‹ Le jardin des plantesChapitre 33 sur 100 · LES CHATS-VOLANTS · texte numérisé non relu

LES CHATS-VOLANTS

se distinguent des chauves-souris parce que les doigts de leurs mains, tous garnis d'ongles tranchants, ne sont pas plus allongés que ceux des pieds ; il en résulte que la membrane qui occupe les intervalles des membres et s'étend jusqu'à la queue ne leur sert pas d'ailes, mais simplement de parachute. Ils ont à la màchoire inférieure six incisives fendues en lanières étroites comme les dents d’un peigne.

1e Genre, Les CHATS-VOLANTS où PLEUROPTÈRES ( Galeopithecus, PALL.) ont trente-quatre dents; les incisives supérieures dentelées et les inférieures pectinées ; leurs molaires sont mousses, avec une dentelure ; leurs membranes interfémorales et latérales sont velues. Ces animaux sautent fort loin, au moyen de la membrane qui leur sert d'ailes, mais ils ne volent pas.

Le Kuzuxc (Galeopithecus rufus, Georr. Lemur volans, Lixx. — AUDEB.).

Il habite les iles Pelew ou Palaos, dans les Moluques, et aux îles de la Sonde. Il a environ un pied de longueur (0,325); sa couleur estroussâtre en dessous, d’un joli gris roux en dessus, ayec des ondes blanches, irrégulièrement bordées de gris noirâlre, et s'étendant de chaque côté du corps depuis le derrière des oreilles jusqu’à la naissance des cuisses. Il a le museau un peu long, fin comme celui d’une belette, les oreilles courtes et les yeux vifs.

Le kubung ne peut pas voler comme les chauves-souris, car sa membrane n'est pas assez longue pour cela; maïs il sait tellement bien manœuvrer, qu'il parcourt d'assez grandes distances dans les airs, et passe aisément d’un arbre à un autre arbre éloigné de cinquante à soixante pas. Pour cela, il monte à l'extrémité de la plus haute branche, s'élance d’un bond vers l'arbre voisin, puis il étend sa membrane, penche un peu son corps, la tête vers la terre, et glisse ainsi dans l'air en décrivant une parabole oblique à l'horizon. Il en résulte qu’étant parti de la branche la plus haute d'un arbre, il arrive juste à la branche la plus basse d’un autre arbre. Quand la forêt est épaisse et les arbres très— rapprochés, on croirait qu'il doit diriger son parachute de manière à sauter sur une branche élevée; il n’en est rien, et il tombe toujours sur la plus basse. Mais il a une raison pour cela : toute la journée il est occupé à donner la chasse aux insectes et aux pelits oiseaux qui, ainsi que lui, habitent les forêts. Pour n'avoir pas à remonter à la cime d'un arbre quand il veut aller sur un autre, il commence toujours sa chasse en explorant les branches basses, puis celles au-dessus, et ainsi de suite de bas en haut, jusqu’à ce qu'il soit arrivé au sommet.

Le kubung ou oleek est la terreur des colibris et autres petits oiseaux , qu'il saisit sur leur nid pendant la nuit'ou dont il brise et mange les œufs pendant le jour. Quelquefois il se met en embuscade sur une grosse branche, tantôt couché sur l'écorce, tantôt suspendu par la queue et les pieds de derrière. Si un colibri

grand nombre, de véritables ailes propres au vol comme celles des oiseaux. [ls ont deux mamelles qui sont placées sur la poitrine.

Cet ordre se divise en six familles, savoir : les galéopithèques ou chats-volants, les phyllostomes, les rhinolophes, les vespertilions, les noctilions et les méganyctères.

ou GALÉOPITHÈQUES,

ou une grosse phalène passent en volant à quelques pieds de lui, il s'élance tout à coup, les saisit au vol et tombe sur une branche voisine, où il les dévore à son aise. Quand il se tient suspendu dans son embusrade, il attend que le colibri passe dessous lui, fût-ce à quinze ou vingt pieds de distance; il prend son moment, se laisse tomber perpendiculairement dessus, le saisit, déploie sa membrane pour adoucir sa chute, et glisse dans l'air jusque sur la branche la plus rapprochée. Il a le coup d'œil si juste et si prompt qu'il rencontre toujours sa proie dans sa chute et ne la manque presque jamais. Son odorat est aussi très-fin.

Cet animal ne met bas ordinairement qu'un petit, pour lequel il a beaucoup de tendresse. Il lui fait avec soin un nid d'herbe fine et sèche, dans le trou d'un tronc d'arbre, mais il ne l'y laisse que quatre à cinq jours; après quoi celui-ci est assez fort pour se cramponner sur son ventre et y rester constamment jusqu'à ce qu'il puisse se hasarder à quitter sa mère pendant quelques instants, ou au moins à se placer sur son dos pour se reposer de son attitude ordinaire.

Du reste, sa posture est moins fatigante qu'on pourrait le croire, car sa mère le soutient presque constamment avec sa main, qu'elle lui place sur le dos. Quand la chasse est finie, ou même en la faisant, l’oleek ne marche pas, comme les autres animaux, sur les branches, mais dessous, de manière à avoir le corps pendu à la renverse. Il en résulte que son enfant se trouve placé comme dans un hamac et retenu par la membrane des ailes, de la même manière que dans un berceau qui serait placé au milieu d'un filet. S'il a envie de dormir, la mère cesse de marcher et donne à son corps un mouvement doux de balancement, absolument comme une nourrice qui berce avec précaution un enfant chéri. Du reste cette attitude est familière au galéopithèque, et s’il en prend quelquefois une autre pour dormir, quand il n’a pas de petit, c’est pour se suspendre par les pieds de derrière, la tête en bas, comme les chauves-souris.

Les Indiens aiment assez la chair du chat-volant, surtout dans une saison de l’année où ces animaux cessent de faire la chasse aux insectes pour se nourrir d'une petite baie semblable à une groseille et très-abongante dans les forêts en de certains temps; ils aiment ces petits fruits, qui les engraissent beaucoup.

Le GaréorTuÈque (Galeopithecus variegatus, GEorr.) n'a que cinq pouces de longueur (0,135); il est d’un brun gris, varié en dessus de plus foncé, avec les membres tachés de blanc. Il a la tête plus grosse et le museau plus allongé que le précédent, et, comme lui, il habite les Moluques.

Le GALÉOPITHÈQUE DE TERNATE (Galeopithecus ternatensis, GEOrF. Felis volans Ternatea , Sera) est encore plus petit que le précédent. Il est d'un gris roux plus pâle en dessous qu'en dessus, avec des taches blanches sur la queue. Il habite également les Molu— ques. Seba avait cru lui trouver de l’analogie avec les chats.

C’est avec cette famille que commence la série des véritables chauves-souris, qui toutes ont les doigts des mains allongés et pris dans une membrane nue formant une aile complète; leur pouce est séparé, libre, court, armé d’un ongle robuste et crochu; leurs pieds de derrière sont faibles, et leurs doigts égaux en longueur.

La famille des phyllostomes a sur le nez une membrane en forme de feuille relevée en travers, simple, solitaire ou impaire. L'index des mains est composé de deux phalanges.

2e GENRE. Les PHYLLOSTOMES ( Phyllostoma Grorr.) ont trentedeux dents : quatre incisives, deux canines très - fortes et dix molaires à chaque mâchoire ; leurs oreilles sont grandes, séparées, à oreillon interne denté; ils ont sur le nez deux crêtes, l’une en forme de feuille et l’autre en forme de fer de cheval; leur langue est hérissée de papilles. Les trois premières espèces ont une queue plus courte que les membranes interfémorales; les quatre dernières n’en ont pas du tout.

difformités superflues, sont des caractères réels et des nuances visibles de l'ambiguïté de la nature entre ces quadrupèdes volants et les oiseaux, car la plupart de ceux-ci ont aussi des membranes et des crêtes autour du bec et de la tête, qui paraissent tout aussi superflues que celles des chauves-souris. »

Une analogie plus singulière encore est celle que ces hideux animaux ont avec l’homme par certains organes : notamment par les mamelles des femelles, qui sont placées sur la poitrine. Leurs autres caractères les rapprochent tantôt des quadrumanes, tantôt des petits carnassiers carnivores ; leur figure et leur pelage les font souvent ressembler à des rats ou à des souris, mais leurs grandes ailes livides les séparent de tous les autres mammifères.

Ce sont des animaux nocturnes, dont les yeux, excessivemetit petits, ne peuvent supporter la lumière du jour. Aussi se cachentils dans les lieux les plus obscurs, pour n’en sortir que la nuit et aller à la chasse aux insectes et particulièrement aux papillons nocturnes, qu'ils saisissent au vol avec beaucoup d'adresse. Dans

Le Kubung.

Le FER DE LANCE (Phyllostoma hastatum, Grorr. Vespertilio hastatus, Lixx. Le Fer de lance, Burr. — G. Cuv.) a la feuille du nez en forme de fer de lance, entière sur ses bords, c’est-à-dire ni crénelée ni dentée; sa queue est entièrement engagée dans la membrane interfémorale. Cette espèce se trouve à la Guyane, où elle ne quitte guère les forêts.

Le fer de lance est, comme toutes les chauves-souris, un animal fort extraordinaire pour l'observateur. La première chose qui frappe le vulgaire, en considérant une chauve-souris, c’est l’analogie que son vol rapide et élevé lui danne avec les oiseaux. On est étonné de voir cet animal, couvert de poils, ayant une bouche armée de dents, s’élancer dans les airs, s’y soutenir, s'y promener avec plus de facilité même qu'une hirondelle. Four l'observateur, l’analogie peut se pousser plus loin; ainsi que les oiseaux, les chauves-souris ont les muscles pectoraux très-épais et très-développés, afin de fournir aux bras toute la force nécessaire pour soutenir le corps en volant; leur sternum a de même une arête saillante pour servir de point d'appui et d'attache à ses muscles; « enfin, dit Buffon, elles paraissent s’en approcher encore par ces membranes ou crêtes qu'elles ont sur la face; ces parties excédantes, qui ne se présentent d’abord que comme des

les trous et les rochers qu'ils habitent, ils se suspendent par les pieds de derrière, la tête en bas, et passent toute la journée à dormir dans cette attitude singulière. Les espèces de nos climats s’engourdissent et passent l'hiver en léthargie, comme les loirs et les marmottes.

Les femelles font ordinairement deux petits, qu’elles tiennent cramponnés à leurs mamelles, et dont la grosseur est considérable comparativement à celle de leur mère.

Tout ce que nous venons de dire s'applique non-seulement au fer de lance, mais à toutes les chauves-souris. A la suite de cette espèce on placera celles-ci :

Le PHYLLOSTOME À FEUILLE ALLONGÉE (Phyllostoma elongatum , Grorr.). Bords de la feuille entiers; extrémité de la queue libre. Patrie inconnue.

Le PayLLOsTOME CRÉNELÉ (Phyllostoma crenulatum, Georr. Le Fer crénelé, G. Cuv.). Bords de la feuille dentelés; extrémité de la queue libre. Patrie inconnue. Ceux qui suivent n'ont pas de queue.

Le PayLLosToME rAYÉ (Phyllostoma lineatum, Georr.). Long de deux pouces neuf lignes (0,074); une raie blanche sur la face et quatre sur le dos ; feuille entière, Du Paraguay.

PHYLLOSTOMES. 97

Le PnycLosrome LUNETTE (Phyllostoma perspicillatum, GEOrr. Vespertilio perspicillatus, Lix.) me paraît appartenir au genre Artibeus. Il est d’un noir brunâtre, avec deux raies blanches ; feuille courte, échancrée près de sa pointe, De l'Amérique méridionale. M. Ricord a observé que cette espèce vit du fruit du sapotillier, dont elle fait un grand dégât.

Le PHYLLOSTOME À FEUILLES ARRONDIES (Phyllostoma rotundunm , Gcorr.). D'un brun rougeñtre ; feuille entière, seulement arrondie au sommet. Du Paraguay.

Le PnyLLosToME FLEUR DE Lis ( Phyllostoma lilium , Georr.). Màchoires allongées; feuille entière, aussi haute que large, à base très-étroite. Du Paraguay.

plupart des pays chauds de l'Amérique. Il y en a de monstrueuses pour la grosseur. Elles ont entièrement détruit à Borja, et en divers autres endroits, le gros bétail que les missionnaires y avaient introduit, et qui commençait à s’y multiplier. »

Buffon cite ce passage avec une grande confiance, et il me semble que ce célèbre écrivain aurait dû le rejeter, comme impliquant contradiction; en effet, comment le bétail a-t-il pu commencer à se multiplier malgré les vampires, et comment les vampires, qui n'avaient pas empêché cette multiplication, ont-ils

u ensuite détruire tous les animaux qui en résultaient?

Jumilla va plus loin que La Condamine. « Ces chauves-souris

sont d’adroites sangsues, s'il en fut jamais, qui rôdent toute la

Ancienne habitation des singes.

3° GENRE. Les VAMPIRES (Vampirus , Georr.) ont trente-quatre dents , dont deux incisives et deux canines à chaque mâchoire, dix molaires à la mâchoire supérieure et douze à l'inférieure. Leur feuille est ovale, creusée en entonnoir.

L’Axpira-Guaçu (Vampirus sanguisuga, Less. Phyllostoma spectrum , Georr. Vespertilio spectrum, Lin. Le Vampire, Burr. — G. Cuy.) est de la grandeur d'une pie; son pelage est d’un brun roux, et sa feuille nasale est entière, moins large que haute, quoique élargie à sa base.

L’andira-guaçu a servi de texte à beaucoup de contes que nous ont débités les anciens voyageurs. La Condamine, Pierre Martyr, Jumilla, don George Juan, don Antonio de Ulloa, semblent s'être donné le mot pour enchérir les uns sur les autres dans les relations qu'ils nous font de ce terrible animal : « Les chauves-souris, qui sucent le sang des mulets, des chevaux, et même des

| hommes, dit La Condamine, quand ils ne s'en garantissent pas en dormant à l'abri d'un pavillon, sont un fléau commun à la

nuit pour boire le sang des hommes et des bêtes. Si ceux que leur état oblige de dormir par terre n’ont pas la précaution de se couvrir des pieds à la tête, ils doivent s'attendre à être piqués des chauves-souris. Si, par malheur, ces oiseaux leur piquent une veine, ils passent des bras du sommeil dans ceux de la mort, à cause de la quantité de sang qu’ils perdent sans s’en apercevoir, tant leur piqüre est subtile; outre que battant l'air avec leurs ailes, elles rafraichissent le dormeur auquel elles ont dessein d’ôter la vie. »

Ulloa est moins exagéré : « Les chauves-souris sont communes à Carthagène, dit-il; elles saignent fort adroitement les habitants en leur tirant assez de sang, sans les éveiller, pour les affaiblir extrêmement. »

La vérité est que l’andira-guaçu, tout vampire qu'il est par le nom, ne suce personne, ni hommes ni animaux, et c’est ce dont les voyageurs modernes et les naturalistes américains se sont assurés. Sa langue papilleuse et extensible ne lui sert qu'à sonder sous les vicilles écorces des arbres pour en relirer les insectes et

Paris. Typographie Plon frères, rue de Vaugirard, 36. 7

98 LES CARNASSSIERS CHÉIROPTÈRES.

les phalènes qui s’y cachent , et il a cela de commun avec les phyllostomes et beaucoup d’autres chauves-souris. Il se nourrit habituellement d'insectes, de petits animaux, et même, dit-on, de fruits. C’est de tous les chéiroptères celui qui marche sur la terre avec le plus d’aisance. Il est commun dans la Nouvelle-Es-

pagne.

4e Genre. Les MADATÉES (Wadateus, Leacu) ont quatre incisives à chaque mâchoire, les deux intermédiaires supérieures bifides et plus longues que les latérales, les inférieures égales, simples et aiguës; huit molaires supérieures et dix inférieures ; leur langue est bifide à la pointe ; leurs lèvres garnies de papilles molles, comprimées et frangées; ils ont deux feuilles nasales et pas de queue.

La Manpatée DE Lewis (Mandateus Lewis, Leacn). D'un brun noirâtre; seize pouces d'envergure (0,453), et membrane interfémorale échancrée ; oreilles médiocres et arrondies; feuille brusquement pointue vers le haut. De la Jamaïque.

5e GENRE. Les GLOSSOPHAGES (Glossophaga, Grorr.) ont vingtquatre dents : quatre incisives, deux canines médiocrement fortes, et six molaires à chaque mâchoire; la langue est très-extensible, terminée par des papilles; feuille en forme de fer de lance: membrane interfémorale très-petite ou nulle ; queue variable ou nulle. Toutes les espèces sont d'Amérique.

La GLOSSOPHAGE DE PaLLAS (Glossophaga soricina, Georr. Vespertilio soricinus, Lix. — Paz. La Feuille, Vico-D’Azyr) se reconnait à son manque de queue et à sa membrane interfémorale qui est fort large.

Cette espèce habite Cayenne et Surinam. La longueur de sa langue, les papilles qui la terminent, et que l’on a prises pour un suçoir, l'ont fait accuser, ainsi que ses congénères, de sucer, comme le vampire, le sang des hommes et des animaux endormis. Le fait est qu'elle est fort innocente de cette accusation , et que cet organe lui sert uniquement à sonder les petits trous et les fissures des troncs d'arbres, quand elle pense y trouver les larves et les insectes dont elle se nourrit.

La GLOSSOPHAGE CAUDATAIRE Glossophaga caudifer, Gore.) a la membrane interfémorale très-courte, un peu débordée par la queue. Du Brésil.

La GLOSSOPHAGE À QUEUE ENVELOPPÉE ( Glossophaga amplexicaudata, Gsorr.) est d'un brun noirâtre ; sa membrane interfémorale

est large; sa queue, courte, est terminée par une nodosité. Du Brésil, aux environs de Rio-Janciro.

La GLOSSOPHAGE SANS QUEUE (Glossophaga ecaudata, GEorr.) manque de queue. Sa membrane interfémorale est courte. Du Brésil.

6° Genre. Les RHINOPOMES (Rhinopoma, Georr.) ont vingt-huit dents : deux incisives supérieures et quatre inférieures ; deux canines à chaque mâchoire; huit molaires à la mâchoire supérieure et dix à l'inférieure. Leur nez est conique, long, tronqué au bout, portant une petite feuille; les narines sont terminales, transversales, operculées; les oreilles sont grandes et réunies , avec un oreillon extérieur; leur queue est longue, prise à sa base dans la membrane interfémorale , qui est coupée carrément, libre à l’extrémité.

La RHINOPOME MICROPHYLLE de GEorr. (Vespertilio microphyllus, Scur. La Chauve-souris d'Égypte, BELON) est d’un gris cendré et a Ja queue très-longue. Elle se trouve en Égypte, et se plaît surtout à habiter les galeries obscures des Pyramides.

La RHINOPOME DE LA CAROLINE (Rhinopoma caroliniensis, GEOFF.) est brune; sa queue épaisse est assez longue. On la croit de la Caroline du Sud.

7e Genre. Les ARTIBÉES ( Artibeus, LEacn) ont trente dents : quatre incisives à chaque mâchoire, les supérieures bifides et les inférieures tronquées; deux canines à chaque mâchoire , les supérieures avec un rebord interne à leur base; quatre molaires supérieures et cinq inférieures de chaque côté ; deux feuilles nasales, une horizontale et l’autre verticale ; point de queue.

L’ARTIBÉE DE LA JAMAÏQUE (Artibeus jamaïcensis, LEAcH) est brune en dessus, d'un gris de souris en dessous , avec les oreilles brunâtres, ainsi que les oreillons. Des Antilles.

8e Genre. Les MONOPHYLLES (Monophyllus, Leacu) ont trente dents : quatre incisives supérieures dont les mitoyennes plus longues et bifides ; point à la mâchoire inférieure; deux canines en haut et deux en bas ; dix molaires supérieures et douze inférieures ; leur feuille est unique, droite sur le nez, et leur queue courte.

Le MoxopnyLie DE REDMANN (Monophyllus Redmannii, Lracu) est brun en dessus, gris en dessous, à membranes brunes; ses oreilles sont arrondies; sa feuille est aiguë , couverte de petits poils blancs. Il habite la Jamaïque.

LES RHINOLOPHES

aux caractères généraux des chauves-souris en joignent de particuliers qui les tranchent fort bien. Leur nez est garni de membranes et de crêtes fort compliquées; ils ont une seule phalange à l'index; leurs ailes sont grandes ; les femelles ont les mamelles sur la poitrine, mais on leur voit souvent des verrues au ventre, simulant assez bien des mamelles.

9e GExRE. Les RHINOLOPHES (Rhinolophus, GEorr.) ont trentedeux dents : deux incisives à la mâchoire supérieure, quatre à l'inférieure ; deux canines en haut et en bas; dix molaires supérieures et douze inférieures. Le nez est placé au fond d’une cavité bordée d’une large crête en forme de fer à cheval, et surmontée d'une feuille. Les oreilles, qui manquent d’oreillon, sont latérales, moyennes. Leur queue est longue.

Le GRAND FER À CHEVAL ( Rhinolophus unihastatus, GEorr. Vespertilio ferrum equinum, La. Le grand Fer à cheval, Burr.).

Il a la feuille nasale double, l’antérieure sinueuse aux bords et au sommet, la postérieure en fer de lance.

Cette chauve-souris est une des plus communes que nous ayons

en France; elle habite les cavernes, les carrières et les souterrains des vieux monuments abandonnés dans toute l'Europe. Elle n’en sort qu’à la nuit close pour aller chasser les papillons de puit et les insectes crépusculaires. Ses yeux sont petits, obscurs et couverts, à pupille nocturne; aussi fuit-elle la lumière , et les lieux les plus ténébreux sont ceux qui lui plaisent le plus; elle y fixe son domicile et y vit suspendue à la voûte par les pieds de derrière , en compagnie d’un grand nombre d'individus de son espèce. Ce qu'il y a de particulier, c’est que, quelle que soit la grandeur du souterrain ou de la caverne où elles habitent, elles ne se dispersent pas dans ses différentes parties ; elles se fixent toutes les unes à côté des autres et se touchant presque , à la même place, et il faut qu'il y en ait une grande quantité pour oceuper plus de quatre ou cinq mètres carrés de la voûte. L'hiver, au moment de s’engourdir , elles se rapprochent au point de se toucher et de former pour ainsi dire une masse compacte. Il est probable qu’elles cherchent ainsi à se réchauffer les unes les autres et à se soustraire autant que possible aux cruelles rigueurs du froid,

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Le grand fer à cheval, comme la plupart des chauves-souris , se traine très-péniblement sur la terre, et sur une surface un peu unie il ne peut s’élancer pour prendre son vol, par la raison fort simple que ses pattes ne peuvent pas exécuter en même temps tous les mouvements nécessaires au saut et au vol, Ceci montre que l'attitude singulière qu'il prend dans le repos, en se suspendant la tête en bas, est pour lui une position naturelle et fort commode, En effet, il n’a qu'à lâcher la roche où il est attaché, étendre les ailes en tombant, et le voilà au vol.

Par la même raison, la femelle ne cherche pas à faire un lit ou un nid, comme les rats, par exemple, pour déposer ses petits, car il lui faudrait marcher pour y entrer et en sortir. Elle met bas sur le bord d’une roche perpendiculaire; et aussitôt que ses petits sont nés, elle se les attache sur la poitrine, se précipite de la roche la tête en bas, et va reprendre sa résidence ordinaire sous une voûte. Les petits, au nombre de deux au plus, se trouvent, pour ainsi dire, emmaillottés dans les membranes des ailes de leur mère, qui les porte avec elle en volant jusqu'à ce qu'ils soient assez forts pour se lancer et se soutenir dans les airs, J'ai été moi-même témoin de ces faits.

Le perit FER À CHEVAL ( Rhinolophus bihaslatus, GEorr. Vespertilio ferrum equinum, var. Lin. Vespertilio hipposideros , Becusr. Le petit Fer à cheval, Burr.) a la feuille nasale double, mais l’une et l'autre en fer à cheval ; ses oreilles sont profondément échancrées. Il habite l'Europe et plus particulièrement l'Angleterre.

Le RHINOLOPHE TRIDENT (Rhinolophus tridens, Georr.) a la feuille nasale simple, et terminée par trois pointes. Il habite l'Égypte, et se retire dans les cavernes et les tombeaux.

Le RHiNOLOPHE CRUMÉNIFÈRE (Rhinolophus speoris, Scuxein. Rhinolophus marsupialis, GEorr.) a la feuille nasale simple, arrondie à son sommet ; une bourse, formée de trois replis de la peau, s'élève sur son front. De l’île de Timor.

Le RuINoLOPuE DE COMMERSON (Rhinolophus Cemmersonti, GEorr.). Sa feuille nasale est simple, arrondie à la pointe; sa queue est de moitié moins longue que les jambes. De Madagascar, aux environs du fort Dauphin.

Le RHNOLOPHE DIADÈME (Rhinolophus diadema, GEorr.) a Ja feuille nasale simple, arrondie au sommet; son front ne présente point de bourse comme dans le cruménifère , et sa queue est de la longueur de ses jambes. De Timor.

10° Gexre. Les MÉGADERMES (Megaderma, Georr.) ont vingtsix dents : quatre incisives inférieures, point à la mâchoire supérieure; deux canines en haut et deux en bas; huit molaires supérieures et dix inférieures; leurs oreilles sont très-grandes, soudées à leur base au sommet de la tête, à oreillon intérieur large; leur nez porte trois crêtes, une verticale, une horizontale et une en fer à cheval ou inférieure; elles n’ont pas de queue, et leur membrane interfémorale est coupée carrément.

La MÉGADERME FEUILLE ( Megaderma frons, Grorr. La Feuille, G. Cuv. — Daus.), à feuille du nez ovale, presque aussi grande que la tête ; pelage d’un gris cendré teinté de jaunâtre, Du Sénégal, et peut-être de l'archipel des Indes.

La MÉGaDERME LYRE (Megaderma lyra, Georr.), à feuille rectangulaire, avec une follieule de moitié plus petite. On la croit de l'archipel Indien.

La MÉGADERME SPASME (Megaderma spasma, Georr. Vespertilio spasma , Lin. Glis volans ternateus, Sera. Le Spasme de Ternate, G. Cuv.), à feuille en forme de cœur; l’oreillon est en demicœur , et le follieule est de même forme et de même dimension que la feuille. De l’île de Ternate.

Le Lovo (Megaderma irifolium, Georr. Le Tréfle de Java, G. Cuv.), à feuille ovale ; à oreillon en forme de trèfle, avec un follicule assez grand et égal au cinquième de la longueur des oreilles. De l’île de Java.

11° Genre. Les NYCTERES (Nycteris, Georr.) ont trente-six dents : quatre incisives à la mâchoire supérieure et six à l'inférieure ; deux canines en haut et en bas; huit molaires supérieures et dix inférieures; le chanfrein est creusé d’une fossette marquée même sur le crâne; les narines sont recouvertes par un opercule cartilagineux, mobile, ou entourées d'un cercle de lames saillantes; les oreilles sont grandes, réunies par leur base; l’oreillon est extérieur; la membrane interfémorale est très-grande, et comprend la queue, dont la dernière vertèbre se termine par un cartilage bifurqué.

Le NycTÈèRE DE DAUBENTON (Nycteris Daubentonti, Georr. Vespertilio hispidus, Lix. Le Campagnol volant, Dave.) est d'un brun roussâtre en dessus, blanchâtre en dessous, avec quelques teintes fauves ; les oreilles sont assez grandes; les opercules des narines sont très-pelits ; la lèvre inférieure est simple. Du midi de l'Europe et de l’Afrique.

Le Nycrène pe Georrroy (Nyctéris Geoffroyi, Des. Le Nyctère de la Thébaïde, Grorr.) est gris brun en dessus, plus clair en dessous ; une grosse verrue est sur sa lèvre, entre deux bourrelets affectant la forme d’un V. Du Sénégal et de la Thébaïde.

Le NyeTÈène pg Java (Nycteris javanicus, Georr.), d'un roux vif en dessus et d'un cendré roussâtre en dessous. De l’île de Java.

12e GENRE. Les TAPHIENS ( Taphozous, Grorr.) ont vingl-huil dents : quatre incisives en bas et deux en haut, selon G. Cuvier, ou point, selon M. Geoffroy; vingt molaires ; leur chanfrein est sillonné comme dans le genre précédent ; la lèvre supérieure est épaisse ; les oreilles sont moyennes et écartées ; l’oreillon est intérieur ; la queue est libre à l’extrémilé, au-dessus de la membrane, qui est grande, à angle saillant au bord extérieur.

Le Tarniex roux (Taphozous rufus, Wirs. Vespertilio rufus, Wan.) se distingue des autres espèces par la couleur rouge de son pelage; il est aussi le seul des taphiens connus jusqu'à ce jour qui habite l'Amérique. On le trouve aux États-Unis.

Le TaPHIEN DE MAURICE (Taphozous mauritianus, Grorr.). D'un brun marron en dessus, roussâtre en dessous; il a un oreillon terminé par un bord sinueux. L'ile de France.

Le Tapniex pu SÉNÉGAL (Taphozous senegalensis, Georr. Le Lerot volant, Daus.). Il est brun en dessus, d’un brun cendré en dessous; ses oreilles sont moyennes, à oreillon arrondi. Du Sénégal.

Le TAPHIEN LONGIMANE (Taphozous longimanus, HaxbW.), d'un brun de suie ; à pelage épais; ailes noires, ayant quinze pouces (0,406) d'envergure; oreilles ovales, plissées en travers. De Calcutta.

Le TabmiEn PERFORÉ (Taphozous perforatus, Georr.) d'un gris roux en dessus, cendré en dessons; un oreillon en forme de fer de hache. De l'Égypte, où il habite les tombeaux.

Le TapmieN LEPTURE (Taphozous lepturus, GEorr.), gris; plus pâle en dessous; dix-huit lignes de longueur (0,041); un repli au coude formé par l'aile; oreillon obtus et fort court. On le croit de Surinam.

Tous ces animaux vivent d'insectes et ne volent que la nuit, Une espèce, le taphien longimane, est un objet de terreur pour les femmes superstitieuses. Comme il est très-commun et qu'il voltige continuellement autour des maisons, si une croisée reste ouverte et qu'il y ait un flambeau allumé, cet animal, attiré par la lumière de la même manière que les papillons de nuit, entre dans l’appartement, el va s'attacher aux rideaux des lits ou aux corniches, où on le trouve le lendemain, si avec ses ailes il n’a pas réveillé la dormeuse qui, dans ce cas, est fort effrayée. Mais c'est moins la crainte qu'occasionne sa présence que les conjectures sinistres qu'on en lire, qui font redouter cet animal, du reste fort innocent, On croit que sa visile annonce la mort, et que dans la maison où il est entré il ne se passera pas un an

avant que l’on ait à déplorer la perte d’un des membres de la famille. Le peuple, en France, a un préjugé semblable à l'égard de la chouette.

45° Genre. Les MORMOPS (Mormops, Leacu) ont trente-quatre dents : quatre incisives supérieures inégales, les mitoyennes trèséchancrées ; quatre inférieures trifides et égales : deux canines à chaque mâchoire , les supérieures deux fois aussi longues que les inférieures, un peu comprimées et canaliculées en devant; dix molaires en haut et douze en bas; la feuille nasale est unique, droite, et réunie aux oreilles : celles-ci sont très-compliquées.

En donnant les caractères de la famille des rhinolophes, nous avons dit qu’on leur voit souvent au ventre des verrues simulant assez bien des mamelles. Voici, à ce sujet, ce que pensait Geoffroy Saint-Hilaire : « Les rhinolophes, dit-il, sont les seules chauves-souris que je connaisse qui soient signalées par l’existence de deux paires de mamelles, la paire surnuméraire est située aux aines; elle est plus souvent employée. Étant, en 1827, à Marseille, on m'y fit connaître une femme qui avait également nourri ses enfants par une mamelle surnuméraire inguinale : la mème dérogation à la règle en des êtres pourvus de mamelles ordinairement restreintes à deux, et pectorales quant

Le grand Fer à cheval.

Le Mormors DE BLAINVILLE (Mormops Blainvillii, Leacu). Front élevé; chanfrein excavé; lèvre supérieure lobée, crénelée ; l'inférieure à trois lobes membraneux ; feuille nasale plissée : oreilles divisées en deux lobes au bord supérieur ; langue à papilles bifides et trifides. De la Jamaïque.

44° Genre. Les NYCTOPHILES (Nyctophilus, LEeacH) ont vingthuit dents : deux incisives supérieures coniques aiguës et allongées; six inférieures trifides, égales, à lobes arrondis; deux canines à chaque mâchoire , les inférieures avec une petite pointe à leur base, en arrière; seize molaires à couronne garnies de tubercules aigus; ils ont deux feuilles sous le nez, la postérieure la plus grande; la queue, formée de cinq vertèbres dans sa partie visible, dépasse un peu la membrane.

Le NycropmLe DE GEorrroY (Nyctophilus Geoffroyi, Lracu) est d'un brun jaunâtre en dessus et d’un blanc sale en dessous; ses ailes sont d’un noir brunâtre; ses oreilles sont larges. On ne connaît pas sa patrie, mais il est probable qu'il ne se rencontre pas en Europe.

à leur situation, forme une considération de semblable anomalie que je crois devoir faire remarquer. » Le même savant pense que cetle étrange faculté que les chauves-souris ont de se diriger sans hésitation au milieu des ténébreux labyrinthes qu’elles habitent, est due à une extrême sensibilité du tact qui leur fait apprécier les plus petites différences atmosphériques. Cet organe du tact résiderait dans les membranes des ailes, et serait alors d'une étendue comparative très-considérable. Telle était aussi l'opinion de G. Cuvier, ainsi que nous le dirons dans l’article suivant.

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