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IL

VESPERTILIONS, 101

Le Murin.

LES VESPERTILIONS,

ainsi que les familles qui vont suivre, n’ont aucun appendice au nez; leurs ailes sont grandes, et ils n’ont à l'index qu'une seule phalange ; leurs lèvres sont simples ; leur langue est courte, leur queue longue ; et leur tête est de forme allongée et poilue. Cette famille se compose des chauves-souris proprement dites.

15e GENRE. Les VESPERTILIONS (Vespertilio, Grorr.) ont trentedeux dents : quatre incisives supérieures (quelquefois deux), dont les deux moyennes ordinairement écartées ; six inférieures à tranchant un peu dentelé; oreilles séparées, rarement unies par leur base; un oreillon interne; des abajoues; queue totalement prise dans la membrane interfémorale. On en trouve des espèces dans toutes les parties du monde, et nous les classerons sur cette considération.

1° VESPERTILIONS D'EUROPE.

Le Muni (Vespertilio murinus, Lin. La Chauve-souris, Burr.).

Il a les oreilles ovales, de la longueur de la tête, et les oreillons en forme de faux ; il est d’un brun roussâtre ou d'un gris cendré en dessus, d’un gris blanchâtre en dessous. Il est assez commun en France et dans toute l'Europe, dans les clochers et les vieux châteaux.

« Toutes les chauves-souris, dit Buffon, cherchent à se cacher, fuient la lumière, n’habitent que les lieux ténébreux, n’en sortent que la nuit, et y rentrent au point du jour pour demeurer collées contre les murs. Leur mouvement dans l'air est moins un vol qu'une espèce de voltigement incertain qu’elles sembient n'exécuter que par effort et d'une manière gauche; elles s'élèvent de terre avec peine, elles ne volent jamais à une grande hauteur, elles ne peuvent qu'imparfaitement précipiter, ralentir, ou même diriger leur vol; il n’est ni très-rapide , ni bien direct ; il se fait par des vibrations brusques dans une direction oblique et tortueuse. Elles ne laissent pas de saisir en passant les moucherons, les cousins et surtout les papillons phalènes qui ne volent que la nuit, qu'elles avalent, pour ainsi dire, tout entiers. »

Tout ce que Buffon dit là du vol de ces animaux est parfaitement juste pour les petites espèces, mais pas du tout pour les grandes. Ces dernières ont le vol très-élevé, fort rapide, et elles se dirigent dans les airs avec autant et plus de facilité que les

oiseaux. Quant aux pelites, si leur manière de parcourir les airs lui a paru oblique et tortueuse, c’est qu'il a pris ces crochets nombreux et rapides pour des résultats du caprice ou de l’imperfection de l'animal, tandis que réellement ils résultent de la poursuite incessante qu'ils font aux pelits insectes dont le vol est irrégulier.

Mais il est dans les chauves-souris une chose bien autrement étrange que le grand écrivain n’a pas signalée. Dans les cavernes les plus obscures, dans les ténèbres les plus profondes, elles parcourent en volant les nombreuses issues de leur demeure, sans hésitation, sans jamais se heurter contre les angles avancés des roches ou les parois des sombres voûtes, et avec la même sûreté qu'un autre animal en plein jour pourrait le faire. Cela vient, a-t-on dit, de ce que les chauves-souris voient dans les ténèbres, et l’on s’est trompé. Tous les animaux nocturnes ont la faculté de concentrer dans leur pupille, très-dilatable, les plus faibles rayons de lumière, et c'est pour cette raison que pendant la nuit ils distinguent assez les objets pour reconnaître leur route, leur proie, et accomplir toutes les fonctions nécessaires à leur existence. Mais dans une obscurité totale, absolue, dans le manque complet de lumière, leur pupille a beau se dilater, elle ne peut percevoir des rayons qui n'existent pas, et, dans ce cas, une chauve-souris est tout aussi bien frappée d’aveuglement que tout autre animal. Cependant, ainsi que nous l'avons dit, loin de se heurter contre les corps étrangers, elle parcourt toutes les sinuosités de sa caverne avec la plus grande aisance et sans diminuer la rapidité de son vol.

Faudrait-il en conclure qu'au fond des souterrains les plus noirs il pénètre encore quelques rayons de lumière bien faibles, mais suffisants? Non, et en voici la preuve. On a pris des chauvessouris, on leur a crevé les yeux, et on les a lâchées à proximité de leur demeure; elles s’y sont aussitôt précipitées et se sont dirigées dans tous les recoins de leur labyrinthe avec la même facilité, la même sûreté que si elles avaient vu clair!

Ces animaux auraient-ils donc été doués par la nature d’un sens exprès, que nous ne pouvons ni connaître ni comprendre, parce qu'il nous manque, et qui leur donnerait l'étonnante faculté de juger la forme, la position ou au moins la proximité des objets sans les voir? G. Cuvier a cherché à ce mystère une explication qui ne me paraît pas pouvoir être adoptée sans discussion.

« Leurs oreilles, dit-il, sont souvent très-grandes et forment avec leurs ailes une énorme surface membraneuse, presque nue, el tellement sensible, que les chauves-souris se dirigent dans leurs cavernes probablement par la seule diversité des impressions de l’air. »

Le murin, comme toutes les espèces de son genre, se nourrit uniquement d'insectes. Buffon dit qu’il est carnassier, qu’il mange, outre les insectes, de la viande crue ou cuite, fraîche ou corrompue, et que, lorsqu'il peut entrer dans une office, il s'attache aux quartiers de lard; mais tout ceci est au moins fort douteux.

La Nocruze (Vespertilio noctula, Lan. Vespertilio proterus, Kuu. La Sérotine, Georr. La Noctule, Burr.) est d'un fauve uniforme, à poils courts et lisses; ses membranes et ses oreilles sont obscures ; ces dernières ovales-triangulaires, à oreillon arqué; sa tête est large et arrondie. Elle se trouve dans toute l'Europe et exhale une légère odeur de muse.

La SÉROTINE (Vespertilio serotinus, Lin. La Noctule, Georr. La Sérotine, Burr.) diffère de la précédente par les poils du dos, qui sont longs, luisants, d’un brun marron vif, plus courts sur les femelles; par ses membranes noires, et enfin par ses oreillons en forme de cœur. On la trouve dans les creux des vieux arbres, dans toute l'Europe.

La PipisrReLLE ( Vespertilio pipistrellus, Lin. et Gu. La Pipistrelle, Burr. et G. Cuv.), la plus petite des chauves-souris de la France ; les poils du dos sont longs, d’un brun noirâtre ; ceux du ventre sont fauves; ses oreilles sont triangulaires, et ses oreillons sont presque droits , terminés par une tête arrondie. D'Europe et d'Égypte.

Le Pycuée (Vespertilio pygmæus, Leacn. Vespertilio minutus? Mowracu) est la plus petite des chauves-souris connues ; d’un brun foncé en dessus, gris en dessous; oreilles plus courtes que Ja tête, à oreillon linéaire et simple ; queue nue au sommet, longue, dépassant un peu la membrane. Dans les troncs d'arbre, en Angleterre.

Le VESPERTILION ÉCHANCRÉ (Vespertilio emarginatus, GEorr.), d'un gris roussâtre en dessus, cendré en dessous; oreilles oblongues, de la longueur de la tête, à bord extérieur échancré; oreillon subulé. Dans les souterrains en Angleterre, et rare en France.

Le VespenTicion DE KuuL (Vespertilio Kuhlii, Narr.), d'un brun rouge en dessus, fauve en dessous; moitié supérieure de la face interne de la membrane interfémorale très-velue ; les oreilles trèssimples, presque triangulaires, à oreillons larges et arqués en dedans. De Trieste.

Le VESPERTILION a MOUSTACHES (Vespertilio mystacinus, LeisL.), d'un brun marron en dessus, plus clair dans la femelle; deux moustaches de poils fins sur le rebord de la lèvre supérieure ; oreilles assez grandes, échancrées et repliées au bord extérieur, arrondies au sommet ; oreillons lancéolés. D’Allemagne.

Le VESPERTILION DE DAUBENTON (Vespertilio Daubentonii, Lrisr.), d'un gris roux en dessus, blanchâätre en dessous ; oreilles presque ovales, petites, presque nues, à bord externe un peu échancré, le bord interne largement replié ; oreillons lancéolés, minces, très-petils. De la Wétéravie.

Le VESPERTILION DE LEISLER (Vespertilio Leisleri, KuuL. Vespertilio dasycarpos, Lrisr.), à poils longs, de couleur marron à la pointe et d’un brun foncé à la base; membrane très-velue le long des bras ; oreilles courtes, à oreillon terminé par une partie arrondie ; queue dépassant à peine la membrane. D'Allemagne.

Le VesPenTiILION DE Scurrtgers (Vespertilio Schreibersii, Narr.), d’un gris cendré, plus pâle en dessous, quelquefois mêlé de blanc jaunâtre; oreilles plus courtes que la tête, larges, droites et triangulaires , avec les angles arrondis et un rebord interne velu; oreillon lancéolé, recourbé en dedans vers la pointe. Des montagnes de Bannat, dans les cavernes,

Le VESPERTILION DE NATTERER (Vespertilio Nattereri, Kunr) d’un gris fauve en dessus, blanc en dessous; ailes d'un gris enfumé; membrane interfémorale festonnée; oreilles un peu plus longues que la tête, ovales, assez larges ; oreillon lancéolé, placé sur une protubérance de la conque. D’Allemagne.

Le VESPERTILION DE BECHSTEIN (Vespertilio Bechsteinii, LeisL.), d’un gris roux en dessus, blanc en dessous; oreilles plus longues que la tête, arrondies au bout; un oreillon en forme de faux, un peu courbé en dehors vers sa pointe. De l'Allemagne, dans les troncs d'arbre.

20 VESPERTILIONS D'AFRIQUE.

Le VESPERTILION DE NiGRiTie (Vespertilio nigrita , GML. — GEOrr. La Marmotte volante, Daus.), d'un brun fauve en dessus; d’un fauve cendré en dessous; oreilles du tiers de la longueur de la tête, ovales-triangulaires, à oreillon long et terminé en pointe. Du Sénégal.

Le VESPERTILION DE BourBoN (Vespertilio borbonicus, GEorr.), roux en dessus, blanchâtre en dessous; oreilles de moitié plus courtes que la tête, ovales-triangulaires ; oreilion long, en demicœur. De l’île Bourbon.

5° VESPERTILIONS D'ASIE.

Le Kimivoura (Vespertilio pictus, Lin. Le Muscardin volant, Daus.), d’un roux jaunâtre vif en dessus, d’un jaune sale en dessous; ailes d’un brun marron, rayées de jaune citron le long des doigts; oreilles plus courtes que la tête, plus larges que hautes, à oreillon subulé. De Ceylan. Séba avait mentionné cette espèce comme étant de Ternate : peut-être l'y voit-on.

4° VESPERTILIONS D'AMÉRIQUE.

La GRANDE SÉRATINE (Vespertilio maximus, DES. Vespertilio nasutus, Sxaw), d’un brun marron en dessus, passant au jaune clair sur les flancs; d’un blanc sale en dessous; oreilles plus courtes que la tête, ovales; oreillons subulés; museau long et pointu. De la Guyane.

Le VESPERTILION AU LONG NEZ (Vespertilio naso, Max. DE Neuw.), d'un gris brun ou jaune foncé en dessus, gris jaunâtre en dessous ; oreilles petites, très-pointues; nez fort long, s’allongeant d'une ligne au-dessus de la mâchoire supérieure, comme une trompe. Du Brésil, sur les arbres.

Le VESPERTILION POLYTHRIX (| Vespertilio polythriæ, Isi. GEOrF.), d'un brun marron uniforme, lirant sur le grisâtre; membrane interfémorale un peu poilue; face velue; oreilles plus longues que larges, petites, échancrées à leur bord extérieur. Du Brésil.

Le VESPERTILION pu BrésiL (Vespertilio brasiliensis, Desx.), pelage doux et soyeux, d'un brun obscur lavé de marron; ailes étroites et noires ; oreilles allongées, médiocres. Du Brésil.

Le VESPERTILION DE SAINT - HiLaiRe (Vespertilio Hilarii, Isin. Grorr.), comme le précédent, mais pelage variant du brun noirâtre au brun marron en dessus, et du grisâtre au brun roux en dessous; membrane interfémorale nue; oreilles petites, presque aussi larges que longues. Du Brésil.

Le VESPERTILION LISSE (Vespertilio levis, Isin. GEorr.), d'un brun obseur teinté de marron; la face nue en partie; la membrane interfémorale un peu poilue; les oreilles longues; la queue aussi longue que le corps. Du Brésil.

Le VesperTicion DE BuéNos-Ayres (Vespertilio bonariensis, Less), d'un jaune pruineux en dessus, d'un jaune brun en dessous, fauve au museau: les oreilles courtes, ovalaires; les ailes d’un

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rouge noirâtre ; la membrane interfémorale très-velue en dessus, nue en dessous. De la Plata.

Le VESPERTILION POUDRÉ (Vespertilio albescens, GEorr.), presque noir ; piqueté de blanc en dessus et à teinte sombre en dessous. Du Paraguay.

Le VESPERTILION ROUGE (Vespertilio ruber, Georr.), d'un jaune cannelle en dessus , fauve en dessous, à poils courts ; oreilles trèspointues; oreillons étroits, linéaires. Du Paraguay.

Le VESPERTILION TRÈS-VELU (Vespertilio villosissimus, GEOFrr.), d’un brun pâle; oreilles assez aiguës au bout, ressemblant à celles d'un rat; oreillon pointu ; membrane interfémorale velue dans son milieu. Du Paraguay.

Le VESPERTILION À DOS NOIR (Vespertilio melanotus, RArIx.), noiràtre en dessus ; blanchâtre en dessous; ailes d'un gris foncé, avec les doigts noirs; oreilles arrondies et à oreillon. Des États-Unis.

Le VESPERTILION AUX AILES BLEUES (Vespertilio cyanopterus, Ra- FIN.), d’un gris foncé en dessus, gris bleuâtre en dessous; ailes d'un gris bleuâtre, avec les doigts noirs; oreilles plus longues que la tête; un oreillon. Des États-Unis.

Le VESPERTILION MOINE (Vespertilio monachus, Rarin.), d'un fauve rougeâtre et foncé en dessus, fauve en dessous; ailes d’un gris foncé ; nez et doigts roses; pattes de derrière noires ; oreilles petites, cachées dans les poils. Des États-Unis.

Le VESPERTILION A FACE NOIRE (Vespertilio phaïops, RaFix.), d’un brun bai obscur en dessus, plus pâle en dessous ; les ailes, la face et les oreilles noirâtres. Des États-Unis.

Le VESPERTILION ÉPERONNÉ (Vespertilio calcaratus, Rarix.), d'un brun noirâtre en dessus, fauve foncé en dessous; ailes et pieds de derrière noirs ; doigts roses, un éperon à la partie interne de la première phalange. Des États-Unis.

Le VESPERTILION À QUEUE VELUE (Vespertilio lasiurus, Lin), varié de gris jaunâtre et de roux vif; oreilles plus courtes que la tête, ovales ; oreillon droit en demi-cœur. Des États-Unis.

Le VESPERTILION DE LA CAROLINE (Vespertilio carolinensis, GEOrr.), d'un brun marron en dessus, jaune en dessous; oreilles de la longueur de la tête, oblongues, en partie velues; oreillon en demi-cœur. Des environs de Charlestown.

Le VESPERTILION ARQUÉ (Vespertilio arquatus, Sax), oreilles un peu plus courtes que la tête, à bord postérieur portant deux petites échancrures obtuses; oreillon arqué, obtus au bout; membrane interfémorale nue. Du nord-ouest des États-Unis.

Le VESPERTILION SUBULÉ (Vespertilio subulatus, Sax), pelage à poils brunâtres à la base, cendrés au sommet; ceux du ventre noirs à la base et d’un blanc jaunâtre à l'extrémité; membrane interfémorale unicolore, velue à la naissance, un peu dépassée par la queue ; oreilles de la longueur de la tête, plus longues que larges. Des montagnes rocheuses du nord de l'Amérique.

Le VESPERTILION PRUINEUX (Vespertilio pruinosus, Sax), d'un brun noirâtre, piqueté de blanc sur les parties antérieures; d’un ferrugineux foncé sur la croupe; d’un blanc jaunâtre terne sous la gorge ; oreilles plus courtes que la tête; oreillons arqués, à pointes très-obtuses. De Pensylvanie.

46° Genre. Les OREILLARDS (Plecotus, GEorr.) ont trente-six dents : quatre incisives supérieures et six inférieures; deux canines en haut eten bas; dix molaires à la mâchoire supérieure et douze en bas; leurs oreilles sont très-développées, plus grandes que la tête, et unies l’une à l’autre sur le crâne.

L'OrEILLARD (Plecotus communis, Georr. Vespertilio auritus, Lix. L'Oreillard, Burr.).

Cet animal est une des plus petites chauves-souris de notre pays. Il est entièrement gris, mais plus foncé en dessus qu’en déssous ; on le distingue de tous les animaux de sa classe par l'énorme grandeur de ses oreilles, qui sont presque aussi longues que son corps. On en connaît deux variétés : l'une, qui habite

l'Autriche, est un peu plus grande que la nôtre; l’autre, qui se trouve en Égypte, est au contraire un peu plus petite.

L'oreillard est sans contredit l'animal le plus étrange que nous ayons en France, sous le rapport de la physionomie. Quand il est en repos, ses oreilles se plissent en travers, se raccourcissent, et finissent par recouvrir le canal auditif en disparaissant presque, où du moins ne montrant que des proportions ordinaires, Cette faculté lui est d'autant plus nécessaire, qu'il habite nos maisons, nos cuisines même, et se loge le plus souvent dans des trous de mur où ses oreilles le gèneraient beaucoup et seraient continuellement froissées s'il n'avait le pouvoir de les replier à peu près comme les membranes de ses ailes.

Beaucoup plus commun chez nous que la chauve-souris ordinaire, s’il échappe à l'observation, c’est parce qu'il sort plus tard de sa retraite, qu'il vole avec une rapidité telle, qu’à peine peut-on l’apercevoir dans l'obscurité, outre que ses petites dimensions favorisent son incognito. Il marche sur la terre avec plus de facilité que les autres animaux de sa famille, et je lai vu quelquefois grimper contre de vieux murs avec autant d'agilité que pourrait en mettre une souris. Son vol est très-irrégulier, très-capricieux, et l’on dirait qu'il prend à tâche de ne pas parcourir trois toises en ligne droite : il monte, il descend ; il tourne à droite, à gauche; il va, il revient ; et tout cela par des mouvements brusques et anguleux qu'il est presque impossible de suivre avec les yeux. Comme la chauve-souris, il est très-curieux ; et si on veut l’attirer en quelque endroit, il ne s’agit que d’agiter un linge blanc autour d’un bâton : il viendra aussitôt voltiger autour jusqu'à ce qu'il ait reconnu cet objet étrange pour lui. Alors , il se remet en chasse et saisit dans les airs les plus petits insectes.

Ses oreilles monstrueuses ne lui ont pas élé données inutilement par la nature. Je ne pense pas, comme G. Cuvier, qu’elles lui servent beaucoup pour recevoir les impressions de l'air et reconnaître la présence des corps contre lesquels il pourrait se heurter; mais je crois que le sens de l’ouïe est prodigieusement développé chez lui, parce qu’il remplace jusqu’à un certain point celui de la vue, ou que du moins il lui est un puissant auxiliaire. En effet, comment l'oreillard, avec des yeux très-petits, presque cachés dans les poils de son front, pourrait-il, surtout lorsque la nuit est noire, apercevoir à une certaine distance les insectes dont il se nourrit? Il ne les voit pas, j'en suis persuadé, mais il les entend bourdonner, et alors il se précipite vers l’endroit où son oreille l'appelle, il le parcourt dans tous les sens, y fait mille tours et détours, toujours en obéissant à son guide, jusqu’à ce que sa faible vue ait découvert l’objet de ses recherches, et qu'il ait pu le saisir. Ensuite, il me semble que ceci expliquerait assez bien l'irrégularité de son vol, et les mille crochets brusques qu'on lui voit décrire dans un espace quelquefois très-resserré.

L'OREILLARD GORNU (Plecotus cornutus, Fager.) est encore plus remarquable que le précédent, dont il est une variété, pour Ja longueur de ses oreilles, qui n’ont pas moins de dix-neuf lignes de longueur, et sont par conséquent aussi longues que son corps. Les oreillons sont aussi longs que les oreilles, et figurent assez bien une paire de cornes. Son pelage est d’un noir lavé de brun en dessus, et d’un noir bleuâtre varié de blanc grisâtre sur le ventre et sur la gorge. On le trouve dans le Jutland.

L'OreiLLarD DE Timor (Plecotus timoriensis, Less. Vespertilio timoriensis, Georr.) est d'un brun noirâtre en dessus, et d’un brun cendré en dessous: ses oreilles sont grandes, et ses oreillons en demi-cœur. Des Moluques.

L'OrREILLARD DE RAFINESQUE (Plecotus Rafinesquii, Less. Vespertilio megalotis, Rarix.) est d'un gris foncé en dessus, pâle en dessous ; ses oreilles sont doubles, très-grandes, avec des oreillons aussi longs qu’elles, caractère qui le distingue de l'espèce de notre pays. On le trouve aux Etats-Unis,

L'OrerrrarD pe MavGé (Plecotus Maugei, LESS. Vespertilio Mau-

gei, Des.) est d’un brun noirâtre en dessus, d’un brun clair en dessous, ayec les parties postérieures du corps blanches; ailes grises; oreilles très-larges, à pointe arrondie et échancrée extérieurement. De l’île de Porto-Rico. Celui-ci et le suivant appartiennent au genre barbastelle.

La BarBasreLLE ( Plecotus barbastellus, Less. Verpertilio barbastellus, Lix.—Gur.—Grorr.), d’un brun foncé, glacé de fauve ; ailes d'un brun noir; oreilles larges, triangulaires, à bord extérieur échancré; oreillons très-larges à la base, étroits à la pointe, recourbés en arc vers l’intérieur, De France et d'Allemagne.

noveboracensis, PENx.), brun en dessus, plus pâle en dessous; poils doux et soyeux; une tache blanche aux épaules; queue entièrement prise dans sa membrane; oreilles arrondies, larges et courtes. De New-York.

L’ATALAPHE DE SICILE (Atalapha sicula. Rarix.), d’un roux brunâtre en dessus et cendré en dessous; extrémité de la queue obtuse, saillant de sa membrane; oreilles aussi longues que la tête De Sicile.

18e Genre. Les MYOPTÈRES (Myopteris, GEorr.) ont vingt-six

L'Orcillard.

L'OREILLARD VOILÉ (Plecotus velatus, Isin. Grorr.), d'un brun marron en dessus, brun grisâtre en dessous; queue aussi longue que le corps, entièrement prise dans la membrane: oreilles larges, de la longueur de la tête, Du Brésil.

17e GENRE. Les ATALAPHES (Atalapha, Rarix.). Point de dents incisives; queue plus longue que sa membrane, ou entièrement prise dans elle; oreilles médiocrement écartées, munies d’oreillon.

L’ATALAPHE D'AMÉRIQUE (Atalapha americana, RAIN. Vespertilio

j dents; deux incisives et deux canines supérieures et inférieures ;

huit molaires supérieures et dix inférieures; chanfrein simple et uni; oreilles séparées, latérales, larges, à oreillon interne; queue longue, prise à demi dans la membrane; museau court et

gros.

Le MYoPTÈRE DE DAUBENTON (Myopteris Daubentonii, Georr. Le Rat volant, Daus.), brun en dessus ; le dessous d’un blanc sale, légèrement teinté de fauve. Sa patrie est inconnue.

19e Gexre. Les NYCTICÉES (Nycticeus, RaArIN.) ont deux incisives supérieures, séparées par un grand intervalle, appliquées contre les canines, et à crénelures aiguës ; six incisives inférieures tronquées; les canines sans verrues à leur base. Peut-être, quand on les connaîtra mieux, faudra-t-il reporter les espèces de ce genre et du suivant dans d’autres genres.

- NOCTILIONS.

La Nycricée HUMÉRALE (Nycticeus humeralis, Rarin.), d'un brun foncé en dessus, grise en dessous, avec les épaules noires ; queue presque aussi longue que le corps, très-mucronée; oreilles plus longues que la tête , ovales, noirâtres. Du Kentucky aux États- Unis.

La NyCricéE MARQUETÉE (Nycticeus tessellatus, Rarix.), bai en dessus, fauve en dessous, à collier étroit et jaunâtre ; queue de la longueur du corps, terminée par une verrue saillante; ailes réticulées et pointillées de roux; nez bilobé. Du Kentucky.

20 Genre. Les HYPEXODONS (Hypexodon, Rarix. Nyctalus, Less.) manquent d'’incisives supérieures, et en ont six inférieures, échancrées ; les canines inférieures ont une verrue à la base; leur museau est nu ; leurs narines rondes, saillantes; leur queue est entièrement prise dans sa membrane.

L'HYPExODON À MOUSTACHES (Hypexodon mystac, RarIN. Nycticajus mystax , Less.) est brun sur le sommet de la tête, fauve sur le reste du corps; ses ailes sont noires; sa queue est mucronée ; ses moustaches sont longues; ses oreilles sont brunes et plus longues que la tête. Il habite le Kentucky.

Les mœurs des chauves-souris d'Amérique sont fort mal connues, non pas qu'il serait fort difficile de les étudier, mais parce que les naturalistes américains se sont laissés aller aux mêmes préjugés que les nôtres, et qu'ils regardent comme chose d’une importance très-minime l'histoire morale des animaux. Et, cependant, de quelle utilité serait pour la philosophie de la science la connaissance des faits intéressants et nombreux qui nous sont restés inconnus, simplement parce qu'on n'a pas voulu se donner la peine de les observer, ne fût-ce que pour calculer le degré d'influence de l’organisation sur les habitudes?

Maison de Cuvier,

LES NOCTILIONS

ont les ailes longues et étroites, et deux phalanges à l'index. Leurs molaires sont réellement tuberculeuses; leurs lèvres sont très-grosses ; leur tête est courte, obtuse; lear queue recourbée. Quelques femelles de cette famille ont de chaque côté une poche membraneuse dans laquelle elles renferment leurs petits pour les porter avec elles.

21° Gexre. Les DYSOPES (Dysopes, Fr. Cuv.) ont vingt-huit dents: deux incisives en haut et quatre en bas; deux canines à chaque mâchoire, huit molaires supérieures et dix inférieures.

Le Moops (Dysopes moops, Fr. Cuv.) est la seule espèce de ce genre et se trouve dans l'Inde.

22e GENRE. Les NOCTILIONS (Noctilio, Georr.) ont vingt-huit dents : quatre incisives en haut et deux en bas; deux canines très-

fortes à chaque mâchoire , huit molaires supérieures et dix inférieures. Leur museau est court, renflé, fendu, garni de verrues; leurs oreilles sont latérales et petites; leur nez est simple, confondu avec les lèvres ; leur queue est enveloppée à sa base dans la membrane, qui est très-grande.

Le Nocririon uxicorore (Noctilio unicolor, GEorr. Vespertilio leporinus, Lix.) est de la grandeur d’un rat, d’un fauve pâle uniforme. On le trouve dans toutes les parties chaudes de lAmérique méridionale. On en connaît deux variétés :

4° Le Dorsatus, GEorr., qui n’en diffère que par une bande blanchâtre qu'il a sur le dos;

20 L’Albiventer, Grorr., roussâtre en dessus, blanc en dessous

25e Gexre. Les MOLOSSES (Molossus, GEorr.). Ils ont vingthuit dents: deux incisives, deux canines, et dix molaires à cha-

que mâchoire ; leur tête est courte et leur museau renflé ; leurs grandes oreilles sont réunies ou couchées sur la face, à oreillon extérieur; la membrane interfémorale est étroite, coupée carrément, et enveloppe à sa base ou en totalité une longue queue.

Le Mozosse PÉDIMANE (Molossus cheiropus, Less. Cheiromeles torquatus, Horsr. Dysopes cheiropus, TEMx.) a vingt et un pouces (0,369); son dos est nu; quelques poils épars et rudes lui forment une espèce de fraise sur le cou; son ventre est recouvert d'un duvet court et peu sensible; ses ailes ont vingt et un pouces (0,369) d'envergure; sa queue est ridée dans sa partie libre; les oreilles sont écartées , longues, à double oreillon. De Siam.

Le MoLosse piLATÉ (Molossus dilatatus, Less. Nyctinomus dilatatus, Horsr.), d’un fauve noirâtre, plus pale en dessous; les ailes très-grandes, la queue grêle; la membrane interfémorale formée de fibres musculaires rares. De Java.

Le Moosse pe Rurrez (Molossus Ruppelii, Less. Dysopes Ruppelii, Tem.), d'un gris de souris uniforme, un peu plus clair en dessous. I] est long de cinq pouces et demi (0,149), et il a quatorze pouces six lignes (0,395) d'envergure. Son poil est lisse, serré, fin, long sur les doigts, rare sur le museau; ses lèvres sont larges, pendantes et plissées. On le trouve dans les souterrains en Égypte.

Le MoLossE À pois RAS (Molossus abrasus , LESs. Dysopes abrasus, Teuw.), long de quatre pouces trois lignes (0,115); d’un marron vif et lustré en dessus, plus clair et terne en dessous; ailes noires, de neuf pouces et demi (0,258) d'envergure; poils très-ras, mais serrés. Du Brésil. :

Le MoLosse GRèLE (Molossus tenuis, Less. Nyctinomus tenuis, * Horsr. Dysopes tenuis, Teu.), long de trois pouces neuf lignes (0,101); d’un brun noirâtre en dessus, cendré en dessous, à poils courts, lisses, doux; ailes de dix pouces et demi (0,285) d’envergure; des soies blanches au bout des doigts des pieds ; lèvre supérieure large, bordée d’un rang de verrues. De Java et de Banda.

Le MoLosse ALECTO (Molossus alecto, Less. Dysopes alecto, Temm.), long de cinq pouces et demi (0,149); pelage d’un noir très-brillant, imitant le velours le plus fin ; de longues soies au croupion ; ailes d’un pied (0,525) d'envergure. Du Brésil.

Le MoLosse ENFUMÉ (Molossus fumarius, Srix. Dysopes obscurus, Temm.), long de trois pouces trois lignes (0,088); poils de deux couleurs, d’un brun noirâtre en dessus et d’un brun cendré en dessous; lèvres bordées de soies; ailes de neuf pouces (0,244) d'envergure. De la Guyane et du Brésil.

Le MoLosse AGILE (Molossus veloæ, Less. Dysopes velox, TEMM.), de trois pouces et quart (0,088) de longueur; d’un brun marron très-foncé et brillant en dessus, plus clair et mat en dessous; un siphon glanduleux au-devant du cou; pelage lisse et très-court; ailes de dix pouces (0,271) d'envergure. Du Brésil.

Le MoLossE MARRON (WMolossus rufus, Georr.), d'un marron foncé en dessus, elair en dessous ; museau court et très-gros. Sa patrie est inconnue.

Le MoLosse opscur (Molossus obscurus, Georr.), d’un brun noirâtre en dessus, plus terne en dessous, à poils blancs à leur base. Du Paraguay.

Le MoLossE Noir ( Molossus ater, Georr.), d’un noir brillant en dessus. Sa patrie est inconnue.

Le MoLossE A LONGUE QUEUE (Molossus longicaudatus, Grorr. Vespertilio molossus, Lis. Le Mulot volant? Burr.), d'un cendré fauve; queue presque aussi longue que le corps; une lanière de peau s'étendant du front au museau. On le croit de la Martinique.

Le MoLossE À LARGE QUEUE (Molossus laticaudatus, Gsorr.), d’un brun obseur en dessus, plus clair en dessous; queue bordée de chaque côté par un prolongement de la membrane. Du Paraguay.

Le MOLOSSE À GROSSE QUEUE (Molossus crassicaudatus, GEorr.),

d’un brun cannelle, plus pâle en dessous ; queue bordée de chaque côté par un prolongement de la membrane. Du Paraguay.

Le MOoLossE À QUEUE ENVELOPPÉE (Molossus amplemicaudatus , GEorr. La Chauve-souris de la Guyane, Burr.), noirâtre, moins foncé en dessous; queue entièrement enveloppée dans la membrane. Il vole en troupe nombreuse. De Cayenne.

Le MOLOSSE À QUEUE POINTUE (Molossus acuticaudatus, Des), d’un brun noir, teinté de couleur de suie ; queue longue, presque entièrement prise dans la membrane, qui forme un angle assez aigu. Du Brésil.

Le MoLossE cHaTAIN (Molossus castaneus, GEorr.), châtain en dessus, blanchâtre en dessous; un ruban étendu depuis le museau juqu'au front. Du Paraguay.

LE MOLoSssE A VENTRE BRUN (Molossus fusciventer, Grorr. Le second Hulot volant de Burr.), d'un cendré brun en dessus, cendré en dessous, avec le milieu du ventre brun. On ignore sa patrie.

24e Gexre. Les DINOPS ( Dinops, Say.) ont trente-deux dents : deux incisives en haut et six en bas ; deux canines supérieures et deux inférieures; dix molaires à chaque mâchoire ; leurs oreilles sont réunies et étendues sur le front ; leurs lèvres sont pendantes et plissées ; leur queue est libre dans la seconde moitié de sa grandeur.

Le Divops pe CEesronr (Dinops Cestonii, Sav.), d'un gris brun en dessus, passant légèrement au jaunâtre en dessous; oreilles grandes , arrondies, à bord externe un peu échancré; ailes et queue d’un brun noir ; lèvres, oreilles et museau noirs. Des environs de Pise.

95e Genre. Les STÉNODERMES (Stenoderma, Grorr.) ont vingthuit dents: quatre incisives en haut et en bas; deux canines supérieures et inférieures; huit molaires à chaque mâchoire. Georges Cuvier dit qu'ils n'ont que deux incisives supérieures. Si cela se vérifie, il faudra reporter ce genre à celui des Molossus ou Dysopes. Leur nez est simple; leurs oreilles petites, latérales et isolées, avec un oreillon intérieur ; ils manquent de queue, et leur membrane est échancrée jusqu’au coccyx.

Le STÉNODERME ROUX (Stenoderma rufa, Grorr.), d'un roux châtain uniforme ; oreilles moyennes, ovales, à bord externe un peu échancré. De Surinam et de Cuba.

96e Genre. Les CÉLENES (Celæno, Lracu) ont vingt-six dents: deux incisives en haut et quatre en bas; deux canines à chaque mâchoire; huit molaires supérieures et inférieures; troisième et quatrième doigt à trois phalanges, l’externe à {deux; oreilles écartées; oreillons petits; queue nulle; membrane se prolongeant peu au delà des doigts de derrière.

Le CÉLèxe pe Brooks (Celæno Brooksiana, LEacu); dos ferrugineux; épaules et ventre d’un ferrugineux jaunâtre; oreilles pointues, à bord postérieur droit et l’antérieur arrondi; toutes les membranes noires. Patrie inconnue.

97e Genre. Les ÆLLO (Ællo, Leacu) ont vingt-quatre dents : deux incisives supérieures et inférieures; deux canines en haut et en bas, et huit molaires à chaque mâchoire; leurs oreilles sont rapprochées, courtes, très-larges, et manquent d’oreillon; leur troisième doigt a quatre phalanges, le quatrième et le cinquième chacun trois; la queue, formée de cinq vertèbres dans sa partie visible, ne dépasse pas la membrane, qui est droite.

L’ÆLLo pe Cuvier (Ællo Cuvieri, Leacu), d'un fauve ferrugineux; oreilles un peu tronquées au bout; ailes d'un brun obscur. Sa patrie est inconnue.

98e Genre. Les SCOTOPHILES (Scotophilus, Leacu) ont trente dents : quatre incisives supérieures et six inférieures; deux canines en haut et en bas; huit molaires à chaque mâchoire; le

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