‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 41 sur 219 · LES PHOQUES · texte numérisé non relu

LES PHOQUES

ont des canines et des incisives, et leurs canines supérieures sont de grandeur ordinaire, non en l'orme de défense. L'histoire de ces animaux est encore très-embrouillee.

Comme tous les pho(pies ont à peu près les mi''mcs mœurs, les munies habiluiles, à de très-petites nuances près qui seront signale'es en drcrivaul les espèces, je pense qu'il est nc'cessain; de faire ici leur histoir,', a(iu d'i'viter des redites ennuyeuses et sans but.

Jusqu'à ]trt'seut nous avons trouve les animaux, objet de nos études , dans le sein des forêts , dans les steppes de l'Asie , les savanes et les pampas de l'.Vmi'rique, les di'seris brûlants de l'Afri(pie, et les riantes cami).igucs de l'Kurope ; maintenant nous allons les suivre a travers b^s éiueils cl les récifs <|Ni bordent toutes les mers , et Juscpie sur les glaces éternelles des pôles. Nous les verrons se jouer à travers les tempêtes, sur les vagues irritées, passer la plus grande partie de leur vie dans les eaux, s'y nourrir de poissons, de crustacés et de coquillages (piils pèchent avei- beaucoii|) d'adresse, et ne venir à l<'rre, où ils ne peuvent se Iraiuer (pi en rampant, ipie i)our allaiter leurs petits ou dormir au soleil. Leur corps allongé, eylin(lri(pie , dimiiiiiant progressivement de grosseur depuis la poilrin(\jus(|u'à la queue, leur colonne verli'brale très -mobile , leurs muscles puissants, leur bassin étroit, leurs poils ras et serrés contre la peau, en un

mot toute leur organisation en fait les meilleurs nageurs qu'il y ait parmi les mammifères, -^i l'on en excepte les ci-lacc's. La nature leur a donné une confoimation particulière qui leur permet de respirer à d'assez longs intervalles , et par conséipieni de rester longtemps sous l'eau, cpioicpi'ils n'aient ]ias le trou bolal bouché, comme l'ont prc'tendii qiiehpies naturalistes, et iiarliciilièrcmeiit liud'ou. Leurs narines offrent aussi une paitii'ularit(' reinarqu.dde: elles sont munies d'une sorte de petite valvule ipie l'animal ouvre et ferme à volonté, et qui empêche l'eau de leur entrer dans le nez lorsqu'ils plongent. Un fait extrêmement singulier, mais notoire , est (pie ces animaux ont riiabitiub' constante , lorsipi'ils vont à l'eau, de se lester ccunmeon fait d'un vaisseau, en avalant des cailloux , qu'ils vomissent en revenant au rivage. Certaines espèces reclierelient les plages sablonneuses et abritées, d'autres les rocs battus par la mer , d'autres enfin, les toufTes d'herbes épaisses des rivages. Ils ne se nourrissent pas exclusivement de l)oissons ; car lorsipi'ils ])euvent saisir (piehpie oi.scau aqualiipie, un albatros , une mouette , ils n'en manquent guère l'occasion. Pendant leur s('jour à terre ils ne mangent pas, aussi maigrissent-ils beaucoup. Même en captivité, pour dévorer la nouiritnre (pion leur jette ils la plongent dans l'eau; ils ne se déterminent à manger à sec que lors(pi'ils y ont été habitués dès leur premièi'e jeunesse, ou (pi'ils y sont poiissi's par une faim extrême.

PHOQUES

lOI

Quand les phoques veulent sortir de la mer, ils choisissent une roche plate ipii s'avance dans l'eau en une pente douce par laquelle ils grimpent, et qui se termine de l'autre par un bord à pic, d'où ils se précipitent dans les ondes à la moindre apparence de danger. Pour ramper, ils s'accrochent avec les mains ou les dents à toutes les aspérités ([u'ils peuvent saisir, puis ils tirent leur corps en avant en le courbant en voûte; alors ils s'en servent comme d'un ressort pour rejeter la tête et la poitrine en avant, et ils recommencent à s'accrocher pour répéter la même opération à chaque pas. Néanmoins, malgré ce pénible exei-cice, ils ne laissent pas que de ramper assez vile, même en montant des pentes fort ruides. Le rocher sur lequel un |)lioque a Ihahi-

Les plioqufs sont polygames, et il est rare qu'un mâle n'ait |ias trois ou cpiatre femelles. 11 a pour elles beaucoup d'an'eclion, et les défend avec courage contre toute atta(iue. Il s'accouple au mois d'avril, sur la glace, sur la terre, ou même dans l'eau (juand 1,1 mer est calme. C'est surtout pendant cpie ses femelles sont pleines, et (juand elles niellent bas, (pi'il redouble de soins et de tendre.s.se pour elles. Il les conduit sur terre , leur choisit, à cin- ([uante pas du rivage, une place commode et tapissée de mousses a((uati(pies, pour y allaiter leurs petits. Dès que la femelle a mis bas, elle cesse d'aller à la mer pour ne pas abandonner son enfant un seul instant; malscelle privation n'est jins de longue durée, car, a])iès douze à quinze jours, il est en état de se Irai-

Les Plioques, vue de la mer Glaciale.

tude de se reposer avec sa famille <'st sa propriété, relativeuu'ut au.\ autres animaux de son espèce. Ouoi(pi'ils vivent en grands troupeaux dans la mer, qu'ils se pi(it('gcnl , se défendent, s'aiment les uns le.s autres, une fois sur la terre, ils se regardent comme dans un domicile sacré où nul camarade n'a le droit de venir troubler la tran(piillité domeslicpie. Si l'un d'eux s'approche pour visilcr les pc'nales de ses voisins, il s'ensuit toujours un combat terrible, <pii ni' fmil ipi'à la mort du propiiélairc du rocher', ou à la retraite forcée de l'indiscret. Ordinairement c'est la jalousie qui occasionne ces combats; mais il s<Muble (juil y ait aussi une sorte d'instinct de la propriété. Ils ne s'emparent jamais d'un espace plus grand (|u'il n'est rigoureusement nt'cessaire iioiu' leur famille, et ils soufl'rent vobmticrs des voisins, pourvu (pi'ils s'('tablissent au iuoItis à cinquante pas de distance; il y a plus: ipiand la nécessité l'ordoinie, trois ou (juatre familles se partagent une caverne, une roche, ou même un glaçon, uuiis chacun vit à la place ipii lui est échiu- en partage, sans jamais se mêler aux individus d'une autre famille.

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