LES ÉDENTÉS
cette arme contre ses agresseurs. La blessure qu'il fait produit une inflammation et une très-vive douleur, mais il n'y a pas d'exemple qu'elle ait occasionne' la mort. » Et qu'on ne croie pas que ceci est un conte, un puff de .journaliste , comme disent les Américains. Des hommes du premier mérite , les naturalistes les plus distingue's ont voulu prouver, le scalpel à la main , que l'ornithorliynque fait des œufs, et ils se sont tellement complu dans cette opinion , que plusieurs ont nie' à Mecifel que la femelle ail deux mamelles, lors même qu'ils les voyaient. Examinons donc maintenant si tout ce merveilleux se soutiendra devant les observations des voyageurs, et racontons l'histoire de cet animal telle que la racontent ceux qui l'ont e'tudié dans la Nouvelle- Hollande.
Le mouflengong est un animal nocturne, qui fuit la clarté du soleil parce qu'elle l'incommode, et qui ne sort que le soir et le matin, pendant le (?re'puscule , pour aller nager sur le bord des marais et des rivières. Il habite des terriers qu'il creusé stlr les dunes, le plus près de l'eau possible, et qui ont la profohdétir et la largeur d'un terrier de lapin. 11 ne fait pas de nid au milieu des roseaux , mais au fond de son trou ; il n'y pond pas deux œufs gros comme ceux d'une poule , car son bassin très-étroit ne permettrait pas le passage à un œuf même beaucoup plus petit, mais il y met bas trois ou, rarement, quatre petits, qui sont presque nus en naissant, et qui n'ont pas alors plus d'un pouce et demi (0,0i1) de longueur, quoique, à l'âge adulte, ils atteignent vingt pouces (0,5i2) : c'est-à-dire qu'au moment de leur naissance, leur taille, compare'e à celle de leurs parents, est à peu près la même proportionnellement que dans les autres animaux. La femelle allaite ses petits, et voilà ce qui a embarrassé les naturalistes, car, comment avec un bec corné, disentils, les petits peuvent-ils teter? Mais la nature y a pourvu. La femelle a bien réellement des mamelles sur le ventre, mais elles manquent de mamelon , et les canaux excréteurs du lait viennent a'u contraire aboutir à une petite fossette enfoncée. Le jeune ornilhorhynque saisit avec un côté de son bec une grande partie de la mamelle, la presse, et le lait est ramassé avec sa langue double à mesure qu'il sort, sans qu'il y ait même besoin de succion. Les ornithorhynques ne vivent ni de semences, ni d'herbe, et encore moins de vase , mais de vers et d'insectes aquatiques. Sans cesse ils nagent sur les bords vaseux des marais, et ils barbotent dans la boue et dans les herbes, absolument à la manière des canards. Ils nagent [larfaitement bien , avec beaucoup de vitesse , et plongent à une assez grande profondeur ])our ramasser les insectes du fond de l'eau ; puis ils viennent respirer à la surface non pas avec une seule narine , mais avec les deux , qm sont placées fort près l'une de l'autre, et au premier (juart de longueur de la mandibule supérieure du bec, près de sa base. Quant à l'ergot du mâle, ce n'est point luie arme , comme l'ont dit quehpies personnes, encore moins un organe pour maintenir sa femelle pendant l'accouplement, qui se fait de la même manière (pie chez les autres mammifères; c'est tout simplement un organe sécréteur analogue aux glandes ijue les oiseaux, et surtout les oiseaux aipjati(pies, ont sur le crouiiion. L'animal, avant d'entrer dans l'eau et après en être sorti , se i)asse à plusieurs reprises les pattes de derrière sur le corps, se lisse le poil, et répand dessus la liipieur onctueuse qui , chez le nielle, est sécrétée ))ar l'ergot, et chez la femelle [)ar la petite ouverture qui le remplace. Cette li(|ucur a la |iiiq)riété, toujours comme chez les oiseaux, de rendre le pelage imperiiiéahle à l'eau. Du reste, ces animaux sont tout à fait iuofl'ensifs , et ne cherchent pas plus à piquer qu'à mordre, quoi iju'on en ait dit. Sur la terre, la brièveté de leurs membres les force à ramper, et cependant leur marche est assez vive; aussitiH (pi'ils se croient en dangci', ils se jettent à l'eau, dont ils ne s'i'loigiient guère, ou s'enfoncent dans leur terrier s'ils en sont à proximité. J^curs habitudes ouf beaucoup d'analogie avec celles de nos rats d'eau.
M. Bennet, qui habitait Sydney en dSôS et ISS^, conserva pendant assez longtemps un ornithorhynque dans un tonneau où il avait mis de l'herbe et de la vase. 11 le nourrissait avec du pain trempé dans l'eau , mélangé avec des œufs cuits à dur et de la viande hachée. Il était fort doux et montrait quelque intelligence ; par exemple, comme on le conduisait quelquefois à l'eau en le tenant en laisse au moyen d'un ruban qu'on lui attachait à la jambe, il apprit (rès-vite à connaître le chemin qui menait à la rivière, et marchait devant ceux qui l'y conduisaient. (In remarqua qu'il plongeait souvent , qu'il nageait toujours en remontant le courant, qu'il cherchait de préférence les endroits herbeux pour barboter, etc. De temps à autre il sortait de l'eau , venait se cotichel- sut- rtiérbe du rivage, et s'occupait avec beaucoup d'action à se lisser les poils avec les pieds de derrière, jusciu'à ce qu'ils devinssent lustrés et brillants. M. Bennet fit beaucoup de recherches pour savoir si ces animaux faisaient des œufs ou des petits; il fit ouvrir un grand nombre de leurs terriers, et enfin dans l'un d'eux il trouva une femelle avec trois petits qui venaient de naître, mais jamais le moindre fragment d'œuf ni de coquille. Les petits étaient fort bien portants, et la mère fort maigre ; il lui pressa les mamelles et il en sortit du lait , mais en fort petite quantité. En captivité, la mère dormait tout le jour à côté de ses petits , et la nuit elle s'occupait constamment à chercher les moyens de se sauver; elle grattait contre les murailles et parvenait à y faire des trous. Elle mourut de chagrin a])rès une quinzaine de jours. Les petits , que l'on nourrissait comme je l'ai dit plus haut, vécurent. Ils étaient fort gais, fort lestes, et jouaient comme de petits chiens avec assez de grâce. L'un d'eux, au moyen de ses ongles, grimpa en assez peu de temps jusciu'au haut d'une bibliothèipie. Ils étaient fort capricieux, et changeaient souvent de place sans aucune raison appréciable; ils dormaient la plus grande partie de leur temps, et pour cela ils se retiraient dans les endroits les plus obscurs de l'appartement.
Autrefois l'ornithorhynque était très-commun dans la rivière Népéan et au pied des montagnes Bleues; aujourd'hui on ne le trouve plus guère ipi'à New-Castle, Fish-ltiver près Baihurst, et dans le Macquarie et le Champbell. On a cru qu'il y en avait plusieurs espèces, parce (pi'il varie beaucoup de taille et de couleur; mais il paraît, au moins jusqu'à ce jour, que ces jirétendues espèces ne sont cpie des variétés de l'ornithorhynque paradoxal. Les auteurs qui se sont le plus occupés de l'anatouiie de ces animaux si extraordinaires sont:Meckel, Blumenbach, Everard- Home, Vander-Hoeven, Budolphi, Knox, l'alrick-Hill, de Blainville, Georges et Frédéric Cuvier, GeofTroy Saint-Hilaire, Isidore CeolTroy Saint-llilaire, etc.
y H' GiîNnr. Les l'XIIIDNÉS (^c/iù/na.G.CiJv.) n'ont pas de dents, mais leur palais est garni de plusieurs rangées de petites épines dirigées en arrière; leur museau est très-mince, très-allongé, et se termine par une fort pelile bouche; leur langue est très-extensible ; leur corps est ramassé , recouvert de [liquants trèsforts; leurs pieds sont courts et ont chacun cinq ongles très longs et très-robustes; le mâle a aux pieds de derrière un ergot comme celui di" l'ornithorhynqiK' ; leur queue est très-couric.
'iï|t^^j*ï^.
PACHYDERMES
/ L'HEDGE-IIor. ou ÉciiiDNÉ ÉPINEUX (Echidtia Mstrix, Cuv. Echidna auslralieima , [jKss. Onuthorhynchus hiftrix , Hojiic. Tachiiglossus hislrix, lu.. Myrinecophaga aculeata , Siiaw) est à peu près île la grosseur d'un hérisson , et a la faculté de se rouler en boule comme lui; tout son corps est couvert en dessus de fortes épines coniques, d'un pouce à un pouce et demi (0,0^7 à 0,041) de longueur, noires à la pointe et blanchâtres sur leur longueur, entour(fes à leur base de petits poils roux ; des poils courts et roides couvrent aussi la tète et le dessous du corps. Cet animal, dont l'organisation est aussi extraordinaire que celle de l'ornithorhynque, avec lequel il a beaucoup d'analogie, habite les environs du port Jackson, dans la Nouvelle-Hollande. Il vit dans des terriers , et se nourrit d'insectes et de fourmis (pi'il saisit avec sa langue extensible à la manière des pangolins. 11 paraît qu'il craint beaucoup la sécheresse , et qu'il ne sort de son trou que
pendant les pluies ; peut-être y reste-t-il dans un état de léthargie, car on l'a vu, dans l'esclavage, avoir de fréquents engourdissements qui duraient jusqu'à quatre jours de suite. Du reste, il supporte longtemps une abstinence forcée; ce qui rendrait probable son sommeil léthargique pendant toute la saison sèche.
i/ L'ÉciUDNÉ soyIîux (Echidna setosa, G. Ctiv. Aller omithorhynchus hislrix, Home) ne serait, selon M. Lesson, qu'une variété du précédent, et je serais assez porté à partager cette opinion. Cependant, il est un peu plus grand, ses ongles sont un peu moins longs , plus arqués et plus pointus; tout le corps est couvert de poils longs, doux et soyeux , d'un brun marron, enveloppant les épines dans lein- presifue totalité; la tête est couverte de poils jusqu'aux yeux; le museau est noir et nu. U habite la terre de Van-Diemen et le détroit de Bass.
LES PACHYDERMES