation presque égale à celle qu on y fait aujouj'd hui ; les alliés s'arrêtèrent pleins de respect à la porte du Jardin des Plantes. C'était en eflet un terrain neutre dans lequel chaque partie de l'Europe avait envoyé ses j)roductions les jdns belles, les plus rares; là, devait s'arrêter l'invasion dans une sorte de stui>eur (pii tenait de la reconnaissance. Figurez-vous en effet ces Cosai|ues, ces Kusses, ces Prussiens, ces Allemands, ces bâtards de lltalie, toute cette famille armée, battue si souvent et si longtemps par les armes de la France; ils arrivent, disent-ils, pour tout ravager, pour tout détruire; ils veulent savoir enfin quelle est l'immortalité de ce peuple dont le joug et la liberté ont également jiesé sur leur tête. Us arrivent donc larine au bras, la torche allum('e, Paris est pris enfin , et avec lui la France entière. Soudain ils s'arrêtent, ils regardent, ils déposent leurs armes. () iirodige! ils ont reconnu les fleurs, les arbres, les animaux, la culture de la patrie absente. N'est-ce pas une illusion? voici des fragments de la terre natale, voici le compagnon de leurs travaux champêtres; voilà la Heur des champs (pi'ils donnaient à leur jeune maîtresse; cet oiseau qui chante, c'est l'alouette de leurs sillons, c'est le rossignol de leurs nuits d'été. Ainsi , ces honmies que n'a pu arrêter la foilune de l'empereur Napoléon , ces hommes ipii ont réduit la grande année à ne plus occuper (|ue ipichpies sables de la Loire, ils sont vaincus jtar le chant d'un oiseau, par la toison d'un bélier, par un coipiillage, par un brin d'herbe! Leurs empereurs, leurs rois, leurs généraux, sont les premiers, même avant d'aller voir le Louvre, à venir saluer les domaines des Dud'on et des Jussieu L'einiiereur d'Autriche, leinpcreur de llussie, le roi de Prusse viennent reconnaître les échantillons de leur royaume; les vainipieurs iiromettent d'augmenter les richesses des vaincus. liien plus : pendant (pi'ils reprennent au milieu du Louvre VAiKiUun, le Laocoon, la Venus, la Cummmuun de saint Jn-iiJiu', \i\ iSaiiitc Cécile, le Mariai/e Je la Vierge, tous les chefs-d'd'iivre de Titien, de liaidiaël; pendant ipi'ils remportent, bouillants de joie, les chevaux de Venise sur leur piédestal chancelant, pas un de ces vain(iueurs n'ose reprendre an Muséum d'histoire naturelle la plus petite ])arcelle de ses con(iuêtes, tant ils trouvent (jne ces fragments sont à leur place; ils veulent bien di'pouillcr le Musée du Louvre, parce qu'aïuès tout , un chefd'eeuvre est partout un ehef-d'ieuvre, mais ils auraient boule de briser l'unité de la science ; ce que leur a pris l'histoire naturelle, ils nous l'abandonnent, tant ils comprennent (pie ces conquêtes pacifiipies sont devenues notre propriété à force desoins, de zèle cl de génie. Iticn n'est plus Ixau ipie cette histoii-e d'une aimée entière (|ui rei'ule devani inic profanation ; il y a ('ependant une histoire aussi touchante. Vous V(ms lappelez ce jeune sauvage à (jui on faisait voir toutes les merveilles de Paris; on le menait aux Tuileries, à Notre-Dame, à l'Opéra, dans tous les lieux où se fabii(|ucnt la puissain;e, la l'cligion et le plaisir, le jeune homme restait immobile, mais au .laiclin des Plantes, tout au bout d inie alU'e solitaire , le voilà (pii se trouble , (|ui éclate en sanglots et (jui s'écrie : Arbre de mon j)ays 1 et il embrassait l'arbre de son pays.
Voilà comment toute cette armée de six cent mille hommes s'est écriée, elle aussi, dans un transport unaniiiK; : /lf';;c.s de mon paijs .'
Ce pays de France est le [lays le plus merveilleux pour se re-
lever tout d'un coup des comiiiolions les plus terribles; c'est vraiment cette tour dont pnrie Bossuet, cette tour qui sait reparer ses brèches; il arriva donc (|uc cette grande patrie de to\is les arts fut rendue >à elle-nuhne : l'invasion s'e'coula comme fait un fleuve immonde après l'ora;^e. De tous les monumenis de Paris, le seul ipii n'ait i)as èle insulte, c'est le Jardin des Plantes. Au eliAteau des Tuileries on avait (Ué son empereur; à l'aruK'e, son capitaine; à la colonne, sa statue; au Musée du Louvre, ses plus rares chefs-d'œuvre; au bois de lioulogue, ses plus beaux arbres; au Ire'snr public, plus d'un milliard; à nos fronlières, des l'oyaumes entiers.... On avait resiieclè le .lardin des Plantes! c'était le terrain neutre où venaient se reposer tous les iiailis de leurs agitations sans nombre. Dans ce beau lieu de rêverie et de calme, le vieux gentilhomme de l'e'migration cherchait à retrouver le souvenir des vieilles charmilles dont la révolution l'avait dépouillé; le vieux soldat de la Loire, héros mutilé dans vingt batailles, ne trouvant |ilus nulle jiart le portrait de l'empereur et roi, venait saluer le eliameau blanchi (pii avait jiorlé le général lionaparte dans les déserts de l'Egypte. Les enfants de toutes les générations se rencontraient dans ces paisibles allées à l'abri de la foudre et de l'orage; l'enfant et le vieillard, la jeune fille au bras de son fiancé, le jeune homme à la poin-suite de sa maîtresse. L'ombre, le repos, le calme, la fraicheiu', les passions heureuses habitent en elFet ces i)aisibles hauteurs. Non, certes, ce n'est pas là ipie viendrait l'ambilicux pour s'abandonner à ses rêves boursouflés. Ce n'est pas là que viendrait l'avare tout jirc'occupé d'argent et de fortune. Arrière les passions mauvaises 1 C('ii est le domaine des nobles passions, des beaux rêves poétiqu(!S, des éclats de rire enfantins, du bourgeois fatigué du travail, du pauvre soldat qui pleure son village, de riionnèle provincial (pil est venu chercher à Paris les bruyants plaisirs de la vie et (pn s'estime heureux de rencontrer celle calme oasis. C'est, en effet , un merveilleux eniiroil pour la méditation , pour la rêveiie , pour la nonchalance, poiu' la conleiui)lalion. La science et l'oisiveté, la douce oisiveté et l'élude acharnée s'y coudoient sans se heurter. Les uns arrivent là au lever du soleil, ils étudient dans ses moindres détails le grand mystère de la création : celui-ci le crayon à la main , celui-là armé d'un scalpel , ce troisième, a l'aide de la loupe, ipii est son sixièriie sens; ils |iénètrent peu à peu dans toute la science de la forme, de la couleui', du mouvement; l'un regarde la plante parce qu'elle est belle, l'autre l'admire parce (pi'elle est utile; celui-ci en veut aux parfums qui s'en exhalent; cet autre, aux sucs bienfaisants (pii guérissent. Il en est ipii font lenr proie du tigre et du chacal ; il en e.«t (pii n'en veulent qu à liiiseete et à roiseau-uiouche, — heureuse passion, heureuse science, passionnés loisirs! Et qui donc, le premier en France, nous a appris à l'aimer cette douce élude du sol que nous foulons".' Qui donc nous a raconté les ])remières merveilles de la plante et de la (leur'? Ce n'est pas M. de liud'on iM. de Itullon n'est ]ias \m maître qui enseigne, c'est un historien qui laconle et ipii devine. Il parle des choses naliu'eiles avec tous les entraînements de l'éloquence; il ne se fait i)as huudile avec les humbles, petit avec les petits; il ne sait pas attendre ceux (|ui veulent mariber dans sa voie ; il maialu! à |ias de géaul, il va tout seul où 1 inspiration le pousse : tanlùtdans les euti-ailles de riiomuK', lauliH dans le sein de la terre dont il e\pli((ne la formation jiar une prescience incroyable que la science moderne a confirmée; tantôt au sein des mers, un autre Jour au sommet des montagnes, dans toutes sortes d'endroits ]i('rilleux (pu' nos faibles regards ou nos pieds chancelants ne saur.ùeul fianclùr. Non, ce n'est pas M. de l'un'on qui est notre professeur de botanique. Le premier de tous, celui qui a vulgarisé l'étude et la conteiiqilalion des douces et frêles beautés de la nature, c'est Jean Jaopies Uou.sscau en personne : c'est lui , le brûlant sophiste, lui qui a renversé et brisé tant de choses, liù (pn a pesé les sociétés vieillies dans ses deux mains, lui qui a semé dans
toutes les âmes honnêtes ou perverties les brûlantes ardeurs de riléloïse et du Saint-Preux, c'est J J. fiousseau en personne qui a donné à la France sa première leçon de botanique. On eiit dit (pi'il tenait à honne\n- de réparer, par l'enseignement de cette vertueuse passion , tous les paradoxes funestes qu'il a démontri's dans ses livres comme autant le véiités incontestables. Pauvre homme, malheureux (pi'il faut |daindre,ear il a succombé le l>remier sous l'enthousiasme factice qui a l'ait tant de mal aux jeunes esprits de son teuq)s; le premier il a senti le besoin de se tirer de ces brûlantes hauteurs, et ilc chercher dans la fraîche vallée les doiu:es consolations d une ('tudc qui laissait de coté les honniies, leurs ]>assious et leurs mieurs. C'est ainsi (jue l'écrivain et les hommes iju'il agitait autour de lui, les liouunes, ces jouets dont il était le jouet à son tour, ont éprouvé tout d'un coup la même fatigue. Certes, vous ne lirez pas sans attendrissement et sans respect les Leilres sur la botanique de J -J. Uousseau. Le voilà ce grand maître dans l'art de brûler les âmes; le voilà ce sauvage qui foule d'un i)ied éloi|UCUl et passionné la civilisation tout entière: le voilà, ramassant an penchant des coleaux, au pied de l'arbre, sin' le bord des chenùns , la mousse qui pouss<' , le lichen ((ui rampe et la feuille enqiorléc par h; veut d'automne. C'en est fait, il oublie tout le bi'uit qui se fait autour de lui, et dont il est cause, et il revient aux plantes, ce.* utijcls a(/réaUfs cl variés. Ce précepteur des hommes tiui leur a enseigné tant de choses, même l'amour, se met à enseigner aux enfants le nom des plantes , leur organisation et tous les détails de la slrucliue végétale. L'idée de cette passion lui vint un jour de l'arrièicsaison; les i>lautes dont la structure a le plus de sinqdicité étaient déjà passées, mais (|u'importe".' Le piintemps les ramènera tout à 1 heure, commençons tout de suite, se dit-il. Irie plante parfaite est composée de racines, de tiges, de branches, de feuilles, de fleurs et de fruits; l'tiidions avant tout la (leui- ipn vient la première; et, iiour bien coumieucer, prenons un lis. Le lis a fait pâlir la maginficence de Salomon , le lis est la (leur du printemps, il est aussi la fleur de l'automne; étudions ce bouton verdàtre qui blanchit à mesure qu'il est près de s'éi)anouir; admire/ couuucnt cette enveloppe blanchâtre prend peu à peu la forme d'ini beau vase divisé en i>lusieurs fi-agnients. Cette enveloppe s'aiq>elle la corolle; cpiand la corolle se fane et toud)e, elle tombe en six pièces séparées <pii s'appellent des pétales. La corolle du lis a six pétales; le liseron , la clochette des chanqis n'en ont(prmi... mais revenons à notre lis.
Dans la corolle vous trouvez précisément nue |K'lile colonne attachée tout au foml : c'est le pistil. Le i)istil contient le gcrnic, le filet, le stigmate; entre le pistil et la corolle vous trouverez l'élamine; chaque étamine se compose du filet et de l'anthère; cliaqiu^ anthère est une boîte qui s'ouvre (piand elle est nuue, et qui répand autour d'elle cette poussière jaune conuiu' l'or, odorante connue la rose ; celte |ioussièi-c s a|qicllc le pollen. — .\iusi sont composi'cs les (leurs de la [ilupartdes autres plantes. C'est |tar l'analogie de ces parties et i)ar leui'S diverses condùnaisons que se déterminent les diverses parties du règne vi'gélal. iNotez bien, cependant, ()ue le lis, celle belle llcur royale, n'est pas une (leur conq)lèle : elle n'a pas de calice. Le calice iuau(|ue à la lilupail des liliacées ; la tulipe, la jacinthe, le narcisse, la Itibéreus(^ n'en ont pas. Donc, vous savez déjà les secrets de la fauùlle des liliacées ; vous pouvez les reconnaître à l'absence du calice, à leurs liges simples et peu raim-uses, à leurs feuilles entières et jamais découpées. Suivons doue celle roule (Icurie. Le printeuqis est reveiui , jl a r.mieiU' les jacinthes, les tulipes, les narcisses, les jonipùllcs et les muguets, dont nous connaissons la famille; il a ramené aussi les girollées et les violettes. Le calice de la giroflée est de quatre pièces ini'gales de deux en deux. Dans ce calice vous trouvez ime corolh! composée de (jualre pétales. (!liacun de CCS pétales csl altachi! au fond du calice par nue jiartic étroite qu'on ai)iiclle l'onglet. Les étamincs sont au noudirc du
six, d'inégale grandeur. — Vous voilà donc entre' dans la famille des crucifères, ou fleurs en croix, (letle fauiille est divisée en deux sections ; les crucifères à siliques , la giroflée, la julienne, le cresson de fontaine; la seconde section comprend les crucifères à silicules ; le cresson ak'nois, le cochle'aria , la lunaire, la Itourse-à-pasteur. — Des fleurs nous allons aux plantes légumineuses : les fèves, les genêts , les luzernes, les sainfoins, les lentilles. Ainsi, par une me'thode simple et claire, le mailre nous apprend la structure bien plus que le nom de la plante; ce nom viendra plus tard. Sachons d'abord l'eclal, la propriété, la ligure de la plus peliie fleur, — et celles la ne soûl |>as les Mi:iins intéressantes. Cueillez une marguerite dans les cliauips ; que vous
explique l'arbre connue il a explique' la plante. Quant aux herbiers, les herbiers nous servent de ineiuoratif pour les plantes que l'on a déjà connues; mais ils font mal connaître celles qu'on n'a pas vues auparavant : ainsi le portrait d'un homme qui n'est plus vous frappe davantage lorsque vous l'avez connu dans sa vie. « Pour composer un herbier, prenez la plante en pleine fleur, dègagez-la de la terre qui euloure la racine, faites-la sécher avec soin , et classez votre plante dans la famille à h<|uelle elle appartient; choisissez avant tout un temps sec et chaud, de onze heures du malin à six heures du soir : c'est la belle heure lie la bolaiii(jue. " Heureux quand il parlait ainsi des )ilanles, son dernier amour, .l.-.l. Itousseau redevenait tout à fait l'Iioumie
Les jirandob beirt-s.
serez (■lnuur si Ion vous ilil : Celle pililc lleur, si pclile ri si iiiiguiiiiiu', csl i'<'elleMH'iil (■iiiiip(is('e de deux ou trois cenis auti'cs (leurs toutes |)arl',iiles, e'esl a dire ayant chaeuue sa corolle, sou germe, son pistil, ses e'tamlnes, sa graine ; devaul Uiiu cl (le\aMl la science des houmies, la marguerite est l'égale du lis su|ierlic ou de lajacintlie odorante! .I.-J. liousseau fait aussi l'hisloiie des fleurons des (leurs d'iuuuorlelle , de liardane, dab-inthe, d'ar moise; celles-là n'ont qu'un (leuron d'une seule couleur; d'autres n ontcpi'un demi-fleuron : la fleur de laitue, de ohicoreîc, de salsilis; d'autres, plus heureuses, ont à la fois des fleurons entiers au centre de la fleur, et des demi-fleurons à leur ronl(jur. Ce fleurs doubles, (pu- vous admirez dans les pailerres, sont de luou-tres à (pii cet houneur a élt' refusii de produire leurs semblables , grauil honneur dont la nature a doue tous les êtres or ganises. C'est là ce qui arrive aux ai'bres fruilicrs louches par la grêle. La poire et la pomme de la nature, il ne faut pas les cher cher dans les vergers, mais dans les forcHs. Le voilà donc qui
heureux (pii sVrriail avec des lariiics il.uis les yeux cl dau.s le cœur :
" La pervenche', la |ierv(ii( lie' > eu souvenir de sa jeunesse lieiM'cuse, de son amour brùl.uil ri iiaïf, de ses chastes transports; en souvenir de la grâce, de la !)eaut(' et du charmant sourire de madame de Warens.
Mais (pi'il y a loin de cette botanicpie senliinentale à la science de nos modernes professeurs'. Il ne s'agit plus des deux mille espèces de Daudin , des cinq ou six mille plantes de Tournefort, des dix mille vegi'laux décrits ]>ar l.inn(' et de .lussieu, des vingt ou (rente mille plantes n'unies dans le grand ouvrage de .M. de Candolle, dont le inonde savant |ileure la perle récente .Aujourd'hui ce cercle s'agrandit sans cesse, chaque année voit s'enrichir I immense herbier du .lardin des Piaules, et les derniers recensements portent à plus de soi\anle-dix mille le nombre des \t'gj-taux connus. Il a fallu fiaclioutier ce vaste tlomaine; la vie d'un liomme sudil à peine |ioiu- embrasser un des iioiiils de cette
science, dont les limites reculent sans cesse. Les mousses, les lichens, les champignons ont trouve' de dignes historiens; et les ouvrages de Dillens, de Bulliard et de Persoon montrent tout ce qu'il faut de talent et de patience pour apjjrofondir les mystères de cette cryptogamie qui de'passe à peine le sol , et se cache sous la feuille dont chacjue automne jonche la terre. D'autres botanistes ont mieu.\ choisi : Merlens a décrit l'immense et superbe famille des palmiers; Rublet, les chênes du nouveau monde;
d'admiration de l'illustre Gtertner , à l'occasion de tous les fruits sur la structure desquels il a fait un si savant ouvrage. On s'associe aux regrets de iM. Desvaux sur les circonstances qui l'ont empêche' d'achever la publication de sa grande monographie des feuilles et des végétaux , et l'on envie avec lui le bonheur de M. Gettard, qui a tenninti son grand travail sur les poils et les glandes de toutes les plantes connues. N'allez pas croire qu'arrive'e à ces dernières liiuiles de l'analyse, la scienre [luisse se re-
ffid.
La fosse aux Ours.
d'autres ont étudie' l'ensemble des plantes d'un seul pays : Desfontaines a fait la Flore allanlique ; huhevl du Pelit-Thouars, celle de Madagascar ; Brown , celle de la Nouvelle-Hollande ; et ces travaux isolés , accomplis avec une rare persévérance, ont prouvé qu'il y avait de la gloire à acquérir ménu! en ne s'oecupant (|ue d'une partie de cet ensemble, l'eu de i)rivilégii's comprennent tout le bonheur réservé à ces auianls solitaires d une science aimable entre toutes! Peu d'àmes sentent ces joies si pures, causées par la contemplation perpétuelle de ces merveilles odorantes et si richement colorées. On sourit aux transports
42, Tarii. Typojjrapbîo Plou
procher des futilités indignes d'elle! Ces glandes, par exemple, ces ncrtaires, si curieusement observés dans leurs transformations successives par Sprengel, par Hall, par Pontedera et par Bohemer, sécrètent des matières utiles, fournissent à l'abeille le suc dont nous vient le miel, et jouent im rôle important dans la ]diysiologie végf^tale. Tout se tient dans ce vaste ensemble des productions de la nature , et les hommes laborieux qui consacrent leurs veillés à l'étude d'une partie (pietconque de ce grand tout, sont assurés d'apporter une pierre au divin édifice qu'élèvent les générations, d'ajoutt'r un anneau à celle chaîne merveilleuse qui
frtrt'S , ruo tic l'au^iraril , 3G. '"
unit e'troilement l'ntome aux animaux les jilus i>.ii'faits, ceux-ci à l'homme raisonnalile, l'iioninie enfin à Dieu lui-même, par l'intermédiaire des esprits i|ui peuplent l'espace. ■ C'est ainsi que , dans le Jardin des Planles, tonles les passions honnêtes se rencontrent. Nous venons de vous dire les ravissements du Ijotaniste • voulez-vous maintenant que nous vous disions, non pas la curiosité du minéralogiste qui cherche à reconnaître, dans leurs enveloppes terrestres, l'or et l'argent, le cuivre et le fer, le mercure et l'etain, le charbon et le soufre, toulesces brillantes richesses ([ue la terre renferme, non jias même l'altention des zoologistes, mais tout simplement la joie du chasseur".'
Moi ((ui vous i)arle et qui suis tout aussi ignorant que vous pouvez l'être de ce grand art de la chasse dont il a été écrit tant de traités à commencer par Dufouilloux et finir par M. Deyeux, moi le plus triste chasseur (jni ail jamais porté un hAtou d é|iines dans une forêt giboyeuse, je vous assure ipie jai fait dans le Jardin des Plantes la plus admirable chasse qui ait jamais été faite. J'avais rencontré dans ces allées si bien sablées tm vieux chevalier de Saint Louis qui avait perdu dans une chasse au courre, chez M. le prince de liourbon, sa jambe gauche et son bras droit. Ainsi ble.ssé, notre vieux chevalier avait encore ti'ouvé le moyen de suivre les chasses de son royal ami, mais, hélas! à la perte de son bras et de sa jambe était venue se joindre la moi't affreuse du dernier Condé, cette énigme fatale, et à la mort du prinre de Condé, la venue de madame de Feuchères; ."il bien que notre enragé chasseur, retiré dans la rue de BulFon , seul , sans amis, sans un pauvre bras pour appuyer le dernier bras cpii lui restait , n'avait plus d'autre joie que de venir chaque jour viser de loin, d'un coup d'oeil animé et sur, toutes les bêtes féroces, tous les oiseaux de l'air, tous les gibiers de 1 univers. « Oh ! se disait-il , si j'avais mon bras, comme je prendrais mon fusil à piston! » Un jour, entre autres, coiniue j'oH'rais mon bras an digne gentilhomme : u Mou (ils, me dit-il, vous avez grandement raison d'aimer et de respecter les vieillards. Je vous ai toujours connu pour un homme bon et loyal, mais vous aimez trop les livres, vous lisez Iroj) les longues histoires, les ]M)ésies «pii endorment, le rabâchage polilicpie; et quand je pen.se que vous n'aimez pas la chasse! la chasse, juste ciel! ipielle vieillesse malheureuse vous vous pré|)arez, mon enfant. Mon enfant! voyez, que vous êtes déjà gros, lourd et massif! Voyez, moi, au contraire, la taille d'un cerf! mais, iu^las! plus de bras droit, plus de jambe gauche, i)lus rien que le coup d'oeil. Cependant écoutez-moi, croyezmoi , pendant (pi'il eu est temps encore, devenez un chasseur. ■Voyez cpielle joie, si vous teniez au bout de votre fusil ces tigres qui bondissent, ces faisans qui voiligent, ces perdrix qui brillent au soleil , ces lièvres qui s enfoncent dans la plaine, les cerfs qui brament dans les bois. Dieu merci, une bienveillance a réuni dans celte euceinie toutes les merveilles des forêts, sans cela je serais mort. Dieu merci, si je n'ai plus le fer à la main , j'ai sous les yeux le plus bel ensemble qui puisse réjouir les yeux d'un vieux chasseur comme moi. .Allons, soyez attentif à cci|ue)e vais vous dire; prêtez-moi une attention obéissante, lais.sez-moi vous convaincre jiar des arguments sans ré|di(iue de la beauté de la passion <pie je pleure; à votre Age, on pense encore à 1 amour, il mon Age on ne pense plus qu'à la chasse, vous le verrez : c'est l'exercice le plus salutaire contre l'oujjli des maux de la vie, c'est le spécilhiue le plus i>uissant contre toutes les douleurs de l'Ame "et du corps. ><
Je ])ris place sur un banc de j.ierre , vis-à-vis la volière , ou «'ébattaient en chantant tous les oiseaux de l'Europe , et, me tenant par le bras, pour me rendre attentif, le vieux chasseur me lint à peu près fce langage :
« La cha.sse , tout autant que l'amour, a été honorée par les •nations les plus diverses ; les As.syricns, les Hébreux, les Perses, les Medes, les Circassieus, les Lapons eux-mêmes ont été ou sont 'cncori'de grands chasseiirs. Nemi-od excellait à la battue, .Vlexan-
dre à la chasse au courre. César à l'airùtj Pline le Jeune à la chasse au filet. Les Celtes, les Germains , les Gaulois employaient avec une ardeur égale à ce bel art le javelot, ré|)ieu , l'arc et l'arbalète ; Diane a été de son tenq)» une divinité égale à Apollon, Que de livres enfantés i)ar cette passion des gentilshommes! Les philosophes aussi bien cpie les ]ioëtes, les historiens tout autant que les romanciers ont exalté comme il convenait ce besoin de courre le cerf et de forcer le sanglier. Xénophon n'y a pas manqué; Apjiius non plus qu'.Arien, Gratien non plus que Nemesia nus, Frédéric II, Albert le Grand, qui était un peu sorcier, Adi-ien Caslelleri, Conrad Ileesbach, Jérôme Fracaslor, tpii a chanté tant de choses, ont tous célébré cette vie de forêts et de montagnes. L'Allemagne s'honore à bon droit d'un chasseur nommé llarlig. La Fi-ance est lièrc des disseitations savantes de Gaston Pli(bus, comte de Foix , de Jean de Fianeières, maître |>iqueur de Louis .\l , de Guillaume Tardif, le lecteur de Charles VIII; Charles IX lui-même, le roi de la Saint-Barthélémy, a écrit en vrai flibustier un Traité de la chasse au cerf; et cependant, tout roi qu'il était, Charles IX s'est laissé battre en celte matière par Jac(]ues Dufouilloux , le iNicolas Boileau-Des|)ri'anx de ce grand art de tirer des coups de fusil en |ilein champ. Vous n'oublierez pas il'ailleurs, mon cher enfant , (|ue ce bon Henri IV, le père du peu|)le, qui voulait que son peuple mit la poule au pot chaipie dimanche , envoyait aux galères le manant qui aurait voulu remplacer la poule absente |)ar une malheureuse perdrix.
>' Puis donc (pie l'on s'est amusé à ('ciire tant de romans, et >ous même ipii en avez écrit de fort tristes, avec lesquels mou noble maître, le duc de Bouibon , bourrait son fusil, puisque les peintres oui tanl à honneur de représenter, dans leurs tableaux les plus fidèles, les images adorées de tant de belles amours dont nous savons les noms depuis notre enfance, pourquoi donc, je vous prie, ne pas donner autant d imporlame a la vénerie? Pourquoi ne pas s'occuper thi gibier-plume cl du gibier-poil comme on s'est occupé du gibier blond et du gibier châtain? Et me ferez-vous donc, à moi vieillard, sans enfants, sans amis, qui n'ai l>as même iin petit bois où je puisse masseoir |)our tirer un lapin , un grand crime de traiter le faisan , la gelinotte , la bécasse , le pigeon biset, gibier de bois; la perdrix et la caille, gibier de plaine; le canard sauvage et le pluvier, gibier de marais, comme Van Dyck, comme hubens, comme Murillo ou Vélastpiez ont traité tant de beaux oiseaux, ail charmant plumage, gibier de boudoir, gibier de grottes obscures, (lamboyaut et élincelant gibier des théâtres, des coulisses, des petites maisons et des salles de bal ?
» Je crois que c'est Ovide (Itl! l'a dit, et il avait rai.soii, il faut au chasseur et à l'amoureux des qualitt's identii(ues. lion ]>icd, bon œil, le nez au vent, l'oreille au guet, le ca;m- assez calme; il laut être actif, adroit, patient; il faut reconnaitre le gibier à la trace la plus légère, à la i)Ius faible senteur : par ici a passé le lapereau, par ici a passé une belle (ille de vingt ans! En chasse donc, vous les sages, les heureux et les ])hilosophes, ipii vous contentez de tirer votre poudre aux moineaux! Parcourez à votre rlioix la montagne ou la plaine; leve/vous de bonne heure, (piaiid la rcisée esl reiiujiiléc au ciel ipii l'envoie. Bonne clia.s.se! vous savez d'ailleurs comment se tue lo faisan commun , l'huxia- 7IUS cotcliicus . comme dit Linné. Le faisan , celte llainme qui vole, est un gibier plein de caprices. Il n'y a pas de jolie Parisienne (jui soil à la fois ]>lus stupidc cl plus malicieuse. Tant(H l'animal (je parle du faisan, ajoula-t-il avec un sourire) se laisse prendre à coups de bAton, tantôt il vous échappe à tire-d'aile, et le meilleur fusil de l.epagc ne pourrait l'altcintlrc. Aujourd'hui il se poserai! volontiers sur votre épaule, le lendemain il se perd dans le nuage. Si vous le voulez tirer à coup sur, tirez le bec, je parle toujours du faisan. Ce qui est plus sûr encore, c'est de le prendre à l'all'iU, à la traînée le soir, quand il a bien nettoyé son beau plumage, bien pn'paré sa petite aigrette, bfen lavé s'cs j'o-
LE JARIJIN DES PLAM'ES.
lies petites pattes, et qu'il s'est posé coquettement dans une avantscène de rOpt'ra. .. je ne parle plus du faisan.
i> Mon jeune ami, vous ne regaidez pas avec l'enlliousiasme convenalile ces belles perdrix ipii paraissent nous dclier dans leur bocage de métal.
» La perdrix me représente ce que nous appelions, dans nos beaux jours de jeunesse et de misère , la chasse à la griselle. Justement il y a la perdrix grise (pri vaut mieux que la perdrix rouge, qui vaut mieux que la bartavelle, quoi qu'en disent ([iielques mi'cliants gommets blases, qui jugent du gibier par lu ci)uleur de son brodeipiin. La bartavelle est la sœur aîne'e de la |>erdrix grise. Voilà un joli oiseau à tirer'. On le rencontre en troupe dans les champs de blé aussi bien (pie dans les magasius de la rue Vivienne. Le plumage est lisse et bien tenu. La (jueue se compose de quatorze plumes de couleur cendrée , l'iris de l'it'il est d'un brun gris, la gorge et le devant du cou sont tout à fait bleus, le dos est d'un gris cendré tirant au rouge quand elles sont jeunes. Elle ne fait |)oint de nid (la bartavelle), et se contente de déposer assez négligemment sur la mnusse les œufs qu'elle fait chaque i>rinlemps. La perdrix grise, modeste et sage, ne se mêle jauiais avec la perdrix roUge. Elle est inlinimenl plus serviable et i)lus facile à a|)privoiser. Elle aime à se joindre en nombreuses compagnies aux individus de son espèce. Elle marche devant voire chien; si vous voulez l'avoir, courez vous-mèuie au bout du chauq) , la pièce partira. File l elle en ligne , tirez en plein corps. Vole-t-elle en montant, lirez sous les pattes; si elle louriie, lirez sous l'aile. Vient-elle sur vous à hauteur d homUKî, lirez au bec. (Je cite textuellement, cfe n'est pas moi (jui fais dire toutes ces (choses à notre chasseur.) Je connais (luelqiies jeunes I liasseurs (]ui . en fait de perdrix grises, ne pi'tnueiit pas tant de souci, cl qui tirent tout simplement de patte en bec, et la chasse leur a réussi plus d'une fois. »
Ceci dit, noire homme plongeait sa main gauche dans sa tabatière placée entre les deux genoux , et il recommença sa dissertation commenc('e :
c< Après la perdrix grise vient la caille. Celle-là est un oiseau de passage (pii ne perche jamais , <iui vit à terre, qui est \nt\ygame, oiseau de plaine et de la rue du Ilelder. Elles subissent deux mues (les cailles), l'une à la lin de l'hiver, l'autre à la (in de lété. Elles ^ont répandues partout, pr('féiant les pays chauils et teui|)érés, mai~ ne craignant pas les autres On a remanpié quelles ne voyagent guère «pi'aii crépuscule, et choisissent les pleines lunes pour se mettre en roule. »
Je cile toujours mot pour mot. Notre chevalier ajoute encore « que la I hair de la caille est appétissante et convenable à tous les Ages comme à Ions les tempéraments. En un mot, disait-il, une plaine couverte de cailles est une source de plaisirs toujours nouveaux, sans cesse renaissants. »
Quand il eut ainsi parlé, il se leva, et clopin-clopanl il me conduisit à travers les immenses volières du jardin, toutes remplies d'édalautes couleurs et de joyeuses chansons. Cliaiiue animal donl il me i)arlaii , il me le monirait de sa main absente, et il me disait ;
" Il y a des gens qui aiment la gc-liimlte au lin plumage, (pii tient le milieu entre l,i perdrix rouge et la perdrix grise. Autant vaudrait lii-er sur le janga , oiseau moitié français et moitié espàgu(d, qui ne se laisse guère apiu-ocher (pic des montagnards. Tel chasseur en veut au c(m| de bruyère, grand et petit; tel autre en veut au pigeon biset, ainsi nommé sans doute parce qu'il csl sociable, fidèle à l'amour et à l'hymen jusqu'au point de se montrer fort jaloux ; parce (pi'il est propre, rangé, soigneux, tendre pour sa femelle, dont il partage les soins pour ses iictils II y a mihiie des chasseurs féroces (pii osent lirer sur la colombe, la femelle du biset! Et, les bandits (pi'ils soûl! pour justifier leur brigandage, ils prétendent qiie la colombe, en dépit des poètes et des flatteurs, est vorace : (pi'elle dévore les jeunes plantes, ipic sa
chair est très-bonne à manger. Les colombes se divisent en colombes il collier et colombes rieuses (Culuniha risoria), et elles sont i-galeinenl dangereuses avec ou sans collier.
)> l'i donc ' ne lirez pas sur le merle, à moins (pie ce ne soit un merle blanc. 11 est si gai , si chanteur, si heureux d'être au monde! si bon garçon! si fin! Il sait si bien siffier! il se nourrit de vermisseaux et d'insecles, comme font les critiques. Gardez votre gros plomb pour l'outarde, mais, croyez-moi, respectez l'outarde barbue. Entendez-vous siffler le rAle, ('et enfant de lllalie, venu tout droit de (iéiies, la ville de marbre"? Il faut le mangera genoux. Quand la bécasse arrive, demandez-hn d'où elle vient. Elle vient de tous les crttc's du monde, de llslande, de la Norwége, de la Russie, de la Silésie; elle est Polonaise, Allemande, Française tour à tour; elle a visité lAfriipie et l'Egypte , le Srni'gal et la Ciiinée, le Groi'iiland et le Canada Pauvre oiseau voyageur! Et tant de chemin fait à tire-d'aile pour être nommé membre de la Société de géographie ou pour mourir sous le fusil d'un manant! »
Ma foi, cel honnèle homme était si heureux de |)arler de sa passion (hmiinanle, et d ailleurs il en parlait si bien, avec tant de bon goût et d'à-propos , t\w. je me mis à l'écouter, d'abord par respect pour son vieil âge et pour son malheur, ensuite par iiiM'rèl et par plaisir. Hemarqiiez ([lie l'aspect de Ions ces beaux plumages, le Iniiil varié de toutes ces douces chansons, ajoutait beaucoup à la clarté et à la démmistration de ce brave homme. Il me eoudiiisit un instant , avec un petit ricanement de dédain , à la loge des animaux féroces. Tours, le buip, le blaireau ; car '.•'(•lait un chasseur au poil , à la plume , un chasseur de la plaine et de la mimlagne, et, vouslavez deviné, un chasseur (autrefois) un habile chasseur au fin gibier, (|ui se cachait sous les ombrages de Versailles ou du Pelit-Trianoii. « J aime la plume, disait-il, je laiiiie avec passion, et quant au poil , je suis biiu de le dédaigner. D.ius le poil il y en a de terribles. Il y en a d'innocents. Les uns mangent (piebpiefois le chasseur, les autres sont loujoiirs mangi's. D'abord vous avez l'ours, un des héros de La l'onlaiiie. Je n'ai jamais compris que cet animal fut si méchinl ((iidn le dit. Il est sauvage, il n est pas f.-roce. On dit cpi'il aime la chair fraî-he , mais aussi il se nourrit de le'gumes et de miti L'animal défend sa pe.iu , où est le crime? Nous le traitons à peu jirès comme ou tralail sous lempii e les Aiiliichieus et les liusses ; il y a des gens pouiMjiii r<ui csl bien iiijiisle... comptez donc combien vos journaux ont fait di'vorer de bourgeois à louis Mariiii, ce [lauvre animal calomnié qui n'a jamais mangé que des brioches!
>. A la bonne heure le loup! c'est un grand misi'rahle. Il dc'vore tout ce (pii lui tombe sous la dent, depuis le mouton jus(|u à la grenouille; ou le lue de toutes les f.içons, et même on l'enqjoisoiiiie sans dt'shonueur. Nous en dirons prescpie aillant du re- 11.11(1. Le reiiaril est un drôle plein de ruses et Irès-dangereux. On le lue comme on peut, au terrier, au passage, à la traînée, au carnage, et encore on n'en lue guère Le blaireau est encore plus calomnii' que Tours. Le Diclùmnaire i/cs ('/k/s.^cs, (pii doit faire autiuilé en ces matières, place le blaireau parmi les animaux nuisibles; et de ipiel droit, je vous prie? Parce qu il mange liarbiis des navets, des fèves, des pois, des carottes, le grand crime! Et voilà pouripioi vous faites du blaireau le |>endaiit du reiiard! El d'ailleurs il est si gcnlil , si lin , si paresseux ! Sa tète est mise a prix 1 fr. 50 c. par bl.iireau.
i Quant à la fouine, fi donc! M. le duc de liourbon avail Tha-i biludc de faire le signe de la croix (piaud il avail tué une fouine. La fouine est un ignoble animal, moitié loup, moitié renard. Elle tue pour le plaisir de tuer; elle ('gorge même avant de se remplir le ventre Ecoutez, mon pclil, ('coulez ce petit moyen que j'ai inventé (xnir luer une fouine. Sans doute le moyen est violent, mais il est sur. On a beau dire : Mais vous tuez bien des arbres! Une fouine tuée vaut mieux qu'un arbre vivant. Voilà mon sccrel; vous en ferez ce ipic vous voudrez (piaiid vous aurez des
ÎO
fouines : « Quand la fouine se retire dans le creux d'un arbre, le meilleur moyen de se rendre maître de la bête est d'abattre l'arbre lui-même. »
Vous pensez bien que nous n'avons rien dit du cerf, du sanglier, de la biche, du daim, du chevreuil, plus brave que le cerf, et qui aurait honte de verser des larmes. Vous pensez bien que si mon ami n'a pas parle du lièvre, c'est pour ne pas tomber dans
tisme et la goutte, et l'ophthalmie aiguë, et les autre revenantsbons de la chasse ; cette fois nous pouvons les suivre dans leurs caprices divers ces beaux oiseaux qui s'envolent dans toutes sortes de directions, la cigogne blanche et noire, la grue commune et le flamant, le héron au long bec, qui est lie à tous nos souvenirs he'raldiques , le vœu du he'ron , le roi du he'ron , nombreuse famille qui se termine comme tant d'illustres familles par le he'ron
Anciennes Serres tempérées.
toutes sortes de descriptions trop connues. " Happelez-vou.s seulement que le cul d'un lièvre est un sac à plomb , et de f:iire uriner la victime quand elle est morte, » me dit-il.
Du poil nous sommes revenus à la plume; et, bonté du ciel ! que vous êtes grande quand vous lancez dans les airs ces vivantes merveilles. Ah ! lai.ssons là le fusil et la chasse et ses gian.ls plaisirs; admirons en toute liberté, en toute conscience, molleuienl couches sur le gazon du rivage, les oiseaux de rivage et les oiseaux d'eau. Cette fois nous n'avons pas à redouter le rhuma-
bulor, sans oublier le courlis, l'hrtte assidu et chantant d<'s étangs et (les rivières de la France; on sait son nom dans les Vosges, dans la Moselle, dans les deux Charentes, en Vendée, dans la Loire-Inférieure; il est oi.seau de pluie et de temi)êle, il est le courtisan de l'hiver, et il le suit à la piste, comme l'hirondelle suit le printemjis.
'< V.l le vanneau? mangez du' vanneau, paur savoir ce que ce gibier vaut, disait notre gentilhomme. Et le pluvier-gnignard? le plus délicat des pluviers dorés et non dorés. 1! est la fortune de
LE JARDIN DES PLAftTES.
la ville de Chartres; il protège de son aile légère celte vaste cathédrale qui se rebâtit peu à peu. Vous avez aussi la race des chevaliers, chacun portant la couleur de sa maîtresse, le chevalier brun , le chevalier aux pieds rouges , le chevalier aux pieds verts et la maubége, et le combattant, et l'avocat, et le petit courlis, et le barbe-rouge, à queue rayée, à (lueue rouge, à queue noire, habi-
toutd'un coup notre cliasseur s'agrandit encore. Quoi donc', mon maître, vous n'êtes pas content de tant de carnage? vous voulez encore nous faire égorger ce beau cygne décrit par Bulfon. « H plaît à tous les yeux ; il décore, il embellit tous les lieux qu'il fréquciite; on l'aime, on l'applaudit, on l'admire; nulle espèce ne le mérite mieux'. .. ■ l'.t voilà pourquoi vous voulez qu'on le tue,
Loiics (!es iininiaux féroces.
lants de la \;\w et du limon , hdles bigarrés des marécages , becs noirs, pieds plombés ; autrefois la barge-rousse était /es' ilcdifces des Françii'js, dit le vieux Relon ; maintenant c'est la bécassine et la double-bécassine qui sont à celte heure les (Iclica; des Françata. «Monsieur, monsieur, ajoutait le vieux chevalier, n'oublions pas, s'il vous plaît, n'oublions jiasla poule d'eau qui demande beaucoup d'adresse , la mouriie (pii sent ]v. marais, qui n'est bonne à rien , mais ipii est ainusanic a tuer (Danton n'eût pas mieux dit); le r.Me d'eau, qui ne vaut pas, à beaucoup près, le r.Me de genêt. » l'uis
ce beau |)aimipède chanté aussi par Virgile? ai-je répondu ;ui vieux genlilhomme. .\ ce blasphème cruel , la plume me tombe des mains; puissent tous les fusils en faire autant!
C'est ainsi que, grAce à ce beau jardin tout remidi de sa passion favouite, le vieux chasseur prenait sa peine en patience. Kn pn'sence de ces merveilleux animaux qui sont la vie des forêts , IhonnevM' de la i)lniiu' , le mouvenuMit de 'a montagne , la décoration variée du I1tu\<' ou de l'élang, il était comme est l'amant en i)résence du portait de sa maîtres.se adorée. Mais quoi! il n'e-t
pas enrôle snlisfait; il y a eiipnrc quelque cliose à tuer dans cet univers. Le cor retentit dans les Imis , cuinine il e~t dit dans l'ope'ra de Robin des Bois. Celte fois linsatialile cha>seiir, non content de toute la pinme et de tout le poil du riiyaiiine de France, se met en voyage pour les trois parlies du monde, et il arrive tout d'aliord en Afrique, le fusil mm- IVpaule, suivi de ses chiens et de son carnier. l\e Irouliions jias , je vous prie, son envie; c'est de tuer une gazelle : il y en a de si belles au Jardin des Plantes! La gazelle se chasse à cheval ; il est bien rare ((uVlle se lais^e prendre, même par les plus fiers chivaux. Mais à (pmi bon les gazelles? — Parlez-moi, s'eVrie-l il, de tuer une li(mne et un lion! En effet, il s'en va dans la caverne du li(Mi et de la lionne, et d'une main légère il dérobe les plus jolis petits lionceaux du monde, sous le ventre même de la mère, cpii veut bien ne pas s'en apercevoir. « On a beaucoup exage'ré la fi'rocilé des lions de l'Africpie. » Je le crois pardieu foit, iiuand on voit un genlilhoainie de l'armée de Condé enlever ainsi ces lionceaux pour en manger les pattes et la langue avec des dames du pays. Après quoi nous passons dans l'Afrique occidentale du cenlreoue.^t, et notre ihasseur, ce jour-là, lue un giiiier qu'il n'a pas encore eu l'occasiim de tuer, un gibier (pie bien |ieu de <'hasseurs ont tiré en Europe, excpté les thasseurs d'Abique : il tue des touariks... il y a justement îles IStes de louai ik au Musé. nu. Le touarik est un gibier qui moule à cheval, qui se défend avec des flèches, qui e.«t circoncis et qui croit en Mthumet. Le touarikse (ne, comme l'autruche, à coups de pi»lolrt Un autre jour on fait la chas.se aux singes, le singe ressend)le beaucoup au t.iuarik. Pour les abattre, pour les atteindre, ces deux bèlts si diflérentes, je vous assure qu'il ne faut être ni pied bot ni manchot.
A ce propos, n'oublions pas la chasse aux manchots, qui s'abattent à coups de liûton; la chasse à l'hipiiopoldUie , moitié chasse et moitié pèche, el tant d'autres animaux (pii se promètent de l'Kgypte à Tunis, de Tunis aux frontières d Alger , de l'empire de Maroc à la Sénrgaiidiie, de Tombouelou à Bouruou. Vous voyez bien que ce brave gentilhomme avait le délire , et que l'idée seule de la chasse l'emportait bien loin de Paris, oui, certes, bien loin de Paris, au Jardin des Plantes , le lieu de la terre le plus peupb' et le mieux i)cuplé de l'univers.
Moi, je ne suis guère de celle luiuieur à hier toutes choses. A Dieu ne plaise que je me mette au milieu de ces enragés qui ne connais.sent (pi'un plaisir : faire feu sur tout ce (|ui est au bout de leur fusil; j'aime assez les créatures du bon Dieu jiour leur laisser la vie, l'ombre, l'espace, la chanson joyeuse, le plumage doré el le s(dcil. L'oiseau e^t riuinneur du printeiuiis; il est la chanson matinale du chanq) de blé, il est la plainte mélancolique de la charmille, il est le chant de triomphe, il est le cri deilouleur, il est Vlwsaima in excetsis de cette belle et grande nature où cliaipie èlrc lieiil sa place, depuis l'aigle qui aHidiilc le soleil, juscpi au ver luisant jetant sa pftb^ ('lai té sur la b udie que laisse tomber la rose. Lli bien ! consolez-vous. Déloiirnez vos yeux de cet allreux carnage 1 Laissez là les sanglants riVits de l'intréijide chasseur, vous êtes à l'obiM île ses eoujis , vous les faisans dorés, vous les ()i>eaux jaseurs aux couleurs changeantes, vous les tigres, les lions el les (mis de la iialioii. yiiatil a nous autres, les simples curieux, les voyageurs oisifs, ouvrons hardiment nos oreilles, nous n entendrons pas la détonation du fusil, mais bien le chant de l'oiseau. A la place de ces cadavres sanglants, voici des oiseaux qui volent. Dans la plus charmante volière (pii soit au monde , des mains heureuses el savantes ont réuni les plus beaux oi>cauxdc la terre, cl nous les pouvons voir dans leurs plus belles couleurs, dans les atlitiidcs les |dus charmantes de leur existence de chaque jour. Ils y sont tous, je dis les plus beaux, les plus charma'nis , les plu» joyeux, dans leur plus transparent attirail. Celle chaîne aih'e commence par le merle rose, pieds orange, bec orange et noir; la liupiie à joue grise, à liée noir, la huppe orange el rouge de b'ii : le chevalier
qui(pielte aux pieds verdâtres, le gros-bec et le bec croisé; l'hirondelle de mer, épouvantait, ainsi nommé parce qu'il est le plus gai des oiseaux; celui-là, comme tant d'aulre^ oiseaux , possède deux plumages, le plumage d'amour et le plumage d'hiver. Quel hoiinue en ce monde n'a i(as son plumage? les cheveux noirs el bouclés; et son plumage d'hiver? la tète grise et chauve. Viennent ensuite, dans celle ronde aérienne, le coq domestique, qui sérail le plus beau des oiseaux s'il n'habitait pas nos basses-cours; le morillon el le héron [lourpre, et le bouvreuil au bec noir, aux pieds bruns, au ventre blanc, et le paresseux dans son plumage (l'aiuour; paresse et [dumage d'auiour, deux mots (pii jurent ! Vous ne sauriez croire que d'admirables petits èlres passent ainsi sous nos yeux ravis. Savez-vous rien de plus joli que la mésange bleue? rien de plus gai que la fauvette à tète noire? El la mésange-moustache? Vous en avez rencontré ]ilus d'une dans nos salons, 1,1 lèvre supérieure onilu'agée de ce lin duvet qui rend la lèvre plus rose el la dent plus brillante. Et le pinson, et le bruant, el la fauvette-rossignol, comme madame Damoreau, et le geai, cet admirable ricaneur; jusqu'à ce qu'enlin arrivent à leur tour les aigles et les cigognes, les faucons et les freux, les outardes et les grues, les corneilles et les engoulevenls ; tous ces lyrans de l'air ont la beasité en partage, lont aussi bien (pie Ni'ron l'euipereur.
Mais cette fois, qui (pie vous soyez, tyran ou victime, gros-becs à gorge rouge on mésange huppée, tourne-pierre à collier, avocclte à nuque noire , bécasseau-échasse , pluvier à collier iiilerroiuiHi , buse el milan myal, cigogne noire et canard tadorne , aigle criard et gypaète barbu, (l'dicnème et lalcve, cresserellette cl gaiiga, ne craignez rien, livrez-vous en paix à vos jeux, à vos amours, a vos j>assions, à vos adorables caprices des quatre sai- S(ms de raniiée; cette fois vous n'êtes pas exposés au fusil Lefauclieiix, au fusil lUibeit , aux lilels et à la glu ; celle fois vous êtes ronieiiienl bieii-aimt', la gloire bien pi'Oli'gée cl bien défendue, la joie honnéle et populaire dii plus beau jardin de l'univers.
La restauration n'a fait que suivre l'inipulsion donnée au progrès du .Musi'um. Ou ne s'est pas contenté, celte fois, d'agrandir le jardin, de le pousser jus(pra la rivière, de le (U'gager de toute ombre lualfaisanle , de tout voisinage incommode, on a voulu encore associer à cette œuvre et à celle joie nationale tous les amis de l'hisloire naturelle. Nous avons vu d('jà (pie plus d'un voyageur, plus d'un marin célèbre avaient donné 1 exemple d'un dc'Viuieiuent sans bornes à celle iuslilulion Ces exicplions trop rares devinrent bienM'it une habitude. Pas un marin de (pielipie importance, pas un capitaine de vaisseau, pas même un lieutenaiil de frégate n'aurait cru son voyage coiuplel, s'il n'ci'il jias pu en consigner ijuchpies souvenirs au Jardin des Plantes. Nous avons di-Jà noiunui le capilaiiic liaiidiu ; il faut nommer \:M J Iliail et Diivamel, M.M l.esi liciiault cl Aiig Saiiil-llilaiie, .\l Delalande. .M. Dussuiiiicr-Fonbliine, M. SIcven, M. Diimoiil-d IJrville, .M. Erey- 1 inel, .M. Philibert, M. le baron Milius, M. La Place, M. du Petil- Thouars, le savant el l'illuslre voyageur autour du monde. Les uns et les autres, de tous les lieux de la Icrrc liabiN'c, de Cabutta et de Sumatra, de Pondichéry el de (!haudcrn,igor, du lîrésil et de rAméri(pie se|ilciitrioiialc , ilu Caji et des l'Iiilippincs et du Caïuase, des Iles de l'Archipel el des bornes du Ponl-Euxin, des terres australes et de la Guyane française et de l'Ile Bourbon, ont envoyé toutes sortes d'échantillons admirables, vivants ou morts, ipii oui agrandi, outre niesurt!, cette luécieuse c(dleclion. A ce propos, soyons justes. A force de nous occuper des grands meneurs du Jardin des Piaules, à biice de parler des Cnvier , des liiiirou, n'oublions |)as,dans notre reconnaissance et noire estime, les humbles compagnons de leurs travaux et de leur science. Que les (lireiieurs du Jardin des Plantes passent les premiers, c'est li(qi juste ; mais aussi (pie les plus hiiiubles ambassadeurs île leurs observations el de leur bu-lune ne soient pas passés sous
Jf
silence. Celte vaste science de l'histoire naturelle, qui embrasse le monile entier, ne peut pas se faire entre (|ualre nuirailles; elle doit, avant toute chose, se re'pandre au dehors. A l'exemple lie toutes les grandes puissances de l'Europe, la si ience naturelle agit surtout par ses députes, par ses ambassadetu's; donc, audessous dti grand naturaliste qui reste an jardin pour ("crire, i)our raconlei', pour enseigner toutes les découvertes dont il a le secret, il y a le naturaliste-voyageur, plus dévoué et jibis ardent, qui s'en va dans toutes les latitudes, ramassant, recueillant, entassant dans sa lourde valise, dans son immense herbier les niin('rau\ et les plantes, les poissons de la mer et les oiseaux du ciel, l'n pareil homme doit être infatigable, actif, laborieux, ])lein il'obslination et de courage. Rien ne le fatigue, rien ne lui fait peur. Pour cet homme, chaque animal de la crt'ation, même le |)lus abject et le plus difforme, est une chose d'une grande valeur. Il ira chercher les plus affreux insectes dans la pourriture, dont ils smit couune une exhalaison vivante; il ira chercher le lion dans sa lanière; il dompte l'éléphaut; il arrête le chevreuil ipii s'enfuit dans les bois; il est chasseur, historien, dessinateur, physiidogiste ; il rapportera de l'autre extrémité du globe une plante inconnue dans son chapeau, une bête f.Toce dans sa cage. .Noble, curieuse et sincère |)assion qui se suffit à elle-même, car pour l'ambassadeur du .lardin des Plantes, on n'a encore inventé ni la gloire, ni les académies, ni les honneurs ipie donne la science. Une fois que ce digne homme est de retour de ses voyages lointains, une fois qu'il a déposé à la porte du sanctuaire cet inmiense butin qui rei)résente souvent dix années de sa yie, c'est à peine s'il lui est permis de s'asseoir à l'ombre des arbres que ses prédi'cessseurs ont |)lantés. Dans ce Muséum embelli par ses soins, rinlréj)ide naturaliste est reçu connue tout le monde. La plante qu'il a ramassée dans le désert, et à laipielle lui-même, mourant de soif, il aura prodigué sa ration deau de chaque jour, la piaule tant aimi'e se titnt dédaigneusement renfermi'c dans son i>alais de cristal. Le digne homme la voit de loin prospérer et grandir; mais c(u'importe? Plus reconnaissant c|ue la plante (pii ne reonnail que le soleil, qui n'ob'it qu'au vent tiède et doux, l'animal féroce dont il a été le gardien et le domjiteur le reconnaît en bondissant dans sa cage, il le salue d'un hennissement jovcux; ce sont là ses plaisirs, il n'a pas d'autres réc:onipeuses. A |ieiue son nom est-il inscrit sur une des pages brillantes de cette grande histoire, a peine si le jardinier en chef le protc'ge. Trop heureux encore s'il peut atteindre à l'honneur inespéré de voir son nom ou bien le nom de son jeune lils, ou bien le nom de sa femme, si souvent délaissée pour la science, se rattacher a cpiebpies-uns des fruits cpi'il a ranieuc's de si loin, à c[uelqu('s fleuj-sdont il aura doté la patrie'.' Lu tel honune est le paria de la science. .Mais tel est le charme de la science, qu'elle ellace absolinnent les humiliations et les dégoûts de tout genre ; elle porte en cdle-même sa consolation et son courage, elle se pas.sc? de la reconnai-sance des hommes , elle se passe de tout , même de la gloire. Ceci vous donne le secret de bien des dévouements obscurs, ceci vous explique bien des luttes ignorc'es. Voulez-vous cependant , pour c(ue notre justice soit complète , que nous prenions au hasard la biographie de l'un des naturalistes dont nous parlons?
M. Milbert, par exemple , mort l'an passé, sans cpie pas une voix s'c'levitt pour lui payer un tribut de reconnaissance et de respect. Peintre, naturaliste, voyageur, correspondant du Muséinn d'histoire naturelle de Paris, au .lardin du Uoi , .lacipies- Gc'rard .Milbert aiu'ait pu attacher son nom aux plus grands travaux et aux plus admirables di'CcmvcrIes de ce teuips-ii ; il s'est contenté i\ y apporter sa part de zèle et d'ulililé. Il c'Iail ik^ à Paris le IK noveudire t7(ili, et de fort bonne heure se révéla linslincl cpii le poussait à étudier Phistoire naturelle dans ses moindres détails. Cette passion naissante poui' toutes les belles c hoses de la création, a commencer par la fleur cpn est à la surface, à
finir par le minerai caché dans les entrailles de la terre , avaif fait toutd'abord du jeune Milbert un dessinateur pratiipie, comme il en faut ]K)ur reproduire, dans toute leur beauté, et sans les embellir, les moindres diftails de l'histoire naturelle.
En 179.S, il fui nommé professeur de dessin à l'école des Mines; la même année, il fut charge! d'une mission dans les Pyrénées; d'où il devail rapporter tous les sites relalifs à l'exploitation des mines. Di'jà les premiers travaux du jeune naturaliste avaient eU assez de retentissement pour que, deux ans plus tard, il fût admis à l'honneur de suivre , dans sa conquête de TÉgypte , le général Ponaparte. Malhein'eusement , tout désigné qu'il était i>our cette expi'dilicin, Milbert ne put pas partir, et cela a c'té, dcquiis, un des grands chagrins de sa vie, c]uand il se souvenait de tous les beaux échantillons ipi'il aurait j)u ramasser dans la vieille i)atrie des Pharaons.
Cependant , pour n'avoir pas suivi le gc'ni'ral Ronapartc dans cet Orient à moitii' concpiis, M. .Milbert ne restait pas oisif; il avait été chargé en 17!l!l de visiter les Alpes, et de s informer en même temps comment ces hautes montagnes pouvaient être aplanies, et comment, depuis Genève jusqu'à Lyon, le Rhône pouvait devenir navigable. L'anni'e suivante, il s'embarquait pour les terres australes, comme dessinateur en chef de l'expédition, sous les ordres du capitaine liaudin. La route fut longue et seuu'e de périls; mais aussi le voyage fut reuqdi de découvertes.
De retour en Ein'ope, M. Milbert fut préposé par le ministre à la publication de cet important voyage. On a aussi de lin, mais e'crite en entier de sa main, une très-lidèle relation d'un voyage aux lies de France et de TénérifFe, et au caj) de Bonne-Espérance. Il écrivait comme il dessinait, dune main nette et ferme, simple et vraie avant tout.
En 1813, nous retrouvons M. Milbert dans les États-Unis d'Amériipie.
En 1817, M. Ilyde de Neuville, ministre de France aux États- Unis, charge M. iMilbert d'un grand travail sur riiistoire naturelle. Ce travail a duré sept années; et pour avoir nue juste idée du zèle, de l'activilc', de la |)atience, du dévouement, du courage de ce savant homme , il Hnidrait lire le rapport adressé par les professeurs du Jardin des Plantes au ministre de l'intc-rieur.
0 Monseigneur , disaient ils , nous avons reçu récemment le.s" douze caisses cpd comi)osent le ciuquaute-huilième et dernier envoi de M. Milbert, et nous pouvons maintenant vous parler en détail des travaux de ce naturaliste infatigable. »
En même temps les rapporteurs rac-ontent, non pas sans ('motion, avec cpu'l zèle, c(uelle cxpc'rience iiltirie d'aiclciir, M. .Milbert a ('tiiclii' riuimense territoii-e des Etals-Unis, ce vaste empire, aussi curieux à étudier par le naturaliste cpie par le philo.sophe cl par le politique; comment M. Milbert a ramassé çà et là les jModuits des trois règnes dont il a enrichi le Cabinet du Jardin du Roi ; ccunment cnlin il a compb'tc', avec sa fcu'tune ]iersoiinelle, les rares subsides c[ue lui accordaient, fiour l'accomplissement de cet immense tra\ail, le ministère de lintérieur et le Musc'um.
11 avait choisi New-York comme le centre de ses opérations scientifiques, et de là il a visité le Canada, les lacs supérieurs, les bords de l'Ohio et du Mississipi. A Boston, il fut surpris par la fièvre jaune , et , à demi mort , il trouva , pour lui lendre une main amie, M. de Cheverus lui-même, le saint c'vêque exilé là, (pu est devenu plus tard un des hommes dont l'Église gallicane sera fière à tout jamais.
.M. Milbert a raconté lui-même, dans la Vie du cardinal dç Cheverus, cpielle était l'hospitalité de ce grand évêi[ue , et, avec son hospilalitc', sa miidestic, sa pauvreté, pciin- ne pas dire sa misêfe; et comment, sans lui et sans M. de Valuais, le consul cle France, et mademoiselle cle Valuais, sa digne fille, lui, Millierl, il serait moit lourdement chargé iju'il était de soti nouveau butin à tfâvei's l'AuM^icpu' du Nord ; et notez bien ipi'il serait mort à la peine plutôt cpie de rien 6lev cle sa noble charge. L'histoire même
en est touchante, et nous ne pouvons pas mieux la raconter que M. Milbert :
0 Dans l'e'te' de 1820, je revenais d'explorer les hautes montagnes des États de Vermont et de New-Hampshire; j étais lourdement chargé des collections d'objets d'histoire naturelle que j'avais recueillis dans cette excursion. Comme je suivais les bords pittoresques du Meriraack, je fus rencontré par M. de Cheverus, qui faisait alors une tournée pastorale dans son diocèse. Surpris de mon état de fatigue, ce bon prélat, tout en louant mon zèle pour la science , m'adressa des reproches pleins d'aflection ; puis il me dit : — Asseyons-nous ici ; montrez moi vos roches , vos
rope, un phoque {Phoca mitrata), dont M. Cuvier lui-même n'avait vu que le crâne, et tant d'autres mammifères de plus de cinquante espèces dont les naturalistes s'inquiétaient beaucoup en ce temps-là.
11 y avait aussi, dans ces envois de M. Milbert, un grand nombre de mammifères conservés dans l'eau-de-vie , plusieurs squelettes les plus curieux, l'elck, le cerf de Virginie.
Quant aux animaux vivants, ils étaient au nombre de quaranteneuf, les didelphes opossum, mâle et femelle, le cougouar de l'Amérique du Nord , l'ours des Apalaches , plusieurs espèces de cerfs de la Louisiane et de la Virginie, l'élan d'Amérique, et sur-
Cabinet d'anatomie comparée.
crustacés , vos végétaux , toutes vos richesses. Vidons ce sac et vos poches aussi ; je veux tout voir. Mais je m'aperçus qu'en paraissant examiner avec soin ces productions naturelles qui n'avaient pas même d'inténU pour lui, il en faisait deux parts, et je lui demandai pourquoi il agissait ainsi. Je fais à chacun notre part, me n'pondil-il; ce second sac est pour moi; gardez seulement votre j)ort(!ffui!le de dessins, je le veux ainsi, mon cher amil Nous allons marcher doucement jusciu'à Lowell; de là, par le canal de Middiesex, nous parviendrons sans fatigue jusqu'à Hoston. Et, malgré tout ce <|ue je ]>us faiie pour m'y opposer, le bon évéque se chargea d'une partie de mes collections. »
Mais revenons à notre ra])port. Outre les rolleilions zoologiques et les dessins sans nombre envoyés par M. .Milbert, on peut citer plusieurs animaux presque inconnus au Jardin du Roi , le minck, la moufette, le pékan, dont à peine les naturalistes avaient entendu parler, un loup américain, et il ('tait encore; ijouteux que l'Amérique ait eu des loups semblables à ceux d'Eu-
tout les deux breufs sauvages, le bison et sa femelle, et il n'a pas tenu à M. .Milbert (]ue cet utile et infatigable travailleur de la Ilaute-Louisiane ne fiit naturalisé parmi nous.
Le nombre des oiseaux s'élevait à i]uatre cents espèces composées de plus de deux mille individus. Tour la i>remière fois, enfin, nous ]>énétrons dans les .serrcis inlinis de l'orniliiologie américaine, et |)arfni les naturalistes les i>1ijs distingu('s de l'Europe , ce fut à (pii complimenterait M. Milbert de n'avoir jamais séparé le mâle de la femelle, et en même temps d'avoir suivi ces brillants échantillons de l'air, dans les nuances diverses de leur |ihimage ; en elfet, ce n'est que par la variété qu'on peut reconnaître l'espèce.
Parmi ces espèces, il y en avait de tout à fait inconnues au Jardin des Plantes ; d'autres qui avaient besoin d'être renouvelées : l'aigle à tête blanche, la buse à ipieue rousse, l'irinombrahle famille des iiifs-grièrlies, des fauvettes et des gobe-mouches, plusieurs troupiales, et entre autres le mangeur-de-riz, les tétras,
que Linné a nommés le Tetrao togatits, Teirao cupido , Tetrao phasianellus, si ma\ décrits jusqu'alors, (lu'on les regardait comme une seule et même espèce, malgré Linné.
La mer et les fleuves n'avaient pas été exploités avec moins de bonheur que la terre ferme : les poissons, les coquillages, les tortues. Sur deux mille deux cents poissons envoyés par M. Milbert, plus de la moitié était même inconnue à Cuvier. Dans ces envois, on remarquait surtout deux requins, cliacun d'une espèce nouvelle, une raie de sept pieds de large et d'un genre à part, les esturgeons du Saint-Laurent, du lac Ontario et du lac Champlain, de six pieds de longueur, les limandes, saumons, bro-
tout la sirène lacertine et les agames et les geckos que contiennent les deux Amériques. Dans les coipiilles de M. Milbert, on a surtout remarcpié des cociuilles d'eau douce, peu étudiées avant lui , et dont il a rapporté plus de trente espèces nouvelles. Des insectes, il en a rapporté quatre cents espèces dont plusieurs sont nouvelles; rien de plus beau que ses papillons de toute coulein-; pas un ordre d'insectes n'a été oublié dans cette admirable récolte de tout ce qui bruit, de tout ce qui rampe, de tout ce qui bourdonne, de tout ce ([ui voltige et resplendit dans les savanes Le règne végétal n'a pas été plus négligé que les deux autres. M. Milbert aimait les piaules vivantes, comme il aimait les ani-
^"r>nEW. BcsT.
Entrée de la vallée suisse.
chets , et enfin i)lusieurs poissons vivants (pii devaient être jetés dans la rade du Havre et dans la Seine pour y ]ierpétuer l'espèce ; car c'était là un voyageur philosoplie qui trouvait |iUis d'utilité à un être vivant qu'à dix reptiles enq)aillés. Mallieureusement des gelées très-rudes ont fait périr les poissons de M. Milliert.
Parmi les oiseaux vivants ([ii'il avait envoyés et qui sont encore aujourd'hui l'ornement du Jardin des Plantes, n'ouiilions pas le vautour brun de la Caroline du Sud , l'aigle chasseiu- des monts Alleghanys, l'aigle à tête blanche des bords de l'iludson , l'aigle de Terre-Neuve, celui des montagnes de Pensylvanie, et nombre de gelinottes, de cailles, de canards sauvages, tout le terrible ou friand |>lumage dont il est parlé d'une façon si coubisc dans les histoires des chasseurs du nouveau monde.
Comme aussi l'intrépide naturaliste, pour être eonqdet , et malgré sa répugnance à ramasser tant de bêtes inutiles, afl'reux chaînons de cette grande chaîne où tout se tient, n'avait oublié ni les lézards, ni les cent cinquante espèces de reptiles, ni sur-
maux vivants ; il avait grand soin de ses herbiers, où il entassait toides sortes de (leurs desséchées. Mais quand, avec la plante, il pouvait envoyer la graine ; ([uand , au lieu du cadavre desséché de la (leur, il pouvait envoyer son Amo, il était bien heureux cl bien lier.
L'herbier lui faisait l'eflet d'un vaste cimetière où re])osent toutes sortes de poussières; mais un beau petit arbre bien vigoureux, une fleur dans sa raciiu', un fruit (|ui rrive en germe d'Amérique, et qu'avec un i>eu de bonne volonté le soleil de la France va mûrir, c'étaient pour lui autant de conciuêles d'un prix inestimable. Comme il les étudiait sur leur terre natale, ces jeunes plantes, l'espoir de l'avenir ! il savait à merveille quelle zone leur pourrait convenir, sur ipicl sol ce chêne pouvait devenir un chêne, sous cpiel air cette rose pouvait fleurir; il s'iucpùélait avec une sollicitude toute paternelle des érables, des peupliers, des noyers, des châtaigniers, de toutes les épines qui fleurissent au printemps, et il les envoyait en Europe avec toutes sortes d'indi-
cations qu'il fallait suivre si on voulait voir l'arbuste prospérer et grandir.
A défaut de nouveaux fruits, il envoyait des bois nouveaux; il allait chercher jusque dans les sols limoneux , dans les sables et même sur les hautes montagnes, dans les fentes des rochers, les pins, les cèdres, les gene'vriers, les mélèzes, les sapins, les cyprès. C'est lui <pu nous a envoyé le cypi-ès chauve, un arbie utile, s'il en fui. Vous le plantez dans la tourbe au milieu de l'eau, et ses feuilles ([ui tombent, le détritus de ses racines et de son jeune bois, ont bientôt composé autoiu- de l'arbre une véiilalde terre végétale.
.Nous lui devons aussi un chanvre nouveau , une paille plus belle ipie la i)lus belle paille d Italie, une espèce de patate qui se rencontre à cette heure dans tous les jardins. Si M. Milbert n'avait enrichi que des herbiers, il n'aurait droit qu'à l'éloge des savants: mais il nous a donné des fleurs ((ui fleurissent à tous les i)rintemps, des arbres (pii piu'lent des fruits et de l'ombre, il a droit à la reconnaissance de tous.
Dans le règne minéral, le savant naturaliste n'a pas été moins heureux ; il a envoyé par fragments des é( hantillons de r.\mérique tout entière, des minéraux inconnus, des espèces nouvelles, des roches merveilleuses, i)Uis de sept cents éi'hanlillons de roche : vous jiouvez suivre, grâce à lui, dans leurs miiiéi'aux divers, la chaîne des .VUeghauys, les plages orientales qui Itordent lOcéan , les bords du fleuve Saint-Laurent, de l'IIiulson et du Potamaik, les lacs Huron , Champlain, Krié, Ontario; il a ramassé un grand nombi-e de débris organiques fos>i!es recueillis à la surface de ces vieux terrains calcaires qui constituent I immense plateau où I Oliio, le .Mississipi et le Saint-Laurent prennent iiaissiince; ainsi, grâce à lui, les géologues ont pu couq)arer la constitution du sol des États-Unis avec celle des autres parties de l'ancien et du nouveau continent qui nous soûl connues.
Au total, les collections de M. Milbert di'pas.sent huit mille écliantillcins de tout genre j'ecueillis dans tous les règnes.
Ce rajqiort stu- l'excellent et infatigable voyageiir est eouliruK' par une parole authentique de M. Cuvier lui-mêiriB : « M. Milbert surtout, dit M. Cuvier, artiste distingue, a mis dans ses reciierches une persévérance inoine, et expédié plus de soixante envois; sans avoir été d'abord un naturaliste de i)rol'ession , c'est un des hommes à qui l'iiisldire naturelle devra le plus de reconnaissance. »
Quand il eut accompli celte longue et diflicile mission , M. Milbert jiartit pour la France, accompagnt' de M. de Clieverus, ipii , lui aussi, rentrait dans sa pairie après avoir accompli de diflicdes devoirs.
Ils étaient déjii arrivés en vue des côtes, lorsque la tcnipéle menaça de briser le navire qui les portait; on eut dit (pie la voix du saint prélat imposait silence à l'orage, le navire fut jct(' à la côte, mais i>ersoune ne périt. De cette comnuuiaut(' de dangcis entre le savant et le saint prélat devait iiaîlre une amilié (pu n'a été iuterrouqau' que par la mort ilii cardinal-archevéïpie de Bordeaux.
Telle a été celte vie si honorable et si renqilie , utile entre toutes et si modeste, que les savants seuls ont enteiulu parler de M. Milbert.
Il u est pas juste ipie de pareils hommes sortent de ce momie sans (pi'au moins ajirès eux une voix s'élève pour dire a lous ce qu'ils ont été et quels services ils ont rendus.
Au surplus, ces injustices de la reconnaissance publique deviennent de plus en plus rares; la conscience publiipu^ s impiièle de toulce ipii se fait d'utile de nos jours, et un seutiuuuit de juste reconuaissam:e est tiuijours prêt a nimuni'rer <u,'s modestes Iravaux. Voyez ce ipji vient de se passer tout r('cenHnenl en i)leine Académie des sc.ieuc(!S, au sujet des collections rapportées par l'expéditlonde l'AsIrolaie et de la ZiUe, eonunaudée par le contre-amiral Dumonl-d tJrville? La gramie .serre du lardin <les
Plantes sullirait à peine pour contenir tout ce qui a été recueilli sur tous les points du globe , pendant deux ou trois ans de navigation. Les princes, les ministres, les hommes les plus distingués de la capitale ont afflué pendant plusieurs semaines dans celle enceinte si merveilleusement remidie; chacun a pu admirer ces étranges productions des )ilus biiulaiucs cnntn'es, et s'enorgueillir, avec ceux qui les avaient rasseudilées, de ce surcroît de richesses pour les galeries du Muséum. La collection de tètes humaines, rapportée par le docteur Dumontier, a surtout excité l'allention des savants, des philosophes et des moralistes. Cuvier avait rasseudilé, avec des jteiues infinies, un certain uoudu-e de crânes appailenaut aux principales races , et l'on ailmirait ce complémeul indispensable des travaux de Camper, de BufFon, de Sœmmering, de Pallas, de Blumenbach. C'étaient les premiers échantillons du Muséum humain ; car, il faut bien en convenir, le roi du monde cr('é, ce vase d'élection ou fut déposé le germe de la suprc'ine intelligence, l'iiomnie, qui ])orte sur son front le signe d'une origine céleste, tient par tant de liens à l'en.semble du règne animal, qu'il ne peut eu être séparé qu'en vertu d'une abstraction psychoingicpie. Et. pour obéir à la loi conimime (|ui veut des ]ierfeciionueuu'nls gradués et successifs, l'espèce humaine présente un certain nondue de races (pii seudd.ut indiipier le progrès, et marquer de nondjreux degrés entre les peuplades grossières de l'Océanie et les plus nobles types de la race caucasique. Une semblable étude, qui se fait en quehpie sorte à nos piopres dépens, cpn nous assimile aux espèces .inimales si rigoureusement classées, est un acte de haute rai.son , d'humilité glorieuse; c'est une autopsie qui n'est ]terniise qiL'à nous, qu'il notre siède, et qui couronne dignement le vaste édifice élevé par les lenips modernes ;i l'c'lerntd honneur des sciences naturelles.
Tous les navigateurs avaient signalé l'existence de races distinctes rc'pandues |)ar gi'ou|)es dans les diverses parties du globe. La coufornuiliou gc'uérale de la tète ne jiouvait être le siuq)le résultat de causes accidenlelles, et il fallait admettre une difïe'rence radicale, primilive, entre le Cafre elle Français, entre les peaux rouges de rAméri(|ne du Nord et les habitants du Céleste Euqiire, entre les Malais et les peiqilades de la -^'lUlvell^-Ibdlatule. La grande (|ueslion d'une origine uni(|ue, soumise aux lumières de l'expt'rieuce, a jiaru se com|di(pier de diflicultés S('ii(uses, et l'orlhodoxie de nos anatomisles ne s'est pas conlentée d admettre les l'aces japéliques et séinitiipies. Mais si les plus nobles esprits ont établi sur de solides preuves une concordance entièrt; entre la géologie et le premier livre de la Oeyièso , nul doute (pi'on parviendra à trouver le lien tpii unit chacune de ces familles humaines éparses sur la surface du globe, et à' montrer l'étroite parenté qui existe entre ces enfants perfectionnés ou dégénérés d'un même père.
M. Dumontier a icudu un immense service à la science de riiouHue en l'éunissant plus de cinipiantc tètes uiodeli'cs sur l'individu vivant, colori('es de la manière la plus exacte et conservant l'identité des ]ihysionomies. Il ne s'agit i)as ici de crl^neSi déjà fort précieux sans doiile, mais enfin n'oH'rantà l'œil (pi'une foruH' dépourvue de ses envelo|>pes <'l de ses caractères les i)lus saisissants; ce sont des lètes pleines de vie, relli'Iant les liassions brutales du sauvage héli('té , lasluce du bipède aflamé qui cherche sa proie, la ruse cruelle de I anthropophage; qui a soif de votre sang; c'est l'homme enfin tel ipi'il .se pn'senle à l'observateur, alors qu'il s'abandonne sans frein à ses appétits grossiers. Et i|uelle |)atieuce, quidle persuasion n'a-l-il p.is fallu déployer liour obicuir de ces barbares li^li^aiige faveur t\\\v l'on allcuilail d'eux! Modeler une lèle vivante'. Mais savcz-vous (pie les jdiis civilisés tic nos <ompatrioles eonseiiliraieut à peine à se laisser ensevelir dans une masse de plaire délayé; mais savez-vous ipu; celte sorte d'enlerreincnl exige , coiiiine c(unlilion pn'alable, le sacrifice de la ehevcliire , (ui , tout au moins, nue prc'paralion presque aussi désagréable! El loistpi on songe auN obstacles de
toute espèce que M. Dumoulier a dû leiirontrer dans l'accomplissement de cette sinsidière entreprise, on ne saurait se lasser d'admirer les résultats obtenus, et l'on s'associe pleinement aux c'ioses et au\ r('ooui|)enses qui lui ont été diVernés.
Et les roiiuilles avec les animaux vivants ou conserves dans l'alcool, et les insectes les plus étranges, et les oiseaux , et les poissons! C'est un monde toujours nouveau (pii vient augmenter notre monde connu; c'est une pofmlation toujours croissante, et dont on s'apjdaudit comme pourrait le faire un souverain ipii, placé à la tête d'une grande nation , se trouverait chaque année plus rirlie, plus puissant dun million d':^mes. Les derniers travaux de Lacépède et de Cuvier sur les poissons constataient l'existence de cinq ou six mille espèces, et aujourd'hui M Vahnciennes en compte plus de douze mille. Fabricius, Latreille et les derniers entomologistes, ne possédaient pas plus de vingt mille espèces d'insectes, et aujourd'hui M Aud<iuin , qu'une nuirt prématun'e vient d'enlever à ses travaux, M. Milue Edwards, ont plus que doublé ce nombre, et le baron Dejean possède dans son cabinet près de vingt mille coldoj>lères. Quedirai-je des oiseaux, ces joyeux habitants de l'air, qui chatpie année sont obligés de serrer leurs rangs, déjà si pressés, pour faire place aux nouveaux venus, et cpii se rangent si admiiablement dans les familles instituées par lîudon , Vieillot , Duméril , Temminck et Latham? Cha |ue nouvelle expédition rapporte des espèces inconnues, des papillons qu'on prendrait i)our des oiseaux, des oiseaux ipii ressemblent à des papillons, et ces merveilles d'une création inépuisable, ces conipiètes de la science brillent aux yeux de tout le monde dans ces galeries que l'on doit agrandir sans cesse.
Vous voyez donc que cette institution des voyageurs du Jardin des Plantes ipii produit avec si peu de bruit de pareils hommes et de paieils dévouements, est une de ces nobles institutions (jui annoncent et qui prouvent les grands peui)les. Elle a fait de ces quelques arpents de terre perdus dans un des faubourgs de Paris, comme un vaste et puissant royaume qui envoie ses ambassadeurs dans toutes les parties de l'Europe : and>assadeurs triomphants et glorieux cette fois, cpie rien ne saurait arrêter, ni les flottes chargées de canons, ni les forteresses armées, ni les guerres de peuple à i)euple, ni les déserts, ni les lleuves débordés, ni les vallons, ni les montagnes. Qui que vous soyez, nations armées pour la guerre, laissez-les passer, ces ambassadeurs du i)rintemps et de l'automne, ces représentants pacifiques de Pomone et de Eliire , ces Talleyrands modernes et passionnés de toutes les beauli's naturelles; laissez-les passer, car on n'en veut ni à vos frontières, ni a vos livages, ni à vos chartes, ni à vos despotes; tout au plus veut-on ramasser ([uelques poissons dans vos fleuves, deux ou ti'ois co((uilles sur les bords de vos mers, qiiehpu's graminées imonnues sur le sommet de vos montagnes, un boutiui dans vus jardins, un pépin daus vos vei'gers, un oiseau (pii chante s\n' la brandie de vos arbres en Heurs. Voibi tout ce qu ils demandent, les envoyés du noble jardin ; et connue échange naturel de cette modeste récolte dans vos plantations, dans vos bruyères , dans vos rochers , dans vos sables , dans les tanières de vos lions et de vos tigres, ils vous a|q)orteront nos plus belles (leurs, tu)s plus beaux arbres, les fruits les plus savoureux, les graines les plus fertiles, leuis animaux les plus lideles, les oiseaux les |)lus ehiuiteurs. Aussi telle est la force toute-puissante de la paix et de la bonté parmi les hommes, telle est l'attraction inévitable de cette chose divine, ai)pelée la bienveillance , que , seuls dans ce monde, les audiassadems du Muséum sont assur('s, nit'ine iiarmi les peui)les les plus fi-roees, tht leiiconlier les plus tendres sympathies. Le missionnaire lui-méuie , (pu iiorle IlOvangile dans sa robe noire, comme ce lîomain (pu |)orlail la jiaix ou la guerre dans le pli de son manteau, le missionnaire lui-même n'est pas autant le bienvenu (pie ces missionnaires de la science, tous charg('S(le ces o|iulentes corbeilles. Par une espèce de trans-
action tacite qui n'est inscrite dans aucun de nos traités internationaux, il a été convenu qu'en tous temps, en tous lieux, à toute heure de la paix ou de la guerre universelle, passerait le commis voyageur du Jardin des Plantes. Il est neutre, ou, pour mieux dire, il appartient cà la civilisation tout entière; il peut crier, lui aussi, ,à chaque obstacle du chemin, son Civis sum ro- 7iianu!t! inviidable et sacré. Non-seulement il adroit d'asile, mais encore il a le droit de cueillir et de ramasser tout ce (jui se rencontre en son chemin; chaque plante tombée du sein de Dieu, fécondée par la rosée, mûrie par le soleil, chaque animal vivant ou mort, appartient de droit à ce eimqiu'rant paciRi]ue. On irait, mais en vain , dans les annales de toutes les sociétés humaines pour rencontrer une instiluli(m égale à celle là, et notez bien ipi'elle s'est faite parla force des choses, quelle existe indépendamment de tout ce qui est l'autorité et la puissance, comme vivent, en fin de compte, toutes les choses humaines (|ui reposent sur l'utilité et sur le dévouement.
11 est bien entendu que cette noble mission , à travers les forêts, les plantes, les océans et les déserts de ce monde, devait avoir ses martyrs. La vie n'a ele' donnée à l'homme que pour la pouvoir sacritier, connue on donne une dernière preuve d'obéissance et de respect à ses espi'rances et à ses ( onvietions. Tel s'est fait tuera Auslerlilz, à Wagram, à Waterloo, pour avoir son nom écrit daus le bulletin impérial, ([iii ne ciiiii|irendrait pas (pie, pour compléter son herbier, un jeune savant de trente ans aille chercher la peste et la mort sur les montagnes de l'Himalaya. Celui-ci veut bien ju-endre à lui seul toute une batterie de rauoiis (pii lonuent; mais il fuirait ('pouvante s'il lui fallait aller dérober dans sou antre les petils d uu tigi'e et de sa femelle. Dieu merci! de quelque genre (pie soit la gloire que l'on cherche, c'est toujours la gloire. Christophe Culonib n'a pas été plus heureux et plus fier (piand il eut découvert un nouveau monde, (]ue le fut Cuvier, lorsipi'il eut retrouvé, daus les di'bris de la en'alion, (|uelques-uns des animaux (pie le ]ireinier déluge croyait avoir emportés avec lui. Le savant Tournefort s'estime tout autant pour avoir donné son nom à des plantes sans baptême, qii'IIerschel lui-même pour avoir imposé son nom à une comète errante dans les espaces du ciel. C'est là un des charmes de la science : il n'y a pas une science si petite ipi'elle soit, et si restrriute, (pii n'ait son immensité et sa grandeur. Ne vous étonnez donc pas que le Jardin des Plantes ail porté plus d'une fois le deuil de ses missionnaires les plus intrépides: M. de Godefroy, mort à Manille dans une émeute; >I. Ilavet, mort à Madagascar, épuisé de fatigues, et enfin un luinnue sur Icipiel nous vous devons ()uel(|ues détails, un jeune et intréi>i(le naliiialisle (pii l'tait en uK'uie temps un grand écrivain , 1 honneur impérissabh' du Jardin des Plantes, mort au bout du monde, mort à trente ans, mort entouré d'estime, de pilié et de regrets, mort loin de sou père, loin de ses amis et de la gloire , j ai nommé Victor Jacipieinont. En 1^2!), .\1. Victor Jacquemont était , comme la plupart des jeunes gens de (piehpie valeur sous la reslauralion (elle s est iierdiie pour ne pas les avoir reconnus), un jeune honinu; sans emploi et sans fortune, mais plein de zèle, plein de courage, savant comme un vieillard, ardent comme nu jeune homme, intrépide connue un siddat; (piehpiefois même c'était un poelc, poète à ses heures, (piaiid il avait le teiiqis. Son ()isivet(' pesait à ce jeune homme ; il sentait en liii-iiiêrae ce queliiui^ chose là qui p(mssait André Ch('nier. Le Jardin des Plantes s'empara de Jae(pieuionl. On lui donna pour commencer rex|)loitation scientitupic de l'Inde anglaise; les appointements étaient des ]dus iiu'diocres. Le Jardin des Plantes, lui aussi, tout comme s.iiiit Paul, ne promet guère à ses ap(">lres (pie le vêlenuiil et la nourriture, l'ictuin H vrstiluin. Jaeipiemonl s'embanpia à Itrest , au mois de septembre 1828; il allait si loin , que, tout hardi qu il était. Il avait peine à regarder en face le but de son voyage. Tous les voyages autour du monde se ressemblent; c'est toujours la mer, ce sont les mêmes Iles,
toujours l'Espagne , le pic de TenérifFe, la ligne qu'il faut passer avec de folles cérémonies ; toujours le Bre'sil habite' par une centaine de vicomtes el de marquis , par quelques milliers de fripons à peu près blancs , par un nombre effroyable d'esclaves à peu près nus ; arrivent ensuite Bourbon, Pondiche'ry, Cayenne, toutes sortes d'histoires toutes faites. 11 faut avoir bien de l'imagination et de l'esprit pour trouver à dire quelque chose de nouveau à propos de ces parages parcourus si souvent, et par des hommes si divers. A la fin donc voici Victor Jacqueraont en Asie , le voilà en pre'sence de lord Bentinik, cet homme qui , sur le trône du Grand Mogol , agit et pense comme un quaker de Pensylvanie. Là commence l'œuvre de notre voyageur; il apprend la langue persane,
sortes d'empressements et de respects ce noble dévouement à la science. Ainsi toutes les routes lui furent ouvertes, mais quelles routes difliciles ! Il fallait passer sous 1 équateur pour vivre parmi les neiges éternelles, dans une hutte enfumée; il fallait voyager tout seul , presque sans escorte , couché sous une tente biùlante à midi , glaciale le soir, s'arrêter à chaque pas pour ramasser des herbes et des pierres , et , ce qui est le plus triste , n'être pas soutenu par l'enthousiasme, ce frêle soutien qui vous porte un instant dans le ciel, pour vous rejeter tout moulu et tout brisé sur la terre. Bien plus, il fallait commander le silence à la poésie, remplacer l'imagination par la science , contempler le monde , non pas en acteur passionné, mais en spectateur critique et dé-
tNoftev<.Besx./fi Léi-aiit
Intel ieur des Galeries tl Uistyire na'.urell
il étudie dans son va.ste ensemble le janlin liol.iniquc de Calcul la, tous les végétaux de l'Inde anglaise, i>iépar.iiit ainsi a liiisii- celle expédition dont la fin devait être si funeste. C'est ainsi qu'en six semaines il lit une connaissance honnête, sinon complète, avec le mullam sine nomine plehem de la végétation indienne, 'foui d'aboi-d la cour de lord William Bentinck, tous ces Anglais ed'i'niin('s de l'Orient, ces usurpateurs souverains du royaume du (iraml Mogol, ne romprenaicril rien à la vuialidu de ce grand fluet de Parisien , en habit étriqué et brûlé par l'eau de mer, ijui venait de si loin pour s'évertuer sur les herbes, les pierres et les bêtes de leur i)ays. Ces Anglais (|ui ne marchent (|ue suivis d'une armée de serviteurs, ces colonels à ."l-ijOOO fr. d appointements par anm'e, ne se ren<laient i>as bien compte de la |irob'ssion de .laccpicmont, de son titre, de la misérable simplicité de son appareil ambulant. Mais cependant, rien qu'à le voir et à l'entendre, on eut compris bien vite la haute portée de ce jeinie honmie. Chacun lui tendit une main favorable, lord Wiiliiuii lierilinck l'adopla comme son fils: ce fui à (pii reconnaîtrait par toutes
sinli'ressé de ces scènes divfr.scs; telle était la ISche de .lacqueinont, libelle stérile, mais utile; la science devait profiter de toutes les douces joies que le voyageur allait perdre. Le sangfroid de cet homme, dt'jà épuisé, devait rejaillir sur les observations de cet ingénieux es|)ril. Il aura bcauroup moins d'admilalion pour la ciiaiuc centrale de l'Himalaya, mais en revanche il jioussera beaucoirp plus loin ses belles iccluTclies géologicpies; il ira, non pas s'extasier devant la haute vallée du Sutlege, mais il pas.sera six mois d'étude et de travail dans ces sites élevés de dix mille ])ieds au-dessus du niveau de la mer, mais il composera à loisir ses collections dliisloirc naturelle, mais il laissera des traces éternelles de son passage dans ces déserts, où n'est pas arrivé encore un seul homme de son nu'tier. Ce q\ii fait le charme (lu voyage de .laccpu'uiont, Dieu nous pardonne si nous blasphéiiinns ! c'est l'absence de toute espèce d'enthousiasme; cela ne rc.'sendde en rien à l'émotion inli'ricure de M. de Chateatdiriand dans Alhèries, dans .lérusalem, non |)lus qu'à cette admirable description du nouveau monde ; c'est en revanche une ironie
fine, gracieuse, légère, amicale; le causeur et le savant s'y montrent à la fois dans leur plus aimable néglige. Même dans les montagnes de l'Himalaya, ce jeune homme se souvient de Paris, de l'atlicisrae parisien, de la conversation parisienne; l'isolement lui [lèse sans l'accabler; perdu si loin de son i)ays, perdu dans les déserts glacés des plus hautes montagnes du monde, il ne songe même pas à se défendre contre l'ennui; l'ennui ne peut rien contre une âme ainsi trempée ; il obéit nettement, franchement à la destinée qu'il s'est faite, il est calme parce qu'il est fort: il ne s'occupe pas si entièrement des arbrisseaux et des plantes qu'il n'ait un coup d'orli pour cette Fraure
pas ravagé j)ar la multitude, pourvu que sa modeste pension lui soit conservée , pourvu qu'il puisse revenir quelque jour ! En attendant, il cueille des fleurs pour sa cousine, une anémone parmi les neiges de la source du Gumua, une primevère dans les aipes du Thibet, fleurissant le long d'un sentier couvert de neige à une hauteur supérieure à celle du Mont-Blanc; et encore plus haut que la primevère, une simi)le violette! Ce sont là ses conquêtes, la révolution de juillet n'en a pas tant conquis.
Rien n'est aimaiile à voir et à suivre comme ce jeune lioinme, parcourant d'un pas ferme et dune ûme forte les positions les plus difliciles et les plus curieuses de l'Asie. Dans ces tristes
L'élable île la girafe dans la grande rotonde de l'élépliant.
«pi'il a laissée toute remplie d'agitations et d'inquiétudes. Que fait-on là-bas? <pie dit-on? comment se gouvernent ces iut('ièls et ces passions (jui menaçaient d'envahir l'Europe et le monde? Où en est la Grèce, où en est Alger, où en est l'Angleterre? A toutes les ([uestions qu'il s'adresse lui-même au fond de ces déserts, la France i('|iond par la révolution de juillet. Il lit dans la Gazcitcdc Calcutlah'S mêmes mots anglais (pii,à cinquante ans de distance, avaient (h'jà réveilléM. de Chateaubriand dans ses déserts; The new frencli rernlution, avec celte difrérence ce])endant (|ue M. de Chateaubriand le gentilhomme, apprenant que son roi va être mis à mort, abandonne tout d'un coup celte sécurité brillante et charmante des déserts ani('ri(aius, pour se rejeter dans les Icmpêtes et dans le sang de la France , pendant que le scepti(iue .lacqucmont , après avoir écouté île loin le grand bruit des trois jours , s'enfonce de plus belle dans les déserts et dans la science. Que lui imi>orle , en clfet , la nnr fmichrccolulion! qu(' lui importe ce vieux loi ipii s'en va loin du trùne (pi'il n'a pas su défendre , ])Ourvu seulement ipie le Jardin des Plantes ne soit
royaumes de la force malt'rielle, où le mot de justice est à peine connu, cet homme seul et pauvre se fait respecter par l'unique ascendant de ses lumières et de son bon droit . Les voleurs ipi'il rencontre en sou chemin, il les tient en arrêt par la toute-puissance de son regard; les plus aflreux despotes de l'Orient, il les dompte, et (piand ils sont vaincus, il les force à lui apporter même leur respect, que dis-je? même leur argent. C'est ainsi ipi'il a passé par le royaume de Lahore, et qu'il a fait île l!unjet-Sing, le roi soupçonneux de ces conlrécs, une espèce d esclave obt'issant et dévoué. C'est une histoire des plus curieuses; elle est racontée avec beaucoup de verve , d'esprit et de bonne humeur. Notez bien que ceci se passait, pour ainsi dire , au moment où il n'était question (pie de l'Orient en poésie: c'i'iait le temps où on li<nit encore les Orientales, c'était le Icnqis où M. de Lamarline allait partir pour retrouver dans la terre sainte les traces de M. de Chateaubriand. Victor .Taccpiemont faisait encore mieux que le grand pocte , il allait dans des jiays inconnus, et ces pays inconnus il les étudiait, non-seulement dans leurs ruines, mais
LE JARDirs DES PLAINTES.
encore dans le plus pelit rragmenl de leurs montagnes , dans la plus imi)eiTepti!jle (leur de leurs jardins. C'est là, au reste, le beau moment de la vie de Jacquemont ; jamais les vives puissances de son esprit n'ont jeté au loin plus d'éclat et plus de grandeur. Si nous pouvons juger la science de cet homme par sa pre'voyance politique, un ne sauiail trop admirer l'une et l'autre. De si loin il juge à merveille les hommes et les choses de la révolution rie juillet; il setounc de voir ces honmies si vieux se mêler à des choses si nouvelles, yuels regrets ! quand on pense que peu à peu la mort arrive , qu'elle va le surprendre au milieu de ses travaux commences, que le climat funeste e'tend |>eu a peu son horrible influence aulour de ce savant et malheureux jeune homme! (>iiendant il faul obi'ir à la nécessite'. Tout à coup .lacquemont, si bien portaul la veille, se sent pris par de sourdes douleurs. Comme il e'tait tant soit peu me'decin , il voulut résister et se d('fendre : le mal résista au médecin et au malade réunis, .lacquemnnt voulait vivre, la vie pour lui était si belle, il avait si grande envie de revoir- son j)i're, et son fière, et ses amis, et cette france (ju'il aiujait! Vains efforts! vaine espérance! il faut mourir, il faut ne plus revoir personne; il faut mourir seul. Il avait pris son mal dans les fortMs empesli'es de l'ile de Salsette, à l'ardeur du soleil , dans la saison la plus malsaine A peine suton (pi il était malade , que l'Iiospilalilé la plus ein|)resst'e s'empara de J.icipieinont Sa maladie dura trente jours, la soufTrance fut horrible, la raison resta nette et forte jus(pi'à la fni. « Ma fin, disait-il à son frère , est douce et trampiille. Si lu étais là assis sur le bord de mon lit, avec notre père et Frédéric, j'aurais l'Ame brisée, et je ne verrais pas venir la murl avec cette résignation et celte sérénit('. Console-loi, console notre père, consolez-vous mutuellement, mes amis.
» Mais je suis épuisé par cet elTorl d'écrire , il faul vous dire adieu ! adieu ! Uh ! que vous êtes aimés de votre pauvre Victor 1 Adieu! jiour la dernièie fois!
» Étendu sur le dos, je ne puis écrire qu'avec un crayon. De peur que ces caractères ne s'efl'acent, l'excellent M. Nicol copiera cette lettre à la plume, a(in que je sois sur que lu puisses lire mes dernières pensées. »
Tel est l'homme que l'histoire naturelle a perdu à l'instant même où cet homme allait arriver à toute sa valeur, .lacrpieuiont appartient donc à l'histoire du Jardin des Plantes par toutes sortes de travaux utiles, par toutes sortes de regrets, d'espérances déçues et de souvenirs éternels. Deux hommes nous restent dont il faut parler, et dont à coup sur nous n'essaierons pas de raconter les travaux et la gloire, tant cette enlrei>rise-là serait au-de.ssus de nos forces. (!es deux hommes, l'honneur de la science, vous les avez di'jà nommés, c'est M. GeofTroy Saint- Ililaire et Cuvicr La lutte mémorable dont liufTon et IJnné avaient donm- l'exemple au milieu du dix-huitième siècle, Geoffroy SaiLit-llilairc et Cuvier font leproiluite de nos jours ; lun et l'autre, ils sont les rliel's respectés de deux l'coles opposi'cs. L'un se contente de classer et de décrire, l'autre va jjIus loin , il s'occupe avant tout des rapi)orts et des causes secondes de l'humanité; celui-ci marche à la tète dune foule immense de zoologistes, celui-là ne vient (pi'a la suite de liuU'ou ; l'un a pris pour sa devise ces (rois motsc('lèbres: Classer, décrire et nonniier, l'autre veut être avant tout un inventeur. Le premier a ail(q)té l'œuvre de Linné, en la perfectionnant, le second a perfectionné l'œuvre de Bufl'on en l'agraiulissant ; ils résument à eux deux toute la science; son passé, son présent, son avenir. Ces deux hommes très -grands sans doute lun et lautie sont deux enfants du Mus('um. l'^n 17'Jl, (leofl'roy Saint llilaire ('tait professeur de zoologie au Musi'um d'histoire naturelle, il travaillait lentement à cette gloire qui <at devenue la notre. Il recul un jour une lettre d'un houuue inconnu qui devait être \in grand naturaliste. Il écrit à cet homme : Venez. Cet homme arrive, (Jeoll'roy Saint llilaire partage avec lui ses livres, sa science, sa maison.
ses travaux; ce nouveau venu s'ajjpelait Ceorges Cuvier. D'autres que nous raconteront les travaux de Geofl'roy Saint-llilaire, qui a trouvé un digne successeur dans son (ils Isidore. Quant à Georges Cuvier, le choléra l'a emporté au milieu de Paris, comme il a emporté Victor Jacquemont au milieu de l'Inde anglaise. Nous avons suivi le noble cercueil de Cuvier. et nous avons pu juger de ce que pouvait être la douleur d'une grande nation. Génie égal au génie d'.Aristole, homme qui savait toutes choses, esprit infatigable, cet homme a retrouvé l'histoire de la création, qui s'était perdue. H est venu en aide à l'histoire de l'anatomie comparée , et il en a fait la plus belle des grandes sciences; il a donné un nouveau caractère à tous les genres cpi'il a cultivés. Dans ses leçons éloipienles entre toutes, Ihistoire des sciences est devenue l'histoire de l'esprit humain. «J'ai voulu mettre l'esprit humain à l'expérience, >> disait-il. C'est lui qui a créé l'enseignement de l'anatomie comparée au Jardin des Plantes, c'est lui ((ui a fait au Collège de France , d'une simple chaire d histoire naturelle, une véritable chaire de la philosoiihie des sciences. Voulez-vous savoir sa biographie, elle est dans toutes les mémoires. Il est né le 23 août 1709 à Montbéliard , une ville devenue française. Son père était pauvre, sa mère était belle et d'un grand esprit, et de bonne heure elle apprit à son fils à aimer l'histoire, la littérature, les beaux-aits , la curiosité de toutes choses. Le |iremier livi'e qu'il lut avec admiration, ce fut Yllisloivf naturelle de Duffon, et, avec l'Histoire naturelle, \e Système de la Nature de Linné; mais que lui importent les livres? la mer et la terre , voilà ses grands livres: voilà le livre (]u'il lit la nuit et le jour Ainsi il arriva à Paris tout arnu' de science et d'observations, ainsi il entra au Jardin des Piaules en J802; il était secrétaire de l'Institut en 1803; en 1808 il était membre du conseil de l'Université. Il sulFisait à tous ces travaux si divers; en même temps il créait au Muséum des collections si belles, « (ju'il ne croyait pas, disait-il , avoir été moins utile à la France par ses coltectimis seules que par tuus ses autres ouvrages. « La vie de cet homme est si rem|die, (|u'elle fait peur. Chaque heure de la journée avait son travail manpié , charpie travail a\ait son cabinet qui lui était destiné; il passait sans transition aucune d'un travail à un autre. Il eut étt' impossible de retrouver dans la première minute de Iheure suivante Ihominc île Iheiire ipii venait de s éc(uiler.
Le .Muséum d'histoire naturelle de Paiis n'est pas seulement le premier, le plus beau , le plus riche de tous les établissements de ce genre, il en est encore, et cela vaut mieux, le plus noble, le plus libéral. Ouvert au public plusieurs fois par semaine, il l'est toujours aux personnes studieuses qui veulent feuille(erle grand livre de la nature. Nulle part au monde on ne trouve un tel concours de richesses, et nulle part ces richesses ne sont jikis accessibles à tous. La courtoisie française ne fait acception de liersonne : les i>ièccs les ])lus rares, les échantillons les jiliis précieux, les catalogues les plus laborieusemiiit achevés, sont tenus à la disposition de quiconque en a besoin; .\nglais, .Mlemands , Russes, Italiens, Américains, tous sont accueillis à ce vaste banquet scientifique, et tous en sortent pleins de gratitude pour cette hospitalité royale. C'est ipie la France est grande et généreuse, c'est qu'elle ne connaît pas cet égoïsme étroit qui entasse des richesses inutiles et qui refuse la liiiuière à cvus. ipii viennent s'asseoir à son foyer; c'est quelle comprend la vi'ritable fiaternité des nations et (pi'elle simU bien ipie la science ne jieut être ni parqm'e comme les penides, ni limitée comme les empires. Il s'agit ici du domaine de la nature, des droits et des besoins de riiumaniti' tout entière; il y aurait crime à refii'-er la libre comluuiiicalion de ces trésors qui peuvent être utile- à l'espèce huiiiaine.
Allez donc visiter le Jardin du Uoi , entrez dans celle nouvellt; galerie de minéralogie qui ressemble pour la dimension aux plus. vastes callu'drales, jetez un coup d'iril sur ces armoires ipii contiennent de- fragments de toutes les montagnes, des écliaiitiUons
de toutes les terres, des mine'raux arraches aux entrailles brûlantes de notre Riobe. Examinez la suecession merveilleuse des couches qui forment l'enveloppe solide de notre planète et les divers corps organises qui apparaissent graduellement, depuis l'informe Irilobite des ardoisières jiis(pi'aux mammifères fossiles des terrains d'alluvions modernes. Vous y trouverez la preuve des rt'voliilions antiques de la terre où nous vivons, vous y assisterez au développement successif des êtres organises, vous aiiercevrez la trace des pas de ces grands animaux sur cpiehpies loches (|ui se sont lentement durcies et ont conserve ces i)rodigieuses empreintes. Vous comprendrez enfin que cette nature, rerum magna parms , n'est pas seulement un vain sperlaele |)our les cuiiiux di'sœuvrès, mais qu'elle est digue de nos |tlus ferxtntes adorations, et vous serez convaincus ipie l'eliule des cires élève l'Ame, agrandit l'inlelligence et rend 1 homme plus heureux parce (pi'elle le rend meilleur.
Mais que faisons-nous'.' de «piel droit aborder un sujet pareil' d'où nous vietit cette tèmérilé de nous mêler aux niy>tères de la science? Qui sommes -nous ? (|ue pouvons-nous ?TliouiM, D.iiibenton, Desfontaines, Foureroy, Laugicr, Chevreul, Krongniarl, Vanquelin,Tournefort, Lamarck,JussieU, Lace'pèile.Dumt'ril, Latrellle, Mertrud, de Blainville, Cordier, Dubois, Becipierel, Ilaiiy, leinmaître à tous : Deleuze, Delalande, Valeneiennes, Louis Dufresne, Antoine Portai, Jean-Paul Martin, M. Uousseau, M. Laurillard, M. Kegley, M. Frédéric Cuvier , .M. Isidore Geoliroy ; ce sont là autant d'hommes (jui ont le droit de tenir leur place dans celle histoire, si nous faisions en effet l'histoire; comme aussi il ne faudrait oublier ni .M. Leschenault de I.a Tour, ni M. Lesueur. ni M. Auguste de Saiut-llilaire , ni M. Dianl , ni M. Duvaucel , ni M. Sauvigny, ni M. Fontanier, les pre'déeesseurs iieureux de MM. Ilavez, Godefroy et Victor Jaccpiemont. En fait de noms propres , nous n'en manquerions pas non plus parmi les correspondants du Muse!um. A leur tête il faudrait mettre le baron de Ilumbidill, cet homme illustre ipii a fait pour r,\mèrii|ue presque autant (pie Christophe Coloud). Comme aussi , si nous écrivions l'histoire du Jardin des Plantes , ce serait notre devoir de vous mener par la main à travers ces grandes alle'es de tilleuls plantées par M. de BufTon en 1740 , à travers ces belles serres toutes modernes, dans ces carrés tous remplis de genévriers, de chênes, de mélèzes, de frêne* de la Caroline, de noyers noirs de la Virginie,
de merisiers à fleurs douces , de pommiers odorants , dans ces parterres consacrés aux plantes UK'dicinales , aux plantes indigènes et aux plantes exotiipies. Nous iiions de là dans les i)arterres oii les tièdes souilles du vent i)rintanier font éclore chaque année les plus belles plantes vivaces , les fleurs de plates -bande, et après les fleurs, les arbiisseaux autour du bassin carré, rosiers, boules-de-neige, lilas, fontanesia, glaïeuls; des arbrisseaux, vous passez aux arbres élevés dans la pé|)inière. Parcourons lentement le long de la giille du cot(' du midi ; là vous rencontrez 1 innombrable famille des bruyères. Ainsi vous arrivez jusqu'à l'orangerie, dont les murs sont couverts de plantes grimpantes; de l'orangerie au labyrinllie il n'y a ipi lui pas. Là s'élève, dans toute sa majesté bibliipie, le <èdre ilii Liban, là est placé le tonibeaii de Daubcnlon, ce palriarclie de l'histoire naturelle. On i)eut appeler cette colline, la double colline ; elle est couverte d herbe ipie I ou fauche chaque année. Dans la vallée sont placés les plus beaux àlbres de la Nouvelle-Hollande, du cap de Bonne-Espérance, de l'Asie-Mineure, des ccMes de Barbarie, arbres frileux qui ont passé l'hiver dans la série chaude. Ainsi donc nous pourrions faire nnc longue et utile promenade; mais encore mie fois , ceci n est pas une histoire, c'est l'essai d'un homme qui aime les beautés de l.i nature, sans trop les comprendre ; ijui porte en ceci , comme eu toutes choses, plus d'ima^inaliim que de science, et qui, dans ce vaste domaine des ([ualre règnes de la nature, n'est connue vous qu'un simiile et curieux voyagem- , un badaud du Jardin des Plantes, un flâneur ('uni et charmé à travers tant de merveilles venues de si loin. — C'est un usage des voyageurs qui enrichissent le Muséum d'une plante rare ou d'un animal curieux, d'inscrire leur nom à côté de le\n- ofl'rande ; cetîe petite gloire les récouqtense, et an delà, de bien des dangers et de bien des sacrifices ; et moi aussi , j'ai voulu , à l'exemple de ces voyageyrs , inscrire mon nom (pielque part dans ce monument brillant (lue les arts et la science élèvent à l'histoire naturelle. J'ai dit, connue il est dit dans Virgile : « Ne me refusez pas une petite place dans le récit de ces grandes choses : »
Mené igilur socium summis adjungere rébus, Nise, fugis?
Et cet honneur ne m'a pas été refusé.
JuLEi Jamn.
.^:A^^^.li\l
nESCiuPTiON nu jardin.
I>'enlrt'e ])rin(;ipale du jnitlin (Ij* est celle qui donne sur le (|uai d'Auslerlitz ; elle existe depuis 1784. Une belle place, »}ui la si'pare de la Seine et du pont d'Austerlitz, offre aux voitures un lieu de station fort commode. Outre cette porte, placée au centre d'une longue grille circulaire, il y en a cini] autres : celle du quai de la Tournelle ("2) et celle de la place de la Pitié p), toutes deux nouvellement ouvertes et faisant les deux coins extrêmes de la rue Cuvier; la porte donnant .sur la rue du Jardin-du-Roi, ouverte eu 1808 (4), e'galement très-friMiuentee par les e'tudiants et i>ar les visileurs du Cabinet d'histoire naturelle, elle fait fai:e à la maison (70) ((n'habitait Buffon ; la porte de la rue Cuvier (5), pres- (|ue aussi ancienne que celle d'Austerlitz, enfin la porte de la rue de liullbn ((i), la moins frwjuentec de toutes.
.Nous allons supposer que le visiteur entre par la porte d'Austerlitz (1), et nous dirigerons sa marche soit sur les lieux m(*mes, soit sur le plan joint à cet ouvrage , de manière à ce que rien (l'intéressant ne lui échai>pe dans la promenade que nous allons fain^ avec lui.
En entrant, en face de nous, nous embrassons du piTuiier coup d'œil tout l'ancien jardin, resserre entre trois maguirn|ues avenues de tilleuls et de marronniers d'Inde; la perspective de ce jardin symétri([ue, plante dans le goût de nos pères, se termine i)ar la façade d'un èdilice (7) (|ui renferme le Cabinet d liistoirt' nalin-elle zoologi(iue. Les quatre premiers carres tjue nous rencontrons en face de nous (8) sont entièrement consacres à la cidture desp/antes médicinales, non-seulement dans un but d'étude pour les élèves pharmaciens, mais encore pour en faiie aux pauvres des distribulions gratuil(\s; jibis loin sont <|ualre auties carrés (il) nomnu's du Flcurisk, dans lesciuels on cultive les plus belles plantes vivaces propres à l'ornenient des parterres. Par les
* Les numéros placés entre parenthèse renvoient aux numéros du plan.
soins intelligents des jardiniers, ces carres offrent depuis le printemps jus([u'aux premières gelées une succession non interrompue des fleurs les plus belles et les plus rares.
Vient ensuite le Carré creux (10) ; c'était autrefois un vaste bassin creusé en pente douce jusqu'au niveau des eaux de la Seine, qui s'y rendaient par inTdtration. Il était destiné par Buffon, qui le fit creuser, à conserver et élever des plantes aquatiques. Sur ses rives en pente on voyait se promener, parmi des bosquets plantés d'arbrisseaux fleuris, une foule d'oiseaux aquatiques au plumage le plus varié, tandis que d'autres nageaient avec grâce sur la surface des ondes ou plongeaient dans leur sein. Ce vaste bassin , le seul qu'il y eût au .Jardin des Plantes, a été comblé, je ne sais pourquoi. Aujourd'hui ce n'est plus qu'un carré bizarrement enfoncé, et planté de fleurs et d'arbrisseaux.
Voici, après le Carré creux, la Pépinière (H), dans laquelle on élève les arbres et les arbrisseaux destinés à la |>lantation et à l'entretien du jardin. Plus loin sont les (pialre carrés C/ia/j/a/ (12), destinés à la naturalisation des plantes étrangères de pleine terre. Au milieu de ces carrés se trouve un petit bassin de pierre (15) d'une construction singulière. 11 a la forme d'une coupe portée sur un pied, et l'on peut, dit-on , faire le tour de ce pied par un passage souterrain. Parvenus là, nous avons en face de nous le Cabinet de zoologie (7), à gauche la Bibliollièque et les Cabinets di: minéralogie , de géologie et de botanique, dans un maguilique bâtiment neuf (l-i), à droite les serres immenses construites il y a peu d'années. Nous reviendrons sur ces constructions.
Nous ne nous occuperons pas de la grande avenue de tilleuls à gauclic : parce i|iie les massifs et carrés placés entre elle et la rue de lliiU'ou n'oH'rent un grand intérêt (pie pour les amateurs d'horticulture. Les deux premiers (15) conlieniienl un semis des arbres (|ui doivent être repi(]U('s dans la pépinière, le tj'oisième (lOj renferme des éclmntilions des plantes céréales, économiques
LE JAKDllN DES PLANTES.
et fourragères. Nous mentionnerons encore le café-restaurant (17), toléré par l'administration pour la commodité des promeneurs, et placé sous un ombrage délicieux de robinias, de mimosas, tilleuls et autres arbres.
Revernis à notre première station (1), nous prenons la seconde avenue qui est à droite (19), c'est-à-dire celle (pii est plantée en
semaine, de trois à cinq heures. A droite, le long de notre avenue, nous avons vu d'abord un parc (:22) renfermaTit des brebis d'Abyssinie, données a la ménagerie par le docteur Clot-Bey, et des moutons d'Islande envoyés par M. tliiimard; puis un autre parc renfermant ordinairement des ciièvrts étrangères (23); la fosse de l'ours blanc (24; ; celle des ours bruns nés à la ménage-
Rotonde de l'éléphant.
marronniers, et qui sépare le jardin symétri<iue du jardin paysager renfermant la ménagerie. Les huit premiers carri's étaient autrefois ronsairés à l'école des arbres fruitiers, de leur taille, de la greffe, des liaies, etc. On y voit encore aujourd'hui (juelques exemples singuliers de greffes opérées par M. Thouin; mais ces carrés vont être entièrement réunis à VÉcdle de. hatanique 20), se i)rolongeant ;i gauche jusipi au petit Labyrinthe 21). Cette école est ouverte au pujilic les lundi, jeudi et samedi de chaque
l'aria. Typographie IMoii frères, rue (le Wiiigirarit , ."ÎG.
rie (25) ; enlin une troisième (20) Wi se trouve celte année une ourse femelle avec ses deux oursons. C'est dans l'une de ces fosses que logeait autrefois l'ours Martin , c('lèbre d;uis tout le ix'uple de l'iuis pour sa beauté, sa grandeur, .son agilité à mouler sur l'arbre planté au milieu de sa cour, et surtout par la mort d'un malheureux vétcrau ipii, prenant un boulon de métal pour une pièce de cinq frani-s loudice d.ius la fosse, eut l'impruilenre d'y dest éloudé dans les bras du féroce animal.
cendre la nuit, et peut
A la suite des fosses viennent les profonds carre's consacre'» à des semis sur couche et en pleine terre de toutes les plantes exotiques cjne l'on essaie de naturaliser.
Le petit Labyrinthe (21) est en face de nous. C'est une liulte assez élevée, quoique beaucoup moins que le grand Labyrinthe; elle forme un carre' long, en auiphithe'ftlre, coupé d'allées sinueuses dans le goût de nos anciens jardins anglais, et presque entièrement planté en arbres verts, la plup.Trt de la famille des conifères. Sur le point le pbis élevé, on trouve une petite esplanade d'où l'on a une très-belle vue.
Le côté de la butte opposé à celui par lequel nous sommes entrés touche au grand Labyrinthe (27), beaucoup plus élevé que le premier. Nous y montons, et nous trouvons d'abord un arbre d'une énorme grosseur, au pied duquel est un banc en anneau (28). Cet arbre est le fameux lèdre du Liban, que Bernard de .lussieu, en l'Tii, rapporta d'.Angleterre , dans son chapeau, dil-on. Ce cèdre, quoique très-élevé, le serait beaucoup plus si un imprudent chasseur n'eût cassé son bourgeon terminal d'un coup de fusil. Montons. Entre le cèdre et le kiostpu' , à l'exposition du levant, est une petite enceinte (29) renferuiauf vin' bien luuuble monumeni couvert d herbe et de mousse ; c'est là (jue repose Daubentou , cet homme aussi modeste que savant, sans lecpiel linllon n'eût i)robablement été qu'un grand écrivain. Par un chemin tournant en spirale, on monte au kiosque ou belvédère (30) soutenu ]iar de jolies lolonnetles de bronze et entouré d'une balustrade eu fer. De là ou découvre une i)arlii' de Paris et de ses en\iroiis, et le jardin tout entier; on a au dessous de soi, au couchant, la belle terrasse (31) dominant la rue du Jardin-duUoi , et au moyen de la(pielle ou communi(pie du Cabinet d'histoire naturelle à la ])orle ouverte sur la place de la Pitié. Ce labyrinthe est planté d'arbres résineux, et offre de très-grands échantillons des espèces les plus utiles.
En descendant par la pente du nord-ouest, on rencontre un beau réservoir (32) construit depuis peu de temps par M. liohaut, et faisant face à la porte d'entrée. Si de là nous nous dirigeons à l'est, nous longeons et laissons à gauclu^ les logements de plusieurs i)rofesseurs (33), et nous ari'ivons dans une vaste cour (3i) ayant une porte sur la rue Cuvier. Nous avons en face de nous, enfoncé dans le jardin, le logement (3M) autrefois habité par M. Thoiiin, savant sans prétention, ayant remlu de grands et véritables services à l'.igriculture, et qui sut se faire universellement regretter. A droite est le bâtiment de l'administration ("li), renfermant les ateliers de taxidermie et les bureaux des admini,s- Iratcurs. Nous avançons à gauche; et après être descendus quel- (jues pas, nous trouvons le grand anqdiithéâlrc (.^7), où se fout les cours des professeurs ou de leurs aides. A gauihe, derrière ramphillu'i'ilre, ou aperçoit la maison (7."i) (pi'lialiilait le célèbre G. Cuvier; il y est mort le 15 mai de lauru'e 1S32. A la porte de l'amphithéâtre, les étrangers viennent admirer deux palmiers fort élevés, qui sont cultivés au jardin depuis Louis XIV, et qui offrent aux botanistes un pliénomènesingidier, Vous reiuanpicrc/ ijue ce sont des r.\i,jui,iis .na^s [('hanurnipn humili/< , Lin.), dont le slipe ou tronc n'acquiert jamais |ilus de trois à (piatrc décimètres de hauteur dans le nord de lAlriiiue, qui est leur i)ays, taudis qu'ici ils se sont élevés à huit ou neuf mètres. En face de ranq)luthéâtre est im grand gazon ovale (38), servant à placer, dans la belle saison, les v('g('tau\ de la Nouvcliclloliaudc, du cap de P.onne-Espérance , de l'Asic-Mincure et de la liarliarie, (|uc l'on sort de la serre voisine jiour leur faire passer r<'t(' à l'air libre.
Nous avons vu les cultures du dehors, il nous reste maintenant à visiter celles (jui se font à l'aide d'une chaleur artiticielle, La première serre, celle où nous nous trouvons, en face de l'ovale, est la serre tempMr i3i»), renfermant les vég('lau\ des pays (|ue nous venons «h; nouuTier, et d, mires qui , tout eu craignaul la gelée, n'exigent pas cependant tni haut degré de température. Elle a soixante trois mètres (iOO pieds) de longueur, sur plus de
huit mètres (24 pied.s) de largeur. En avançant devant nous et rentrant dans le jardin symétrique, nous avons à droite la serre de Ihiffon (40), ainsi nommée parce que c'est lui (|ui la fit bâtir en 1788 Son intérieur a cela de parliculier qu'il od're plusieurs lignes de couches élevées les unes au-dessus des autres en amphithéâtre. On y maintient toujours la chaleur au-dessus de douze degrés centigrades, et on y élève les plantes des tropiques. Quand les dimensions de ces végétaux deviennent trop grandes, on les transporte dans la nouvelle serre chaude.
Sur les ccjtés du large chemin qui conduit des carrés du Fleuriste aux labyrinthes sont deux serres chaudes entièrement vitrées (il), en forme de pavillons carrés et d une grande hauteur. Constnùtes nouvellement par M. Rohaut, elles sont consacrées à recevoir les végétaux exotiipies d'une dimension trop élevée pour pouvoir rester dans les autres serres. On espère y voir par la suite les arbres des contri'es chaudes de la tci-i-c atteindre tout le développement qu'ils ont dans leur patrie, et déjà il yen a dune assez grande élévation. L'immense serre à toit vitré et voûté (41) a été construite dans le même temps par le même architecte et pour un usage à peu près semblaldc.
Nous avons vu tout ce (jue le jardin renferme d'important sous le rapport de l'horticulture et de l'agriculture ; il nous reste maintenant à dire que ces cultures, faites avec autant d'intelligence que de soins, sont confiées à MM. Neumann , Pépin, Dalbret, etc., etc., sous la direction de MM. les jn-ofesseurs dont nous indiquerons les noms et les attributions
Voyous maintenant ce qui intéresse le plus le public en g('néral , c'est-à-tlire la ménagerie. Pour faire cette promenade, nous reviendrons à la porte d'Austerlitz (1), nous tournerons à droite, et nous entrerons dans le jardin paysager ])ar la ])orte située presque en face de la ménagerie des animaux féroces. Ici nous nous arrêterons un instant pour faire une observation. Les animaux qui vivent dans la ménagerie étant tous apportés de clinuUs étrangers fort dilbucnls de cebn de la France, résistent plus ou moins longtemps aux changements brus(jues de température, de nourriture et d'Iiabiludes, auxquels ils se trouvent soumis dans leur esclavage. Maigié tous les soins qu'on |u'Ut leur doniu'i', beaucoiq) tombent malades et meurent apiès un teuqis assez court, et les parcs ou loges dans lesquels ou les tenait renferuiérestent vides, jusqu'à ce qu'on y ait mis un animal nouvellement arrivé, et souvent d'une es])èce tout à fait dinérculc II ne faiulra donc pas que le pronu'neur s'en rapporte absolument à ce ipu; je vais dire ici sur les espèces qui peuplent aujourd'luii luêuie les parcs que nous allons visiter enseud)le, mais bien aux écritcaux placés devant le logement de chaque animal ; en recom-ant ensuite à la table alphaliétiiiui' leruùnant le volunu' , il troiivei'a aisément la dcscripliiui etlhistoire de l'espèce qu'il aina sous les yeux à la nu'uagcrie.
En entrant, nous laissons à droite nu petit parc (12) renfermant des montons d'Algérie, donnés à la numagerie par M. le général Galbois. A gauche , nous contournons un autre parc (43) où sont 'renlcrmés, dans une première division, des axis, charmante sorte de petit cerf ou chevreuil originaire du l'.engale , à robe agr('ablemeut mouchetix di^ blanc , et coiumcniimt à se naturaliser dans plusieurs jiarcs de la France. Dans une seconde division est un cerf lie Java, donné par MM. Eydoux et Souleget, et dans une troisième un axis femelle né à la ménagerie.
^ous voici en face des animaux féroces (14), renfermés dans des loges fort propres et nuniics de solides barreaux de fer. Une balustrade empêche les cuiieux inq)rudeuls de s'approcher des loges d'une manière dangereuse. Là vivent des hyènes fort bonnes personnes, et donnant par leur douceur un démenti formel à to\it ce ipi'on a racouti; sur huir fi'rocité ; des lions de diverses ]i,irtics de lAI'ricpu', beaucoup moins dangeicux que le jaguar <lu Itri'sil loge à côté d'eux, malgré l'i'norme dill'crence (pu existe entre leur taille et leur force ; lun de ces jaguars est de la (iuyane,
et a été donné ])ar le prince de Joinville. Vient ensuite une pantlière du Malabar, que l'on doit à M. Dussuniier, ainsi qu'une quantité d'autres animau\ intércssanls ; ]>uis une panthère de 1 Inde, donnée par M. Beck. Les trois dernières loges sont habitées par des ours : l'un, l'ours aux p[randes lèvres, est dû à M. Dussuniier ; l'autre , l'oin-s des Cordilières , au prince de .loinville; If troisième, l'ours brun du Kaiulschalka , à M. le capitaine de vaisseau Du Petit-Thouars. (^omme on le voit, la ménagerie lies grands animaux féroces est assez pauvre en ce moment; mais sans doute l'ailministration y pourvoira avec le zèle qu'elle a toujours montré, d'a\ilant plus que là est le spectacle favori du peuple |»auvre, du peuple <pii paye sa grosse part de cet établissement national , du i)euple ignorant la science , et (pii ne juge de 1 utilité de la ménageiie que par le plaisir (|u'il a d aller la visiter le dimanche en Camille. Dans les deux pavillons de chaque côté sont, dans des cages plus petites et Iransportablcs , des animaux du même ordre des carnassiers, mais que leur petite taille rend peu redoutables, tels ipic des renards, jackals, loutres, chats, etc.
Derrière la ménagerie des animaux féroces sont des niches où sont enchaînés des chiens d(imesti(jues de didérenls pays, vivant en bonne intelligence et multipliant même avec des loups et des louves. Leur métis ont eux-mêmes la faculté de se reproduire, ce (pii démontre jusipi'à l'évidence, contre l'opinion de BulFon, que le chien et le li)U|) sont deux variétés dans la nu'me espèce.
1 11 peu plus loin (|ue la ménagerie se trouve la singerie (i."), rotonde élégante, entièrement grillée, et renfermant un grand nombre d'espèces de singes , vivant tous en assez bons camarades, malgré quehjues querelles particulières. Un gros papion a usurpé la souveraineté de celte républiiiue hétérogène, et maintient le bon ordre Aussitôt qu'il entend une cpierelle, il accouit, sép.u-e les roiubaltants , rosse les deux parties jiour les mettre d'accord , cl tout rentre dans l'ordre. Dans un bflliment qui entoure la rotonde, en l'orme de demi-anneau, se trouvent les loges dans lesquelles chaque espèce de singe est renfermée et chauflée lienlant lliiver.
Eu face de la rotonde des singes est un petit parc (46) destiné à recevoir des animaux de la classe innocente des ruminants. Nous (lassons devant les singes , notis longeons le petit jiarc à notre dioite (i7), où sont renfermés quehpu's daims de nos forêts royales : à notre gauche (i8) celui où nous voyous les cerfs de la \iiginie; et, après avoir jeté un regard sur les nouvelles plantations ((ui s'étendent vers le quai de la Tournellc, nous nous trouvons en face d'un parc (iO) renfermant le kol) du Sénégal, sorte d'antilope connue dans sa patrie sous le nom de jielite vache bctnie, et derrière ce parc est la ménagerie des oiseaux de proie (.')0;.
Le [Mcmier oi-eau (pie nous y rcmanpions est le condor, sur le compte duquel on a débité tant de fables. Au dire des anciens voyageurs, le condor enlevait les enfants, attaquait les hommes, etc., etc. La vérité est (pie ce vautour, n'habitant (pie les plus hautes Cordilières, est aussi inoU'ensif (pie ceux de nos Alpes. Voici le percno-ptère tout à crtl(;, sorte de vautotir auquel les anciens Egyptiens rendaient m\ culte religieux ; puis le vautour royal , qui n'a rien de royal (pie le nom , et dont toute lutililé se borne à nettoyer les contrées du lîr('sil , (pi'il habite, des cadavres et immondices dont il se nourrit Viennent ensuite les v.uitours bruns d'Egypte, des Pyrénées et d'Alg(Tie, tous oiseaux liUhes et ignobles, n'osant atlaipier aucun animal vivant, cl ne se nourrissant (pie delà chair (orrompuedes cadavres, qu'ils sentent de plus d'une lieue. A leur suite nous trouvons le gypaé'te, qui devient rare dans les Alpes d'Europe, et dans Icipicl il faut probaldcniciit reconnailrelecondordesancicn^. I.e preiuier, celui dcsC.or- (lilicics, ri'i'tait accusé (pie d'enlever des enfants ; celui-ci enlevait clés hommes et des éléphants. Ici la ménagerie se trouve coupt^e par un appartement où vivent des perroipiets, des perruches, des aras, des kakatoès, tous oiseaux d'un forl beau [duinage, mais
lourds, criards et malfaisants. En suivant, nous trouvons les aigles, les pygargues, milans, buses, se nourrissant de proie vivante et atla(|uant avec plus ou moins d'intrépidité les oiseaux, les reptiles et les petits mammifères; le caracara, regardé au Brésil comme le plus'grand ennemi des poules et des oiseaux de bassecour; et enfin le grand due, représentant là une famille moins nombreuse, celb^ des oiseaux de proie nocturnes
En reprenant à gauche une allée qui revient derrière le parc des cerfs de Virginie , nous voyons (pie ce parc est séparé par de petites palissades formant de nouvelles divisions. Dans la première (.^il) est le cerf niuntjac du Malabar ; dans la seconde (52) l'antilope nylghau du même pays, tous deux envoyés par M. Diissiimier. Ee dernier animal a multiplié en Angleterre; sa d('marche est peu gracieuse , cl il court mal , à cause de la lu'ièvelé de ses liicds (l(î derrière. Peut-être pourrait-on aisément le siuimeltre à la domesticité.
Si, nu lieu de contourner ce parc, nous retournons biusipiemciil à droite, nous arrivons à la faisanderie (5ri). Celle constriu'tion est entourc'e, par derrière, de plusieurs petits parcs où sont élevés plusieurs oi.seau\ rares de l'ordre des gallinacés et des échassiers. On y voit des hérons, des butors , des aigrettes , dc:s goëlands, etc., etc. Dans les loges de la faisanderie, on remarque des foulques, des combattants , des courlis, une femelle de paon avec ses petits, des ramiers et ilcs perdrix rouges, le cariama du Brésil, l'outarde hniiliara d'Alger, envoyée par M. lî.irtlu-lemy ; des poules de diverses variétés; un hocco donni' par M. Dccan; des faisans de plusieurs espèces; puis dans la même cage, et vivant en société fort paisilde, des colins hoiiis, coucou guir.i, cantara, martins roses, merles robiiis du Canada et autres espèces.
Nous suivons l'allée droite qui se trouve en f.ice de la volière. Nous laissons à gauche un jiarc (oi) divisé en deux parties. Daifs la première est le daiiw du Cap, sorte de cheval plus petit que l'Ane, mais d'uni; forme plus gracieuse, à robe rayée à peu (u-ès comme celle du zèbre. Il a multiplié à la ménagerie, et, dans lu inomenl où j'écris, on voit une femelle allaiter son jeune poulain dans la grande rol(mile. Dans la seconde partie du parc e>t une autre espèce de cheval , l'hémione , de la taille d'un petit mulet, à crinière brune et pelage Isabelle. H vit en troupe dans les steppes de l'Asie centrale, court avec une très-grande agilité, et fait, dit-on , jusipi'à soixante lieues sans boire. A notre droite est un grand parc (bî;i) offrant |dusieiirs subdivisions : nous en ferons le tour en commençant par la division faisant face d'un cMi- à la faisanderie, et nous y remarquerons les jolies gazelles de l'Algérie , à la taille légère, aux niouvenienls gracieux, et aux yeux grands et noirs, si doux , si expressifs, qu'un Arabe ne croit pas pouvoir faire un coiuplimeul plus llaltcur à sa luaitressc (pie de comparer ses yeux à ceux d'une gazelle. Dans la seconde division (î)(i) , faisant pointe vers la grande rotonde , est une biche inuntjae. Nous doublons celte pointe, et, redescendant à droite, nous nous arrêtons avec surprise devant le chickara (.^i7), singulière antilope à (pialre cornes. Dans la division siiivaule (58) est l'oiseau le plus extraordinaire que l'im puisse trouver : c'est le casoar à casque, envoyé par M. Marceau. (ÀM oiseau, presque aussi gros que l'aulruche, est privé comme elle de la faculté de voler; ses plumes sans baibiilcs ressemblent à de gros crins plats-; sa tète est recouverte ou plutôt défcmliic par une sorte de casque osseux; ses ailes soûl remplacées par cinq tuyaux de iilumes, longs, pointus cl sans barbes; ses [lieds sont gros et musclés, d'une telle fori^c, que d'un coup il iieut terrasser son ennemi, et d une telle agilité , qu'aucun cavalier ne peut l'atteindre à la course. Ou le trouve dans l'archipel Indien. Derrière sa division en est une autre (pii renferme aii-^si dis c.asoars, mais ayant été apportés de la Nouvelle Hollande par le capitaine Du Petit Thniiars; ils n'ont [las de casque, cl leur plumage est jibis fourni, iiuoiipie moins brillant.
Plus loin, toujoiir-- dans une division du même parc(.')9), nous
voyons, autour il'iin petit bassin, des grues de Numidie envoye'es par le docteur Clot-Bey, des pintades, des dindons, des sarcelles et des canards e'trangers, tous d'un plumage agre'able. Viennent encore ((30j des casoars de la Nouvelle-Hollande, puis des niaraliouls , dont les plumes, duveteuses et légères, servent de parure de télé à nos dames, et enfin (Gl) des nandous ou autruches d'A-
fait dans le crâne , sans leur oter la vie. A côte' d'elles sont des hérons pourpres, des bernaches armées, et autres oiseaux.
Reprenons maintenant l'allée droite que nous avons déjà parcourue , et arrivons à la grande rotonde (65). Là vivent la girafe , l'éléphant et d'autres grands mauuiiifères. Six petits parcs , qui rayonnent autour de la rotonde, penncllent, quand la tcmpéra-
Le cèdre du Liban.
mérii|uc, ditréiaut principalement de la véritable autruche par leur taille plus |)etilc et leurs pieds munis de trois doigts au lieu de (h'u\.
l'uis(iue, en faisant le tour lie ce parc, nous sommes revenus vers la faisanderie, nous remarquerons à ni)tre gauche (Oâ) , joignant son cnccinle, le gazon sur lequel se proiiu''nent lourdement des tortues, singuliers aniuiaux au\(piels il repousse un o;il quand on le leur a arraché, et dont on peut vider la cervelle par un trou
tare est favorable, de faire prendre l'air à ces animaux pour la plupart fort paisibles ; ces parcs correspondent à autant d'écuries dans lcs(|ucllcs ils sont logés, soign('s, et chaudes pendant l'iiivcr. Le prruiicr parc, à droite en regardant la porte de la rotonde, renferme des luMuioin^s, dont nous avons déjà parlé; le second est celui de la girafe, (pii, lors([u'eile arriva à Paris, était beaucoup moins grande qu'aujourd'hui. Elle fut envoyée à Charles X jiar Méhémet-Ali , pacha d'Egypte. Dans le mOine enclos
LE JARDIIN DES PLAJNTES.
sonl des ze'bus, variété bossue du bœuf domestique; les brahuies leur rendent des honneurs divins; les Africains les mangent et trouvent excellente leur bosse, qui n'est rien autre chose qu'une grosse loupe de graisse. A côté de la girafe est un éléphant d'Afric|ue, amené fort jeune à la ménagerie; il est très-doux, fort affectionné à son cornac, auquel il obéit avec beaucoup de docilité. Chai|ue matin, lorsque le temps le permet, on lui fait faire
mieux , et passent une grande partie de leur vie dans l'eau. La femelle d'un buffle d'Asie loge tranquillement dans la même enceinte que l'éléphant et les tapirs. C'est probablement cette race de buffle qui de l'Asie s'est répandue en Egypte, ensuite en Grèce, et de là en Italie, où elle s'est beaucoup multipliée avec de légères modifications.
Dans l'enceiiile (|iii >.uit est un dromadaii'e, animal dont tout
Cabane dea axis et des chèvres du Sennaar.
une promenade dans les allées du jardin avant qu'il soit ouvert au public. Son cornac lui place sur le dos une couverture, ou un siège de bois maintenu avec une sangle; il lui ordonne de se baisser, ce que l'animal fait aussitùl; puis il luotile s\u- son dos, et par la parole seule il le dirige dans sa ])r()rnenade.
Avec l'éléphant sont deux tapirs d Amérique , doniK's par M. Crouan. Ce sont des animaux mélancolicpies, stupides, se servant fort habilement de leur petite trompe pour arracher, au bord des rivières, les lacines des i)laiites aquatiques dont ils se nourri'i-enl. Du reste, ils nagent fort bien, plongeni encoie
le monde connaît la précieuse utiliUi dans les pays chauds, tels tpie le nord de l'Afrifiue, lArabie, la Syrie et la l'erse. Il se distingue siiflisamment du chameau, employé en Turqueslan et au Thibet, en ce qu'il n'a (pi'uue busse tandis que le chameau en a deux. Avec lui vit un jiécari, animal ayant avec le sanglier des analogies de forme, mais exhalant une odeur fétide et pénétrante. Il a sur le dos une fente glanduleuse, d'où suinte l'humeur qui exhale celle odeur insupporlable. Knlin, dans la dernière enceinte, on voit une femell." de daiiw avec son poulain.
l'our la seconde fois, en quillanl la rolonde, nous redescen-
drons vers le casoai- à casque , mais nous n'aurons à nous occuper que (lu parc que nous allons longer à notre gauche. Sa pornte (tV'O faisant face à la girafe , nous offre une première division habitée par des boucs et des chèvres sauvages du Sennaar, envoyés par le docteur Clot-Bey ; si tel était le type de nos chèvres domestiques, il faudrait en conclure qu'une antique servitude n'a pas beaucoup influé sur certaines races assez communes dans les montagnes de la France. Vient ensuite une enceinte renfermant des axis (03); puis le bassin des oiseaux a(|uatiques 100). Là on voit le tadorne, jolie espèce d'oie , qui se loge dans les terriers , comme le lapin , pour faire son nid et élever sa jeune famille. Le mile, pour écarter le chasseur de son nid, sait merveilleu.scuient contrefaire le blessé, se traîner devant lui , se faire l)oursuivre à une demi lieue de là en lui faisant croire à chaque moment qu'il va se laisser prendre, puis tout d'un coup s'élancer clans les airs d'une aile agile, et disparaître aux yeux de son ennemi désappointé. Des grues, des cigognes, se promènent gravement sur leurs longues jambes autour de la mare où nagent pêle-mêle des cygnes , des mouettes , des goélands , et le canard musqué, connu vulgairement sous le nom de canard de Barbarie. Cette espèce est si peu sauvage, que, prise aux filets et transportée dans une basse-cour, elle s'y fixe , s'y multiplie, s'y comporte comme les autres oiseaux domestiques, et ne pense plus à reconquérir sa liberlé.
A notre droite est une fabrique rusticjue (07), ayant quatre portes ouvertes sur autant de divisions d'un petit i>arc. Dans l'une vivent des gazelles d'Alger ; dans une autre est le chamois, seul animal dKurope que l'on puisse comparer aux gazelles : sa légèreté est incomparable , et on le voit qiielipiefois , dans nos Alpes, franchir d'un liond un précipice de dix à douze mètres, et courir, en s'élançant de rochers en rochers, avec autant d'aisance et de rai)idité que s'il était dans la plaine la plus unie.
Nous voilà parvenus en face du dernier parc (08) , renfermant les cerfs du Malabar, et, dans une de ses divisions, l'alpaca du Pérou, animal assez doux, remarquable par l'épaisseur et la finesse de sa toison. Ici nous pourrions sortir de la ménagerie par la porte qui donne en face de l'amphithéâtre ; mais nous nous bornons à passer devant cette porte, et, tournant à gauche, nous longeons, à notre droite, un petit jiarc (09) renfermant des chèvres et des moutons étrangers, puis une assez grande enceinte (70) où sont des cerfs et des biches de France et du Malabar. Nous passons devant la grande rotonde. Dans l'enceinte (71), que nous laissons à gauche, sont des rennes de Laponie, sorte de cerfs dont les peu])les du Nord se servent' pour attelage à leurs traîneaux, et des pécaris, animaux semblables à des sangliers, et dont nous avons déjà parlé. Enfin , nous arrivons à une porte par laquelle nous rentrons dans le jardin symélri(pH'.
La ménagerie, sous la direction de M. Florent Prévost, est ouverte au public tous les jours, de]Miis onze heures jusqu'à six en été , et depuis onze heures jus((u'à trois eu hiver. Nous allons maintenant visiter les diverses autres parties de ce vaste ('tablissenient, et nous nous Iransporlerons d'abord dans le Cabinet de zoologie, vulgairement connu sous le nom de Cabinet d'histoire naturelle.