GRANDES CANINES
cominune dans certaines parties de la France que la taupe ordineire, n'avait pas été observée avant Savi, Cependant elle en diffère par sa taille plus petite, ne dépassant pas quatre pouces (0,108), ét par la forme plus aplatie de son boutoir ; Son œil est presque entièrement caché par la peau, qui ne laisse passer la lumière que par un trou grand comme une piqüre d’aiguille.
La TauPE COMMUNE (Talpa europæa; Lin. La Taupe, Burr.).
Elle a communément six pouces (0,162) de longueur totale. Son pelage est ordinairement d’un noir luisant, toujours fin, doux, et plus ou moins velouté, Sa queue est courte, On connaît plusieurs variétés de taupe, savoir : la taupe prie, à pelage taché de blanc et de noir ; la taupe albinos, entièrement blanche; la taupe jaune, à poils d'un fatüve plus où moins jaunâtre; enfin la taupe grise, dont le pelage est uniformément cendré,.
TRIODONTES, 119
« Les taupes, dit G. Cuvier, sont connues de tout le monde par leur vie souterraine et par leur forme éminemment appropriée à ce genre de vie. Un bras très-court, attaché par une longue omoplate, soutenu par une claviculé vigoureuse, muni de muscles énormes, porte une main extrémement large, dont la paume est toujours tournée en avant où en arrière; cette main est tranchante à son bord inférieur; on y istingue à peine les doigts, mais les ongles qui les terminent sont longs, forts, plats et tranchants. Tel est l'instrument que la taupe emploie pour déchirer la terre et pour la pousser en arrière. Son sternum a, comme celui des oiseaux et des chauves-souris, une arête qui donne aux muscles pectoraux la grandeur nécessaire à leurs fonctions. Pour percer la terre et la soulever, la taupe se sert de sa têle allongée, pointue, dont le museau est armé au bout d'un osselet particulier, et dont les muscles cervicaux sont extrêmement vigoureux. Le ligament cervical s’ossifie même entièrement. Le train de derrière est faible, et l'animal, sur la terre, se meut aussi péniblement qu'il le fait avec vitesse dessous. Il à loue très-fine et le tympan très-large, quoique l'oreille externe lui manque; mais son œil est si petit et tellement caché par le poil, qu'on en a nié longtemps l'existence. Ses mâchoires sont faibles ; et sa nourriture consiste en insectes, en vefs, et, ce Qui n’est pas bien certain, en quelques racines tendres. »
Cet animal est assez commun dans toute l'Europe tempérée, cependant on dit qu'on ne le trouve que très-rarement en Grèce et jamais en Irlande. Il habite de préférence les terres douces, faciles à percer, non pierreuses, un peu fraîches en été, sèches et élevées en hiver. Les taupes fuient les déserts arides, et surtout les climats froids, où la terre reste gelée pendant la plus grande partie de l'année. « Un attachement vif et réciproque du mâle et de la femelle, de la crainte ou du dégoût pour toute autre société, les douces habitudes du repos et de la solitude, l’art de se mettre en sûreté, de se faire en un instant un asile, un domicile; la facilité de l’étendre et d’y trouver, sans en sortir, une abondante subsistance, voilà, dit Buffon, sa nature, ses mœurs et ses talents, sans doute préférables à des qualités plus brillantes et plus incompatibles avec le bonheur que l’obseurité la plus profonde. »
La taupe se prépare un gîte au pied d'une muraille, d’un arbre ou d'une haie, et ce gîte est fait avec beaucoup d’art. Il consiste en un trou de dix-huit pouces (0,487) de profondeur, assez large, recouvert d'une ou même plusieurs voûtes les unes sur les autres, en terre battue et gàchée avec des fragments de racine d'herbe , et assez solidement pétrie pour résister aux eaux de pluie. Cette demeure est à plusieurs compartiments séparés par des cloisons, et soutenus de distance en distance par des piliers. Quelquefois, dans les terres humides ou menacées d'inondation, la voûte de terre dure s'élève au-dessus du terrain, et le lit d'herbes sèches et de feuilles où elle repose avec sa famille se trouve lui-même un peu au-dessus de la sürfate du sol, de manière à ne pouvoir être inondé dans le cas d’une submersion inopinée. La manière dont elle se procure des herbes pour faire son lit est assez singulière. Par la racine elle juge si l'hetbe Jui convient ; dans ce cas elle coupe les racines latérales jusque vers le collet de la plante, puis, saisissant le pivot qu'elle a ménagé, elle tire à elle et parvient à faire entrer dans son trou la tige munie de toutes ses feuilles.
C'est là que, de mars en mai, elle fait et allaite ses petits, ordinairement au nombre de quatre ou cinq. De ce nid part un boyau, quelquefois long de soixante à quatre-vingls pas, et se prolongeant dans une direction à peu près droite. À gauche ët à droite, elle jette cà et là d'autres boyaux qui S'en écartent plus ou moins perpendiculairement; tous sohl parallèles à la surface de la terre, à moins qu'elle ne rencontre un obstacle dans son chemin ; en ce cas elle S'enfonce et passe par-dessous, à plusieurs mètres de profondeur si cela est nécessaire, Il n’est pas
rare d'en trouver qui passent sous des fondations de hautes murailles, et même sous le lit d’un ruisseau ou d’une petite rivière, Dans les circonstances ordinaires, le boyau n’est jamais à plus de six pouces (0,162) au-dessous de la surface du sol.
Quand elle fouille, la taupe perce avec le nez, comprime la terre sur les côtés avec ses robustes mains, et en pousse une partie en avant avec son front et ses épaules; aussi est-elle obligée de temps à autre de s'en débarrasser en la rejetant à la surface, et formant ce que l’on appellé une taupiniére. Tous les boyaux qui vont d’une taupinière à une autre sont en ligne à peu près droite, et ce n’est que dans ces espèces de points d'arrét que la taupe se détourne d'un côté ou d’un autre pour chercher sa nourriture et former de nouvelles galeries.
La taupe, vivant principalement de vers de terre et d'insectes, est obligée de fouiller chaque jour pour trouver sa nourriture et celle de sa jeune famille; aussi s’en occupe-t-elle régulièrement, et, ce qu'il y a de fort singulier, à des moments déterminés de la journée. Elle commence ses premiers travaux au lever du soleil, et les continue pendant environ une heure ; elles les reprend à neuf heures, à midi, à trois heures et au coucher du soleil, et c'est dans ce dernièr instant qu'elle travaille avec le plus d’ar— déur. Elle passe lés äülres heures du jour et la nuit à dormir dans son gite.
Comme ellé ñe sort que très-rarement de son souterrain, elle n'a Que peu d'enhemis à craindre, et ne peut devenir la proie des animaux carnassiers. Son plus grand fléau est le débordement des rivières. Dans ces inondations subies on voit les taupes fuir à la nage, et faire tous leurs efforts pour gagner les terres plus élevées; mais la plupart périssent aussi bien que leurs petits, qui restent dans les trous. Si on surprend une taupe hors de son trou, elle ne cherche à fuir que lorsque la terre est trop dure pour lui permettre de s’y enfoncer avec rapidité; dans ce cas elle court avec assez de vitesse, quoi qu'en ait dit Cuvier dans la citation que nous avons faite plus haut, et elle pousse un petit cri très-aigu, comme le bruit d’une lime qui glisse sur l'acier sans le mordre. Elle est si délicate que le plus petit coup la tue, surtout si on la frappe sur le nez. Mais quand elle est sur un sol meuble ou très-léger, au lieu de fuir elle s’enterre et avec tant de promptitude que, si l’on est à dix pas, on n’a pas le temps d'arriver à elle avant qu'elle ait disparu. Si au moyen d’une bêche on la cerne dans son terrier, au premier bruit qu’elle entend, à la plus petite commotion que la bêche fait éprouver à la terre, elle se sauve dans son gîte. Si elle en trouve les issues fermées, elle se met aussitôt à creuser un trou vertical dans lequel elle s'enfonce quelquefois à plus d’un mètre; et il n’y a plus d'autre moyen pour l’en faire sortir que d'y introduire de l'eau.
Malgré les habitudes douces que Buffon attribue à la taupe, il n'en est pas moins vrai que c'est un animal très-cruel et très-vorace. « Elle n’a pas fai comme tous les autres animaux, dit Geoffroy Saint-Hilaire : ce besoin est chez elle exalté; c’est un épuisement ressenti jusqu'à la frénésie. Elle se montre violemment agitée, elle est animée de rage quand elle s’élance sur sa proie; sa gloutonnerie désordonne toutes ses facultés; rien ne Jui coûte pour a$souvir sa faim ; elle s’abandonne à $a voracité, quoi qu'il arrive ; ni la présence d'un homme, ni obstacle, ni menaces ne lui imposent, ne l’arrêtent. La taupe attaque ses ennemis par le ventre; elle entre la tête entière dans le ventre de sa victime; elle s'y plonge ; elle y délecte tous ses organes des sens. » M. Isidore Geoffroy va nous compléter ce portrait : « Qu'un-animal se trouve à sa portée, elle s’élance sur lui à l'improviste, lui ouvre le ventre , et le dévore presque tout entier en peu de temps. Les crapauds sont les seuls aniniaux qui lui répugnent. Elle dévore avec avidité les grenouilles et les oiseaux. Si même ün place dans un lieu fermé deux taupes du même sexe, la plus faible est bientôt dévorée, et l'on ne retrouve plus d'elle que sa peau et quelques os. Après avoir assouvi sa faim, la taupe est tourmentée
d’une soif ardente; tellement que si on la saisit par la peau du cou, et qu’on l'approche d’un vase plein d’eau, on la voit boire avec avidité, malgré la gène d’une telle position. C’est au docteur Flourens qu'on doit la connaissance de la plupart de ces faits intéressants, auxquels il importe d'ajouter que les taupes mangent, au moins lorqu’elles manquent d’une meilleure nourriture, les courtilières et les vers blancs ou larves de hanneton. »
Ici je ferai une remarque qui me paraît fort essentielle : c’est qu'il ne faut pas juger des habitudes d’un animal à l’état de nature, d’après les mœurs qu'il montre dans l'esclavage ; autrement
trouve en grand nombre, Il fait un grand tort aux terres et aux jardins, en les fouillant dans tous les sens, et en coupant les racines des plantes ; ses taupinières, en encombrant les prés, ôtent la possibilité de les faucher rez terre,et font par conséquent perdre une bonne partie des récoltes de fourrage. En outre, ses galeries nuisent beaucoup à la régularité des irrigations, en perçant les chaussées, les digues, et livrant des passages aux eaux.
12° GexRe. Les TENRECS (Setiger, Cuv.) ont quarante dents : six incisives, deux canines et douze molaires à chaque mâchoire;
La Taupe.
l'exemple de la taupe entraînerait à de grandes erreurs. En effet, si cet animal, dans sa taupinière, avait des appélits si furieux, il ne pourrait les satisfaire et périrait bientôt de faim. Comment se procurerait-il des oiseaux, des grenouilles, de l’eau à boire? Concluons donc de tout cela que les mœurs de la taupe valent mieux que son caractère. Elle ne s’engourdit pas l'hiver, comme la plupart des carnassiers insectivores; elle cherche une exposition chaude, tournée au midi, y établit son domicile, et profite
de tous les jours de soleil et de dégel pour travailler. Je suis fort tenté de croire qu’elle fait, pour les consommer quand la terre est fortement gelée, une provision de bulbes de colchique d’automne, car j'en ai constamment trouvé des débris autour de son nid, en février et mars, c'est-à-dire avant qu'elle ait mis bas.
Cet animal est un fléau pour l’agricullure, partout où on le
comme les hérissons, ils ont le corps couvert d'aiguillons; mais il leur manque la faculté de se rouler aussi complétement en boule; leur museau est pointu; ils n’ont pas de queue; leurs pieds ont cinq doigts libres et munis d'ongles crochus.
Le Tenrec (Setiger ecaudatus, Georr. Erinaceus ecaudatus, Lix. Centenes spinosus, Desu. Le Tenrec, Rurr.) est un peu plus grand
que notre hérisson , et peut avoir dix pouces (0,271) de longueur environ. Il est couvert de piquants roides sur le corps, et de poils ou de soies sur le ventre et la poitrine; ses incisives sont échancrées, au nombre de quatre seulement en bas.
Ce singulier animal, ainsi que ses congénères, est indigène de Madagascar, mais on le trouve à l’île de France, où il a été trans-
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porté et où il s’est très-facilement naturalisé. Comme il a les pattes fort courtes, il ne peut pas courir, ni même marcher avec facilité; aussi, malgré ses aiguillons, devient-il assez souvent la proie des animaux carnassiers et des oiseaux de proie. Son cri est une sorte de petit grognement, ayant, selon Buffon, un peu d'analogie avec celui du cochon.
Le tenrec est un animal nocturne , qui aime à se vautrer dans la vase. Il habite le bord des eaux, et se plait particulièrement sur le rivage des canaux salés et des lagunes de la mer. Il passe la plus grande partie des nuits à poursuivre, dans le sein des ondes, les insectes dont il fait sa principale nourriture ; au jour naissant, il se retire pour dormir dans un terrier qu'il se creuse sous les racines de quelque arbre croissant au bord de l’eau, ou tout simplement dans le sol d’une falaise, au milieu des buissons ou des roseaux. I! n’en sort que le soir, au crépuscule, pour recommencer sa pêche ; aussi nage-t-il avec une grande facilité Dans quelques-unes de ses habitudes, il a de l’analogie avec notre rat d'eau. Le mâle et la femelle sont fort attachés l’un à l’autre, et paraissent s'aimer avec tendresse. Cette dernière fait plusieurs pelits, qu'elle allaite dans son terrier, et auxquels elle apprend à nager, à plonger et à chasser aux insectes aquatiques, aussilôt qu'ils sont assez forts pour la suivre.
Ordinairement les mammifères insectivores, et quelques autres de différentes classes, s’'engourdissent pendant l'hiver; ici c'est
tout le contraire. Pendant la saison pluvieuse, qui dans leur pays répond à notre hiver, les tenrecs sont vifs, agiles, sans cesse occupés de leurs amours, de la chasse et de l'éducation de leur famille. Mais aussitôt que les chaleurs de l'été commencent à se faire sentir, père, mère et enfants, tous se retirent dans le terrier, s'enfoncent dans le foin de roseau qu'ils y ont amassé, s'endorment, tombent en léthargie, et restent plongés dans l’engourdissement et la torpeur pendant trois ou quatre mois, c’est-à-dire autant de temps que dure la chaleur. Dans cet état, leur poil tombe ; il ne repousse que quand ils se sont réveillés. Flaccourt dit qu'ils sont ordinairement fort gras et que les Indiens trouvent leur chair excellente, quoiqu'elle soit fade et mollasse.
Le Texprac (Setiger inauris, Grorr. Erinaceus setosus, Lix. Centenes setosus, Desm. Le Tendrac, Burr. — G. Cuv.) est beaucoup plus petit que le précédent, dont il diffère par ses piquants plus flexibles, plus semblables à des soies et par six incisives échancrées à chaque mâchoire. Il habite Madagascar.
Le TENREC RAYÉ (Setiger variegatus, Georr. Centenes semispinosus, Des. Erinaceus semispinosus, G. Guy. Le jeune Tenrec, Burr.) a six incisives à chaque mâchoire, et les canines grêles et crochues; il est couvert de soies et de piquants mélés; son corps est rayé de jaune et de noir, et atteint à peine les dimensions de celui d'une taupe. On le trouve à Madagascar, où cependant il est assez rare.
Intérieur du (Cabinet d'anatomie comparée.