‹ Le jardin des plantesChapitre 41 sur 100 · MUSARAIGNES D'EUROPE · texte numérisé non relu

MUSARAIGNES D'EUROPE

La MuseTTE ou MUSARAIGNE COMMUNE (Soreæ araneus, Lin. Crocidura aranea, Secxs. La Musaraigne, Burr. —G. Cuv. Voir la figure du fond, dans notre gravure).

Elle atteint rarement la grosseur d’une souris ; ses oreilles sont grandes et nues, ayant en dedans deux lobes ou replis placés l’un au-dessus de l’autre; elle est d’un gris de souris plus pâle en dessous, quelquefois tirant un peu sur le fauve ou le brun; sa queue, un peu moins longue que son corps, est carrée.

Toutes les musaraignes offrent une singularité très-bizarre, et dont la science n’a pas encore pu se rendre compte. On leur trouve sur chaque flanc, sous le poil ordinaire, une petite bande de soies roides et serrées, entre lesquelles suinte une humeur odorante, produite par des glandes particulières. On ignore absolument de quelle utilité cet organe peut être à l'animal.

La musette est, dans nos campagnes, la victime innocente d'un préjugé ; on croit que par sa morsure elle cause aux chevaux une maladie souvent mortelle, et on lui fait la chasse en conséquence, Cette imputation est d'autant plus fausse que non-seulement elle n'est pas venimeuse, mais encore que sa bouche est si petite, qu'elle ne pourrait en aucune manière mordre un cheval, faute de pouvoir saisir sa peau.

DIODONTES, 113

Pendant la belle saison, ce petit animal habite la campagne, et se retire dans les bois, où il se loge sous la mousse, les feuilles sèches, dans les vieilles souches d'arbre, dans les trous abandonnés de taupe et de mulot, et même dans des terriers qu'il sait se ereuser lui-même. Autour de son habitation, dont il ne s’éloigne guère, et où il rentre précipitamment à la moindre apparence de danger, il fait la chasse aux insectes, dont il se nourrit le plus ordinairement ; mais il ne dédaigne pas le grain, et même quelquefois il mange la chair corrompue des cadavres d'animaux. C’est à l'heure du crépuscule que la musette sort le plus ordinairement de son asile pour faire ses courtes promenades. Si elle se hasarde pendant le jour, elle devient aisément la victime de

La musaraigne, lorsqu'on l'irrite, fuit en poussant un petit cri assez analogue à celui de la souris, mais beaucoup plus aigu. Elle met bas vers la fin du printemps, dans un nid de foin qu'elle s’est construit au fond de sa retraite, et ne fait pas moins de six à huit petits. On prétend qu'elle fait trois ou quatre portées par an. On la trouve partout, mais je ne l'ai vue très-commune nulle part.

Les espèces qui vont suivre ont toutes à peu près les mêmes mœurs.

La MUSARAIGNE CARRELET ( Sorex tetragonurus, Her.) a de longueur, la queue comprise , trois pouces neuf lignes (0,104); elle est noirâtre en dessus, d’un cendré brunâtre en dessous; ses

La Musaraigne d eau et la Musaraigne de terre.

ses ennemis, car elle court mal et y voit à peine. Les petits carnassiers la tuent, mais ne la mangent pas; du moins les chats montrent pour elle une grande répugnance, qu'il faut sans doute attribuer à la forte odeur qu'exhalent ses glandes.

Lorsque les approches du froid commencent à dépouiller les bois de leur verdure, la musaraigne, ne trouvant plus d'insectes, gagne ses logements d'hiver, et se relire dans les granges, les

greniers à foin, les écuries et autres parties de nos habitations, où elle trouve pour se nourrir quelques grains égarés, et parfois des débris de cuisine. Je ne crois pas qu’elle s’engourdisse pendant la mauvaise saison, au moins quand les gelées ne sont pas très-rigoureuses, car j’en ai vu plusieurs fois se promener sur la neige.

oreilles sont courtes, sa queue est longue et tout à fait carrée. On la trouve en France dans les granges.

La MusaraIGNe RAYÉE (Sorex lineatus, GEOFF.) a trois pouces six lignes (0,095) de longueur totale; elle est d'un brun noirâtre en dessus, plus pâle en dessous, avec la gorge cendrée ; elle!a une petite ligne blanche sur le chanfrein , et une tache sur chaque

oreille ; sa queue est ronde, fortement carénée en dessous. On la trouve aux environs de Paris.

La MUSARAIGNE PLARON (Soreæ coastrictus, HERM. Sorex cunicularius, Becusr.) atteint quatre pouces (0,108) de longueur totale ; elle est d'un noir cendré; ses oreilles sont velues, très-petites, cachées dans les poils de la tête; sa queue est ronde au milieu,

Paris. Typographie Plon frères, rue de Vangirard, 36. S

iii LES CARNASSIERS INSECTIVORES.

en dd à ee

aplalie à la pointe et à la base. Elle se trouve en France, dans les prairies.

La MUSARAIGNE LEUCODE (Sorez leucodon, Herx.) est longue de quatre pouces quatre lignes (0,117) la queue comprise; elle est brune sur le dos, avec les flanes et le dessous blancs ; sa queue est un peu carrée. On la trouve aux environs de Strasbourg.

La MUSARAIGNE NAINE (Sorex minimus, PALL.) n'a pas plus d'un pouce huit lignes (0,045) de longueur totale; elle est brune; sa queue est ronde, étranglée à sa base, Elle se trouve en Sibérie et en Silésie,

La Musaralëxe DE Toscane (Sorex etruseus, Saxi) est un peu plus grande que la précédente et atteint trois pouces (0,081) de longueur totale; elle est d’un gris cendré, blanchâtre en dessous ; ses oreilles sont arrondies; elle a la queue médiocrement longue, gréle, et un peu carrée. On la trouve dans les racines et les souches des vieux arbres en Toscane. En hiver, elle se rapproche des habitations, et se retire dans les tas de fumier, où elle trouve à la fois de la chaleur et des insectes pour sa nourriture.

La MusaralGxE D'EAU (Sorex fodiens, Guc. Sorexz Dawbentonii , GEorr. — Erx1E8. Sorex carinatus, Heru. Le Greber, Vico-n’Azyr. La Musaraigne d’eau, Burr. — G. Cuy. Voir la figure en avant dans notre gravure) est noirâtre en dessus, blanche en dessous; ses doigts sont bordés de poils roides qui lui aident à nager; sa queue est carrée, un peu moins longue que le corps.

Daubenton est le premier naturaliste qui ait fait connaître la musaraigne d'eau, et cependant elle est beaucoup plus commune aujourd'hui que la musette, qui est connue depuis la plus haute antiquité. Quoique vivant habituellement sur le bord des eaux, presque dans leur sein, elle n’a pas les pieds palmés, mais ils sont garnis de cils roides, en éventail, qui remplacent les membranes interdigitales, etlui donnent beaucoup de facilité à nager. Aussi passe-t-elle une grande partie de sa vie dans l’eau, où elle poursuit avec beaucoup d'agilité les insectes aquatiques, dont elle fait sa principale nourriture. Elle plonge avec autant d'’aisance qu'elle nage, et, comme elle a l'oreille large et courte, la nature lui a donné la faculté de la fermer hermétiquement quand elle s'enfonce sous les ondes; elle ouvre et ferme à volonté trois valvules qui répondent à l'hélix, au tragus et à l’antitragus, de manière qu'il ne peut s’introduire la plus petite goutte d’eau dans son oreille. Dn reste, toutes les espèces de ce genre jouissent de la même faculté.

Ce petit animal habite des trous qu’il sait se creuser dans la terre, sur le bord des ruisseaux, au moyen de ses ongles et de son nez, mobile comme celui d'une taupe, mais beaucoup plus mince et plus allongé, et ressemblant à une petite trompe. Quelquefois, pour éviter la peine de se faire une demeure, il s'empare du terrier abandonné d'un rat d’eau, où même il se contente d'une fente de rocher ou d'un trou entre deux pierres. Il a peu d'ennemis, et les carnassiers ne l’attaquent jamais, parce que l'odeur de ses glandes leur répugne et les écarte. II n'a guère à craindre que la voracité des brochets et des truites, qui habitent comme lui les eaux limpides et le happent quelquefois au passage.

La musaraigne d'eau n’est pas un animal nocturne; cependant elle rentre dans son trou aussitôt que le soleil se lève sur l'horizon , et elle n'en sort qu'au crépuscule pour aller à la chasse. Quelques naturalistes pensent que, lorsqu’elle manque d'insectes, elle se nourrit de graines; mais ce fait me parait très-doutenx. Je suis certain, par mes propres observations, qu’elle attaque les jeunes écrevisses, les crevettes, les petits poissons, et même d'assez gros reptiles. Et en voici la preuve :

Un jour, sur le bord d’une fontaine, dans les bois de Meudon, mon attention fut captivée par le singulier combat d'une musaraigue d'eau et d’une grenouille aussi grosse qu'elle. Le petit mammifère s'était glissé doucement parmi les herbes pour surprendre sa proie, et il était parvenu à la saisir par une patte. La grenouille, se sentant prise, voulut se jeter à l'eau, croyant par là se débarras-

ser de son antagonisie; mais celui-ci se cramponnait de toutes ses forces ayec ses quatre palles à tous les corps auxquels il pouvait s accrocher, et Ja pauvre grenouille, malgré la violence de ses mouvements convulsifs, avait bien de la peine à l'entrainer vers l'élément perfide, où elle espérait le noyer. Elle y parvint néanmoins peu à peu, et bientôt ils roulèrent tous deux dans les ondes, dont la transparence me permettait de voir parfaitement la suite de cette bizarre lutte. La grenouille entraîna d'abord son ennemie au fond de l’eau, mais la musaraigne ne lächa pas prise, et parvint à la ramener à la surface. Dix fois de suite ils s’enfoncèrent et revinrent au grand jour, sans que le reptile se Jassàt de recommencer la même manœuvre, et sans que le mammifère lchàt la patte dont il s'était saisi. Cependant, par un mouvement brusque et heureux, la grenouille parvint tout à coup à se débarrasser; elle plongea subitement dans la vase, troubla le fond de l’eau, et se déroba ainsi aux yeux de son ennemie, qui l'avait suivie avec rapidité. Je les perdis un instant de vue tous les deux; mais la musaraigne ne tarda pas à reparaitre sur l’eau pour respirer, et j'observai ses petites manœuvres avec le plus grand intérêt.

Soit pour se reposer, soit pour donner à l’eau le temps de s'éclaireir en déposant le limon que la grenouille avait soulevé, elle resta dans une parfaite immobilité pendant cinq minutes; puis, lorsqu'on put voir le fond de la fontaine , elle se mit à nager en regardant en bas et en décrivant des cercles, absolument comme un faucon qui guette sa proie en tournoyant dans les airs. Plusieurs fois elle plongea, et je la vis parcourir le fond en cherchant avec beaucoup de soin; mais probablement que la grenouille s'était cachée profondément dans la vase, car elle ne put la découvrir.

Ce fait prouve suffisamment, ce me semble, que la musaraigne d’eau est carnassière , et que son courage est proportionné à ses forces. En détruisant le frai du poisson, elle peut faire quelque dégât dans les étangs dont elle peuple les bords en grand nombre. Elle met bas au printemps, et peut-être encore dans d’autres saisons de l’année, et elle ne fait pas moins de douze à quinze petits par portée, ce qui explique fort bien pourquoi elle est si nombreuse le long des ruisseaux et des rivières dont les eaux lui plaisent. Elle s’engourdit pendant la mauvaise saison , car, même dans les lieux où elle est extrêmement commune, je n’en ai jamais rencontré en hiver. On la trouve dans toute la France.

La MUSARAIGNE PORTE-RAME (Sorex remifer, Georr.) est d’un brun noirâtre foncé en dessus, d’un brun cendré en dessous, avee la gorge d'un cendré clair; sa queue est carrée à sa base, et comprimée vers son extrémité. On la trouve en France, particulièrement dans les environs d’Abbeville, sur le bord des eaux. Elle a, ainsi que la suivante, les mêmes habitudes que la musaraigne d’eau.

La MUSARAIGNE AUX DENTS ROUGES (Sorex rubridens) a de l’affinité avec la précédente, mais elle est plus petite ; ses dents sont d'un rouge vif à leur extrémité; la mâchoire inférieure est un peu plus longue; les quatre pieds et la queue sont noirs, et la tache de l'oreille est, non pas roussâtre, mais d'un blanc pur. J'ai eu sous les yeux plusieurs individus d'âge et de sexe différents qui m'ont confirmé les conjectures de M. Is. Geoffroy. Elle hahite la France.

La MUSARAIGNE À COLLIER BLANC (Sorexcollaris, GEarr.) est noire, avee un collier blane autour du cou. Elle habite les petites iles de l'embouchure de la Meuse et de l’Escaut , où elle paraît assez commune.

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