‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 87 sur 219 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le dimanche et la farobole.

Au réveil, tout le monde se sentit reposé et plein de courage. « Eli bien! messieurs, dis-je en riant ii mes enfants, vous vous êtes accoutumés à coucher dans un hamac; je n'ai enlendu cette nuit ni plainte ni gemissemenl, et tout est resté Irampiille. — Ah 1 me direntils en étendant les bras, nous étions hier si fatigués qu'il n'est pas étonnant ipie nous ayons bien dormi.

Li; liaiE. Eh bien! mes enfanls, voilà encore un avantage du travail, celui de procurer un sommeil doux et paisible.

LES ENr.wTS. Oui, oui, papa! c'est bien vrai; aussi nous voulons aujourd'hui nous mettre vaillamment à l'ouvrage. Qu'y a t-il à faire ? (jue faut-il entreprendre:'

i.E PIRE. Rien, absolument rien aujourd'hui de toute la journée.

i.ES ENFANTS. Oli ! VOUS badiiicz , cher papa. Nous le voyons bien, vous vous raillez de notre paresse, parce ipie nous nous sommes peutêtre éveillés trop tard.

i.E PÈRE. Non, mes enfanls, je ne badine point. C'est aujourd'hui dimanche : le Seigneur a dit : Six joui s tu trarailleras , mais le septième sera le jour de l'Eternel, ton Dieu. Nous allons donc le célébrer, mes cliers petits amis.

JAhc. I)iiu;inche! il y a donc aussi des dimanches par ici? Ah! ([ue c'est charmanl! .le vais tirer mes flèches, me ]iroiuener, m'amuser, et ne rien faire de tout le jour.

i.E piiRE. Crois-tu donc, mon enf;int, (|ue ce soit uiiiipiemcnt pour ([u'on puisse s'amuser et faire le paresseux que Dieu s'est réservé le dimanche? Tu te trompes, mon cher J.ick : c'est pour ([u'il y ait un jour marqué pour le servir, l'adorer, le remercier, sans ipic rien puisse nous en détourner, et c'est ii cela que nous devons trouver notre plus grand plaisir.

EKNEsr. .l'ai cru, mon père, (pie le service de Dieu consistait à aller à l'é-glise enlendre le sermon et chanter des cantiipies : nous n'avoMs point d'église. Comment pourrons-nous donc célébrer le dimanche ?

niANcois. l\ous n'avons point d'orgues non plus, et j'en suis fâché, car j, lime bien à les entendre.

ivck. ^ ous voyez donc bien, papa, (|ue nous ne pouvons pas célébrer le diiiMiiche, comme vous le dites.

nuiz. ^ ous p.irlez coiiime des enfants. Est-ce (pie (lapa, ipii fais;iit des sermons chez nous, ne peut pas nous en faire ici ' Dieu n'cst-il pas partout comme dans une église? Ne peut-on chanter sans orgues de saints caiiliques'' (Juaiid les soldats campaient chez nous, ils n'avaient ni église ni orgues, et pourtant on leur faisait des sermons; nous avons un bon ministre, c'est l'essentiel.

i.E riiRE. Autre frère ;ilné a raison, mes enfants; Dieu est p;irtout où l'on pense à lui sincèrement et de cœur, où l'on réfléchit ;i sa sainte volonté, où l'on se propose de la remplir. Dans ce sens, cha que endroit du miuide peut servir d'église, parce (]ii'oii peut axoir partout de bons sentiments; et celte belle et m;ijestueuse voi'ite du ciel, ouvrage du Tout-Puissant, doit encore ]ilus élever l'âme et toucher le cieur qu'un édifice de pierres lait jiar la main des hinumes. Nous allons donc ce matin faire un service divin; ce ne sera pas pour aujourd'hui un sermon; ceux (pie je sais par eieur ne conviendraient pas à X'olre âge; il i'aiit xiuis parler de l'I'.lre suprême selon votre intelligence, et non comme il un auditoire dont la raison el le jugement sont formés. .\ l'avenir, j'en composerai (pii seront ii votre porice. Aujourd'hui donc nous ferons seiilemeiit la prière; nous cliaiiterons un des beaux cantiipies d'ador.ition (pie votre mère vous a appris, et puis je vous raconterai la parabole du grand roi, i(iic je crois |iriqire à réveiller en vous des pensées et des sentiments ]iieux.

LES ENEANTS. Uiic |);irabole! une parabole! comme celle du semeur dans la Bible? Oh\ oui, mon papa, s'il vous plaît! nous récouterons bien. Commencez vite, s'il vous plaît!

LE pÎ:ke. Tout dans l'ordre, petit ])euple. Alliuis d'.iburd faire notre prière ordiiuiire du matin avec attention et resiieet; ]mis nous descendrons iioiir dijeuner el soigner nos bêles; c'est nu oiivraije ipic Dieu permel, mêiiie le dimanche. Pendant ce temps-lii, je réfléchirai un peu il riiistoirc (pie je veux vous raconler, et ensuite vous l'enlendrez. » On fil selon mes ordres iiaternels. Après la prière, nous descendîmes de l'arbre; nous fîmes un biui (li''jeiiiier de lait ch.iud ; nous eûmes soin de nos bestiaux, puis nous iiiuis assîmes sur l'herbe tendre : mes |ietils garçons, iiiipatients el curieux, les yeux fixés sur moi; leur mère, dans une silencieuse réflexion, les mains jointes et le regard souvent tourné vers le ciel; et iiioi,a\'ec le plus vif désir de graver profondément dans le jeune coMir de mes enfants ce que I je rcjïardais coinnie tout ce (pi'il y .1 de plus ini|iortaul pour ce minide et pour l'iiiilre.

Après avoir lait debout la iirii're conformémenl à la liturgie, que je savais p,ir eieiir, et chanté (piehiues versets du psaume cxix'', (pic tous mes enf.iiils avaient appris, nous nous ;issîuies de noiiveaii et je commençai :

LE ROBINSON SUISSF.

« Mes chcrs cnlaiits, il v avait autierois un grand roi dont le ripvainiic s'apiielait le iJUijs'je la Ii(-alitc ou du Jour, parce ipie la lumière la ]iliis pure et la plus douce y réijuait continuelleineut , et iiu'on y était dans une activité perpétuelle. Sur les tnuilieres les plus él'oirjuées, du côté du nord glacé, il y avait une autre contrée i|Lii appartenait aussi au grand roi, mais dont personne que lui ne (■(Uiuaissait l'iuimense éteiulue; depuis des temps infinis on en conservait un plan e\act dans les archives. Ce second royanuu' s'appelait le roijauvie de la Possibilité ou de la Xuit , parce que tout y était sombre et inactif.

., Dans la partie la plus fertile et la plus agréable de son empire de la Iléalité, le grand roi avait une magnilique résidence nommée la \'iUc céleste, oii il demeurait et tenait sa cour, qui était la plus In-illante dont l'iinagiualion ])uisse se iormer une idée. Des milliers de gardes et de serviteurs, élevés eu dignité, loi obéissaient, et des myriades se tenaient respectueusement eu sa présence. Les uns étaient vêtus d'une étoffe plus légère (|ue la soie et blanche comme la neige; car le blanc, image de la pureté, était la couleur favorite du grand roi. D'autres avaient en main des glaives étincelauts, et ils étaient cou- \erls d'armures des pins brillantes couleurs de l'arc-eu-ciel ; chacun d'ciu se tenait prêt ii evécuter les volontés du roi au premier signe et avec la rapidité de l'éclair. Tous étaient heurenv d'être admis en sa présence; leur visage, resplendissant de la plus douce joie, portait l'eiupreinle du calme, de la sérénité, de l'absence de tonte in([iiiémde et de toute peine. Ils n'étaient entre eux tous qu'un ecenr et (|u'une i'ime; un accord fraleruel les liait lelleiuent, (|u'il n'y avai; jamais parmi eux ni rivalilé ni jalousie. L'amour pour leur souvei-.iiu élait !<■ centre commun oii se rénnissaienl tontes leurs pensées cl tous leurs sentiments; il aurait été impossilile de les voir on de converser avec eux sans désirer passionnément et an prix de tous les sacrifices d'obtenir leur amitié et de partager leur sort. Dans le reste des habitants de la ^ ille céleste se trouvaient aussi d'antres lii)un;eois moins rapin-ochés du grand roi; mais ils étaient tons bons, l(Uis heureux, riches |);ir les bienfaits du monarque, cl , ce (pli valait encore mieux, ils recevaient sans cesse des marques de sa bonté; car t(Mis ses sujets étaient égaux èi ses yeux : il les aimait, il les traitait comme ses enfants.

Il Or, le grand roi avait encore, dans les confins de son royanme (le la lîéaliié, nue ile Irès-coiisidéralile et inhabitée , ([u'il désiriiit peupler et faire cultiver, car t(mt y était dans nue espi'Ce de chaos. Il la (leslinail | r être, pendant (pichpies années, le sijour des futurs iKuirgcois (pi'il comptait rcccxdir dans sa résidence, car il vonlait y admetln- peu à peu tous ceux de ses sujets (|ui s'en rendraient dignes pur leur bonne conduite : celte ile s'appeliiit Deincurc terrestre. Celui (pii y aurait passé (piehpie teniiis, et qui se serait rendu (ligne d'une réco"m|iense jiar ses vertus, par son application au travail et au défrichement de ce pays, devait être recn ensuite dans la ^'ille céleste et faire partie de ses lieiireux habitants.

Il Pour ;illeindre s(ni but, le grand roi fit é(piiper une flotte (|ii devait transporter les nouveaux colons dans cette ile ; il les jirit dans le royaume de l'Obscurité, et leur accorda ainsi, p(nir premier bienfait, la jouissance de l;i lumière et d'une belle nature, dont ils avaient été ius(|u'alors totalement privés dans leiPr sombre demeure, 'roiis ceux (pii obtenaient cette faveur étaient joyeux el eonlenis; car iioiisenleiiient cette Ile élait belle el fertile lors(|u'elle élait cultivée, mais encore le grand roi, toujours bieiifais;int , doniiiiit il chacun de ceux (|ui y abordaient tout ce (|iii lui était nécessaire ]i(nir y p;isser agréablement le temps (|u'il avait hxé, avec la certitude d'entrer un jourdansia niagiiifupie demeure du souverain, el d'en dexeiiir bmirl'cois en sortant de l'ile terrestre; il ne fallait pour cela ipie s'oeeiiper sans relâche h des travaux utiles el obéir siriclenient aux vidontés du grand roi. l'oiir faire coinmitre ses volontés il ses sujets, il leur enviiya son his nni(pie, et voici ce (pie ce fils leur dit de la pari de son père :

(I Mes chers enfints, je vous ai ajqielés du royanme de la Nuit et de l'Insensibilité, pinir vous rendre heureux par la vie , le senliiiicnl et l'activité; mais la jilus grande partie de votre bonheur di'penilra de vous-mêmes, vous serez heureux si vous vonle/. l'être : si c'est la votre sincère désir, n'oubliez jamais que je suis votre bon roi, voire tendre père, et observez fidi'Iemeiit ma volonté d;ins la culture du pays (|ue je vous ai confié. (;iiacun recevra, ii s(ni (lébaKpicment dans l'ile, la portion de terre (|ui lui est destinée; mes ordres ultérieurs sur votre conduite s'y tronveroul tracés. Je vous enverrai des hommes sapes et iiisiriiits ipii vous ('xposeronl mes ordres el vous les e\pli(lueroiit; et, afin ipie vous puissiez vous-mêmes chercher la lumii're nécessaire et vous rappeler ii clia(|iie instant m;i volonté, je veux que clnupie piue de famille ait une e(q)i(t exacte de mes lois dans sa maison, ])(nirles lire jinirnellement iivec les siens. Outre cela, le premier jour de ch;((|ue semaine doit être consacré ;'i imni service ; dans chaque élablissement ])arliculier, tout le monde se rassembler;!, cmiiiiie aniani de frères, dans un endroil eommiin, (u'i l'on vous lira el oii l'on vous expli(piera les lois tirées de mes archives; le reste de l;i j(niriiée, vous réfléchirez sérienseiuent el iivec gravité sur les devoirs et la desliiialion des colons, et sur les moyens d'jittelndre le Init désiré : de celle f;ieou , il ne lieiHlra ipi'ii \(ius tous d'être instruits.

de la manière la pins avantageuse, des moyens de faire valoir le terrain (pii vous a été confié et de travailler clia(|ue jour k l'améliorer, à le semer, le planter, l'arroser, à le purger d'ivraie el de tout ce qui pourrait étonlTcr la bonne semence. Ce même jour, chacun pourra aussi me présenter ses siippliipies, me dire ce qui lui manque et ce qu'il désire pour perfectionner son travail. Tontes ces requêtes passeront sous mes yeux, et je répondrai chaque fois, en aceneillantccllcs que je trouverai raisonnables et conformes au but. Si, en outre, votre cœur vous dit que les nombreux bienfaits dont vous jouissez méritent de la reconnaissance, si vous voulez me la témoigner doublement eu consacrant ii me la prouver le jour (|iii m'est destiné, j'aurai soin que ce jour de délassement, loin de vous être préjudiciable, vous soit utile par le repos de votre corps, par celui des bêtes que je vous ai données pour vous être en secours dans vos travaux , et (|iii doivent aussi se reposer pour reprendre de nouvelles forces; je veux même que le gibier des cinimps el des forêls soit , ce joiir-là , ii l'abri des ponrsuiles du chasseur.

» Celui (pii, dans sa Demeure terrestre, aura obéi le (ilns strictement à mes volontés, (|ui aura rem]>li tous ses devoirs de bon frère envers les antres habitants, qui aura conservé s;i |daiit^iti(Mi dans le meilleur ordre et dans le pins riche rajiporl, en sera récompensé, et deviendra bourgeois de ma magniliipie résidence de la \ ille céleste; mais le négligent, le paresseux, le inauv;iis sujet, (pii n'aura fait que troubler les autres dans leur utile travail, sera mis jiour la xie aux galères, ou condamné aux mines situées dans les entrailles de la terre. » De temiis en temps j'enverrai des fri'gates pour chercher (piel- ((iies-nns des individus de la Demeure terrestre, pour les récompenser ou les punir, suivant (|n'ils auront bien ou mal l'ail; el comme personne ne saura d'avance ipiand je jugerai à propos de le faire partir, il vous sera bon à tous d'être sur vos gardes, toujours |n'êts :i taire le voyiige et dignes d'arriver ii la Ville céleste. Il ne sera permis à personne de se glisser sur les frégates el de parlir sans mon ordre; il en sérail sévèrement puni .l'aurai la plus exacte connaissance de loiil ce rpii se piissera dans la Demeure, terrestre , et personne ne pourra me tromper; nu miroir magique me montrera, de la manière la plus claire el la jilus jirécise , tout ce qui se passera dans l'ile, et chacun de vinis sera jugé d'après ses actiinis et ses pensées les ]ilus secrètes, n «Tous les colons se montrèrent ln''s-conteuls du discours du roi el promirent monts et merveilles. Après leur avoir laissé (|uel(pie temps (le repos pour ])ren(lrc les forces nécessaires au travail, on leur dis- Iribua ;i chiicun une porlioii de lerniin et des iusli'nmenls ]ionr le défricher. Ils rc(;iireiit :uissi des semences, des piaules utiles, de jeuius arbres pour y grefl'er de. bons fruits : ou laissa ensuile chacun libre d'agir el de meltre il profit ce qui lui était eiuifié. Mais qn'arriv:'.-t-il :' Au bout de qneh|iie temps, clnieun voulut faire ii sa tête: l'un élabliss;iit sur son terrain des bosipiels , des parterres fleuris, des jardins anglais, très-jolis ii voir, niiiis d'aucun rapport; nu autre piaulait des pommiers sauvages, el an lieu de les greffer de bons fruits, comme le grand roi l'avjiil recommandé, il se C(uileiitait de donner un beau nom an misérable fruil(|u'il cultixait; un troisième semait, il est xrai , de bon blé; mais, ne sachant ])as dislinguer l'ivr;iie, il arrachait le froment ;ivant sa maliirilé, el ne conservait dans son champ (|iie le mauvais grain : la plupart laissaient leur terrain en friche, s:ins même le labourer, parce ipi'ils avaient gâté leurs outils on perdu leurs semences, soit par néglijjcuee, soit par une légèreté ini nue paresse qu'ils ne cherchaient pas a vaincre, aiiuanl mieux s'amuser ou ne rien faire (pie de Iravailler. plusieurs n'avaienl pas voulu ciniiprendre les inslructions du grand roi ; d'aulres chcLchaient par des siiiililités a eu corrompre le sens.

» Peu, fort peu travaillèrent avec courage et diligence, d'après les ordres ipi'ils avaient rciMis, el cherchèrenl it mettre leur terrain en bon rapport. Le i;ran(l mal ven:iit de ce (pi'ils ne voulaient pas croire tout ce (lue leur grand roi leur av;iit fait diri' : ii la vérité, tous les pi'i'es de famille posséihiient une copie des volontés du souverain , mais la jibiparl ne la lisaient ]);is; (piel(|ues-iins dis;iienl (pi'il était inutile (le la lire , )i;irce ipi'ils la savaient par Cd'iir; et ce]H'ndaut ils ii'v pensaient presque jamais : d'aulres prélendaienl (pie ces lois étaicul lionnes pour le temps passé et ne v;ilaieiit plus rien pour l'état iicliiel du pays; ils avaienl même l'audace de dire (pi'il s'y tr(nivail des coiitradi( lions incxplicaliles, cl ne voulaient poiirlant pas aller demander des éclairiisseiiicnls il ceux ipii eu ax';iieut fait nue élude parti(uilière ; d'aulres encore suiilinaienl (pie ces lois ('laieut supposées ou falsifiées, el (pi'ils étaient, par conséipient , en droit de s'en écarter autant qu'il leur plairait. De Icmps eu temps, il y eu avait même (|iil osaient dire ipi'il n'y ;ivail point de roi :iii-(lessus d'eux ; (pie. s'il j en ;ivail un, il visiterait ses Klals et se ferait vyir pielqnelois ; d'iintres croyaient hien (pie le gcand roi exislail ; « mais, disaientils, il n'a hesoin ni de nous, ni de noire service, piiis(|u'il est si grand, si heureux, si puissant : n'esl-il pas trop élevé pour songer il ce qui se ])asse dans une petite colonie éloignée ' » (inehpies-iins assuraient (pie le miroir m;igi(|iie élail une f.-ilile ; (|ne le roi élait Iriqi lion pour entretenir des galères; ipi'il ii'avail point de mines souterraines, et (|ue tout le monde eiilrerail, il la fin, dans Sa \ ille céleste. On eélébrail encore par habitude le premier jour de la seiiniine, mais une petite partie seule en était consacrée .1 honorer [c grand roi : beaucoup

LE ROBINSON SUISSE

se dispensaient d'aller à rassemblée RÔnérale, ou par paresse, ou pour se livrer à quelipie travail, nialijré lu (IcCcuse expresse qui leur en avait élé laite; la plus ijrande partie peusail ([ue le jour du repos n'était destiné ((u'au plaisir, et dès le malin ils ne sonijcaient <|ii'ii se jiarer et à s'amuser. Il n'y avait diiiu' qu'un très-|ielit nombre de i;ens qui le célébrassent d'après sa destination ; et nu'uie ceux (jui se rendaient exaeteinent à l'assemblée, au lieu d'écouter ce (|Me leirr disaient les pré|iosés du souverain, étaient ou distraits ou enilormis, ou occu|)(s de mauvaises pensées, ('ependaul le ijrand roi suivait la marche immuable qu'il avait annoncée : de temps eu temps paraissaient qucl(|ues iréijatcs (|ui portaient les noms désastreux de plusieurs maladies et (|ui étaient suivies d'un l'.ros vaisseau de liijne nommé Ir Tomlieait, sur lequel l'amiral Mart taisait llotler son pavillon (le i\rn\ couleurs, verte et noire : il montrait aux colons, suivant la situation dans laquelle il les tnuivait, ou la riante couleur de l'espérance ou la sombre teinte du désespoir.

» (Jette flotte arrivait toujours sans être annoiu'éc et ue faisait aucun plaisir à la plupart des habitants. L'amiral envoyait les capitaines de ses l'réj^ates se saisir de ceux i]u'il avait ordre d'emmener : bien des planteurs qui n'en avaient nulle envie lurent subitement embarqués; d'autres, qui avaient tinit préparé pour leur récolte, et dont le terrain était dans le meilleur état, li' lurent aussi; mais ceux-là parlaient Ifaienjent et sans crainle, sachant bien ipiel bonheur les attcmlait : c'étaient ceux ipii avaient le plus mal cultivé leur terriiin cpii p;irlaient le ]ilus a conlre-eicur ; il (allait même (|ucl(|uei'ois <'mplojer la force pour les y contraindre; mais la résistance lU' serv.iil ii rien. I.tuand la flotte était charijée, l'amiral cinijhiil vers le|iortde la résiilence royale, et le ijrand roi , (|ui s'y trouvait présent, réparlissait avec une sévère justice les récompenses et les punitions qu'il av;nl annoncées. Toutes les excuses (|ue les colons néj^iiijenls allé};uaient pour leur justification étaient iiuililes; ils allaient travailler aux mines et aux i;alères, t;unlis que les bons insulaires qui avaient obéi au grand roi et bien cultivé leur terrain étaient admis dans la ] ille crlesle , revêtus de robes brillantes et élevés à différents i^riules, suivant (|u'ils les avaieiil plus ou moins mérités. » Voilà ma parabole finie, mes chers enfants; puissiez-vous l'avoir comprise et la mettre a profit! faites-en le sujet de vos réflexions pendant celle journée. Toi, Fritz, mon aîné, tu es là tout pensif; dis -moi ce ijui t'a le plus frappé dans ma narration.

Fiuiz. La bonté du grand roi et l'ingratitude des colons, mon père.

LE l'ÈRE. Et toi, Ernest?

F.RMEST. Et moi, je les trouve d'une bêtise excessive de n'avoir pas mieux calculé : que gagnaient-ils à se conduire ainsi? Avec un ])eu de soin et de peine, ils pouvaient ])asser une vie agréable, même dans rile, et de là aller sûrement à la ]'ille céU'sle.

JACK. Au\ galères, aux mines, messieurs! vous l'avez bien mérité.

nuMiois. l'our moi , j'aurais préféré aller vers ces beaux hommes habillés comme l'arc-en-cicl : ah! que cela devait être beau!

IF. l'ÈriE. Fort bien, mes enfants; chacun, suivant son âge et son caractère, a saisi le sens de m;i parabole. Je vous ai représenté, ]iar celte image, la conduite de Dieu envers les hommes, et celle des hommes cnvi'rs Dieu ; voyons maintenant si vous en avez bien saisi le sens. » ,Ie leur fis alors des questions; je leur expliquai ce (|u'ils n'avaient pas compris ]iarfaiteiiicnl, et a))rès un court examen des principaux points de mon discours, je le terminai par une application murale :

Il Nous autres hommes, dis je, nous sommes ici-bas les (-(dons de Dieu ; nous devons, pour un |icu de temps, subir nos épreuves, et partir ensuite les uns |)lus tût, les autres plus tard. IVotrc destination ultérieure est le ciel, et la parfaite béatitude se Iroiive dans la coiiimuiiaulé avec des êtres pins relevés et plus parfaits, et dans la présence de notre l'ère miséricordieux. La culliire ipii a été cmifiée à chacun de nous est son iliiie, cl, suivant qu'il la cultive et l'ennoblit, ou (|ii'il la néglige et la déprécie, son sort futur sera nalurellcmeiil pinson moins heureux. A inéscnt, mes clicrs enfants, ipie vous savez le vrai sens de ma parabole, faites-vous-en l'apidicition, chacun selon sa conscience. Toi, b'ritz, pense aux planteurs de pommes sauvages, qu'ils veulent faire passer pour des fruits doux et savoureux, d'une nature supérieiiri! : ce sont ceux qui font parade de ipiclqucs verlus naturelles qui tiennent à leur caractère, et qu'ils n'ont, par coiiscipieut , ;iucuiie peine à exercer; ipii les préfèrent aux ipialilés plus ess( iitiellcs(pic' d'autres mit acquises avec travail, et (|iii, pleins de présomption et de fierté, se regardiuit coiiime irré]u-o(liables, jiarce que la nature leur a diuiné de la force, du courage ou de l'adresse.

" Toi, Ernest, pense aux cultixateurs des jardins anglais cl de jolis arbres sans fruits : ce sont ceux qui s'adonnent ciitièremenl aux counaissanees et aux sciences infruclueuses, et regardent avec une espèce de mépris ce (|ni est le plus nécessaire a la cmiduite de la vie; ceux (pii s'uecupiuil seulement de leur esiirit cl négligent leur C(eiir; i-cux ipii ne pensent qu'à mener sans peine une vie X(duplueuse et ne \culenl pas s'occupir de choses utiles.

» \ DUS, Jack et François, pensc-z à ceux qui laissenl leurs champs en Irii-he cl sans les ensemencer, ou qui, dans leur étourderie, se

trompeni de graines et sèment de l'ivraie en place de froment : ce scuit les négligents, les étourdis, qui n'apprennent Jias , ne pensent pas, jettent au vent ce cpi'on leur enseigne, l'oublient le lendemain et mettent de côté les bons sentiments [lour laisser germer et ertn'lrc les mauvais. Mais niuis autres, nous prendrons pour modèles les bons et zélés travailleurs; s'il nous en ccu'ite un ]icu de peine, pensons à la récompense ipii nous attend lorsi{ue nous aurons embelli nos àines de tout ce qui est bon, juste cl hniable, afin ([lie, ipi.ind la mort nous appellera, nous puissions l;i suivre avec joie dexanl le IriJnc du féiiereux et grand roi, ipii , d'une voix tcu'lre et consolante , adressera à chacun (le nous ces douces |)aroles : (J toi, fidèle serviteur, tu as clé éprouvé et trouvé sage et bon; entre dans la joie de ton Seigneur ! 11

Je terminai la solennité de notre dimanche par ces mois et par une courte prière de bénédiction, et j'eus la satisfaction de voir nonseulement (pie mes ipialre fils m'avaient écouté attentivement, mais encore (pi'iis étaient frappés de l'application (pie je venais de faire à chacun d'eux. Us restèrent ipielquc temps à réfléchir dans un silence que Jack rom|iit le premier : « Vous nous avez expliipic toute la parabole, mon père, !i l'exceptiim de cette cojiie des lois du grand roi i[iic clhupic famille doit avoir et lire avec les siens; est-ce que vous en avez une? vous ne nous l:i lisez jamais !

lE ri-aïK. Hélas! mes entants, j'en ai toujours eu non sculcmenl une iu;iis plusieurs, et presipie touj(Uiis nous en avons lu. Cette copie, c'est la sainte llible . oii sont contenues les lois de Dieu, lois (|iie tout être pensant doit méditer avec soin. Je ne ]iuis me pardininer de n'avoir ]>as jiensé à la prendre dans le vaisseau; si nous ne la relrouvmis plu.-, nous serons a jamais privi's de cette divine doctrine. Esl-il possible ([lie moi, [lastcur du saint Evangile, ]ière de famille, je me sois occii|)é de tout ce (|ui [iiiuvait convenir à ce cor|)s [lérissable, et que j'aie oublié ce ([ui devait nourrir et consoler mmi àme iiii mortelle, un livre ([iii serait si nécessaire à mes enfants?

i.A MÎiRE. As-tu donc oublié, mon ami , mon sac enchante, qui le fournit tout ce que lu désires? Tu veux une liible? eh bien! je te promets ([lie, dans un moment, lu vas en avoir une, et je me réjouis de tout mon c(eiir de pouvoir te la donner.

IF l'iiiE. O la meilleure, la [ilus excellente des femmes, combien tu me fais honte ! l'cndant (|u'au milieu de la tem[ièle et de la confusion lu [icnsais à tant de choses nécessaires à la vie, et dont nous autres lioiuiues dédaignions de nous ociu[ier, tu as eu soin aussi de ce i|u'il y av;iit de [dus essentiel , du salut de notre àme : grâces t'en soient rendues! Donne-moi ce luécicux livre, ee.s docniucnts du grand roi, dont je viens d'entretenir nos enfants, et ([ue nous voulons, dès ce moment, prendre pour base de notre conduite.

Elle ouvrit son sac, et ce fut avec une joyeuse cniotion (|iie je reçus d'elle le livre de vie; je l'ouvris, et j'en lus tout de suite ([uelques jiassaijes à ma famille. iNous fûmes singulièrement saisis dans cette solitude, où (Uqiuis si longtcm[is nous n'avions ouï ((ue nousmêiiics , (rentciidre comme une voix du ciel qui s'adressait à nous; nous sentîmes vivement ([ue, malgré notre exil, nous étions encore ;issociés à la grande comiiuinaïUé des hommes [lar ce lien invisible d'une même religimi et d'un même [lère ; nous étions toujours ;iu nombre des enfants de Dieu, auxi[uels il dicte ses lois, et dinit il a soin dans un désert comme dans une immense ca|iitale. Notre ilc, où il n'y avait que notre famille, était aussi intéress;inle à ses yeux que des nations et des peii[iles. Je mis toute ma science à ex])li([uer ce (|ue je lisais, et je donnai cnsuilc lour à tour à cliacun de mes fils le saint livre, |)Our ([u'ils eussent Ions le [ilaisir d'en lire (|iieli|iies pages, .le choisis de préfi-reuce les luorceaux (jui pouvaient s'applitiiicr à notre situation : nous élcxàmcs nos c(eiirs à l)icii [lonr lui rendre grâce (lu bienfait sigKalé de la liible conservée, a|ir('s ([uoi nous léluuignàmes aussi notre reconnaissance à rexccllentc mère à ([ui nous devions ce [irésenl. iMes jeunes gens restèrent ([iiel(|U(^ temps [lensifs cl lian(|uillcs ; mais peu à [icii la b'gèrelé de leur âge [irévalul , chacun s'échaïqia de son côté; ceiiendant , comme ils (troyaient ne [loiivoir entreprendre aucune afl':iire , ils allaient çà et là avec l'air de l'ennui [duti'il qu'avec celui de la réflexion. Je vis bicnt(>l qu'à cet âge rame est encon! triqi [lauvre [lour jioiivoir se sulVire à elle-même et [lasser une journée entière sans occiqialion. Je les ra[i|ielai donc, et je leur dis que le bon roi n'exigeait |ias d'eux une trop grande inaction, cl (pi'il leur iicrmettait, [lar ma voix, i\it s'amuser et d'eni- [iloycr à leur gré le reste de la journée, .lack demanda mon arc cl mes flèches; il voulait faire l'essai des dernii'res, ;i[irès les avoir armées des (lards de son |iorc-é|iic. Fritz eut envie de travailler à son bel étui de clnit tigré, et me [iria de lui donner des coiiscils. Le [lelll l'rançois me mil aussi en activité; il voulait (|U(! je lui fisse un arc et des flèches, n'osant [las encore tirer des armes à feu. Il f.illiil bien céder à la volonté de mon cher pclil dernier, cl je me mis à l'oux rage. Après avoir donné à Jack ce ([u'il dcmaiidiiil avec inslanee, je r instruisis comment il devait d'abord faire sortir le sable ([ne j'avais introduit (huis les rose;inx, [mis comment il [larviendrail ii ada[ilerles [loiiiles et à consolider ce travail avec de la ficelle et de la colle.

« (lui, oui, me dit JacU en secouant sa mutine tête, c'csl fiirl bien, pa[)a ; ayez seulcmeul à [iréscnl la bonté de m'iudiipicr la boiiti([iie du marchand de colle, [loiir ([lie j'aille en acheter.

LE ROBINSON SUISSE

— Je te l'appieiulrai, moi, dit en riant le petit Fi'iinrois; adressetoi à maman, elle le donnera une de ses tablettes de bouillon, qui ressemblent paiiailement à un morceau de e(dle forte.

— Petit imbécile, lui dit Jack, crois-tu qu'il suflise que cela y ressemble? J'ai besoin de colle, cl non d'un consommé.

LE pÈbe. Pas si imbécile, monsieur Jack : la vérité sort souvent de la bouche des enfants, et vous ferez fort bien de suivre le conseil de ce petit garçon : pour moi, je suis convaincu qu'une tablette de viande fondue dans très-peu d'eau, puis épaissie par la cuisson, doit faire une très-bonne colle; ))rends-en une, mets-la sur le feu dans une coque de noix de coco; il faut au moins eu faire l'essai. »

'^'^ JkM.

Le petil François avait son arc à la main et sun carquois d'écorce sur l'épaule.

Pendant que Jack préparait sa ((die, et que François, lier de l'avoir inventée, l'aidait eu souûlaiil le feu, Kril/. vint me dcuiander des c\plicali(Uis sur la niauière de fabri({iier son étui : « ^ a cbcrclier la peau, lui dis-je, et tu travailleras près de moi.» Je m'assis sur l'herbe, je pris mon couteau, et je commciu;ai à faire un petit arc pour I* rauçois avi'C un reste de bauibou. J'étais enchanté (|u'ils prissent tous la fantaisie de tirer de l'arc, cl je désirais qno par l'haliitude ils pussent se ]>erfeeliiunu'r dans cet exercice, qui était l'arme des anciens ijuerriers, el (jui pouvait devenir par la suite notre seul moyen de défense et de subsistance : noire incivision de poudre devait finir ]iar s'épuiser, nous pouvions d'ailleurs la perdre d'un luoiiicnt à l'autre par un accident; il était donc très-utile d'avoir un autre moyen de chasser et de tuer noire ijibicr el nos ennemis. Les Caraïbes, peiisai-je, parvienuenl très-jeunes à toucher di' leur fleclie, à la distance de Irciite ou <|uarant(' pas, le centre d'une cible pas [dus i;rande ((ii'un écii ; ils lireiit les plus petits oiseauv au soiiiiiiel des plus jjraiwls arbres; mes ]',arcous peuvent parvenir à eu faire autant, Cl je veu\ les pourvoir d'arcs el de lli'ches.

IV'iidanl ([Ile je réfléchissais ii cela eu travaillant ii l'arc At- l'r. niçois, Erncsl, qui m'avait re[;ardé faire mou ou\ r.i!;e pendant (piel(|uc temps, s'échappa sans être aperçu; coiiiine au mèiiie monicut l'ril/. arrivait avec la ])eaii mouillée du chat tiijié, je ne remar(|uai pas rabsence d'Ernest. Je coiiiineneai mes instiuetions à mon aine sur le métier de tanneur; je lui appris ii bien dégraisser la peau en la frotlaiit avec du sable el la reiiieltaut d:uis l'eau courante, jusqu'à ce ([u'elle n'eût plus vestige de chair et (lu'clle fut sans oileiir; je lui conseillai ensuite, pour l'assouplir, de la frotter avec du beurre salé, de l'étendre eu tout sens jusi|u';i ce ipi'elle devint flevible, el d'employer aussi à cela (picl(|ues-uns des teufs de nos poules, si sa maman voulait lui en céder, puis de recoiniiu'ncer avec des cendres chaudes. «Tu ne feras ]ias encore, lui ilis-je, des étuis aussi beauv (|iie ceuv (|ni sorlcnl des fabriciues ani;laises; mais, avec de la patience, cl en ne plaii',uant ni ton liiiips ni ta peine, tu peii\ en avoir de Irès-judpres, et qui le Icronl d'aulanl plus de plaisir (pi'ils seriuit le fruit de ta ehasM' cl de ton trav.iil. (>uand la peau sera ainsi préparée, coupe de petits morceaux de bois de la forme el de la dimension des quatre

cuisses du chat, partagés en deu\ ; creuse chaque partie avec un ciseau, de manière (|uc les couverts puissent y entrer facilement; tu tireras ensuite sur ces espèces d'étuis la peau mouillée, de façon qu'elle dépasse un pieu le bois el le garnisse à l'entrée; puis lu la laisseras sécher et s'adajiter d'elle-même sur ces moules : alors ton ouvrage sera fini et le fera honneur.

Fiirrz. Je comprends fort bien, el j'espère réussir; mais, si je prenais du liège ])0ur mes moules, les étuis seraient plus légers el plus commodes à jiorler.

LE rÈKE. Sans aucun doute; mais où prendras-tu du liège, et comment le creuser ? C'est un bois rcvèclie, el (pii résiste au couteau.

FRITZ. Oh ! si vous vouliez me permettre de prendre un des corselets de liège dans lesquels nos brebis oui nagé, j'essayerais de le creuser avec du feu.

LE pîiBE. X la bonne heure, mon fils, j'aime qu'on invente, qu'on cherche ce qu'il y a de mieux. Nous avons, en effet, plusieurs de ces corselets, et j'espère ipie nous n'en aurons plus besoin; prends-en un, mais ne va pas le gâter en le brûlant. Ou'as-tu donc, chère maman? lu secoues la lète. Tu ne parais pas satisfaite de l'ouvrage de ton fils?

LA »Ù;re. De son ouvrage, oui, s'il en vient h bout; de sa destination, non, ]ias du tout. Croyez-vous que je vous donne ainsi les couverts d'argent du capitaine pour les traîner avec vous dans vos courses, el risquer de les perdre? Je ne les regarde point comme étant il nous. Que dirons-nous au capitaine si nous le retrouvons un jour?

JACK. Que sans nous ils seraient au fond de la mer, oii les requins ne les lui rendraient pas ; ipie c'est nous qui les avons sauvés, et que nous ne somiius pas non ]iliis obligés de les rendre.

LA Mi;RE. Tu t'associes donc aux rec|iiins, mon cher petit? J'es])ère que lu as une plus haute idée de ton être, et, si lu y penses bien, lu verras qu'eu équité et justice nous ne devons rei;arder ces couverts, et tous les objets ipii ont une valeur réelle, que comme un dépôt qui nous est confié, et ipic nous devons tâcher de conserver. Je crois

Jo donnai un coup de mon acier, ot dans l'instant la moelle sèche et spongieuse fut allumée.

bien ecpeiidaiil i|ue , les ayaiil sauvés aux dépens de notre vic\ nous avons le droit de nous en servir pour nolr(' usaijc pi'iidant que nous sommes ici, dénués de tout secours; mais, si nous trouvons jamais ceux à qui ils appartieniiciil , nous devons li's leur rendre.

IBITZ. El je crois que iiionsieur le capitaine, tout eapilaine qu'il est, ne siu-a pas fâché de les retrouver dans un magnihqiie éliii de peau de chat tigré (pie je lui donnerai pour conserver son argenterie! » ,

Je riais de l'oiiMH'il de imui pelil laiilaron, lorsqu'un coup île leii se fit entcndic sii'r l'arbic de noire eliambre il coucher, el deux oiseaux toinbi'rciit presque il nos pieds. Nous fûmes à la fins ell rayes et surpris, el tous les regards se portèrent en haut: alors nous vîmes

Paris. Ty|iof;rapIiic Piiui Irrrps. inipriiiipiir!^ (le riàiipcifiir, rue de \'uu(;irdi'(J , 'Mi-

LE ROBINSON SUISSE

Enicst (UOioiil (lovant la clianilno oiivcrti', son fusil à la main, criant d'un ton tiioiniiliant : " Attrapés, attra]irs! ces dcuv-là n'ont pas cic manques; j'ai lait ma cliassc aussi, messieurs les chasseurs! » Joyeux, il descendit ])récipitaninient de l'éciielle, cl courut avec François ramasser les d<'iiv oisean\, i)cndant (|ue iM-itz et ,Iaek grinipaieiil a leur tour au rliàleau de l'arlire, avec l'espoir d'en l'aire autant. Je les reniar(|uai coniine ils étaient près d'arriver, et je leur criai vivement : a (Ju'est-ce i|ue vous allez ilonc l'aire? A vez-vous déjà oublié le ijra'iul roi, qui veut que les oiseaux ilu ciel et les bêtes des champs aient aussi leur repos le jour qui lui est consacré? Je suis hssez fâché ((u'un de mes fils lui ail <léjà désobéi, o

Ces paroles arrêtèrent tout à couji le zèle des petits chasseurs, et diminnèrcMl la joie d'Ernest; il baissa les yeu\ en roU!;issanl sans chercher à s'excuser, tandis (|ue ses frères redescendaient lrani|uilleiiient l'édielle, et ven:iienl examiner le gibier qui ét.iil tombé. L'un des oiseaux lues était de la petite espèce des grives, cl l';uitre d'une très petite race de pigeons, que l'on nomme ortolans dans les Antilles; ils sont très-gras cl d'un ifoùt délicieux. Eu même leuips nous remarquâmes avec plaisir que les ligues sauvages coiuineiicaient h mûrir, et ([u'el les attiraient une (|iLanlilé de ces oiseaux ; de sorte que je prévis <[ue nous allions axoir notre crochi't bien garni, et sur notre labié un mets (|ue les plus grands seigiuMirs nous envieraient. ^l• consolai mes fils du reproche (pie je leinavais adressé eu les einoii-

rageanl à en tuer les jours .suivants autant qu'ils le pourraient: je savais (|ue,

rôti à demi et mis dans des

tonnes axec du beurre fondu

dessus, ce gibier se conservait à merveille et ])Ouvail

nous faire une bonne provision, ainsi (|u'uiie ressource

pour la mauvaise saison. Ma

femme se mit à plumer pour

notre souper les oiseaux

(prErnesl .avail tués ; je

m'assis à coté d'elle en continuant il faire l'arc et les

flèches de Fraïu^ois, cl je

dis à la buiiue ménagère

qu'elle trouverait dans l'abondante récolte de figues

de ipioi épargner la gr.iiiic

pour nourrir nos poules et

nos pigeons, qui s'en iV'ga-

leraient sùrenicnt aussi bien

(pie les ortolans; cet esjioir

lui lit grand plaisir.

Ainsi finit notre jour de

repos. I.a chasse d'IOrnest

fut trouvée excellente; mais

il n'y avait pas de ipiiii nous (loniier une i

cl la piière dite, niuis nuMilàmes tous en

cl nous ,ill.'iiMes dans nos hamacs goûter la douceur du

être aussi l';itigués ([ue la veille.

LcÀ kanuuroos

iliî;r'.l'niit. } .v souper 11111 , pnKTSsioii nuire éclielle ,

Page 1