‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 55 sur 219 · LES RATS · texte numérisé non relu

LES RATS

ont les incisives inférieures pointues et jamais au delà de seize molaires. Leurs membres postérieurs ne sont )ias allongés comme Ceux des gerboises, d'où il résulte (ju'ils marchent sur leurs quatre pattes. Les uns ont des abajoues extérieures , ce sont les saccomys, géomys, diplostomes, hamster et hétéromys; tous les autres n'en ont pas. Presque tous sont des animaux nuisibles à l'agriculture.

17<^ Genre. Les HAMSTERS (Cricetus , Lacép.) ont seize dents, savoir : quatre incisives, point de canines; six molaires en haut et six en bas; les molaires sont simples, à couronne garnie de tubercules mousses. Leurs abajoues sont très-grandes; ils ont quatre doigts et un rudiment de pouce aux pattes de devant , et cinq doigts aux pattes de derrière; leurs ongles sont robustes, et leur queue courte et velue.

Le CuiNciiiLLA (Cricetus laniger, Geoff. Mus lanit/er, Moli.na. Le Chincille de d'AcosTA. Chinchilla laniqera, Harvev).

Ce cliarniaut animal a onzi' pouces (0,2i)S) de longueur; il se fait remanpier par la beauté de sa fourrure, si reclierelu'e par nos dames. Elle est composée de poils longs, soyeux , très-doux, d'un gris noirâtre ondulé de blanc, ce qui donne au pelage une nuance veloutée de gris, de blanc et de noir; le ventre et les pattes sont d'un blanc pur et brillant; les oreilles sont grandes, arrondies, membraneuses; sa c|ueue est courte, couverte de longs poils roidcs, gris et blancs.

Le eiiinchilla se trouve vers le sommet des plus hautes montagnes du Chili et du Pérou; son caractère est très-doux sans être extrêmement timide ; aussi s'apprivoise-t-il avec la plus grande facilité, et je ne doute i)as (pi'avec un peu de persévérance on ne juiisse en faire un animal domestique, comme le

lapin. Il deviendrait alors d'autant plus précieux <iue l'on pourrait non-seulement tirer parti de sa fourrure, eomme on le fait aujourd'hui , mais encore en fabriquer des étoffes , à l'imitation des anciens Péruviens. Ce petit animal s'attache à son maître , le reconnaît, lui obéit, le caresse et aime à en être caressé; à l'état sauvage , il vit en société et habite des terriers, où il amasse des provisions de graines et de fruits secs pour se nourrir pendant la mauvaise saison. La femelle met l)as deux l'ois par an, et eha(pie portée est de cinq ou six petits, qu'elle élève avec soin dans un lit de mousse au fond de .son terrier.

La ViscAciiE (Cricetus viscaccia. — Lepus viscaccia, Molina. La Viscache d'AzARA), ainsi que le chinchilla, n'a pas grande analogie avec les Cricetus; aussi les Anglais en outils fait nu genre sous le nom de chinchilla. Cette espèce a la tête seuddalde à celle il'uii lièvre; sa queue est longue; elle a ipiatrc doigfs aux pieds antérieurs et trois seulement à ceux de derrière ; le i)elage est long, doux, mélangé de brun et de blanchâtre; une bande blanche traverse l'œil; les joues sont noires et garnies d'é|iaisses moustaches roides et longues. Elle habile le Chili.

Le Hamster orihnairk (Cricetus vulijaris, Desm. .^/»^ rrirctus , Pall. Le Hamster, Hlff. Le Skrzeczieck des Slaves Illyriens. Le Chomik-Skrzeczk des Slaves Polonais) est de la grandeur d'un rat ; son pelage est d'un gris roussâtrc en dessus, noir en dessous, avec trois grandes taches sur les (Inncs; les pieds sont blancs, cl la gorge et la poilriue préseuleut chacune une laclie blanche. t)n en connaît une variét(- noire de lirai , décrite par Er. Cuvier. Cette espèce a une grande réputation de prévoyance dans les pays qu'elle habile ; elle y fait de grands dégâts.

De tous les animaux de son genre, celui-ci est le mieux connu ; nous allons donner son histoire dans les plus grands détails

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pour servir à celle du genre , car, à quelques niodilicalions près, que nous enseignerons, toutes les espèces ont les habitudes à peu près semblables. Le hamster habite tout le nord de rEuroi)e et de l'Asie ; il ne s'engourdit pas l'hiver, quoi qu'en aient dit quelques naturalistes, et Paltas l'a démontre par des e.xpe'riences positives. Il vit isolé dans les champs cultive's et dans les steppes (le la Russie méridionale et de la Sibérie; mais, comme il multiplie considérablement, surtout dans de certaines années qui lui sont favorables, il fait beaucoup de dégâts aux récoltes, et ses dévastations ont été quelquefois si grandes, que plusieurs gouvernements d'Allemagne ont été obligés de mettre sa tète à prix. I! évite les chami)S humides et ceux cpù sout siddonneux, à cause

pendiculaircs, alin de donner plusieurs entrées libres à ses petits lorsqu'ils sont menacés d'un danger. X côt(' de ces trous, h un ou deux pieds (0,323 ou 0,630) de distance, les hamsters creusent un , deiix ou trois caveaux particuliers en forme de voûtes , plus ou moins spacieux, suivant la quantité de leurs (trovisions; c'està dire (pie, lorstpiils ont renqdi un magasin, ils s'occupent aussitôt à en faire un autre. Le caveau où la femelle fait ses petits ne renferme jamais de i)rovisions; elle se borne à y transporter des brins de paille et du foin pour en faire un nid. Deux ou trois fois par an elle y met bas cinq ou six petits, quehpiefois davantage, et elli' en [irend soin pendant six semaines ou deux mois. Quand ils ont atteint cet ;\ge , elle les chasse, et chacun va de

de la ditliculté qu'il trouverait à y établir convenaldement son terrier; mais il ne manque jamais de donner la préférence à ceux où la réglisse croit en abondance , parce qu'il aime beaucoup la graine de cette plante, et (pi'il en fait de grands approvisionnements, surtout lorsqu'il mani|Me de blé. Pour faire son habitation, il commence par creuser un conduit oblique |)lus ou moins profond, il eu rejette la terre au dehors, et c'est par là que doivent sortir tous les matériaux superflus de son édilice. Aussi en résulte-

son côté se creuser un autre terrier, auquel , dans le premier âge, il ne donne qu'un pied de profondeur. Chaque année il l'agrandit, de manière (pie celui d'un vieux hamster s'enfonce en terre jus(prà ciiKi pieds (1,G2iJ, et le domicile entier, y compris toutes les communications et tous les caveaux , a (piehpiefois huit à dix i)ieds (:2,5',i9 à ."^.jâiS) de diamètre.

Pendant toute la belle saison les hamsters s'orcupeiil ixclusivement de remplir leurs magasins, et pour y apporter leurs pro-

t-il une petite butle de terre qui, malgré toutes les précautions ((u'il i)rend ensuite pour masquer renti('e de son terrier, le fait reconnaître par les chasseurs. Ce conduit aboutit à un premier magasin, de forme sj)h('ri(pie, plus ou moiius grand, mais n'ayaiil jamais moins de huit à dix iioiiccs ((1,217 à 0,-27)j de diamèlic Les (rtirois en sont parfaitement unies et la voùle en est solide. Toiil à c(Hé de ce magasin est un ('onduit vertical, montant à la surface du sol , et c'est le passage ordinaire du hamst('r pour entrer et .sortir de sa demeure. La femelle , ne logeant jamais avec lem;Me, cnuic oïdinaiiement iilusicurs de ce.s t^ou,^ jicr-

visions, consistant en grains secs et nettoyés, en épis de blé, en fèves et en jiois en cosse, etc., ils se servent de leurs abajoues, qui peuvent contenir plus d'un décilitre (un demi-verre) de grains nettoyés. C'est ordiiiaiicment à la lin d'août qu'ils terminent celle o)i('ration, après (|uoi ils s'occupent de iielloycr leur r('colle, de jeter au dehors, par le c(uiduit (dilicpie, les jiailles, (osses, balles et grains avariés. Ils Lou('lu'nt ensuite toutes les ouvertures de leur terrier avec de la terre gAchéc, et avec tant (riiilclligeupe, (pi'il serait fort dillicile de recoiinaîlrc leur habitation, si, comme je l'ai dil , la butte de terre entassée devant

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le (roti ohli(|iU' tif la dt'nonrait pas. Ils ])assent la mauvaise saison ilaiis leur domicile, ou ils emploient tout leur temps à manger et à dormir. Il en r(?sulte qu'au printemps ils en sortent beaueoup plus gras (pi'ils n'y étaient entre's en automne. C'est dans celte dernière saison que les paysans se mettent en quête pour deVouvrir l'haliit.ilion des hamsters. Ils l'ouvrent avce la pelle et la pioélie, tuent l'animal pour en vemlre la fourrure, et s'emparent de SCS provisions, ipii souvent contiennent deux boisseaux (2décal. 002) de Irès-bons grains.

Le hamster, malgré l'intelligence qu'il déploie pour faire ses approvisionnements, n'en est pas moins un animal brute, incapable de s'apprivoiser assez pour re( onn.iilie la main (pu le

huit lignes (0,099) de longueur, et sa queue a dix lignes (l),02."i). Il a le corps très-raccourci; son pelage est d'un cendré blanchâtre en dessus, très-blanc en dessous , ainsi «pie les poils de sa queue, qui est plus longue que dans les autres espèces ; ses oreilles sont arrondies , pubescentes , grandes et jaunâtres; sa tête est oblongue, à museau poinlu ; son nez rougeàlre et pidiescent ; le pouce des pieds de devant est onguiculé. Il habile les campagnes sablonneuses de la Sibi'rie, près de l'irtisch. Le mâle vil dans un terrier de plusieurs mètres de longueur, au fond duquel il se fait un nid avec des racines de l'él^ine des sables. Il se nourrit principalement des graines de l'astragale adragant (Aslraçialus tragaraiilliiiUlr:<), et ne sort (pie la nuit de son l(trrier. 11 est Irès-mé-

Aspeot des ruines àernèTo. la caljaiie des Axis,

nourrit, et d'une férocité d'aulaiil plu-* (trange (pi elle ne résulte pas de ses besoins, mais d'une in('chancel(' innée. Si l'un d'eux, pressé par le danger, .••e foui'voie dans le lerrier d'ini aulre, il est aussitôt saisi, ('li'angl' et dévoré. La femelle même n'('pargne pas son mile s'il n'a le soin de se sau\er prouq)tenu'nt apri's l'accouplement. Lors(iue deux hamsters se rencontrent dans un champ, ils lommencenl l'un et l'autre |iar vider Icins abajoues avec leurs pattes de devant, ce (]u ils fout loujoiirs (piand un danger les menace, puis ils s'élancent l'un sur l'autre, se battent à outrance, et le vainiiueiu' dévore le vaincu. Ils se défendent avec la même fureur contre tous les aniinaux, môme contre les chiens et contre l'homme. Quand la saison a été mauvaise et (pi'il y a disette de grains, ces animaux se d('clarent entre eux une guerre atroce, et finissent par sentre-détriiire inutuellemenl. Du reste, ils ont cela de conuiiun avec les ruts et les mulots, aux(piels ils res.sendilent beaucou|).

Le Saulk [Crirctua arenariu^, Dksm. .1/».s arenurim, Pai.i..), U-gèrement plus grand (pie le campagnol eominun a trois ponces

I haut, se )cuvcr;e >ui- le dus pour se d. •fendre des dents et de la gi id'e coiilre ses euuemis, et ne s'ap|uivoi>-e jamais. L.i feu;elle fait ciui| pelils cliMiiiic fois, et probablement deux portées par an.

Le l'iui [Cricftus /j/ireus , Dism. Mus phœus , Pâli.. ) est de la grandein- du cam|)agnol commun. Il a trois pouces cin(| lignes (0,092) (le longueur, sans la (pieue, (pii est blanchâtre cl longue de neuf lignes (0,li20). Son pelage est d'un cendré bleuâtre sinle dos et entièrenient blanc sur toutes les [larlies inb'riemcs; le nez est nu; ses oreilles sont brimes, ovales et Irèsdarges. velues à la |)ointe; le tour de la bouche et des (piaire jiieds est blanc.

II habite les déserts d'Astracan et la Perse. Pendant l'hiver il pénètre dans les habilations , s'y établit, et pille le grain dans les greniers. 11 ne s'engourdit pas iieiidant la saison froide, et je crois ipiil a cela de commun avec tous les hamsters.

Le Uaciii [Cricvluti iniiiraluriiis , 1)i;sm. .1/it.s miijralorius, Pam..) a Irois [louces de longueur (0,OSI), non compris la (pieue, qui a huit lignes (0 018;. Son nez est arrondi et un iieii velu, fendu en deux \y.\v un sillon; ses abajoues sont très-grandes, son pelage

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est d'un gris cendré en dessus, blanc en dessous , ainsi que le museau , le pourtour des narines et les pieds ; les oreilles sont nues et ecliancrées. 11 habite la Sibérie, à l'est de .laïk. Les Cosaques de cette contrée prétendent qu'il émigré la nuit, en troupes considérables que les renards suivent pour s'en nourrir; mais ce fait , si contradictoire aux habitudes des autres hamsters , mérite d'être confirmé, et doit peut-être s'appliquer au campagnol social [Arvicola socialis), s'il est vrai.

Le Hamster de So.ngarie [Cricelus songarus, Desm, Mus songarus, Pâli..) a trois pouces (0,081) de longueur, non compris la queue; sa tête est ramassée, son museau obtus; ses oreilles sont ovales, susceptibles de se plisser ; son pelage est cendré sur le dos avec une ligne dorsale noire ; les flancs sont variés de blanc et de ])run ; le ventre est d'un blanc pur; le corps est trapu, et la queue très-courte. II habite les déserts de la Sibérie et les steppes de Barabensk, près rie l'Irtisch. Le site qu'ils préfèrent, dit Pallas, est un terrain aride , sablonneux et salin. Au milieu de juin, il découvrit le terrier dune femelle qui avait sept petits encore aveugles. La chambre dans laquelle on les trouva était tapissée d'herbes sèches et de racines fines, et contenait en outre un petit approvisionnement de siliques d'alysse de montagne et d'élyme des sables. Les petits vécurent trois mois de pain et de toute sorte de graines; ils étaient si familiers, qu'ils mangeaient dans la main; ils jouaient le jour et ne dormaient que la nuit. Leur voix était rare, et, quand on les tourmentait, ils ne faisaient (|ue piper comme une cliauve-souris Leur tn'ine était très-fétide. Ils nmururent de gras-fondu, en août.

L'Okozo [Cricelus furityiculas, Desm. Mus furunculus, Pai.i.. Furunculus myoides , Messebch.) 11 ressemble au sahlé, mais il est plus petit; son corps est allongé; son museau pointu; ses oreilles sont larges et nues; son pelage est d'un gris jaunâtre en dessus avec une ligne dorsale noire; le ventre et les pieds sont blanchiltres. Il habite la Daourie, et l'on en trouve une variété dans les plaines de l'Irtisch et de l'Oby.

Le Hamster a randes [Cricelus fasciatus, Rafin.) est roux, avec environ dix bandes transverses noires sur le dos ; les jambes sont marquées de quelques rayures noires ; la queue, un peu plus courte que le corps, est mince, annelée de noir; le.s abajoues sont pendantes; les oreilles sont coiu'tes, ovales et un peu aiguè's; les yeux sont très-petits et le corps trapu. 11 habite les prairies du Kentucky,

Le GuAXOtiE [Cricelus iijuneus. — Mus cijancus, Moi,. — Lrss. ) est de la grandeur du mulot et lui ressemble ; ses oreilles sont plus arrondies; sa queue courte est à demi velue; il a quatre (loigls aux pieds de devant et cinq à ceux de derrière ; son pelage est d un gris iiieuàtre en dessus, blanc ou blancli.'itre en dessous. Ce \ielit animal, très-limidc, habile le Cliili. Il se creuse un terrier formant une galerie tU: dix pieds de profondeur , le long de laquelle régnent, de chaipie côté, sept magasins (ju'il remplit d'oignons de |)l!mtcs bulbeuses. Dans la saison des pluies, il ne quitte pas son habitation, et se nourrit de ses jjrovisions, avec la pri'caulion de commencer par les premières rarnas.sées , et ainsi de suite. (Chaque terrier contient une famille avec les six petits de la dernière portée nés en aulonme; ceux de la première, nés au printemps, quittent le terrier à l'flge de cinq à six mois.

18' Genre. Les SACCOMYS [Saccamys, Vr. Cuv.) ont vingt dents, savoir : quatre incisives, pas de canines; huit molaires en haut et huit en bas, la première molaire ayant une large échancrure anguleuse au coté inleriu' , et au milieu de cette échancrure une portion circulaire (pii lient i)ar l'émail; tous les pieds sont armf's d'ongles analogues à ceux des faillies.

Le Saccomys anhioi'iui.e [Saccomys anlhophilus, Fr. Ciiv. Pseuelostoma hursarius, Sav. Mus liursarius, Siiaw. Saccoplinrus bursarius, l\i\ii Iiipki^liitiia fusca,\Kf,\:\-s. Ascomyscanadensis, Licnsiws] est de la grandeur d'un loir: sa queue est longue, nue; la lon-

gueur totale de l'animal est de onze pouces (0,298) ; il a cinq doigts à chaque pied ; son pelage est d'un fauve uniforme, tirant plus ou moins sur le gris ou le brun. 11 habite les bords du lac Supérieur, en Amérique, vit dans un terrier, et se nourrit de fruits et de racines.

dO" Genre. Les GÉOMYS [Geomys, Rafin.) ont probablement le même système dentaire que le genre précédent; ils ont cinq doigts onguiculés à chaque pied, les ongles de ceux de devant très-longs; leur queue est ronde, nue, ce qui les distingue des hamsters.

Le GÉOMYS DES PINS (Geomys pineti, Rafin.) est de la taille d'un rat ordinaire; sa queue, entièrement nue, est plus courte que son corps. Il habile les forêts de pins de la Géorgie, en Amérique.

20« Genre. Les DIPLOSTOMES [Diplostoma, Rafin.) ont le même système dentaire que les saccomys; leurs dents incisives sont sillonnées; leurs abajoues sont très-grandes, atteignant en arrière jusqu'aux épaules; leur corps est cylindrique, sans queue et sans oreilles; les yeux sont couverts de poils, et ils n'ont que quatre doigts à chaque pied.

Le Dii'i.osTOME REANC [ Diplostoi)}a alha , Raf.) a cinq pouces et demi de longueur (0,119); son pelage est blanc. Il habite le Missouri. Si réellement le genre diplostome de Rafinesque n'a que (juatre doigts aux pieds et manque de queue, il faudra y rapporter son Diplosloma fusca , i[\\c j'ai provisoirement jilacé comme simjde variété à pelage brun avec le saccomys anthophilc. Dans le cas où Ralinesque se serait trompé , il faudra , au contraire , reporter le diplostome blanc à la suite du saccomys, sous le nom de Saccomys aWus. ,

21' Genre. Les HÉTIÎROMYS [Heteromys, Desm.) ont probablement le même système dentaire que les hamsters, mais on n'en est pas certain. Gomme les précédents, ils ont des abajoues, mais ils ont les formes générales des rats, et, comme chez ces derniers , leur queue est écailleuse et presque nue; ils ressemblent aux échimys par des piquants aplatis qu'ils ont sur le dos ; leurs jiieds ont six callosités en dessous, et cinq doigts, dont l'interne est très-petit.

L'Hétiîromvs \KQMki. [Heteromys Thoiupsonii, Le>s. Cricelus anomalus, Desm. Mus onoj?in/u.s, Tiiumps.) est de la taille du rat ordinaire; .son pelage est d'un brun marron en dessus, blanc en dessous; son dos est armé d'aiguillons lancéolés, fins, entremêlés de poils fins; la queue est écailleuse avec quelques poils épars, noir.^tre en dessus; sa tête est pointue et sa bouche très-petite. Il habite l'île de la Trinité, aux Garaihes , cl l'on suppose que ses mœurs doivent être les mêmes que celles des hamsters.

Tous les génies qui vmit suivre manquent d'abajoues.

22"^ (Ienre. Les OTOMYS ( Otomys , 1''r. <;uv. ) ont seize dents , savoir ; quatre incisives; point d<' canines; six molaires en haut et six en bas; les molaires supérieures ont leur couronne formée de lames transversales un peu arquées, bordées d'émail, et dont le nombre est de trois pour la première, de deux pourla seconde, et de (piatre pour la Iroisièmc; les inférieures ont moins de largeur, et leurs lames, moins arquées, sont au iioudirc de quatre pour la première, et de deux pour chacune des deux dernières.

L'Otomvs de Rrantz ( Olomys Brantzii , Liciist.) a ciiu] pouces neuf ligues (0,1,';.')) de longueur, non conqu'is la (|ueue , qui a deux pouces et demi (0,008); celle-ci est annelée de i)oils roides, rares et durs. Son pelage est d'un gris jaunâtre en dessus et d'un blanc sale en dessous. (a\ animal habile l'.Vfriipic mi'ridionale, et, à la queue près, il a beaucou|) d'analogie de forme avec no- Ire surmulot.

L'Oio>ns m; Cap [Olumijs unisulcalus, Liciist.) ne dilTère guère du piécéilcni, dont je le regarde comme une simple variété, que

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par sa taille un peu plus granile ; il a six pouces et demi tle Ion- ' gueur (0,47()), non compris la queue, ((ui est longue de trois pouces et ([uart (0,088). Son pelage est d'un i^i'is fauve en dessus et d'un gris blancliAtre en dessous. H haliile le cap de lionne-Espérance.

23T.rMiF.. Les RATS (.Vus, Lin.) ont seize dents, savoir : quatre incisives; point de canines ; six molaires en haut et six en lias, à couronne tuberculeuse ; les pieds de devant sont munis de tpialre doigis avec un rudiment de pouce : les pieds de derrière ont cinq doigts non ])alnu's; les poils du dos sont quel(|uefois roides et plats, ou épineux: la ipieue est plus ou moins longue, presque nue, présentant des rangées transversales très-nomlireuses de petites écailles, de dessous lesquelles sortent des poils; quelquefois elle se termine par un flocon de poils.

Nous diviserons les rats en deux sections ; la première com- ])ren(lra les espèces sans épines.

Le Hm ûiiuiN.viRh ( .Uns ra//us , Lin. ] est trop généralement connu pour qu'il soit besoin d'en donner une description détaillée. Sa taille lient le milieu entre le mulot et le surmulot; il est noivAtre en dessus, et d'un cendré foncé en dessous; des pelils poils lilancliMrcs lui couvrent le dessus des pieds. Cet animal s'est fait une fatale ré|iulalioii par les incouimodités i[u'il cause dans nos maisons, et par les dégAts qu'il y fait.

BulLon croyait que le rat était originaire d'Iùirope, et qu'il avait été transporté par nos vaisseaux en Aniéricpie; cependant le seul l'ait ipie cet animal était tout à fait inconnu aux anciens écrivains aurait dii l'éclairer s\u' cette erreur. Le rat, au contraire, est iniligène du nouveau continent , et n'a été introduit sur le nôtre qu'à la fin du moyen Age , c'est-à-dire à l'époque des premières navigations d'Europe en Amérique. Cet animal est omnivore , et mange également des fruits, des graines, de la chair, des insectes, etc. Il habite nos maisons, où il fait un d('gi\t i|ui le rend fort incommode ; non-seulement il attaque et gaspille toutes les substances alimentaires, mais encore il ronge la laine, les étoffes, les meubles; il perce les bois de charpente, fait des trous dans les murs , se loge dans l'épaisseur des planchers , dans les vides delà charpente ou de la boiserie, y établit ses magasins, et y transporte tout ce (]u'il peut traîner. L hiver il cherche la chaleur et établit volontiers son domicile derrière les cheminées, sur les planchers d'écurie, dans la paille, le foin, etc. La nuit, et même en plein jour, s'il u'entend aucun bruit suspect, il sort elFroutément de sou trou, s(> glisse partout, et partout fait autant de dégftt (pi il en i>eut faire. La feunlle met bas [)lusieurs fois par an, et chacpie portée est ordinairement de quatre à cinq petits. Il en résulte que ces animaux sont toujours fort nombreux , et que malgré les chats , les pièges et le poison , il est fort diincile de s'en (h'barrasser. S'il est poussé jiar la faim, le rat j)énèlre dans les poulaillers et les iiigeonuiers, perce ou iirise les (luifs pour se nourrir des petits (pi ils contieniU'Ut, cl nu'aie (pR'l(|uefois il tue les jcinies lapins, les poussins et les pigeonneaux. Lorsque ces derniers ont la gorge pleine d'aliments , il leur perce le jabot pour manger les graines à m<iilié digérées (pu en sortent. Ce ne sont pas là ctpendant les jilus grands ravages (pi'iuL lui re|uo(lic : il i)arait (ju'en creusant les vieux i)lAtrcs et les mortiers, il vient à bout, à la longue, d'ébranler les constructions les plus solides. a C'est surtout, dit BuH'on, dans Iv.s vieilles maisons, à la cam|>a gne , où l'on garde du blé dans les greniers , et où le voisinage des granges et des uiagasius à foin facilite lem' retiaile et leur mulliplicaliou, (pie les rats sont eu si grand nombre, qu'on serait obligé (le démeubler, de difserter, s'ils ne se détruisaient euxmêmes; mais nous avons vu par expérience qu'ils se tuent, ([u'ils se mangent entre eux pour peu cpic la faim les presse , en sorte que, (piand il y a disette à cause du trop grand nombre, les plus forts se jettent sur les plus faildes, leur ouvrent la tète et mangent d'abord la cervelle, et ensuite le reste du cadavre; le lende-

main la guerre recoinmencu, et dure ainsi jusqu'à la destruction du plus grand nombre. »

Le rat est aussi courageux que féroce ; il se défend hardiment contre les chats , les belettes et les surmulots , et si sa force réliomlait à sou courage, il sortirait toujours vaimpieur de la lutte. De tous ses ennemis, le |)liis terrible pour lui est le surmulot, parce ([n'ayant tous les deux les mêmes goûts et les mêmes lialiitudes, ils se rencontrent fréipiemiuent et jamais impunément. Aussi, depuis i'rM, époque où le surmulot nous a été apporté de l'Inde , le nombre des rats a diminué dans la même progression ipie celui des surimilots a augmenté. Aujourd'hui ces derniers sont beaucoii|i plus communs (pic le rat ordinaire, nuelqiies naturalistes ont attribué aux rats une singulière prévision : ils disent ((ue ces animaux connaissent parfaitement quand une maison menai e ruine , et ipi'ils en décamiicnl toujours quelques jours avant qu'elle s'écroule. Ce qu'il y a de certain , et je le sais par ma propre observation , c'est (pie ces animaux voyagent par troupes assez nombreuses, pour quitter une localité et se rendre dans une autre plus ou moins éloignée. <( Les rais , dit lUifTon , sont aussi lascifs que voraces ; ils glapissent dans leurs amours et crient ipiand ils se battent. Ils préparent un lit à leurs petits, et leur apportent bient(Jtà manger; lorsipi ils commencent à sortir de leur trou, la mère les veille, les défend, et se bal même contre les chats pour les sauver. Celle espèce, qui se trouve dans toute I Europe et en Amériipie, oH're (jnelquefois des individus albinos, c'est-à-dire tout blancs, mais plus rarement ipie dans les souris. »

Il y a quelques années ipie .M. Thénard a lu à l'Académie des Sciences une note sur le moyen de détruire les rats et les autres animaux malfaisants qui habitent les murs des maisons, à l'aide de fumigations d'hydrogène sulfuré. On commence par boucher tous les trous , puis on ouvre ensuite ceux qui sont le i)lus fréquentés par ces animaux. Abus on aiipliqiie l'appareil , qui consiste en une cornue de verre dont ou Iule exactement le goulot à l'entrée de ces nouvelles ouvertures. On y introduit ensuite, par une tubulure, (hi sulfure noir de fer, puis on y verse avec précaution , pour éviter l'explosion , une certaine quantité d'acide siilfiiri(pic étendu il'eau. Il se fait aussilôt un dégagement d'hydrogène sulfuré, ipii jiénèlre par le trou dans tous les recoins où les rats se cachent, et les fait périr en peu de temps.

La Souris (Mus musculus, Lix.) est d'nu gi'is uniforme en dessus, passant au cendré en dessous , assez velue ; sa queue est aussi longue (pic son corps. Elle a une variéti- albinos assez commune. La souris est originaire d'Europe, mais nos vaisseaux l'ont transporlix' dans les autres parties du monde : aiijiuird'liiii ou la trouve à peu près |partoul.

Elle multiplie beaucoup; la femelle fait iiliisieurs portées par an, chacune de six à liiiil petits, et rhaque petit se reproduit à l'âge de trois mois. (Jiiinze jours après sa naissance, il est assez grand pour (piitter .sa mère et ehenlier lui mêiiie sa nourriture. La souris est lui petit animal assez joli , ayant la physionomie (ine, l'œil vif, la Umrnure d('gag(:e , et les mouvements alertes. La ténuité de sa taille lui permet de se glisser par les moindres trous; aussi la reucontre-t(ui dans des lieux où l'on serait embarrassé de s'expliquer comment elle est enlise. Elle de'grade les murs les phis solides en s'y frajaiil des pas.sages ; elle [lerce les meubles du bois le plus dur pour y pénétrer, cl ce sont là ses moindres dégâts. Animal rongeur par excellem^e, elle coupe, réduit eu poussière loul ce qui loiube .sous sa dent. Elle attaque le linge dans les armoires, les liMcs dans les bibliothèipies, les marchandises de loul genre dans les magasins, foules les substances alimentaires sont à sa convenance, et elle parvient toujours à liénélrer dans les lieux où on les a renfermées. Le i>ain, le lard , le beurre, le fromage, le sucre, les eonlitures, les fruits, les farines, les graines, et même la chandelle, sont les objets ordinairement les plus recheiclu's par elle; non -seulement elle les entame et les cousoiiimc, mais encore elle les salil et leur eom-

LES RONGEURS

■ muniqiie une otieiir désagréable. On en a vu pousser la hardiesse jusqu'à enl.iiiier le lard de cochons vivants, pendant leur sommeil. Lorsqu'une ou plusieurs souris attaquent un ohjet d'une certaine grosseur, par exemple un pain, une pièce de lard, un fromage, elles commencent par y faire un trou assez petit , pour gagner le dedans. Alors elles s'y établissent et rongent toute la substance intérieure de l'objet, en ne laissant qu'une légère cvoùte extérieure , qui suffit pour masquer les dégâts, dont on ne s'aperçoit souvent qu'au moment où l'on veut faire usage de ces objets. « La souris , dit Buffon , a le même instinct que le rat , le même tempérament, le même naturel, et n'en diffère guère que par la faiblesse et par les habitudes (|ui l'accompagnent; timide par nature, familière par nécéssiti', la peur ou le besoin font tnus ses mouvements; elle ne sort de son trou que pour chercher à vivre; elle ne s'en écarte guère, y rentre à la première alerte, ne va pas, comme le rat, de maisons en maisons, à moins qu'elle n'y soit forcée, fait aussi moins de d('g,Vs. a les mœurs plus douces, et s'apprivoise jusqu'à un certain point, mais sans jamais s'attaclier. Les chouettes, tous les oiseaux de nuit, les chats, les fouines, les belettes, les rats même lui fout la guerre; on l'attire, on la leurre aisément par des appâts, on la détruit à milliers; elle ne subsiste enfin que par son immense féconditi'. » C'est sans doute pour délivrer nos haiiitatious des souris que les premiers chats ont été apportés des bois iiour être élevés en domesticité. On a voulu se délivrer d'une incommodité grave par une autre (pii l'est un peu moins, et on y a réussi jus(pi'à un certain jtoint ; car nonseulement les chats prennent et mangent les souris, mais encore ils les écartent de la maison |>ai- b ur .'^euie odeur.

Le Surmulot {Mus drcuinanus, Pai.i.. Le Suriiiuhl et le Powc, BiiFF.)est d'un cjuart plus grand que le rat ordinaire; son pelage est d'im gris brun roussi^lrc en dessus, blanc en dessous; sa •lueue est nue, jjresque de la longueur de son corps. Il est originaire de l'Inde, et, comme nous l'avons dit, il n'a été observé en France, ])our la première fois, qu'en 1750. Aujourd'hui il est beaucoup jibis conuiiun (pie le rat, au(iuel il fait une guerre d'extermination.

Le surnudot, plus fort et ])lus fc'roce que le rat, est aussi plus incommode par les' dégâts qu'il peut faire. Comme lui, il habile les maisons, mais il en sort assez souvent pour aller faire des excursions à la cam|)agne, et, s'il y trouve aisi'ment à vivre, il s'y fixe ])our toute la belle saison ; dans ce cas, il se creuse un terrier ou il |iorte (pielipics |)r()visions pour se nourrir jiendant les jours de pluie et d'orage. Toute son occupation est de chasser au menu gihier, et son voisinage devient funeste aux jeunes faisans, aux perdreaux, aux cailles et autres oiseaux; il attaipie même les jeunes levrauts et les jeunes lapins, et souvent il s'i'lablitdaus leurs trous après en avoir chassi: le ])èrc et la mère. Il s'est tellement uudiiplié dans les voiries de Montfaucon , qu'il menace, si on (h'truisait celles-ci, d'envahir tout un ipiartier de Pans, où il porterait le ravage. Rigoureusement oninivoie, il se nourrit indifiércmment de chair \ive ou onrouipue, de fruits,

de graines , et de toutes les substances alimentaires. En automne, il regagne les hahitations et y commet les mêmes dégâts que les rats, mais, de plus, il se glisse dans la basse-cour, dont il dévore les jeunes oiseaux après leur avoir préalablement sucé la cervelle, et il y attaque les jeunes lapins et les cochons d'Inde. Aussi courageux ([ue méchant, il se défend avec fureur contre les chats ; et lorsque ceux-ci sont encore jeunes il parvient assez souvent à leur échapper. Quelle que soit la puissance de son ennemi, il ne se rend jamais sans combattre, même contre les chiens. Lorsqu'un homme le poursuit trop vivement et lui fait perdre l'espérance d'écha|iper par la fuite, il se retourne, s'élance sur la main (]ui le frappe , et lui fait de cruelles morsures. Les chats ont pour lui de la répugnance, et ne l'attaipient que très-rarement; si l'on veut s'en débarrasser, on ne peut donc employer (pie les pièges et le poison. Du reste, il donne assez facilement dans les embûches (pi'on lui tend. Cet animal aime assez s'établir sur le bind des eaux, et il nage avec la plus grande facilité, quoiqu'il n'ait jias les pieds palmés. La femelle produit trois fois par an , et fait chaque fois douze à quinze petits , quel - (piefois jus(]u'à dix-neuf.

LeMcioT (Mu-; xijlralicus, Lin.) est de taille moyenne entre celle du rat et de la souris. Son pelage (st d'un gris roiissâtre sur le dos, blanchâtre sous le ventre; sa (pieue est un peu [dus courte que son corps. On le trouve dans toute l'Euroiie. et, par sa prodigieuse multiplication, il devient qiicbpiefois le fléau de l'agriculture, en détruisant les semences ou les récoltes.

Ce |)clit animal h;ibite de prc'l'i'rence les terres sèches et ('levées, à cause de la facilili' ipi'il trouve à y établir son liabitatiiui. Rarement il S(; donne la peine de creuser lui-même son terrier, s'il trouve un trou de taupe ou de musaraigne à sa porti'e ; quelquefois même il s'empare d'un trou tout fait sous une souche d'arbre. Dans tous les cas, il arrange sa demeure pour rap|)roprier à ses hahiludes. Pour cela, à un ]>ie(l (0,r)'2.'>), plus ou moins, de l'entri'e, il él.iblit une première chambre, (|ui doit lui servir d'habitation ainsi ipi'à sa famille. Il creuse tout à cù\r une autre chambre, qui devient son magasin. S'il se trouve nue grande cavité dans un trou dont il se .sera emparé, elle deviendra la ihambre aux provisions et il se creusera sou apparlemeiil à lùlé; d'où il résulte (pie le maga.siii se trouve souvent beaucoup plus grand(pi'il nescrait iK-cessairepourson usage, ce(pii ne reiiipêche |)as de travailler à re'colter des grains jusipi'à ce ipi'il soit plein Ces grains ne peuvent pas être entièrement consomnK's par lui dans l'espace d'un hiver; ils])ourrissent, et c'est autant de perdu pour lui cl |ioiir les ciiiliv.ilcuis, lleiireusemeiit i|ue le uiulol ue

RATS

ramasse des graines de ce'ié:des que lorsque les fruits secs lui man(|uent dans les bois , et que le plus souvent il ne remplit ses greniers que de glands, de noisettes et de faines, dont il entasse plus d'un décalitre dans les anne'es favorables. Il fait surtout un tort conside'rable aux semis forestiers, car il s'y rend par milliers pendant la nuit, suit exactement les sillons de la charrue, et déterre les glands ou autres graines un à un. Dès que les froids .se font sentir, il se retire dans son trou , où il vit grassement de ses provisions, mais il n'en bouche j>as l'entrée, et de temps à

tellement favorables à leur multiplication, qu'ils deviennent un vérital)le fléau pour des provinces entiéi'cs. Ils ont jjour ennemis les loiq)S, les renanls, les martres, les beleltes et les oiseaux de proie.

Le Hat nain [Mus soricinuf , IIkrm. Le K(it à mu!:eau prolungé , de quelques naturalistes) a de l'analogie avec le rat des moissons, mais il en diflere par son museau allongé; son pelage est d'un gris jaunâtre en dessus, blandullre en dessous; ses oreilles sont orbiculaires et velues ; sa queue est aussi longue que son corps.

Le Alulot nain.

autre, quand II fait une belle journée , il en sort pour aller faire un tour à la cam|)agne. Si l'hiver est très-long, que les mulots aient vidé leurs greniers, et que la famine se fasse sentir, les gros commencent par manger les petits qui habitent avec eux dans le terrier, puis, quand ils ont dévoré leur famille, ils sortent de leurs trous et vont atta(iuer le'us voisins. La guerre devient bientôt générale, et ils finissent par si bien s'enlre-détruire les uns les autres, que l'on est quelquefois trois ou quatre ans sans en voir ilans des localités tpii en étaient précédemuieni in-

Le Rat i)'lsi,AMiii (,)/i(.v islaiulicus . TnirN.) a le pelago noirâtre sur le dos, gris sur tout le reste du corp", avec des taches jaunes sur les flancs; la (|ueue est presque nue, à écailles verticillées, et à [leine plus longue que le corps. Il a ('té observé en Islande, par Thieneniann.

Le Rat m.s moissons {Mus messoriw;, Siiaw. — Dksji.) a deux pouces trois lignes (0,001) de longueur, non conij-ris la ipieue , qui est légèrement plus courte que le corps; sou pelage est d'un gris de souris mêlé de jaunâtre en dessus, le dessous du corjis et

Lo Rat do Bjrbarie.

restées. Ruffon a fait une singulière expérience sur la férocité vnrace de , ces petits animaux, u Nous avons mis dans un vase, dit-il, douze mulots vivants; on leur donnait à mangera huit heures du matin. Un jour, qu'on les oublia d'un (piart d'heure , il y en eut un (|ui servit de pâture aux autres; le lendemain ils en mangèrent un autre, et enfin, au bout de (|uel(pies jours , il n'en resta qu'un seul; tous les autres avaient ('!(• lues et di'vorés en partie, et celui qui resta le dt iiiicr avait lui-uièiuc les pattes et la queue mutilées. » Le mulot pulluh' beaucoup, car la femelle fait plusieurs fois par an neuf :i dix petits; mais il est des années

les pieds sont Idancs. Il habite les cliamps cultivés et rocailleux, en Anglelerre. Je le crois le mi'iuc. que le .l/i/x niimilu!:.

Le Sitnk: ou Hat k bariie (Mus agrarius. I'aii.. — Cmi.) a deux pouces dix lignes (0,077) de longueur , non compris la (pieue , qui a un peu i>lus de la moitié' de la longueur totale du corps; .son pelage e.st d'un gris ferrugineux gi'uéral , avec une ligne noire et élmile sur le ilos. Il habite la .Sib('rie, la Russie et le nord de r.Vlh'magne, où, dans de certaines années, il commet beaucoup de dégâts dans les moissons.

Le Ml i.oT NAIN (Mus cuuippstris , Fk. (^uv. Le Muhil nain ou

LES RONGEURS

Mulot des bois, Daud.) est un peu plus petit que le précédent; sa queue , plus longue que son corps , le dépasse de (jualre lignes (0,009j; les poils qui le couvrent sont d'un gris ardoisé à leur naissance , et fauves à leur extrémité; le dessous de son corps et ses quatre pieds sont blancs; ses moustaches sont noires. On le trouve dans toute l'Europe tempérée , comme en France , dans les champs, à proximité des villages. Ce petit animal habite un terrier, mais, néanmoins, il fait son nid dans les hautes herbes des prairies ou dans les blés , quehjiiefois dans les buissons touffus. Dans tous les cas, ce nid est suspendu aux tiges des graminées ou des arbustes, à une hauteur suffisante pour n'être pas atteint par l'humidité de la terre, lors des pluies. Il a la forme d'une boule delà grosseur des deux poings, et il est tissu en herbes sèches, fines et solidement entrelacées. La femelle y pénètre par un très-petit trou ménagé sur le côté; elle y mpt bas de cinq à sept petits.

Le SiKisT.\N (Mus sublilis, Mus vaçius et Mus betulinus, P.u.i.. Le Rat subtil et le Rat vagabond des naturalistes) a de l'analogie avec le rat fauve de Sibérie, .]fus minute , mais ses oreilles et sa queue sont plus longues; son pelage est fauve on cendré en dessus, avec une ligne noire sur le dos; ses oreilles sont plissées, et sa queue est plus longue que son corps. Il a i>h!sieurs variétés de pelage. Cette espèce, très-commune en Tarlarie et en Sibérie, aime à se tenir sur les arbres, oti elle grimpe avec facilité.

Le Uat fal'vf, {Mus mhnitus, Pm.l. Le Rat ferrugineux de ([uelques naturalistes) est de moitié moins grand qu'une souris; son pelage est ferrugineux en dessus, blanihâtre en dessous; son museau est peu allongé , et sa queue est plus courte que son corps. Cette espèce habite les champs cultivés, en Russie et en Sibérie, et s'assemble en grand nombre sous les gerbes de blé.

Le lÎAT A QiiF.iJF. iiicoLORE {Mus dichrurus , Rafin. Le Rat de Sicile des naturalistes) a huit pouces (0,217) de longueur; son pelage est fauve, mélangé de brunâtre en dessus et sur les cotés; la léte est marquée d'une bande bruuAlre; le ventre est blanchâtre; sa queue, de la longueur de son ior|>s, est annelée, ciliée, brune en dessus, blanche en dessous et un peu tétragone. On le trouve dans les champs cultivés , en Sicile, y Le Rat géant [Mus gigantcus, Hardw. — Desm. Mus selifer, IIORSF. Mus malaharicus , Penn.) a treize pouces (0,3H2) de longiiein-, non compris la queue, qui est de mènie longueiu'; son |ielage est d'tm brun obscur en dessus, gris en dessous, avec les pattes noires ; la cpieue est légèrement couverte de |ioils. Il habite les champs cultivés, près des habitations, au Rengale, au Malabar et à .lava. Il vit dans des terriers et se nniu'rit autant de fiiiits que de graines.

yy Le Rat he .Iava (Musjaranus, Desm.) est de la taille d'un Surmulot ; son pelage est d'un brun roux en dessus, avec les pieds blancs; sa queue, plus courte ([ue le corps, est assez velue. Il habite l'ile de Java.

I Le Rat de Sumatra [Mus sumatrensis , Raffi.es) a dix-sept pouces de longueur (0,.'pfiO), non coiui)ris la queue (|ui en a six (0,1(12), et qui est écailleuse, nue, terminée en pointe mousse; son ])elage est roide, d'un gris brun sur le dos; sa ttfte est courte, d'une teinte plus claire. Cette espèce habite Sumatra; elle vit dans les haies de bambous, dont elle mange les racines. Il appartient au genre Rhhiimys, Grav, ou Nyctoleples , Ti:m\i.

Le Caraco (.1/us carneo, Paii.. — Desm.) est à peu |>rès de la taille du surnudol ; son pelage est d'un gris fonc(! mélange- de roussâtre sur le dos, jilus clair sur les flancs, d'iui cendré blanchâtre en dessous; ses pieds sont à demi palmés, d'un blanc sale. Il habile la Sibérie et la Mongolie. Pendant la belle saison il se plait sur h; bord des eaux , mais en hiver il se relire dans les liabitations.

Le lÎAr A RANUES {Mus lineatus , Evers.) est d'un brun gris en dessus, d'un gris clair en dessous; ses oreilles sont d'un gris jaune, avec une grande tache noire près de chacune; il a sur le

dos une ligne étroite, noire, depuis la nuque jusqu'à la queue? et deux autres lignes latérales moins foncées et un peu obliques; sa queue est aussi longue que son corps. 11 habite entre Orembourg et Rukkara, sur le bord des ruisseaux.

Le Rat i>e l'I.vle {Mus indicus, Geoff. — Desm.) a les oreilles grandes, presq^e nues; sa taille est à peu près celle d'un surmulot; son pelage est d'un gris roussâtre en dessus, et grisâtre en dessous; sa queue est un peu moins longue que son corps. Cette espèce se trouve à Pondichéry.

Le Rat d'Alexandrie {Mus alexandrinus, Geoff. — Desm. Àcan- Ihojnys alexandrinus, Less.) est d'un gris roussâtre en dessus, cendré en dessous ; les poils les plus longs de son dos sont aplatis, fiisiformes, striés sur une de leurs faces; sa queue est d'un quart plus longue que le corps. Il habile l'l';gypte.

Le Rat de Do.navan {Mus Donavani , Less.) a le pelage d'un fauve noir, yçirie' de cendré, avec trois raies plus claires sur le dos; sa queue est d'une longueur médiocre, légèrement pointue. 11 se trouve au cap de Ronne-Espérance.

\l Le Rat strié (Mus striatus, Li.nn. Mus orientalis, Sera) est un peu plus petit qu'une souris; son i)elage est d'un gris roux en dessus et mari]ué d'une douzaine de lignes longitudinales blanches , avec quelques petites taches de la même couleur ; sa queue est de la longueur de son corps. On le trouve aux Indes orientales.

Le Rat de Barrarie {Mus barbarus, Lin.).

Cette jolie espèce se dislingue aisément des ]irécéilentes en ce qu'elle n'a que trois doigts aux pieds de devant, ce qui a fait douter quelques naturalistes qu'elle appartînt au genre rat. Elle est d'une taille un peu plus petite ipiune souris; son pelage est brun en dessus, marqué de dix lignes longitudinales blancliâtres. On la trouve dans toute l'Afrique septentrionale.

L'AxGouvA (.'1/ms angowia d'AzARA. Musbrasiliensis,Çi'e.ovY., non Desm.) a les oreilles moyennes, arrondies; son pelage est d'un brun fauve en dessus, blanchâtre en dessous, mais plus clair .sous la tête et plus foncé sous la poitrine; sa queue est un |)eu plus longue que son corps. On le trouve au Paraguay.

Le Rat a grosse tète (j1/«.s cephalotes, Desm.) a le museau coui-t et la tête extrêmement grosse; son pelage est brun -en dessus, plus clair sur les côtés, et d'un blanc un i)eu fauve en dessous; sa (pieue est de même longueur que son corps. Il habite le Paraguay et se creuse des terriers dans les champs cultivés.

L(! Rat du Brésil {Mus brasiliensis, Desm.) ressemble au rat coniuuin dont il a la taille, mais ses oreilles sont moins longues et sa tête est plus courte ; son |>elagc est ras et doux , d'un brun fauve sur le dos, fauve sur les lianes, et gris en dessous; ses moustaches sont noires; sa queiu' est un ])eu plus longue (jucson corps. On le trouve au Brésil.

Le Rat roux {Muf: rufus, Azara) est d'un fauve roussâtre, plus foncé et plus terne sur le dos et sur la tête; le ventre est jaunâtre; la (|ueue a plus de moitié de la longiu'ur du corps. Cette es|)èee vil sur le bord des eaux, au Paraguay.

Le Piloris {Mus pilorides, Desm.) est un \wu moins grand que le surmulot; son pelage est d'un beau noir brillant; son menton, sa gorge et la base de sa queue sont d'un blanc pur. Il habile les Antilles.

Le Rat des Catisgas {Mus pyrrurliimis, Wied de Nf.uwied) est de la grosseur d'un lérot; ses oreilles sont grandes et prescpie nues; son pelage est d'un gris brunâtre sale ; le nez , les cuisses et la base de la (picuc sont d'un rouge brun ; sa (pieue est trèslongue. Il se Irouve au Rr('sil , et loge souvent dans la partie inh'rieure du nid de la faiivelle à front roux, tandis (|ue cet oiseau eu habile Irainpiillemenl la partie siipéiieure. Tous deux vivent eu fort bonne intelligence.

Le Rat oreillard {Mus auritus, Desm.) est remarquable i)ar la longueur de ses oreilles et la grosseur de sa tête; son ))elage est

RATS

d'un gris de souris en dessus, blanchâtre en dessous ; la queue est plus courte que le corps. Il se trouve dans les pampas de Buenos-Ayres.

Le Rat aux tabses noires (Mus nigripes, Desm.) a la tête grosse, mais les oreilles courtes et arrondies ; il a cinq pouces onze lignes (0,t60j de longueur, en y comprenant la ((ueue, qui est plus courte que le corps; son pelage est d'un lirun fauve en dessus, blan<-liùtre en dessous; les pattes sont d'un noir très-foncé à leur extrémité'. On le trouve dans les champs cultivés, au Paraguay.

Le Laucha [Mus loucha, Desm.) est d'une coideur plombée en dessus, blanchâtre en dessous; sa tête est peu large, son museau pointu, et ses moustaches sont fines et noires; sa queue est un peu plus courte que son corps , et ses tarses sont blancs en dessous.

Le Rat NOiRATriE [Mus nigricans, Rafin. — Desm.) n'est probablement rien autre chose que notre Mus raitus. Il a si.K pouces (0,162) de longeuur; son pelage est noirâtre en dessus, gris en dessous ; sa (pieiie est noire, plus longue que son corps. 11 habite r.Vmériijue septentrionale.

Le Rat aux pieds blancs {.][us leucopus, Rafin.) a cinq pouces (0,1 5S) de longueur, non compris la queue; son pelage est d'un fauve brunâtre en dessus, blanc en dessous; ses oreilles sont larges ; sa léte est jaune ; sa queue , aussi longue que son corps , est d'un brun pâle en dessus et gris en dessous. Il se trouve aux États-Unis.

Les espèces qui suivent ont des poils épineux.

Le Pekchal (Mus perchai, Gml. Echymis perchai, Geofp. Le Rat perchai, Bvrv. Acanlhomya perchai, Less ) a quinze pouces (0,406) de longueur, non compris la queue, qui en a neuf (0,2ii); ses oreilles sont nues : son pelage est en dessus d'un brun roussâtre, un peu plus pâle à la tête, parsemé de poils roides; le dessous est gris , et les moustaches sont noires. Cette espèce habite les maisons à Pondichéry, où on lui fait la i basse moins pour le détruire (jue pour le manger, car sa chair est fort estimée.

La SouBis DU Caiue (.1/us cahirinu!^, Geoff. Acomys cahirinus , Is. Geoff.) a quatre pouces de longueur (0,108), non compris la queue, qui en a autant; son pelage est d'un gris cendré uniforme , composé de poils roides et un peu épineux sur le dos , plus clairs et plus doux sur les côtés. On la trouve en Egypte.

24" Genre. Les LOIRS (Myoxus, Gml.) ont vingt dents, savoir : quatre incisives, point de canines;! huit molaires en haut et huit en bas, simples, à lignes transversales saillantes et creuses; ils ont cinq doigis aux pieds de derrière, ipiatre doigts et un rudiment de i)ouce aux pieds de devant; leurs |>oils sont très-doux et très-fins ; leur queue est très-longue, tantôt fort toufTue et ronde, quelquefois aplatie et à poils distiques , enfin d'autres fois floconneuse à l'extrémité seulement. Ce sont les seuls rongeurs qui manquent de cœcum.

Le Loir commun {Myoxus ijlis, Gml.) a un peu plus de six iioiices (0,162) de longueur, non compris la (picue, (pii est toud'ue et très-fournie; son pelage est d'un gris brun cendrii en dessus, blanchâtre en dessous, avec du brun autour de l'œil. Il habite les pays raontueux et boisés de l'Europe, jusqu'en Laponie, et cependant on ne le trouve ni en Angleterre ni, je crois, dans le nord de la France.

Ce joli petit animal est extrêmimcnl farouche, et ne s'apprivoise jamais Il a les mêmes habitudes (pie l'écureuil ; comme lui, il n'habite que les forêts, grim])e sur les arbres, saute de branche en branche, quoique moins légèrement, se nourrit de châtaignes, de faines, de noisettes et autres fruits sauvages. Il se loge dans les troncs d'arbres ou les Irons de rochers, où il se fait, avec un peu d'art, un lit de mousse et de feuilles sèches. Il amasse aussi dans son trou une provision de fruits pour s(ï nourrir l'hiver, mais seulement (piand la saison est douce, car lorsqu'il fait froid il est plongé dans un sommeil lélhargitpie, comme la mar-

motte. Il sort de son engourdissement de temps à autre, lorsque le soleil a suffisamment réchaiiiré l'almosphère, et alors il lui arrive quelquefois de sortir de sa retraite pour aller faire un tour à la campagne. Dès que le froid leprend , il rentre, s'enfonce dans son nid de mousse, se roule le corps en boule, et retombe dans un état presque complet d'insensibilité. Ordinairement, pendant l'hiver, les loirs se réunissent plusieurs ensemble dans le même trou , et dorment pressés les uns contre les autres pour se communiquer réciproquement un peu de chaleur. Rarement cet animal descend à terre; il ne se borne pas à une nourriture purement végétale, et, quand il en trouve l'occasion, il mange fort bien les petits oiseaux qu'il peut surprendre sur leur nid, et leurs ccufs. Les loirs s'accouplent au mois de mai et de juin, ils font leurs petits en été, et les portées sont ordinairement de cin(|. Ce sont des animaux très-courageux , qui ne craignent ni la belette ni les petits oiseaux de proie; leurs ennemis les plus dangereux sont les martes et les chats sauvages.

Les Romains mettaient les loirs au nombre des aliments de luxe, que les gastronomes riclies pouvaient seuls se permettre, lis avaient établi des sortes de garennes où ils élevaient et engraissaient CCS animaux, comme nous faisons aujourd'hui des lapins, et ils y mettaient une telle importance, que Varron a donné une méthode trcs-détaillée sur l'éducation des loirs et sur l'art de les engraisser. Apicius nous a aussi lai.ssé d'excellents documents sur l'art d'en faire des ragoûts; mais, malgré la haute vénération que nos pères avaient pour les auteurs anciens , ces préceptes sont restés pour eux et pour nous de simples théories, que personne n'est tenté de mettre en pratique. Cette répugnance que l'on a pour manger des loirs vient, sans aucun doute, de la grande ressemblance qu'ils ont avec les rats, car leur chair, sans être excellente, n'est réellement pas mauvaise, et a une grande analogie avec celle des cochons d'Inde et des rats d'eau. Les Italiens, probablement moins didiciles que nous, mangent encore ces animaux avec grand plaisir, et voici comment ils se les procurent. Ku commencement de l'automne, on creuse, en terrain sec, dans les bois, des petites fosses que l'on tapisse de mousse et (pie l'on recouvre de paille : on y jette préalablement une bonne (piantité de faine. Les loirs, alléchés par ces fruits, s'y rendent en grand nombre, s'y établissent et s'y engourdissent; vers la fin de l'automne, on va les y chercher, et c'est alors qu'ils sont le plus gras et que leur chair est excellente.

Le Lérot (Myoxus nitela, Gml. Mus quercinus, Lin. Le IJrot, BuFF.) est un peu moins grand que le loir, et n'a guère que cinq pouces (OjiôS) de longueur, non compris la queue ; son pelage est d'un gris fauve en dessus, blanchâtre en des.sous ; son œil est entouré par une tachfv noire, (pii s'étend, en s'élargissant, jusque derrière l'oreille ; sa queue est longue , garnie de poils ras , puis terminée par une épaisse totitre blanche. Il habite diins tous les climats tempérés de l'Europe , et il n'est que trop commun en France, où il fait le déses])oir des jardiniers.

Le b'rot, (pie les cultivateurs appellent (pielquefois loirot ou loir, est le fb'aii de nos vergers, de nos jardins, et surlout de nos espaliers de pêchers. II ne se contente pas de manger la (piantité de fruits nécessaire à sa nourriture, il en entame un grand nombre avant de se déterminer à en manger un , d'où il résulte (pi'il fait de grands dégâts sans iH'néfice pour lui. Il n'habite jias les bois, comme b^ loir, mais nos iilantalions d'arbres fruitiers, et (piel(|uefois luèiiie nus liabitalions. Il ('tablit son domicile dans un terrier, dans un trou d'arbre, et plus souvent dans les crevasses d'une vieille muraille. Il y jiorte de la mousse, du foin et (les feuilles sèches pour y construire son nid, dans lequel la femelle fait en été cin(| (Ui six petits (pu croissent promplcment, mais (pii ne produisent (pie rann('e suivante. Lors(pie l'hiver ap- ])ro(iie, ils se r(:unissenl sept à huit dans le même nid , se roulent le corps en boule et s'engourdissent les uns contre les autres. Connue les loirs, ils font des provisions qu'ils consomment pen-

;ir,

l.ES RONGEURS.

dant les temps doux pour se rendormir dès que le froid revient. Ces provisions consistent en amandes , noisettes, noix et graines de le'gumineuses, quand ils ne trouvent pas mieux; du reste, leurs habitudes sont absolument celles des loirs. Le lerot ne sort guère de sa retraite qu'à la nuit tombante ; exirèmement agile pour grimper contre les murs les plus unis, et descendant rarement à terre, il est peu exposé à être surpris par les chats, qui d'ailleurs ne se soucient pas de l'attaquer, parce qu'ils ne le mangent pas et l'aSandonnent après l'avoir étranglé, peut-être aussi parce (|u'il se défend avec un courage furieux.

Le Loir du Sénégal {.l/yojus Coupeii , Fr. Cuv. Myoxus africanus, SiiAW.) est plus petit que notre hVot ; les pattes sont blanchâtres, les oreilles un peu ovales; son pelage e.'-t d'un gris clair,

Le Loir de Sicu.e [Mijoxus Siculœ , Less. Musculus frugivorns . Raf.) a les oreilles nues et arrondies; la queue cylindrique, ciliée et brune; son pelage est d'un roux brunàlre, parsemé de longs poils bruns en dessus; le dessous est blanc. Il habite la Sicile , où les habitants esiiment beaucoup sa chair, et il niche sur les arbres. Il appartient au genre Mus.

Le MuscARniN (Myo.vM muscardinus, Gmi.. Mus avellanarius , Lin. Le Croque-noix, Briss.) est à peu près de la grosseur d'un mulot ou d'une souris. Son pelage est d'un fauve clair en dessus, presque blanchâtre en dessous; sa queue, jiresque de la longueur du corps, est aplatie h(nizontalement et formée de poils distiques. Il haliile toute l'Europe.

Cette Jolie miniature de l'écmeuil n'habite guère que les forêts,

Le I oir co'nm;:ii.

légèrement jaiin.Mre eu dessus et sur la queui-; les joues et les m.'iclioiies sont d'un lilanr (lur; le dessous du vm-ys est blanchâtre. Il habite le Sénégal, cl se Iimum' assez souvent ilaus les maisons.

Ditit-on regarder comme de simples variél('s ou comme des espèces les deux individus suivants".'

Le MiiRiN {Myuxus murinus, Dksm.). Il ne iliU'ere du préiédenl que jiar son jielage d'un cendié noir:Mre, nulicnu'ut rou.ssAIre. Il habile le cap de lioune-lispérance.

Le Petit Loir {Myoxus minor) est un peu plus petit (pie le précédent; son pelage est d'un cendré noiiAtre en dessus et d'un blanc beaucoup plus pur en dessous. Du reste, il ressemble au précédent, mais il habite le Sénégal.

Le l.oui DRYADE [Myuxus drijas . Si;iii'.i.ii. — Desm.) est d'un gris fauve en dessus et d un blanc sale en dessous ; .son œil est enlouré d'une tache obscure qui se prolonge vers l'oreille; la queue est entourée de grands poils disliipies à sa base. Peut-être, comme le pensait C. Ciivier, n'est-ce iiu'une variété du loir commun, mais je ne crois pas que ce soit un b'rotà (|ueue écourtée, comme l'a dit l"r. Cuvier. 11 habite les forêts de la Ci'orgie et de la Russie.

Le Dégu {Myoxus deyu , Less. Sciuras deyui, Cmi..) i)Ourrait bien ne pas appartenir à ce genre. Sa taille e>l petite ; son pelage d'un bloiid obscur, avec une ligne noirâtre sur l'épaule. Il ne s'engourdil pas Ihiver et se loge dans des terriers. Il habile le (;hili Est-ce un loir, un laiiil,i ou un canipagroj'

surlout celles où les noisetiers sont alxuidanls, parce qu'il fait sa principale nourriture de leurs fi uils II loge et s'engourdit dans les vieux troncs d'arbres et les trous de murailles, mais il f.iit sou nid sur les buissons de noisetiers, entre les lu-anches basses, avec des herl)es entrelacc'cs; il lui donne environ six pouces de diamètre (0,1()2), et ne laisse i)our y entrer (pi'une ouverture dans le haut C'est l,i que la femelle met bas el allaite trois ou quatre ])elits, (pii abandonnent le niil jinur toujours aussitôt qu'ils sont assez forts pour pourvoir eux-mêmes à leurs besoins. Aussitôt (pie le froid se fait sentir, ils se retirent dans un trou d'arbre où ils ont amassé une provision de noisettes, et ils s'y engourdissent à la manière des loirs. On prétend qu'en Italie se trouve une espèce ou variét(' de muscardin h odeur de musc; celui de France ne sent rien, et se trouve (piehpicl'ois dans nos jardins ipiaud il y :\ une plant, iti(Ui de noisetiers.

25" Genre. Les ÉCIIIMYS (£c/umi/.s, Geoif.) ont vingt dcnls, savoir : ipialre incisives , jias de canines , huit molaires en haut et en lias, simples, à couronne pr('senlant des lames Iransverses, réunies deux à deux par un bout ou isoh'es; ils ont cin(| doigts aux |>ieds de derrière, ijualre doigts aux pieds de devant avec un moignon de pouce; leur ipicue est très-longue, écailleusc, presque luie, leurs iioils, surtout ceux des parties supérieures, sont en forme de pi(pianls aplatis, carénés sur une de leurs faces, crensi'sen goMllière de l'autre, et leiniiiu-s \r.\r une soie Irès-fiue.

H ATS.

L'Angouva-v-Bigoin [Echimys fpinosus, Dfisji. L'Iichiiiiiis roux, G. Cuv. Le Rat épineux, Azaiia) a sept pouces 1,0,180) Je longueur, non compris la queue , qui en a trois (0,081), et qui est couverte de poils courts, assez fournis jiour caelier les écailles; son jielage est d'un brun obscui', mélangé de rougei'itre en dessus et d'un blanc sale en dessous; les poils du dos sont entremêlés de I>iquants très-forts. Cet animal habile le Paraguay et vit solitairement dans des terriers qu'il se creuse dans les savanes, sur le bord des rivières, mais dans des situations assez élevées pour

queue, ipii en a quatorze et demi (0,595). Son pelage est brun , mêlé de gris et de jaunâtre en dessus ; ses flancs sont roussâtres ; les poils sont secs et rudes, mais non pas précisément épineux; les deux doigts du milieu des pieds de devant sont plus longs que les autres et ont des ongles plats; les cinq doigts des pieds de derrière sont armés d'ongles longs et crochus; toute la queue est écaiUeuse et nue. Il habite l'Amériiiue méridionale.

L'EeiUMVs A AIGUILLONS ( Echimys hispidus, Geoff. — DesM.) a sejit pouces (0,189) de longueur, non compris la queue, cpii en a

Le Lenimiiu.

que les inondations ne puissent pas le surprendre. L'enirée de son terrier senfonre à peu près verticalement à huit pouces (0,217) de profondeui-, puis ensuite une galerie s'étend parallèlement à la surface du sol à quatre pieds (1 ,'29!l) de <listance. Ces trous sont quelquefois si rapprochés, (ju'il est dangeieux de paicoLuir les s.ivanes sans précaution. Du re-le , il parait (pie les habitudes de cet animal ont beaucoup d .uialogie avec celles de nos rats.

L'KeinM\s iiurri-; [lichimys crislaliif:, (liorr. — \)t:sM. Hi/slrix

chrysuros, Stim. Le Lérot à queue durée, Blff.) a neuf pouces et demi (0,238) de longueur, non compris la queue, ((ui a im pieil (0,325). Son pelage est marron en dessus ; sa tèlc est d'un brun foncé, avec une ligue étroite , blanche , sur b; fionl ; la cpieue est noire, blanche o\i jaune à son extrémilé; il a sur le dos des jjoils roides et plats, longs d'un pouce (0,027). H habile Surinam, et ses mœurs sont inconnues.

L'Eciu.Mvs iiAr.TM.iN {ErliiiiDjs diclijlinu!:. Gloif. — Dlsm) a un peu plus de dix pouces >,0,271) de longueur, non compiis la

autant, et qui est annelée cl entièrement écailleuse; son pelage est d'un biun roux, plus clair en dessous, avec beaucoup de poils épineux très-roides sur le dos ; sa léte est roussâlre. Il habite l'Amérique méridionale.

L Echimys soyeux (Echiiiujs selusus, Geoff. — Desm.) a environ six jiouces (0/K)2) de longueur, non compris la ipieue, qui en a sept (0,189); son poil est soyeux, Irès-peu mélangé d'épines, roux sur le corps, blanc en dessous; ses pieds sont l>lancs; ses tarses postérieurs sont fort longs, avec les trois du milieu près-

()ue égaux entre eux. 11 habile l'.Vmérique, mais j'ignore quelle partie.

L'Éciinns de Cayen.ne {Echiiinjs caijenne7)sis , Geoff. — Desm.) a environ six pouces (0,102) de longueur, non com|iris la (|ueue. Son pelage est d'un roux passant au brun sur le milieu du dos; tout le dessous du corps est d'un beau blanc; les piquants manquent sur la tête, et sont entremêlés, sur le dos, de poils annelés de roux, de fauve et de brun à la pointe ; ses tarses et tes doigts [lOslériturs son comme dans le précédent. 11 résulte de celle

LES RONGEURS

conformation que ces deux espèces doivent avoir sur les autres une grande supériorité à la course et au saut. Il habite l'Ame'rique me'ridionale.

L'ÉciiiMYS DiDELPHOïDE [Echimys didelphoïdes, Geoff. — Desm.) a environ cinq pouces (0,135) de longueur non compris la queue, qui en a autant : celle-ci est couverte de poils à sa base et nue sur le reste de sa longueur; le pelage est brun sur le dos, plus clair sur les flancs, Jaunâtre en dessous; les piquants, qui n'existent qu'au dos et à la croupe , sont annele's de brun foncé et de roux. Il habite l'Amérique méridionale.

25'= Genre. Les LEMMINGS [Georychus , Illig.) ont seize dents, savoir : quatre incisives; pas de canines; six molaires en haut et en bas, composées, à couronne plane, présentant des lames éraailleuses, anguleuses; les oreilles sont très-courtes, ainsi que la queue, qui est velue; ses pieds de devant ont tanlét cinq doigts, tantôt quatre , toujours munis d'ongles i)ropres à fouir la terre. Tous ces animaux ont des mœurs intéressantes, dont les voyageurs se sont préoccupés.

Le Lemming [Georychus norvégiens. — Ilipiida'us norvcyicus, Desm. Mus lemnus, Lin. Le Lemminy, Buff. — G. Cuv. Le Lapin de Norvège, Briss.) est de la grandeur d'un rat; il a cinq doigts aux pattes de devant ; son pelage est agréablement varié de noir et de jaune sur le dos; le ventre et les flancs sont blancs. Il habite les montagnes de la Norvège.

Ce joli petit animal vit dans un terrier au fond duquel il se creuse une chambre dans laquelle il élève sa famille ; mais il n'y fait pas de magasin et n'y amasse point de provisions. Sa nourriture consiste en lichens pendant l'hiver, en herbes dans la belle saison, et probablement en racines lorsqu'il fouille la terre. Par un instinct inexplicable, ces animaux connaissent à l'avance quand il doit y avoir un hiver rigoureux , qui ne leur permettrait plus de remuer le sol glacé ni de trouver leur nourriture dans leur contrée natale , et alors ils se pré|)arent à émigrer jiour aller dans des pays plus favorisés. On a observé plusieurs fois chez eux cet étonnant pressentiment, et surtout en 4742. Cette année-là l'hiver fut très-rigoureux dans le cercle d'Uméa , et beaucoup plus doux dans celui de Lula, quoique plus au nord : ils émigrèrent à l'avaune du premier et non de l'autre. 11 résulte de cette prévision, que leurs émigrations ne sont ni annuelles ni i)ériodiques, et que souvent il n'y en a (ju'une dans l'espace de dix ans, tandis que d'autres fois il y en a deux ou trois dans le même espace de temps. Quand ils se préparent à partir, la population d'une contrée entière .se rassemble par un merveilleux accord, et leur troupe iiinoudM'able se forme en colonnes parallèles et se met en uiarclie eu ligne droite, sans qu'aucun obstacle puisse la détourner ni à droite ni à gauche. Rencontrent-ils une montagne, ils la franclilssent en la gravissant; une rivière ou un bras de mer, ils les passent à la nage ; et si le vent vient à s'iilever pendant cette Iraversi'e, des milliers de ces animaux sont submergés ; leurs cadavres , rejetés en monceaux sur le rivage, euipolsonnent l'au- au point d'occasionner dos maladies épidéiniipies dans les villages voisins. Ils marchent la nuit, font halte pendant le jour, et malheur à l'endroit où ils s'arrêtent, car, en quebiues heures, jardins, moissons, récoltes de toute espèce, verdure, tout est déliuil, et le Sdl reste nu et rasé comme si le feu y avait passé. Ili'urcuseuuiit c|u'ils rcspcetcut les haliitalious et ne |)('uètrent ni dans les maisons, ni même dans les cabanes. Aussi courageux que dévastateurs, ils se défendent avec fureur contre toutes les agressions, soit de la part des animaux, soit de la part de riioiume; ils cherchent à s'c'lanccr à l.i (igure de celui (pii le allaipie, ils mordent le b.'iton ((ui les frappe, la main qui les menace, et une fois qu'ils ont saisi avec les dents, ils ne lichent plus ((u'en mourant. Dans leur colère, selon Scheffer, « ils vont au-devant de ceux qui les attaquent, crient et jappent presque tout de môme que des petits chiens. >>

Les leramings ne s'expatrient i)as pour aller établir ailleurs des colonies, mais simplement pour trouver à vivre pendant l'hiver, et retourner ensuite dans leur pays. Ces bandes prodigieuses, qui, au départ, couvraient la terre d'individus serrés en phalanges, sont tellement diminuées au retour, qu'à peine s'aperçoiton de leur passage. Les renards, et une foule d'autres petits mammifères carnassiers, les suivent dans leurs migrations et s'en nourrissent exclusivement; les oiseaux de proie en détruisent aussi un grand nombre; et la fatigue, les intempéries, les naufrages et la faim, font périr une grande partie de ceux qui restent ; c'est à peine si la centième partie de la troupe peut regagner sa terre natale. Du reste, leur passage est regardé par les haliitants du pays (pi'ils parcourent comme un fléau terrible, et dont il est impossible de se délivrei'. Comme leur apparition est subite , et que le peuple ne sait d'où ils viennent, il s'imagine qu'ils tombent du ciel avec la pluie.

Le Lemming de Laponie [Georychus laponicus) est un tiers plus petit que le précédent ; son pelage est d'un fauve brun sur le dos, jaunissant sur les lianes, et blanchâtre sous le ventre. Quelques naturalistes ne le regardent que comme une variété du précédent, quoiqu'il n'en ait ni la taille, ni les formes, ni la couleur, ni les moeurs, et qu'il ne se trouve pas dans les mêmes contrées. 11 habite la Laponie russe, où l'autre ne se ti'ouve jamais, et il est commun dans les régions voisines de la mer Blanche et de la mer Glaciale, jusqu'à l'Obi. Il émigré aussi, tantôt vers le Petzora , tantôt vers l'Obi , et de la même manière que le précédent. Son terrier, au lieu de n'avoir (pi'une chambre, en a plusieurs qui lui servent de magasins, et il y amasse des provisions consistant en lichen des rennes [Lichen rangiferinus).

Le Lemjung de la baie d'Hudson [Georychus hudsonius. — Hipudœus hudsonius, Less. Mus hudsonius, Pall. Le Hat du Labrador) est de la grosseur d'un rat; il a cinq pouces (0,135) de longueur, et le mâle est un peu plus grand que la femelle; il manque de queue et d'oreilles apparentes, et ses pieds de devant n'ont (]ue quatre doigts avec un rudiment de pouce; son pelage est uniformément d'un gris perle. Il habite l'Amérique septentrionale.

Le Lemming a collier [Georychus torquatus. — Hipudceus torquatus, Lfss. Mus lorquatus, Pall.) a le pelage ferrugineux, avec une ligne noire sur le dos et un collier blanc autour du cou , inleriouipu en dessous; ses oreilles sont très-courtes; ses ])ieds de devant ont cinq doigts armés d'ongles médiocrement forts, excepté le pouce, qu'il a court , arrondi , ou nul. Il habite la Sibérie et émigré aux mêmes épocpies que les lemmings.

Le Lagcre [Georychus lagurus. — Hipudirus lagurus, Less. Mus lagurus. Pâli,. Le Lugure, Vicq d'Azvu) est plus pclil ipie notre campagnol ordinaire; sa longueur est de trois pouces lujit lignes (0,099); il n'a que quatre ongles aux pieds de devant, et sept vertèbres à la queue; son pelage est d'un gris cendré, avec une ligne noire sur le dos, mais il manque de collier. Il vit en grandes troupes dans les steppes de la Tartarie et de la Sibérie, el il est surtout nombreux dans le désert d'Irlisch , où croit en abondance l'iris nain [Iris pumila) dont il mange les racines. Qu()i(pie le plus petit des leunnings, il csl courageux el fort, et ne craint pas d'attaipier les plus grandes espèces de son genre, pour les manger; aussi aucunes délies n'ose habiter les cantons où il a établi sa demeure. Les mâles se font entre eux une guerre à outrance, et le plus fort, après avoir dévoré ses rivaux, s'enqiarc des femelles pour peupler son harem.

Le TACriN [Georychus lalpinus. — Mus talpinus, Pall. Le Petit Spala.r , Kncvcl.) a cini| doigts à tous les pieds ; sa jircmière molaire est la i>lus longue ; son pelage varie du gris jaune au brun noir, avec l'âge; la fenu'lle a six mamelles. Il liaiiite les bassins méridionaux de l'Oural, et ne se trouve pas à l'est de l'dbi. Cet animal se creuse un terrier comme la taupe , près de la surface du gazon, et, comme elle, il élève de petites buttes de terre le long de ses longues galeries et de distance en distance. 11 ne sort ja-

RATS

mais de sa retraite que pour aller chercher sa femelle, ou changer de canton; il se nourrit de racines, et principalement des petits tuliercules du phlomis tubéreux.

26" Glnre. Les CAPKOMYS (Capromys , Desm, Isudon, Geoi-k.) ont vingt dénis, savoir: quatre incisives, dont les infe'rieures peu conipriuK'cs sur les côtiis; |)oint de canines; huit molaires en haut et en lias, prismatiques , ayant leur couronne traversée par des replis d'émail qui pénètrent assez profondément, et qui sont semblables à ceux qu'on voit sur la couronne des molaires des castors; les pieds de devant ont quatre doigts avec un rudiment de pouce; la ipieue est ronde, coni(|uc, écailleuse; les membres sont forts, robustes et assez courts. Ce genre semble être intermédiaire entre les rats et les marmottes.

Le CiiÉMi {Capromys Furnieri , Desm. hodun i>ilorides, Sav. L'Agutia congo des créoles de Cuba ; jieut-étre le liacoon de Browne) est de la grosseur d'un moyen lapin ; il a un peu plus d'un pied (0,325) de longueur, non compris la queue, qui a six pouces (0,102); sa marche est plantigrade, et les cinq doigts des pieds de derrière sont forlement onguiculés ; son pelage est grossier, d'un brun nolrftlre, lavé de fauve obscur dans les parties supérieures; la croupe est rousse; les pattes et le museau sont noirâtres.

Le chérai habite l'Ile de Cuba , vit dans les bols , et grimpe aux arbres avec la plus grande facilili'. Il a peu d intelligence, mais II est curieux, joueur et d'un caractère fort gai. Sans être posilivement un animal nocturne , il est plus éveillé pendant le crépuscule que le jour; il a l'odorat excellenl, et, lorsqu'il se croit menacé d'un danger, il se dresse sur ses pieds de derrière, comme un kangourou, et fait mouvoir ses narines pour flairer le vent et prendre connaissance de l'objet qui l'Inquiète. Alors 11 fait entendre un petit cri aigu analogue à celui des rais pour appeler ses camarades et les avertir de prendre la fuite. Quand, au contraire, il éprouve un senllment de salisfaction , soll en mangeant quelque chose ipu flalte son goût, soit en s'élendant mollement au soleil dans une voluptueuse quiétude. Il fait entendre un ])etil grognement très-doux et fort bas. Sa nourriture consiste uniquement en substances végétales, et il aime surtout les bourgeons d'arbres et les jeunes écorces. Connue la jilupart des autres rongeurs, les chéuiis pi-ennent et porlent à leur bouche leur nourriture avec les deux pattes de devant, mais souvent aussi Ils ne se servent pour cela que d'une seide main, ce qui leur donne une physionomie fort originale. Du reste, cet animal est d'un caractère fort doux.

L'Agutia caravalli, ou Uïia (Capromys prehennlis, l'Œn.Nc) a vingt-trois jiouces de longueur ((),02ô) ; sa tèle, la ]>lante de ses jùi-ds et les ongles , sont blancs; sou pelage est mou , épais , ferrugineux mêlé de gris; sa queue est grêle, de la longueur du corps, nue à son extrémité. Il habite Cuba , où il est assez rare. Cet animal, lourd et paresseux, grimpe cependant aux arbres avec la plus grande farllilé; il aime à .se |)endre à Iciu-s branches et à se cacher dans leur feuillage. Lesson en fait le type de son genre Mysaleles.

'2~-' Cexiie. Les CAMPAGNOLS (.lri^/fo?a,LACi;p.) onl seize dents, savoir: quatre incisives; point de canines; six molaires en haut et six en bas, composées, à couronne |ilane , offrant des lames émailleuses, anguleuses; oreilles assez grandes; pieds de devant pourvus d'ongles mt'diocres ; (pieue à peu près de la longueur du coips, velue, rondin; huit à douze mamelles.

Le Rat d'eau {Arvicola amphibius, Desm. Mus amphibius , Lin. Mus aqualicus, Rai et Briss, Mus marinus, .Klian.) est un peu I)lus grand (jne le rat ordinaire , d'un gris brun foncé; sa queue est d'un tiers plus courte ipie son cor|is, et il n'a ([uc l'ongle de visible aux pieds de devant; ses o: cilles sont nues, presque cachées dans le poil de sa tête; les quatre pieds sont nus et écailleux.

Le rat d'eau se trouve dans toute l'Europe, le nord de l'Asie et (le l'Amérique , mais avec (pielques modifications qui tiennent au (limai. Par exemple , en Sibérie il est plus grand qu'en Europe, et d'autant plus (pion s'avance davantage vers le nord; ceux (jue l'on trouve à rembouchure de l'Obi et du Jenisey sont assez grands pour que l'on puisse employer utilement leur fourrure, qui, d'ailleurs, n'a pas une grande valeur. Partout les mâles sont plus grands (jue les femelles et d'une couleur plus foncée. Le rat d'eau ne quille jamais le bord des eaux douces, et s'il s'en éloigne ipielquefois, c'est d'une cimpiantaine de pas au ])lus. Au moindre danger (pil le menace, il y revient, se jette dans les ondes, plonge, et gagne son trou en nageant entre deux eaux. Ce trou consiste en un boyau parallèle au sol , peu ]>rofoiid, et ayant idusieurs Issues. La femelle y met bas, au mois d'a\ ril , six ou sept i)etlts qu'elle soigne avec tendresse , et elle ne les laisse sortir de sa retraite «pie lors(prils ont alteint au moins la moitié de leur grosseur. Rufl'on accuse ces animaux de ne se nourrir que de poissons et de reptiles, et de faire du tort aux étangs et aux rivières en (h'trulsant le frai des carpes , brochets , barbeaux , etc. Le vrai est (jue les rats d'eau ne mangent ([ue des matières végétales , cl entre autres les racines et les graines des plantes de la famille des typhacées; si quelquefois ils se permettent une nourriture animale , elle consiste purement en quelques insecles et leurs larves ; quant aux poissons, grenouilles et autres animaux aquathpies, ils n'y touchent jamais. Dans certains pays on mange sa chair, (pil n'est pas mauvaise , et peut être comparée à celle du cochon d'Inde. Entre lObi et le .leniscy on trouve une variété , ou peut-être une espèce de cet animal , qui difTère de notre rat d'eau par une grande tache blanche (pielle a entre les épaules, et une raie de la même couleur sur la poitrine.

Le SciiERMAiss (Arvicola paludosus. — Mus paludosus, Lix. Arvicola argentoratensis, Desm. Le Schcnnan, Buff.) est plus petit que le précédent, à tête remarquablement plus ramassée, à queue plus courte, et à pelage noir. Il habite les environs de Strasbourg et s'éloigne davantage de l'eau.

Le Campagnol des rivagis (.Ircfco/a riparius, Ord. Arvicola pohistris, IIarlan) a cinq pouces de longueur (0,13,5), non compris la queue, qui est moins longue; ses oreilles sont médiocres ; son museau est gros; Il a le pelage d'un brun rougeâtre mêlé de noir en dessus et cendré en dessous. Il habite le bord des eaux, aux Etats - Unis, et se nourrit des semences de la zizanie aquatlijue.

Le Rat d'eau eu Nil (Arvicola niloticus, Desm. Lemnus niloticus, Geoff.) a la queue presque aussi longue que le corps; son pelage est d'un brun mêlé de fauve sur le dos, d'un gris jaunâtre en dessous; ses oreilles sont hrunfttres, presque nues; sa ipieue est brune. Il habile l'Egypte, et a les mêmes mteurs que les précédents.

Les espèces «(ui vont suivre sont enlièremcnt terrestres, et toutes habitent l'ancien conllnent.

Le Cami'agxoi. oudiinaire (Arvicola vulgaris , Desm. Mus arvalis, Lin. Le Campagnol ou Pclil liai des champs, Buff. — G. Cuv.) est de la grandeur d'une souris; son corps a trois pouces (0,0SI) de longueur, non compris la (pieiie, qui a un pouce (0,027), et qui est velue; ses oreilles sont moyennes et arrondies; son pelage est d'un jaune brun en dessus, d'un blanc sale en dessous. Cette espèce a souvent été le n('au de lagiiculturc, surtout dans l'anli(iuité.

Le campagnol est commun dans toute l'Eurtqie , et se trouve dans le nord de la Russie jusqu'à l'Obi. Il habite les chaini)S et les jardins, mais il ne pénètre jamais dans les maisons ni dans les bâtiments d'exploitalioii rurale. Il se creuse un terrier conslslanl en~une petite chainiirc de trois ou (piatre pouces (0,081 à 0,10S) (le dianictre en Ions sens, à la(piclle aboulisscnt plusieurs boyaux en zigzag lui servant d'entrée et de sortie. C'est là que la femelle établit son nid dherbe sèche, et met bas, au moins

LKS KUJNGEUUS.

deux fois par an, dix à douze petits à chaque porte'e. Aussi, lorsqu'un e'te favorise la multiplication de ces petits animaux, ils deviennent un véritable fléau pour l'agrirulture. Ils font des provisions de grain, (le noisette et de gland, mais il parait (pi'ils préfèrent le blé à toute autre nourriture. <' Dans le mois de juillet, dit Biifibn, lors(iue les blés sont murs, les canqtagnols arrivent de tous c6tés, et font souvent de grands dommages en coupant les tiges du blé pour manger l'épi; ils semblent suivre les moissonneurs, ils profitent de tous les grains tombés et des épis oubliés; lorsqu'ils ont tout glané, ils vont dans les terres nouvellement seuK'es et déiriiisent d'avance la récolle de l'année suivante. En aiitouine et en hiver. In pliqiarl se reliiiiil dans les

brun en dessus, jaunâtre sur les flancs, blanc sous la gorge et sous le ventre; sa queue n"a que le quart Me la longueur du corps, et elle est brune; ses oreilles sont très-courtes. Cette espèce habite la Sibérie et le Kamtschalka.Ses habitudes la rendent précieuse aux Kamtschadales.

Le campagnol économe est l'espèce la plus singulière et la plus célèbre de son genre. H habite les vallées piofondes et humides, et creuse son terrier avec beaucoup d'art; il consiste en vingt ou trente boyaux de huit à neuf lignes (0,018 à 0,020) de diamètre, serpeniant presque à la surface du sol , ou au moins à peu de profondeur, et s'ouvrant en dehors de distance en distance. Ces lioy;iiix coMiiniiniquent à d'autres galeries plus profondes, se

Les Castors, paysage de l'Amérique du Nord.

bois, où ils Irouvent de la faine, des noisettes et des glands. Dans cerlaines années ils parai.'stnl en si grand nombre, (|u'ils détruiraient tout s'ils subsistaient longtemps; mais ils se détruisent eux-mêmes, et .se mangent dans les temps de disette; ils servent d'ailleurs de |).1turc aux midots, et de gibier ordinaire aux renards, aux chats sauvages, à la marte cl à la beietle. .. Mais ce qui contribue jdiis encore à leui- destruction , ce sont les pluies d'auliinine et Us fontes de neige qui inondent lem-s terriers. Il parait qu'autrefois cette espèce était plus umltipliée ((u'aujourd'hui, et que souvent elle a ravagé des provinces entières; l'histoire nous en offre de frnpienls exemj.les, et, dans des temps reculés, on regardait les arnuTS de rats apparaissant tout à coup , comme un ellet de la vengeance céleste ; aussi n'opposait-on guère à leur invasion ([ue des prières et des exorcismes. La Fi!goui.e, ou Campagnoi, éconojii: {Arvicula œco7iomus, 1)i:sm. Mus œconomua, Pâmas. Le Campaijml des. prés, G. Cuv.) ne diffère extérieincmcnt du |)récédent que par sa couleur plus foncée, mais a l'intérieur il a une i)aire de c6tcs dr plus; son pelage e>t

rendant toutes à son habitation ou à ses magasins. Son habitation , ou chaïuhre principale, a trois ou ijuatre pouces (0,081 ou 0,108) de hauteur et environ un pied (0,r>2")) de largeur; elle est plafonuf'c avec des racines de gazon, ou, mais seidenicnt dans les lieux humides, voùtc'e dans une nu)tte de terre (pu domine le sol environnant ; sur le plancher est étendu un lit de mousse. A cùU' de cet a])|)arlemcnt, où loge la famille, sont deux ou trois magasins plus grands , construits avec beaucoup de soin et maintenus constamment très-propres. Tel (^st l'établissement d'un couple solitaire ; mais s'il a une famille un peu nombreuse , il se fait aider ])ar ses enfants; alors la chambre est beaucoup plus spacieuse, et l'on creuse jusqu'à huit ou dix magasins, afin d'y serrer assez de provisions pour tout le monde. Quelquefois deux ou trois familles se rc'unissent pour travailler et vivre en conuutm. Dès le C(unui(iiccuient de l'automne, chacun se hftte de récolter des racines et des bulbes de phloiiùs lubéreux, renouées historié et vivipare, de piuiprcnellc sangui.sorbe, de lis de Kamtschatka, des graines de pin ccmbro, etc., etc.; et ces provisions se dépo-

RATS

sent dans un premier magasin pour y être épluche'es et trie'es. Chaque espèce ve'ge'tale occupe seule un magasin , ou du moins est re'unie en une pile sans mélange avec d'autres. Tous les jours on visite les approvisionnements pour voir si tout est en ordre et si rien ne se gâte; une racine paraît-elle attaquée par l'humidité', elle est aussitôt enleve'e, transportée dehors, au grand air et au soleil , puis on la reporte au magasin quand sa dessiccation est parfaite.

Lorsque les Kamtschadales rencontrent une habitation de campagnol économe, c'est pour eux une bonne fortune, car ils se servent de la racine de sanguisorhc pour préparer une sorte de thé qu'ils aiment beaucoup, et les autres racines du magasin

de proie et à la dent vorace des brochets et des saumons , qui en détruisent beaucoup ; le moindre vent en fait aussi noyer un grand nombre; mais enfin le gros de la troupe finit ordinairement par gagner la rive opposer. Il arrive quelquefois qu'ils sont tellement fatigués, qu ils se couchent sur le sable du rivage, sans pouvoir aller plus loin, et qu'ils périraient de froid si les Kamtscliadales ne leur portaient secours en les séchant et les réchauirant, soit dans leur sein, soit devant un feu. Quand ces petits animaux sont un peu remis, ils leur rendent la liberté pour (pi'ils puissent continuer leur voyage, ce que les campagnols font incontinent. Lors(|u'ils ont passé le l'enshina, qui se jette à l'extrémité nord du golfe d'Ocholsk, ils côtoient la mer vers le sud,

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Le Licvre. Paysage de France.

k'in- servent à assaisonner leurs mets. Ils s'en emparent donc, mais avec l'extrême précaution de ne maltraiter ni blesser aucun des membres de la famille, de laisser à l'économe une partie de ses provisions, et de remplacer celles (pi'ils enlèvent avec du caviar sec. Ils croient que sans cela ces petits animaux se tueraient de désespoir, et les priveraient ainsi, pour l'année suivante, de la part qu'ils s'adjugent des fruits de leiu'S économies. 11 n'est pas rare de trouver dans les greniers du campagnol jus([u'à quinze ou vingt kilogrammes de racines.

f^omme les lemmings, les canq)agiiols économes ont la i)révision , non pas des hivers rigoureux , mais des étés ])luvieu\, des orages et des tempêtes, des inondations (pu doivent submerger leurs terriers, et ils énngrent pour aller chercher un climat plus favorable. C'est au printemps qu'ils se réunissent en grande troupes et se mettent en voyage, en dirigeant leur marche sur le couchant d'hiver, en ligne droite, sans (|ue ni lacs, ni rivières, ni bras de mer puissent les di'Ierminer à faire le moindre d('lour. En les traversant à la nage ils sont exposés au bec des oiseaux

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