CHAPITRE XIII
Conversation, promenade, découveilo im|iortanlo.
I.oiii'.tcmps avant diner, Jack avait fini d'essayer ses flèches; elles allaient k merveille, et il s'exerçait h tirer, l.c pelil l'rancois atteiiibiit avec iiiipatieiice le moiuenl d'en faire autant et suivait des yeux mon trav:iil; m;iis , lorsipie j'eus fini mon arc et préparé pour lui (pichpies petites nèclies, il fallut ahsidumeut lui f;iire un ciinpiois; car, me disait-il, un tireur d'are doit avoir un caripiois tout comme un soldat a une gihenie. Il fallut le conleuler. .le pris l'écorce d'une lir.iuciie (l'arlire (pii se trouvait di'jà arriuidie; et avec la colle des tMJ'Ictles de viande, ipii se trouva biuiue, je lix:ii l'une ii l'autre les deux parties que j'avais r.ipprocliées ; je mis ensiiile un fond îx ce lanpiois cl j'y aibiplai nue hcelle pour le pendre au cou de l'enfant. Il le g;irnit de fleclies, prit sou arc ;i la main, et, content comme un chevalier armé de toutes |)ièces, il ;illa joindre son frère pour s'exercer avec lui. l'ritz avait aussi nettoyé et préparé les misses du chat 20!.
tigré, lorsque la bonne mère nous appela pour le dîner. Nous nous mimes joxciiscment à l'ombre sous notre bel arbre, autour de la table que j'av;iis préparée : ce fut à la fin de ce repas que je lis a mes enfants la proposition suivante, persuadé d'avance qu'elle leur plairait.
Il ]Nc seivil-il p.is bien, mes cliers amis, leiirdis-je, de dminerdes noms à notre demeure et aux dillérentes p;(rties de ce pays (jui nous s(uit connues? >>ous ne parlerons pas des ecUcs : (pii suit si ipielipie illustre voyageur européen ne les a pas di'jà baptisées ile|Miis longtemps du nom de quehpie i;rand iiavig;ileiir ou de (pielc|ue saint, et si notre ile ne hgure pas di'jà ibins des cartes géographiques? Mais nous pouvons au moins duuner des noms ;'i nos établissements, ce qui nous sera très-commode pour nous entendre ipiand nous en parlerons; cela nous procurera aussi une douce illiisiiui; nous croirons habiter nue contrée peuplée et connue. »
Tous poussèrent des cris de joie cl trouvèrent mon idée parfaite.
\\v.i\. Oh! je vous eu prie, papa, inventons des noms bien longs, bien dilïiciles à prononcer; je serai bien .lise qu'on se casse un peu la tête dans le monde ;'i retenir les noms de noire ile.
Combien ne m'a -t- il ]):is fallu de peine piuir apprendre leur Moiitiinolnini . leur Zamiudiar . leur Curoniaii- (lel . et tant (r:iutres noms plus difliciles (Uicore ! Ah !
nous leur écoreherous aussi la bouche et les oreilles.
LE l'ÎRF.. Oui , si l'on ;ippreiid jamais l'existence de notre pays et de nos noms, et si l'on nous trouve ici; en attendant, ce serait notre propre lioiicbe (pie nous f.itiijuerions à (u'iuioncer sans cesse des noms barbares et incompréhensibles.
îACk. Comment fcroiisiious donc? quels jolis noms pourrions-nous trouver?
11: ri:iii:. \(his l'eriuis comme ont l'ait tous les peuples de la terre ; nous iiidi(pierons les endroits, dans notre langue maternelle, d'après les circonstances ipii nous oui le plus frappés.
I m;k. Oui, oui ! fort bien !
ce sera encore mieux: par oii commcnceriuis - mois donc?
i.E pi-iiir. IS'oiis commencerons naturellement par la b;iie oii noussiMUUiesd'abo rd entrés. (Comment l'iippellcrons-nous ' allons, mou Fritz, parlez le premier, vous qui clés l'aine.
Kiirrz. I.a Imif au.r Huîtres : vous savez comliieii nous y en avons trouvé.
lACK. Oh non! plutôt la kn'r du Homard : vous vous rappelez bien celui qui m'empoigna si fortement la jambe et ipie je vous apportai. KiiNF.ST. .Mors tu pourrais la nommer aussi la liuio di's l'iciirs : le raiipelles-tu les beaux cris que lu poussais?
I.A Mi'ciiE. Mon avis, à moi, serait, par reconnaissance envers Uicu,
qui nous y a si lieureiisemenl conduits, de l'appeler la Imie du Salul.
i.E rùuK. Voil.'i un nom juste, sonore cl (jui me plait beaucoup
clu'ue amie; mais (piel csl celui (pie nous choisirons |
place oii nous nous élalilimes d'aliord ?
i-iiiTZ. 'l'oiil simplcmiiit /rllheim.
pour demeure.
IK ri lu . A la lioTHic liiiire; ce nom lue plaît assez ('t me parait ible. V.l le lu'lil ilol. à renln'C de 1
loiir dcsiiïner la nous V avons eu une U'iilo
du .S.iiiil , oii nous
uistrucluiu I"
)li'c |ioi(l . ipicl nom lui
conven.ti
trouvâmes des bois donnerons-nous ?
EiiNEsr. Nous pouvons le nommer Vili' des Mouettes, ou l'//r ilu Hcquin : c'est là (pie nous les avons trouvés.
i.E l'iiiE. Je suis pour ce dernier nom, Vik du Ucquiji. C'était le requin qui élait hi c:iuse de la présence des mouettes, et cette dénomination élernisera le courage et la vi( loire de Fritz , ipii monstre marin.
tue
LE ROBINSON SUISSE
lACK. Par la mémo raison, nous appellerons le marais oii vous avez coupe les cannes pour nos flcches le marais des Flamants.
lE I'i're. Oui, num fils; et la plaine par oii nous avons passé pour venir ici, le champ du l'uic-Epic, en uicmoire de lou adresse. Mainlenanl vieni la fjrandc question : commcnl devons-nous appeler notre demeure actuelle?
EK.\EST. Simplement le château de V Arbre (flauinschloss).
FRrrz. Non! non! cela ne vaut rien; c'est comme si on voulait liaptiscr une ville et qu'on rap])elàt la \ ille ^ inventons quelque chose de jilus noble. Quant à moi, j'aimerais micu\ nid d'Aiyte {Adlerhorst); cela sonne mieux. IJans le fond, noire demeure sur un arhrc est plulôt un nid qu'un château, et l'aigle l'ennoMil, puisque c'est le roi des uiseaus.
LE rÈi\E. Eli bien! je vais tous vous arranger, nous rappellerons Fall.enhorst ' ; car, mes ]iauvrcs enfants, vous n'êtes pas encore des aiijles, mais de vérilaliles oiseaux de jjroic, et vous serez, j'espè're, dociles, obéissants, prompts et courageuv comme les faucons. Ernesl n'aura rien à objecter, car les faucons nichent sur les plus grands arbres.
LES E^FA^■^s fen frapp;inl des mains). Oui, oui! FuUicnhorsl: c'est un nom chevalcres(|ue. « Salut, cbàleau de Falkenhorsl ! » dirent-ils en regardant le baul <le l'arbre et en s'indinanl. .le versai à chacun d'eux un petit verre de vin doux pour soleiniiser ce bapicme. <t El comment, leur dis-je, nommerons-nous le promontoire où Fritz et moi avons en vain cherché des yeux nos comiiagnons du vaisseau? Nous ])ourrions, ('c me semble, l'apiieler le promontoire de l'Espvir trompé.
LES ENFAMS. Oui, fort bien! Et le ruisseau avec le pont?
i.E l'iiKE. Si vous voulez aussi éterniser un de nos grands événements, nommons-le le ruis-eua des Chacals: c'est par là ([u'ils sont venus nous attaquer, c'est lii que l'un d'eux a péri ; et le pont, le pont de Famille, parce que nous l'avons tous construit et traversé en famille pour nous rendre ici.
JACK. A présent, c'est un )ilaisir de |iarlcr de notre pays; tout y a son nom, donné par nous, comme s'il nous a]ipartenait.
EKNEST. (!'est comme si nous avions des fermes, des maisons de camp.igne dépendantes de notre château!
FiiANçois. C'est comme si nous étions rois.
i.A MÈRE. Et la reine mère espirc que tous ces petits roitelets seront bienfaisants pour leurs sujets, les petits oiseaux, les agoutis, les
oies, les Damants, les que sais-je ? j'ignore les noms de famille
de vos vassaux ; mais vous ne dé|)euplerez pas votre royaume.
rurrz. Non, bonne mère, nous tâclicrous seulement d'en e\tir|icr les méchants. »
C'est ainsi (|u'en babillant nous ]i;issàmes ;igréablement le temps du diner, que nous prolongeâmes plus que les jours luivrierS. JNous |iosàiues les l'iiudemcnts d'une géographie de noire nouvelle ])atrie, et nous déi'idàmcs de l'envoyer en Europe par le premier cou nier.
Aussilol après le diner, l''ritz alla de nouveau travaillera sou étui et se servit d'un de nos eorsidcls de liégc, c|u'il eniri'prit de couper pour en doubler les cuisses de sou chat. « Alais, au nom du ciel, lui dis-je, oii as-tu pris ce corselet? tu m'as bien allr.ipé, je croyais les avoir tous laissés il /n'Itheini dans notre tente; et lors(|ueje le permis, ce matin, d'en prendre un, c'était dans l'espoir i|ue, te lass.int d'attendre, tu te servirais de (|uel(|uc autre bols cl (|uc le corselet serait sauvé : ii présent il faut (pie je ferme les yeux, car je n'ose retirer ma p.irole; mais dis-moi d'oii tu l'as lire. — C'est moi, me dit ma femme, qui l'avais arr.ingé comme une selle sous mon |)etit l'rancois quand je le mis sur j'âiu' ; tu ne l'avais ])as remar([ué, mais rien n'échappe aux yeux de lynx de .\I. l'rilz.
— Eh bien, qu'il s'en serve pour son étui, s'il le peut, répli(|oai je; il exercera sa patience à le couper. — J'en viendrai bien ;i bout, » dit-il. Nous le laissâmes faire, et j'allai au devant de .lack, <|ui arriviiit traînant ,ivec ])eine la |jeau de son porc-épic eiu'ore iirruée de tous ses pirpiants, ii re\c<'pli(ui d'une douzaine qui avait servi pcniinos flèches; il l'étcndil à mes picils, en me priant de l'aider à lair<' des cottes de m;iilles ou des cuir.isscs li nos deux <'lMens, comme je le lui avais promis; cette idée ne lui sortait pas de la tèlc. \près lui avoir fait lu'itoycr couiplétemcnt la peau eu dedans avec ilu sabb' et (les cendres, je l'aidai moi ;i l;i cou|icr et sa mi're :i la g'arnii" de bandes. Cela fait , nous ])osàmes la première à demi sèche sur le dos du ]iatient Turc, (pii avait un air tout ii fait guerrier et respect.ibb' avec celte défense; et sous ce harnais il me parut sullis.immi lit arini' pour se battre, fût-ce même contre une hyène.
I,e camarade lîill trouva peu de jilaisir à |iorler ce costume. Turc, qui ne connaissait pas le ilanger de sa nouvelle parure, s'approchait trop de son ami ou voulait se coucher ii côté de lui; celui-ci s'éloil'.nail brus(|uemcnt et ne savait oii se cacher pour se mettre ii l'abri des familiarités pi(|uantes de siui compagnon.
Jack finit sa découpure par la peau de la tête, i|ii'il cliiMlil sur une racine pour la faire sécher cl en faire ensuite, à son usage, un biinnel qui devait effrayer tous nos ennemis, et, en attendant, nous l'aire rire.
' En allemand Fulkenhor^t siicnific oin' tie faucon.
Pendant notre travail, Ernest et François s'étaient exercés \\ tirer de l'arc. La soirée avançait, et l'ardente chaleur du jour commençait à se calmer : j'invitai toute ma famille à faire une promenade. « Enfants, laissez lit votre travail, leur dis-je; nous allons nous mettre en marche, et, pour finir convenablement cette journée, nous chercherons dans la belle nature des traces de la sagesse divine et de la bonté du Créateur : de quel côté porterons-nous nos pas?
Fiiirz. Allons ii ZiCltheim ', mon père; nous avons besoin de poudre et de ]ilomb pour éclaircir un peu demain les rangs de nos petits mangeurs de figues, nous procurer un bon diner et nous approvisionner pour la mauvaise saison.
MA FEMME. Je vole aussi pour Zeltluim ; mcui beurre tire ii sa fin, Fritz eu a consommé le reste pour sa t;iiinerie ; et ces messieurs, qui prêchent toujours une vie frugale et économique, sont très-eonteiils cependant (|uand je soigne ma cuisine et (|ue je leur présente lin dîner bien a|i|irèté.
EiîNEST. Si nous allons îi /<cltheiui, lâchons d'apporter rpichpies oies et ([uelques canards; ils seront très-bien ici dans le ruisseau de Falkenhorsl.
lACK. Je me charge de les ]ueiidre si on veut m'aider îi les ])orter.
FRAMois. Et moi je remplirai mon mouchoir d'éerevisses au ruisseau des Chacals; nous eu mettrons dans celui de Falkenliorst , et peut-être y réussiront-elles.
LE l'ÎRE. ^ laimenl, vous me donnez tous de si bonnes raisons, qu'il faut bien y céder. A Zidthcim donc, j'y consens; mais nous no prendrons pas notre ancien chemin au bord de la mer; pour varier nos plaisirs, nous en suivrons un autre. Nous remonterons ici notre petit ruisseau jusqu'il la paroi de rochers; nous passerons de lii sous son ombre bienfaisante jusipi'cà la chute que forme le ruisseau des Chacals: il nous sera facile, j'espère, n'étant point chargés, de le traverser là de pierre en pierre pour arriver à notre tente; nous reviendrons avec nos provisions par le chemin du pont de Famille et eu côtoyant le bord de la mer : nous aurons alors le soleil au dos s'il n'est pas couché. Ce nouveau chemin, mes enlanis, peut amener de nouvelles découvertes, »
Mon idée fut approuvée, et bientôt tout fut prêt pour se mettre en marche sous ma conduite. Fritz était paré de sa belle ceinture de queue de chat tigré; mais ses étuis n'avaient pu être assez complètement achevés pour les emporter; .lack marchait gravement avec son bonnet de porc-épie sur la tête, sa ceinture de chacal et ses pistolets; les enfants portaient chacun une arme et une gibecière, même lejpctil François, qui avait son arc à la main et son ear(|uois d'écorce sur l'épaule ; et, comme il était bloiul cl joli, il ressemblait à l'Amour: la mère seule était sans armes, mais elle iiortait un gros pot à beurre pour le rciiiidir au magasin. Turc marchait devant nous avec sa cotte d'armes hérissée de pointes; mais il était visiblement intimidé dans cet équipage, et s'avançait d'un pas Iraiiipiille et mesuré. Le sini'C eut aussi grande envie de nous suivre, et voulut se planter sur sa monture ordinaire, le dos de l'ami Turc. Quand il vit cette formidable selle garnie de dards, il fit ipiatre sauts eu arrière avec l.i mine la plus plaisante (|u'on puisse imaginer; mais il eut bientôt pris son parti, et s'élança sur Bill, qui n'avait pas encore sa cuirasse; il s'y cramponna si bien, (|ue le chien, ne pouvant s'en déb;irrasser, se résigna et trotta en avant avec son petit cavalier : notre beau naiiianl iiiêinc, frappé du mouvement général de hi marclic, se mit aussi en devoir de nous suivre. Ce bel et bon animal s'apprivoisait tous les jours davantage et s'attachait à nous avec une aimable eonfiance. Pendant cette promenade, tantôt, excité par les jeunes gens, il luttait d'agilité ]iour la course avec eux, tantôt il venait cheminer graxciucnl à côté de moi.
Le chemin, tout le long du ruisseau, fut d'abord très-agn able à l'ombre des ijrands arbres; nous avions sous les pieds un moelleux lapis d'une herbe unie et courte. Pour prolonijer le ])laisir de cette promenade, nous marchions lentement en regardant à droili' et à g.tiiche ; mes fils faisaient des excursions en avant et souvent ccliap- ]iaient à nos regards. !\ous parviiimes ainsi jusiju'au bord du bois. Alors , eoiiime la contrée nous parut moins ouverte, nous voulûmes rassembler notre petit monde pour continuer noire nuitc en troupe serrée; mais nous les vîmes tout à eou]i a))proclicr au grand galop, et cette fois, par extraordinaire, le i;rave l'rnest en avant; il arriva haletant près de moi , ])leiii de joie et d'eiiipresscmcnt : il ne poux ait proiKuiccr un seul mot, tant il était cssourflé, mais il me pri'senta trois ]i(titcs boules violettes.
« Des pommes de terre! des punîmes de terre, papa! s'écria-t-il enfin i|uauil il put re|irciidn' sa voix; de la graine de pomme de terre !
— •Commeiit' des pommes de terre ! tu te trompes ecrtaiiiement, mon fils. Songe (pic nous sommes dans la zone torride , oii eritc plante utile a pu être cultivée jiarfois dans les jardins en y donnant un soin particulier, mais oii jamais on n'en a vu croître spiuitanémcnt eu pleine terre, l'.n atteiidanl , mes ciilanls, approchez-vous, examinez ces boules; quand même ce ne seraicnl pas précisément des poiiimes de terre, cela pourrait être ipicl(|iic racine ipii y resseniblàl. »
' Demeure pous la tente.
LE flOBINSON SUISSE.
ISous atlànips donc tous :t l'emlroit oii il »v:iit li'oiivt' «"l's U|lH'l•l■llll■^, et je reconnus avec une joie e\lrènio (nic (Icpiiis le bout de nolic bois jusqu'en liant la Iciic était couverte île plants de patates, .l'ex- |>lif(uai à mon tils la dilVérencc i|u'il y avait entre la patate et la pomme de terre, en lui déclarant, loutclois , ((ne sa découverte n'était ijucre moins iniporlaiile |ii)nr nous, puis(|ue celle plante est, ii tous éi;ards, pour les pajs chauds ce que la pomme de terre est pour les zones tempérées. Le pétulant ,lacli s'écria en sautant de joie : i( ^ ivent les patates ! si je ne les ai pas déccni\crtes , je saurai bien au moins les déterrer. » Kn parlant ainsi, il se mil ii |;cniiu\ , et comineiiea ii gratter la terre. Avec ses petits doi|;ls, il n'anrail pas beaucoup avancé ; mais, encourafjé par son exem])le , le siuijc se mit aussi il |;ratter avei! plus de succès : Il arracha i|ueli|ues racines; mais, après les avoir flaflées, il allait les jeter au loin, si ,lack ne les lui eût arrachées d'entre les (;rilïes. Il les donna ii sa mère. « Tenez, maman, dil-il, voilà les ]uemières pièces de notre trésor, u Et lui cl le slni;e recommencèrent à (;ratter : bientiil ils en eurent une assez Ijrande (|iianlilé. ÎVons ne voulûmes pas rester spectateurs oisifs, el avec nos couleauv el nos bâtons nous récoltàiucs assez de cette préeieiise denrée pour remplir nos sues, nos gibecières el nos poches. (/Uandiious lûmes bien ehari;és, nous nous remîmes en route pour arriverai '/.elthciui : i|iu'l(|ues \oi\ s'élevi'i'cnt pourdemander de relouriier pinli'it ;i Falkenhorst , alin de nous ilécliar|;er de notre Irou- \aillc et en faire un délicieiiv repas; mais des motifs si pressants nous appelaicnl ji noire Mia|;asin de provisions, qu'il fui décide que nous eonliiiuerions notre roule, et, mal|;ré notre chari;e inallenilue, nous avançâmes i;,iicnu'iit \crs notre bul.
"I Mes enfants, <lis je eu ehciuiniiiil , cette précieuse découverle de patalcs est pour noii^ iiu souverain bien; elle me rappelle un passai;e de la /aille qui s'applique à merveille ii notre situation, et doit réveiller en nous le seiilimeiil de la plus \ive rceoiinaissaiiee eus ers notre l'ère céleste : il se trouve dans le psaume cvi, et eu voici à peu près le sens :
« Nous, qui êtes les élus du Seigneur, il vous a sauvés de la dé- 11 tresse ; vous erriez dans le désert sans Ironvcrde demeure, près de
• ]iérir de faim et de soif. Dans votre calaiiiilé, vous avez adressé vos
• prières à Dieu, et il vous a délivrés de vos anxiétés en vous conilui- » saut dans le droit chemin. Vous devez remercier le Seiiïiieur de sa i> bonté et des miracles qu'il a faits eu faveur des fils des bommes; il » abreuve l'âme altérée cl la comble de biens. »
Fiiiiz. Oui vraiment, cela nous convient parfaitement, et nous allons remercier Dieu de ce don iiiappri'eiable.
I F. I i:iiE. Il y a sans doulc des mets plus recliercliés el plus siieciilents; mais ce sont préeisi'mcnt ceux qui irritent le moins le );oùl dont l'boinme fait le plus d'usai;e. el (|u'il préfère a la lonijuc, comme le pain, le riz et les racines esculeiiles : pourriez-voiis, cnfanis, me dire pourquoi :'
ERNEST. Sans doute parce qu'ils sont plus sains ?
lAOK. Et parce qu'ils ne répiii;nent jamais ; je manderais des pommes de terre tous les jours de ma xie sans i|u'clles me eausassiiil le moindre déi;oùt.
i.E riiiiE. Nous avez raison Imis deux. A présent, il s'agit de savoir cniniuent nous remercierons Dieu de ce bienfait d'une manière convenable.
rnANcois. Il faiil ajouter à nos prières du soir el du malin : « Nous Il le remercions, bon Dieu, pour les bonnes palatcs que tu nous as 11 données. Aincii. «
riuiz. (le ii'esl pas assez, l'iançois ; le meilleur remercimeiil ii l'aire an rout-1'uissiiiil , c'est de l'aimer de tout sou cn-ur, d'être saijcs, obéissants, el de mériter, autant (|ue nous le pourrons, les ijràces qu'il nous accorde,
i.E l'iiiiE. Tu as très-bien parlé, cher h'ritz ; les bienfaits doivent réveiller notre amour, el l'aïuoiir doit conduire il roln'*issaiicc ; car ou n'a nul plaisir ii olïciiser l'objet ipie l'on aiiiieet<|ui nous comble de biens. 0
Tous mes enfants, d'un commun accord, s'écrii'rent : " ÎNous voulons l'aimer de loul notre ecenr. — Bien, mes enfants, leur dis-je ; cl vous verrez (|u'avee ce sentimeiil il ne nous manquera jamais rien. »