‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 58 sur 219 · LES PORCS-EPICS · texte numérisé non relu

LES PORCS-EPICS

se reconnaissent aux piquants roides et aigus dont leur corps est arme'; ils ont quatre molaiies partmit, cylindrii|aes, manpie'es sur leur couronne de quatre ;i cinq empreintes enfoncées. Leur langue est he'risse'e d'e'cailles épineuses : ils ont quatre doigts aux pieds de devant , et le plus ordinairement cinq à ceux de derrière , tous armés d'ongles robustes.

■55'= Genre. Les PORCS-ÉPICS [Hystrix, Lm.) ont vingt dents, savoir : quatre incisives, unies et arrondies au-tlevant, huit molaires en haut et en bas, à peu i)rès d'égale longueur; leur chanfrein est fortement arqué; leurs pieds sont plantigrades, ceux de devant ayant quatre doigts avec un rudiment de ponce onguiculé , ceux de derrière à cinq doigts ; la queue est rudimtuitaire, non prenante; l'œil très-petit, à ])upille ronde; l'oreille arrondie, courte.

y Le Porc-Épic ordinaire {Hystrix cristata , Lin. Le Porc-Epic commun ow à crinière, G. Cuv. Le Porc-Epic, liiirr.).

Cet animal a plus de deux pieds (0,(î.')0) de longueur, non compris la queue, qui est très-courte. Son corps est couvi'rt de piquants fort longs, surtout sur le dos, où ils atteignent souvent plus d'un pied (0,52o) : ils sont régulièrement annelés de noir brun et de blanc; sur sa nuque et sur son cou s'élèvent de longues soies roides, lui formant une sorte de crinière qu'il hérisse, ainsi (|ue les dards de son dos, quand il est en colère; mais cet appareil effrayant, qu'il présente à ses ennemis en le .secouant et lui faisant produire un bruit formidable, n'est dans la réalité qu'une parure aussi singulière qu'innocente. Ces dards, si dangereux, (juandon s'en rapporte aux anciens écrivains, ne sont rien autre chose (|ue de véritables phnnes à tuyaux creux, et auxquels il ne niampie que des barbes pour être tout à fait analogues à celles des oiseaux. Leur pointe jieu aiguë et leur flexibilité en font des armes si peu offensives qu'on peut preiulre l'animal sans en éprouver ni blessure ni même de piciùre; et même ceux de la queue, qui, en se choquant les uns les autres, produisent ce bruit redoutable, sont creux dans toute leur longueiu' et ouverts à leur extrémité. Dans le temps de la mue , c(^s longs jiiquants , qui ne tiennent à la peau que par un pédicule fort menu, se détachent d'eux-mêmes , et l'animal s'en débarrasse en se secouant. Ce fait, mal observé, a fait dire aux anciens auteurs que le porcépic lance à ses ennemis ses dards avec tant de roideur, i|u'iis peuvent percer uiu- planche de part en part à ((ueh|ues pas de distance; pour rendre la clijse plus merveilleuse encore, d'autres ont ajouté que ces aiguillons avaient la funeste projiriété de s'en^ foncer dans les chairs d'eux-mêmes, sans aucune force étrangère. On conçoit que toutes ces niaiseries n'ont plus besoin de réfutation, l'observation et la critique en ayant fait justice depuis longtemps.

Le porc-épic est assez connnun en Italie, tui Lspagne, en Grèce, en liarbarie, et se trouve généralement dans toutes les parties chaudes de l'Europe et de l'Asie. Il se plaît sur le penchant des coteaux exposés au levant ou au midi, loin des lieux habit('s par les hommes. Dans cette solitude, il se creuse un terrier profond, à plusieurs issues, dans lequel il passe la join-née à dormir. Il en

sort la nuit pour aller à la recherche de sa nourriture, qui consiste en bourgeons, en racines, fruits et graines sauvages. Quel- (juefois, dans ses courses nocturnes, il se rapproche des habitations, et s'il pénètre dans un jardin, il y commet de grands dégâts, en coupant et gâtant beaucoup plus de légumes qu'il ne peut en manger.

Quoique n'étant pas compté ])our un animal hibernant, le porc-épic reste l'hiver solitairement dans son trou , non pas dans un état eomijlet d'engourdissement comme la marmotte, mais plongé dans un profond sommeil. Il en sort au printemps pour aller chercher sa femelle avec laquelle il s'accouple , an mois de mai, à la manière des autres mammifères. Quoi qu'on en ait dit, celle-ci met bas ses petits en août; ils naissent les yeux ouverts, et ayant déjà le corps couvert de pi(piants longs de cinq à six pouces (0,153 à 0,1G!2).

En état de domesticité, le porc-épic, quoique peu intelligent, n'est ni méchant ni farouche, mais il ne perd jamais une occasion de reconquérir sa liberté, si elle s'offre à lui, et ])our cela il cherche constamment à couper les barreaux de sa cage ou à en ronger la porte avec ses dents. Ceux que l'on a eus à la ménagerie se nourrissaient aLsément avec du pain, des fruits et des légumes. Quand on les contrariait, ils faisaient entendre une sorte de grognement ayant de l'analogie avec celui d'un porc, d'où leur est sans doute venu leur nom, car c'est là toute la ressemblance qu'ils ont avec un cochon. A l'état sauvage, ils sont fort gras en automne, et c'est à cette époque qu'on leur fait la chasse pour les manger, quoi(pie leur chair soit assez fade. Ils exhalent une odeur forte et désagréable.

Il n'est pas d'animal qui ait autant prêté que celui-ci au merveilleux dont les anciens écrivains aimaient tant à allonger leurs pages; le poète Claudien admire le porc-épic, parce que « il est lui-même le carquois, la flèche et l'arc dont il se sert pour repou.sser victorieusement ses ennemis. » Dosman , dans son Voyage en Guinée, dit ([ue « lorsque le porc-épic est en furie , il s'élance avec une extrême vitesse, ayant ses i)iquants dressés, qui sont ((uelcpu^fols de la longueur de deux empans , sur les hommes et sur les bêtes, et il les darde avec tant de force, qu'ils pourraient percer une planche. » Mais ce qu'il y a de plus curieux , c'est que l'ancienne Académie des sciences de Paris ait répété ce conte, ayant sous les yeux plusieurs ))orcs-épics vivants et en ayant liissiMpié une demi-douzaine. Voici le fragment d'un rapport fait par les anatomistes de celte célèbre société : « Ceux desi>iquants (pii étaient les plus forts et les plus courts étaient aisés à arracher de la peau , n'y étant pas attachés fortement comme les autres; aussi sont-ce ceux que ces animaux ont accoutumé de lancer contre les chasseurs, en secouant leur peau comme font les chiens quand ils sortent de l'eau, »

On trouve souvent dans l'estomac des porcs-épics une sorte d'égagro|>ile qui, avec le temps, se -durcit et devient un véritable lu'zoard auquel l'ancitmiie médecine accordait plusieurs propri('lcs surprenantes.

Le PoKoi'.i'ic nu Maiacca {llyslrioo fasciculata, Suaw. Mus fasciculatus, Dksm. Atherura fasciculata. Fr. Cuv.) a \m pied quatre

LES RONGEURS

pouces (0,455) de longueur, non compris la ([ueue, qui a cinq polices et demi (0,149). Le dessus de son cor|)s est couvert de longs piquants un peu aplatis et marque's d'un sillon dans toute leur longueur : la plupart sont blancs à la pointe et noirs dans leur milieu, ou noirs en dessus et blancs en dessous; sa queue est écailleuse, nue, termine'e par un bouquet de poils longs et plats, ressemblant à des rognures de parchemin. Il habite l'Inde et a les mêmes habitudes que le pre'cédent. Fr. Cuvier a fonde' sur cet anim.d son nouveau genre athérure , que nous ne croyons pas devoir adopter, pour ne pas trop multiplier des coupes absolument insignifiantes. Si véritablement les porcs-épics devaient se diviser, il me semble (jue l'on ne devrait en former que deux genres : l'un renfermerait les espèces à queue non prenante, et ayant cinq doigts aux pieds de derrière; l'autre se composerait

silis. Il est couvert d'aiguillons courts, nombreux, entièrement blancs, excepté à la pointe, entremêles de poils bruns; les jambes, les pieds et le bout du museau sont couverts d'une sorte de crins bruns. Sa patrie et ses mœurs me sont inconnues. L'Urson (Erethizon dorsatum, Fr. Cuv. Hijstrix dorsata, Gml. Le Porc-Epic velu, G. Cuv. L'Urson de Buff.) a environ deux pieds (0,(550) de longueur, non compris la ((ueuc , qui a huit pouces (0,217) ; son corps est couvert de piquants beaucoup plus courts que ceux du porc-èpic ordinaire, en partie blancs ou jaunâtres, et en partie bruns ou noirâtres; ces piquants, au plus, longs de trois pouces (0,081), sont en partie cachés dans de longs poils d'un brun roussâtre et assez rudes; le dessous de sa queue est garni de jioils roides et bruns ; le ventre, les pattes et le museau sont couverts de soie d'un brun noirâtre. Il habite les États-

Le Porc-Epic ordinaire.

de celles qui ont la queue prenante et ipiatre doigts aux i)altes postérieures. 1-e jjremier comprendrait par conséipient les hystrix, acanthion , erethizon et atherura; le second les coendu et sphiggurus. Si nous n'avons pas opéré ici cette fusion , c'est parce que nous avons l'intention de présenter la science telle que l'ont faite les naturalistes de nos jours.

36« Genre. Les ACANTHIONS [Acanthion, Fr. Cuv.) ont le même système dentaire que les précédents; mais leur chanfrein, au lieu d'être fortement arcjué, est presque droit; les os du nez forment un parallélogramme allongé, et les crêtes occipitales ne sont (jue médiocrement allongées.

L'AcANTiiiON iiE Java (Acanthion javanicum, Fr. Cuv.) n'était connu de Frédéric Cuvier que par une tête apportée de Java par M. Leschenault.

L'AcANTiiiON DE Dauhenton (Acanthion Daubentonii , Fr. Cuv.) n'est, comme le précédent, connu cpie par une tête osseu.se beaucoup moins elîilée à cause des os et du nez <pii sont moins larges; le front est plus ajilati et le crâne plus étendu d'avant en arriére.

57" Genre. Les ÉKFTIIIZONS (Erethizon, Fr. Cuv.), avec le même système dcnlaire (pie les porcs-é])ics, ont ce|)endant les dents plus simples et à contour moins anguleux; les os du nez sont courts, les arcades zygomatiques très-saillanics; les pieds antérieurs ont quatre doigts, les postérieurs cin(i ; la j.aurae et la plante des pieds sont entièrement nues, garnies de pupilles très-petites; la (jucue est non i)reiianle. La tête, vue de profil, offre à son sommet une ligne |)res(pie droite, interrompue i)ar l'élévation des crêtes orbiUires du front.

L'ÉRKTin/.oN bK BiiFFON [Ercthtzon Ilulfonii, Fr. Cuv. Le Coëndou de Bti F.) n'est probablement (ju'une \:\vh'U- du Coetidu prehen-

Unis d'Amérique, et il est assez rare. Il griin[ie sur les arbres, et se loge dans leurs troncs creux ou sous leurs racines ; il se nourrit d'écorces, de fruits et de racines, et il parait que l'écorce résineuse du pin du Canada, ainsi que celle du tilleul glabre, sont les aliments (jii'il préfère à tout autre. Sa chair est estimée par les Américains.

v/ L'ÉRiiTiiizoN MACROURE [Ercthizonmacrourus, Less. Mus macrourus, Desji. uiystrix macroura, Gml.) a le corps couvert dépiquants arrondis, gros, très-serrés et médioerement longs; sa queue, longue de huit jiouces (0,217), se termine par un boiupiet de poils dont chacun est comi)osé de jdusieurs rendements resseuddanl à autant de grains de riz. Séba le dit des Indes orientales.

58= Genre. LesCOENDOUS (Coendu, ]m:ev. Sincthere, Fr. Cuv.) diffèrent des genres précédents par leur (pieue prenante et par leurs pieds de derrière, qui n'ont que (pialre doigts. Les parties antérieures de la tête sont très-proéminentes; leur pelage est presque entièrement formé d'épines, et ils n'ont de poils (|ue sur la (lueiie et sous le corps.

Le CoENiiou A longue queue (Coendu prehensilis, Less. Synethere prehensilia, Fr. Cuv. Hystrix prehensilis, Gmi.. Var. 15. Hystrix cuandu, Desm. Le Cocndou à longue, ([ueue. de Huff. Le Porc-Epic à queue prenante, G. Cuv.) a deux ](icds (0,(i.M)) de longiu'ur, non compris la queue, qui n'a pas moins de dix-huit pouces (0,187), Son corps est couvert de pi(]uants d'une longueur moyenne , jaunes à leur base, noirs dans leur milieu, el Idanes à leur extrémité; ils sont très-couris et liès-minces sur les cotés de la (été, les mendires el la première moitié de la (pieue. \.v <lessous cbi cori)s et l'exlrémilt' de la ipieue sont couverts de ]>oils rudes et d'un brun noiràlre.

(iet animal haliile l'Américpie Mu'riilionale el pi'inripalemenl le

Page 1