‹ Le jardin des plantesChapitre 25 sur 100 · Paris. Typographie Plon frères, rue de Vaugirard · texte numérisé non relu

Paris. Typographie Plon frères, rue de Vaugirard

adresse ne lui permettent de se servir ni de ses dents ni de ses ongles pointus. Cependant il ne se rend pas sans avoir au moins essayé de faire peur à son ennemi; pour cela, il se hérisse, élève son dos recourbé en are comme fait un chat, il enfle sa gorge, et pousse un cri beaucoup moins terrible, mais tout aussi désagréable que le premier, quer-quer.

Cet animal, triste et solitaire, vit avec sa femelle dans le fond des forêts les plus désertes, et rarement on en trouve plus d'un couple dans la mème partie d'un grand bois. Il ne descend à terre que dans des circonstances rares, et par accident, et passe tout le jour à dormir sur un arbre, auprès de sa femelle, qu'il ne quitte jamais que lorsque la mort vient les séparer. Il l'aime avec tendresse, l’aide, la protége, et la défend avec courage au besoin. Il partage avec elle les petits soins de famille et contribue beaucoup à l'éducation de ses enfants.

Pendant la nuit, le douroucouli se réveille et se met en chasse. Il va furetant d'arbre en arbre, de branche en branche, pour saisir les petits oiseaux qui dorment sous le feuillage, ou prendre les mères couveuses sur leur nid. Ceci ne l'empéche pas de saisir et de manger en passant des sauterelles, des fulgores, des coléoptères et autres gros insectes. Si aucune de ces chasses ne lui réussit, il se rabat sur les fruits sauvages, et mème sur des grai. nes de mimosa et de bertholletia. Si, par bonne fortune, il renconire dans ses peliles excursions des champs de bananiers, de cannes à sucre ou des palmiers, il ne manque jamais de les piller; mais le tort qu'il y fait n'est pas grand, ear une ou deux bananes peuvent fournir aux repas de lui et de sa famille pour toute une journée.

Le douroucouli qui a vécu à la ménagerie se nourrissait de lait, de biscuits et de fruits; il était fort doux, mais c'était une jeune femelle, et il parait que le mâle, surtout à l’état adulte, reste farouche et ne peut pas s’apprivoiser. Du moins M. Humboldt en a eu un qui, malgré tous les bons traitements, est constamment resté sauvage,

Le NocTuoRE nurLEUR (Nocthora vociferans. — Nyctipithecus vociferans, Srix) a le pelage d'un gris roux partout, même sur la tête; il a le tiers seulement de la queue noirâtre. Il habite le Brésil, et, comme le précédent, fait retentir les forêts de sa voix effrayante.

Les nocthores sont de véritables animaux de nuit. La sensibilité de leurs yeux est extrême et les empêche de supporter la lumière ; si on les y expose pendant le jour, leur iris se ferme complétement ; au commencement de la nuit, au contraire, il s'ouvre è un tel point que la pupille a presque la grandeur de l'œil. I résulte de celte organisation qu'ils dorment toute la journée repliés sur eux-mêmes , et la tête cachée entre les jambes de devant; mais dès que le crépuscule commence à paraitre , ils s’éveillent et agissent,

22e Gexre. Les SAKIS (Pithecia, Grorr.). Ils ont l'angle facial ouvert à soixante degrés; leur tête est ronde, à museau court; leurs oreilles sont arrondies, médiocres; ils ont cinq doigts aux mains; leur queue, non prenante, est généralement touffue, ce qui leur à valu le non de singe à queue de renard.

Le Yarké (Pithecia leucocephala, Gore. Simia pithecia, Lix. Le Saki et le Yarké, G. Cuv.— Burr.). Il est noirâtre ou noir, avec le tour du visage d’un blanc sale; il manque de barbe; chaque poil est d’une couleur uniforme; sa queue est à peu près de la longueur de son corps.

Le yarké est un animal de la Guyane, où néanmoins il est assez rare. Moins grimpeur que les animaux des genres précédents, il s'enfonce moins aussi dans la profondeur des forêts, et habite plus volontiers, en petites troupes de dix ou douze, les bois et les broussailles. Il se nourrit de baies et de fruits sucrés, et quelquefois d'insectes, La femelle ne fait qu'un seul petit, qu'elle aime beau-

coup et qu'elle soigne avec la plus grande tendresse. Il est d'un caractère tranquille’et doux, et cependant il s'apprivoise difficilement, Sa faille est assez grande, et atteint dix-sept à dix-huit pouces, non compris la queue, Du reste, toutes les espèces ont à peu près les mêmes mœurs; ce sont des animaux nocturnes, qui ne sortent de leur trou que le soir et le malin, pour aller à la recherche de leur nourriture, et principalement des ruches d’abeilles sauvages. Les habitants du pays prétendent que les sajous suivent les yarkés pour s'emparer du miel qu’ils ont découvert, et qu'ils les battent à outrance pour les faire détaler s'ils font mine de s'opposer à ce brigandage.

Le Cacarao ou Carniriu et Saucuzo (Pithecia melanocephala, Georr. Le Mono-rabon de quelques provinces de l'Amérique) se trouve particulièrement dans les forêts qui bordent les rives du Cassiquiare et du Rio-Negro. Il est d’un brun jaunâtre, avec la lèle noire, sans barbe; sa queue est d’un sixième plus courte que son corps. Il a à peu près les mêmes habitudes que le précédent, mais il est moins lent, moins paresseux, et ne vit que de fruits sucrés, tels que goyaves, bananes , etc. ; du reste, son caractère est doux et paisible.

Le Moins (Pithecia monachus, Grorr.) habite le Brésil. Il est varié de brun et de blanc sale jaunâtre, ses poils sont bruns dans la plus grande partie de leur longueur, et d’un roux doré vers leur extrémité; de l'occiput au vertex, sa tète est parée d’une sorle de chevelure rayonnante. Il n’a point de barbe, et sa queue est à peu près de la longueur de son corps. Ce sajou etles deux suivants sont des variétés du rufiventris.

Le Sakr À MOUSTAGHES ROUSSES (Péthecia rufibarba, Kuur.) est d'un brun noirâtre en dessus, d’un roux pâle en dessous ; le dessus des yeux est de la même couleur, et sa queue se termine en pointe, On le trouve à Surinam.

Le Sakt À TÊTE JAUNE ( Péthecia ochrocephala, Kuur.) est d’un marron clair en dessus, d’un roux cendré jaunâtre en dessous ; les poils du tour de la face et du front sont d’un jaune d’ocre, ses mains et ses pieds d'un brun noir. On le trouve à Cayenne.

Le Sakt A VENTRE ROUX (Pithecia rufiventris, Grorr. Le Singe de nuit, RBurr. — G. Cuv.), de la Guyane française, est d’un brun teinté de roussâtre ; les poils sont annelés de brun et de roux, entièrement roux sur le ventre; il n’a point de barbe; sa chevelure rayonne sur le vertex et aboutit au front; sa queue est à peu près de la longueur de son corps.

Le Miniquouxa (Pithecia miriquouina, Georr.) habite les bois de la province de Chaco et les bords de la rivière du Paraguay. Il est gris brun en dessus, annelé en dessous; les poils du dos sont blancs à la base et à l'extrémité, noirs au milieu ; il a deux taches blanches au-dessus des yeux; il manque de barbe, et sa queue est un peu plus longue que son corps. Dans la captivité, il est doux, paisible, et il a même de la docilité jusqu'à un certain point.

Le Couxi0 ( Pithecia satanas, GEorr. Simia satanas , HOFFMANS. Brachyurus israelita, Seix. Le Couxio, Huws. Le Saki noir, G. Cuy.) se trouve sur les bords de l'Orénoque, dans le Para. Le mâle est d’un brun noir, la femelle d'un brun roux; sa tête est entièrement couverte d’une épaisse chevelure qui lui tombe sur le front; il a une barbe très-fournie, et sa queue est à peu près de la longueur de son corps. Lorsque cet animal est irrité, il se dresse sur ses pattes de derrière, grince des dents, se frotte la barbe et se lance sur son ennemi.

Le CapucIN DE L'ORÉNOQUE (Pithecia chiropotes, GEorr.) est d’un roux marron; il a une barbe longue et touffue; sa chevelure épaisse est séparée au milieu et se relève en deux toupets de chaque côté de la tête. Variété du précédent.

. Ce saki est un animal triste, d'un naturel paisible et timide, fuyant la société de ses semblables et surtout celle de l'homme, se retirant dans la profondeur des forêts, où il vit solitaire avec sa femelle, Aussi, depuis que la population de la Guyane s'est

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