LE CABINET DE ZOOLOGIE
Les étrangers, sur la présentation de'leur passe-port, obtiennent de l'administration des cartes qui leur permettent d'(tntrer au Cabinet d'histoire naturelle les lundi, jeudi et samedi de chaque semaine, de onze à deux heures ; le public ne |)(Ut le visiter (|ue le mardi et le vendredi, de deux à cin(| heures en ('lé, et de deux jusipi'à la nuit en hiver. Les naturalistes qui veulent aller y étudier .sont ol)ligés de prendre des caries d'étudiants, et y entrent aux heures consacrées aux éludes. La conservation des galeries est confiée à M. Kiciiei-.
Le Cabinet de zoologie (7) est un des plus complets qu'il y ait en Europe, et , si on le considère dans son ensemble , dans le momie entier. Les animaux y sont empaillés avec grand soin ef placés dans des armoires vitrées herniéli(]uement fi'rmi'es , afin de préserver leurs robes (b'iicates et brillantes de l'attaque des insectes destructeurs. Chaque e.spèce est placée avec son genre , les genres avec leur famille , les familles avec les ordres, etc.; c'est-à-dire que tous les objets y sont classés niétliodi([ucment et dans le plus grand ordre. Une éti(|uette apprend aux visiteurs les noms g('néri(|ues et sjH'cifiques de elia(pie animal, le nom de l'auteur (jui l'a décrit, la partie de la terre où son espèce se trouve, et souvent le nom de la iiersonne (jui l'a recueilli et envoyé au Cabinet. Nous passerons rapidement en revue les objets qui frappent le (ilus, non pas les savants, mais le public, dans cette riche collection.
Dans la salle des singes on cherche à retrouver l'orang-outang qui a vécu à la ménagerie sou* le nom de Jack, et la jeune femelle de kinqiézey, Jacqueline. D'autres orangs, des gibbons aux longs bras , des mandrilles au nez rouge et bleu , des sapajous , des ouistitis , etc., sont les plus remarqués du public.
Viennent ensuite les ours, les lions, les tigres et autres grands chats tous remarquables par leur robe admirablement tachée ou mouchetée. Les civettes, les hyènes, les loups arrêtent un moment les regards; mais les éléphants, les rhinocéros, les hippopotames, les girafes et autres grands animaux sont ceux «pii lixeut le plus l'attention générale.
Les galeries d'ornithologie sont extrêmement fréquentées par les étudiants et les naturalistes ; mais le public , après y avoir admiré les vives couleurs métalli(iues des colibris ; la grande stature des autruches, des nandous, descasoars; la singulière altitude des manchots; le phnnage si beau et si varié des perroquets, des paons , des faisans, de l'euphone à bandeau , du ranq)hocèle flamboyant, des lyres, etc. ; la poche des pélicans ; le bec énorme et singulier des calaos; la puissance des aigles, des grands ducs et autres oiseaux de proie; le public, dis-je, passe assez b'gèrement sur tout le reste.
Nous voici dans la galerie consacrée à la conservation des reptiles et des poissons. Comme ces derniers sont presque tous conservas dans l'esprit-de-vin et renfermés dans des bocaux de verre, on s'y arrête peu. Il n'en est pas de même pour les reptiles : des tortues énormes , des crocoililes d'une grandeur prodigieuse , l'énorme boa anacondo, et (pielques autres, sont remarqm^s de tout le monde; on voit même des personnes chercher à l'econnaître dans son bocal le terrible serpenta sonnettes.
Les collections de cruslac('s, d'arachnides, de myriapodes et d'insccles ne sont guère visitées (jue ])ar les naturalistes; <piant au public, il ne remar(p]eeu passant que quelipics grosses cspè('es. La collection des coqiullcs, c'esl-à-dire des niollus(pies, des annélidcs et des rayonnes, fixe un peu plus son attention à cause des vives et brillantes couleurs (pii parent la plus grande partie des espèces, des foruuvs bizarres ipi'ad'ectriil la iiluparl d'enti-e elles, et par quchpies produits (|u'elleH foui nisseut. l'ar ixcinple , on ne veut pas sortir de la galerie sans avoir vu la magnili(pie co- (piille nacrée qui donne les j)erles fines , ni le gant fait avec la soie brune tirée du byssus d'un coquillage assez conunun sur nos côtes de la Corse.
A la suite du Cabinet renfermant les animaux qui vivent aujourd'hui sur le gbd»e, nous devons nc^cessairement visiter celui des fossiles, renfermant les derniers restes de ces êtres singuliers (pii peuplaient la terre à des éi)0(iues antédiluviennes, et (jue nous ne connaissons i>bis (pie i)ar les anliipies fragments (pie l'on trouve de loin en loin ensevelis dans le sol. La soûl des os d'ch'- ]>hants bien plus gros (pie ceux (pii existent aujourd'hui, et aiiv;- (juels G. Cuvier a donné les noms de mastodonte et de mammouth Plusieurs espèces monstrueuses de ces animaux foulaient le sol (pii depuis est devenu la France. Des hippopotames , îles
iliinoréros , des ta|)ir> ou lopliioilnns , des clu'ropotaiiics , des liyènes, des lions, des fianthères, et mille aiilies monsires d'une grandeur énorme et n'ayant rien de commun avec les espèces qui vivent aiijourd'luii, erraient aux environs de Paris. D'alFreux crocodiles habitaient les marais de Meudon , des baleines d une grandeur prodigieuse venaient échouer dans la nw Dauphine; des ptérodactyles ou dragons volants , de cinci à si\ mètres de longueur, se balançaient dans les airs sur leurs ailes livides; des idésiosaures encore beaucoup plus grands, au corps de poisson, aux pieds de ce'tace' , au cou de serpent , à la tète de lézard , nageaient là où sont aujourd'hui de charmantes vallées; des iciilh\osaures, moitié poisson, moitié lézard, plus grands et plus foimidables que les précédents , traînaient leur ventre fangeux où coulent les eaux limpides de la Seine ; et je n'oserais , dans la crainte de passer pour un menteur , vous raconter toutes ces choses étranges, si nous n'étions ensemble dans le cabinet des fossiles, où sont réunis les squelettes de tons ces singuliers et antiipies lialiitanls de la terre. Vmis y verrez les restes de paheothéi'ions, <le mégathérions, de mégalonyx, de dynothérions, presque tous de la grandeur de nos éléphants d'aujourd'hui ; nonseulement, avec une foule d'autres, ils ont disparu pour toujours, mais ils n'ont jias même laissé après eux sur le globe des représentants qui leur soient analogues en quelque point.
LE CABINET D'ANATOJUE COMPARÉE (7i).
Il n'est ouvert au public, sur la présentation de billets, que les lundis et samedis, depuis onze heures jusipi'à deux. M. Laurillard en est le conservateur. Ses galeries n'offrent un véritable intérêt qiuî pour la science , aussi est-il peu frécpienté par le pu- Mic simplement curieux, et rarement les dames osent le visiter
On y voit, outre un grand nombre de pièces naturelles ou arliliéielles d'anatomie humaine, une foule de sipuiellcs d'animaux, dont un des jdus curieux, au moins pour la grandeur , est celui d'un cachalot (pi'on a laissé dans la cour faute de pouvoir lui trouver une place dans les galeries, car il a près de vingt mètres de longueur. A l'entrée du cabinet, on voit, aussi en dehors, des mâchoires de baleine d'une grandeur mousiriieuse.
I^a seconde salle renferme des s(|uelettes humains, dont l'un, celui d'un Italien, a une vertèbre lombaire de plus que de coutume. Parmi les autres on remarque ceux de Solyman-el-llhaleby, assassin de Kléber; de Bébé, nain célèbre du roi de Pologne Stanislas; de la Vénus holtentote, morte à Paris, etc. Une autre salle contient une série de tètes entières d'animaux et de toutes les races d'hommes. Parmi les tètes d'animaux il en est une fort curieuse : c'est celle d'un dieu ! ni plus ni moins que le crùne d'Apis, vénérable bœuf adoré jadis par les Égyptiens; on l'a retiré d'une momie. Vous ]iourrez encore jeler les yeux, en passant dans la deuxième salle, sur le sqiudette exlrèuiement curieux de Kitta-(;hrislina, qui, avec un seul corjis, avait deux tètes, deux volontés. Elle est morte à Paris à l'âge de huit mois. Née le \i mars 18i'.), à Sassari en Sardaigne, chacune des tètes fut baplisée sépan'ment , l'une sous le nom de lîilta, l'autre sous celui de C.hristina (;lia(nie tèle avait une poitriiu; (pii lui appartenait, mais tout le reste du corps ne formait ((u'un individu. Uitta (la tète droite) était triste, mélancolique et maladive; Christina (la lèle gauche) était rieuse, gaie, d'une santé (lorissante. Ritia londta gravement malade; tant que la maladie dura, (Christina l)arut sCii mettre peu en jieinc , et elle jouait sur le .sein de sa mère pendant la long\u! agonie de sa sœur. Kulin celle-(M mourut ; et au moment où elle rendit le dernier soupir , Christina poussa un grand cri et expira subitement.
Une salle est consacrée à la myologie , et l'on y voit des (Vorrli('s , en cire ou en jibUre coloric's , d'hommes cl d'animaux ; des nmscles de mammifères, d'oiseaux, de reptiles et dr poissons.
conservés dans l'espril-de-vin. D'aulres salles offrent à l'étude tous les autres organes utiles ou indispensables aux phénomènes de la vie; des viscères, des nerfs, des vaisseaux, etc.
liais nous ne passerons pas sous silence celle qui renferme la collection cr:\uiologi(pie du ct'lèbre docteur Gall. On y verra, soit en nature, soil moulés, les cr;\ues du général Vurmser, de l'abbé Gauthier, du poète allemand Alxinger, et de beaucoup d'autres personnages qui ont eu un nom dans le monde; parmi ceux des assassins, celui de Papavoiue, de Cartouche, etc. Messieurs les jibrénologues ne trouveront guère une collection plus complète, l)lus curieuse et mieux choisie. Seulement, il est malheureux (pie l'on drtermine si bien les protubérances des penchants dans les hommes moris dont on coTinait l'histoire, les goûts et le caractère, tandis qu'il y a tant d'hésitation à les reconnaître chez les hommes vivants.
LE CABINET DE BOTANIQUE (1-i).
11 est h l'extrémité orientale du magnifique bMiment neuf construit sur les plans de M. Rohaut. Le public n'y est admis (pie les jeudis, de deux à quatre heures, sur la présentation d'un billet. L'on y voit des échantillons polis et classés par ordre, de bois en planchettes fournies ])ar la plus grande partie des espèces d'arbres croissant sur toute la surface du globe; d'autres décorées, de tiges, de fruits, de racines, de stipes, etc. Parmi ces derniers on remarque celui de la fougère nommée par les naturalistes polypodium harometz , ressemblant grossièrement a un petit agneau couvert de duvet -. d'où lui est venu le nom vulgaire d'agneau de Scythie.
Le cabinet possède des herbiers parfaitement conservés et Irès" comjdets. Tels sont, par exemple, l'herbier général, et ceux du Levant, d'Egypte, de l'Inde, des îles de France et de Bourbon, du Cap , de la Nouvelle-Hollande , de Cayenne , des Antilles, etc. Par respect pour la mémoire de Tournefort, on a conservé son herbier dans l'ordre où il l'avait disposé lui-même ; et l'on y trouve , étiquetées de sa main , presque toutes les plantes qu'il avait recueillies dans son voyage du Levant.
On voit aussi au Cabinet de botanique le commencement d'une collection qui deviendrait extrêmement précieuse pour les cryptogamistes, s'il était possible de la coinph'ter, c'est celle des champignons, exécutés en cire coloriée avec une exactitude et une vérité approchant tout à fait de la nature.