LES MAKIS
Ces animaux font le passage naturel des quadrumanes aux autres mammifères ; leur museau rappelle plus celui du chien que la figure humaine; leurs narines sont situées au bout du museau, comme celles des chiens; les extrémités postérieures sont plus longües que les antérieures; ils ont tous les ongles plats, excepté celui du premier doigt des pieds de deïrière, qui est relevé et très-aigu ; 1és mamelles placées sûr la poitrine; léur queue (manquant quelquefois) est toujours lâche et non prenatité.
25° Genre, Les MAKIS (Lemur, Lin.) ont trenté-deux dents : quatre incisives supérieures et six inférieures en avant, les deux canines supérieures croisent les inférieures en avant; ils ont six molaires. Leur museau est effilé comme celui d'un renard : leur queue est très-longue; leur poil est doux et laineux; leurs mamelles, au nombre de deux, sont placées sûr là poitrine, Tous sont de Madagascar. Ces ahimaux aiment la chaleur, même dans leur pays. Ils marchent en relevant leur longue queue én panache.
Le Mat ROUGE (Leur ruber, PEnoN. — Grorr. Le Maki roux, Fr. Cuv.).
Ce bel animal est d'une grande taille, relativement à ses con= génères. Il n’a pas moins de quatorze pouces de longueur (0,379) depuis le bout du museau jusqu’à l'origine de la queue. Il est
d'un roux marron vif, avec la tête, les quatre mains, la queue et le ventre noirs; il porte une touffe de poils roux à chaque oreille, et une tache blanche sur la nuque.
Cette espèce habite les bois des environs de Tamatava dans l'île de Madagascar, et probablement dans quelques autres parlies de ce singulier pays, où les makis, assez nombreux en espèces, semblent avoir été placés pour remplacer les singes qu'on n'y trouve pas. Le maki rouge est doué d’une grande agilité, comme tous ses congénères, mais il est d’un näturel triste et dormeur. Retiré dans le trou d’une vieille souche, sur un lit de feuilles sèches ou de mousse que la nature seule lui a préparé, il passe la plus grande partie de son temps à dormir couché en rond et la tête entre ses jambes. Ce n’est que lorsque la faim le talonne qu'il se réveille et sort de sa retraite. Alors il déploié toute son adresse, toute son agilité, pour parcourir la forêt, tantôt en s'élançant d’un ärbre à un autre, tantôt en se glissant à travers les broussailles et marchant d’un pas léger sur la terre, à la manière des renards. Sà nourriture ordinaire consiste en fruits sauvages; mais il cherche aussi les nids d'oiseaux pour en manger les œufs, et il ne dédaigne pas les insectes quand il né trouve rien de mieux.
Ses mœurs sont douces et indoléntes; aussi s'accoutume-t-il assez bien à la caplivité, et il s’apprivoise avec facilité, Mais il
n'est jamais très-affectuéux, et dans son esclavage il ne parait avoir que deux passions, à la vérité bien innocentes, celle de manger et celle de dormir. Si on le trouble dans son repos, sa paresse ne lui permet pas de se mettre trop en colère; il se borne à ouvrir les yeux, à pousser un petit grognement, puis il se remet à dormir. Il est assez robuste et supporte bien les rigueurs de notre climat, pourvu qu'on le tienne dans une chambre à feu.
Le Var (Lemur macaco, Lax. Le Vari, Burr. — G. Cux.) est, avec le précédent, une des plus grandes espèces du genre. Ses couleurs sont le noir et le blanc, mais elles ne sont pas distribuées également, et elles varient de place d'individu à individu; la tête est blanche dans les mâles, noire dans les femelles. 11 a vingt pouces (0,542) de longueur.
Les naturalistes s'accordent assez à dire que cet animal est fort doux. En effet, dans l'esclavage, il semble avoir assez de douceur, mais sans cependant montrer beaucoup d'affection à ceux qui le soignent. Si son museau pointu, ses grands yeux assez expressifs quand il a un désir, n’annoncent pas une grande méchanceté, ils ne dénotent pas non plus beaucoup d'intelligence. Quelques individus mème aiment assez à recevoir et à rendre des caresses : mais tout cela prouve-t-il que ces animaux conservent un caractère pacifique quand ils vivent libres et à l’état de nature? C’est ce que je ne crois pas, et je puis citer un fait à l'appui de mon opinion.
A la ménagerie, un vari vivait avec un mongous dans la même cage. Ces deux animaux ne parais$dient pas se soucier beaucoup l'un de l’autre, mais du moins, S'ils ne vivaient pas en parfaite intelligence , ils ne cherchaient pas à se nuire et ne se battaient pas. On les pläça dans une cage plus grande , et on les transporta dans un aütre local. Le lendemain matin, on trouva le motigous tué : le väri l'avait mis en lambeaux. D'ailleurs, ce fait se trouve assez en härmonie avec ce que dit le voyageur Duret : que les varis sont d'ün naturel farouche et cruel comme celui du tigre.
Quoi qu'il en soit, l'impérätrice Joséphine a eu pendant plusieurs anhées des varis qui ont parfaitement vécu dans sa méñagerie dé la Malmaison. Ils ÿ ont même fait des petits qui soit nés les yeux ouverts, comme les petits des ouistitis.
Le Mococo (Lemur catta, Lix. Le Mococo, Burr. —G. et Fr. Cuv..). Son pelage est d’un beau gris en dessus, teinté de roux sur le dos et les épaules; le sommet de la tête, le dessus et les côtés du cou, le tour des yeux et le bout du museau sont noirs; tout le dessous est blanc, et la queue est annelée de blanc et de noir. De tous les makis, le mococo est celui qui montre le plus d'intelligence et de douceur. IL s’apprivoise très-bien et prend pour son maitre une assez vive affection. Parmi les mammifères, il en est peu qui réunissent, à des formes plus élégantes, des habitudes plus douces et un caractère plus confiant.
Le Moxçous (Lemur mongous, Lix. Le Mongous, Rüurr. — G. Cuv. Non Fr. Cuv.). Il est tout brun avec le visage et les mains noirs, selon G. Cuvier. Selon M. Lesson, il serait d’un gris jaunâtre en dessus, blanc en dessous, et il aurait le tour des yeux et le chanfrein noirs. Edwards dit que le dessus du corps est d'un brun foncé. Tout ceci prouve que cette espèce mal déterminée a été confondue avec d’autres, si réellement elle existe. M. Fr. Cuvier est encore venu augmenter la confusion en donnant le nom de lemur mongous au lemur collaris dé Geoffroy.
Le Mat a FRAISE (Lemur collaris, Georr. Lemurmongous,Fr.Cuy.). ll est d’un brun roux en dessus, fauve eñ dessous ; une fraise de poils d’un roux doré entoure la face, qui est d’un plombé violâtre. Ces animaux sont timides, inoffensifs et fôrt peu intelligents. Is S'apprivoisent quelquefois assez bien pour venir quand on les appelle, mais ils ne s’attachent jamais.
Le Maxi D'AxJOUaN (Lemur Houssardii, — non le maki d’Anjouan, G£orr.) diffère du précédent par son crâne plus élevé, son museau moins long, blanc en devant; par sa fraise d'un roux sale: enfin par son pelage d'un gris jaunâtre en dessus, d’un jaune
sale en dessous et d'un gris blanc sur la poitrine. Il habite Anjuan à Madagascar.
Le Mai noi (Lemur niger, Georr. Le Maucoco noir, Ebwa.). H est entièrement noir et de la grandeur d’un chat domestique. I est remarquable par les longs poils qui revétent son cou. On le trouve à Madagascar.
Le Mari BRUN (Lemur fulvus, Georr. Le grand Mongous, Burr.). Son pelage est gris en dessus, brun en dessous; il a le chanfrein busqué et très-élevé.
Le Mai Roux (Lemur rufus, Desu. — GEorr.) est d’un roux doré en dessus, d’un blanc jaunâtre en dessous; à l'exception du front, il a le tour de la tête blanc : une bande noire s'étend de la face à l'occiput.
Le Maur AUX PiEns BLANCS (Lemur albimanus, Georr.) est d'un gris brun en dessus , roussâtre en dessous ; ävec la poitrine et les mains blanches, les poils des côtés du cou sont d'un roux cannelle.
Le [Giuset (Lemur cinereus, LESs. Lemur griseus, Grorr. Le petit Maki, Bürr. Le Griset, Auben.) est d'un blanc sale en dessous ; le dos, le dessus de la tête et des membres sont d'un gris un peu gläcé de fauve: les joues sont d'un gris uniforme, moins foncé que le gris du front, Serait-ce le jeune âge de l'indri à longue queue?
Le Mari À FRONT BLANC (Lemur albifrons GEorr. La femelle est le Maki d’Anjouan de Georr. et le Mali aux pieds fauves de Briss.). Il est d’un gris roux ou d’un brun marron doré en dessus ; d’un brun gris olivètre en dessous; les deux derniers tiers de la queue sont noirs; la face et les quatre mains sont d’un noir violâtre ; la partie antérieure de la tête, le côté des joues et le dessous de la mâchoire inférieure sont blancs dans le mâle, d’un gris foncé dans la femelle.
Des animaux de cette espèce ont fait des petits à la ménagerie. La femelle a porté environ quatre mois, et fil un petit de son sexe qui naquit les yeux ouverts, « Dès le moment où ce jeune maki fut au monde, dit Fr. Cuvier, il s’attacha à sa mère avec ses quatre pattes , en travers du ventre, au-dessus des cuisses, qu'elle repliait contre elle-même comme pour le cacher; et, lorsqu'il voulait teter, il allongeait son cou pour aller chercher la mamelle, qui est sous l’aisselle. Outre qu'il s'enfonçait dans le pelage de sa mère, celle-ci présentait toujours le dos aux personnes qui la regardaient, quelque familiarisée qu'elle fût avec elles, et ce n'a été qu'après plusieurs semaines qu’on a pu l’observer exactement. A sa naissante, il était de la grosseur d’un petit rat, Cette femelle, avant la naissance de son petit, était extrêmement douce et familière : on ne s’approchait point d'elle qu’elle ne vint aussitôt chercher des caresses et lécher les mains. Mais dès que son petit fut né, elle devint défiante, s’éloigna de tout le monde, et même elle menacçait dès qu'on l'approchait. Cette défiance s'est affaiblie par degrés; et sa première familiarité a reparu lorsque ses soins sont devenus moins hécessaires à son pelit, c'est-à-dire vers le troisième mois. Jusque-là ces animaux ne s'étaient point séparés, ou, si le petit 8e hasardäit à se détacher de sa mère, au moindre bruit il retourhäit se câcher entre son ventre et ses cuisses. » La mère l'a allaité pendant six mois.
Des observations faites à la tiénägerie Sur ces animaux, il est résullé la connäissatice d’un fait extrêmement important pour l'histoire du genre : c'est que le mâle et la femelle peuvent différer de couleur au point de ne pas se ressembler du tout, ee qui doit nécessairement avoir induit les naturalistes en erreur. En effet, dans cette espèce, toutes leS parties qui sont d'un brun marron doré dans le mâle sont d’un fauve plus ou moins jaunâtre dans la femelle, et tout ce qui chez celle-ci est d’un ghis foncé est blanc dans le premier. Cornme il n'y a pas de raison pour croire que ce maki fasse une exception, on doit présümer qué les naturalistes ont souvent fait confusion, ou double emploi, et qu'ils ont donné des noms différents à des mâles et à des femelles de
la même espèce. Si cette observation est juste, il faudra probablement réduire à sept ou huit le nombre de makis qu'ont décrits les auteurs; et ce sera encore beaucoup si l’on considère que ces animaux ne se trouvent que sur un seul point du globe, et même dans un espace comparativement assez borné, l’île de Madagascar.
Le Maki rouge.
« Les makis vivent en troupe, dit Geoffroy Saint-Hilaire; ils prennent leur nourriture indifféremment avec la bouche ou avec la main : ils lapent en buvant, à la manière des chiens. Revenant dans les mêmes lieux, ils se plaisent à répéter les mêmes allures et les mêmes mouvements. L'un de ces mouvements, qu'ils reproduisent comme divertissement , consiste à s'élever perpendiculairement le long d’un mur ou d’un arbre : ils mettent une sorte d’amour-propre à s'élever ; et si quelques accidents les en ont empêchés, ils en montrent une sorte de dépit, et ils s’y prennent avec tant de calcul, qu'ils se satisfont le moment d’après par un saut de la plus grande hauteur. Abandonnés en liberté dans les maisons, ils choisissent un certain emplacement pour s’y livrer au repos et c’est toujours l’encoignure du meuble le plus élevé et le plus retiré de l'appartement.
Le Maxi A FRONT NOIR (Lemur nigrifrons, GEorr. — FR. Cuv. Simia sciurus , Periver. Lemur Simia sciurus, SCBREB.).
Cet animal a le pelage cendré en dessus vers les parties antérieures du corps, et d’un gris roux sur les parties postérieures ; le dessous est roux : il a un bandeau noir sur le front. Il diffère principalement du maki à fraise par ses favoris, qui sont gris au lieu d’être roux.
En faisant l’histoire de ce maki nous complétons celle de tous les autres animaux de son genre, car, sauf un peu plus ou un peu moins de méchanceté ou de douceur, ils ont à peu de chose près les mêmes instincts et les mêmes habitudes.
Le maki à front noir vit solitaire, par exception, en compagnie de sa femelle seule ; il habite les parties les plus retirées des forêts de Madagascar. C'est un animal crépusculaire qui passe la journée à dormir couché en boule , sa grosse queue passée entre ses jambes de derrière et ramenée de manière à s’enrouler autour de son cou. Il attend dans cette attitude que le soleil soit couché pour se mettre en quête de ses aliments. Il marche trèsdifficilement sur la terre; mais dès qu'il s'approche d'un arbre dont les branches ne sont qu'à douze ou quinze pieds d’élévation (4 à 5 mètres), d'un bond prodigieux, et cependant sans effort, il s’élance dessus. Rarement il se donne la peine de monter autrement ; à moins que les branches de l'arbre ne se trouvent à une hauteur extraordinaire, à laquelle il ne peut atteindre. Dans ce cas il s’élance au tronc, et ce premier bond le porte tout d’un coup à douze ou quinze pieds de hauteur (4 à 5 mètres). On ne reconnaît plus alors l'animal paresseux et somnolent : car il déploie une telle vivacité, que les yeux ont peine à le suivre, tant est grande la rapidité avec laquelle il saute de branche en branche en jouant avec sa femelle, qui ne le quitte guère.
Le Maki à front noir.
Ces deux animaux ont de la tendresse l'un pour l’autre, et se la témoignent d’une manière assez singulière : pendant le jour ils dorment en se tenant pressés dans les bras l’un de l’autre. Lorsqu'ils sont éveillés, ils se grattent mutuellement les oreilles en enfonçant dans la ecnque cet ongle unique qu'ils ont à l’index de la main de derrière; ils se nettoient et se lissent le poil en se léchant et en se servant de leurs incisives inférieures, qui sont longues, couchées en avant, et simulent une sorte de peigne. Elles ne sont propres qu’à cet usage, et leur forme, comme leur position, les rend tout à fait inutiles pour la mastication; ils ne peuvent pas même s’en servir pour mordre ou retenir une proie.
Cette habitude, qu'ils ne doivent qu’au désir d'entretenir sur eux une extrème propreté, est cause que lorsqu'ils vivent en esclavage et qu'ils lèchent la main de leur maître ils ne manquent jamais de lui frotter doucement la peau avec ces petites dents, et c’est la plus grande marque de contentement et d'amitié qu'ils puissent lui donner. De là, de mauvais observateurs ont conclu qu'ils avaient la langue rude et épineuse comme les chats; et cette erreur s’est généralement répandue, parce que Buffon l'a consacrée.
Lorsque deux makis se caressent comme nous venons de le
dire, si un autre couple rôdeur vient les déranger, la guerre est aussitôt déclarée et commencée. Ce qu'il y a de particulier, c’est que les deux femelles y prennent une part active, et montrent même plus d'acharnement et de fureur que leurs mäles. Tous à la fois poussent des cris sur un ton assez grave, mais très-fort , ce qui produit un bruit étourdissant; ils se saisissent corps à corps, se mordent, et s'arrachent des poignées de poils avec les mains. Le combat ne finit que par lassitude ; alors ils se séparent, et chaque couple se retire dans un lieu écarté pour remettre de l'ordre dans sa toilette, en se lissant mutuellement leurs poils ébouriffés.
Si tous les makis sont d’habiles grimpeurs, s'ils surpassent même les singes les plus lestes dans l’agilité qu’ils mettent à parcourir en un clin d'œil toutes les branches d’un arbre, c’est qu'ils le doivent à une organisation particulière. Chez eux, la paume de la main se continue par une ligne droite cachée sous les poils, jusqu'au milieu du bras, de sorte que lorsque ce dernier est étendu, les doigts se ferment nécessairement, et l'animal ne peut plus les ouvrir sans faire un grand effort ou recourber son bras. Ceci fait comprendre la facilité ayec laquelle il se suspend aux branches et peut rester pendu par une seule main pendant fort longtemps. Il lui arrive quelquefois de faire son repas tout entier en restant dans cette singulière position, tandis qu'avec l'autre main il cueille et porte à sa bouche les fruits dont il se nourrit.
Dans la captivité, le maki à front noir ne diffère en rien des autres. Il n’est pas méchant, cependant il se met assez facilement en colère si on le contrarie; et alors il jette un cri aigre interrompu, mais se succédant avec rapidité. Lorsqu'on le caresse, il fait entendre un petit son roulant et sourd, absolument comme celui d’un chat lorsqu'on lui passe la main sur le dos. On le nourrit comme les autres espèces, c’est-à-dire avec du lait, du pain, des fruits et des racines cuites. Si on le tient dans un lieu chauffé pendant l'hiver, il vit fort longtemps dans nos climats.
26e Gexre. Les INDRIS (/ndris, Lacer.) ont trente-deux dents : quatre incisives à chaque mâchoire, les inférieures couchées en avant; cinq molaires de chaque côté aux deux mâchoires; la tête triangulaire et longue ; le poil laineux; la queue ou très-courte, ou très-longue.
L’INpRI À QUEUE COURTE (/ndris brevicaudatus, Georr. Lemur indri, SONx. Indris ater, Lacer.) est noirâtre, avec la face grise et le derrière blanc; sa queue est très-courte, à peine longue de deux pouces (0,054). Comme ses congénères, il a la faculté de marcher debout.
Cet animal, qui habite sur les arbres à Madagascar, a jusqu’à trois pieds de haut (0,975). Il se plaît dans les solitudes boisées ,
où il se nourrit de fruits et de racines. Sa voix ressemble à celle d’un enfant qui pleure : il a de l'intelligence; son caractère est très-doux ; aussi les Malgaches l’apprivoisent-ils aisément, et alors il prend un peu les habitudes d’un chien, sans jamais pouvoir acquérir son intelligence. Il reconnait et aime son maître ; il le suit, le caresse en lui léchant les mains, et lui témoigne sa joie lorsqu'il le retrouve après une courte absence. On le dresse à la chasse, et il poursuit le gibier sur les arbres, l'attaque, le prend et le donne d'autant plus volontiers au chasseur , que jamais il n'y touche pour son propre compte.
L'INDRI À LONGUE QUEUE (/ndris longicaudatus, Grorr. Lemur laniger, Gur. Le Maki fauve, Burr. Le Maki à bourre, SONNERAT). IL habite Madagascar. Son pelage est fauve, très-laineux : il a une queue fort longue. Ses habitudes sont inconnues. Il est beaucoup plus petit que le précédent.
27° Genre. Les LORIS (Loris, GEorr.) ont trente-six dents: quatre incisives à la mâchoire supérieure, et six à l’inférieure ; celles-ci sont couchées en avant. Leur tête est ronde, et leurs yeux très-grands. Ils manquent de queue et ont les membres très-grèles , avec le tibia ou os de la jambe plus long que l'os de la cuisse ou fémur ; ils ont quatre mamelons, mais provenant de deux glandes mammaires seulement. Leurs oreilles sont courtes et velues.
Le Loris (Loris yracilis, Georr. Lemur gracilis. G. Cuv. Tardigradus, Sega. Le Loris, Burr. Le Loris gréle, G. Cuv.— Variété: Loris ceylonicus, Fiscu.) a le pelage roussâtre ou d'un gris fauve, sans raie brune sur le dos; son poil est très-fin et très-doux. Son nez est un peu relevé par une saillie des intermaxillaires , et il a une tache blanche sur le front. On le trouve à l’île de Ceylan.
Cet animal, d’une lenteur excessive, a les habitudes nocturnes et ne voit bien les objets que la nuit. IL dort tout le jour et ne sort de sa retraite que le soir pour faire la chasse aux insectes, aux oiseaux et aux souris, dont il se nourrit. Il aime beaucoup les œufs, et quelquefois il mange des fruits quand il ne trouve rien autre chose. Son caractère est silencieux et mélancolique.
Le Poucan,
28e Genre. Les NYCTICÈBES (Nycticebus , Georr.) n'ont quelquefois que trente-quatre dents, parce qu'il leur manque assez souvent deux incisives à la mâchoire supérieure. Leur tête est ronde et leur museau court; ils ont les yeux très-grands, les oreilles courtes et velues, les membres forts et robustes, et la queue plus ou moins courte. Tous sont des Indes orientales et ont les mêmes mœurs.
Le Nycricèee pe Java (Nyclicebus javanicus, GEorr. — Des.) n’a que deux incisives supérieures ; il est roux, avec üne ligne sur le dos plus foncée; son museau est étroit et sa queue courte. Il habite Java.
Le Nycricèse DE CEvLaN (Nycticebus ceylonicus, GEorr. Cercopithecus zeilonicus seu tardigradus major, SEA) n'est connu que par une figure que nous a laissée Seba. Il est d'un brun noirâtre avec le dos entièrement noir. Son nom indique son pays. Cette espèce et la précédente ne sont que des variétés du poucan.
Le Poucax (Nycticebus bengalensis, Georr. Sleñops tardigradus, Fr. Cuv. Lemur tardigradus, Laxx. Le Paresseux pentadactijle du Bengale, Vos. Le Loris du Bengale, Burr. Le Loris paresseux , G. Cuv. Le Poucan, Fr. Cuv.).
Le poucan a environ un pied de longueur (0,525) et cinq pouces de hauteur (0,155), mesurés depuis la terre jusque sur les épaules. Il marche les jambes écartées et le ventre trainant presque à terre, comme s'il n'avait pas la force de se soutenir. Il est roux ou d’un gris fauve en dessus, blanchâtre en dessous. Une ligne d’un brun doré s'étend sur le dos, sur le sommet de la tête et autour des yeux; une tache blanche naît sur le front, se prolonge entre les yeux, et vient embrasser les deux côtés du museau.
Cet animal extraordinaire est revêtu d'un poil laineux trèsépais et très-lloux, comme celui des makis. Sa queue est trèscourte ; il a quatre incisives supérieures; et ses yeux, grands et nocturnes, ont la pupille allongée horizontalement et très-dilatable, ce qui lui permet de voir la nuit. Il est d'une extrême lenteur ; sa démarche a quelque chose de contraint comme celle dés vrais paresseux. Ainsi que ces derniers, il marche très-lentemernt, et lorsqu'il paraît se hâter, il parcourt à peine quatre toises dans
‘une minute. Ce qu'il y a de plus singulier encore, c’est qu'il ressemble aux paresseux, non-seulement par cette excessive lenteur, mais encore par la ramification de la base des artères des membres.
C’est dans les forêts du Bengale que l'on trouve le poucan. Le jour, enfoncé dans sa retraite, il dort d’un sommeil très-léger, assis sur le derrière, le corps affaissé et la tête reposant sur sa poitrine. Quand les derniers rayons du soleil ont fait place au crépuscule, il se réveille, remplit les fonctions de l'animalité, infectant les lieux d’alentour par sa puanteur. Il se met ensuite à chasser en se glissant furtiveient le long des branches d’arbre pour surprendre les oiseaux dormant sous le feuillage. Malgré l'obscurité de la nuit, ses larges pupilles lui permettent de les apercevoir de fort loin. Alors il s'arrête, considère un instant sa proie et prend toutes ses mesures pour ne pas la manquer; puis, d'un pas allongé, il avance silenciensement, avec circonspeclion, sans faire le moindre bruit. Il s’en approche ainsi doucement, jusqu'à ce qu'il en soit assez près. Ensuite il change d’allure , se dresse sur ses pieds de derrière, continue à marcher, et tend les bras devañt lui pour n'avoir qu'à se précipiter en avant et saisir l'animal si quelque bruit le réveille. Quand il en est à portée, il s'en empare avec üné promplitude, une rapidité, qui n’est point du tout en rapport avec sa lenteur ordinäire. Il étrangle l'oiseau avec tant de prestesse, qu'il ne lui laisse pas même le temps de crier, et le mange ensuite ävec beaucoup de tranquillité. S'il découvre un nid, c’est la circonstance la plus heureuse qui puisse lui arriver à la chasse, car les œufs d'oiseau sont la nourriture qu'il préfère à toute autre. Néanmoins, s'il peut surprendre la mère, les choses n’en vont que mieux pour lui ; il la mange d’abord, et les œufs ou les petits passent après.
Mais sa chasse n’est pas toujours heureuse; car, ayant une vie sédentaire, il a bientôt détruit les oiseaux d’alentour; alors il se contente d'insectes, ou même de fruits sauvages; puis il finit par quitter le canton et par se mettre péniblement en voyage pour chercher une autre localité.
Les ivrognes devraient prendre cet animal pour leur symbole, car il a une véritable horreur de l’eau. Non-seulement il n'en boit
jamais, mais il suffit d'y tremper l'aliment qu'il aime le mieux pour le lui faire rejeter avec la plus grande répugnance. Dans la servitude il est assez doux, s’apprivoisé aisément, et semble même susceptible d'une certaine éducation, car il suffit de quelques légères corrections pour l’empécher de mordre , et il S’'attache vivement à son mailre. Si on l'irrite, il crie d’une manière plaintive en trainant fort longtemps sur les sons a?, at, aï, et c’est encore une ressemblance de plus qu'il a avec les vrais paresseux.
«Cet animal, dit d'Obsonville (qui le nomme thévangues ou thongre), fait quelquefois entendre une sorte de modulation de voix ou de sifflement assez doux. Je pouvais facilement distinguer les cris du besoin, du plaisir, de la douleur et même celui du chagrin ou de l’impatience. Si, par exemple, j'essayais de lui retirer sa proie, sés regards paraissaient altérés; il poussait une sorte d'inspiration de voix tremblante et dont le son était plus aigre. Aux approches dé la nuit il se réveillait, se frottait les yeux; ensuile, en portant attentivement ses regards de tous côtés, il Se promenait sur les meubles ou plutôt sur des cordes que j'avais disposées à cet effet. Un peu de laitage et quelques fruits bien fondants ne lui déplaisaient pas, mais c'était un pis aller : il n'était friand que de petits oiseaux et d'insectes. »
29e Genre. Les MYSPITHÈQUES ( Myspithecus, Fr. Cuv.) ont trente-six dents : quatre incisives placées à côté l’une de l'autre à la mâchoire supérieure , dont les intermédiaires longues et les latérales fort courtes : six à la mâchoire inférieure, couchées en avant. Ils ont tous les ongles plats excepté le second doigt des pieds de derrière, qui porte un ongle long et crochu ; la tête est plus allongée que celle des galagos , moins que celle des makis; le museau est court, un peu pointu; les yeux grands et saillants ; les oreilles sont un peu arrondies; la queue est longue, cylindrique, grosse, mais moins touffue que dans'les makis.
Le Myspiruèque TYPE (Myspithecus typus, Fr. Cuv. Le Maki nain, du même. Est-ce le Cheirogaleus major, Georr.? — Cheirogaleus Milii, Georr.). Il a neuf pouces (0,244) à partir de l’occiput à l’origine de la queue : tout son corps, excepté l'extrémité de ses membres, est couvert d’un poil épais et soyeux , d’un gris fauve uniforme en dessus, blanc en dessous ; les mains et la face sont couleur de chair; il a entre les yeux une tache blanche, bordée sur les côtés d’un peü de noir qui s'étend autour des yeux et passe au gris sur le museau et les joues. Il est de Madagascar, d'où il a été envoyé à la ménägerie par le baron Milius.
Cet animal a vécu à la ménagerie. Il y en avait deux , un mâle et une femelle; ils dormaient tout le jour, roulés en boule dans un nid qu'ils s'étaient fait avec du foin, Aussitôt que la nuit était venue , ils sortaient de leur reträile, se promenaient, jouaient ensemble, mangeäient, et enfin agissäient jusqu'au jour. Ils étaient fort agiles et sautaient avec légèreté à une assez grande hauteur. On les nourrissait de fruits, de pain et de biscuits. La lumière paraissait affecter douloureusement leurs yeux, mais ils voyaient très-bien dans l'obscurité. « Une nuit, dit Fr. Cuvier, s'étant échappés de leur cage, ils parcoururent la pièce où ils élaient enfermés , à Lravers la foule d’autres cages et d’autres animaux dont elle était remplie; ils rentrèrent dans leur gite par le petit trou qui leur avait servi à en sortir, sans qu'il leur fût arrivé le moindre accident, et quoique l'obscurité la plus profonde régnât dans cette pièce, dont tous les volets étaient fermés.»
M. Geoffroy a établi son genre Cheirogaleus sur trois descriptions manuscrites trouvées dans les notes de Commerson après sa mort. Mais ces descriptions donnaient à ces animaux les ongles des pouces plats et tous les autres ongles subulés. Comme on n'a jamais vu les trois animaux qui composent ce genre, on pourrait croire que Commerson s'est trompé dans le caractère que nous venons de citer ; alors ses chéirogales seraient nécessoirement des myspithèques, et son Cheiroyaleus major, que, depuis, M. Geoffroy a nommé Cheirogaleus Milii, serait sans aucun
doute le Myspithecus typus dont nous venons de faire l'histoire. Mais une erreur aussi grande de la part d'un naturaliste comme Commerson ést difficile à supposer, et, dans le doute, nous allons donner ici les caractères assignés par Geoffroy à cé genre, que peut-être l'on sera obligé de supprimer, en reportant les deux dernières espèces à la suite du myspithèque type,
50 GEwre. CHÉIROGALE (Cheirogaleus, Georr.). Ils ont la tête ronde, le nez et le museau courts , et des moustaches longues; leurs oreilles sont courtes et ovales; leurs yeux grands et saillants; ils ont tous les ongles subulés, excepté ceux des pouces, qui sont plats; leur queue est longue, cylindrique, touflue, enroulée; le poil de leur corps est court, Tous sont de Madagascar.
Le GRAND CnéiRoGaLe (Cheirogaleus major , Georr.; peut-être le Myspithecus, Fr. Cuv.). Il est long de onze pouces (0,298), d'un gris brun et plus foncé sûr le museau.
Le CnéIROGALE Moyen (Cheirogaleus medius, Georr.) est long de huit pouces (0,217), d'une couleur moins foncée que le précédent et plus clair sur le museau; il a un cerele noir autour des yeux.
Le Perrr CuérroGase ( Cheirogaleus minor, Grorr.). Il n'a que sept pouces de longueur (0,189), et sa couleur est encore plus claire ; il a également le chanfrein d'üñe teinte plus claire, et un cercle noir autour des yeux. Celte espèce pourrait bien n'être rien autre chose que le galago de Madagascar , ul observé par le voyageur Commerson.
« Pour comprendre les caractères des chélrogales, dit Geoffroy Saint-Hilaire, supposez que ce soft les formes sveltes, gracietises et allongées des makis, qui se Sont concehtiées et raccourciés, Ce sont, à prendre en détail, les mêmes träils ; inüis grossis et ramassés ; les pattes sont plus courtes, celles dé derrière restant dans une même proportion plus longues que les äntérieures; le corps est trapu, la tête fort grosse, surtout fort large ; les yeux sont fort grands, et le museau, déjà trèsremarquable pal sa brièveté , l'est en outre par des lèvres süpérieures fort épaisses, qui recouvrent le bord des inféfieufés ; les oreilles soht ründes et courtes ; enfin la queue est longuë, touffue et régulièrement cylindrique. Les chéirogales sont des Iéihuriens sous des traits en quelque sorte empruntés à la famillé des chats. Ces animaux sont entièrement nocturnes. Leurs formes traples ne nuisent pas et, au contraire , ajouteraient plutôt à leurs moyens d’agilité. Dans le saut il n'est point de quadrumanes plus vifs et plus rapides. L'individu que M. Milius a donné à la ménagerié pärcourait sa cage comme en volant, et se plaisait principalement à s'élever verticalement de toute sa hauteur, sautant de cinq à six pieds. »
51e Genre. Les GALAGOS ( Galago, Georr. Otolichnus , ILLIG. ) ont trente-quatre à trente-six dents, deux à quatre incisives à Ja mâchoire supérieure, six à l'inférieure, moins couchées que dans les genres précédents ; leur tête est ronde, leur museau court, leurs yeux très-grands et rapprochés; leurs oreilles sont trèsdéveloppées et leur queue fort longue ; mais ce qui les fait dis tinguer au premier coup d'œil c’est la longueur disproporlionnée de leurs tarses postérieurs , et l'allongement filiforme du second doigt des pieds de derrière,
Le GALAGO pu SÉNÉGAL ( Galago senegalensis, GEorr. Otolichnus senegalensis, Fr. Cuv. Galago Geoffroyii, Fiscu, Le moyen Galago, G. Cuv.).
Il a la taille d’un rat ordinaire, c’est-à-dire six pouces de longueur (0,162) depuis le bout dû museau jusqu'à l’origine de la queue. IL est d'un gris fauve en dessus, et d'un blanc jaunâtre en dessous; ses oreilles sont aussi grandes que sa têle; sa queue, plus longue que son corps, est d’un brun roux et finit en pinceau, Il n’a que deux incisives supérieures.
Ce joli petit animal offre plusieurs singularités , et l’extensibilité de son oreille n’est pas la moins remarquable. La conque est grande , membraneuse , nue, et renferme deux petits oreillons,
Lorsqu'il dort, ces deux oreillons s'appliquent sur le canal auditif, puis la conique se fronce à sa base , se raccourcit, s’affaisse sur elle-même, s'enfonce dans les poils de la tête, et se replie au point de devenir invisible, ainsi que dans quelques chauvessouris. Comme ses habitudes nécessitent une grande délicatesse dans l'ouïe, la nature à pourvu à mäintenir la sensibilité de l’organe en lui permettant de refuser les sons aigus où qui rappelleraient inutilement l'attention dé l'animal. Mais cependant il en percoit assez pour être averti quahd il y va de sa conservation, où même de ses petits intérêts de gourmandise. Il se réveille alors, et aussitôt ses oreilles se déploient et s’allongent par un mouvement brusque fort original.
Lé galago est extrémement commun dans les forêts de Sahel, Lebiar et Alfalak, à cent lieues au nord-est de nos établissements du Sénégal, sur les lisières du Sähara où Grand-Désert. C'est là que les Maures vont principalement recueillir la gomme qu'ils vendent aux Européens sous le nom de gomme arabique, et, si l'on s’en rapporte à ce qu'ils disent, le galago s’en nourrit quelquefois faute d’autres aliments.
La longueur des pieds de derrière donne à cet animal une grände facilité pour sauter d'arbre en arbre; aussi n’en est-il pas de plus vif et de plus leste à s'élancer et à parcourir une forêt. Sois ce rapport, il à beaucoup d’analogie avec les singes et les écureuils. Mais ses gründs yeux nocturnes ne peuvent supporter les rayons du Soleil, et, comme ses pupilles ne paraissent pas extrêmement dilatables, il est possible qu'il n'y voie bien clair fi le jour ni la nuit; la finesse de son oreille vient au secours de ses yeux, et c'est principalement par l’ouïe qu'il est averti de la préséhce des insectes qui viennent bourdonner dans le feuillage. Pendant le jour, il habite un trou creusé par le temps dans le trone d'un arbre; il tient son petit logis dans une propreté constanle, et, tânt que le soleil est sur l'horizon, il reste mollement couché sur ün lit, où plutôt dans un nid, qu'il a su se faire avec du foin et dés herbes fines et sèches. C'est là que la femelle élève sa petite famille. Mais celte retraite leur est quelquefois funeste, parce qu'elle fait perdre à ces animaux la faculté de déployer leur éxtréme agilité pour füir le danger. Lorsque les Maures ont découvert le trou qui sert de porte à l'habitation, ils commencent par le boucher, et né craignent plus que le galago leur échappe ; puis à l’aide d’un bâton à crochet ils l’arrachent de son asile pour le manger. Les nègres de Galam lui font une guerre active et continuelle, parce que sa chair est pour eux un mets fort estimé.
Lorsque le galago cherche sa nourriture et qu'il entend, même de fort loin, le bourdonnement d’un insecte, en quatre ou cinq bonds prodigieux il s'approche, guidé par le bruit, et se trouve assez près pour l’apercevoir. Il s’élance, l’atteint au vol, le saisit habilement avec ses mains, et calcule si bien ses mesures, qu'il retombe toujours sur une branche et jamais par terre ; tout cela se fait avec la rapidité de la flèche , et c’est avec la même prestésse qu'il dévore sa proie. D'autres fois, s'il juge par la direction d’un papillon qu'il va passer près de lui, il se baisse, se fait petit, puis tout à coup il se relève, se dresse sur ses longs pieds de derrière, étend les bras et le happe. Si le papillon vole trop haut, le galago saute verticalement et retombe à la même place en tenant son butin. Tous les insectes sont de son goût, mais les coléoptères sont ceux qu'il préfère.
Néanmoins, en esclavage, on le nourrit assez aisément avec de la viande cuite, des œufs et du laitage. Il est fort doux et s’apprivoise facilement ; mais sa vivacité, sa pétulance, et surtout sa force pour le saut, ne lui permettent pas de rester un instant en place et, si l'on ne veut pas qu'il se perde, il faut le tenir en cage comme un oiseau. Toutes les espèces ont à peu près les mêmes habitudes.
Lé Garaco À Grosse queue (Galago crassicaudatus, GEorr. Le grand Galago, G. Cuv.) a quatre incisives supérieures ; il est à peu près de la taille d’un lapin; ses oreilles, moins grandes que
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dans le précédent, ne sont que des deux tiers de la longueur de la tête; sa couleur dominante est le gris roux. On le croit de la côte orientale d'Afrique, sans en être bien certain.
Le Garaco pe Mapacascar (Galago madascariensis, Georr. Le Rat de Madagascar, Burr. Le Maki nain, Aures.) est plus petit que le précédent. Il a les oreilles moitié plus courtes que la tête ; son pelage est roussâtre , et sa queue, moins longue que son corps, est couverte de poils courts. On le trouve à Madagascar. Peutêtre devrait-on le réunir aux makis.
Le GaLAGo DE Demmorr (Galago Demidoffüi, Fiscu. Lemur minutus, G. Cuv.) est plus petit qu'un rat ordinaire, et ses oreilles sont moins longues que sa tête; il est d’un brun roux, et sa queue, plus longue que son corps, se termine en pinceau; il n’a que deux dents incisives à la mâchoire supérieure ; tous caractères qui le rapprochent beaucoup du Galago senegalensis, si ce n’est le même. On le trouve également au Sénégal.
oreilles, moitié moins longues que sa tête, sont membraneuses, nues et transparentes : il a une queue fort longue et en partie dénuée de poils. Son apparition étrange et nocturne lui a valu le nom de spectre.
Le podje habite les îles Moluques. C’est un animal nocturne, d'un caractère triste. La nuit, il sort de son obscure retraite ‘et chasse aux insectes qui font sa nourriture, en sautant sur ses jambes de derrière à la manière des gerboises, ce qui lui a valu de Pennant le nom de woolly gerboa.
Le TARSIER DE Banca (Tarsius Bancanus, Horse,—Dex.) habite les mêmes contrées que le précédent; il manque d'incisives intermédiaires à la mâchoire supérieure; ses oreilles, beaucoup plus courtes que sa tête, sont horizontales et arrondies; son pelage est brun, et il a la queue très-gréle.
Le TARSIER AUX MAINS BRUNES (Tarsius fuscomanus, Fisca. — Grorr.) est un peu plus grand qu’un mulot et ressemble assez au
Le Galago.
Le GaraGo DE Guinée ou Porro (Galago guineensis, DEsm. Lemur potto, Lix. — Gur. Nycticebus potto, Grorr. Le Potio de Bosmax) ne doit pas être confondu avec le kinkajou potto. Son pelage est d'un roux cendré, et sa queue de longueur moyenne. Il a la lenteur et les habitudes paresseuses du loris et des paresseux. C'est tout ce que l’on sait de cet animal d'une existence douteuse, et que Bosman seul a décrit. Il habiterait la Guinée. Je crois qu'on doit reporter cet animal au genre Potto.
92° GENRE, Les TARSIERS (Tarsius, G. Guy.) ont la tête arrondie, le museau court, les yeux très-grands; leurs dents sont au nombre de trente-quatre, dont quatre incisives à la mâchoire supérieure et deux à l'inférieure; l'intervalle entre leurs molaires et leurs incisives est rempli par plusieurs canines courtes; leurs membres postérieurs sont très-allongés, à tarses trois fois plus longs que le métatarse; ils ont une longue queue.
Le Pons (Tarsius spectrum, Georr. Lemur spectrum, Par. Le Woolly gerboa, Penn. Le Tarsier, Burr.) ne dépasse pas la taille d'un mulot. La longueur de ses jambes et la grandeur énorme de ses yeux lui donnent un aspect fort étrange. Il est roux ; ses
podje, mais il est d’un brun clair sur le corps et d’un gris blanchâtre en dessous; ses oreilles sont d'un tiers moins longues que la tête. C'est un animal nocturne, comme ses congénères, et on le trouve à Madagascar.
55° Gexre, Les KINKAJOUS ou POTTOS (Potos, Georr. Cercoleptes, IzLi6.) ont trente-six dents, dont six incisives, deux canines et dix molaires à chaque mâchoire. Leur museau est court, sans follicules nasaux ; leur tête est arrondie; leur langue est étroite et d’une longueur démesurée, extensible; ils ont cinq doigts à tous les pieds, sans pouce distinct, tous armés d'ongles crochus; leur queue est longue et prenante, mais garnie de poils.
Le Maxaviri ou Cucnumet (Potto caudivoluulus, GEorr.—Desx. Cercoleptes caudivolvulus, Fr. Cuv. Vivera caudivolvula, Scres. Le Potto, Burr.) est de la grandeur d’une fouine; son pelage est laineux, entièrement d'un gris ou d’un brun jaunâtre : la partie antérieure du museau, la conque externe de l'oreille, la plante des pieds et la paume des mains sont nues.
Le manaviri est un animal solitaire, qui vit dans les forêts les plus désertes de l'Amérique équatoriale, Le jour, il dort profon-
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dément, roulé en boule, la tête posée sur sa poitrine et recouverte par ses bras. La lumière du jour lui fatigue les yeux , aussi cherche-t-il l'obscurité. Dès que vient le crépuscule du soir, il se réveille petit à petit, se frotte les yeux, bâille en tirant sa longue langue, fait quelques pas en chancelant et d’une manière irrésolue. Puis, enfin complétement réveillé, il se met en quête de ses aliments, qui consistent en petits mammifères, en oiseaux, en insectes et en fruits.
tude lui a valu des missionnaires le nom d'ours à miel. Selon quelques voyageurs, quand il en trouve l’occasion , il pénètre dans les basses-cours , saisit les volailles sous l'aile, et leur boit le sang avec une grande avidité.
Il paraît, d’après ce que dit M, de Humboldt, que les anciens indigènes de la Nouvelle-Grenade avaient réduit cet animal à l'état de domesticité, Je ne sais trop quel avantage ils pouvaient y trouver, à moins qu'ils ne l’aient employé à détruire les souris
Il n’est pas très-habile sauteur, mais néanmoins il grimpe habilement sur les arbres, en parcourt les branches pour chercher les nids d'oiseau, et en descend avec prudence, en empoignant la tige avec ses pieds de derrière et s'aidant de sa queue, qu'il entortille aux rameaux pour prévenir des chutes. Ce ne sont pas seulement des oiseaux qu'il va chercher en furetant sur les arbres : il visite minutieusement les trous qui peuvent se trouver à leur tronc, afin de découvrir s'ils recèlent une ruche d’abeilles sauvages. Fayorisé par un poil laineux et très-épais qui le défend de leurs aiguillons, et par la fraicheur de la nuit qui tient ces insectes dans une sorte d'engourdissement, il enfonce une de ses pattes dans la ruche, mais avec précaution, et il brise les gâteaux pour mettre le miel à découvert. Alors il colle sa face contre le trou, et, à l’aide de sa longue, langue il va recueillir le miel jusqu’à un pied de profondeur dans la ruche, Cette habi-
de leurs cabanes, ou à aller à la découverte des abeilles, Ce qu'il y a de certain, c’est que le manayiri, en captivité, est d’une douceur extrême, et qu'il se familiarise avec la plus grande facilité. Dans ce cas, on le nourrit fort bien avec des fruits, du pain, des biscuits, du miel, du lait, du sang, etc. Mais quel plaisir peut-on avoir avec un animal qui dort toujours? Quand on le tire de son sommeil léthargique , il se plaint d'abord par un petit sifflement fort doux, il fuit la lumière et cherche à se cacher dans un coin obseur, ou du moins à mettre ses yeux à l'abri du jour. Cependant, avec quelques caresses, on parvient à le faire jouer ; mais dès qu’elles cessent, il retombe dans son état de stupeur somnolente. Quelquefois il mange sans le secours de ses mains, mais le plus souvent il s’en sert à cet effet. Quand il est en colère, sa voix devient assez forte et imite un peu les aboiements d’un jeune chien.