‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 31 sur 219 · II · texte numérisé non relu

II

Si" Le Chien d'Alicante [Canis Andalousiœ , Desm. f^e Catien de Ciiijentw) a le museau court du bouledogue, le Joug poij (le l'épagiieul, et parait provenir du croisement de ces deux variétés.

3S° Le CuiEN TURC [Canis cara'iba'us. — Canis œcjtjptius. Lin. Le Chim de Barbarie) a le crâne déveloi)pé, le museau jiointu; les oreilles assez larges , horizontales; les membres grêles; la ])e.ui pres([ue entièrement nue , noire, ou couleur de chair, ou à taches luunes , sa queue est relevée et recourbée ; sa taille ne dépasse pas celle d'un graml roipiet. 11 est originaire d'Amérique, où le trouvèrent Christophe Colomb et les Français qui abordèrent les premiers à la Martinique et à la Guadeloupe en 1635; il • est encore très-commun à Payta dans le Pérou. On l'a dit d'abord de ïuripiie puis ensuite de la liarbarie et de l'Afrique.

Le Chien turc à crinière, de Biidbn , n'en didère ipie par sa taille plus grande, et par une sorte de crinière étroite de poils longs et rudes qui commence sur le sommet de la tète et s'étend en bande étroite juscpi'à la naissance de la queue. Il est m('tis du chien turc et d'un éjiagneul, ou d'une autre variété à longue soie.

3fi° Le Chien de rue (Canis domesticus hiibridiis) est le mélange du croisement non prévu de deux ou même de plusieurs des races et variétés que je viens de décrire. Il varie de mille manières en grandeur, en forme, en couleur et en intelligence. Très-souvent la femelle met bas à la fois des iielits de races diU'érentes de la sienne.

g1 \.f^ PfjIfùNS SAUVAMES.

Le Loup (Canis lupus, Lin.) a le jielage d'un fauve grisAtre, avec une r.iie noire sur les jambes (|e devant, (piand il est adulte; sa ipieue est droite ; ses yeux sonjobliiiiies, à iris d'un fauve jaune. Dans le Nord, on en Irouye qucl(iuéfois une varie'té entièrement blanche. Il habite toute l'E'irope excepfé jes lies lîritanniqiies, où l'on est parvenu à le détruire. Ôii le trouve aussi dans le Nord de r.Vinérique. Partout il est un dangereux ennemi des troupeaux.

Le loup, (pioi (pi'on en ait dit, n'est qu'une simple variété ou race dans l'espèce de notre chien (lomcslilpl(^ On en a aujourd'hui les preuves les ]>lus complètes, imisipie ceux cpie l'on conserve à la ménagerie s'accouplent très-bien avec des chiens, et

les individus qui en résultent sont féconds et se multiplient, soit entre eux , soit accouplés avec des chiens ou des loups. Tout ce que lUifTon a écrit sur ces animaux, sur leur férocité indomptable, sur leur antipathie pour le chien, sur les caractères qui tranchent ces deux espèces, etc., est absolument faux et le résultat des ju'éjugés de son temps, comme je le démontrerai.

De tous les temps , le loup a été le fléau des bergeries et la terreur des bergers; il est d'une constitution très-vigoureuse; il peut faire quarante lieues dans une seule nuit, et rester plusieurs jours sans manger. Sa force est supérieure à celle de nos chiens de plus grande race. Heureusement que la férocité de son caractère ne réi)ond pas à celte extrême vigueur, et que, par ses qualités morales, il ne mérite pas la réputation qu'on lui a injustement faite. Le Toup n'est ni lâche ni féroce, et c'est ce que son histoire pro()yera quand on la débarrassera des absurdes contes dont on a coutume î\e }a falsilier.

Si le loup n'est pas tourmenté parla faim, il se retire dans les jjois, y passe le jour à dormir, et n'en sort que la nuit pour aller fureter ilans la campagne. Alors il marclie avec circonspection, évitauf tpvjte julte inutile , fût-ce même avec des animaux plus fai})les que }uj. 1| fuit les lieux voisins de l'habitation des hommes ; sa iiiarclic est furlive , légère, au point qu'à peine l'entend-on fouler des feuilles sèches. 11 visite les collets tendus par les chasseurs, pour s'emparer du gibier qui peut s'y trouver jiris; il parcourt le bord (les ruisseaux et des rivières pour se nourrir des immonflicies que |es eaux rejettent sur le sable. Son odorat est d'une telle finesse, qu'il lui fait découvrir un cadavre à plus d'une lieue de distance. Aussitôt que le crépuscule du matin commence à rougir l'horizon, il regagne l'épaisseur des bois. S'il est dérangé de sa retraite, ou si le jour le surprend avant ipi'il y soit rendu, sa marche devient plus insidieuse ; il se coule derrière les haies , dans les fosse's , et , grâce à la finesse de sa vue , de son ouïe et de son odorat, il parvient souvent à gagner un buisson solitaire sans être apenni. Si les bergers le découvrent et lui coupent le passage, il cherche à fuir à toutes jambes; s'il est cerné et atteint, il se laisse dévorer par les chiens ou assommer sous le bâton sans pousser un cri, mais non pas sans se défendre.

Quand cet animal est jioussé par la faim , il oublie sa défiance naturelle et devient aussi audacieux (jifintrépide, sans renoncer à la ruse quand elle ju'ut lui être utile. 11 se détermine alors à sortir de son fort en plein jour; mais, avant de ipiitter les bois, il ne manipie jamais de prendre le vent, et s'arrête sur la lisière, évente de tous côtés, il reçoit ainsi les émanations qui doivent le diriger dans sa dangereuse excursion. 11 parcourt la canqiagne, s'apiu'ochc des troupeaux avec i)récauliou jiour n'en être pas aperçu avant d'avoir mar((ué sa victime, s'élance sans lu'siter au milieu des chiens et des bergers, saisit un mouton, l'enlève, l'em- ]iorle avec une légèreté telle, cpi'il ne peut être atteint ni par les chiens ni jiar les bergers, et sans montrer la moindre crainte de la poursuite qu'on lui l'.iit, ni des clameurs iloiit on l'aciompague. D'autres fois, s'ij a (h'couvcrl un jeune chicii iiiexpérimenté dans la cour d'une grange écartée, il s'en approche avec effronterie et souven juscpi'à poi ti'e de fusil ; il prend alors did't'rentes altitudes, fait des courbetles , des gambades, se roule sur le dos comme si son intention ('tait de jouer avec le jeune novice. Ouand celui-ci se laisse surprendre à ces Iroiiipeuses amorees et s'approche, il est aussitôt saisi , étranglé et entrain(; dans le bois voisin pour être (jévorél f ai été tiimoin de ce faif , qui prouve dans le loup autant d'intelligence que d'audace.

Mais ipiaiid un chien de basse-cour est de force à disputer sa vie, le loup s'y |)reuil difli'rcmmeul : il s'apiu'oehe jus(pr;i ce (pie le (bien l'aperçoive et s'i'lance pour lui livrer combat ; alors l'animal sauvage prend la fuites , mais de manière à exciter son ennemi à le suivre , ne s'en ('loignant (pie siidisammcnt pour n'être i)as atteint. Le mâtin , animé par ce commencement de victoire, poursuit le loup juscpi'aiiprès d'un fourré où un second

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loup les altendait ; ce dernier sort tout ;i coup de son embuscade, se jflte sur le uiailieureux cliieii , (|ui coniuience le couibat avec fureur; mais le fuyard revient sur ses pas, joint ses efforts à ceux de l'autre assassin, et le nuMin louibe victime de son courage et de la perlldie de ses deux ennemis On a vu très-souvent un loup affame' entrer en [ilein Jour dans un banieau, saisir un chien à la porte d'une maison, une oie au milieu de la rue ou un mouton près lie la bergerie, l'entrainer dans les bois maigre les bourras d'une population entière, et même maigre les cou(is de fusil qui Jejà ne peuvent plus l'atteindre.

C'est surtout pendant la nuit que le loup afTame oublie sa jirudence ordinaire pour montrer un courage (pii va jusqu'à la tènK'rile. llencontre-l-il un voyageur accompagne d'un chien, il le suit d'abord d'assez loin , puis s en approche peu à peu , et quand il a pu calcider les chances de danger et de succès , d'un bond il se jette sur l'animal effrayé, le saisit Jusqu'entre les jand)es de son maître, l'euqjorte et disparaît. On en a vu trèssouvent suivre des cavaliers pemlant plusieurs heures, dans l'espe'rance de trouver le moment propice pour èiraugler le cheval et le dévorer. Dans le iNord , il paraît (pie , lorscpie les neiges abondantes couvrent la terre, les loups, ne trouvant plus de nourriture dans les bois, se réunissent en grandes troupes, descendent les montagnes, sortent <le leurs forêts, et viennent ilans la ])laine faire des excursions jusipi'à l'entrée des villages et des villes. On prétend que dans ce cas leur rencontre a été i>lusicurs fois fatale à des voyageurs. Dans l'esijace d'une nuit un loup vient quelquefois à bout de creuser un trou sous la porte d'une bergerie et de s'y introduire. Dans ce cas, il commence par étrangler tous les moulons les uns a])rèsles autres, puis il en emporte un et le mange; il revient en chercher un second, qu'il cache dans un hallier voisin, avec la précaution tle recouvrir son corps de feuilles sèches ou d'un peu de terre;' il retourne en chercher un troisième, un quatrième, et ainsi de suite, .jusqu'à ce que le Jour le force à battre en retraite. Il les cache dans des lieux (]ifférents et à une assez grande dislance les uns des autres; mais, soit oubli , soit défiance , il ne revient janiaîs |es cliercher. Le loup préfère une proie vivante à toute autre nourriture; cependant il dévore les voiries les plus infectés, et, faute de substance animale, il se contente de fruits mûrs ou i)ourris, (|e racines, et même, dit-on , de bois tombant en décomi>ositi(»n et d'une certîiine terre glaise. « H aime la chair humaine, dit lîutron, et peutêtre, s il était le plus fort, n'en mangerait-il pas d'autre. On a vu des loups suivre des armées, arriver en nombrr à des champs de bataille où l'on n'avait enterré que négligemment les corps, les diîcouvrir, les dévorer avec une insatiable avidité, et ces mêmes lou|)S, accoutumés à la chair liiunaine, se jeter ensuite sur les bonunes, attacpier le berger plutôt (pie le troupeau, dévorer les femmes, emporter les enfants. » La critiipie fait aujourd'hui Juslice de toutes ces exagérations; mais il n'en est pas moins vrai (pie (piehpiefois des louves affamées, à r('i)o(pu' où elles allaitent leurs petits, se sont Jetées sur des enfants, (h's femmes et même des hommes. Les annales de |dusieurs de nos départements en fout foi.

Tout ce qu'a dit Buffon de rindom])lable férocité du lou]) cM faux ou très-exagéré. J'ai eu i)eii(lant (piatre ans nue louve parfaitement (uivée, aussi douce, aussi caressante ('t aussi allaclu'e qu'un chien, vivant en liberté, sans ipie Jamais elle ait cherché à se sauver. Frédéric Cuvier a donné 1 lùsloire de deux loups (pii vivaient il y a peu de temps encore à la ménagerie , et qui ont montré l'exemple d'un attachement pour leur maître, aussi grand, aussi passionné (pi'aucun chien ait pu I (■prouver. L'un d'eux, ayant éli! pris fort jeune, fut élevé de la même manière (piuii chien, et ile\int familier avec toutes les personnes de la maison , mais il ne s'atlaclia d'une affeetion très-vive qu'à son maître; il lui montrait la soumission la plus entière , le caressait avec tendresse, obéissait à sa voix et le suivait en tous lieux. Celui-ci,

oblig(' de s'absenter, en fit présent à la mi'nagerie , et l'animal soulliit de celte absence , au ])oint (|ue Ion craignit de le voir mourir de ciiagrin. Pourtant, a|)rès plusieurs semaines passées dans la tristesse et pres(pie sans aliments , il reprit son appétit ordinaire, et l'on crut qu'il avait oublié son ancienne affection. Au bout de dix - huit mois son maître revint au .Jardin des Plantes, et, perdu dans la foule des spectateurs, il s'avisa d'appeler l'animal. Le loup ne pouvait le voir, mais il le reconnut à la voix, et aussitôt ses (ris et ses mouvements désordonnés annoncèrent sa joie. On ouvrit sa loge ; il se Jeta sur son ancien ami et le couvrit de caresses, comme aurait pu le faire le chien le plus fidèle et le plus attaché. Malheureusement il fallut encore se séparer , et il en résulta pour le jiauvre animal une maladie de langueur j)lus longue «pie la première. Trois ans s'écoulèrent; le louj), redevenu gai, vivait en très-bonne intelligence avec un chien , son compagnon , et caressait ses gardiens. Son maître revint encore; c'était le soir, et la ménagerie était fermée. Il l'entend, le reconnaît, lui réjiond par ses hurlements, et fait un tel tajiage, qu'on est obligé d'ouvrir. Aussil(jt l'animal redouble ses cris, se préci|iite vers son ami, lui pose les jiatteS sur les épaules, le caresse, lui lèche la figure, et menace de ses formidables dents ses propres gardiens, qui veulent s'interposer, ses gardiens qu'il caressait une demi-heure auparavant. Enfin , il fallut bien se quitter. Le louj), triste, immobile, refusa toute nouiriture; une |irol'oiide mélancolie le fit tomber malade; ij maigrit, ses poils se hérissèrent; au bout de huit Jours il était méconnaissable, et l'on ne douta pas qu'il ne mourût. Cependant, à force de bons traitements et de soins, on jiarvint à lui conserver la vie; niais il n'a Jamais voulu depuis ni caresser ni souffrir les caresses de personne. Je le demande, un chien ferait-il davai]Lige2 ■' ;

Une jetirie |ouve, prise au piège, étant déjà adulte, vivait familièrement avec des chiens qui lui avaient appris à aboyer contre les étrangers, fait extrêmement reuiarcjuable ; elle était devenue si douce et si docile, (jue , sans son goût irrésistible pour la volaille , on l'eût laissée en liberté. Nous pourrions citer une foule (i'autres exemples , mais nous nous bornerons à ceux-ci , montrant (jue le louj) , ainsi (pie le chien , est dominé par le besoin (l'aimer Ihommc et d'être aimé jiar lui. Tout en reconnsissant que dans les animaux le caractère varie d'individu à individu, dans la même espèce, on ne jveut voir dans ces exemples autant d'exceptions à la règle de l'espèce. Si le loup de nos contrées est toujours farouche et quelquefois féroce , cela ne tient qu'à l'instinct de conservation , et à ce (ju'ou lui fait une guerre à mort. Il paraît que cet animal est , ainsi que le chien , suscei)tible de recevoir une sorte d'('(lucatiou, « En Orient, et surtout en Perse, dit Chardin , on fait servir les loups à des spectacles pour le peujde : on les exerce de jeunesse à la danse , ou i)lut()t à une esi>èce de lutte contre un grand nombre d'hommes. On achète jus(|u'à ciiKj cents écus un loup bien dressé à la danse. »

Huff'on s'est encore tromjié sur un fait i)lus positif: intéressé par système à sé|>arer resjièce du chien de celle du louj), il a dit (jue la louve jiorte trois mois et demi. Or, dans la ménagerie, où ces animaux font des petits tous les ans , la gestation n'a Jamais été (jue de deux mois et (|uelqucs Jours. Le loup, (jui est deux ou trois ans à croître, vit (juiiize à vingt ans. La femelle met bas du mois de décemhri^ au mois de mars. A la veille de mettre bas, la louve se prépare, au fond dniie forêt, dans un fourré imjiéné- Irable, une sorte de nid où elle dispose, avec de la mousse et des feuilles, un lit commode pour ses j)ctiis. Le nombre ordinaire en est lie six à neuf. Jamais moins de trois, et ils nais.sent les yeux feiuiés. Peud.iiil les i>remieis Jours , elle ne les (juitle j)as, et le mâle lui aiipoile a uKinger. Elle allaite deux mois; mais dès la cimpiièiiK; ou sixièiiK^ semaine, elle leur d('gorge de la viande à demi digi'rée , et bient()t leur ajijjrend à tuer de petits animaux (ju'elle leur aj)j)orle. Jamais ses petits ne restent seuls , car le

LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.

père et la mère se relèvent chacun à leur tour pour aller chercher la nourriture île la famille. Au bout de deux mois, la louve commence à les mener en course et à leur apprendre à chasser. En novembre et en décembre , ils sont déjà assez forts jiour se séparer et battre la campagne chacun de son côté pendant la nuit; mais ils se réunissent chaque matin et passent la journée en famille.

11 existe entre le chien et le loup une antipathie, une haine que BufTon croyait constitutionnelle et inhérente à deux natures très-distinctes; et, cependant, à la ménagerie, les deux prétendues espèces vivent péle-méle en fort bonne intelligence. Cette haine n'a été ni expliquée ni niée par nos naturalistes d'aujourd'hui, mais elle les a embarrassés pour établir, sur tous les points, que le chien et le loup ne font qu'une seule et même espèce ; ce

pommelé à sa partie supérieure, et le gris domine sur ses flancs; mais ce qui le distingue de ses congénères , c'est l'odeur forte et fétide (]u'il exhale. Lesson le regarde comme une variété du loup ordinaire.

Cet animal rolniste, d'un aspect redoutable, habite les plaines du Missouri, dans l'Amérique septentrionale. 11 a les mêmes mœurs que notre loup, mais avec les moditications qu'amène nécessairement la vie du désert. Dans ces immenses solitudes, il ne se trouve que rarement en présence de l'homme ; aussi a-t-il peu appris à le craindre. On en a conclu, assez légèrement, à mon avis, qu'il avait plus de courage ou de férocité. Comme tous les chiens sauvages que les nombreuses populations des pays trèshabités n'ont pas forcés à s'éparpiller , le loup odorant vit en troupes nombreuses, associées pour la chasse, l'attaque et la dé-

Les Chenils.

qui, du reste, est siinisammeiit prouvé par la fécondilc^ des métis. Avec un i)eu plus de connaissance des mœurs des animaux sauvages, ceci n'eùl pas été une diflicullé pour eux. On peut admettre comme règle générale que tout animal des foréis , nMiiit à la domesticité cl vivant en bonne iulelligence avec l'iionuiie, est, par ce .seul fait, ré|iiidi(: |>ar les animaux .sauvages de sa race! S il veut recon(pufrir son indé|ien(lance et retourner dans les bois, il y trouve dans ses semblables des ennemis imi)lacables qui, loin de le recevoir, l'altaquent, le poursuivent, le chassent ou le tuent. Ceci est démontré par rexi)érience, dans le daim , le cerf, le chevreuil et b(suicou|) d'aolres espèces que l'on a pu observer; pounpioi n'en seiailil pas de même dans les chiens? D'ailleurs, le clnen domesllque, à linstigation de l'homme, a d(=claré une guerre implacable au loup; il le harcèle, le combat dans toutes les occasions, et celte hilte incessante a du nécessairement amener une haine atroce entre les deux rares, haine (|ui est devenue héréditaire et instinctive.

Le Loir ODORANT (Canisnuhilus, Sav) est plus grand que n.ilic loup commun, auquel il ressemble; son pelage est obscur .t

fense, aguerries, soumises à une sorle de lactique régulière. Ils poursuivent les daims et autres animaux ruminants , les forcent ou les surpreniienl cl les th'voreni en eomuuin. Ils osent même assaillir le bison quand ils le Iroiiveiil ('earh' de son troupeau, et ils viennent assez ordinaireuient à boul de le terrasser. Les sauvages qui iPi'U|)lent le pieil des monlagnes Itoeheuscs et les bords de l'Arkansas redoutent cet animal; et, quand ils sont parvenus à en tuer un, ils se font un lro])héc de sa dépouille, qu'ils portent en forme de manteau , avec la peau de la têlc pendante sur leur |ioilrlne.

Le 1.01 1' iii;s ihauim.s (Canis liilranii, IIari..) se Irouve dans les mêmes contrées que le loup odorant, et a les mêmes habitudes; cependant il parait ipi'il est un peu moins carnassier, car il se nourrit souvent de baies et autres fruits. Son pelage est d'un gris ceiidri' , varié de noir et de fauve cannelle Icrne; il a sur le dos une ligne de poils un jieu plus longs (pie les autres , lui formant connue une sorle de courle crinière; ses |>arlies inférieures sont plus pAlcs que les supérieures, et sa (jueue est droite. Le Canis la(ran^<, Sav. — Uicii., de la Colombie, est-il le même animal?

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L'Agoiara-Glazou ou Lolp rolge {Canis jubatus , Desm.) est de la taille de nos plus grands loups. Sa couleur générale est d'un roux cannelle fonce' sur les parties supérieures, plus pAle en dessous, presque blanc à la queue et dans l'intérieur des oreilles; il a le pied, le museau et le bout de la queue noirs; une courte crinière noire part de la nuque et s'étend jus(iue derrière l'épaule, quelquefois tout le long du dos. C'est un animal dont la force ne répond pas à la férocité. 11 habite le Paraguay, la Guyane et le Brésil.

Cette espèce n'est pas rare dans les pampas de la Plata. Elle se plaît dans les marécages qui bordent les rivières et les fleuves, et y vit solitairement. La femelle, qui r<'sseiiddi- tout à fait au mâle, a six mamelles, et fait, à chaque portée, trois ou (|uatre petits qu'elle met bas vers le mois d'août. Dans le courant de mai, époque de ses amours, l'agouara fait retentir les pampas de ses hurlements qui s'entendent de très-loin, et qui ont un son lugubre et effrayant; il répète plusieurs fois de suite, et en les traînant, les sons goua-a-a, d'où probablement lui vient son nom. Cet animal ne quitte sa retraite que la nuit pnur roder sur le bord des eaux et saisir les animaux ai[uali(pies cpi'il poursuit à la nage avec une grande facilité; rarement il attaque le bétail, à moins (|u'il n'y soit poussé par la faim, et alors son courage ne le celle pas à sa force.

Le Loti' riL' Mexique (Canis mexicanus , Lin. Lupus 7nexicanus, Briss. — G. Ciiv. ) est un peu moins grand que notre loup ordinaire. Son pelage est d'un gris roussàtre , mélangé de taches fauves , marcpié de plusieurs bandes noirâtres qui s'étendent de chaipie coté du corps, depuis la ligne dorsale jus([u'aux flancs; le tour du museau , le dessous du corps et les i)ieds sont blanchâtres. Cette espèce habile les i)arties chaudes de la Nouvelle- Espagne. Elle est beaucoup moins féroce que le loup rouge.

Le Loup de Java (Canis javanensis) l'essemble beaucoup au loup ordinaire pour la taille et pour les formes, mais ses oreilles sont plus petites, et son pelage est d'un brun fauve, noirâtre sur le dos, à la queue et aux pattes. Il a été trouvé à Java par Leschenault.

Le TsciiERNO-IîtJROi ou Loup noir (Canis hjcaon, Lin. Vuipcs nigra, Gksn. Le Loup noir, lirrr. — G. Cuv.) haiiilc principaleincnt la Hussie et le nord de l'Europe, et il se Iroiive ([uelquefois accidentellement dans nos montagnes. Georges Cuvier dit en avoir vu quatre pris ou tués en France, et, depuis, la ménagerie en a possédé deux ipii avaient étt; amenés des Pyn'nées. Il est de la grandeur ihi lou|) ordinaire, mais ses formes soul plus h-gères, et son [lelage est entièrement noir. On le trouve aussi dans le Canada.

On dit cet animal beaucoup plus féroce (]ue notre espèce ordinaire , cependant je ne connais point de faits (pie l'on puisse ap|)orter à l'a[ipui de celte o|iiuion. Les deux iiulividiis qui ont vécu à la mifnagerle étalent mâle et feimlle. Chaque année, ils y faisaient des petils presipie aussi déliants et aussi sauvages ipie leurs parents ; mais, ce qu'il y a d'extrêmement .singulier, et ce (pii prouve que les loups ont heaiu oup plus d'analogie avec le

chien domestique qu'on ne le croit généralement, c'est que ces petits n'avaient ni les mêmes traits ni le même pelage, et qu'ils dilïéraieut autant entre eux qu'avec leurs parents : on les eût crus (l'une autre espèce, ou quelque variété de chien domesti(pie. De là on a pensé que le père et lii mère n'étaient pas de race pure, et (ju'ils étalent métis de quelque chien abandonné dans les Pyrénées et devenu sauvage. Cela est possible; mais il me paraît plus probable que cette variation était le résultat de la captivité des parents, de leur changement de vie, de climat, de nourriture, d'habitude ; en un mot, d'un premier degré de domesticité; d'autant ]dus qu'il n'y avait de modllications bien prononcées que dans la physionomie et la couleur , tandis que le caractère de défiance et de férocité était resté absolument le même. Je regarde le loup noir comme une simple variété du loup ordinaire.

1 ^ /fer- 1^

Le Loup noir.

Le CuLPEU (Canis culpœus, Molin. Canis anlarcticus, Siiaw.) est un peu plus grand que le jackal; son pelage est d'un gris roiissâtre; ses jambes sont fauves; sa queue, rousse à son origine, est noire au milieu et terminée de blanc 11 habite le Chili et l'île Falkland, l'une des .Maloulnes, où il a été trouvé par le caïutaine Freyeinet, et précédemment par le commodore Byron. Cet animal a une vie solitaire et misérable, (|u'll passe en grande i)artle dans un terrier qu'il se creuse dans les dunes sur les bords de la mer ou des fleuves. Toujours maigre, sans cesse all'ainé, Il se

nourrit des lapins et du gibier (pi'il peut saisir à force de ruse et (h' patience. Comme on n'a pas (diservé sa pu|)llle , il n'est pas ceilaln si celle espèce appartient au chien ou au renard. Le terrier (|u'il se creuse ferait croire ipie iieiil-étre il appartient au genre de ce dernier; mais comme Bougainville dit l'avoir entendu aboyer ainsi que les chiens ordinaires , j'ai cru devoir le laisser avec eux jusipi'à ce qu'on ail de plus amples renseignemenls.

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LES CARNASSIEP.S DIGITIGRADES.

Le KoiiPARA ou Chien ckaiiier [Canis thom. Lin. Canis cancru-orus, Less. Le Chien des bois de Cayenne , Buff. Cents ochropus, Less. ) n'est probablement qu'une simple vàrie'te' du chien domestique. Son pelage est cendré et varié de noir en dessus , d'un blanc jaunâtre en dessous; ses oreilles sorit brunes, droites, courtes, garnies de poils jaunâtres en dedans; les côtés du cou et le derrière des oreilles sont fauves; les tarses et le bout de la queue noirâtres. Par ses qualités morales, il le dispute à nos chiens les plus intelligents.

Le koupara vit en famille dans là Gùyâtlè fratiçaise , où ofi le rencontre en troupes coinposées de sept ou huit individus, rarement plus ou moins. Il se plaît dans les bois oii coulent des rivières peuplées d'écrevissés et de crabes, qu'il sait fort bien pêcher, et dont il fait sa nourriture de prédilection. Quand cetle ressource vient à lui manquer, il cliasse les agoutis, les pacas et autres petits mammifères. Enfin, faute de mieux, il se contente de fruits. Il est peu farouche, et s'a|iprivoise avec la plus grande facilité. Une fois (ju'il a reconnu son maître, il s'y attache, ne le quitte plus, ne cherche jamais à retourner à la vie sauvage, et devient pour lo'tijdiil-s )e commensal de la maison. Il s'accoujile sans aucune sorte de réptigtiance avec les chietts, et les uiéiis qu'il produit sont Irès-estimés (lotir la chasse des agoiitis et des akouchis. Ces métis, croisés de nouveau avec des chiciis d'Europe, produisent une race encore plus recherchée pour la cliassê.

Le PwiT KoiipAnA [Canis caciàvorûs,JkRB.) est d'iiiie taille moindre que le précéderit; sa tète est plus grosse, son museau plus allongé; son ])elage est noir et fort long. Il habite le même pays, a les mêmes habitudes, mais son instinct le porte h faiic aux cabiais une guerre beaucoup jdus active. Aussi les sauvages l'élèvent-ils de préférence pour la chasse de ces animaux. Lesson pense que c'est une variété du précédent, et je ne serais pas loin de partager cetle o|)iniou.

Le ConsAC ou Adive [Canis cursac, Lin. Le Chie7i du Bençiah' ^ Penn. Bufi'on s'est trompé en le décrivant sous le nom A'halia. Canis pallidus, Ruppel.). La taille de ce chien est très-petite it ne di'passe ])as celle d'un chat. Son pelage est d'un gris fauve uniforme en dessus, d'un blanc jaunâtre en dessous; les mcnibics sont fauves; la queue est très-longue, touchant à terre, et noire au bout. Il a de chaque côté de la tête une raie brune qui va de l'œil au museau. Il habile les déserts de la Tartarie et se retrouve dans riude. Il a souvent été confondu avec le jack.d.

Les corsacs vivent en troupes dans le désert, non dans les bois, mais dans les steppes couvertes de bruyères , oi'i sans cesse ils sont occupes à chasser les oiseaux , les rats, les lièvres et autres petits animaux. Pendant la nuit, ils font entendre leur voix, moins gliqiissante (|iie celle desjackals, mais tout aussi désagréable. Ils s'acc()U|ilcnl au mois de mars; la femelle p(irl(' autant de jours (pie la chienne, et ulel bas, en mai ou en juin , de six à huit petits, cpi'elie alltlite pendant cinq ou six semaines. Elle les fait sortir ensuite (Ifc sa t-cltaitc, leur apporte à manger, et leur ap]>renil peu à iieii à ch(iisir leiil' nniiirilure cl à cli.wser. Ces animaux n'ont pas moins <le (Itiesse (|uc ie rcuai-d in)ur sVuijiarer de leur proie , ( onsislaril (pielqnefois en nids de canard et autres oiseaux dont lU mangent les obufs et les petits. On dil ipic le corsac ne boit jàiiiais, mais il est permis d'en douter iiniiobslanl l'aflirmalion de (îeoiges Cuvier. Cet animal , si peu connu en France, qu'on va le voir à la mciiagi'rie comme uik' curiosité, a néanmoins été commun à Paris sous le règne de Charles IX, par(e (|u il était de mode chez les dames de la cour d'en avoir au lieu de petits chiens ; elles le désignaient sous le nom tVadive, et le faisaient venir à grands frais de l'Asie.

Le Karacan (Canis: caragaii , Pam,. — Gsii.) w dilT'ère guère du précédent ijuc par sa taille un peu plus grande et son pelage d'un gris cendré en dessus, d'un fauve pâle en dessous. Il habile le même pays. A Orembourg , on fait un commerce considérable

de sa fourrure; et c'est à peu près tout ce qu'on sait de cet aniniid. Esl-cè le Cànis mclanotus de Pallas?

Le Keniie ou Ti;m.ie (Canis mefomehis, Ekxi.. — Li\.) porte sur le dos une placpie triangulaire d'un gris noirâtre ondi' de bl.mc, large sur les épaules, et Unissant en pointe vers la base de la queue; ses flancs sont roux, sa poitrine et son ventre blancs; sa tète est d'un cendré jaunâtre; son museau roux, ainsi que ses pâlies; sa (pieue, ijui descend presque juscpi'à terre, a sur son tiers postérieur deux ou trois anneaux noirs, ainsi que son extrémité. Cet animal se trouve au cap de Bonne-Espérànce, en Niibie, en .Miyssinie et dans le Sennaar.

Le Jackal ANTiius [Catiis antlius, En. Cuv.) a beaucoup d'analogie avec le jackal de l'Inde, mais son odeur est beaucoup moins forte, et il ne se lrouve(pren Afrique, parliculièrement au Sénégal Son pelage est gris, parseiHé de quelques lâches jaunâtres en dessus, blanchâtres en dessous; sa (pieue est fauve, avec une ligne longitudinale noire à la base, et quelques poils noirs à sa poinie. Ses mœurs sont absolument les mêmes. Une femelle de cetle espèce était enfermée à la ménagerie, dans une cage, avec un mâle de jackal de l'Inde. Ils s'accouplèrent avec les mêmes circonstances que les chiens ou les loups , et deux mois après (ilu ;2G décembre au l"' mars) la femelle mit bas cinq petits qui eurent pendant dix jours les yeux fermés. Deux seulement ont vécu; et lorsqu ils furent adidtes l'un élait farouche, méchant, indom]itable, l'autre fort dcuix et caressant. Cette dilTérence de caractère est un fait très-reman]uable.

Le Jackal ou ScIiàkal bu Tscuakkal [Canis aureus, Lin. Le Chacal ou Loup doré , G. Ciiv. Le Thos de Pmne. Le Thoës d'AnisToiE. Le Oi'ilâ (les Indous. Le Nari des habitants de Coromandel. Le Tara des Ci'orgiens. Le Mfbhia de l'Abyssinie. \^' Adive ou Adibe des Portugais de l'Inde. Le Deeb ou Bib des Barbares(}ues. Le Wauï des Arabes).

11 a le pelage d'un gris jaunâtre en dessus, blanchâlre en dessous, en g('ncral d'une couleur |dus foncée que celui de l'anlhiis. Sa ((lieue, assez grêle et noire à l'exlréiuité, ne lui descend (pi'au talon ; il exhale une odeur forte et désagréable. Sa taille est à peu près celle du renard, mais il est un peu plus haut sur jambes, et sa tête ressemble à celle du louj). Il est très-commun en Asie et en Africpie, si, ainsi que je le crois, il n'est (ju'une b'gère variation de l'anlhiis.

(Uildai'ustacd, Tilesius et d'autres naturalistes pensent que le jackal est le type du chien domestique. Le premier de ces auteurs, ipii du reste nous a donné ithe histoire très-bonne et trèscomplète de cet atiimal , ap])orte à l'appui de son opinion des raisons (pu paraissent concluantes. Après avoit- établi d'une manière [losilive tpie, sous les rappbris anatoiiii(|U(S, le jackal ne dillcre en rien du chien, après avoir prouvé «luil n'odie jias même ces légères diin'rences qui se trouvent dans le loup, il cherche les analogies dans les habitudes, les mœurs de ces animaux, et, il faut le dire, ces rapprocheiucnls me paraissent Irèssédiiisanls. Les jackals , dit-il , n'ont rien du caradère sauvage et farouche du loup et du renard; ils s'approchent avec s('curitd soit des caravanes en marche, soit des lentes dressées p(Mir la nuit ; leur taille est moyenne entre les plus grands et les plus pelils chiens; leurs poils sont plus durs (jue chez aucun chien, cl d'une moyenne longueur cuire les chiens (pii les ont le |)lus longs et m\\ (|iii les oui le plus coiiiis. Leurs nniiirs sont encore plus c(uiroruies (pie leur organisation, et, en domcsiicili' , leurs manières sont altsolument les mêmes que celles du chien ; ils pis.sent de c<>té en levant la cuisse, donnent couchés en rond , et vont amicalement, ajoiile l'auteur, flairer au derrière des chienâ (pi'iis rcnconlrcnl. Sciiin lui, I'ikUmii- du jackal , beaucoup moindre (pi'on ne l'a dit, est à peine plus bute ipie celle du chien à rap|)roche de l'orage, etc. 11 conclut de loiiles ces observations vraies ipie le chacal est le véritable chien sauvage et la souche de toutes les variétés de chiens domestiques.

CHIENS

En cela il se lromi)e, selon moi. l-e. jarlinl est inconteslalilcment une variété, et même très-lcs'^i'C, 'lu chien ilomcsli(|iie, puisqu'il produit avec lui des individus fc'conds , comme on l'a vu à Conslantino|)lp il y a peu d'années, et rommc cela se voit tous les jouis chez les Kalmoucks ; il eu est de niOuie du loup, (luoique les analogies accessoires soient moins frappantes. Mais ]iour décider jx'remptoirement (piel est le ty]ie de lespèce, c'est-à-dire quelle est la race venUé la première, la chose est impossible : car, ainsi que je l'ai dit, l'e'tudc des ossements fossiles nous a dévoile de noudtreuses raies de cnnis ante'rieures à ceux qui existent aujourd'hui , d'où peuvent venir à la fois nos chiens (lomesti(]ucs, nos kouparas, nos jacknis, nos loiqis et en gênerai tous nos chiens sauvages. Dans ce cas, ils desiendraicnt tous d'un ou de plusieurs types primitifs et perdus; ils seraient parents en ligne collatérale, mais non en ligne descendanle de l'un d'eux.

Les anciens racontaient que le lion, lorsipi'd allait à la chasse, c'iail accoin])agnéou plutôt conduit par un [letit animal (|ui lui découvrait sa |)roie. Le roi des forêts , après l'avoir atteinte et terrassée, ne manquait jamais d'en laisser une portion pour son guide, qui l'attendait à l'écart, et qui n'osait en approcher (pie cpiaud le lion sciait retire. On appelait cet animal le jmurvoijeur du lion ; mais son vérilalde nom était resté inconnu, et nill auteur ancien n'a avancé ipu' ce pouvait être le thoës d'Aristote. Cépend.iul quel- «pics auteurs du dernier siècle ont cru reconnaître le thos , le jackal dans ce prudent pourvoyeur, et il s'est tilètilé élëvb' à ce sujet une polémique aussi ridicule qii'inutile, ptùsqu'elle tottibait sur un conte, sur un apologue ayant autant d importance en histoii-e naturelle qu'une fahie de La Fontaine. Ce conte indieu de Pilpaï, le voici : « Ou demandait un jour à ce petit aniiiial (|iii » marche toujours devatit le lion pour faire parti^ le gibier ; » Pourquoi t'es-tu coHsacré ainsi au service du lion? — C'est, ré- » [KHidit I animal , jiarce ipic je me nourris des icstes de sa table, » — Mais par (jucl motif ne l'approches-tii jamais? tu jouirais de » son amitié et de sa reconnaissance. — Oui, mais c'est un grand ; » s'il allait se mettre en colère ! « La vérité est que le lion n'a jamais eu de pourvoyeur que lui-même, et que si les jackals se nourrissent (piebpu'fois de ses restes, ainsi (jue les hyènes et aulres aniuiaux voraces, ils le doivent au hasard.

Les jackals vivent en troupes composées d'une trentaine d'individus au moins, et souvent de plus de cent, i>articulièrement dans les vastes solitudes de l'Inde et de r.\fri(pie. Ouoi(|ue ces animaux n'aient |)ns la pupille nocturne, ils dorment le jour dans l'f'paisseur des forcis, ou , scion les anciens voyageurs et nos naturalistes, dans des terriers. Ce dernier fait a si souvent été avancé que j'ose à peine le révoquer en doute; cejiendant je ne conçois ])as trop comment des animaux carnassiers, vivant en trou|ics, pourraient rester sédentaires dans une localil(' cxlrômcnicnt boriu'c , ce (pie nécessite ab.'^oluiucut la vie des terriers, l'.omuii' ils se retirent volontiers dans des grottes et des troiiS de rocher (piaiid ils en trouvent l'occasion, ceci, mal observé, auiM donné lieu de croire (lu'ils se creusent des habitations soiilei-raines; ou bien encore le renard de lîengale et le corsac, du même pays, ayant (•l(' souvent confondus avec le jackal, (ui aura allribiii'à celui-ci des habitudes ipii n appartiennent (pi'aiix deux premiers, tjuoi qu'il en soit, la nuit, ces animaux parcourent la campagne pour ('hercher leur [iroie tous ensemble, et, pour ne jias (lop se disperser, ils font conlincllemcnt retentir les forêts d'un cri lugubre, ayant (|uelipie analogie avec les hurlements d'un loupe! les aboiements d'un ciiicn. Ou pourrail en donner une iib'e en prononçant lentement et sur un ton très-aigu les syllabes ima... (lua... uua. Ils sont alors tellement audacieux ipi'ils s ajqirochent des habitations, et entrent dans les maisons qui .se trouvent ouvertes. Dans ce cas, ils font main basse sur tous les aliments tpt'ils rencontrent, et ne manqueni jamais d'emporter ceux ipiils ne peuvent dévorer a l'instant. Toutes les lualii'ics animales conviennent également à leur voracité, et ils attaquent, faute de |

mieux, les vieux cuirs, les souliers, les harnais des (hevaux et jusqu'aux couvertures de peau des malles et dès colTres. Comme les hyènes, ils vont retidre visite aux cimetières, déterrent les cadavres et les di'vorent. Aussi, potir meltre les morts à l'abri de ces animaux , est-(Mi parfois (d)ligé de mêler à la terre don! on les recouvre de grosses i>ierres et des é|)ines qui, en déchirant les pattes des jackals, les arrêtent dans leurs funèbres entreprises. Si une caravane ou un corps d armée se mettent en route, ils sont aiissitiU suivis jiar une h'gion de jackals qui chaipie nuit viennent riider autour des camiiciuiuts et des tentes, en |ioussaiit des hiirlemcnls si nombreux et si i-etenlissauts (pi'il serait im|iossible à un voyageur curopiTU de s'y accoutumer au point de pouvoir dormir. Après le départ db la caravane, ils envahissent aussitôt le tei-raîn dit campement et dévo'rent avec avidité loiil ce qu'ils trouvehi: de débris des repas, lès itlimondices et jusqu'aux excréments des hommes et des animaux. Les voyageurs sont tous d'accord sur ces choses, qui ne pèltvënt appartenir a des espèces sédentaires comme sont nécfe^sàii-cmeht celles qui habitent des terriers.

Lorsqu'une troupe de jackals se trouve inopinément en présence d'un homme, ces animaux s'arrêtent brus(|uement, le regar. dent quelques instants avec une sorte denVonteric qui dénote peu de crainte , puis ils continuent leur route sans trop se presser, à moins que quehpies coups de fusil ne leur fassent hAtcr le pas. Quoiipi'ils se nourrissent de charognes et de toute espèce de voiries, quand ils en rencontrent, ils ne s'occupent pas moins de chasser chaque nuit , et (pi(dc[ucfois en i>lcin jour. Ils poursuivent et allaquent indistinctement tous les animaux dont ils croient pouvoir s'emparer; mais néanmoins c'est aux gazelles et aux antilopes qu'ils font la guerre la plus soutenue. Us les chassent avec autant d'ordre «pie la ukiiIc la mieux dressée, et joigueut à la finesse du nez et au courage du eliicu la ruse du renard et la perfidie du loii|i. On a dit ((lie les jac kals se jettent (pielcpicfois sur les enfants et sur les femmes : ceci me jiarait une exagération que l'on n'aïquiie sur aucune observation positive. 11 est plus certain qu'ils poussent qiiélqtjéfois la hardiesse, malgré leur pelile taille, jusqu'à allaquer des bœiifs, des chevaux et aulres gros bi'iail; mais jioiir cela ils se ii'iiiiisstht en grand flotfilirc et emploient avet; beaucoup d'adresse leur forcé ct)llective. Ils entrent hardimehl: albi-s dans les bèi-gèries, les Hàsses-cotirs et autres lieux habités, et enlèvent à là viié dès hommes toiil ce qui est à leur cbhvenarice. Ou a encore dit du jaikal, comme du loup, qu'une fois accouluiué à la chair iiiimaine, il néglige pour elle toutes les autres proies. Si loti voulait réfuter sérieusement ce conte de nourrice, il serait aisé de pi-ouver fjÙ'àucuri aniriial ne peut contracter l'habitude de se nourrir de cadavres humains, parce (pie chez tous les peuples, même les plus barbares, riiomme vi\ant resiieclc l'homme mort, et a soin de le dc'rober à la voraf ilé des animaux , (dus encore chez les mahoiuélans , ipii liabilcnt les mêmes con tires i(iie les jackals, les hyènes et autres bêtes féroces. L'étude de l'histoire naturelle oflre assez d'aliments à la curiosité sans (pie, pour en augmenter les attraits, on soit (d)ligé d'y coudre grossièrement, comme faisaient beaucoiq» d aucicus écrivains, des coules autant absurdes (pie merveilleux.

Le voyageur l)(don rapporte (pie dans le Levant On élève des jackals dans les maisons, mais il ne dit rien sur leurs habiludcs domestiipies. Si l'on s'en rapporte à ceux qui vivent à la ménagerie, ils seraient doux, aimants, Irèscaressaiils, mais capricieux , et passant (picbpicfois, s.uis motif ap|inrcnt, du plaisir à la colère. Du reste, raccoupleiiicnt, la gestation, et toutes les circonstances de rallaitement et du développement des j)elits, ne did'crenl en rien de ceux du chien.

i>«CF.MiK. Les IlENARDS {Vulpcs) diirèrent essentiellement du genre pr('cédcul |iar leur syslèiiie dentaire; leurs incisives siipi'rieurcs sont moins échancrées ou même rectilignes sur leur Lord

LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.

horizontal; leurs rangées dentaires, au lieu d'être continues comme dans les chiens, ont les trois premières molaires se'parees, ne se touchant piis, et il reste surtout un large intervalle' entre la canine et la première molaire; leur pui)ille est nocturne, allongée verticalement ; leur queue est plus longue , plus touflue ; leur museau est plus pointu , et ils exhalent en général une odeur fétide. Quant aux autres caractères, ils sont les mêmes que ceux des chiens.

Le Renabd ordinaire [Canis vulgaris, Klein. Canis l'ulpes, Lin. Le Renard, Buff. Le Fox des Anglais. Le /ia/des Suédois. Le Zorra des Espagnols. Le Li'sz/.a des Polonais. Le Lisilza des Busses. Le Tulki des Turcs et des Persans. Le Taaleb ou Dorcn des Arabes, et le iVori des Indous). .le regarde comme simples variétés de cette espèce : 1° le Renard fauve de la Virfjinie [Canis fulvus, Desm.); 2" le Renard charbonnier (Canis alopex, Lin.); 3° le Renard musqué de la Suisse ; i" le Renard noble du même pays, et le Renard croisé d'Europe (Canis crucigera. Briss.).

Le Jackal.

Le renard ordinaire est d'un fauve ))lus ou moins roux en dessus, blanc en dessous; le derrière de ses oreilles est noir; sa (|ueue est touffue, terminée |)ar un bouquet de poils blancs. Le renard charbonnier n'en difl'ère que par le bout de sa queue, «pii est noir ainsi ([ue (piehpies poils de son dos et de son poitrail. Le devant de ses pattes anti'rieures est également noir. M. Steinmuller pense (pie le cliaibonnier n'est (jne le jeune .Ige du renard ordinaire, et je ne suis pas de son avis. Pendant plus de dix années consécutives, j'ai chassé le renard dans un pays (jui en était très-peuplé; j'en ai élevé plusieurs, et je crois être certain ipie le charbonnier n'est rien autre cliose (pi'un vieux m.Me. Cependant il m'est arriv<', mais rarement, de tuer de trèsvieilles femelles qui portaient la même livrée. .le suppose, par analogie, (pi'elles ne revêtent cette livrée que lorsi|u'elles deviennent stériles. Quant au renard fauve des États-Unis, il ne dif-

fère en rien du renard ordinaire ni pour les habitudes, ni pour les formes, ni même pour les couleurs. Son pelage est nuancé de roux et de fauve; le dessous du cou et du ventre sont blancs; sa poitrine est grise; le devant desjauibes antérieures et les pieds sont noirs avec du fauve sur les doigts; le bout de la queue est blanc; sa taille est exactement la même que celle du nôtre. Le renard musqué de la Suisse a cela de particulier qu'il répand une odeur, non pas agréable , comme on l'a dit, mais un peu analogue à celle de la fouine; entin, le renard noble, ou kohlfuschs des Suisses, n'est rien autre chose qu'un très-vieux mâle charbonnier. Le renard croisé d'Europe (Canis crucigera de Gesner et de Brisson), qu'il ne faut pas confondre avec le renard croise' d'Amérique (Canis decussatus de Geoffroy), est également une sous-variété du charbonnier, qui a quelques poils noirs lui formant une croix surjle dos.

Le Renard fauve.

Les'renards ont toute la légèreté du loup et sont presque aussi infatigables, mais ils sont plus rusc's à la chasse et plus ingénieux pour se dérober au danger. Ils habitent des terriers (]u'ils savent se creuser au bord des bois ou dans les taillis, sous des troncs d'arbre, dans les pierres, les rochers, ou eulin dans la terre, mais alors sur un sol en pente, afin d'éviter l'humidité ou les inondations. Quelquefois ils s'emparent des terriers des blaireaux, ou même de ceux de lapin, (pi'ils élargissent. Les chasseurs ont observé la forme du terrier et l'ont ainsi (h'cril : « Il se divise en trois parties ; la maire est celle qui est le plus ra|)prochée de l'entrée ; c'est là que la femelle se tient quehiues moments en embuscade jiour observer les environs avant d'amener ses petits jouir de l'influence de l'air et des rayons du soleil, c'est aussi là (pie le renard (pie l'on enfume s'airête (piehpu's minutes pour attendre liiistant favorable d'('chapi)er au clia>seur. Après la maire vient la f(}sse, où le gibier, la vulaille et autres prodiiils de la rapine sont (h'posés, partagés par la famille et dévorés; pres- ((ue toujours la fosse a deux issues, et quelquefois davanlage. L'accu/ est tout à fait au fond du terrier; c'est l'habiialion de l'aniinid , l'endroit où il met bas et allaite ses petits, u

Gc terrier n'est guère liabil(' par le renard (ju'à l^qxxpie où il élève sa jeune famille; dans tout autre tem|)s, il ne s'y retire (|ue |)our échapper à un danger |)ressant. Il passe la journée à dormir dans un fourr(' à proximité de sa retraite, et il chasse pendant la nuit, il ne sv, noiurit guère (pie de proie vivante, à moins (pi'il ne soit exirêiiieiiieiil p(iuss(' parla faim; dans ce cas, il mange des fruits, parliculieremeiil des baies de ronces, et se tient à proximité des vignes pour se nourrir de raisin. Il faut ipi il éprouve une grande disette pour attaquer les charognes et

CHIEWH.

autres voiries. Vers la tombée île la nuit, il (|iiille sa retraite et se met en quête. 11 i)arcourt les lieux un peu couverts, les laissons, les haies, pour làoher de surprendre des oiseaux endormis, ou la perdrix sur ses œufs; il se place à l'anùt ilans un buisson épais pour s'élancer et saisir au passage le lièvre ou le lapin. Quelquefois il parcourt le bord des étangs, et se hasarde même dans les joncs et marécages pour saisir les jeunes poules d'eau, les canards qui ne peuvent pas encore voler, et autres oiseaux aquati(iues. A leiw défaut, il mange des mulots, des rats d'eau, des grenouilles et des lézards. Mais si, pendant ses recherches.

bond il se jette sur sa proie, fuit au fond des bois avec autant de vitesse que de précautions jiour n'être pas découvert, et là il la mange avec sécurité. Quand son coup lui a réussi , on peut cire sur qu'il reviendra à la charge tous les trois ou quatre jours, et qu'au bout de l'année il ne restera pas une seule pièce de volaille dans la basse-cour, si l'on ne parvient à saisir le voleur.

Dans les pays giboyeux, les renards s'adonnent plus particulièrement à la chasse. Deux sortent ensemble de leur retraite et s'associent pour la chasse du lièvre. L'un s'embusque au bord

Le Renard argenté.

léchant d'un coii vient frapper son oreille, il s'achemine avec précaution vers le hameau d où viennent ces sons alléchants, il en fait cent fois le tour, et malheur à la volaille ipii ne serait pas rentrée le soir dans la basse-cour : elle serait saisie et étranglée avant même d'avoir eu le temps de crier.

I.orsipie le jour commence à p.iraîlre, il rentre dans le bois, et toujours dans le même iiallier qu'il a clioisi pour sa retraite liahituelle. Cependant, quand la ferme où il commis ses rapines pendant la nuit se trouve Irès-éloignée de sa retraite, il cherche

une autre cachette plus rapprochée et y passe la journée en observation. Si la vidaille s('carte dans les chanq)s i)our aller clicrcher sa pftture, il la guette avec soin, choisissant des yeux sa victime en attendant patiemment l'occasion de s'en emparer. Tant (jue le cliien de cour rôde ou veille dans les environs, il reste inimoliile et tapi dans sa caclielte; m.ùs cebii-ci rcnlre-t-il un moment dans la ferme , le renard se coule le long d'une liaie, en raiu|iant sur le ventre. Pour approclicr sans être aperçu, il se glisse derrière tout ce qui peut le masquer, un buisson , un tronc d'arbre, une toulFe d'herbe ; parvenu à proximité, d'un

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