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CHAPITRE XVIII

La Chiromancie.

A la pointe du jour, Quentin Durward éveilla ses serviteurs, et s'occupa des préparatifs du départ avec une sollicitude toute particulière. Pour prévenir les petits accidents rjui causent souvent de grands retards, il inspecta lui-même les lirides, les mors et harnais. 11 fit donner à manger aux chevaux, afin de les mettre en état de soutenir les fatigues d'une longue marche, ou, au besoin, d'une fuite précipitée; puis, retournant i> sa cellule, il laça avec soin toutes les pièces de son armure, et ceignit son épée en homme qui prévoit le danger et qui a pris la résolution de le repousser énergi(|uement.

Ces sentiments généreux donnèrent à ses manières une dignité que les dames de Croye n'avaient pas encore remarquée en lui. Ce qui les avait charmées chez le jeune Ecossais, c'était la grâce, la naïveté, la finesse unie à la simplicité qu il devait à son éducation solitaire; mais jamais elles ne lui avaient trouvé l'allure si fière et si hautaine.

11 leur donna à entendre ([u'il était essentiel <le partir plus tôt que de coutume. Kn conséquence , elles déjeunèrent à la hâte, et se mirent en route après avoir reconnu l'hospilalilé des moines par une donation plus conforme à leur rang qu'à leurs dehors. Cette largesse n'excita cependant pas d'etonnement; on les croyait Anglaises, et, au quinzième siècle comme de nos jours, on supposait aux habitants de la Grande-Bretagne des richesses considérables.

Au moment oii elles montèrent à cheval, le prieur les bénit, et dit à Quentin : — Je vous félicite de l'absence de votre guide païen. Mieux vaut trébucher en route que d'être soutenu par le bras d'un brigand.

Quentin ne partageait pas cette opinion; quoique redoutant les artifices du IMaugrabin, il croyait pouvoir l'utiliser, et déjouer des trames dont il savait désormais le but. 11 eût été fâché de ne pas le revoir; mais ses inquiétudes se dissipèrent promptement, car à cent pas du monastère llayraddin se présenta monté sur son petit cheval vif et sauvage.

La route longeait le ruisseau au bord duquel avait eu lieu la mystérieuse conférence de la veille, et, quelques instants après l'arrivée du bohémien, Quentin passa devant le saule dont les branches l'avaient abrité. Sous l'influence des souvenirs que celte vue évoqua, il entra brusquement en conversation avec son guide, auquel il avait à peine adressé la parole.

— Oii as-tu logé cette nuit, profane ?

— Vous le devinerez en regardant mon caban, dit le bohémien; et il montra ses habits couverts de foin.

— Une meule est un bon lit pour un astrologue, un païen qui raille notre sainte religion et ses ministres n'est pas <ilgne d'en avoir un semblable.

— Il était meilleur pour mon ami Klepper que pour moi, repartit Mayraddin en caressant la crinière de son cheval : il a eu en même temps le vivre et le coucher. Les tonsurés l'avaient lâché dans la campagne, comme si le cheval d'un homme judicieux eût pu donnera ce couvent d'ânes la maladie du bon sens. Par bonhiiir, Klepper m'entend quand je siffle, et me suit avec la fidélité d'un chien. Sans cela, nous lut nous serions jamais revus , et vous auriez été obligé à votre tour de siffler pour appeler un guide.

— Je t'ai déjà dit, s'écria Quentin d'un ton sévère, de t'observer quand tu es avec des gens honorables , ce ([ui, je crois, t'est rarement arrivé jus((u'à ce jour. Je le connais pour un infâme blasphémateur; si je découvrais que tu es aussi un guide infidèle, je te promets (jue mon poignard écossais aurait bientôt fait connaissance avec ton cœur païen, quoique ce fût un meurtre aussi i(;n()ble que celui d'un pourceau.

— Le sanglier est proche parent <lu pourceau, dit le bohémien : il y a pourtant des gens cpii trouvent à le tu<'r lionn<Mir, ])laisir et profit.

Il jirononça ces mots sans baisser les yeux sous le regard pénétrant de Ourward , et sans se départir du ton d'indilïérence eausti(|ue qu'il aU'eclait dans son langage.

Son assurance étonna l'Écossais, qui jugea inutile d'essayer d'entrer en lutte avec lui. Il ne se souciait pas de soutenir une conversation sur son histoire et ses pensées, (pie le Maugraliin senihlail connaître , et il alla prendre auprès des dames son poste accoutiiiiié.

Nous avons déjà dit (prune grande familiarilé s'était établie entre l'archer et ses comjiagnes. La comtesse llameline le traitait eu égal depuis (pi'clle était convaincue de sa noblesse. Isabelle lui témoignait moins ouvertement sa sympathie; néanmoins, malgré sa réserve, elle laissait voir (pie la société et la conversation de l'Ecossais ne lui étaient ])as indifférentes.

Rien ne donne plus d'animation à un jeune homme (|ue la certitude de plaire. Le nôtre avait donc, au coiumeiieemcnt du voyage, égayé sa belle protégée par des saillies; il avait chanté (les chansons dans sa lan(;uc natale; il avait essayé de raconter ses traditions nationales

dans un français dont les incorrections étaient aussi divertissantes (fue les récits eux-mêmes; mais dans cette matinée d'anxiété il chevaucha près des dames de Croye sans chercher à les récréer, et elles ne purent s'empêcher de trouver sa taciturnité singulière.

— Notre jeune compagnon a vu un loup, dit dame llameline faisant allusion à une superstition antique : cette vue lui a fait perdre la langue.

— Il serait plus juste de dire ([ue j'ai dépisté un renard, pensa Quentin ; mais il n'exprima pas son idée.

— Vous portez-vous bien, seigneur Quentin? dit la comtesse Isabelle d'un ton d'intérêt dont elle rougit craignant de s'être trop avancée.

— Il a fait la débauche avec les moines, dit dame llameline. Les Écossais sont comme les Allemands, ils épuisent toute leur gaieté en buvant du vin du Hhin, de sorte ([u'ils arrivent au bal en chancelant, et chez les dames avec un mal de tête.

— Nobles dames, reprit Quentin , je ne mérite pas vos reproches. Les bons frères ont consacré la nuit presque entière à des exercices de piété; et pour moi, je n'ai bu ipi'une tasse de leur vin le plus ordinaire.

— C'est cette chétive pitance qui l'a mis de mauvaise humeur, dit la comtesse Isabelle. Consolez-vous, seigneur Quentin ; si nous visitons jamais ensemble mon vieux château de Braquemnnl , dusse -je vous servir d'échanson , vous goûterez du vin (jui l'emporlc sur le Hocliheinier ou le Johannisberg.

— Noble dame, un verre d'eau de votre main...

Quentin n'acheva pas; sa voix tremblait. Isabelle eut l'air de n'avoir pas remarqué l'accent de tendresse avec lequel il avait insisté sur le pronom possessif.

— Ce vin , reprit-elle, a été mis dans les vastes caves de Iira([uemont par mon bisaïeul le rhingrave Gotfricd...

— Qui obtint la main de votre bisaïeule, interrompit Hameline, en triomphant au grand tournoi de Strasbourg, où dix chevaliers périrent dans la lice. Mais ces jours sont passés ; personne ne songe plus à braver les périls pour se distinguer ou pour défendre la beauté !

Hameline avail pris le ton que prennent encore aujourd'hui les beautés sur le retour (piand elles gémissent de la grossièreté du siècle. Quentin se permit de répondre que l'esprit chevaleresque vivait toujours, et ([u'on le retrouverait encore dans le cœur des gentilshommes écossais s'il disparaissait du reste de la terre.

— L'entendez-vous , s'écria dame llameline, il voudrait nous persuader (|ue son pays froid et stérile a conservé le nolde feu qui s'est éteint en France et en Allemagne ! le pauvre jeune homme est comme un montagnard suisse, amoureux fou de sa patrie! il va nous parler tout à l'heure des vignes et des oliviers d'Ecosse!

— Non, madame; si nous avons de l'huile et du vin dans nos montagnes, nos armes enlèvent ces produits à des contrées plus favorisées du ciel. Ce que l'Ecosse a de meilleur c'est un honneur sans tache, une foi sans bornes; si vous y croyez, vous allez être à même de me le prouver : car ils constituent l'unique garantie de salut que j'aie à vous ofl'rir.

— Quel mystère ! dit llameline. Nous sommes donc exposées à un danger imminent '

— Je le lisais dans ses yeux depuis une heure. Vierge sainte! que va-t-il nous arriver?

— Bien, je l'espère, répondit Durward, mais oserai-je vous demander si vous vous fiez à moi :'

— Assurément, re|irit llameline; mais pounpioi cette question, jusi[u'â (|ucl point nous demandez-vous notre confiance?

— Je vous accorde la mienne sans conditions, dit Isabelle. Si vous étiez capable de nous trom])er, Quentin , je ne chercherais plus la vérité qu'au ciel.

— Nobles dames, reiiartit Durward cnlhousiasmé, vous ne faites (pie me rendre justice. J'ai l'iiitenlion de suivre la rive gauche jus- (|u'à Liège, au iieu de traverser la Meuse à Namur. En cela je m'écarte des ordres (pie j'ai reçus du roi Louis et des instructions qui ont été dnnnces au guide ; mais j'ai appris au couvent que des maraudeurs infestaient la rive droite du fleuve, et (]ue des comiiarjnies bourguignonnes marchaient contre eux; les deux partis sont ('•ijalenient à craindre pour vous; voulez-vous m'accorder l'autorisation de changer notre itinéraire ?

— I rès-v(d(intiers, dit Isabelle.

— Ma nièce, dit llameline, je crois comme vous que ce jeune homme nous porte intérêt, mais les instructions de Louis XI sont si précises 1

— ICt pourquoi y aurais-je égard? s'écria la jeune comtesse. Dieu soit loué! je ne suis pas sa sujette, et, quand je l'implorais, il a abusé de la confiance (|u'il m'avait demandée. Ce serait faire injure ii ce jeune gentilhomme (pie de mettre un instant sa parole en balance avec les injonctions d'un despote égoïste.

— Que Dieu vous récompense de ce (pie vous venez de dire ! s'écria Quentin avec transport. Si je ne justifie jias votre bonne opinion, je mériterai d'être écartelé dans cette vie et brûlé dans l'autre.

A ces mots, il éperoniia son cheval et rejoignit le bohémien.

Ce iicrsonnagc, s'il n'était jias disposé à pardonner, avait du moins

QUENTIN DURWARD

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un caiactère passif. Les injures et les menaces (glissaient sur lui, et il accueillit (^•ucntin comn\e s'il n'y eût eu entre eux aucune altercation.

— Le chien n'aboie pas, pensa l'Ecossais, il attend le moment où il pourra me sauter à la ijorge; mais nous verrons si on peut battre un traître avec ses propres armes... Eh bien, honnête Hayraddin, depuis (li\ jours i|ue tu voyages avec nous tu ne nous as pas montré un seul cchanlilloii de ta science divinatoire, et pourtant tu l'as prodi(;uée aux moines de tous les couvents au ris(|ue de passer la nuit sur une meule de loin.

— Vous ne m'avez jamais deman<lé de preuves de mes talents, dit le chiromancien. Vous êtes comme tout le monde, prêt à ridiculiser les mystères que vous ne comprenez pas.

— Voyons ce que tu sais faire, repartit Quentin ; et ôtant son sa"t, il tendit la main au zingaro.

Hayraddin examina avec soin les lignes qui se croisaient sur la paume de cette main ; il nota non moins attentivement les petites ondulations qui s'élevaient à la naissance des doigts, et ([u'on croyait alors en rapport aussi intime avec le caractère, les habitudes et la destinée que passent pour l'être de nos jours les organes du cerveau.

— Voici, dit Hayraddin, une main qui parle de travaux accomplis et de dangers affrontés. Elle a fait de bonne heure connaissance avec la garde de l'cpée, et pourtant elle a touché également les fermoirs du missel.

— Tu peux avoir pris des renseignements sur mon passé; dis-moi quelque chose de l'avenir.

— Cette ligne qui part du mont de Vénus, ne s'arrête pas brusquement; mais se rattachant à la ligne de vie, elh' annonce une grande fortune obtenue par un mariage. L'influence d'un amour heureux vous placera au nombre des plus riches seigneurs.

— Ce sont les promesses <[ue lu fais à tous ceux ([ui te consultent. Elles rentrent dans les ressources ordinaires de Ion art.

— Je dis la vérité. Il est également certain (|ue vous serez bientôt exposé à un grand danger. Cette ligne d'un rouge de sang, ((ui coupe transversalement la ligne principale, présage des coups d'épée et autres violences auxcpiellcs vous n'échapperez (|ue par l'attachement d'un ami dévoué.

— Toi peut-être ! s'écria (Quentin indigné de ce ([ue le devin voulût abuser de sa crédulité et se faire valoir en prédisant les conséquences de sa propre trahison.

— Mon art ne m'apprend rien de ce (|ui me concerne.

— En ce cas, les sorciers de mon pays sont plus habiles; car ils savent prévoir les périls qui les menacent. Je n'ai pas (|uilté mes montagnes sans avoir ac(|uis un peu de cette seconde vue dont leurs habitants sont doués, et je vais t'en donner une preuve en échange de ta chiromancie. Hayraddin, le danger cpii lue menace est sur la rive droite du lleuve ; j'y échapperai en me rendant à Liège par la rive gauche.

Le guide écouta cette déclaration avec une apathie incompréhensible eu égard aux circonstances où il se trouvait.

— Si vous accomiilissez votre projet, dit-il, le péril passera de vous à moi.

— 11 me semblait que tu ne pouvais rien présager de ta propre destinée ?

— C'est vrai, mon art est impuissant dans ce cas; mais, pour peu cpi'on connaisse Louis de \ alois, il est facile d'aflirmer d'avance ipi'il fera pendre voire guide, parce qu'il vous aura plu de vous écarter de l'itinéraire tracé.

— Si j'arrive en paix au terme de mon voyage, ce changement ne sera-t-il pas suffisamment excusé .'

— Oui, repartit le bohémien; mais èles-vous sûr que la manière dont vous espérez finir votre pèlerinaije soit conforme aux iiilcntions du roi :'

— Pourquoi en aurait-il d'autres que celles qu'il m'a manifesli'cs ?

— Simplement parce que le but<|ue se pnqiose le lioi Très-C^hrélien est toujours celui (|u'il avoue le moins. ( )uaiiil il envoie douze ambassadeurs, que je sois pendu un an avant mon heure si onze d'entre eux n'ont au fond de l'encrier des secrets ipie la plume n'a pas tracés sur leurs lettres de créance!

■ — Peu m'importenl vos soupçons absurdes; ma mission est de conduire ces dames à Liège, cl je prends sur moi de changer de route. Celle (|ue j'adopte est la plus directe; en passant sur la rive gauche de la Meuse, nous ])erdrions du temps, et nous iiiiiis l'aligMerions en pure perte. A (pioi bon f

— Les pèlerins (|ui vont ii Cologne ne descendent pres((ue jamais la Meuse jus(|u'à Liège; et en ne se conformant pas à l'usage, vos dames se reluiront siis|iectes.

— Si (Ml nous ipiestionne, nous dirons que nous avons voulu é\ ilcr les soldats du duc de Cueldre, ou les écorcheurs de Guillaume de la Marck.

— Comme vous voudrez, mon bon seigneur : je suis à vos ordres pour vous conduire par une route ou jiar l'autre ; c'est vous seul qui êtes responsable eux ers votre maître.

(/iiciitin lut surpris de la facilité avec laquelle Hayraddin consentait au changement d itinéraire; mais il eu fut en même temps charme.

Il avait besoin du guide, et il craignait que, voyant sa perfidie découverte, le bohéinicn ne se portât à queliiiie extrémité. H se félicitait de pouvoir le garder auprès de lui, ahu de l'empêcher de communi- (|uer avec les agents du Sanglier.

La cavalcade suivit doue là rive gauche de la Meuse, et elle marcha si rapidement, ijuc le lendemain matin elle arriva au beau château de Sclicuiw ildt, à environ un mille de Liège. C'était là que s'était fixé l'èvêque, sous prétexte de rétablir sa santé, mais en réalité pour se garantir de l'insurrection, qui pouvait éclater d'un moment à l'autre.

Au moment où nos voyageurs approchaient des murailles, le prélat revenait de la ville, où il avait célébré la grand'messe. Il était à la lête il'un magniri([ue cortège de fonctionnaires ecclésiasti((ues , civils et militaires ; comme le dit une vieille ballade :

Maint porle-croix le précédait, Mainte lance suivait derrière.

La procession longea les rives verdoyantes de la Meuse, et s'engouffra sous la voûte énorme d'un portail gothique. (Quentin, eu s'avancant , remanfiia des symptômes d'inquiétude qui contrastaient avec l'étalage de faste et de puissance dont il avait été d'abord frappé. De forts détachements circulaient autour du manoir, et l'état des forlil'ications prouvait que le prélat avait cru devoir s'entourer de toutes les précautions défensives de l'art militaire.

Dès que les dames de Croye eurent été annoncées, on les introduisit cérémonieusement dans la grande salle, oii Louis de Bourbon, au milieu de sa petite cour, leur fit l'accueil le plus cordial. Il ne voulut pas leur permettre de lui baiser la main, mais les embrassa avec la galanterie d'un prince ((ui appréciait la beauté et la sainte affection d'un pasteur pour ses ouailles.

Louis de Bourbon, évêqiie régnant de Liège, avait un cœur généreux et bienveillant. Il n'avait pas toujours conformé ses mœurs aux règles strictes de sa profession cléricale; mais il ne s'était jamais départi de la franchise et de la loyauté qui caractérisaient son illustre maison. Uenonçant aux écarts de sa jeunesse, il avait récemment adopté des habitudes plus dignes d'un prélat, sans donner dans un excès de sévérité ascétique. Aimé de ses voisins pour sa magnificence et sa libéralité, il gouvernait avec une nonchalance qui, loin d'apaiser des sujets insubordonnés, les encourageait à la révolte.

Le duc de Bourgogne s'était déclaré l'allié de Louis de Bourbon, au point de se considérer comme souverain de l'évêché conjointement avec lui. 11 savait gré au prélat de ne pas contester ces prétentions peu fondées, et l'en récompensait en le soutenant à tout propos avec l'impétueuse ardeur qui le distinguait.

— LièfC esta moi, disait-il souvent; l'èvêque est mon frère; — et en effet, Cliarles avait eu pour première femme la sœur de l'èvêque; — ceux qui oseront l'attaquer auront affaire à ('harics de Bourgogne.

Comme on connaissait le caractère et la )iuissance du due, cette menace aurait fait trembler d'autres hommes que les mécontents de Lièpe, où, suivant l'expression d'un vieux proverbe, la richesse troublait l'esprit.

Le prélat promit aux daines de Ooye de les servir à la cour de Bourgogne, et il se flatta d'y réussir d'autant mieux que Campo- Basso était en discrédit. Il s'engagea de même à les proléger; mais le .oupir dont il accompagna ces paroles prouvait qu'il avait conscience lie sa faiblesse.

— En tout cas, dit-il, mes chères filles, je n'abandonnerai jamais la brebis au loup dévorant. Je suis un homme de paix, ([uoique ma résidence retentisse maintenant du bruit des armes. Soyez convaincues (|ue je veillerai à votre sûreté comme à la mienne. Si les affaires empiraient , je vous procurerais un sauf-conduit pour 1' \ llemagne. la volonté même de notre frère et protecteur (Charles de Bourgogne ue saurait nous contraindre à disposer de vous contraiiemenl a xos \(eu\. Il nous est impossible, hi^las! de vous envoyer dans un couvent, car l'influence des enl'anls de Bélial sur les Liégeois est telle , qu'en dehors de ce château, nous ne connaissons point de reir.iite oii notre .lUtorité soit respectée. Ici vous êtes les hienvenues, et nous assurerons un traitement hcuiorable à voire suite, surtout à ce jeune homme ((ue vous nous recommaudez , cl auipiel nous accordons notre bénédiction.

()uentiii s'agenouilla comme il le devait ])our recevoir la hénédiclion èpiscopale.

Pour vous, mes chères filles, reprit Louis de Bourbon, vous

demeurerez avec ma sœur Isabelle, chanoiiiesse de Trêves. Vous pouvez y vivre en tout honneur, même sous le toit d'un vieux garçon comme l'èvêque de Liège.

Il conduisit galamiuenl les dames à l'appartiuiient de sa sœur. Son iiitiiiil.ini , qui, ayant reçu l'orilre du diaconat, était à moitié ecclésiastique et à moitié séculier, se ehari;ea d'offrir à Quentin l'hospitalité. Les autres personnes de la suite furent confiés aux officiers siiballenies.

L'Écossais ne put s'empêcher de remanpier (|ue le bohémien, si mal accueilli dans les monastères, était reçu sans objection chez ce prélat fastueux et même un peu mondain.

OUE^TIN DURWARD

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