NOS SOLDATS, NOS GÉNÉRAUX ET LA GUERRE D'AFRRIUE
CIIAPITHI': ].
CKST ET HOTELI\, CBAVELUS.
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Description sommaire de l'Algérie. — Sa géographie, ses productions, ses divisions politiques , ses habitanis. — Autres détails préliminaires. — Tableau chronologique de la conquête.
Avant (rabonicr la brillaiit<' histoire ilc la ijiit'rre i|ii(,' la Franco a laite pendant vin];t-dcii\ ans sur le scil de l'Afrique, el (pii nous .a valu la possi'ssion ilésor- III. lis incontestée d'un (lays iiii vécut un si ijnind passé, iiii se développe en ce nioiiient même un si reiuari|ual)lc avenir, il est néicssaire de jeter un coup d'œil sur le tliéàtre di's événements. I.e lecteur a besoin d'être initié tout d'abord ii ipiebpics détails prineipanv, sans lestpuds il sciait peutêtre réilnit il errer au milieu des noms, des eho.ses et des laits, coniinc dans un \érilable dédale. \i)us proléderons aussi biicveiuciit que piissible.
Matliéniatiqueineiil, l' Ali;éric est siliiée entre le troisii-iiie dei;ié de liniijitude oi'cidenliile et le sivièiue dei;ré de lonijilude orientale.
Sa latitude est enlie le ■Jl..
A l'aspcci da JL-uiif cavalier, elles se voilurciii pr
MLKlinK'Ml.
Irente-lriiisiéuie et le trentesivièiiie deijré noril. I.a distance léijale de sa capitale, Ali;er, il l'aris, est de cent soixante myriamètres ou de seize cents kiloiuètiM's , suit quatre cents lieu<'s. Historiquement et fféuijrapliiquement , la nouvelle cou(|uète de la France l'ait partie île ce que l'on a]qielail autrelois les l'étais barbar<'Sf[ues iiii la Itarbarie. I^a Méditerranée, au\ Ilots plus Iran- (juilb's d'ordinaire, mais plus Iraities que ceiiv de l'Océan, la borne au nord, sur un dévcdoppcinent aceideiilé el d<' plus de mille kiloini'lres. Au sud le Saliara cl-l'alal on désert ; à l'est le be\ lieli de Tunis , à l'iuiest reiiipirc du Maroc sont les autres limilcs de r Alijéric. On évalue sa vaste siipcrricie an\ deu\ tiers de celle de la l'rauee, c'est-àdire à environ trois cent mille kilomètres eanés.j
La tenipéraliire est il peu |irès la inêine i|ue celle des parties nnuidionales de lu l'rovence et de l'Italie, l.'hi- \er y consiste surtoni en jduies tiiinbaut par ondées é-Ioiî;iM'es, mais considérables. Ces pluies raiiiini'nt en un instant la véjjélation, que les chaleurs estivales sein-
ABD-EL-KaDER.
Iileiit ai'i'èlor. Ces chaleurs sont aussi eoiiil)altiies ])ar des nuits très- IVaiclu's et par de fortes rosées. Aussi rAlf;érie réiinil-ellc les espèces les plus variées. L'oranj;er, le citronnier, i'aniauclier, le l'ipuier, l'olivier, le grenadier, le ])islacliier y produisent, sans compter, des fruits savoureux et dont une ijraude partie est convertie en essences, en luiiles, en conserves ou en spiritueux. La vii;ne y vient sur les eo teaux, et donne une liqueur comparable à celle de IMailère et de Malai;a. La canne ;i sucre, suivant la Iradilion, y .a prospéré autrefois; le coton réussit; le lioublon se naturalise. Le jasmin, la rose, le laurier n'ont besoin d'aucune culture pour parer le sol. Mais ce qui fait la vraie fortune d'un pays, ces plantes modestes, ces fécondes céréales dont l'homme forme sa principale notirriture, voilà ee que l'on y rencontre en plus p.rande abondance , depuis la patate et le to])inambour jusqu'à l'auberijinc et à la tomate, depuis le froment, rori;e, le seiijle et le maïs jusqu'au sarrasin, aux fèves, au millet et au sorgho. Les fourrages naturels et arlit'iciels, les plantes qui servent aux arts de l'industrie ne manquent pas non plus, et l'indigo, le safran, les arachides, le colza, le sésame, le lin et le chanvre sont cultivés avec succès.
Les richesses sylvicoles sont considérables. Les explorations officielles ont fait reconnaître environ huit cent mille hectares de forêls de tniiUs sortes d'essences iscdées ou nu'dées : chêne vert, clièiu' liège, chêne zéen , cèdres, tamarins, micocouliers, pins, azédarac, robinier, noyer noir, févier, lenlisque, orme, frêne, ])la(nieminiei', platine , \ préau , olivier, lcnlisi|ue , thuya, cyprès. Tout cela est quelquefois magnifique. Le Djebel-Amour contient des lérébintlies au feuillage assez étendu pour aliriter jusqu'à trente cavaliers. Le sous-siil n'est pas nniins riche (|ne la su])erlicie. On exploite déjà des )uines de cuivre, de fer, de plomb, d'anlimoine. Jus(|u'iei ce sont les premiers de ces métaux que l'on a trouvés en plus grande abonilance. ])cs sources thermales, dont ([uehiues-unes furent connues des Romains, sont i-épandnesçà et l;i ; plusieurs ont été analysées dans leurs principes ; on les a re<onnues comme étant éi^ales en vertus aux plus rcnonimées de l'Europe. Les indii;ènes en font remonter l'usaije jusqu'à Salonion, qui, selon eux, avait à ses ordres tous les génies terrestres, et (|ui , lorscpi'il voulait jouir des délices du bain, leur ordonnait d'entr'ouvrir la terre dans les sites les plus agréables, et d'en lair<' jaillir des eaux qu'ils étaient ensuite chargés de tenir éterncllemenl chandcs cl ^préparées pour la guérison ou le repos du corps.
l'arlerons-nous iuaintenani des espèces du règne animal .' Au premier rang se préscnicnl ces chevaux du Sahara, ces buveurs d'air qu'un général (rançais vient <!<■ décrire avec lanl de poésie ', et dont les .\rabes sont si fiers qu'ils répondent à ceux ipii leur demandent l'origiiie (le ce magnifiipie présent : « Ih ricinu'iit ik' !a pairie du premier homme . où ils ont èlé créés un jour ou deux arant lui. » Ces rapides chevaux , qu'il n'est jias rare de voir faire cinquante ou soixante lieues en vingt-cjuatre heures, apparlienncnt, suivant M. Dauinas, a |iliisieurs races, parmi les(|uellcs on dislingue la race Haymour, celle de IJcm-fiareb et celle de .Merizigiie. La première produit ordinairemenl des chevaux bais, la seconde des chevaux blancs, la troisième des chevaux gris. Une autre race fort estimée est celle de Rakeby, dans la partie centrale du Sahara. algérien , et dont les produits sont des bais-bruns. Le chameau est aussi une des grandes ressources commerciales et militaires de l'Algérie. Le camp d'Abd-el -kader n'en eonlenait jamais moins di' plusieurs eenlaincs, destinés à ])orter l'orge pour les chevaux et le bisciiil pour les soldais. Une seule Iribii en mil une fois six cents à la ilispiisitioii de nos lroii|)es. D'iunon.brables Iroiipeaiix de moulons, de chèvres cl debceiils formaient la princi- ])ale richesse des tribus. Les piqiulalions sédenlaires élevaieiil cl élè- \cnl encore dcrs abeilles, doiil la cire est plus renommée que le miel , et forme une des branches princip.iles du commerce des kabjles. Le ver a soie et la eochenille eommenceiil à s'acclimater. On lire également un grand parti de la saiig>ue, et la pôelii^ séculaire du corail occupe cha(|ue année de ceni einquanle à cent quaire-vingts bateaux, dont elia(|uc patron paje à l'Llal une redevance de huit cents francs. A côté de ces espèces utiles s'en ))résenlent d'aulres, qui allestcnl que la civilisation n'est pas encore toute-puissaute dans ces coiilrées. Mais ces esjièces, ennemies de l'Iiomme ou des troupeaux , comiiic le lion, le chacal, la iiantlière, l'hyène, vont en diminuant de jour en jour. Lu Français a acquis, en taisant seul, à ses momenis perdus, la chasse au roi du déserl , cl eu débarrassant plusieurs tribus du voisina(;e de cet hôte terrible, une renommée jiopiilaire (|ui ne h' cède à celle de personne. Ses Iriomphes ont frapiié l'imaginalioii des Arabes, cl quand d<'s siècb's aiiroiil passé, le nom de Cérard, le lueur de lions, rappellera aux liabilaiils de la contrée (pichpie chose de grand et de puissant comme les c\ploils d'Hercule uémécn. On se coulera, on embellira la légende de Gérard; mais son traité de la chasse au lion, l'un des ouvrai;es les plus extraordinaires (pie nous connaissions, restera pour atleslcr rpie le soldai de nos armées dépasse souvent en courage léméiair,- et froid les héros di' ranti(|uité, et peut rivali.ser avec Appien ou l'Iiilarque pour le nerf, l'abondance précise et le piltoresque de la narralion. Le Français, en présence de cho.ses (jrandcs, est toujours grand.
' Le g(ïn<-ral Daumas, CIteiau.r ilu Sahara.
Si nous jetons les yeux sur la configuration du lerrain, nous verrons qu'il en est peu qu4 soient aussi variés dans leurs formes que celui de l'Algérie. Elle fait, hydrographiqucment parlant, partie du bassin méditerranéen. La cliaiue de l'Atlas la sillonne dans le sens de sa longueur, et de l'est à l'ouest, en jetant, soit du cijlé de la mer, soit du côté du désert, des contre-forts sé|)aréspar des vallées trèsdifférentes d'aspect, les unes d'un sauvage indomplablc, les autres riantes et gracieuses; celles-ci rocheuses cl arides, celles-là couvertes d'une végétation admirable. L'A lias lui-même se divise en moyen, jielit et grand. L'Atlas moyen ou ])roprement dit s'étend du golfe de Tunis au détroit de Gibraltar, tantôt se rapprochant de la mer jusqu'à cinq lieues, tantôt s'en éloignant justpra vingt-cinq. Le petit Atlas, plus voisin de la côte, est souvent parallèle au premier, et s'étend des rives de l'Adouze, près de liougie, à celles du Chélif, près de Mostaganem. Le grand Atlas court derrière le moyen et le petit. On l'a souvent comparé à un mur ipii protégerait l'Algérie contre reuvahissemcnt des sables du Sahara-el-Falat.
Aliu que nos lecteurs puissent se reconnaître dans les récits que nous allons avoir à coordonner, nous indicpierons (piclques-uns des noms les plus célèbres parmi ceux que ])ortent ses (Ijebel ou montagnes. Ainsi, le grand Atlas, à partir du Maroc, prend successivement les appellations de Djebcl-Labeb, El-Mergueb, Djebel-Tayloul, Djcbel-Zeroiialen, Djebel-Ulaa, Djebel-Tazenga, Djebel-Sba, Djcbel- Mcuela, Dier-cl-Kaf , Djebcl-IVador, DjebeLBcn-Ammade, etc. Le Sahara algérien s'étend entre ces monts et le Djebel-Amour, elle Senalba. Le moyen Allas porte, à partir du Maroc, les noms de Djebelel-Col , Djebel-liou-Aïct, Djebel-Tcnira, Djeliel-Ghessoul, Ouarensenis, Djebel-cl-Ghessii, Djebel-Dalaca, Djebel-Dira, Djebcl-Mecknin, Djebel -Afroun , Djebel-Serra , Djebel-Ouled , Hou-Thaleb, Djebel- Aures. Du Djebel-Mekniu part le Djcbcl-Ouanniuigah; puis viennent les Djebel-ISabourah, IJjebel-Arhes, Djebel-Mouila , et en redescendant vers Constantine, le Djebel-Ouach, qui se rattache au Djebcl-llamra , enfin tout à fait à l'est le Djcbel-Sedjeras. Le petit Atlas s'appelle dans une cerlaine partie Djemcl-Soumatha , et ailleurs Jurjura ou Djerdjera. Il est joint au moyen Allas par le liihen, ([ui renferme les fameuses Portes-de-Fcr, Les pies les plus hauts (le ces dix'crses inontagues sont l'F.dough, près (le Bone ; le Grand-Baboiir, entre Bougie 01 Djidgcii; le l)ira, cuire Dellys et Boiisada; le Sidi-Moiissa, entre Tcnès et Mostaganem; la Medjouna, entre Orau et la rivière de Talfna, elc., etc., ele. D'autres, comme VOuareiisenis , le Moiizuia . doivent leur célébrité à de grandes actions de guerre.
Ces nuuitagnes divisent naturellcmenl le ]>a\s en deux versants. Celui (]ui est incliné au nord vers la mer s'aïqu'lle le Tell ou 'Pcull : c'est la région des céréales. L'autre, incliné vers le désert ou le sud, forme le Sahara algérien : c'est la région des jialmiers. On nomme Kabylie toute la région du moyen Alias et du petit fleuve Adouze, qui , nous le verrons plus tard , porte dans les diverses parlies de sou cours, comme les autres rivii'rcs de l'Algérie, des noms dilVérenls. f>a Mitidja et la ÎMedjana sont, avec les plaines de Boue, du Chélif cl d'Oran, les surfaces planes les ]ilus élendues de la contrée.
Ce nom d'Adouze nous amène à parler des cinirs d'eau (pii sîllonleiil l'Abjéric, et dont un si grand nombre oui dû leur célébrité à nos victoires. Les plus importaiils sinil de Test à l'ouest : l'Oued-cl- Kebyr, à l'est, ipii se jelle dans le golfe de lione; l'Oued-.Seybous, ipii allliie au même golfe; l'Oucd-el-Kcikc, cl TOucd-Safsé, (pii se rendent au golfe de .Slora; l't )iic(l-i!ou-Arbia, dont remboiichure est ])rès de C(dlo; le grand Oiicd-cl-kebir, (|ui débourhe à l'ouest du Bas- Atlyali, el recroît l'( )iie(l-Uiimmcl ; l't )ucd-Bou-Messaoud ou Adouze, qui se rend à la mer |ires de Bougie; l'Oucd-Isser, (pii déboiiclK^ près (lu caji Djiiiel; TOiied-Khamiz , qui a son embouchure ]ir('S d'Alger; rOucd-( ilielif le ]iliis grand fleuve de la l'iégcnce, el cpii après avoir longleiujis coulé de Ti'st à l'ouest, et reçu nue foule de rivières, a son emboMchure non loin de Mostaganem; l'Oued-lMacla, qui, grossie du SIg el de la Ilabia, se jette dans le golfe d'Arzew ; l'Oiied-Tafiia qui débouche vis-à-vis Uaschgoun, la Miniloiiia. Presipic Ions ces fleuves, sauf le Chélif, (pii a un cours de pris de cinii cenis kilomèlrcs, siuit peu (•(uisidérables.
L'Ah;érie, depuis l'origine de la coiupicle, a eu seize gouverneurs (Hi commandants généraux, dont voici la liste :
i;oMMA\n.\XT.S ou GouvunNni'BS oiÎnkiiaux df. l'algÉbiiî.
1'''. IS:i() .') jiiillcl. Le comte de liourmonl, depuis maréchal de l''r.iiiic.
î"" — 2 septembre. Le général Claii/el , depuis maréchal de France.
3°. I8:il février. Le général l'.eilhczi'MC.
1". — ?.") décembre. Le duc de lîovigo (inlérim du général Avizard;.
.')". lfi;!:i avril. Le lieiilcuanl général \ oirol (iiilérim).
(i'^. IS-il 2(1 septembre. Le liculenaiil général Drouet d'Krlon.
7". \K'-\h a(M'il. Le maréchal (Maiizel.
H''. is;i7 12 février. Le général DamrciiHuil.
!)'. — n oclobrc. Le iiciilcnanl général \ allée , depuis maréchal de l'ianee.
ABD-EL-KAnER,
10°. 1839 31 (léceinbie. Le litMitenaiit i^tiiéial Bujjeaud , depuis marécliiil de FniiUL'. — Douldc intérim du PjL'iirnil JucliauU de la Muricière: le 1'' au li iioveiul)i(' isii; le second au 54 août 18 ').'>. — Autres intérims moins importants.
11 sepleinlfre. M. le due d'x\umale.
2 1 lévrier. Le général Luijine Cavaiijnae, depuis pré-
sident du conseil des ministres et eliei" du pouvoir exécutif de la liépulili(pie.
Le lieutenant j;énéral Clianijarnier.
Le lieutenant l'jï'-néi'al t-iliarron.
Le lieutenant général d'Ilautpcnil, ministre de la ijuerre.
Le lieulenant ijénéral Randon. — Intérims du j;éuéral l'clissier.