CHAPITRE XIII
Galcotti îMartius était né h Narni , dans l'Ombrie. H enseigna d'abord les belles lettres à Bologne; mais l'inquisition le persécuta pour avoir soutenu que la foi n'était pas nécessaire, et cpi'on (louvail être sauvé uniquement par les bonnes a'uvres. Incarcéré à ^ cuise, il fut rendu à la liberté par les ordres du pape Sixte iV, à la condition expresse qu'il abjurerait son hérésie. 11 se relira en Hongrie, oii il devint secrétaire du roi Matbias Corviu. Après la mort de ce prince, Galcotti passa en France : il mourut en l'iTO, suivant quelques autorités; et suivant d'autres, en I iOl.
Gabriel JNaudé a dit de lui, dans l'Addilionà l'histoire de Louis A7 (Paris, Ifj;i0, in-S") :
« Quant à Galeottus Martius, qui estoit natif de la ville de INarui en Italie, c'estoit un homme consommé dans les bonnes lettres, grand critique, pliilosoidie, médecin, astrologue , humaniste et orateur, comme en font foy ses livres de Doctrimi promiscua , de Hiimine , de Dictis Malhiœ riujis, de Censura operum philelphi et de Wilgo incof/nilis, desijuels combien je n'en aye veu que les trois premiers imprimez, il faut néantmoins croire (pie lequatricsme l'a aussi été, veu ((ue Marsile et quelques autres autheurs et bibliothécaires le citent fort souvent, et le dernier remply de fort doctes et curieuses maximes, ilesquelles ou ])eut voir quelques échantillons d;iiis Vadianus et la P()|)elinière, est maintenant gardé eu la bibliothèque du lioy, où le docte et révérend père Marsenus m'a asscuré de l'avoir plusieurs fois veu et feuilleté. Oiilre ce, il estoit fort addroil au maniement de toutes sortes d'ariiu's, et quoyqu'il fust de corpulence assez grosse, pesante et incommode, il surmonta néantmoins en un deffy solennel et par combat réglé le plus habile luicteur de son temps, comme Jauus Pannonius, évesque de cinq églises, a remarqué dans une épigramme.
» C'est pourtpioi l.ouys onze, ayant entendu parler d'un tel ])rodige de sravoir, devint comme envieux de Mathias Corvinus, (|ui l'avoit choisi pour maistre et compagnon de ses études, et par une honeste émulation liiy lil pro]inser de si grands avantages, qu'il se délibéra enfin de quitter la Hongrie pour mieux et plus pleinement savourer l'honneurel la répul.ition qu'il s'esloit ac([uis parsc'smérites, et respirer avec toute commodité l'air de la France soult la faveur et libéralité d'un si puissant roy. Mais, ô malheur estrange! comme il fut arrivé à I.yon, où le roy estoit, l'an 1 m, il se trouva si surpris là par la soudaine rencontre (ju'il en lit, (|ue se précipitant de mettre pied il terre pour le saluer, il tomba de dessus son cheval avec telle violence, qu'il se rompit le col et mourut sur la place. (?est du docte .loannes Pu;rius N aleriaims i|ue nous apprenons cette histoire, lequel en fait le récit au livre de IJtteratiiruin iiifeliritale , en quoi néantmoins il ne s'accorde pas avec Paul Lone et Sc^irdeon, qui décrivent sa mort comme estant arrivée en une petite ville proche ili' Padoue, où il demeura estoulfé soult la iiraisse et embonpoint. »
CHAPlIliK \\].
Les liohéiiiiens onl de grands rapports avec les juifs, mais ils ne professent jias comme eux de religion parliculii're. I)ans l'Inde orientale, ils n'adoraient ni liramali ni Mahomet; ce (|iii les a fait considérer comme parias. Diverses superstitions leur tiennent lieu de croyance, et les plus instruits d'entre eux font, comme Hayraddin, parade de m:ilérialisiiie.
Hien de plus pénible, pour celte ra<-e indolente cl voluptueuse, qu'une profession régulière. l,orsr[ue l'aris était occupé |)ar les alliés
eu 1815, l'auteur se promenais avec un oliicier anglais près d'un poste gardé par les troupes prussiennes. Il fumait un cigare, et, pour se conformer à une règle établie, il allait l'ôter de sa bouche en passant devant le factionnaire; mais celui-ci s'écria en allemand : « F"uuiez, et que le diable emporte le service prussien ! » C'était un bohémien (|ui exprimait ainsi son antipathie, au risque de recevoir la schiaguc si un caporal l'avait entendu.
CllAPlTI'.l-: MX.
On peut trouver étrange l'aventure de Quentin à l.iégc; et pourtant, dans les momenls de doute, les plus légères circonstances ]>ei\^ vent avoir sur l'esprit public une influence inexplicable. A l'époque oii les Hollandais se jjrép. iraient a secouer le joug de la France, le débarquement d'un individu revêtu de l'uniforine des volontaires anglais fut accueilli coniriie le gage d'une intervention britannique.
CHAPri'RE \\\.
Philippe de Comines, né en 1 1 i.') au ch;\teau de Comines en France, passa ses premières années à la cour de IJourgogue, et s'attacha à Louis XI, qui le nomma chambellan et sénéchal de Poitiers. Il mourut en 16l)'J. Ses Mémoires sur l'histoire de Louis \l et île (Charles VIH, depuis 14(>i jusqu'en 111)8, sont un précieux monument historique et philologique. \ oici comment il a tracé le portrait de Louis XI :
Il Entre tous les princes que j'ay jamais connus, le plus sage pour soy tirer d'un mauvais pas, en temps d'adversité, c'estoit le roy Louis -\1, nostre maitre : le plus humble en paroles et en habits : et qui plus travailloit ii gagner un homme qui le pouvoit servir ou qui luy pouvoit nuire, et ne s'ennuyoit point d'estre refusé une fois d'un homme qu'il prélendoit gagner : mais y contiuuoit, en luy promeltant largement et donnant par etl'et argent et estats (|u'il connoissoil qui lui plaisoicut, et ceux qu'il avoit chassez et déboulez en temps de paix et de pros)>érité, il les r.ichetoit bien cher quand il en avoit besoin et s'en servoit et ne les avoit point en nulle haine pour les choses passées. Il estoit naturellement ami des gens de moyen estât, et ennemy de tous grands (|iii se pouvoicnt passer de luy. JN ul homme ne presta jamais tant 1 oreille aux gens, ny ne s'eni|uist de tant de choses, comme il faisoit, ne qui voulust jamais connoistre tant de gens : car aussi véritablement il connoissoit toutes gens d'authorité et de valeur, qui estoient eu Anijleterre, en Espagne, en Portugal, en Italie, êtes seigneuries du duc de Hourgogne et eu Bretagne, comme il faisoit ses sujets. Et ces termes et façons qu'il tenoit, dont j'ay parlé ci-dessus, luy ont sauvé la couronne, veu les ennemis qu'il s'estoit luy-mème acquis ii son advenement ou royaume; mais surtout luy a servi sa grande largesse : car ainsi comme sagement il conduisoit l'adversité, à l'opposite dès ce qu'il cuidoit estre asseurou seulement en une trêve, se mestant a mescontenter les ijens, par petits moyens, (|ui peu luy servoient, et à giand'peine pouvoit endurer paix. Il estoit léger à parler des gens, et aussi tost en leur présence qu'en leur absence, sauf de ceux qu'il craiguoit, qui estoit beaucoup : car il estoit assez craintif de sa propre nature. Et ([uand pour parler il avoit receu quelque dommage, ou en avoit suspicion, et le vouloit réparer, il usoit de cette parole au personnage propre : « Je sçay bien que ma >i langue m'a porté grand dommage, aussi m'a-t-elle fait quelquefois » du plaisir beaucoup : toutes fois c'est raison (jue je répare l'a- » mende. » Et u'usoit point de ces privées paroles, qu'il ne fist quel- (|ue bien au personnage i» qui il parloit, et n'en faisoit nuls petits. ;\lais fait Dieu grand'gràcc à un i)riuce quand il sçail le bien et le mal, et jiar espécial ipiand le bien précède, comme au roy nostre maistre dessusdit. !\Iais ;i mon advis, que le travail ([u'il eust en sa jeunesse r|uand il fut fugitif de son père, et fuit sous le duc Philippe de hourgogne où il fut six ans, lui valut beaucoup, car il fut conlrainl de complaire à ceux dont il avoit besoin : et ce bien, (|ui n'est pas petit, lui apprit adversité, u
Philippe de Comines dit île (Charles le Téméraire :
CI Je l'.iy veu grand et honorable prince, et autant estime et requis de ses voisins; un temps a esté que nul ])rince qui fust eu la chrestienté, ou par aventure plus, .le n'ai veu nulle occasion pourqiioy plus tôt il peust avoir eiiciMiru l'ire de Dieu, que de ce (|iie toutes les grâces et honneurs qu'il avoit reçus en ce monde, il les estimoit tous estre procédez de son sens et de sa vertu, sans les attribuer à Dieu , comme il devoil; car à la vérité il avoit de bonnes cl vertueuses parties en luy. Nul prince ne le jiassa jamais de désirer nourrir i;randes gens , et les tenir bien réglez. Ses bienfiits n'estoient point fort grands ; pour ce ipi'il vouloit que chacun s'en resseiitist. .lamais nul ne donna plus libéralemenl audience ii ses serviteurs et sujets. Pour le temps (pie je l'ai connu, il n'estoit point cruel, mais le devint peu avant sa morl, (|iii estoit mauvais signe de longue durée. Il estoit fort poiiipiu\ en liabillemeiits , et en toutes autres choses un peu trop. 11 porloit fort i;rand honneur aux ambassadeurs et gens étrangers. Ils estoient lort bien festoyez et recueillis chez luy. 11 désiroit grande gloire, (|ui estoit ce i|ui plus le lueltoit en ses guerres que nulle autre
QUENTIN DURWARD
chose : et eût bien voulu ressembler à ces anciens princes, dont il a esté tant parlé après leur mort, et estoit autant hardy qu'homme qui ait régné de son temps, jj