‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 72 sur 219 · LES BOEUFS · texte numérisé non relu

LES BOEUFS

n'ont point de larmiers, et le noyau de leurs lornes est en ])artie cellulcux; leurs cornes, i)lus ou moins arrondies, sont dirig('es lie (ftté et reviennent en avant vers le haut en formant le croissant.

18» Genre. Les BOEUFS [nos, Lin.) ont trente-deux dents, savoir: point d'inrisives en haut et huit en bas; point de canines; douze molaires à chaque mâchoire. Ils ont un large mude, le

corps <'|)ais, les jambes fortes et assez courtes ; des onglons derrière les saliots; la queue assez longue, terminée par un flocon de poils, et (|uatre mamelles inguinales. Tous ces animaux sont lourds et de grande taille.

Le BiHUF 0UII1NAIRE (Wo.<! tourus , Lin. — Desm. Bos indîcus, varii'té le /ébu. Le Zébu et le liii'uf , Buff.) est originaire de l'ancien continent, et particulièrement de 1 Luiope, comme on a pu

LES RUMINANTS

s'en assurer par ses nombreux débris fossiles , qui ne sont pas rares en France, surtout dans la valle'e delà Somme. Sa taille est plus ou moins grande, selon les climats et les variétés. Son pelage varie beaucoup, mais généralement il est blanc, brun, noir, ou plus souvent encore d'un rouge fauve, toujours lisse et ras; un large fanon lui pend sous le cou jusqu'entre les jambes de devant; son front, concave, est paré d'un épi de poils frisés ou crépus; ses cornes sont arrondies, latérales, aniuécs, et le plus ordinairement déjetées en dehors.

Le zébu de Buffon [Dos indicus , Exrl.) en est une variété extrêmement remarquable, et qui s'en tlislingue particulièrement par sa taille généralement plus petite, et surtout par une ou deux bosses graisseuses qu'elle porte sur le garrot. Cette race, comme celle du bœuf ordinaire, présente aussi un assez bon nombre de variétés , parmi lesquelles nous distinguerons celle de Madagascar, la plus grande de toutes, n'ayant qu'une seule loupe graisseuse, et dont la chair exhale une désagréable odeur de musc; celle de l'Inde, dont la taille quelquefois ne dépasse guère celle d'un cochon , etc. Ordinairement le jielage de ces animaux est gris en dessus , blanc en dessous, mais il est ti ès-sujet à varier. Cette race se trouve dans les parties chaudes de l'Inde et de l'Asie. C'est à elle qu'il faut rapporter le Taureau hrahmim, privilégié dans les Indes et consacré au dieu Siva, parce qu'un individu de cette race, le bœuf Xancii, a seul le privilège de porter la statue de ce terrible dieu. Ces bœufs vivent dans des teni|)les où on leur prodigue mille soins respecteux, et toutes leurs fonctions se bornent à servir de monture aux brahraes. Comme le peuple les respecte beaucoup, ils peuvent impunément, quand tel est leur bon plaisir, déva.stcr les diamps cultivés, péni'lrer dans les clos, même dans les maisons, pour aller prendre et gaspiller la nourriture des habitants jusque sur leur table. A cela près, ce sont de tous les bœufs les i)lus inoirensifs.

Noire bœuf ordinaire offre aussi de nombreuses variétés, en raison des localités, et l'on pouiiait en compter jusqu'à seize assez bien tranchées, sans sortir de la France. Cela seul suflirait pour constater la haute anticpiité <le sa servitude, si l'on n'avait pas des dociunents sur ce sujet dans la plupart des écrits qui nous sont restés des plus anciens peuples de la terre. Il serait plus dimcde de déterminer à quelle époque le type sauvage de cette espèce a disparu; cependant , il paraîtrait (pi'au quinzième et même au seizième siè(de on trouvait encore des bœui's sauvages dans les forêts de la Pologne et de l'Angleterre, si toutefois les auteurs n'ont pas confondu l'espèce du bœuf avec celle de l'aurochs. Quoi qu'il en soit, le bœuf e.st OH tlés aniui.ltix irtdispehsables à ragricullure, et de première (llililé pour l'bomtne. Au joug et à la voilure, il rend les mêmes services ipie le dieval , et s'il est plus lent, il est aussi plus vigoureux et plus sobre, ftès qu'il vieillit, on l'engraisse , et sa chair cxcelletile est notre principal aliment; sa peau, sa graisse, ses cornes, j(iSf|tl'à ses os, tout est utilisé et d'une haute imiiortance dans les arts industriels. Le lait de sa femelle a des emplois aussi noudireux que variés, et souvent il devient l'uniipie ressource des pauvres familles de cultivateurs. Kniin , je le ré|)ète, il n'est pas d'animal (pie l'on puisse mettre en comparaison avec celui-ci, sous le rajiport de son importance économique , et avec la vache et la brebis on pourrait se passer de tous les autres. Faire ici l'histoire des luœuis de cet être paisiide par tempérament, bon serviteur plus ])ar stupidité que jiar alfectifm , d'uno olK'issanee passive , sobre, infatigable, nullement (•ai)ricieux , ne se rebutant jamais, serait tout à fait hors d'œuvre , car il n'est personne qui n'ait été à même de l'observer. Seulement nous ferons l'emarquer que cette pesanteur de corps, celte lenteur d'allure qu'on lui reproche, tient plus aux habitudes (pi'ou lui donne tiu'à son organisation. Dans quehpies pays on dresse des bœufs pour monture, et on les forme à marcher, à trotter, à galoper même, avec presque autant de vitesse qu'un cheval. En Allemagne les bœufs de cha-

riot ont une allure deux fois plus vive que les nôtres, parce qu'on les y a habitués dès leur jeunesse. La vache porte neuf mois , et ne fait qu'un petit par portée.

Le BuFFi.E (Bos bubalus, G.ml. — Desm. Le Buffle, Bvtf. Le Gaviich des Persans. Le Djamouz des Arabes. Le Sensé de l'Indoustan) est de la taille du bœuf, ou très-peu moins; il a le front élevé, arrondi, ce qui fait paraître son chanfrein concave; son pelage est noir, à poils durs et assez clair-semés; son fanon est peu développé; ses cornes sont noires, très-écartées l'une de l'autre, avec une arête saillante eu avant; sa queue est longue et pendante ; ses mamelles sont sur une même ligne tran.sverse. Il vit en troupes nombreuses dans les prairies basses et marécageuses où il aime à se vautrer dans la fange. Son caractère est farouche, indomptable; et pour tirer quelque service de ceux qui sont le mieux apprivoisés, il faut leur passer dans les narines un anneau de fer au moyen duquel on les dirige. 11 est originaire de l'Asie méridionale, d'où on l'a amené en Afrique et en Europe. Il s'est parfaitement naturalisé en Grèce et en Italie dans les Marais Ponlins.

On doit regarder comme simple varii'té de cette espèce :

L'Arm {Bos ami , Shaw), qui n'en diffère que par ses cornes plus grandes, longues de quatre à cinq pouces (0,108 à 0,153), ridées sur leur concavité, et un peu aplaties en avant. On le trouve principalement dans les hautes montagnes de l'Indostan et dans les iles de l'archipel Indien.

Le Cour ou Gaouii (//o< ijour, Traili.. Le Purorah et le Oourin des Indous) a de l'analogie avec l'arni , mais son pelage est d'un noir assez foncé, tirant sur le bleuâtre; ses cornes sont courtes, épaisses, très-recourbées vers le bout et un peu rugueuses; son pelage est ras, sa queue épaisse, et le mule n'a pas de fanon pendant sous le cou; une singulière rangée d'os ('piuciix et accessoires lui voûtent régulièrement le dos. Cet animal est stupide jusqu'à la férocité, et son courage brutal ne recule devant aucun danger. Il vit en troupes de quinze à vingt dans la profondeur des forêts de l'Inde, où il se nourrit de feuilles et de bourgeons d'arbre.

Le Juxgm-Gau (Bos frotUalia, G. Ccv. Bos sijllielainis. Fa. Cuv. Le Gyall, Lamr. Le Bœuf des jonghs de Dcvauc. Bibus subhœmalachm, lioncs. Le Shiilet-calle, Gyall et Bijfon des Anglais de l'Inde. Le Cdie-yrme desTamoul.s) a de l'analogie avec notre taureau domestique, et comme lui il jiorte un fanon pendant sur la poitrine. Son pelage est constamment noiràlie, avec les quatre jambes blanches; il a le front gris, ainsi (pi'une bande longitudinale sur le garrot; le tour de son œil est cendré, et celui des lèvres blanchâtre ; il a une loupe graisseuse peu saillante sur les é|)aules ; sa queue est cotonneuse. Il habite l'Inde, principalement au pied des montagnes du Sylliet.

L'Aur.ociis {/los ufus, lîoou. — Desm. Bos férus. Lin. L'Aurochs et le Bonasus de Bort-. Le Bona^us d'AnisTOTi:. Le Zubr des Polonais. Le Tur des Lithuaniens) est le plus grand des bœufs vivants, et sa taille a[>proche beaucoup de celle du rhinocéros. Son pelage est composé de deux sortes de poils, celui de dessous laineux et doux. Le devant du corps , jus(pi'aux épaules, est rouvert de poils bruns, durs et grossiers, surtout à la pointe, longs de près d'un pied (0,325) ; le dessous de sa gorge , jusqu'au poitrail , est garni d'une longue barbe pendante; tout le reste du corps est couvert de i)oils ras, courts, d'un blanc noirâtre ; son front est bombé; ses cornes sont grosses, rondes, lali'rales; sa (pieue est très-longue. I.nliu il a (piatorze jiaircs de cotes tandis <pie les bœufs n'en ont (pie douze.

H parait que cet animal habitait autrefois toute l'Europe, et qu'il était as.sez commun, même en France, dans les forêts marécageuses ; aujourd hui on ne le trouve jilus ipie dans un canton de la Lithuanic, et encore gr.'lce au .seigneur dont il peuple les forêts, et qui les fait garder avec soin. Le leudciuain du jour ou un noble palatin l'aura ordonné, un des plus puissants animaux de la terre aura complètement disparu de dessus le globe, et ses

Page 1