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CHAPITRE XIV

Le Voyage.

l'our se conformer aux ordres qu'il avait reçus, (Quentin Durward évita toute espèce de conversation. Il alla se revêtir d'une cuirasse solide, mais dépourvue d'ornements; il se couvrit la tête d'un bassinet d'acier sans visière, mit des brassards et des cuissards, et pour achever de se donner l'air d'un oflicicr supérieur employé dans une noble maison il endossa une belle casaque de cuir de chamois dont les coutures étaient enjolivées de broderies.

Ce fut Olivier qui lui apporta toutes les parties de ce costume.

— !Mon très-cher lils, lui dit-il avec le sourire insinuant (|ui lui était habituel , voire oncle est de service ; on lui a donné une garde a monter pour l'euipêchcr de vous interroger sur vos préparatifs mystérieux, et l'on se chargera de vous excuser auprès de lui. D'ailleurs , quand vous reviendrez sain et sauf de cette brillante expédition, vous oliliendrez sans doute un avancement (|ui vous dispensera de rendre des comptes aux curieux, et votre grade vous donnera au contraire le droit d'adresser des (|ueslions.

F'cndanl qu'Olivier le diable !;'ex|iriniait ainsi, il songeait probablement (|ue le pauvre jeune homme dont il serrait la main devait infailliblement rencontrer eu chemin la mort nu la captivité. Il joignit à ses belles paroles le don d'une bourse d'or ([ue le roi envoyait k Oiienlin pour le défrayer de toutes dépenses.

(^uchiues minutes avant minuit, (^(uentin descendit dans la seconde cour, et s'arrêta au pied de la tour du Dauphin , qu'habitaient momentanément les comtesses de Croye. Il trouva à ce lieu de rendezvous les cavaliers ({ui devaient composer sa suite, deux mules déj.i chargées de bagage, trois palefrois pour les comtesses, et une suivante dévouée, et pour lui-même un beau cheval de guerre, dont la selle garnie de plaipies d'acier élineclail aux pâles rayons de la lune.

I.i's hommes de l'escorte étaient déjà à cheval , dans une immobilité complele. Ouentin vit avec satisfaction qu'ils étaient tous bien .irmés, et tenaient à la main de longues lances. Ils n'étaient que trois, mais un d'eux dit tout bas il l'I'lcossais, avec un fort accent gascon, que leur guide devait les rejoindre au delii de 'l'ours.

OependanI les lumières qui brillaieni aux croisées de la tour annonçaient (|ue les habitants fais.hieiil à la lulle leurs prép.iratifs de ilépart. Enfin une petite porte s'ouvrit , et trois femmes enlri'rent dans la cour accompagnées d'un homme euvelop|)é d'un manteau, l'.lles montèrent à cheval en sileine; leur guide les précéda, et donna le mot de passe aux i;ens d'armes qui occupaient les différents jiostes qu'on travers;i. 11 s'arrêta quand il eut franchi la dernière de ces barrières formidables, et dit à voix basse (luelques mots aux deux comtesses.

— Que le ciel vous bénis-,e, sire! dit une voix (|ui chatouilla agréablement l'oreille ili' Oiienlin; (|u'il vous pardonne dans le cas oii vos vues seraient plus intéressées que vous ne me l'exprimez! Etre placée

en sûreté sous la protection du bon évêqiie de Liège, voilà tout ce que je désire.

Le [(iiide murmura une réponse ininlelligible, et retourna sur ses pas. Aux vagues clartés de la lune, (^tuentin reconnui le roi. Tressé de voir s'éloigner les daines de Ooye , Louis avait voulu prévenir toute hésitation de leur part ou lever les difficultés qu'auraient pu leur oiiposer les g;irrles du château.

Pendant i|uelque temps nos voyageurs s'avancèrent avec précaution pour éviter les chausse-trapts, les fosses et les pièges dont le manoir était environné. Heureusement le (iascon possédait le fil indispiiisabic pour se diriger dans ce labyrinthe, et au bout d'un <|uart d'heure la troupe arrivée hors des limites de Plessis-le-Parc se trouva à peu de distance de la ville de Tours.

La Inné , qui s'était dép.agée des nuées, inondait de lumière un admirable paysage. La Ivoire, arrosant la plus riche plaine de France , coulait majestueusement entre deux berges ornées de jardins , de vignes clde châteaux. Lcsmuraillesct les portes crénelées de l'ancienne capitale de la iouraine profilaient au loin leurs masses blanchâtres. Derrière elles s'élevait l'immense édifice construit des le cinquième siècle par le saint évê(|ue Perpétue, et devenu un des plus beaux monuments religieux du royaume grâce au zèle de Charlemagne et de ses successeurs. On distiii];uait encore les tours de l'église Saint- Gatien et le sombre château fort qu'on disait avoir été jadis la demeure de l'empereur \ alentinien.

Les circonstances où se trouvait (Jucnlin étaient de nature à l'absorber ; elles ne l'empêchèrent ]ias toutefois de contempler avec admiration une ccMiIrée que Tari et la nature paraient concurremment de toutes leurs splendeurs. Il n'était acCDUlumé qu'aux sites des montagnes d'Ecosse, dont les plus grandioses ont un caractère sauvage et désolé. Pendant qu'il était en extase devant les beautés de la Touraine, il fut rappelé à ses devoirs par la comtesse llamelinc. D'une voix plus haute d'une octave (fue celle qui avait adressé au roi des adieux, elle demanda à parler au chef du détachement.

Quenlin donna de l'éperon à son destrier, se présenta respectueusement aux daines, et répondit aux questions de la comtesse Hameline en déclinant son nom et ses qualités.

— (Jonnaisscz-vous bien la route;' lui demanda ensuite dame Hameline.

— Je ne prétends pas la ( onnaitre parfaitement, répondit Quentin; mais je suis muni d'instructions détaillées, et je dois , à la première étape, trouver un guide capable de nous diriger jusqu'au terme du voyage. En attendant, un cavalier va venir nous rejoindre, et nous indiquera l:i route.

— Et pourquoi vous a-l-on choisi pour commander notre escorte, jeune homme .'C'est vous, m'a-t-on dit, qui étiez de garde dans la galerie oii nous avons rencontré la princesse Jeanne? \ otre âge accuse une inexpérience incompatible avec votre mission , et puis vous parlez le français comme un étranger?

— J'obéis aux ordres du roi, madame, mais il ne m'est pas permis de les disculer.

— Etes- vous noble?

— J'ose Tafliriner, madame.

— N'êtes-vous pas, dit à sou lour Is;ibelle d'un ton craintif, la pi>rsonne que j'ai vue à l'hôtel où je servais le roi?

Baissant la voix, peut-être par un même scntimeul de timidité, Quentin répondit ;ilïirmativemciit.

— En ce cas, matante, reprit la jeune comtesse, lions pouvons nous croire en sûreté sous la s:iuve!;arde de ce gentilhomme. H ne semble pas disposé a prêter les mains il des projets de trahison contre deux femmes sans défense.

— Sur mon honneur, madame, par la gloire de ma maison, par les ossements de mes aïeux, quand même (ui lu'offrirail la France et TEcosse à la fois, je ne conimeltrais pas de Irahisoii envers vous.

— Vous parlez bien , jeune homme, dit Haïueline , mais nous sommes accoutumées aux beaux discours du roi Louis XI et de ses agents. C'est ainsi (|u'on nous a décidées à venir chercher un asile en l'rance, quand il nous aurait été si facile de nous mcllre soiisla iiroleclion de Tévêque de l.iéive , de \Vineeslas d'Allcmai;nc , ou d'Edouard d'Anglelerre. Et (|uél a été le résullal des promesses du roi? On nous a cachées iKuiteuscment comme des marchandises prohibées! On nous a reçues dans une misérable hôlellerie smis des noms plébéiens ! Nous qui, Marton est là pour le dire, n'avions jam;iis Oiil notre toilette que sur nue cstr;ide élevée de trois degrés, nous avons élc forcées de nous habiller sur le panpiet comme de simples laitières.

Manon déclara (|iie sa maîtresse dis:iil une triste vérité.

— Ma ehire tante, dil dame Isabelle, j':iurais voulu que ce fitt Ml notre plus grand sujet de chai;rin, je me dispense volontiers d'apparat.

— Oui, mais pas de société? repartit la conUcsse Hameline.

Je me serais passée de tout si j'avais trouvé une retraite liono-

rable et assurée. Je n'ai jamais désiré exciter hi guerre entre la EiMure cl mon pays n:ital. Tout ce que je dcinandai.s, c élail de me relirer au couvent de Marmoiitiers.

— \ oiis ne parlez pas c<imnie il convient à la lîlle de mon noble frère. Par bonheur, il existe encore une personne animée de Tespril

QUENTIN DURWARD

de l'illustre maison de Croyc. Comment distingue-t-on une prande dame d'une berjjère , si ce n'est parce qu'on rompt des lances pour l'une et des baguettes de coudrier pour l'autre? Quand j'étais à votre âge, on a soutenu en mon honneur le fameuv pas d'armes d'Haflinghem. Jl y avait (|uatre tenants, et douze assaillants se présentèrent. 11 dura trois jours, coûta la vie à deux chevaliers, et fut sijjnalé par tant de blessures, de bras casses, de fractures et de contusions, que les hérauts d'armes ne pouvaient les compter. Voilà comme on a toujours honoré les dames de notre famille. Ah ! si vous aviez la moitié des sentiments de vos nobles ancêtres, vous iriez dans quelque cour oit on tient encore à la gloire et à l'approbation des dames. On y donnerait un tournoi dont votre main serait le prix, pareil à la joute de Strasbourg où de nobles prétendants se disputèrent le cœur de votre bisaïeule de bienheureuse mémoire. Vous seriez ainsi sûre d'avoir pour époux le meilleur chevalier de l'Europe, et il soutiendrait vos droits contre la tyrannie de la liourgogne et la politique de la France.

— Mais, ma belle tante, la bonne ([ui m'a élevée m'a conté (|ue si le rhingrave a épousé ma respectable bisaïeule à la suite du tournoi de Strasbourg, l'union n'a pas été très-avantageuse. Il était brutal avec sa femme, et il allait même jusqu'à la battre.

— Pourquoi pas:' s'écria dame Hameline dans son enthousiasme pour les mœurs chevaleresques. Peut-on forcer ces grands vainqueurs, qui ont l'habitude de distrihuer des coups dans leurs e\pédltions, à modérer leur énergique activité? J'aimerais mieux être battue deux fois le jour par un mari dont le bras serait redoutable aux autres comme à moi, que d'avoir pour époux un lâche (jui n'oserait lever la main ni sur sa femme ni sur personne.

— Je vous le souhaite, mais ne vous l'envie pas, ma chère tante, car si les os rompus ont leur charme dans un tournoi ils sont déplacés dans la chambre d'une dame.

— Mais, repartit dame Hameline, de ce ([u'on épouse un vaillant paladin il ne s'ensuit pas nécessairement qu'on sera battue. J'avoue que notre ancêtre de bienheureuse mémoire le rhingrave (iotfried avait l'humeur assez revêche, et trop d'amour pour le" vin du Khin; mais en général un parfait chevalier est un lion d^ns le comhat, un agneau auprès des dames. Tliihault de Montigni, par exemple, était la meilleure àme du monde. Aon-seulement il ne se permettait point de lever la main sur sa femme, mais encore, lui qui triompliail de toiis ses adversaires au dehors, il trouvait chez lui ur.e belle ennemie qui le battait. C'était un des tenants de l'aperlise d'armes d'Ilallinghem et il s'y comporta si bien, que, s'il avait plu au ciel et à votre grand-père, il aurait eu une épouse qui l'aurait traité plus doucement.

La comtesse Isabelle avait des raisons pour redouter le pas d'armes d'ilaflinghem , qui fournissait habituellement à sa tante une intarissable série de souvenirs. Elle laissa donc tomber la conversation ; et, avec la politesse d'un homme bien élevé, Quentin prit les devants^ de peur de gêner les dames. Elles continuèrent le voyage en silence jusqu'à la pointe du jour. Comme elles étaient à chevaj'depuis plusieurs heures, le jeune Ecossais pensa qu'elles devaient être fatipuées et il alla interroger le cavalier qui s'était joint à la troupe pour lui servir de guide.

— Arriverons-nous bientôt à notre étape? demanda- t-il.

— IJans une demi-heure, répondit le guide.

— Et alors vous nous quitterez?

— Oui, seigneur archer; mes voyages sont toujours courts et en droite ligne. Vous autres, vous suivez la courbe de l'arc; moi, je m'en tiens à la corde.

I.a lune était couchée; les lueurs de l'aurore commençaient à paraître, et se reHétaienl dans les eaux dun étang dont la cavalcade suivait les bords. Ce petit lac était au milieu d'une vaste plaine clairsemée de boii(|uets d'arbres, de taillis, et d'arbres isolés; de sorte (lue rien n'cuipèchait de distinguer les ol.jcts. Quentin jeta les yeuv sur le guiile : a l'ombre d'un chapeau rabattu qui ressemblait au .sombrero espagnol il reconnut la figure joviale de l'clit-Andié , dont les doii;ts, de concert avec ceux de son lugubre fri're 'rrois-Échelles lui avaient si désagréablement serré la gorge. Il fut saisi il'une sorte de teneur; car en Ecosse les bourreaux inspiraient une antipathie presquesuperstitieuse, et le daugerqu'il avait couru ne tendait pas a diminuer ce sentiment. Par un miiiiveriient iiistinclif, il tourna a droite la tête de son cheval, le pressa de l'éperon, et ht une demi-voile (lui le mit à huit pas de son odieux eoiiipagiion.

— Ah! ah! s'écria l'etit-Amlré, pà'r ^otî■e Dame de la Grève notre jeune archer se souvient de nous. Eh bien, camarade! vous n'avez pasde rancune, je l'espère? Il fautque chacun gagne son pain. On n'a pas a rougir de passer par mes mains, car personne ne m'éeale dans l'art de suspendre un fardeau vivant à un arbre mort. ICt puis. Dieu m'a donné un caractère charmant; ah ! ah! je pourrais vous citer des plaisanteries (|ue j'ai faites entre le pied de réehelle et le bras du eibet, et qui étaient si divertissantes, qu'il me fallait précipiter ma besogne pour empêcher mes patients de mourir de rire.

En disant ces mots, il tourna son cheval de côté pour reeap-ner la dislance que I Ecossais avait laissée entre eux.

— \llons, ajouta-t-il, point de mauvaise humeur entre nous, sei-

gneur archer. Pour ma part, je fais mon état sans méchanceté; et jamais je n'ai plus d'alïection pour un homme que lors(|ue je lui passe au cou le cordon de l'ordre de saint Patibulaire, qui, s'il faut en croire le chapelain du prévôt, le digne père ^ aconeldiablo, est le patron de la prévôté.

— Retire-toi, misérable, s'écria Quentin, ou je saurai t'appreiidre la distance ((u'il doit y avoir entre des gens d'honneur et le rebut du genre humain.

— La la, comme vous vous emportez! Si vous aviez parlé des honnêtes gens, vous auriez dit vrai ; mais quant aux gens d'honneur, j'en vois tous les jours et d'aussi près (|ue je vous ai vu. Quoi (|u'il en soit, restez seul piiis(|ue \ous le voulez. Je vous aurais offert un fl.icon d'auvernat pour sceller notre réconciliation; mais, puisque vous repoussez mes avances, je n'insiste pas. Soyez maussade à votre aise. Je ne me dispute jamais avec mes clients, mes <lansenrs, mes petits amis, comme dit à ses agneaux Jac([ues le boucher; enfin avec ceux qui, de même (|ue Votre Seigneurie, portent le mot C. O. R. D. E. écrit en toutes lettres sur le front. Ils ont beau me malmener, je finirai par leur rendre service; et vous verrez xous-mème, quand vous retomberez sous la patte de Petit-André, qu'il sait pardonner les injures.

Pour donner plus de force à sa péroraison, Petit-André la résuma dans un clignement d'yeux sareastique ; après quoi, stimulant son cheval par le hue! dont on se sert en pareil cas, il passa de l'autre côté du chemin, laissant au fier Ecossais le soin de digérer le* sarcasmes dont il venait de l'accabler. Quentin fut fortement tenté de lui casser sa lance sur les reins; mais il songea qu'une altercation axée un pareil individu n'avait rien d'honorable, <t qu'elle pourrait, dans la circonstance actuelle, amener les )ilus graves inconvéïiienls. Il ne riposta donc pas aux plaisanteries inopportunes de Petit-André et se flatta de l'espoir (|u'clles n'étaient pas arrivées aux oreilles de la belle voyageuse, qui aurait pu trouver singulier (jii'il les supportât. Il n'eut pas d'ailleurs le loisir de prolonger ses réflexions, car les deux dames s'écrièrent à la fois : — Regardez derrière nous! Au nom du ciel, soyez sur vos gardes !... On nous poursuit!

Diirxvard se retourna précipitamment, et il vit en effet deux hommes armés qui accouraient à bride abattue.

— Ce sont peut-être, dit-il, des gardes de la préx'ôté qui font une ronde dans la forêt. Regarde, et dis-nous ce que tu en penses.

Ces derniers mots s'adressaient à Petit- André, qui, après avoir fait ses observations, répondit d'un ton jovial : — Mon beau monsieur, ce ne sont ni des archers comme vous, ni des serviteurs du prévôt comme moi. Il me semble qu'ils portent des casques à visière et des gorgerins.,. Maudits soient ces gorgerins et toutes les pièces d'armure en général ! il m'est arrivé de passer une heure à en défaire les lacets.

— (jracieuses dames, dit Quentin sans écouler l'exi^cuteur, marchez en avant, pas assez vite pour faire supposer (|ue vous fuyiez, mais d'un pas assez rapide pour profiter des instants pendant les(|uels j'arrêterai ces cavaliers.

La C(unlesse Isabelle jeta un coup d'nil sur Pelil-.\ndré, et murmura quelques mots à sa tante, qui dit à Quentin : — Nous avons confiance en vous, bel archer, et nous aimons mieux courir des risques en votre compagnie que de marcher à côté de cet homme, dont la physionomie ne nous semble pas de bon aiijjure.

— Comme vous voudrez, mesdames, dit le jeune homme : ils ne sont que deux; et ((uoiqu'ils aient l'air de chevaliers, s'ils ont de mauvaises intentions, ils verront comment un gentilhoiuuie écos ais se conduit en présence de personnes telles (|iie vous... < Uiel est celui de vous, camarades, qui veut être de la partie et ruiii|)re une lance avec CCS inconnus ?

Deux des archers hésitèrent; mais le troisième, liertrand Cuyot, s'écria : — Co/) de Diim! fiisseul-iis chevaliers de la 'l'ablc ronde, je veux me mesurer avec eux pour l'honiicnr de la (iascogiie!

Il se mit à l'arrière-ifarde, à côté de Quentin, et ils ne tardèrent pas à être abordés par les deux chevaliers, (|ui étaient recouverts d'excellentes armures d'acier poli, sans aucune devise distinctive.

■ — Sire éeuyer, cédez-nous la place, dit un d'eux à (^Hieiilin, nous venons vous débarrasser tl'une mission ipii est au-dessus de votre rang. \ oiis ferez bien de remettre ces deux dames à nos soins; nous sommes plus dignes de les servir, et nous savons d'ailleurs ((n'entre vos mains elles sont pour ainsi dire prisonnii'res.

— Messeigneiirs, repartit Diirwanl, je vous répondrai d'abord (|ue j'accomplis un devoir (|ui m'a été imposé par mon souverain actuel; j'ajouterai (|iie, malgré mon indignité, ces dames désirent rester sous ma pnitecti(Ui.

— Retire toi ! s'écria un des champions : osc.s-tu bien, va-nu-pieds, résister à des chevaliers ?

— Oui, je résiste, puisque vous m'attaquez sans motifs légitimes! S'il y a entre nous quelque différence de rang, ce (|ue je suis encore à savoir, votre discourtoisie l'efface. Tirez l'épée , ou prenez du cliam|), si vous voulez combattre à la lance.

Les chevaliers retournèrent sur leurs pas, afin àv mettre entre eux et leurs adversaires assez de di.->tance pour charger. Quentin se pencha sur sa selle, et implora du regard un signe d'encouragement, que

QUENTIN DURWAHD.

les dames lui donneront en agit;inl leurs mourlioirs. Après avoir recommandé au Gascon de se comporter Inavemint, il partit au i;"'"P> et les quatre cli.mipions se rencontri'rent juste au milieu de l'espace ([ui les séparait. I.e choc fut fatal au pauvre Bertrand (iiiyot, dont le casque n'avait pas de visière : la lance de son antagoniste l'atteignit à Tceil, traversa la cervelle, et il lomb;i mort.

Quentin n'était pas mieux garanti; mais il s'inclina avec tant d'adresse, que la lance ennemie, lui ellleurant IcgèremenI la joue, passa par-dcssuE son épaule droite : au contraire sa lance frappa son adversaire en pleine poitrine, et le renversa sur le sol. Quentin sauta à terre pour lever la visière du vaincu; mais l'autre chevalier, qui n'avait pas encore parlé, était déjà descendu de cheval et s'était placé devant son ami, qui gisait inanimé.

— Au nom de Dieu et de saint iMartin, s'écria-t-il , remonte à cheval, et va-t'en avec ta cari;aison de femmes 1 Ventre-saint-gris! elles ont fait déjit assez de mal ce matin !

— Sire chevalier, dit Quentin sans s'effrayer du ton menaçant dont on lui donnait ce conseil, je tiens à savoir d'abord à qui j'ai affaire et qui doit repondre de la mort de mon camarade.

— Tu ne le sauras jamaisi Retire-toi en paix, mon brave. Si nous avons eu la folie de t'arrèter en route, nous en sommes punis, car tu as fait plus de mal que ne pourraient en réparer ta vie et celle de toute ta bande... Comment! tu dégaines! Tiens donc! voilà pour toi !

En disant ces mots, il assena un coup si terrible, que, bien qu'il fùl d'un pays fameux par ses horions, l'Ecossais n'avait rien vu de semblable que dans les romans. I.'épée de l'inconnu descendit comme la foudre, abattit la garde de celle que Durxvard avait levée pour parer, et ne s'arrêta <|u'après avoir fendu le morion jusqu'aux cheveux, mais sans toucher le crâne.

Étourdi, n'y voyant plus, (^)uentin tomba un genou en terre, et fut un moment à la merci du chevalier, mais celui-ci n'usa pas de ses avaiitai;es, soit (pi'il eût de la compassion pour la jeunesse de l'archer ou de l'admiration pour son courage , soit qu'en homme généreux il dédaignât un combat iiu'i;al.

Revenu à lui, Quentin se releva et attaqua son adversaire avec l'énergie d'un homme d( cidé à vaincre ou à mourir; et en même temps, avec toute sa présence d'esprit. Il ne voulait plus s'exposer à des coups comme celui qu'il avait reçu; il profita de son agilité pour harasser son antagoniste, moins leste et plus lourdement armé. Il l'inquiéta de tous les cotés, et lui rendit la défense pénible par la brusquerie et la rapidité des atta([ucs.

— Calme-toi donc! lui criait le généreux chevalier; il n'y a plus de sujet de querelle entre nous, et je ne voudrais pas être forcé de te faire du mal !

Mais Quentin ne songeait qu'à racheter la honte d'une défaite momentanée ; il ne cessait de harceler le chevalier, le menaçant tantôt du tranchant, tantôt de la pointe de sa lame. Comme il avait eu une preuve terrible de la force supérieure de l'ennemi , il ne le perdait pas de vue un seul moment, toujours prêt à s.iuler en arrièr<' ou de côté pour éviter les couiis de son arme formidable.

— Que le diable t'emporte, jeune entêté! murmura le chevalier; il faut donc te casser la tête pour te faire tenir tranquille!

A ces mots, il changea son mode de combat, cl, se tenant sur la défensive, il se contenta de parer les coups dont Quentin l'accablait, mais avec la résolution d'en finir des (|u'un faux pas ou la fatigue du jeune archer lui eu fournirait l'occasion. Cette tactique lui aurait vraisemblablement réussi; mais un détachement de cavalerie parut tout à coup sur la route en criant ; — .Arrêtez! au nom du roi !

Les deux chanipions cessi'rcnl le combat , et (Juentin reconnut avec surprise à la tête de la trou|)c son capitaine, lord Crawford. Il aperçut aussi Tristan l'Ermite et (|uelqucs gardes de la prévôté.

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