‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 7 sur 219 · PERSONNEL DU JARDIN EN · texte numérisé non relu

PERSONNEL DU JARDIN EN

Zoolugii'.

Mammifères et oiseaux. — M. Geoffi\ov Saint-Hilaire (Isidore), l>rofesseur. — M. Prévost (Florent), aide-naturaliste, et comme tel chargé de la surveillance de la ménagerie.

Reptiles et poissons. — M. Demiril, professeur. — Dl'méru. (Auguste) aide-n;ilin'alisle.

Mollus(iues, annélides et zoophytes. — Valenciennes, professeur.— M. Rousseau (Louis), aide-naturaliste.

Crustacés, arachnides et insectes. — M. Mu.^E-EI>^VARIls , professeur. — .M. Bi A.xciiAHK (Emile), aide-natiu'aliste.

Analomii' et Pluisiologie.

Histoire naturelle et Anatomie de l'homme. — M. Serres , ]>rofesseiu'. — M. .Iacquart, aide-naturaliste.

Analomie conijiarée — M. Dfvernoy , |)rofesseur. — ,M Bdi s- SEAII (Emmanuel], aide naturaliste, chef des travaux anatomiipics.

Physiologie compar('e. — M. Ei.ourens, professeur — M l'iuiM'PEAEX (Constant), aide-naturaliste.

Uotaniiiue.

Botani(iue et physiologie végétale. — M. Bron(,ne\bt (Adolphe), professeur. — M. Tueasne, aide-naturaliste.

liiilaniqiie rurale. — M. he Ji ssieu (.\.), professeur. — .\l. \\ i nhi.i I. , aide-uaturalisle.

Culture.

M. Dt(.usxE, professeur. — M. Si'A( ii (Edouardj, aideiialuraliste.

Minéralogie et Géologie.

Géologie. — M. C(U;niER, professeur. — M. [i'Orrignv (Charles), aide-naturaliste.

Minéralogie. — M. Dlfrexov , professeur. — M. Rivière, aidenaturaliste.

Physigue et Chimie.

Pliysi(pie. — M. REcyLEREi, , i)rofesseur. — M. Becquerel fils, aide-i)réparateur.

Chimie g('nérale. — M. Frejiv . professeur. — M. Deiomiue, aide-pr('parateur.

Chimie appli(iuée aux arts. — M. Ciievreii., jïrofesseur — M. Ciot/, , aide-préparateur.

Iconographie.

Iconographie des animaux. — M. Ciiazai. , professeur. Iconographie des plantes. — M. Lesoluip he Bfaureguiii, professeur.

l'eiiiturcs et dessins. — MM Dewau.i.v, Miimir. Peintures et dessins de botanique. — Mademoiselle RieiiÉ.

llihUi>thè(jue.

Bibliolh('(aire. — M. BESNOViais.

CONSERVATEURS DES GALERIES, (lonservaleur du Cabinet d'anatomie com|>ar('e. — M. Lau-

lur I ARII.

- M. KlENER.

M. C.AIDICHAUB

Conservateur des galeries d'histoire naturelle

Conservateur de la galerie de botanique. ■ (Ciiarles).

Jardiniers en chef. — M. Neumann, pour les serres : M. Pei'IN, pour l'École de botanique.

Chef des bureaux — M. Pra;vosT (Hippolyte}.

Tel est le personnel actuel du Jardin des Plantes. Tous les noms que je viens de citer sont une preuve suffisante que cet e'tablissement est aussi recoramandable par les hommes que par les choses.

L'administration , afin de ne pas laisser envahir les colieclioiis par les curieux oisifs qui s'y portent en foule et qui enconibrcraient les galeries au point de rendre toute étude impossible aux étudiants , a ainsi re'gle les heures d'entrées.

Entrées sans cartes.

Ménagerie. Tous les jours, de onze heures à cinq heui'es en elé, et de onze à trois en hiver.

Cabinet dlïisloin' naturelle. Le mardi et le vendredi, de deux

heures à cinq heures en e'té , et de deux heures à la nuit en hiver

Bibliothèque. En été, tous les jours, sauf le dimanche, de dix heures à trois heures. — En hiver, aux mêmes heures, mais seulement les mardis, jeudis et samedis.

Entrées avec des cartes.

iNoTA. Les étrangers reçoivent des cartes à l'administration sur la simple présentation de leur passe-port.

Cabinet d'histoire naturelle. Les lundis, jeudis et samedis, de onze a deux heures.

Cabinet d'anatomie comparée. Les lundis et samedis, de onze à deux heures.

Galeries de botanique. Le jeudi , de deux à quatre heures.

Ecole de botanique. Les lundis, jeudis et samedis, de trois à cinq heures.

Les personnes qui veulent se livrer spe'cialement à l'élude de l'histoire naturelle ou d'une de ses branches obtiennent de l'administration une carte d'e'tudiant, qui leur donne le droit dentier aux heures consacrées à l'étude.

Maison de Buflon.

Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en mellant sous leurs yeux les lois et ordonnances par lescpiellcs se trouve régi le Jardin des l'iantes, les lettres patentes cpii en ordonnent la construction , ainsi ([ue le règlement jiour les cours e( de'nionstrations des professeurs.

Lettres patentes concernant l'établisseinent du Jardin roijal des Plantes.

(Du 6 juillet 1026.)

Veu i)ar la Cour les lettres patentes donne'es à Paris au mois de janvier lOSli, par lesquelles le dict seigneur (le roi Louis XIII) veut et ordonne rpi'il sera construit un Jardin royal en l'un des fauxlinui'gs de cette ville de Taris, ou autres lieux proches d'icelle, de telle grandeur (juil sera jugé propre, convenable et nécessaire par le sieur llerouard , premier médecin du dict seigneur, pour y planter toute sorte d'herbes et plantes médicinales ; du ipiel Jardin le dict seigneur accorde la surintendance a\i dict llerouard et à ses successeurs premiers médecins et non autres, etc. I.a dicte Cour a ordonné et ordonne ipie les dictes lettres seront registrées au greffe d'icelle, pour jouir par l'impétrant de l'effect et contenu en icelles.

Heylenient de la première ouverture du Jardin royal des Plantes, pour la démonstration des plantes médicinales , en IGiO.

Uu'aucuii n'eutie au Jardin avant les six heures ordonnées pour la démonstration, et cpie le di'iuoiistraleur et premier jardinier n'y soient;

Que chacun y arrive à l'heure destinée, autrement ne seront reçus ;

Qu'aucun n'y demeure après la démonstration faite, si ce n'est par la iicrniission du démonstrateur, cl en présence du principal jardinier;

Que l'on n'y entre en foule, mais de rang et paisiblement;

Qu'aucun n'y entre avec longue vesture;

Que l'on ne vague point de côté ny d'autre, se tenant chaeiui attentif à la démonstration , sans s'éloigner île la compagnie;

Que 1 on ne traverse iioiut sur les ipiarreaux ; mais que I on suive pas à pas le démonstrateur;

Que l'on prenne garde à ne pas fouler et marcher sur les bordures;

Que l'on ne se courbe pas sur les plantes;

Qu'aucun ne ceuille ny feuille, ny fleur, ny tige, ny gréne ;

Qu'aucun n'arrache de piaule, ipielquc petite (pi'clle soit;

Qu'aucun ue fasse des questions pendant la démonstration ;

Qu'aucun u'allenlc rien contre la volonté du démonstrateur;

Que chacun aye des tablettes pour écrire ce qui sera eu-~eigué;

Que chacun occupe ses yeux et ses oreilles et donne Irévc a ses mains, si ce n'est jiour escrire;

Et ipii conlreviendra à ces justes lois , ^uil répiilj indigue d'aborder nos parterres.

I.e 7 janvier lO'.i'.), le l'oi Louis XIV signa un règlement cpii donnait à son premier médecin la surintendance générale du Jardin.

Ce règlement fut conlirmé i)ar des lettres patentes du roi, en date du '.) mai 17118, portant (pie son i)remier médecin et ceux' qui lui succéderaient dans la charge eussent l'entière direction du Jardin.

Le li février 1708, le roi, par un nouveau règlement, fixa les exercices de chaque professeur, établit deux démonstratem-s et un sous-dt'monstrateur des plantes et un démonstrateur d'anatomie et de chirurgie.

Plus tard, le ni mars 1728, le duc d'Orléans régent, au nom du roi Louis XV , déclara qu'à l'avenir la surintendance du Jardin royal serait distincte et séparée de la charge de i)remier nu'decin.

Le 1-2 juin 1715, le roi Louis XV signa, au camp sous Tiuu-nay, un brevet de démonstrateur du cabinet ilu Jardin royal en faveur de Louis-Jean-Marie Daidieulim, docteur eu médecine de l'.Xeadémie des sciences.

Le 10 juin 179", la Convention natiouah' rendit un ih'crel relatif à l'organisation du Jardin national des l'iautesel du CabiMil d'histoire nalurelle.

Ce décret ('tait ilivisé eu ipiaire litres.

Le premier, relatif à l'organisation de l'établissement, porte que le but iiriiicipal du Muséum est renseignement de lliisloire naturelle , appliipiée principalement à l'avancement de l'agricidliire, du couunerce et d<'s arts.

■fous les officiers du Musi'nm jouiront des mêmes droits.

La place d'inleudaut du Jardin est abolie;

Le traitement réjjarti en portions égales.

Un directeur sera nommé tous les ans, au scrutin, pom- présider l'assemblée et faire exécuter les règlements.

Lu trc'sorier .sera nouuni' par la voie du scrutin.

Lespr()f<'sscursu(mve,iu\ lu' seront admis que jiarla même voie.

Tous les ans il y aiu'a deux séances publicpies où les professeurs rendront compte de leurs travaux.

Le titre 11 traite de la nature des cours :

1" Min('ralogic;

2° Chimie gi'iu'rale ;

5" Arts ehimiipies;

•i" Botanique dans le Muse'um;

5» Botanique rurale;

6° Agriculture et horticulture ;

7° Deux cours d'histoire naturelle géne'rale ;

8° Anatomie humaine;

9" Anatomie des animaux ;

10° Zoologie;

11" Iconographie naturelle.

Le titre III est relatif à la bibliothèque, dont les éléments sont pris, soit dans les doubles de la Bibliothèque nationale, soit dans les maisons ecclésiastiques supprimées.

Le litre IV organise la correspondance du Muséum avec tous établissements analogues placés dans les divers départements.

Celte correspondance aura pour objet les plantes nouvellement cueillies et découvertes ; la réussite de leur culture , les minéraux et vi'gétaux qui seront découverts, et généralement tout ce qui peut intéresser les progrès de la science.

Décret de la Convention nationale adoptant l'agrandissement du Muséum, proposé par le Comité d'Instruction publique, à la séance du 21 frimaire an III.

La Convention nationale , après avoir entendu le rap])ort de ses comités d'instruction pid)li(|ue et de linance, décrète :

AiiT. l'■^ Les maisons et terrains compris entre la rue Poliveau, la rue de Seine, la rivière, le boulevanl de l'Hôpital et la rue Victor, seront réiinis au Muséum d'hisluire naturelle.

Aht. II. Les comil('s d insiruclion iiubli(|U(' et de llnaucrs statueront sur la destination et l'emploi de ces maisons et terrains de lu manière la plus utile à l'instruction publi(iue, d'ajirès les plans qui leur seront pn'senlés par les professeurs du Musc'uui.

Akt. III. Lue partie des terrains sera afl'eclée à l'agraiidissemenl des rues adjacentes.

AiiT. IV. Il sera nécessairement |)rocédé à l'estimation des terrains et bâtiments désignés en l'article I"', ])ar des experts nommés, l'un par le bureau du domaine national de Paris, l'autre par le pro|)riétaire iiit('ressé; en cas de partage, un tiers expert sera nouiUK' |iar la coiuMiission des reveuus iialionaux.

Aht. V. La conmiission des travaux publics fera aci|uiller sur les fonds mis à sa dispositiou toutes les ilé|)enses nécessaires pour l'acciuisition l't disposition des terrains et bâtiments, sous la surveillance des comités d'iustruclion jjulilique et des linani:es.

Ain . VI. Il ne pourra néauMiuius être l'ail aucune construction cpi'après (pie les plans en aiiioiil l'Ié soumis à la (Jon\entioii et aiii>rouvés par elle.

Décret relatif aux dépenses du Muséum d'histoire naturelle.

La Convention nationale, après avoir entendu ses comités d'iiislruilion |>ublique et des finances, décrète qu'il sera pris sur les fiinds mis à la disposition de la commission d'instruction pujilicpie :

1" La somme de l'.li,H8i) livres pour 1rs déiienses du Muséum (ïonr la troisième année républicaine;

VA. (pie le traitement de chacun des professeurs sera piirl(' à ,"i,0()0 livres;

2" CeHc de 25,700 livres pour (h'peiises arriérées;

5° Celle (le lS,()il livres pour dispenses extraordinaires.

Le tout conformément aux étals i)résentés par les professeurs du Miis('um et approuvés par le comil(' d instruction publique.

l'roji'l de règlement pour le Muséunt national d'histoire naturelle, arrêté par le Comité d'Instruction puhliiiue de la Convention nationale , d'après le décret du \i) juin 171)5.

AiiT. 1''. Les. douze cours institués dans le Muséum d'hisluire

naturelle , par la loi du 10 juin 1793, seront faits par les douze oHiciers actuels de l'établissement.

Aht. II. Sur l'égalité des appointements.

Art. III. Tous les professeurs auront droit d'être logés dans l'intérieur du Muséum , afin d'être plus à portée de remplir leurs fonctions, lorsque la division des logements aura été établie, autant qu'il sera possible, suivant le principe d'égalité. Le choix de chacun appartiendra aux professeurs plus anciens; les logements dont jouissent actuellement plusieurs professeurs leur seront conservés jusqu'à leur décès ou démission, pourvu qu'ils les habitent. On réservera une pièce pour chacun de ceux qui ne seront pas logés.

Art. IV. Les professeurs seront seuls chargés de l'administration générale du Muséum; ils se rassembleront tous les mois, ou plus fréquemment, selon les circonstances, pour délibérer et prendre décisions sur tous les objets relatifs à l'établissement, et sur les moyens d'améliorer l'étude des sciences naturelles.

Art. V. Le nombre des volants nécessaires pour former cette assemblée sera de la moitié du nombre des jirofesseurs , plus un , pour toutes les délibi'rations, et des deux tiers au moins pour les élections, qui seront toujours faites à la majorité absolue.

Art. VI. Un professeur sera censé avoir abdi(jué sa place lors- (jU il refusera ou négligera de remplir ses devoirs ; l'abdicalion sera prononcée par l'assemblée , et ne pourra 1 être qu'aux deux tiers des voix de tous les professeuis.

Art. Vil. L'assemblée nommera à la majorité absolue tous les em|)loyés du Muséum , et aura le droit de les destituer aux deux tiers des voix des professeurs dans les cas de prévarication on de nc'giigence dans leurs devoirs; ils pourroni être sus|ieiithis |)rovisoirement de leurs fonctions par le chef sous leipiel ils seront em|)loyés : lequel sere tenu d'en rendre compte à la plus prochaine assemblée et d'en informer sur-le-champ le directeur, (pii lui-même aura un pareil droit sur tous les emi)loyés.

Art. VIII. Le directeur, dont les fonctions et leur durée seront fix('es par les art. 0 el 7 de la loi, sera noiiinu: tous les ans au scrutin, à la majorité des voix, dans le courant du mois de décemlue, et il entrera en fonction le l'"' janvier prochain.

Art. IX. En l'absence du directeur, l'assemblée, présidi'e par le plus ancien des ])rof('sseiirs, nommera, suivant le même mode d'élection, un des professeurs pour le remplacer piovisoirenient.

Art. X. Les professeurs nommeront tous les ans |iarmi eux, dans la même séance et à la majorité absolue, un secrétaire, Ic- (piel entrera pareillement en fonctions le l" janvier suivant, les exercera pendant une année, et ne pourra être continué ((ii'aii scrutin pour une auiu'e seulement; en son absence, il sera remplace' comme le directeur.

Art. XI. Ses fonctions seront de tenir la plume dans les assemblées, de rédiger les procès-verbaux des séances, qui seront signés du directeur et de lui, de les inscrire sur un registre destiné à cet elT'el, de (b'iivrer des copies collationni'es de ces d('libéralions, et d'avoir la garde des pa|jiers , titres (d registres du .Muséum, qui seront (lé|)os('s dans une des salles de la bibliotiiè(pie.

Art. XII. Outre les assemblées de Ions les mois, (pii auront lieu à jour fixe, le directeur pourra en convoquer d'extraordinaires; et il .sera tenu de le faire sur la simple demande d'un professeur.

Art XIII. Le tr('Sorier nommé au scrutin, à la majorit(' al).soliie , sera élu tous les ans dans la même séance que le directeur cl le secrétaire; il entrera en fonctions le V janvier suivant; sa place sera incompalible avec celle de ces deux ofliciers. Le même jiourra être couliniK' plusieurs annc'es de suite; mais cha(|ue aiiiire |iar un nouveau scrutin. Ses fouclions seront de recevoir les fonds all'ectés à rétablissement , et d'en faire la ré|)artitioii suivant les étals arrêtés, ou d'ai>rès l'autorisation de l'assemblée.

IIVTRODUCTIOX A L'HISTOIRE DES MAMMIFERES.

Aviiiil (le commencer l'histoire de la riasse la plus importante en zoologie, je dois renilie comiitc au lecteur des inspiralions (|ui ont dirige ma plume, et faire un eximse' rapiile de mes opinions.

Avant liullon , l'histoire naturelle était .«i peu avancée, si peu de chose , que , sans trop se hasarder, on peut dire qu'elle n'était ]n'esque rien. Tout à coup, et ilans le m^'Uie temps, deux lionnnes de génie la créèrent à la fois, mais avec des vues de l'espril Itien diU'èrentes : l'un ('lait Linné, l'autre liiiHon. (le dernier eut soin de cacher les épines de la science sous le charme d'un slyle iiiiniitahle ; mais celte magie , qui lui servit à la populariser, mourut avec lui, et les successeurs du grand écrivain, après avoir fait quehpies elforls pour marcher sur ses traces, (inirenl par les ahandouner.

Cuvier parut alors, portant dans la science le flamheau anatomique éclairé par Daulienlon. Il puhlia son Rhjne animal, méthode entièrement fondée sur l'organisation des animaux, et il lit une révolution utile aux i)rogrès. Mais ses admirateurs lirent comme font toujduis les enthousiastes d'un systèuu' nouveau , ils ({('passèrent le liut i|ue s'('tait jM-oposé le iirofond anatomisle, et. malgré les elTorts de (piehpies esprits senssis , ils matérialisèrent la science, et sa partie phih)Soiihi(|ue fut dès lors étoullée par la nomenclature descriptive. La chose en est venue à un tel i)oint aujourd'hui , (pi'en lisant les ouvrages de certains savants on croirait pliil()l parcdurir les œuvres d'un vétérinaire que celles d'un naturaliste. Les auteurs ainsi fourvoyés, ayant noyé l'histoire naturelle dans l'analomie , ne s'aperçurent pas qu'ils l'avaient tuée, mais ils sentirent que, privée de sa partie la plus philosophi(pie et la plus attrayante , le lieu «pii restait de la soietu;e devenait sans hul el nollrail i>lus (pi'une synonymie stérile et sans inlén't. C'est alors (pi'ils imagiiièienl de donner à la classification une importance d emprunt, (pi'elle n'a pas et qu'elle ne peut avoir devant la nature, et, grâce à cette marche hasardée, ils ne virent dans l'histoire des animaux que l'élude de l'analomie comparée, de la classification el de la synonymie. Puis, avec une naïveté an nmins fort singulière, ils jiroclamèrenl que tout le reste étaii du ruman, sans se douter prohablement qu'ils reléguaient ainsi l'imuiorlel BufTon, leur maître à tous, parmi les romanciers! ! nuaiil à celte émanation de la Divinité, à celte part d'intelligence (h'vidue d'une manière si admii'alile à cha(pie espèce pour satisfaire ses hesoins, r('gler ses habitudes et lui er('er des mœurs, ils n'en lieiinenl aucun compic ; ce (|U il y a de plus admirable dans l'œuvre de la création, ils ne le croient pas digne de tenir la plus petite place dans leurs syslèmes ni dans leurs ouvrages ; ce (pi'ils ne peuvent saisir avec le scalpel cl leurs pinces de dissection, ils le reiioussent et le dédaignent.

Ileureusemeiil (|ue telles ne sonl pas les o|iinions des principaux maîtres dans la science, de ces véritables savants ipii sont l'honneur de notre Muséum d'histoire naturelle, el une des gloires de noire pairie. Inspiré de.s mêmes opinions qu'eux , je n'ai pas cru pouvoir m'étendrc trop sur l'histoire morale des animaux, sur leurs habitudes si lapaliles de pi(|U(r la ruriosilé des lecteurs, sur leurs relali(uis avec riioiiime, etc. .l'ai lAclié de montrer dans leurs foriHs el livrés à tous les instincts piltorcsi|ucs de leur nature sauvage, ces èlres si tristes et si dégradés dans la servitude de nos ménageries, ces momies décolorées quoii(ne si ingénieusement pré4^iarées dans nos cabinets d histoire naturelle. lùilin.

cette partie hislori(iue , que je regarde comme la plus inti'ressante el la plus utile de la science, occupe la jilus grande parlie de mou livre.

Comme BuU'on, je crois que la nature n'a fait ni ordres, ni familles, ni genres, mais seulement des individus, el je ne crois pas à une classilication naturelle possible, au moins comme les naturalistes l'ont entendu jusqu'à ce jour. Mais Bnfi'on n'a connu que deux cent cimiuanle mammifères, el ce nombre s'est tellement accru depuis, (pi'il serait impossible, sans tomiier dans une confusion inextricable, de les di'crire sans ordre, comme il l'a fait. Ensuite, je crois fermement qu'une bonne méthode de classilication , peu importe qu'on la regarde comme naturelle ou comme artiliiMelle, est un fil indispensable pour diriger le lecteur dans le labyrinthe de la nomenclaline; il od'ic l'avantage précieux de le conduire par le chemin le plus court possible à la connaissance de l'espèce qu'il veut soumettre à son examen. .Je dois dire aussi que je n'ai la prétenlion d'imposer à personne mes propres opinions, et que, parlant de là, j'ai di'i, pour les lecteurs qui pensent autrement que moi, classer mélliodiqucmeiil mes onze cents mammifères; il était tout aussi simple ipie je choisisse la méthode la ])lus répandue, la plus généralement reconnue bonne, c'est-à-dire celle de G. Cuvier. ,1e l'ai donc adojiti'e, avec de légères modilications devenues nécessaires par les rapides progrès de l'histoire naturelle et les nombreuses découvertes qui ont été failes dans ces dernières auiK'es. Mais ces modilicalions n'ont été adoptées par moi que lorsque je les ai crues rigoureusement indispensables; el j'ai rejeti' sans hésiter les nouM'aux genres créés par les auteurs, cpiand je ne les ai pas crus établis sur des bases dune grande valeur. La mammalogie , si l'on n'y piend pas garde, est menacée des mêmes abus qui ont envahi la botaniipie el l'entomologie, et bienlôl nous aurons autant de genres (jne d'espèces.

La synonymie latine, toute stérile (pi'elle est, a été travaillée par moi avec une attention minutieuse. Dans la .synonymie vulgaire, j'ai introduit , autant que cela m'a (■!(' ])ossible avec le peu de renseignements (pie nous avons , une inuov.iliou ipie je crois utile; c'est-à-dire (pic j ai reiulu à cluupu' espèce son V('ritable nom, celui qu'elle porte dans le pays (pi'ellc habite, .le me suis bien gard(' siirlout de défigurer ce nom, comme l'ont fait liulT'on el (piehpies-uns (h; ses successeurs, sous le vain prétexte de le rendre plus dons, à la |irononcialion française, car mon hul , le seul , je crois , ([uc l'on doive s(' iirtqioscr en pareil cas, a ('hf de mettre les voyageurs dans le cas de se faire com|irendre des naturels des contrées où ils porteront leurs invesligalions, lorsiiu'ils dem.indcronl des renseignements sur un animal.

(Juanl à la iiaitie descriptive, je l'ai faite dans des limites aussi resserrées ([lie i)os-ible, mais avec le plus grand .^oin , et mes descriiilions , quoi(jue fort courtes, seront toujours snllisantes l)Our ne laisser aucune ambiguïté sur ridenlit(' de cha(pie espèce. Une longue expérience m'a appris (pu' trop de détails dans une descii|ition y jcltciil de la coiifusi(Mi pluN'il (pie de la (■lart(' ; j'en ai conclu ([ue je devais ne moiilrcr les individus à mes lecteurs (pie par les cotés (pii les Irancheiil nel des espèces voisines, G esl-à-dire n'énoncer que leurs caractères spécilicpies. De jolies gravures, d'une exactitude rigoureuse, donneront, mieux que de longues descriptions n'auraient pu le faire, une idée nette et précise des formes générales, du faciès de tous les types d animaux.

Comme je l'ai dit , je inc suis beaucoup étendu sur les mœurs et les habitudes des animaux , et j'ai apporté dans cette partie toute la critique dont je suis capable. J'ai tâché d'amuser mes lecteurs en les instruisant, parce que j'ai cru que les grâces ne sont p;is ou ne devraient pas être ennemies de la science, (pioi qu en puissent dire quelques graves pédants. J'ai surtout évité avec un soin particulier l'emploi ambitieux de ces expressions techniques, accouplement bizarre de mots grecs et latins, trop souvent employé avec prodigalité par l'ignorance qui croit se caclier en se couvrant ainsi de haillons scientiliques. Je ne crois pas cpie la science soit mystérieuse et doive avoir des adeptes ; en conséquence, j'ai taché, avant tout, d'être clair, simple, et facilement compris de tout le monde. Enfin, j'ai r-igoureusement écarté

de mon ouvrage ces polémiques, ces longues dissertations, quelquefois savantes et toujours ennuyeuses , dont la principale et souvent la seule utilité est de mettre en relief le mérite de celui qui les écrit.

Pour donner à ce livre toute l'utilité qu'il peut avoir , je ne me suis pas borné à faire seulement l'histoire des mammifères qui ont vécu à la ménagerie , mais encore de tous ceux qui existent au Cabinet d'histoire naturelle; et, grâce à l'extrême obligeance du conservateur, le savant conchyliologiste , M. Kiener, j'ai pu décrire les individus sur la nature même. J'ai cru devoir néannu)ins omettre quehpies espèces tout à fait nouvelles et encore fort mal connues, (|ui eussent , par conséquent, od'ert très-peu d intérêt à la (-lasse de lecteurs aux(picls mon livre est destiné.

•'^^9,:-ff --^-^ ^î

-AwliacvvBtil V-itifl.-

Fontaina monumenlalp.

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