CHAPITRE VL
On sait que les bohémiens existent dans pres(|ue toute l'Europe, et (|ue tout en se conformant à certains égards aux mœurs des nations (ju'ils fré(|uentent , ils en restent cependant séparés. Leur première apparition en Occident date du commencement du ipiinzièmc siècle, et corres|)iind à l'éijoque oit Tamerlan, après .ivoir envahi l'Uindoustan, donna aux indigènes le choix entre le Koran el la mort. Il est vraisemblable que ces tribus nomades étaient composées d'Indiens qui fuyaient le joug des mahométans.
L'arrivée des bohémiens à Paris est racontée en ces termes dans un vieux journal publié par le savant Etienne Pasqiiier :
(I Le dimanche d'après la m\ aoust, qui fut le dix-septième jour d'aoust 1 'l'i' , vinrent à Paris un duc, un comte et dix hommes, tous achevai, et lesipiels sc> disoient très-bons chrestiens. Ils esloicnt de la basse Egypte, et encore disoienl (|ue n'avoil pas grand temps que les chrestiens les avoient subjuguez et tout leur pays, et tous fait chrestienner, ou mourir ceux qui ne vouloieiil eslre. Cleiix ({iii furent baptisez furent seigneurs du pays, comme devant, et promirent d'cstre bons et loyaux; ils avoient roy et rejne en leur pays (|ui demeiiroienl en leur seigneurie. Item vrai est, comme ils disent, c|u'après aucun temps ([ii'ils eurent pris la foy chrestienne, les Sarrazins les vinrent
assaillir lisse rendirent à leurs ennemis, et devinrent Sarrazins
comme devant, et renoncèrent à Jésus-Christ. H advint après (|ue l'emiiereiir d'Allemagne, le roi de Poulaine, et autres sieurs, quand ils secourent (|u'ils orent ainsi lausseuient laissé nostre foy, leur coururent sus, el les vaim|uirenl. (Jeulx-ci cuidoient qu'on les laissasl en leur l)ays, comme l'autre fois i)Oiir devenir chrestiens. IMais l'empe reur et les aiitrc^s seigneurs dirent que jamais ne tenroient terre en leur iiiys, si le pape ne le conseuloit, et ([u'il convenoilque là allassent au saint-père k i\ome, et lit allèrent tous, petits el grands, à
yUEWTlW DURWAHU.
moult grand'peiiie pour les enfants. Quand le pape eut ouye leur confession, leur ordonna d'aller en pénitence sept ans ensuivants parmy le monde sans couclurcn lit.
• Ils furent autant ein<( ans par le monde qu'ils vinssent.!
Paris... l.cs douze susdits devant, et le jour saint Jean Dccolacc vint le commun; lequel on ne laissa pas entrer dans l'aris, mais par justice furent laijcz ;i la Chapelle Saint-IJinys, et n'estoient point plus eu tout d'Iiommes, de femmes et d'enfants, que cent ou six vinijts ou environ, et quand ils partirent de leur pays, ils estoient mille ou douze cents.
• Presque tous avoient les oreilles percées, et en cliarune oreille un annel d'argent ou deux : et disoient que c'estoit r;entillesse en leur pays. Item les hommes estoient tous noirs, les cheveux coupez; les plus laides femmes ([ue l'on peut voir, et les plus noires; toutes avoii nt le visaije déplayé, cheveux noirs comme la queue d'un cheval; pour toutes rohbes une vieille llossnye, très-jjrosse, d'un lien de drap ou de corde lié sur l'épaule, et dessus un pauvre roquet, ou chemise, pour parements, liref, c'estoient Jes plus pauvres créatures que l'on vit onc(|ues venir en France, d'âge d'hommes; et néantmoins leur pauvreté en la compagnie avoit sorciers qui regardoient es
mains, et disoient ce qu'advenu leur estoit ou l'advenir et (|ui
pis estoit, en parlant aux créatures par art magi(|uc ou autrement, par l'ennemy d'enfer ou par intrije et d'habileté, laisoient vuider les bourses aux gens et les mettoient eu leurs bourses, comme on disoit. •