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54e Genre. Les AYE-AYE (Cheiromys, IL16. — Cuv.) ont dixhuit dents : deux incisives à chaque mâchoire, dont les inférieures très-comprimées ressemblent à des socs de charrue. Les extrémités ont toutes cinq doigts, dont celui du milieu des mains est très-long et très-grêle; le pouce des pieds de derrière est opposable aux autres doigts; ils ont deux mamelles ventrales et la queue touflue et très-longue.
Le Tsrrsint (Cheiromys madascariensis, Des. Sciurus madascariensis, GuL. L'Aye-aye, Burr. — G. Cuv.) est de la grandeur d’un chat; son pelage est grossier, d'un gris brun mêlé de jauntre ; sa queue est longue, épaisse, garnie de gros crins noirs ; sa tèle est arrondie et porte de grandes oreilles nues; ses yeux sont tristes, faibles, et peuvent à peine supporter la lumière.
On voit à Madagascar des forêts vierges, aussi anciennes que la terre qu'elles couvrent de leur ombre, et dont les arbres n'ont Jamais été renversés que par la faux du temps. C'est là que vit dans la solitude du désert le tsitsihi, le plus farouche et pourtant le plus innocent des habitants des bois. Il a des habitudes paisibles, et de la gravité dans ses actions , si l'on peut se servir de ce mot. Ses mouvements sont lents, mesurés, peut-être pénibles. Aussi, pour se soustraire aux ennemis qui l'atteindraient aisément, vu la lenteur de sa marche, il ne sort de sa retraite que la nuit. Pendant le jour, il se tient blotti dans un terrier qu'il sait se creuser, dit-on, dans des ravins, à proximité des forêts où il va chercher sa nourriture. Cependant, la conformation de ses pieds me paraît peu propre à lui permettre de creuser une habitation souterraine; probablement il s'empare de celle d'un autre animal plus faible que lui, comme font les fouines , les martres, les renards et beaucoup d’autres, qui ne manquent jamais d’exproprier le premier propriétaire d’un terrier, quand ils en trouvent l'occasion : et cependant on sait que la martre et le renard creusent la terre avec assez de facilité. L’écureuil peut nous fournir l'exemple d'un pareil brigandage, car il s'empare assez volontiers des nids de pie pour y établir son domicile après l'avoir maconné à sa fantaisie,
Quoi qu'il en soit, le tsitsihi se nourrit d'insectes, de vers et de fruits, et il préfère ceux qui sont secs et durs aux baies et aux autres fruits mous. Pendant toute la belle saison , il ne s'occupe guère qu'à parcourir les forêts, en grimpant lentement sur les arbres pour y trouver sa nourriture. Quoique peu carnassier, s'il peut saisir un oiseau sur son nid, il manque rarement de le faire et de le dévorer; mais c’est aux œufs qu'il donne la préférence.
Rien n'est curieux comme de voir manger cet animal : il se pose sur le derrière, ayant le corps dans une position verticale, et avec ses mains il porte les aliments à sa bouche; mais pour saisir un fruit, il n'a pas besoin, comme l’écureuil, de ses deux mains : grâce à son long doigt, il enveloppe le fruit et le tient solidement, pendant que son autre main est libre, Jamais il ne prend un objet en l'empoignant avec ses cinq doigts, mais il le saisit avec le doigt du milieu, et avec les autres il continue à s’accrocher aux branches pour grimper.
Lorsque vient la saison des pluies , il ne quitte guère son terrier que s'il y est poussé par la faim. Dans son réduit, il sait fort bien s'arranger une vie sédentaire, et il ne manque jamais de s’entourer de toutes les commodités que lui permettent les cir-
constances. Sans faire positivement des provisions, il est rare qu'il n'ait pas dans son terrier assez de fruits pour vivre trois ou quatre jours au moins sans sorlir. Ainsi, quand des chasseurs rôdent dans les solitudes qu'il habite, ou qu'un orage inonde la campagne, il reste tranquillement chez lui, à l'abri de tout danger, jusqu'à ce que sa pelile provision soit épuisée, et l’on assure même qu'il la ménage avec économie, pour la faire durer autant de temps qu’il présume devoir passer en reclusion. Il aime beaucoup ses aises, el sa voluptueuse mollesse ne lui permettrait pas d'habiter une demeure humide, fraîche, ou seulement de dormir sur la terre. Mais il n’est pas paresseux, quoique lent, et s’il aime à être bien, il ne compte sur personne que sur lui-même pour se procurer ce bien-être, Il travaille avec ardeur et pendant longtemps à se faire un appartement sec et commode au fond de son terrier. Après l'avoir suffisamment élargi, il y transporte une quantité de petites büchettes de bois sec qu'il entrelace avec du foin et dont il forme une sorte de tenture exactement appliquée contre toutes les parois de sa chambre à coucher, Il la remplit ensuite de foin sec et très-doux, au milieu duquel il établit son lit. Ce lit lui-même exige encore un travail, çar il est tapissé, on plutôt matelassé avec une mousse fine, sèche et chaude.
C'est là qu'il fait ses petits, rarement en nombre de plus de trois où quatre. Pendant tout le temps de l'allaitement, la femelle en a le plus grand soin et ne les quitte que lorsqu'elle y est for- cée par une impérieuse nécessité: elle les tient surtout dans une propreté recherchée. Lorsque les pelits commencent à marcher, elle choisit les moments où la lune jette ses rayons brillants sur les arbres des forêts pour les faire sortir et jouer sur la mousse humide de rosée. En sentinelle à côté d'eux, elle veille à la sûreté générale, et au moindre bruit, à la plus mince apparence de danger, elle fait rentrer les plus forts et emporte les plus petits au fond de son trou.
Les naturels de Madagascar font une guerre soutenue au isitsihi, parce qu'ils estiment beaucoup sa chair, qui pour un Européen est un mets détestable. Ils lui tendent des piéges au pied des arbres, ils le déterrent de son trou, et le tuent à coups de flèches ou de fusil. Il n’est ni féroce ni méchant, mais il aime la liberté plus que la vie. Aussi, quand on le prend, jeune ou vieux, s'il ne se laisse pas mourir de faim dans les premiers jours de son esclavage, il vit quelque temps dans la tristesse, il tombe dans la consomption, et il périt après avoir trainé pendant quelques mois une vie languissante, qu'il parait quilter sans regret. :
Ici finit l’ordre des quadrumanes, dont, nous devons le dire, les limites sont tracées d’une manière assez incertaine, Par exemple, ce dernier genre a été placé par G. Cuvier parmi les rongeurs, après les polatouches ; M. de Blainville l'a reporté à la suile des quadrumanes, et nous l'y maintenons sur la considération de son pouce des pieds de derrière, qui est opposable aux autres doigts.
Le genre tarsius est évidemment plus voisin des galéopithèques et des chauves-souris que des quadrumanes, aux ailes près.
Les kinkajous ou potos ne se prètent encore nettement à aueune de nos classifications et pourraient peut-être se reporter, avec les carnassiers planligrades, entre les coalis et les blaireaux, où G. Guvier les avait mis, et d'où son frère les a retirés pour les rejeter à la fin des quadrumanes.