‹ Le jardin des plantesChapitre 24 sur 100 · LEA DES F · texte numérisé non relu

LEA DES F

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Le Tscnixcou ou Tscuix-coo (Semnopithecus pruinosus, DEsx.) me parait si ressemblant au précédent, surtout à la gravure que M. Fr. Cuvier en a donnée, que je le soupçonne beaucoup n'être qu'une variété de la même espèce. Son pelage est noirâtre, glacé de blanc, sans tache blanche à l’origine de la queue, qui est brune. Ses mains sont noires. On le trouve à Sumatra, mais on ne connaît pas ses mœurs

VALLE ASE, RS Re

Forêt vierge de 1 Amérique du Bu.

Lin). Ce singe a deux pieds de longueur (0,650) non compris la queue, qui a deux pieds et demi (0,812). Ses formes sont grêles, ses membres allongés; son pelage est entièrement noir, excepté une tache blanche en dessous, à l’origine de la queue, et quelques poils de la même couleur près de la bouche; les mains sont noires; les oreilles et la face sont nues. Dans le jeune âge il est fauve ou d'un brun rougeàtre. IL est le Java, et ses habitudes sont inconnues.

Le Ciepayxe ou Siipaï (Semnopithecus melanophos, FR. Cuy. Simia melanophos, Rare.) a un pied six pouces (0,487) de longueur, non compris la queue. Son pelage est d’un fauve roux brillant, soyeux en dessus, blanchâtre en dessous; il a une aigrette de poils noirs en forme de bandeau; la face bleue; les lèvres et le menton couleur de chair. Il habite Sumatra et les îles de la Sonde; on ne sait rien de son histoire.

Le Croo ou Crou (Semnopithecus comatus, DESM. — Fr. Cuv.).

Paris. Typographie Plon frères, rue de Vaugirard, 36 5

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Le nom de cet animal lui vient de son cri ; le dessus de son corps et la face extérieure de ses membres sont gris; sa tête est couverte en dessus de poils noirs, formant une sorte d'aigrette vers l'occiput; le dessous du corps et des membres est d’un blanc sale : sa queue est blanche en dessous, grise en dessus, et terminée par des poils blancs. Le nomenclateur Temminck pense qu’on doit rapporter cette espèce au presbytis mitrata d'Escholtz. Il est de Sumatra et de Java, où les habitants le nomment quelquefois erro ; c’est tout ce qu'on sait de son histoire.

Le Souricr (Semnopithecus fulvo-griseus, Des.) est d’un gris fauve passant au brun sur les épaules et le bas des quatre membres; les quatre mains sont noires, le visage tanné; les favoris, la gorge et le menton d'un gris blanchâtre sale: la queue est d'un quart plus longue que le corps; les doigts sont très-longs, très-grèles, à phalanges arquées. Les canines supérieures sont très-grandes et creusées d'un profond sillon sur la face antérieure, Il habite Java. Je crois que cette espèce fait double emploi avec la guenon à croupion blanc, page 58, qui me semble appartenir à ce genre.

12° Genre. Les MACAQUES (Macacus, Lacer.), Leur angle facial est ouvert à quarante où quarante-cinq degrés; ils ont des crèles sourcilières et occipitales très-prononcées; des abajoues, des callosités aux fesses, et uné queue plus ou moins longue; ils ont trente-deux dents, dont la dernière mâchelière inférieure à talon, ce qui les distingue des guenons, et ils diffèrent des semnopithèques par de très-grandes abajoues.

Le MACAQUE roQuE (Macacus radiatus, Desm, — Fr. Cuv. Cercocebus radiatus, Grorr, Le Bonnet chinois, Burr, Voir notre gravure du Chacma, où il est représenté), Ce singe a une grande ressemblance avec le bonnet chinois, dont il n’est peut-être, quoi qu'en disent les naturalistes, qu’une simple variété. Son pelage est d’un brun verdâtre en dessus , et d’un cendré clair en dessous; les poils du dessus de la tête sont divergents et lui forment une sorte de calotte, mais bien moins prononcée ; il a le museau plus mince et plus étroit que tous les autres macaques, la face et les oreilles d’une couleur de chair livide, et les mains violâtres, Sa queue est un peu plus longue que son corps.

Le toque habite l'Inde et se trouve principalement sur la côte de Malabar, où il jouit des mêmes priviléges que l’houlman au Bengale. I est défendu aux naturels de le tuer, sous quelque prétexte que ce soit, et sous des peines très-séyères. S'il arrive à un Européen de commettre ce crime épouvantable, il n'est pas soumis aux peines prononcées contre les indigènes, et cela parce qu'il serait diflicile de les lui faire appliquer; mais les brames sont parfaitement convaineus qu’un des dix ou douze dieux singes qui figurent dans leur théogonie ne Manquera pas de le Én mourir dans l’année pour venger son représentant sur la terre, Îl'en résulte que le macaque toque a ses coudées franches dans celte partie de l'Asie, et, comme dit le naïf voyageur Pyrard, ‘ces singes Sont Si importuns, si fâcheux, et en si grand nombre, qu ils causent beaucoup de dommage, et que les habitants des villes et des campagnes sont obligés de mettre des treillis à leurs fenêtres pour les empêcher d'entrer dans leurs maisons. »

Nous n'avons, au moins à ma connaissance, aucun renseignement de date récente sur cette espèce, el ceux que nous AC dans les voyageurs anciens sont assez confis. Néanmoins il parail que le macaque toque est d'un caractère capricieux et méchant, au Moins quand il à atteint un certain âge, el qu'il se livre habituellement au pillage des vergers et des plantations de cannes à sucre, Il aime beaucoup la séve du palmier, dont on prépare, dans l'Inde, une liqueur fermentée nommée zari. 11 se met en embuscade et observe les Indous qui vont percer les palmiers et poser dans la plaie de l'arbre une cannelle de bambou par laquelle la séve qui s'échappe doit être conduite dans un vase, Ce Maicieux animal, aussitôt qu'il voit l'Indou parti, sort de sa ca-

chette, grimpe sur le palmier, et boit la séve à mesure qu'elle coule du trone. Il arrive parfois, dit-on, que cette liqueur l'enivre ; alors il ne sait plus ce qu'il fait, et on le prend aisément. Toutes ces anciennes observations ont besoin d'être confirmées ‘de nouveau,

Le Bonxer cminots (Macacus sinicus, Fr. Cuv. Simia sinica, Gt. Le Bonnet chinois, G. Cuv.— Burr. La Guenon couronnée). Son corps est grêle; son pelage est d’un brun marron ou d'un fauve brillant doré en dessus; sa queue est un peu plus brune; sa poitrine, son ventre, ses favoris, le dessous de son cou et la face interne de ses membres sont blanchâtres; ses mains, ses pieds et ses oreilles noirâtres; sa face est couleur de chair. Les poils qui couvrent sa tête sont, comme dans le précédent, disposés en rayons divergents d’un point central, mais plus longs. Ce singe habite le Bengale, et son histoire est absolument la même que celle du macaque toque,

Le MAGAQUE À FACE Noire (Macacus carbonarius, Fr. Cuv.) a la plus grande analogie avee le macaque ordinaire et n’en diffère essentiellement que par sa face, qui est noire au lieu d’être tannée. Son pelage est d’un vert grisâtre en dessus; les favoris, les joues et tout le dessous sont gris; il a sur les yeux un bandeau noir, étroit, et les paupières supérieures sont blanches. On le 'ouve à Sumatra.

Le MAGAQUE À FAGE ROUGE (Macacus speciosus, Fr. Cuv.) a le pelage d'un gris vineux en dessus, d'un blanc grisâtre en dessous ; sa face est d’un rouge pourpre et non vermillonné, entourée d'un cerele de poils noirs; sa queue est très-courte , presque cachée par les poils; ses ongles sont noirs. Il est des Indes orientales, Peut-êlre faudrait-il reporter cette espèce au genre suivant.

Le Ruësus (Macacus erythrœus, Fr. Cuv. Macacus rhesus, DESM. Le Rhésus, Aubes. — G. Cuv. Le Patas à queue courte et le Macaque à queue courte, Burr.). Il ne faut pas confondre cette espèce, comme l'ont fait M, Lesson et quelques autres naturalistes, avec le maimon de Buffon. Son pelage est d’un beau gris verdâtre en dessus, gris sur les bras et les jambes, plus jaune sur les cuisses ; gorge, cou, poitrine, ventre et face interne des membres d’un blanc pur; queue verdâtre en dessus, grise en dessous; face, oreilles et mains d’une teinte cuivrée très-claire ; fesses d’un rouge très-vif, cette couleur s'étendant un peu sur les cuisses, sur la croupe et sur la queue. Sa longueur est de onze à douze pouces (0,298 à 0,325) de l’occiput à l’origine de la queue, et cette dernière est longue de près de six pouces (0,162). Le mäle est un peu plus grand, et ses favoris sont plus touffus. Cet animal se trouve dans les forêts de l'Inde.

Le rhésus habite les bords du Gange, où il est en grande vénération. Encouragé par la répugnance invincible que les Indous ont pour tuer les animaux, il quitte souvent les bois et vient jusque dans les villes piller en plein jour une nourriture qui lui paraît d'autant plus agréable qu'il l'a dérobée. Ainsi que tous les singes, il est assez doux dans sa jeunesse; mais en vieillissant il devient méchant jusqu'à la férocité, et alors il est d'autant plus dangereux qu'il a beaucoup d'intelligence et de pénétration pour calculer et exécuter ses méchancetés.

Le Niz-Banpar ou OuAxberou (Wacacus silenus, DEsm. Simia silenus et leonina, Lin. — GuL. Le Macaque à crinière, G, Guy. L'Ouanderou, Burr.). Il a dix-huit pouces de longueur (0,542) depuis le museau jusqu’à l’origine de la queue; celle-ci a dix pouces de longueur (0,271). Il est entièrement noir, exceplé le ventre et la poitrine, qui sont blancs, ainsi qu'une crinière et une longue barbe qui lui forment comme une sorte de fraise tout autour de Ia tête.

Le nil-bandar habite l'ile de Ceylan et se retire au fond des bois les plus solitaires, où, dit-on, il ne se nourrit que de feuilles et de bourgeons. Ce dernier fait me parait d'autant plus douteux, que ceux qui ont véeu à la ménagerie aimaient beaucoup les fruits

et se nourrissaient des mêmes aliments que les autres macaques, L'un d'eux était doux et caressant (probablement parce que c'était une jeune femelle), mais très-capricieux; et souvent, au moment même où il paraissait recevoir des caresses avec le plus de plaisir, il poussait un cri de colère, mordait, et s'éloiguait d'un bond, Quant aux mâles , ils étaient très-méchants,

Les anciens voyageurs prétendent qu'au Malabar « les autres singes ont tant de respect pour cette espèce, qu'ils s'humilient en sa présence, comme s'ils étaient capables de reconnaitre en elle quelque supériorité. » Nous remarquerons , en passant , qu'il ne faut jamais se presser de rejeter comme des fables les faits rapportés par les voyageurs, même les plus erédules , et que si on a le talent de dépouiller ces faits des interprétations fausses et merveilleuses qu'ils leur donnent, on y découvre assez souvent une vérité. En effet, ce que le père Vincent-Marie, que je viens de citer, a pris pour du respect, n’est rien autre chose que de la crainte; et si on en concluait que le nil-bandar est féroce, qu'il atlaque et chasse de ses bois les singes plus faibles que lui, que ces derniers le craignent et le fuient, qu'ils se cachent en tremblant lorsqu'ils l'apercoivent, on serait tombé juste sur la vérité. Les Indous esiiment beaucoup ce singe et lui donnent une large part dans la vénération qu'ils ont pour toute cette race, parce qu'il a une longue barbe et une certaine gravité; ce qui, dans tout l'Orient, passe pour le signe infaillible d'une haute intelligence.

Je ne sais si l’on doit regarder comme espèce, et Fr. Cuvier me parailrait être de cet avis, ou comme simple variélé, un singe cilé par Buffon, mais que, à ma connaissance, on n'a jamais yu en Europe, ni vivant ni en peau; c'esL:

Le Lowaxvo (Macacus ehvandum ; — Ehvandum zeylanensibus ; Simia alba seu incanis pilis, barba nigra promissa, Ray), qui ne diffère du précédent que parce qu'il a la barbe noire et le corps gris. Il habite le mème pays. On en trouverait encore un autre, selon Knox, qui serait entièrement blane, et qui n'est probablement qu'un albinos d’une des deux espèces précédentes. Il habiterait l'Inde et probablement l'île de Ceylan; mais son existence est douteuse.

« Les singes blancs, dit l’auteur de la Description du macagar, qui sont quelquefois aussi grands et aussi méchants que les plus grands dogues d'Angleterre, sont plus dangereux que les noirs. Ils en veulent principalement aux femmes , et souvent , après leur avoir fait cent outrages, ils finissent par les étrangler. Quelquefois ils viennent jusqu'aux habitations; mais les habitants, qui sont très-jaloux de leurs femmes , n’ont garde de permettre l’entrée de leurs maisons à de si méchants galants, et ils les chassent à coups de bâton. »

Le Macaco (Macacus eynomolqus, Georr. — Fr. Cuv. Simia cynomolgus, cynocephalus, et aygula, Las. Le Macaque et l'Aigretle, Burr. — G. Guv.). Le mâle a, du bout du museau à l'origine de la queue, dix-huit ponces de longueur (0,487), et la femelle quatorze (0,579). Leur pelage est olivatre ou brun, verdâtre en dessus, et blanchâtre en dessous; la tête est grosse, large, aplalie en dessus; une forte crêle soureilière couvre les yeux; la face est livide et à peu près nue, La femelle a sur le haut de la tête un épi de poils redressés en forme d’aigrelte,

Le macaco se trouve principalement à Sumatra, et peut-être là seulement, quoique la plupart des auteurs, Buffon, G. Cuvier, ete. , le fassent venir de Guinée et de l'intérieur de l'Afrique. La ménagerie en a possédé plusieurs qui y ont fait des petits. Mais les femelles, qui ont porté sept mois, se sont constamment montrées mauyaises mères et n'ont pas toujours voulu élever leurs enfants. Celle espèce, que l'on voit communément en Europe, est Lurbulente, malicieuse, et surtout fort grimacière, Tant qu'il est jeune, le macaco a une douceur et une intelligence remarquables; alors il se prête à une certaine éducation, et les

baladins des rues profitent de cette aptitude pour lui apprendre à voltiger sur la corde lâche et à faire divers tours dont ils amusent le publie. Mais lorsqu'il atteint six à sept ans et que toute sa force est développée, il devient méchant, colère, se révolte contre la contrainte, et le plus obéissant peut devenir le plus farouche et le plus irascible.

Dans leur pays, ces singes vont souvent par troupes et se rassemblent surtout pour voler les fruits, les légumes et mettre les plantations au pillage. Bosman, cité par Buffon, dit « qu'ils prennent dans chaque patte un du deux pieds de milhio, autant sous leurs bras et autant dans leur bouche; qu'ils s'en retournent ainsi chargés, sautant continuellement sur les pattes de derrière, et que, quand on les poursuit, ils jettent les tiges de milhio qu'ils tenaient dans les mains et sous les bras, ne gardant que celles qui sont entre leurs dents, afin de pouvoir fuir plus vite sur les quatre pieds. Au reste, Hs examinent avec la dernière exactitude chaque tige de milhio qu'ils arrachent, et, si elle ne leur plait pas, ils la rejettent à terre et en arrachent d'autres : en sorte que, par leur bizarre délicatesse, ils causent encore plus de dommages que par leurs vols, » Si Buffon s’est trompé et que, ainsi que le dit M. Boyer, le macaco ne se trouve qu'à Sumatra, ce que Bosman en raconte doit se rapporter à une autre espèce. À la ménagerice, le macaco dort couché sur le côté et reployé sur lui-même, la tète entre les jambes, ou assis, avec le dos courbé et la tête appuyée sur la poitrine. Sa voix est un cri rauque qui peut éclater dans la colère avec beaucoup de force; mais lorsqu'il n'exprime qu'un sentiment paisible, il fait entendre un petit sifflement assez doux.

Le Barrou ou le Mamox (Macacus nemestrinus, Fr. Cuv. Simia nemestrina, Lix. Simia platypigos, Scur. Papio nemestrina, FORsT. Le Maimon, Burr. — Auore. Le Singe à queue de cochon, EvWarps’. Sa longueur, de l’occiput à l’origine de la queue, est de quatorze pouces (0,579); sa queue est longue de cinq pouces (0,155). Son pelage est d'un brun roussâtre ou d'un blond foncé verdâtre, avec une bande noire commencant sur la têle et s’affaiblissant le long du dos; les cuisses et les épaules sont verdâtres avec un mélange de gris; tout le dessous du corps est blond; la face, les oreilles, l'intérieur des mains et les callosités des fesses sont basanés. Il est de Java et de Sumatra.

Au moral le maimon ne diffère presque pas du rhésus, cependant il paraît que les femelles sont un peu plus douces. Celle que j'ai vue à la ménagerie était quelquefois attachée à un arbre, sur lequel elle montait avec beaucoup d'adresse et de facilité. « Elle se plaisait, dit Fr, Cuvier, à en arracher les feuilles quoiqu'elle ne les mangeät pas. Quelquefois elle dénouait avec beau coup d'adresse la corde qui la retenait, et alors elle courait visiter les maisons du voisinage, Jamais, cependant, elle ne cherchait à nuire, et si elle ne se laissait pas toujours reprendre volontiers, c'était toujours du moins sans une grande résistance. Les enfants seuls excitaient son humeur, et elle le leur montrait en prenant une posture et en faisant des grimaces très-bizarres : accroupie , les jambes rapprochées l'une de l'autre, le cou tendu horizontalement, elle avancait ses lèvres en les serrant fortement, et transformait ainsi sa bouche en un bec mince et large. » On doit placer à la suite de celte espèce ; comme variété très-légère, le Macacus religiosus, si toutefois il existe.

15° Genre. Les MAGOTS (Magus, Less.) ne différent des mäcaques que par leur queue, qui consiste en un simple tubercule. Du reste, ils en ont à peu près le caractère et les habitudes.

Le Macor ( Magus syluanus, Less. Macacus inuus, Desx. Macacus sylvanus, Fr. Cuv. Simia inuus, sylvanus el pithecus, Lx. Le Magot, le Pithèque, et le petit Cynocéphale, Burr.).

Cet animal varie un peu pour la grandeur; néanmoins il à assez ordinairement de seize à dix-huit pouces de longueur (0,435

à 0,487), depuis la nuque jusqu'aux fesses ; sa tête est fort grosse, son museau large et saillant, son nez aplati, sa face nue et d’une couleur de chair livide, ainsi que les oreilles; son corps est épais et ramassé; il a de très-grandes abajoues, et sa bouche est armée de fortes canines. Le dessus de son corps est d’un jaune doré assez vif, mélangé de quelques poils noirs, traversé cà et là par quelques bandes noires; le dessous est d’un gris jaunâtre. Les mains sont noirâtres et velues en dessus. Il habite la Barbarie et l'Egypte.

De tous les singes que l'on apporte en Europe, celui-ci est à la

autre chose que des grimaces de cet animal récalcitrant , ce n’est qu’à force de coups. Il est cependant très-intelligent, mais cette précieuse faculté ne se développe chez lui qu'avec sa parfaite indépendance. I ne se soumet à l’homme que dans son extrême jeunesse; quand il devient adulte , il se refuse à toute soumission, lutte courageusement contre la tyrannie qui l’enchaîne, et se défend avec fureur contre les mauvais traitements. Vaincu par la force, il cesse la lutte, tombe dans la tristesse et le marasme; il meurt, mais il n’obéit pas. Quelquefois, s’il est traité avec beaucoup de douceur, il consent à vivre dans la servitude : assis

Le Nil-Bandar.

fois le plus commun et le plus robuste; sans doute il doit à l'épaisseur de sa fourrure la faculté qu'il a de très-bien résister aux intempéries de notre climat, et de vivre chez nous beaucoup plus longtemps que les autres espèces de sa classe. On dit même qu'il s’est naluralisé en Espagne, sur le Mont-au-Singe, près de Gibraltar; mais un officier anglais qui a*été pendant plusieurs

Le Magot.

années en garnison dans cette ville et qui a souvent chassé sur le Mont-au-Singe, m'a assuré que cet animal y était tout à fait inconnu aux habitants du pays, et que, pour lui, il n'avait jamais pu l'y rencontrer quoiqu'il l'y eût cherché.

Il est peu de montreurs ambulants d’ours et de chameaux qui n'aient à leur suite un ou plusieurs magots; et s'ils obliennent

sur ses pattes de derrière, les bras appuyés sur ses genoux et les mains pendantes, plongé continuellement dans une languissante apathie, il semble ne plus vivre que de la vie végétative ; il est aussi insensible aux caresses qu'aux corrections, aussi incapable d'amitié que de crainte; il suit d’un regard hébété ce qui se passe autour de lui, et ne sort momentanément de sa léthargie stupide que pour satisfaire sa faim.

Le magot en liberté ne semble plus le même; c’est le plus vif, le plus pétulant et le plus intelligent des singes; aussi dominet-il tous les autres animaux qui peuplent ses forêts; il étend même les effets de sa supériorité jusque sur les grands mammifères, en les effrayant par les branches qu’il leur jette, et les poursuivant de ses cris jusqu'à ce qu'il les ait chassés de ses domaines. Il n’a d’ennemis dangereux que le serval, le caracal, le lynx et autres grands chats qui grimpent sur les arbres, le saisissent pendant son sommeil et le dévorent.

Ces singes vivent en troupes nombreuses et paraissent aimer la société jusque dans l'esclavage. Dans ce cas ils adoptent volontiers les petits animaux qu'on leur donne; ils les transportent partout avec eux en les tenant fortement embrassés, et ils se mettent en colère lorsqu'on veut les leur ôter. Les femelles ont une grande tendresse pour leurs petits ; elles ne les quittent jamais, combattent avec courage pour leur défense, et ne cessent de les protéger qu'en mourant. Elles leur donnent des soins remarquables et les tiennent très-proprement. Leur plus grande occupation de tous les instants et de les lisser, de les éplucher poil par poil, d’en enlever toutes les petites saletés, et de manger les insectes ou les ordures qu'elles y trouvent.

Dans l’état de nature, le magot vit principalement de fruits et de feuilles; mais en domesticité il mange à peu près de tout. Néanmoins, comme il est défiant, il ne porte rien à sa bouche sans l'avoir regardé, tourné dans tous les sens et flairé. Avant de manger, il commence, par précaution, à remplir ses abajoues,

et c’est aussi dans ces singulières poches qu'il cache tous les petits objets qu'il a volés. Les aliments qu'il préfère sont les fruits, le pain et les légumes cuits. Le magot a une grande réputation de grimacier, et l’on dirait qu’il se pique de la mériter, tant il s'étudie à varier ses grimaces. Quand il est en colère, ses màchoires se meuvent avec une agilité inconcevable, ses lèvres s’agitent avec vitesse, ses mouvements sont brusques, ses gestes saccadés ; il fait entendre une voix forte et rude, qui s'adoucit quand il se calme. On croit que cette espèce est le pithèque des anciens, le singe dont Galien a donné l'anatomie.

Le Macot DE L'INDE (Magus maurus. Less. Macacus maurus, Fr. Cuv. Peut-être le Woodbaboon ou Babouin de Pennant). Il est de l'Inde et diffère du précédent par sa face noire, par ses oreilles et ses mains brunes; enfin par son pelage, qui est d'un brun foncé uniforme. Ses habitudes sont peu connues à l'état sauvage, mais on en élève quelquefois dans son pays.

Ce magot, si on s’en rapporte aux personnes qui ont habité l'Inde, serait d'un caractère moins indomptable que le précédent, et les jongleurs viendraient assez aisément à bout de l’apprivoiser. Un officier de notre marine m'a dit en avoir vu un que l’on avait amené à Pondichéry, et auquel on avait appris plusieurs choses pour amuser le peuple. IL faisait l'exercice avec un petit

mais on était obligé de lui ôter souvent celui-ci pour lui en remettre un autre; les jongleurs, malgré leur adresse connue pour élever et dresser les animaux même les plus sauvages, tels, par exemple, que les ours et les serpents, n'avaient jamais pu l'empêcher d'y faire ses ordures, et il semblait même qu'il y mettait de la malice, car il attendait presque toujours qu'on lui eût mis un vêtement propre. Du reste, cette dégoûtante malpropreté est le fait de tous les singes apprivoisés, sans exception, et il n'y a ni coups ni menaces qui puissent les empêcher de se satisfaire, sur ce point, en tous lieux et-dans l'instant même où la fantaisie leur en prend. Le magot dont nous parlons voltigeait sur la corde lâche et y faisait le moulinet avec une telle rapidité que les yeux ne pouvaient le suivre ni distinguer ses formes. Il obéissait au

geste, à la parole, mais ce n’était jamais que par l'effet de la crainte, et il ne paraissait avoir aucun attachement pour son maître. Il était très-gourmand, saisissait avec une brusque vivacîté ce qu'on lui présentait, le flairait, le retournait dans tous les sens, puis le cachait dans ses abajoues quand l’objet lui plaisait, ou le jetait avec une sorte de colère quand il ne lui convenait pas. Tous ces faits paraissent avoir peu d'importance, et cependant ils sont jusqu'à un certain point précieux pour le naturaliste parce qu'ils servent à montrer l’analogie frappante qui existe entre le magot de l'Inde et celui d'Afrique.

Le Macaque nègre.

fusil de bois, mais il mettait dans le maniement de son arme beaucoup plus de brusquerie que d'adresse; il tirait de son fourreau un sabre de fer blanc, et l'y remettait assez facilement. Il portait un chapeau à trois cornes, un habit brodé et un pantalon,

Le Nècre (Magus niger, — Cynocephalus niger, Desw. Macacus niger, de la Zoological Society).

Cet animal est entièrement d’un noir de jais, excepté sur ses callosités, qui sont couleur de chair; ses oreilles sont petiles ; sa

queue est remplacée par un tubercule qui n'a pas un pouce de longueur (0,027); ses abajoues sont grandes, très-extensibles; son pelage est doux, laineux; il a sur le sommet de la tête une large touffe de longs poils rétombant par derrière et lui formant une sorte de huppe. 4

M. Desmarést, le premier qui ait décrit cét animal, ne le connaissait que par une peau fort mal émpaillée qui se trouvait au Cabinet ; cet habile observateur fut cette fois induit en erreur, et il plaça ce singe avec les babouins, dans le genre des cynocéphales. Depuis on en à vu deux ou trois vivants dans la ménagerie de la Société zoologique de Londres, et les Anglais l'ont placé dans le genre des macaques. Mais, en prenant en considération son manqué de queue, ce qui le rapproche des magots, et ses narines non terminales, mais placées très-obliquement sur la face supérieure du museau, Ce qui le retire du genre des cynocéphales, j'ai cru devoir lé placer dans le genre magus. Cependant son facies, et surtout son museau tronqué au bout, lui donne quelque analogie avee les mandrills. J

Quoi qu'il en soit, le nègre est un singe qui, pour le Caractère comme pour les formes, tient un peu du magot et du mandrill ; c’est à-dire qu'il est vif, pétulant, capricieux comme le premier, et méchant comme le second. À li ménagerie de Londres, on l'avait enfermé aÿec un pauvre gibbon, sur lequel il exercait une tyrannie insupportable, I le poussait, le Liraillait tant que le jour durait, el si le malheureux animal témoignait la moindre colère, la plus petilé impalience, le nègre ne manquait jamais de le mordre et de le battre,

Ce magot habite l’une des iles de l'archipel des Indes orientales, Cuvier dit l'une des Philippines. Celui de Londres a, diton, élé apporté de la mer du Sud, mais on ne sait de quelle localité.

14e Gexrn, Le PRESBYTE (Presbytis, Escusc.), Ce singe a l’angle facial ouvert à svixante degrés ; il manque d’abajoues; ses arcades zygomatiques sont très-projetées en avant; son nez esl peu apparent; son front, les os de son nez, sa mâchoire supérieure et la symphyse du menton, sont presque perpendiculaires ; la queue est longue ; les mains atteignent les genoux, et les deux doigts du milieu sont plus longs que les autres,

Le PRESBYTE À CAPUCHON (Presbytis mitrata, Escusc.), que Temminck confond avec le Semnopithecus comatus, à dix-huit pouces de longueur (0,487) de la tête à l’origine de la queue; sa figure est grippée comme celle d'une vieille femme, ce qui lui a valu le nom de presbyte. Son front est couvert de poils jaunâtres, et ses oreilles sont de Ja même couleur; les poils de son dos sont très-longs, ondulés, d'un jaune blanchâtre à la base et d'un gris bleuàtre au bout; un bandeau noir lui passé sur le front, Cette espèce, que le voyage de Kotzebue a fait connaîlre, habite Sumatra.

45 Genre. Les CYNOCÉPHALES (Cynocephalus , Biuss.). Ils ont l'angle facial ouvert de trente à trente-cinq degrés; des crêtes sourcilières et occipitales très-prononcées; leur museau est allongé, tronqué au bout, où sont percées les narinés, comine dans les chiens, ce qui leur a valu leur nom; leurs canines sont grosses et longues ; il ont des abajoues, des callosités aux fesses, et une queue plus où moins longue. Les cinq premières espèces que nous décrivons ici forment la section des babouins, dont la queue est au moins aussi longue que le corps; la deuxième section, celle des mandrills, se caractérise par sa queue gréle et trèscourte, Tous ces animaux sont lascifs et féroces.

Le Barouix (Cynocephalus babouin, KR. Cuv. — Desw. Cercopithecus cynocephalus, Bniss. Simia cynocephala, Lin. = Gur. Le pelit Papion? Burr.). Sa longueur est de vingt-cinq à vingt-six pouces (0,677 à 0,704) du bout du museau aux callosités des fesses; son pelage est d'un jaune verdâtre: sa face, d'uné éouleur

de chair livide, est ornée de favoris blanchâtres. Il habite l'Afrique septentrionale, où il vit en troupes nombreuses.

Les auteurs sont assez d'accord pour reconnaitre dans cette espèce le cynocéphale (en grec téte dé chien) si souvent sculpté pari les hiéroglypes des antiques Égyptiens. Il a joué un grand rôle dans la théogonie de ce peuple, et il avait un temple célèbre à Hermopolis, où il était particulièrement adoré. Vainement chercherait-on dans l'histoire des autres nations un assemblage aussi hétérogène de connaissances astronomiques et philosophiques, d'idées saines, de politique avancée, et de croyances ridicules et superstitieuses jusqu'à l’absurdité. Citons-en nn exemple. Les Égyptiens étaient astronomes; ils sculptaient des zodiaques et caleulaient des éclipses. Ils plaçaient à la porte des villes la statue d'un cynocéphale ou d’un anubis comme symbole de la vigilance, et ils enseignaient aux adeptes que s'ils avaient partagé le jour en douze heures, c'était pour honorer le dieu à tête de chien, qui pissait (qu'on me passe ce terme) douze fois par jour.

Les babouins n’habitent pas les forêts, comme la plupart des autres singes, mais ils se plaisent dans les montagnes et les rochers arides, où se trouvent seulement quelques buissons, et ils ont cela de commun avec la plupart des cynocéphäles; ils ont encore de commun avec eux une brutalité furieuse et un courage à toute épreuve. Ils se logent et fon leurs pelits dans des trous de rochers escarpés, où ils ne peuvent parvenir qu'en faisant des bonds prodigieux par-dessus des précipices infranchissables aux hommes.

Le CyxocÉPHALE ANuBIS (Cynocephalus anubis, Fr. Cuv.) a beaucoup d'analogie avee le précédent, dont il me paraît être le vieux mâle. Il habite les mêmes contrées. Son museau est plus aïlongé, son crâne plus aplati; son pelage est d'un vert beaucoup plus foncé ; la face est noire, avec les joues et le tour des yeux couleur de chair. Ses callosités sont violâtres.

Le Parrox (Cynocephalus papio, Fr. Cuv. — Des. Le Papion, Burr.) a au moins deux pieds de longueur (0,650) du bout du museau à l'anus, et sa queue pas moins de neuf pouces six lignes (0,258). Son corps est trapu, couvert de poils d’un brun jaunàtre, rares en dessous : la face est noire, avec des favoris fauves dirigés en arrière; les paupières supérieures sont blanches et les mains noires. Il se trouve en Afriqué, ét ses mœurs sont analogues à celles du précédent. Comme lui, il n'habite que les buissons au milieu des rochers les plus escarpés.

La ménagerie a possédé et possède encore un bon nombre de papions, et, il y a quatre ans, une femelle qui y a fait son petit a donné un spectacle des plus singuliers et dont j'ai été l'un des témoins, Lorsqu'on la vit sur le point de mettre bas, on la fit passer dans une loge à côté de celle où elle vivait avec son mâle ét cinq ou six autres singes de son espèce, Elle accoucha et fit un petit fort laid, mais qu'elle aimait avec tendresse et dont elle prenait le plus grand soin. Huit ou dix jours après la naissance dé son enfant, on ouvrit la porte à coulisse qui séparait les deux logés, et son mâle entra. Elle tenait le petit sur ses bras, absolument comme pourrait faire une nourrice, et elle était assise au milieu de la loge. Le mâle s'approcha, embrassa sa femelle sur les deux joués, puis le petit, qu'elle lui présenta, et s’assit en face d'elle, de manière qu'elle avait les genoux entre les siens. Alors ils commencèrent tous deux à remuer les lèvres avec rapidité en se regardant, et de temps en temps caressant le petit qu'elle mettait dans les bras de son père et qu'elle reprenait aussitôt; on aurait dit qu'ils avaient sur son compile une conversation fort animée. On ouvrit de nouveau la coulisse, et on laissa entrer les autres papions les uns après les autres. Chacun à son tout vint embrasser la femelle; mais elle n'accorda à aucun la faveur dont le père jouissait seul, d'embrasser le petit et de lé caresser en lui passant la main sur le dos. IIS s'assirent en cercle dtitour de la relevée dé coûche, ét tous se mirent à jouer des 1è-

vres à qui mieux mieux, peut-être pour la féliciter sur son heureuse délivrance, sur le bonheur qu'elle avait de posséder un si joli enfant, et qui sait même s'ils ne lui trouvèrent pas beaucoup de ressemblance avec son père! Cette scène était la pantomime parfaite de ce qui se passe dans la loge d'une portière qui relève dé couche, lorsque les compères et les commères du voisinage viennent lui faire leurs félicitations bavardes et curieuses, Seulément, dans les compliments des commères , il y a toujours un fond de malice et de méchanceté qui certainement n'existait pas chez les papions.

Tous auraient bien voulu caresser le petit; mais aussitôt qu'ils avancaient la main, un bon coup de patte que la mère leur administrait sur le bras les avertissait de leur indiscrétion. Ceux qui étaient placés derrière elle allongeaient dout doucement la main, la glissaient imperceptiblement sous son coude, et parvenaient quelquefois, à leur grande joie, à toucher le petit sans qu'elle s'en apercût, surtout quand elle était occupée à faire la conversation. Mais bientôt une nouvelle correction venait leur apprendre qu'ils étaient découverts , et ils retiraient lestement la main. La papione avait probablement l'usage du monde singe, et savait parfaitement partager son attention entre ce qu'elle devait de politesse à la société ét de soins à sa famille, Jamais sa tendresse ne se montrait mieux pour son enfant que lorsque celui-ci, devenu un peu fort, s'exercait à grimper contre le treillage de fer de sa loge. Elle le suivait des yeux avec anxiété, se plaçait dessous en tendant les mains pour le recevoir en cas qu'il se laissât tomber, et cependant l’encourageait visiblement à faire l'essai de ses forces naissantes. Enfin elle n’a pas cessé de lui prodiguer les soins les plus affectueux tant qu'il n’a pas été assez grand pour se passer de sa mère.

Depuis que les singes de la ménagerie ont été transportés dans la vaste et belle rotonde qu'ils occupent aujourd'hui, les papions ont donné une marque d'intelligence ét de supériorité remarquable. L'un d'eux, le plus grand et le plus vieux des mâles, s’arrogea aussitôt une autorité souveraine sur cette gent tracassière et turbulente, composée de plus d’une vingtaine d'espèces toutes plus malignes les unes que les autres, et toujours prêtes à en venir aux coups. Depuis il a su établir la paix, maintenir l'ordre parmi eux, et les forcer à vivre ensemble en bons camarades, ce qui n'est pas plus aisé chez le peuple singe que chez les hommes. Aussitôt qu'il entend une dispute, il sort de sa loge et regarde de quoi il s’agit : si ce n’est qu'une petite querelle, il se contente de donner un avertissement par un eri qui fait sur-le-champ rentrer les individus dans le devoir, et alors il retourne gravement dans sa demesure, Mais si l'on méprise ses ordres et que l’on en vienne à une bataille, c’est alors qu'il déploie le maximum de son autorité comme chef, comme juge et mème comme exécuteur. Il s’élance vers le lieu de la rixe, commence par séparer les combattants, puis il les bat tous les deux pour être sûr de ne pas se tromper. Cependant sa justice distributive, quoique prompte, n’est pas rendue sans discernement, et voici les règles générales sur lesquelles il l'a fondée. Quand les deux antagonistes sont à peu près de même force, il les bat tous deux; s'ils sont de grosseur inégale, il rosse le plus gros, pendant que le plus petit se sauve; enfin si la dispute vient d'un gâteau ou d’un bonbon sur lequel les deux assaillants se disputent leur droit, il s'empare de l’objet en litige, se l'adjuge pour ses émoluments, le mange, et met ainsi les parties d'accord; c'est presque comme chez nous.

Le Cuoak-Kaua (Cynocephalus porcarius, FR. CuY.=— Dress. Simia porcaria, Bonn. Simia ursina, PENX. Simia sphyngiola, Her. Le Chacma, Fr. Cuy. Le Singe noir, Vaiz. La Guenon a face allongée, Burr. Le Gorloka des Hottentots, Sparw).

Ce singe a beaucoup d’analogie avec les précédents, mais il est plus grand et d'une force terrible. Sur ses quatre pattes, il n’a pas moins de deux pieds de hauteur (0,650), c’est-à-dire qu'il at-

teint la taille des plus grands mâtins. Son pelage est d'un noir verdâtre ou jaunâtre, plus pâle le long du dos, sur les flancs et les épaules ; le cou du mâle seulement porte une longue crinière ; sa face est d’un noir violâtre, plus pâle autour des yeux; ses paupières supérieures sont blanches; sa queue, longue de dix-huit pouces (0,487), se termine par une forte mèche noire, Il habite l'Afrique méridionale.

Tous les cynocéphales sont brutaux et méchants, mais le choakkama est d’une férocité dont rien n'approche, et d'une force contre laquelle aucun homme ne peut lutter, J'en citerai un exemple qui s'est passé presque sous mes yeux, à la ménagerie, il y a plusieurs années. Un certain Richard, homme robuste, de cinq pieds sept à huit pouces, était alors gardien des singes, et sa cuisine donnait en face de l'appartement où était la cage d'un choak-kama, Pendant l'absence du gardien, le singe parvint à ouvrir la porte de sa cage ; il entra dans la cuisine, sauta sur un rayon où l'on avait déposé une provision de carottes pour la nourriture des autres singes, et se mit à gaspiller à belles dents le diner de ses compagnons d’esclavage. Richard arriva dans cet instant; il voulut d’abord flatter l'animal pour l'engager à rentrer dans sa cage, mais le choak-kama se contenta de lui faire quelques grimaces; il refusa d’obéir et continua tranquillement son gaspillage. Le gardien éleva la voix et en vint aux menaces sans obtenir autre chose que de nouvelles grimaces, accompagnées de grincements de dents. Richard eut alors la malheureuse idée de prendre un bâton, et ce geste devint le signal d'une lutte épouvantable, Le singe se précipite sur lui et lui lance ses deux | poings dans la poitrine avec une telle force que cet homme robuste recula en chancelant. Le choak-kama furieux se jette sur lui, le frappe, le renverse après l'avoir désarmé, et avec ses fortes canines lui fait à la cuisse trois profondes blessures qui pénétrèrent jusqu'à l'os et donnèrent pendant quelque temps des craintes sérieuses pour la vie de ce malheureux.

On ne réussit à faire rentrer l'animal qu’en mettant en jeu sa brutale jalousie, Richard avait une fille qui donnait souvent à manger au singe, et qui, par là, se l'était attaché: elle se plaça derrière la cage, c’est-à-dire du côté opposé à la porte par laquelle il devait entrer , et un garçon du jardin fit semblant de vouloir l'embrasser. A cette vue, le choak-kama poussa un cri furieux, et s'élança dans sa prison croyant pouvoir la traverser pour se jeter sur l'homme qui excitait sa rage; aussitôt on ferma la porte, et il redevint prisonnier pour toujours.

Kolbe prétend que ce sont des animaux d’une lasciveté inexprimable, et, en effet, il n’est pas possible d'afficher plus d'impudicité et d’effronterie que le font ceux que l’on tient en captivité, Le même voyageur raconte ainsi les mœurs de cet animal à l’état sauvage : «Les choak-kamas aiment passionnément les raisins et les fruits en général qui croissent dans les jardins. Leurs dents et leurs griffes les rendent redoutables aux chiens, qui ne les vainquent qu'avec peine, à moins que quelque excès de raisins ne les ait rendus roides et engourdis. Voici la manière dont ils pillent un verger, un jardin ou une vigne.

» Ils font ordinairement ces expéditions en troupe ; une partie entre dans l’enclos, tandis qu'une autre partie reste sur la clôture en sentinelle pour avertir de l'approche de quelque danger. Le reste de la troupe est placé au dehors du jardin, à une distance médiocre les uns des autres, et forme ainsi une ligne qui tient depuis l'endroit du pillage jusqu'à celui du rendez-vous. Tout étant ainsi disposé , les choak-kamas commencent le pillage, et jettent à ceux qui sont sur la clôture les melons, les courges, les pommes, les poires, ete., à mesure qu'ils les cueillent : ceux-ci les jettent à ceux qui sont au bas, et ainsi de suite, tout le long de la ligne, qui, pour l'ordinaire, finit sur quelque montagne. Ils sont si adroits et ils ont la vue si prompte et si juste , que rarement ils laissent tomber ces fruits à terre en se les jetant les uns aux autres , et tout cela se fait dans un profond silence et avée

D beaucoup de promptitude. Lorsque les sentinelles apercoivent quelqu'un, elles poussent un cri, et à ce signal toute la troupe s'enfuit avec une vitesse étonnante. »

Choak-kama et Toque.

Les choak-kamas sont sociables et vivent en troupe, mais lorsqu'ils se sont fixés dans une montagne rocheuse qui leur convient, ils ne tolèrent pas l'établissement d’une autre troupe dans les environs. Ils défendent même leur territoire contre les autres mammifères, et particulièrement contre les hommes. S'ils aperçoivent un de ces derniers, aussitôt l'alarme sonne ; par de grands cris ils appellent leurs camarades, se réunissent, s’encouragent mutuellement, et commencent l'attaque. Ils jettent d’abord à l'ennemi des branches d'arbre, des pierres, et tout ce qui leur tombe sous la main; puis ils s’approchent , cherchant à le cerner de toutes parts et à lui couper la retraite. Les armes à feu seules les effrayent, mais cependant leur courage intrépide les empêche de fuir jusqu’à ce qu'ils aient vu plusieurs des leurs étendus sur la place. Si leur malheureux antagoniste est sans fusil, ou s’il manque de poudre, il est perdu; les choak-kamas le pressent, l'entourent, l’attaquent corps à corps, le tuent et le mettent en pièces. Un imprudent Anglais, entraîné à la poursuite de ces féroces animaux, sur la montagne de la Table, près du Cap, se vit bientôt cerné par eux et repoussé jusque sur la pointe d’un rocher dominant un précipice. Vainement il fit feu plusieurs fois sur ces animaux ; ils se jetèrent en avant en poussant des cris affreux, et le malheureux chasseur aima mieux se précipiter dans l’abime que d’être déchiré par eux ; il se tua dans sa chute. Les choack-kamas emploient eux-mêmes ce terrible moyen pour se soustraire à la captivité. Je tiens de la bouche de M. Delalande, naturaliste voyageur que la mort a enlevé trop tôt à la science, un fait qui le prouve. Bien armé, et secondé par des chasseurs hottentots attachés à son service, M. Delalande parvint un jour à bloquer une petite troupe de ces animaux sur des rampes de précipice d’où la retraite leur était impossible. Ils n'hésitèrent pas à se lancer à trois cents pieds de profondeur (97,462) au risque de se briser dans leur chute plutôt que de se laisser prendre,

Je regarde comme une simple variété de celui-ci le Papio comatus Gxorr., qui a le pelage brun, deux touffes de poils descendant de l’occiput, et les joues noires et striées.

Le TARTARIN (Cynocephalus hamadryas, DEsM. — Fr, Cuv. Simia hamadryas, Lin. Papion à face de chien, Pen. Papion à perruque et Tartarin, BELON. Singe de Moco, Burr. Le Tartarin, G. Guv.). Il a environ quinze pouces de longueur (0,406) de l’occiput à la partie postérieure des fesses. Il est d’un gris cendré ou verdâtre, plus pâle sur les parties postérieures du corps; les jambes de

devant sont presque noires; le ventre est blanchâtre , ainsi que les favoris. Sa face, ses oreilles et ses mains sont d’une couleur tannée; une épaisse crinière, longue de six pouces, couvre son cou et les parties antérieures de son corps. Cet animal habite l'Arabie et l’Abyssinie. Il paraît qu'il était autrefois commun dans les environs de Mococo, sur le golfe Persique, quoique, aujour— d'hui, on l’y trouve très-rarement.

Il n’a jamais vécu à la ménagerie, au moins à ma connaissance, mais un marchand d'animaux l’a montré à Paris en 1808. Il avait le regard farouche et le naturel très-méchant, et ses gardiens étaient obligés de se défier beaucoup de sa perfidie; car la haine et la colère étaient les seuls sentiments qu'il parüt être capable d’éprouver. Mème lorsque la faim le pressait, si on lui jetait ses aliments, il s’en emparait brusquement, avec brutalité, en menacant du regard, du geste et de la voix.

Le DrizL (Cynocephalus leucophœus, Fr. Cuv.—Desm. Simia sylvestris, ScurEB. Papion des bois, PENN. Le Papion à queue courte, G. Cuv.). Cette espèce a beaucoup d’analogie avec le mandrill. Son pelage est d’un gris jaunâtre clair ou d’un brun verdâtre, blanc en dessous; mais sa face est constamment d’un noir foncé dans les deux sexes et à tous les àâges. Il est aussi un peu plus petit, sa longueur, du sommet de la tête aux callosités des fesses, ne dépassant pas vingt-six pouces (0,704); sa queue est trèscourte et très-menue. On le croit d'Afrique, et ses mœurs sont inconnues.

Le Bocco, Boucoc ou ManpriLe (Cynocephalus mormon, Fr. Guy. — Desm. Simia mormon et Simia maimon, Lin. Le Mandrill, G. Cuv. Le Mandrill et le Choras, Burr.). Son pelage est d'un gris brun, olivâtre en dessus, blanchâtre en dessous ; il a une petite barbe jaunâtre (dans la jeunesse) ou d'un jaune citron (dans l'âge adulte), qui lui pend au menton ; les joues sont bleues et sillonnées; les mâles adultes prennent un nez rouge surtout au bout, où il devient écarlate; le tour de l’anus;a les mêmes couleurs, et les fesses ont une belle teinte violette. Il habite la Côted'Or et la Guinée.

Le boggo atteint presque Ja taille de l'homme, et l'on ne peut

se figurer un animal plus extraordinaire et plus hideux. Il a le caractère féroce et brutal des autres cynocéphales, et quoique assez doux et confiant dans sa jeunesse, il devient de la plus atroce méchanceté avec l’âge.« Les meilleurs traitements, dit F.Cuvier, ne peuvent l’adoucir, et les actions les plus insignifiantes, un geste, un regard, une parole, suflisent pour exciter sa fureur ; mais aussi la circonstance la plus légère l'apaise , sans le rendre meilleur. Sa voix est sourde, semblable à un grognement, et formée des syllabes aou, aou. A l’état sauvage, toute sa force, toute sa puissance d'organisation ne sont mises en jeu que par les passions les plus grossières et les plus cruelles. I déteste tous les êtres vivants et ne semble pas avoir de plus grand plaisir que celui de la destruction. Ce penchant à déchirer tout ce qu'il peut atteindre se montre jusque sur les végétaux dont il fait sa nourriture : il se complait à les déchiqueter, à les éparpiller brin à brin après les avoir brisés ou lacérés. Du reste, la conscience de sa force lui donne de l'audace et de l'intrépidité. Le bruit des armes à feu l'irrite sans l’effrayer, et la présence de l’homme ne l'intimide pas. Il défend avec courage l'entrée des forêts qu'il habite, et lorsqu'on l'y va attaquer, il s'efforce d’inspirer par ses cris une terreur à laquelle il est lui-même inaccessible. Il résiste, il dispute le terrain pied à pied, et sait, dit-on, s’armer de pierres et de bâtons pour repousser l'agression. [l a l'esprit de sociabilité assez développé, et il se réunit en troupe pour défendre la circonscription territoriale qu'il s’est adjugée, contre l'invasion de tout ennemi. Aussi les nègres de la Guinée le craignent beau-

coup, et c'est à peu près tout ce que l’on sait de certain sur son histoire; car elle a été tellement embrouillée par les voyageurs, et par Buffon lui-même, avec celle du kimpézèy, et, par suite, de l'orang-outang, qu'il est impossible d'en rien déméler de plus. »

Le CYNOCÉPHALE MARAIS (Cynocephalus malayanus, DEsmour. ) n'excède pas seize pouces (0,453) de longueur, non compris la queue; son pelage est grossier, entièrement noir, lui formant une aigrette élargie sur la tête; il a la face et les mains noires, la tête plus carrée que dans les autres espèces , le museau moins allongé, et la face beaucoup plus large. Ses joues ne se relèvent point en côtes le long de son nez. On le trouve à Solo, dans les îles Philippines,

Intérieur du palais des singes.

Les quadrumanes de cette famille appartiennent tous à l'Amérique. Ils ont quatre mâchelières de plus que les précédents, ce qui leur fait en tout trente six dents; ils ont les narines percées aux côtés, et non en dessous; ils manquent d'abajoues; leurs fesses sont velues, sans callosités, et tous ont une longue queue.

Les uns ont une queue prenante, ayant la faculté de saisir les corps environnants en s'entortillant autour. Ce sont les vrais sapajous; tels sont les genres atèle, lagotriche, alouate et sajou.

Les autres ont la queue non prenante et composent la section des sagouins, qui renferme les genres sagouin, nocthore et saki.

46e genre. Les ALOUATES (Mycetes, Izric.). Leur angle facial n'est ouvert qu'à trente degrés ; leur tête est pyramidale ; la màchoire supérieure descend beaucoup plus bas que le crâne, et l'inférieure a ses branches très-hautes pour loger un tambour osseux, qui communique avec le larynx et donne à leur voix un volume énorme et un son effroyable. Leurs mains antérieures sont pourvues de pouces; leur queue est très-longue, nue et calleuse en dessous dans sa partie prenante, Les voyageurs les ont souvent nommés singes hurleurs.

Le Gouariea (Mycetes fuscus, Desu. Simia beelzebut, Lin. Stentor fuscus, Georr. L'Ouarine, G. Cuv. — Burr.) est un peu plus grand que le mono-colorado : sa tête est petite, sa face nue, d’un brun obscur ainsi que ses mains, ses pieds ef sa queue; son pelage est d’un brun marron ou d’un brun foncé, les poils du vertex, de l'occiput et du dos sont terminés par une pointe dorée.

Le gouariba est triste, farouche, méchant, et se retire dans les forèts les plus sauvages du Brésil. « On ne peut ni l'apprivoiser ni même le dompter, dit Buffon; il mord cruellement, et quoiqu'il ne soit pas du nombre des animaux carnassiers et féroces, il ne laisse pas d'inspirer de la crainte, tant par sa voix effroyable que par son air d'impudence. Comme il ne vit que de fruits, de légumes, de graines et de quelques insectes, sa chair n'est pas mauvaise à manger. » Aussi les chasseurs du Brésil lui font une rude chasse. Rien ne surprend plus que l'instinct de ces gouaribas, qui savent distinguer , mieux que les autres animaux, les personnes qui leur font la guerre, et qui, lorsqu'ils sont attaqués, se défendent avec courage et se secourent mutuellement. Lorsqu'on les approche avec des intentions hostiles, ils se rassemblent, se réunissent en phalange, et cherchent d’abord à effrayer l'ennemi en poussant des cris horribles et faisant un tapage épouvantable. Ensuite ils jettent à la tête des chasseurs des branches sèches rompues, tout ce qui se trouve sous leurs mains, et jusqu'à leurs ordures. Ce n’est que lorsqu'ils voient l'impuissance de ces moyens qu'ils pensent à fuir: mais toujours dans le meilleur ordre et sans se disperser , afin de pouvoir se protéger les uns les autres. Dans cetté circonstance, on les voit s'é-

lancer de branche en branche et d'arbre en arbre, avec une telle agilité, que la vue ne peut les suivre. Si, en se jetant à corps perdu d'une branche à une autre, ils viennent à manquer leur coup, ce qui est fort rare, ils ne tombent pas pour cela, et restent accrochés à quelque rameau par la queue ou par les pales, avant de parvenir jusqu'à terre. Il en résulte que si on ne les tue pas roide d'un coup de fusil, ils restent suspendus à l'arbre, même après leur mort, jusqu'à ce que la décomposition les fasse tomber en morceaux. Aussi est-on fort heureux quand, sans être obligé de grimper sur les arbres pour les aller chercher, on peut en avoir trois ou quatre par quinze ou seize coups de fusil.

Lorsque l’un d'eux est blessé, tous s’assemblent autour de lui, sondent sa plaie avec les doigts, en retirent les grains de plomb, et s'ils voient couler beaucoup de sang, ils la tiennent fermée pendant que d'autres vont chercher quelques feuilles qu'ils màchent et poussent adroitement dans l'ouverture de la plaie. OEx-

melin , Dampierre et d'autres voyageurs affirment ce fait comme témoins oculaires. « Je puis affirmer, dit OExmelin, avoir vu cela plusieurs fois, et l'avoir vu avec admiration, »

La femelle n’a jamais qu'un petit, auquel elle est tendrement altachée , et qu’elle porte sur son dos de la même manière que les négresses portent leurs enfants. Il lui embrasse le cou avec ses deux pattes de devant, et des deux de derrière il la tient par le milieu du corps. Quand elle veut lui donner à teter, elle le prend dans ses bras, et lui présente la mamelle comme font les femmes. N’abandonnant jamais sa mère, si on veut le prendre il n'y a pas d'autre moyen que de tuer cette dernière ; et encore est-ce à grand'peine qu'on parvient à l’arracher de dessus son corps, où il se cramponne de toute sa force.

Ces animaux paraissent s'aimer entre eux ; car non-seulement ils se portent secours, comme nous l'avons dit, mais encore ils s’aident mutuellement en se tendant, non la main, mais la queue, pour se soutenir les uns les autres en traversant un ruisseau ou en passant d'un arbre à un autre.

Le Moxo-Cororano (Mycetes seniculus , DEsm. Stentor seniculus, Grorr. Simia seniculus, G. Cuv. Le Hurleur roux, Burr. l’Alouate ordinaire, G. Cuv.). Sa taille est celle d'un fort renard ; son pelage est d’un roux marron clair, passant au marron foncé et au roux vif sur la tête, la barbe , les membres et la queue ; sa face est noire , nue , et ses ongles sont en gouttière. Sa voix, selon le voyageur Ricord, ressemble à celle d'un cochon que l’on égorge.

Le mono-colorado vit en troupes nombreuses dans les forêts de la Guyane, à la Nouvelle-Espagne, et au Brésil, où il est plus rare. Il est d’un naturel farouche, que rien ne peut apprivoiser , et je ne pense pas qu'on en ait élevé en domesticité. Voici ce qu'en dit, dans son langage naïf, un ancien voyageur : QI y a des guenons à Cayenne aussi grosses que des grands chiens, de couleur rouge de vache ; on les appelle les hurleurs, parce qu'étant en troupe, ils hurlent d’une facon que d'abord on croit que c’est une troupe de pourceaux qui se battent. Ils sont affreux et ont une gueule fort large; je crois qu'ils sont furieux. Si les sauvages les flèchent, ils retirent la flèche de leur corps avec leurs mains comme une personne. La chair de ces hurleurs est très-bonne à manger ; elle ressemble à la chair du mouton; il y a à manger pour dix personnes. Ils ont un cornet intérieur en la gorge qui leur rend le cri effroyable. » D’autres voyageurs comparent la voix de ces animaux au craquement d'une grande quantité de charrettes mal graissées, ou bien encore aux hurlements d'un troupeau de bêtes féroces. Ils la font entendre de temps à autre dans le courant de la journée, mais c’est surtout au lever et au coucher du soleil, ou à l'approche d'un orage, qu'ils poussent des cris si épouvantables, qu’on les entend d'une demi-lieue.

L'ALOUATE À QUEUE DORÉE. (Myceles chrysurus. — Stentor chrysurus, Desmous. ) a de l’analogie avec le mono-colorado pour les couleurs, mais elles sont tout autrement disposées : dans le chrysurus la têle et les membres sont unicolores, et la queue ainsi que le dessus du corps sont de deux couleurs ; tandis qu’au contraire dans le seniculus la tête et les membres sont bicolores, le dessus du corps et la queue unicolores. En outre, le mono-colorado est plus grand. Celui qui fait le sujet de cet article a la dernière moitié de la queue et le dessus du corps d'un fauve doré très-brillant, la base de la queue est d'un marron assez clair; le reste du corps, la tête tout entière et les membres sont d'un marron très-foncé, teinté de violacé sur les membres. Il habite la Colombie.

L'ARAGUATO Où ALOUATE OURSON (Mycetes ursinus, Des.) a quel-

que analogie de forme avec le mono-colorado, mais son pelage est d'un roux doré uniforme , et sa barbe est d'une teinte plus foncée : le tour de sa face est aussi d'un roux beaucoup plus pâle. Du reste, il habite les forêts du mème pays.

C’est au Brésil, et particulièrement aux environs de Vénézuela, dans la Nouvelle-Espagne, que l’on trouve le plus communément cette espèce. L'araguato n'habité guère que les montagnes et les lieux élevés ; il recherche le bord des ruisseaux et des mares, et, là, assis en société sous l'ombrage du palmier moriche , il fait retentir les rochers, à plus d’un mille à la ronde, de sa voix effraÿante. Comme les autres alouates il mange des fruits, mais il se nourrit principalement de feuilles.

L'AraparTa ( Mycetes stramineus, Desm.). Son pelage est d'un jaune de paille ainsi que la queue, qui est seulement d'une teinte plus foncée; sa face, presque entièrement couverte de poils, est couleur de chair. Il a une grande célébrité comme un excellent gibier.

Cette espèce, aussi farouche que Lous les animaux de ce genre, habite le Para. Gumilla raconte que les sauvages achaguas, de l'Orénoque , sont très-friands de ces singes jaunes , et leur font journellement la chasse. Il ajoute que, soir et matin, ces animaux font un bruit insupportable, et si lugubre, qu'ils font horreur.

D'après le rapport de quelques voyageurs, il semblerait que la femelle de l'arabata, et de quelques autres espèces d’alouates, est moins attachée à son pelit que celle dés autres singes; et que pour le lui faire abandonner, il ne s'agirait que de l’effrayer en poussant de grands cris. Cependant Spix, dans son ouvrage sur les singes du Brésil, raconte, comme témoin oculaire, un fait qui dément positivement cette assertion. Ayant mortellement blessé une femelle d’un coup de fusil, elle continua de porter son petit sur son dos jusqu'à ce qu'elle fût épuisée par la perte de son sang. Lorsqu'elle se sentit près d'expirer, elle fit un dernier effort pour lancer son enfant sut les branches voisines et tomba morte.

Peut-être cette espèce n'est-elle que le jeune du caraya, et dans ce cas elle ferait double emploi.

Le Cnoro (Mycetes flavicaudatus, Des. Stentor flavicaudatus, Georr.). Son pelage est d'un brun noirâtre, plus obscur sur le dos, très-fourni sur le ventre; sa face est courte, nue, ou munie de quelques poils rares; sa barbe est mêlée de brun et de jaunâtre ; sa queue est d’un brun olivâtre, avec deux bandes longitudinales jaunes. Cette espèce se trouve dans la Nouvelle-Grenade, dans la province de Jaën , et, mais plus rarement, sur les bords de la rivière des Amazones. Peut-être ce sapajou n’est encore qu'une variété d'age du caraya.

Comme les autres alouates, il vit en troupe et se retire dans les lieux les plus solitaires. On le chasse surtout pour avoir sa four-

re, que, dans le pays’ on emploie à divers usages. Une partieularité qu'offrent les alouates, est que, contre l'ordinaire des autres singes, qui tous fuient l'eau , ils se plaisent dans les forèts qui bordent les rives des grands fleuves et des marais; ceci est affirmé par tous les voyageurs. Il paraît même qu'ils se hasardent quelquefois à se mettre à l’eau et à traverser à gué quelques bras assez larges, car on en trouve sur les îlots des rivières et dans ceux des grandes sayanes noyées; ce fait est trèsremarquable dans l’ordre des quadrumanes.

Je ne sais si tous les singes ont pour les nappes d’eau la même frayeur que lé mangabey que j'ai possédé, mais je le suppose; car celte crainte vient de ce que, bâtis à peu près comme l'homme, ainsi que lui ils ne savent pas nager naturellement. La première fois que j'ai traversé la Saône, en batelet, avec mon singe, je n'avais pas fait celte réflexion et je faillis le perdre Malgré les témoignages énergiques de sa frayeur, je le jetai à l'eau, croyant qu'il allait nager et s’en rélirer ainsi que font les chiens. Mais je fus extrêmement surpris de le voir se débattré dans le perfide

élément, de la même manière qu'un enfant qui se noie, et si je n'avais su nager moi-même, je perdais un animal fort aimable, et auquel je tenais beaucoup. Au moment où je le saisis il cou lait à fond, et déjà il était pour ainsi dire sans connaissance, Cette petite scène me fit perdre ses bonnes grâces pendant plus de quinze jours, et ne contribua pas peu à lui donner une nouvelle horreur de l'eau.

Le Caraya (Mycetes caraya, Des. Stentor niger, Georr.). Il a, selon d'Azara, le corps gros et ventru et les membres robustes. Sa face est nue, d'un brun rougeûtre : le mâle a le pelage d’un noir foncé, passant au roux obscur sur le ventre et la poitrine; la femelle a les poils plus fins, d'un bai obscur. On le trouve depuis le Brésil jusqu'au Paraguay.

L'ALOUATE AUX MAINS ROUSSES (Myceles rufimanus, Kuru. Stentor rufimanus, Georr.). Il est entièrement noir, excepté les mains, qui sont rousses, ainsi que la dernière moitié de la queue. La face et le dessous du corps sont nus. Cette espèce habite principalement les terres de la baie de Campêche; mais on la trouve aussi dans d'autres parties de l'Amérique.

Selon Dampierre, ces animaux vivent en troupe de vingt à trente, rôdent sans cesse dans les bois, et s'ils trouvent une personne seule ils font mine de la vouloir dévorer. « Lorsque j'ai été seul, dit ce voyageur, je n'ai pas osé les tirer, surtout la première fois que je les vis. Il y en avait une grosse troupe qui se lancaient d'arbre en arbre par-dessus ma tête, craquetaient des dents et faisaient un bruit d'enragé ; il y en avait même plusieurs qui faisaient des grimaces de la bouche et des yeux, et mille postures grotesques. Quelqnes-uns rompaient des branches sèches et me les jetaient ; d’autres répandaient leur urine et leurs ordures sur moi, A la fin il y en eut un plus gros que les autres qui vint sur une pelite branche au-dessus de ma tête et fit mine de sauler tout droit sur moi, ce qui me fit reculer en arrière; mais il avait eu la prudente précaution de se prendre à la branche avec le bout de sa queue, de sorte qu'il demeura là suspendu à se brandiller et à me faire la moue. Enfin je me retirai, et ils me suivirent jusqu'à nos huttes avec les mêmes postures menacantes. »

17e Genre. Les COAITAS (Afeles, Georr.) ont l'angle facial ouvert à soixante degrés; leurs membres sont grèles, très-longs; leur tête ronde; leurs mains antérieures dépourvues de pouce. Leur queue est extrêmement longue, très-prenante, ayant une partie de son extrémité nue en dessous.

Le Mirikt ou Kouro ( Ateles hypoxanthus, Kunr.). Son pelage est d'un gris jaunâtre; la région anale et l’origine de la queue sont, sur le plus grand nombre d'individus, mais non sur tous, d'un rouge ferrugineux; sa face est couleur de chair et mouchetée de gris ; il a un très-petit pouce onguiculé aux mains antérieures, ce qui le distingue de l'afeles arachnoïdes. Il se trouve dans les forêts du Brésil, où ces animaux vivent en troupes plus ou moins nombreuses dans les forêts les plus sauvages.

Tous les atèles ayant à peu près les mêmes mœurs, nous généraliserons ici leur histoire. Nous ferons d’abord remarquer, comme chose fort singulière, que ces pelils animaux ont avec l'homme quelques ressemblances assez remarquables dans les muscles, et qu'eux seuls, parmi les mammifères, ont le nds de la cuisse absolument fait comme le nôtre.

Les coaïtas sont fort intelligents, doux, et s’attachent facilement aux personnes qui en prennent soin et les trailent avec douceur. Une fois liés par l'affection, ils ne cherchent plus à changer de situation ni à s'enfuir; aussi n’a-t-on pas besoin de les tenir constamment à la chaine comme les singes. Cependant ils ne manquent pas de malice ; et ils sont un peu voleurs, mais pour des friandises seulement.

Dans leurs forêts ils vivent en grandes troupes et se prétent un

mutuel secours. Dans les pays où ils ne sont pas inquiétés par les hommes, s'ils en rencontrent un, ils sautent de branche en branche pour s'approcher de lui, le considèrent attentivement, et l’agacent en lui jetant de petites branches, et quelquefois Leurs excréments, qui, du reste, sont sans odeur. Si l'un d'eux est blessé d’un coup de fusil, tous fuient au plus haut sommet des arbres, en poussant des cris lamentables. Le blessé porte ses doigts à sa plaie et regarde couler son sang, puis, quand il se sent près de sa fin, il entortille sa queue autour d’une branche, et reste suspendu à l'arbre après sa mort. Éminemment bien conformés pour vivre sur les arbres, les coaïtas ne descendent jamais à terre, et s'ils s’y trouvent par accident, ils y marchent avec beaucoup de difficulté et de maladresse. Pour cela, ils posent leurs mains fermées sur le sol, puis ils tirent leur derrière

ment de pouce, comme toutes les espèces qui vont suivre; sa face est cuivrée. Il habite la Guyane et le Brésil. C'est un animal pleureur, excessivement lent, mais très-doux et très-intelligent. Il vit en grande troupe et aime à se balancer suspendu par la queue aux branches d'arbre. En esclavage il s’apprivoise trèsfacilement.

Les coaïlas se nourrissent principalement de fruits, mais, en cas de famine, ils mangent aussi des racines, des insectes, des mollusques et des petits poissons. On dit même qu'ils vont pêcher des coquillages pendant la marée basse, et qu'ils savent fort bien en briser la coquille entre deux pierres. Dampierre et Dacosta racontent que, lorsque ces animaux veulent traverser une rivière, ou passer d'un arbre à l’autre sans descendre à terre, ils s’attachent les uns aux autres en se prenant tous la queue avec les

Le Gouariba.

après eux, tout d’une pièce, absolument comme font les culs-dejatte. Leur voix consiste en un petit sifflement doux et flûté, qui rappelle le gazouillement des oiseaux.

Le Moxo (Ateles hemidactylus, — Eriodes hemidactylus, DEsour..) a souvent été confondu avec le précédent. Sa longueur, non compris la queue, est de dix-huit pouces (0,487); son pouce ne consiste pas en un simple tubercule, mais bien en un petit doigt très-court et trèsgréle, muni d’un ongle, atteignant à peine l'origine du second doigt, et tout à fait inutile à l'animal; son pelage est d’un fauve cendré, un peu noirâtre sur le dos; ses mains et sa queue sont d’un fauve plus vif, et les poils de la base de la queue sont d’un roux ferrugineux; sa face est couleur de chair taché de gris. Il est du Brésil.

Le Cnamecx (Ateles subpendactylus, DEesm. Ateles pendactylus, Gsorr.). Il est d’un noir très-foncé, à poils secs et grossiers. Il est un peu plus grand que l’ateles paniscus et il s’en distingue parfaitement par un rudiment de pouce qu'il a aux mains supérieures. Il habite la Guyane, et, selon Buffon, le Pérou.

Le Coaïra (Ateles paniscus, GEorr. Simia paniscus, Lin.) est absolument noir comme le précédent, mais il manque entière-

mains, et forment ainsi une sorte de chaîne qui se balance dans les airs en augmentant peu à peu le mouvement d’oscillation, jusqu’à ce que le premier puisse atteindre et saisir avec les mains le but où ils tendent; alors il s'accroche et tire tous les autres après lui,

Le Cavou (Ateles ater, Fr. Cuv.) ressemble beaucoup au précédent; comme lui il a le pelage entièrement noir, mais sa face est d’un noir mat, ridée, au lieu d’être cuivrée. Il est de Cayenne, et a les mêmes mœurs et la même douceur de caractère que le coaïla.

Le cayou a toutes les habitudes du coaïta, dont peut-être n'estil qu'une simple variété, comme le pensait Geoffroy, qui le premier l’a fait connaître. Ainsi que chez tous les animaux de son genre, sa queue ne lui sert pas seulement à assurer sa translation en s’accrochant aux corps environnants et particulièrement aux branches d'arbres, mais c’est encore une véritable main, dont il se sert pour aller saisir hors de la portée de ses bras, et sans se déranger, les objets dont il veut s'emparer; c’est un organe de préhension dont le tact est si délicat, qu’en en touchant un corps quelconque, sans le regarder , sans détourner les yeux de dessus un autre objet, il en reconnaît parfaitement la nature. Sa queue

lui sert encore à se garantir du froid, auquel il est très-sensible, en l’enroulant autour de son corps comme nos dames font d’un boa. J'ai vu un mâle et une femelle de cayou, tous deux renfermés dans une cage, se garantir de la fraicheur des nuits en se tenant dans les bras l’un de l’autre, et roulant autour de leurs deux corps leurs longues queues qui les masquaient en bonne partie.

La Marimonpa (Afeles belzebuth, Grorr. — Fr. Cuv. Simia belzebut, Briss. Coaïta à ventre blanc. G. Cuv.). Elle est d'un noir brunâtre en dessus, blanche ou d'un blane jaunâtre en dessous ; elle a le tour des yeux couleur de chair. Elle vit en troupe sur les bords de l’Orénoque, où les Indiens la chassent pour la manger, et quelquefois pour l'apprivoiser et la vendre.

Le Macaco vEeRNELLO ( Ateles arachnoïdes, Grorr. Le Coaïta fauve, G. Cuv.) a le pelage fauve ou roux, court, lisse et moelleux , touffu à l'origine de la queue; sa face est nue, couleur de chair ; son ventre est d’un blanc sale ou un peu jaunâtre. On le croit du Brésil.

Le Meranocuerr (Ateles melanochir, Des. — Fr. Cuv.) a le pelage gris, la face noire, les extrémités des membres d’un brun noirâtre , ainsi qu'une tache oblique, placée à la partie externe de chaque genou ; le dessus de la tête plus foncé que le reste du corps. Il habite le Pérou.

Le Moxo-Zauso (Ateles hybridus, DesmouL.) a de longueur un pied dix pouces (0,596) ; le dessous de la tête, du corps, de la partie non calleuse de la queue, et de la partie interne des mem-

Singe échappé dans le jardin, derrière les anciennes Serres.

« La marimonda, dit Humboldt, est un animal lent dans ses mouvements, d’un caractère doux , mélancolique et craintif ; c'est dans ses accès de peur qu'il mord même ceux qui le soignent : il annonce cette colère passagère en rapprochant la commissure des lèvres pour faire la moue, et en poussant un cri guttural ou-0... Lorsque les marimondas sont réunies en grand nombre, elles s’entrelacent deux à deux et forment les groupes les plus bizarres. Leurs attitudes annoncent une paresse extrême... Nous les avons vues souvent exposées à l’ardeur du s0leil, jeter la tête en arrière, diriger les yeux vers le ciel, replier les deux bras sur le dos, et rester immobiles, dans cette position extraordinaire, pendant plusieurs heures. »

La Cauva (Ateles marginatus, Grorr. — Fr. Cuv. Le Coaïta à face bordée, G. Cuv.) est d’un noir uniforme et lustré excepté autour de la face, qui est bordée de poils blancs; la face est noire. Cette espèce est commune sur les rives du Santiago et de la rivière des Amazones. Selon Humboldt, elle est assez commune dans la province de Jaën de Bracamoros.

bres, est d’un blanc sale; le dessus est d’un brun cendré clair, qui, sur la tête, les membres antérieurs, les cuisses et le dessus de la queue, passe au brun pur, et qui, au contraire, prend une nuance jaune très-prononcée sur la croupe et les côtés de la queue; il a sur le front une tache blanche semi-lunaire , large d'un pouce (0,027) au milieu, et dont les pointes vont se terminer au-dessus de l'angle externe des yeux. Il habite la Colombie.

18e Genre. Les LAGOTRICHES (Lagothriæ, Grorr.) ont l’angle facial ouvert à cinquante degrés environ; leur tête est ronde, leur museau saillant, et leurs membres, dans de justes proportions, n'ont pas ce prolongement que nous avons vu dans le genre précédent. Leurs mains antérieures ont un pouce; leur queue, fortement prenante, est nue en dessous à l'extrémité. Enfin leur corps est couvert d’un poil moelleux et frisé.

Le Caparro (Lagothriæ Humboldtii, Georr.) est d'un cendré noirâtre ou d’un gris uniforme; son pelage est plus obscur et plus touffu sur la poitrine que sur le dos; sa tête est grosse; sa

face noire, entourée de longs poils roides. Il se trouye sur les bords du Rio-Guaviare, et ses mœurs sont à peu près les mêmes que celles des coaïtas ; mais il est d’un caractère un peu plus farouche, il s'apprivoise moins facilement,

Cet animal, haut de deux pieds trois pouces (0,754), vit en troupes nombreuses et paraît d'un naturel assez doux. Humboldt, à qui l’on doit la découverte de ce genre, dit qu'il se tient le plus souvent sur ses deux pieds de derrière, Le son de sa voix ressemble à un claquement, selon Spix, eL il ajoute que cet animal est extrémement gourmand.

Le LAGOTRICHE GRISON ( Lagothrix canus, Georr.), qui habite le Brésil, diffère du précédent par des poils plus courts, d’un gris olivâtre sur le corps, et d'un gris roux sur la tête, les mains et la queue. Peut-être faut-il ajouter à cette espèce :

Le LaGorriCHE ENFUMÉ ( Lagothrit infumatus. — Gastrimargus infumatus, Six) qui se trouve au Brésil, et qui ne diffère guère des précédents que par son pelage entièrement enfumé. Il habite les forêts les plus retirées, et vit, comme les précédents, de fruits et d'insectes. ;

Les lagotriches grison et enfumé sont beaucoup moins farouches que le précédent, et s’apprivoisent avec plus de facilité. Ils vivent également en bandes nombreuses, dans les forêts qui ombragent les bords des grandes rivières du Brésil. Is sont d’un naturel doux et timide, s’habituent aisément à Ja servitude, mais s’attachent peu à leur maître et en changent avec la plus grande indifférence. Moins agiles, moins pétulants que les autres sajous, ils se montrent plus robustes, moins inquiets, moins remuants, et plaisent davantage par une expression de physionomie plus douce et plus aimable. Peu criards, on ne les entend guère troubler le silence des forêts que lorsqu'un air lourd et chargé d'électricité annonce un prochain orage. Alors ils réunissent leur troupe éparpillée, s'appellent les uns les autres, et cherchent ensemble un abri contre la tempête. Ils se blolissent contre le tronc d'un arbre, à la bifurcation des branches basses les plus grosses , et là, dans la plus grande épouvante, serrés les uns contre les autres en petits groupes de trois ou quatre, ils altendent dans l’immobilité la plus complète que les éclairs aient cessé de sillonner les nues et le tonnerre de gronder. Le jaguar profite souvent de cette circonstance pour les poursuivre, les saisir et les dévorer; dans leur effroi ils pensent à peine à fuir, et il en fait aisément sa proie. Souvent aussi ils deviennent les victimes du cougouard et d’autres grands chats sauvages.

19° Gexee, Les SAJOUS (Cobus, ExxLes.) ont l’angle facial ouverE à soixante degrés. [ls ont la tête ronde, le museau court, les oreilles arrondies, l’occiput saillant en arrière, les pouces distincts , opposables aux autres doigts, et la queue toute velue quoique prenante.

Le Sasouassou (Cebus apella, Des. Sinia apella, Linx. Le Sajou, Burr. — G. Cuy.).

Son pelage est d'un brun plus ou moins foncé en dessus, plus pâle en dessous ; les pieds, la queue, le sommet de la tête et la face sont bruns ; cette dernière est entourée de poils d’un brun noiratre; le dessous du cou et la partie externe des bras tirent sur le jaune,

Celle espèce ne se irouverait point au Brésil selon le prince Maximilien, eb serait propre à la Guyane francaise. Comme tous les sajous ont absolument la même intelligence, les mêmes mœurs, et des habitudes semblables, il nous suffira de donner l'histoire de celui-ci pour faire connaître tous les autres.

Le sajouassou a toute l'intelligence des coaïtas, mais avee moins de circonspection ; parce que la vivacité de ses impressions et la promptitude de son imagination ne lui permettent ni prudence ni réserve, Tous les sajous sont d'un naturel très-doux, très— affectueux, et s’attachent vivement à leur maître, surtout quand ils sont traités avec douceur. Quoique vifs et turbulents, ils n’ont pas la pétulance capricieuse des singes ; mais il est fâcheux qu'ils en aient la malpropreté et un peu l’impudicité, car sans cela ils seraient les animaux les plus aimables que l’on puisse soumettre à l'esclavage. En outre ils craignent beaucoup le froid, et, dans nos pays, ils sont sujets à des maladies de poitrine qui les enlèvent promptement. Cependant, en les tenant dans des apparlements chauds , ils passent assez bien l'hiver et vivent plusieurs années. J'en ai yu beaucoup qui avaient l'étrange habitude de se manger la queue, malgré tout ce qu'on pouvait faire pour les en empêcher ét malgré la douleur qu'ils en éprouvaient.

A l'état sauvage ils vivent dans les bois en grandes troupes. Ils se nourrissent principalement de fruits, mais ils mangent aussi des insectes, des œufs, et même des oiseaux quand ils peuvent les attraper. J'ai remarqué que, de même que les petits mammifères carnassiers, quand ils prennent un oiseau ils commencent toujours par lui briser le derrière du crâne et lui manger la cervelle.

Le sajouassou est fort doux, mais capricieux et fantasque. IL affectionne sans sujet de certaines personnes, et prend les autres en haine sans cause appréciable. Il aime les caresses et fait alors entendre une petite voix douce et flütée. S'il est effrayé ou en colère , il fait des mouvements brusques d’assis et de levé, en prononçant d'une voix forte et gutturale : heu, heu. Ce petit animal se reproduit en captivité dans de certaines circonstances. Le père et la mère aiment beaucoup leur enfant , en prennent le plus grand soin, et le portent tour à tour dans leurs bras; ils s'empressent à lui apprendre à marcher, à grimper, à sauter, mais lorsqu'il a l'air de faire peu d'attention à leurs leçons : ils le corrigent et le mordent serré pour exciter son application.

Le Sasou rRoBusTE (Cebus robustus, Kuuz.) est brun ; le sommet de sa iêle est couvert de poils noirs qui s’avancent sur le front, et deux lignes de la même couleur lui entourent la face; les mains, les avant-bras, les jambes, les pieds et la queue sont d’un brun foncé; les épaules, le dessous du cou et la poitrine sont jaunâtres; le cou et le ventre sont d'un marron roux. Celle espèce a élé découverte au Brésil par le prince Maximilien de Neuwied, Si ce n’esl pas la même que Fr, Cuvier a décrite sous le nom de Saï femelle, elle a du moins une très-grande analogie avec’ elle.

Le Sasou Gris (Cebus griseus, Des. Cebus barbatus, G£orr. Le Sapajou gris, Burr. Cebus capucinus, ErxL, ; probablement une va-

SAPAJOUS,. 19 oo

riété de l’apella). On ne connaît pas la patrie de cet animal, mais on le suppose du Brésil ou de la Guyane. Le derrière de Ja tête, le cou , le dos , les flancs , les cuisses, la partie postérieure des jambes de derrière et le dessus de la queue sont d'un brun jaunâtre ou d'un brun fauve mélé de grisâtre; le dessous est d'un fauve clair; une calotte noirâtre lui couvre le sommet de la tête ; il n'a pas de barbe; sa face est entourée de poils d'un brun noir ; quelquefois le cou, la poitrine et le haut des bras sont blancs.

Le Sasou BarBU (Cebus barbatus, Desm. Cebus albus, Grorr. Le Saï varié, Auves.). Son pelage est gris, ou d'un gris roux, ou blanc, selon l’âge ou le sexe ; le ventre est roux : sa barbe se prolonge sur ses joues. Ses poils sont longs et moelleux. Il habite la Guyane.

Le Sasou coirré (Cebus frontatus, KuuL. Cebus trepidus , GEorr. — Era. Le Singe à queue touffue, Evwa.). Son pelage est d'un noir presque uniforme, mais cependant les extrémités des membres sont plus foncées; il a sur les mains antérieures et autour de la bouche quelques poils blancs, ceux de son front sont relevés perpendiculairement et très-droits. On ne sait d’où il est.

Le Sasou NÈGRE (Cebus niger, GEorr. Sapajou nègre, Burr.). Peut-être, comme le pense Humboldt, n'est-ce qu'une variélé du sajou brun (Cebus capucinus), qui lui-même est une variété de l’apella. Son pelage est d’un brun foncé, son front et la partie postérieure des joues sont couverts de poils jaunâtres; sa face, ses mains et sa queue sont noires. Sa patrie est inconnue,

Le Sasou varié (Cebus variegatus, Georr.). Sa tête est ronde, et son museau saillant; l'espace de la face compris entre les yeux est d’un brun noirâtre; son pelage est noirâtre , pointillé de jaune doré en dessus , roussàtre en dessous; les poils de son dos sont bruns à leur base, roux au milieu et noirs à la pointe, On ne connait pas son pays.

Le Sasou FauvE (Cebus fulvus, Des. Cebus flavus, Georr.), Tout son pelage est fauve; il est remarquable par ses poils soyeux, droits, non ondulés.

L'Ouayapavi (Cebus albifrons, Gzorr. — Huurorvr) habite au— tour des cascades de l'Orénoque, près des Maïpures et des Atures. Son pelage est gris, plus clair sur le ventre; le sommet de sa tête est noir; ses extrémités sont d’un brun jaunâtre; il a le front blanc ainsi que les orbites des yeux.

Le Sasou LUNULÉ (Cebus lunatus, Kuur. — Fr. Cuv.). Il est d’un brun de suie, presque noir sur la tête et les membres; il a sur chaque joue une tache blanche en croissant se portant depuis le sourcil jusqu’à la bouche ; ses parties nues sont violâtres. Sa patrie n'est pas connue.

Le Ssrou connu (Cebus fatuellus , Des. Simia fatuellus, Lix. Cebus cristatus, Fr. Cuv. Le Sajou à aigrette, du même. Le Sajou cornu, Burr.). Son pelage est d'un brun marron sur le dos, plus clair sur les flancs , passant au roux vif sur le ventre; la queue et les extrémités sont d'un brun noir; deux forts pinceaux de poils blancs, séparés en forme de corne, s'élèvent de la racine de son front. Il habite la Guyane francaise.

Sasou À TouPET (Cebus cirrifer, Grorr.). Il a la tête ronde; son pelage est d'un brun châtain ; le vertex, les extrémités et la queue sont d’un marron tirant sur le noir; il a sur le front un toupet de poils noirâtres élevé en fer à cheval. On le croit du Brésil.

Le Saï (Cebus capucinus, DESu. Simia capucina, Lin. Le Saï , Burr. Le Sujou sat, Grorr.). Son pelage varie beaucoup et passe du gris brun au gris olivàtre; il a le vertex et les extrémités noirs; le front, les joues et les épaules d'un gris blanchâtre.

Le saï habite les bois de la Guyane, où il se nourrit de fruits, de graines, de sauterelles et autres insectes. Il est très-farouche, et si l'on parvient à le prendre vivant, ce‘qui est fort difficile, il se défend avec un courage bien au-dessus de sa taille et de sa force. 11 mord si opiniätrément , qu'il faut l’'assommer pour Ini faire lâcher prise. Les voyegeurs ont quelquefois nommé ces

sajous singes pleureurs, parce qu'ils ont un cri plaintif et que, pour peu qu'on les contrarie, ils ont l'air de se lamenter; d'autres les ont appelés singes musqués, parce qu'ils ont, comme le macaque, une odeur de muse (dit Buffon). En captivité , le saï est doux , crainlif et assez docile, Son cri ordinaire ressemble à peu près à celui d'un rat, et il le fait volontiers entendre quand il désire quelque chose ou qu'on le caresse ; dès qu'on le menace, ce cri devient une sorte de gémissement. En France, il mange des fruits; mais il préfère à toute autre chose les limacons et les hannelons.

Le Caribranco (Cebus hypoleucus, Des. — Fr. Cuv. Le Saï à gorge blanche ; Burr.) a ordinairement les épaules, les bras, les côtés de la tête et la gorge d’un blanc très-pur; le reste du pelage est d'un noir très-foncé. Sa face et son front sont nus, et de couleur de chair ainsi que ses oreilles. Il vit à la Guyane et a les mêmes mœurs que le précédent.

Celui qui a vécu à la Ménagerie était d’une extrême douceur et avait assez d'intelligence. Son regard, qui était très-pénétrant, savait deviner dans vos yeux les sentiments que vous éprouviez pour lui, et au moindre geste il comprenait parfaitement vos intentions à son égard. Son cri, lorsqu'il désirait quelque chose, consistait en un petit sifflement très-doux, et surtout lorsqu'on le caressait ; mais, quand il était colère ou effrayé, il se changeait en une sorte d'aboiement rude et saccadé.

Le SaJOu À POITRINE JAUNE ( Cebus œanthosternos , Kuuc. Cebus macrocephalus, Fr. Cuv.) a été découvert au Brésil, près du fleuve Belmonte, par le prince Maximilien de Neuwied. Il diffère de tous les autres sajous par la forme de sa tête. Son front large, arrondi, rejeté en arrière, est couvert de poils blancs et ras qui le font paraître chauve. Son museau est de couleur tannée ; son pelage est châtain ; il a le cou et la poitrine d’un jaune roussâtre très-clair ; les mains d’un violâtre presque noir.

Le Sajou À PIEDS DORÉS (Cebus chrysopus, Fr. Cuv.). Sa tête est grosse, arrondie, d'un brun grisàtre un peu foncé descendant sur la partie moyenne du dos, avec la face d'un couleur de chair un peu tanné, entourée d'un large cercle de poils blanes ; le pelage est d'un gris jaunâtre , blanc jaunâtre en dessous : les quatre membres sont d’un beau fauve doré; les oreilles sont de la couleur de la face, et les mains blanchâtres. Il habite l'Amérique méridionale, mais on ne sait pas quelle partie.

Le Sajou À TÈTE FAUVE (Cebus œanthocephalus, Srix) a la région lombaire, la partie supérieure de la poitrine, le cou, la nuque el le dessus de la tête fauves; le milieu du corps, la croupe et les cuisses bruns. Il habite le Brésil.

Le Sasou MAIGRE ( Cebus gracilis, Srix) est d’un brun fauve en dessus, blanchâtre en dessous ; vertex et occiput bruns : corps très-grèle. Cette espèce, qui n’est pas suffisamment déterminée, se trouve dans les forêts voisines de la rivière des Amazones.

Le SaJou À cAPUCHON (Cebus cucullatus Srix) a les poils de la parlie antérieure de la tête dirigés en avant; le dos et la tête sont brunâtres ; les bras, la gorge et la poitrine sont roussâtres ; le ventre est d’un roux ferrugineux ; les membres et la queue sont presque noirs. Il habite la Guyane et le Brésil.

Le Sasou Lascir (Cebus libidinosus, Srix). Il a la calotte d’un noir brun; la barbe entourant en cerele toute la face ; le dos, la gorge, la poitrine, les membres (excepté les cuisses et les bras), le dessous de la queue, d'un roux ferrugineux; le devant de la gorge d'un brun roux foncé ; les joues, le menton et les doigts d'un roux plus clair; le corps d’un roux fauve, et la queue un peu plus courte que le corps. Il habite le Brésil. À

20e Gexre. Les SAGOUINS (Saguinus, Lac. Callithriz, Grorr. — Fr. cuv.), ainsi que tous les genres qui vont suivre, n’ont pas la queue prenante; leur angle facial est ouvert à soixante degrés; leurs oreilles sont très-grandes , déformées ; leur corps est gréle,

et leur queue est couverte de poils courts. Du reste ils ressemblent aux sajous.

Le Saïuiri (Saguinus sciureus, Less. Callithrix sciureus, GEorr. — Fr. Cuv. Simia sciurea, G. Cuv. Le Sajou jaune, Briss. Le Singe orange, PENN. Le Titi de l'Orénoque, Huwpozor. Le Saimiri, Burr.) Son pelage est d’un gris jaunâtre ou verdâtre, blanc en dessous; les avant-bras et les quatre mains sont d’un roux vif; le bout de son museau est noir.

Ce joli petit animal se trouve au Brésil et à Cayenne. Comme nos écureuils, dont il a la taille, l'œil éveillé et la vivacité, il habite constamment sur les arbres, et se nourrit de fruits, de graines et quelquefois d'insectes. « Par la gentillesse de ses mouvements, dit Buffon, par sa petite taille, par la couleur brillante de sa robe, par la grandeur et le feu de ses yeux, par son petit visage arrondi, le saïmiri a toujours eu la préférence sur tous

quatre fois de suite. Du reste, ce charmant animal me parait avoir plus de douceur que d'affection pour ses maîtres.

Le SAHOUASSU Où SAGOUIN À MASQUE (Saguinus personatus, LESs. Callithrix personatus, Georr. — Des.). Cet animal a le pelage d'un gris fauve, la queue rousse, la tête et les quatre mains noirâtres.! Il se plaît dans les bois qui bordent les rivières au Brésil.

Ses mœurs, ainsi que celles des espèces qui vont suivre, ne diffèrent que peu de celles du saïmiri. Cependant ces animaux habitent moins les arbres et se plaisent beaucoup plus dans les broussailles que dans les forêts; ils nichent aussi plus volontiers dans les trous des rochers. Leurs yeux, fort bien disposés pour voir la nuit, ont de la peine à soutenir la vive lumière du jour. Il en résulte que les sagouins en général passent la journée à dormir dans leur retraite, qu'ils n’en sortent qu'au crépuscule, et que

Le Sajouassou.

les autres sapajous, et c’est en effet le plus joli, le plus mignon de tous; mais il est aussi le plus délicat, le plus difficile à transporter. Sa queue, sans être absolument inutile et lâche, comme celle des autres sagouins, n’est pas aussi musclée que celle des sajous; elle n’est pour ainsi dire qu'a demi prenante, et quoiqu'il s'en serve pour s'aider à monter et à descendre, il ne peut ni s’attacher fortement, ni saisir avec fermeté, ni amener à lui les choses qu'il désire, et l'on ne peut plus comparer cette queue à une main, comme nous l'avons fait pour les autres sapajous. »

Le saïmiri est un animal très-gai et fort doux ; sa physionomie ressemble à celle d’un enfant; c’est la même expression d’innocence, de plaisir, de joie et de tristesse; il éprouve vivement les impressions de chacun, verse des larmes quand il est contrarié ou effrayé, et toute sa personne respire une grâce enfantine. Dans sa jeunesse , il est extrêmement attaché à sa mère, et ne l’abandonne pas même après sa mort. Lorsqu'il saisit quelque chose avec ses mains antérieures, son pouce es£ placé à côté des autres doigts, parallèlement avee eux; mais il est opposable aux autres doitgs dans les mains de derrière. Quand il dort, son attitude est fort singulière : il est assis, ses pieds de derrière étendus en avant, ses mains appuyées sur eux, le dos courbé en demi-cercle, sa tête placée entre ses jambes et touchant à terre. Soit qu'il veuille témoigner sa colère ou ses désirs, son cri consiste en un petit sifflement plus ou moins doux ou aigu, qu'il répète trois ou

ce n’est qu'alors qu'ils jouissent de toute leur gaieté. Ce sont de petits animaux fort intelligents.

La Veuve (Saguinus lugens, Less. Callithrix lugens , GEorr.) se trouve dans les bois qui ombragent le bord des rivières à San- Fernando de Atapabo. Son pelage est noirâtre, sa gorge et ses mains antérieures sont blanches, et sa queue est à peine plus grande que son corps. Ses habitudes sont tristes et son caractère mélancolique. Il vit isolé et ne se réunit jamais en troupe comme les autres, que l'on rencontre rarement moins de dix à douze ensemble.

A la suite de ces trois espèces, qui appartiennent au genre callithrix de Desmarest, Geoffroy et F. Cuvier, genre fondé sur ce que la queue est encore un peu prenante et sur d’autres légères considérations, viennent les véritables sagouins à queue tout à fait lâche.

Le SaGouIN À COLLIER (Saguinus torquatus, DEsn. Callithriæ torquata, Horrm. — GEorr.). On le trouve au Brésil. Son pelage est d’un brun châtain, jaune en dessous, avec un demi-collier blanc. Sa queue est un peu plus longue que son corps.

Le SAGOuIN À FRAISE (Saguinus amictus, DESM. Simia amicta, Huws.) habite, dit-on, le Brésil, mais sa patrie n’est pas bien connue. Son pelage est d’un brun noirâtre; il a un demi-collier blanc; ses mains antérieures sont d’un jaune terne et pâle, et sa queue est d’un quart plus longue que son corps.

Le Morocu (Saguinus moloch, Desm. Callithrix moloch, Grorr. Cebus moloch, Horrw.) se trouve à Para. Il est couvert de poils cendrés , annelés en dessus, d’un roux vif en dessous, ainsi que sur les tempes et les joues; ses mains sont d'un gris blanchâtre, ainsi que l'extrémité de sa queue. Cette espèce est rare.

Le SAGOUIN MITRÉ (Saguinus infulatus, DEsm. Callithrix infulatus, KuuL.) habite le Brésil. Il est gris en dessous, avec la queue d'un jaune roussâtre à son origine, et noire à son extrémité ; il a au-dessus des yeux une grande tache blanche, entourée de noir. I n'est certainement qu'une variété du suivant,

est très-séparé et très-peu distinct des autres doigts, et tous leurs ongles sont plats; leur queue est longue, recouverte de poils courts,

Le Douroucourt ou cara-rayana (Nocthora trivirgata, Fr. Cuv. Aotus trivirgatus, Huwe. Nyctipithecus felinus, Srix. Le Titi-tigre des voyageurs).

Cet animal a dix pouces (0,271) de longueur du sommet de la tête à l'origine de la queue. Son pelage est d'un gris cendré en dessus, d’un jaune roux ou orangé en dessous; les mains, les

Le Douroucouli, ou Cara-Rayada.

Le G160 ou SAGOUIN À MAINS NOIRES (Saguinus melanochir, DES. Callithrix incanescens, Licusr. Callithriæ melanochir, Kuur..). Il habite le Brésil, où il a été découvert par le prince Maximilien de Neuwied. Son pelage est d'un gris cendré, excepté au bas du dos, aux lombes et à l'extrémité de la queue, où il est d’un brun roussâtre. Ses mains antérieures sont fuligineuses. Il est trèscommun dans les forêts, et, au lever du soleil, il pousse des cris rauques, désagréables, qui retentissent au loin. On ne connaît rien de plus de son histoire,

oreilles, le nez sont couleur de chair; le dessus des yeux est blanc, et trois lignes noires s'élèvent sur son front, l’une à partir du nez, les deux autres à partir de l’angle externe des yeux; ces derniers sont très-grands, ronds et fauves.

Sur les bords de l'Orénoque, dans les forêts de Maypures et de l'Éméralda, on entend quelquefois, pendant l'obscurité des nuits, un cri terrible que l’on prend pour celui du jaguar, et qui effraye le voyageur, Ce cri retentissant se rapproche et semble articuler les syllabes muh-muh ; tout à coup il lui succède une sorte de

21e Genre. Les NOCTHORES (Nocthora, Fr. Cuv.). Leurs dents sont semblables à celles des sajous; leur tête est arrondie et fort large; leur museau court; leurs yeux sont très-grands et à pupille ronde ; leur nez est saillant et leurs narines sont ouvertes en dessous autant que sur les côtés; la bouche est fort grande, ainsi que les oreilles, qui sont arrondies; leur pouce antérieur

miaulement, é-i-aou, tout aussi sinistre. Déjà l'Européen épouvanté porte la main à ses armes, lorsque l'animal féroce se laisse apercevoir aux rayons brillants de la lune. C’est un titi-tigre, un douroucouli nocturne, à peine de la grandeur d’un petit lapin, moins dangereux qu'un écureuil, et qui n’a aucune résistance à opposer à l’épagneul qui l’attaque, car sa lenteur et sa mal-

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