TROISIÈME ORDRE DES MAMMIFÈRES
Comme les chéiroptères, ils ont les mâchelières hérissées de pointes coniques, et une vie nocturne ou souterraine; dans les climats froids, beaucoup d’entre eux tombent en léthargie et passent l'hiver dans un état plus ou moins complet d’engourdissement. Leurs pieds sont courts, armés d'ongles robustes, et ceux de derrière ont toujours cinq doigts; tous appuient la plante
entière du pied sur la terre ên marchant. Leurs mamelles sont placées sur le ventre, comme chez tous les carnassiers qui vont suivre. Tous ont une clavicule.
Je partagerai cet ordre en trois petites familles, celle des diodontes, celle des triodontes à courtes canines, et celle des triodontes à longues canines.
LES DIODONTES
n’ont que deux sortes de dents : deux longues incisives en avant, suivies d’autres incisives plus courtes que les molaires ; ils manquent de canines, caractère les rapprochant un peu des rongeurs,
4e Genre. Les HÉRISSONS (Erinaceus, Lin.) ont trente-six dents : six incisives supérieures, dont les mitoyennes écartées et cylindriques; point de canines ; quatorze molaires à chaque màchoire; leur corps, couvert de piquants très-durs, a la faculté de se rouler en boule, au moyen de muscles puissants dont la peau du dos est munie; tous leurs pieds ont cinq doigts, et leur queue est très-courte,
Le HÉrissox ( Erinaceus europœus, Lis. Le Hérisson ordinaire, Burr. — G. Cuv.).
Ce petit animal se distingue de ses congénères par ses oreilles courtes, n'ayant jamais une longueur égale aux deux tiers de sa tête ; son corps est couvert d'aiguillons cornés, robustes, entrecroisésirrégulièrement, d’une longueur médiocre et très-piquants. Il se trouve dans toute l'Europe tempérée, et il est commun en France dans la plupart de nos départements. Les naturalistes ont avancé qu'il y en a deux variétés: l’une à museau de cochon, nommée cochon ou pourceau de terre; l’autre à museau de chien, que l’on appelle hérisson-chien. Ceci est certainement une erreur. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que le museau du hérisson n’a de ressemblance ni avec celui d’un chien, ni avec celui d’un cochon. Tous les hérissons que j'ai observés, soit vivants, soit dans les nombreuses collections que j'ai visitées, se ressemblaient identiquement ; et nul naturaliste n’a vu autrement que moi, même ceux qui ont admis l'existence des deux variétés sur la foi des chasseurs.
On a dit aussi que le hérisson monte sur les arbres fruitiers, qu'il en fait tomber les fruits, puis qu'il se roule ensuite sur sa récolte pour emporter dans son terrier les pommes qui restent attachées à ses piquants. Il y a là presque autant d'erreurs que de mots : le hérisson ne grimpe pas et ne peut pas grimper sur les arbres, car il n’a pour cela ni agilité ni griffes ; il n'emporte pas les fruits à la pointe de ses aiguillons, mais avec sa gueule; enfin
. il n'habite ni ne creuse de terrier, quoi qu’en aient dit Buffon et les naturalistes qui l’ont suivi.
C'est dans les trous que le temps a creusés au pied des arbres, sous les racines des vieilles souches, dans des amas de pierres et les fentes de rocher, et même sur la terre plate à l'abri d’un épais buisson, que ce petit animal établit son domicile, au milieu d’un tas de mousse et de feuilles sèches qu'il amoncelle. C’est là qu'il se retire l'hiver pour s’engourdir; c’est là que la femelle dépose ses petits, ordinairement au nombre de quatre à sept : une seule fois j'en ai trouvé neuf, mais j'ai lieu de croire que c’était la réunion de deux familles. En naissant, les petits sont d’un blanc
rosé, et déjà l’on aperçoit sur leur peau des points saillants et plus foncés qui sont les rudiments de leurs aiguillons. Dès qu'ils ont atteint la grosseur d’un œuf de poule, ils sont déjà aussi bien armés que leur mère. Elle les soigne et les conduit avec elle pendant l'allaitement; mais dès qu'il est fini, elle les abandonne et ne s'en occupe plus. Peut-être est-ce par manque d'affection, et ce que dit Buffon pourrait le faire croire : « J'ai voulu en élever quelques-uns, dit-il; on a mis plus d’une fois la mère et les petits dans un tonneau ayec une abondante provision ; mais au lieu de les allaiter, elle les a dévorés les uns après les autres; ce n'était pas le manque de nourriture, car elle mangeait de la viande, du pain, du son, des fruits, etc. »
Peut-être que si le hérisson abandonne ses petits aussitôt après l'allaitement, c’est parce qu'il sent son impuissance à les défendre, et l’inutilité absolue dont il serait pour eux. Cet animal ne peut opposer à l'ennemi qui l'attaque ni griffes aiguës, ni dents formidables; il ne peut s'échapper par la fuite, car il ne sait pas courir, quoiqu'il marche assez vite; mais dans les aiguillons acérés qui lui recouvrent tout le dessus du corps, la nature lui a donné une arme défensive qui lui suffit. S'il aperçoit une fouine, un oiseau de proie, ou tout autre ennemi, il ne tente pas de s'échapper par la fuite, mais il se roule aussitôt en boule. Au moyen des muscles puissants dont la peau de son dos est munie, après ayoir rassemblé sa tête et ses pattes sous son ventre, il se renferme entièrement dans sa cuirasse épineuse comme dans une bourse à coulisse, et présente de toutes parts ses piquants à son antagoniste. Celui-ci est forcé de l’abandonner après avoir vai nement essayé de le saisir en se déchirant la gueule. Cependant j'ai vu des chiens assez adroits pour s’en emparer. Voici comment. Après avoir placé le hérisson sur la partie qui correspond au ventre, ils lui appuyaient une patte sur le dos, mais pas assez fortement pour se piquer; puis ils lui donnaient un mouvement assez lent de balancement, qui, soit que cela lui fatiguât le nez, qui frottait alors sur la terre, soit qu'il en fût étourdi, le forçait bientôt à s'étendre, à se développer, et à montrer sa tête, que le chien écrasait d’un seul coup de dents et en calculant le moment favorable. Il est à croire que les renards emploient la même méthode ou un procédé analogue pour s'emparer de ces animaux, car on en voit souvent des débris autour de leurs terriers.
Les chasseurs &;u. .ouvent un hérisson emploient un moyen beaucoup plus court et plus facile pour le contraindre à se développer. Ils le jettent tout simplement dans l’eau, et le pauvre animal, pour ne pas se noyer, est bien forcé de s'étendre et de nager; du reste il est habile à cet exercice , et de lui-même il se met à l’eau pour traverser des ruisseaux et des rivières assez larges. Quelquefois les paysans, qui mangent sa chair, toute fade et détestable qu’elle est, ont la cruauté de le plonger vivant dans
de l’eau bouillante, afin d’avoir la facilité de le dépouiller. La peau servait autrefois de peigne pour sérancer le chanvre.
Le hérisson met bas du commencement à la fin de juin, et les petits prennent à peu près tout leur développement dans le cours d'une année. Ils se nourrissent de fruits quand ils en trouvent, mais plus ordinairement d'insectes, comme hannetons, géotrupes, sauterelles, grillons, ete., et même de cantharides par centaines, sans en éprouver aucun inconvénient; ce qui est d'autant plus singulier, qu'une seule cause des tourments horribles aux chiens et aux chats, et que trois ou quatre tueraient certainement un homme. Ils mangent aussi la chair des cadavres d'animaux, et principalement la cervelle. Avec leur nez ils fouillent la terre
figure de Seba (tab. 51, fig. 1), et pourrait bien n'être pas suffisamment authentique. Il a huit pouces (0,217) de longueur ; son museau est court, ainsi que ses oreilles, qui sont pendantes; ses piquants sont très-longs, parallèles, ce qui lui donne un peu de ressemblance avec un porc-épic. Il serait de la presqu'ile de Malaca, et on le trouverait aussi à Java ét à Sumatra. Ses mœurs ne différeraient pas de celles du nôtre.
2e Genre. Les MUSARAIGNES (Sorex, Lix.) ont trente dents : deux incisives à chaque mâchoire, dont les supérieures moyennes, crochues et dentées à leur base; point de canines; seize molaires en haut et dix en bas. Leur corps est poilu, sans piquants; leur
Le Hérisson.
pour en arracher les vers, dont ils sont très-friands, ou pour y trouver quelques racines, qu'ils mangent faute de mieux. D'un caractère timide, le hérisson aime la vie solitaire et tranquille ; aussi s’'approche-t-il rarement de nos habitations. S'il y est apporté, il y vit et paraît s’accoutumer assez bien aux habitudes domestiques ; mais il ne s'attache à personne, et, tout en cessant d’être farouche , il ne s’apprivoise jamais, et ne manque aucune occasion de reconquérir sa liberté.
On doit regarder comme de simples variétés de cette espèce : Le Hérisson p'Écypre (Ærinaceus œgyptiacus, GEorr.), qui ne s’en distingue que par les poils de dessous son corps, qui sont bruns quand il est adulte, au lieu d’être d'un blanc roussâtre ; — le HÉrISSON DE SIBÉRIE (Erinaceus sibiricus, ErxL.), animal dont l'existence est douteuse, et qui différerait du nôtre par ses oreilles plates et courtes, par ses piquants roux à la base et jaunes au sommet, enfin par la teinte d'un cendré jaunâtre des poils de dessous.
Le HÉRISSON À LONGUES OREILLES (Erinaceus auritus, PALL. — Scureg, — G. Cuv.), plus petit que le nôtre; ses piquants sont cannelés longitudinalement et tuberculeux sur les cannelures, et non plantés en quinconce comme dans le hérisson d'Europe ; à museau court, et oreilles grandes comme oux tiers de la tête. On le trouve depuis le nord de la mer Caspienne jusqu'en Égypte, et il est commun sur les bords du lac Aral aux environs d'Astracan. Dans cette dernière ville, on s’en sert comme de chat pour détruire les souris dans les maisons.
Le HÉRISSON À OREILLES PENDANTES (Ærinaceus malaccensis, DES. — Briss. Porcus aculeatus, SERA) ne nouse connu que par une
museau long, très-effilé ; leurs oreilles sont arrondies et courtes; leurs doigts, au nombre de cinq à chaque pied, sont munis d’ongles médiocrement forts. Ces pelits animaux sont très-voraces.