‹ Le jardin des plantesChapitre 45 sur 100 · QUATRIÈME ORDRE DES MAMNIFÈRES · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ORDRE DES MAMNIFÈRES

Ces animaux ont six incisives à chaque mâchoire; de très-fortes canines; les molaires non hérissées de pointes à leur couronne,

mais tranchantes et quelquefois tuberculeuses ; aussi ils vivent tous de proie et ont une férocité sanguinaire, en en exceptant les ours,

marchent sur la plante entière des pieds, qu'ils ont toujours dépourvus de poils en dessous; aussi petvent-ils assez facilement se tenir debout sur leurs pieds de derrière. Ils ont cinq doigts à tous les pieds, et manquent de cœcum. La plupart passent l'hiver en léthargie, dans les pays froids,

jer Genre. Les OURS (Ursus, Linx.) ont quarante-deux dents : six incisives et deux canines à chaque mâchoire; douze molaires supérieures et quatorze inférieures; les trois molaires postérienres sont très-grosses, à couronne carrée el tubercules mousses, ce qui les rend moins carnassiers que les autres genres de leur ordre ; leurs pieds sont armés d'ongles très-forts; leur corps est trapu, leurs membres épais et leur queue très-courte; les femelles portent deux mamelles pectorales et quatre ventrales.

L'Ours BRUN (Ursus arctos, Lan. Var. Ursus pyrænaïcus, Fr. Cuv. L'Ours brun d'Europe, Burr. — G.Cuv. Var, L'Ours des Pyrénées, Fr. Cuy.).

Cet animal habite les hautes montagnes et les grandes forêts de toute l'Europe et d’une partie de l'Asie et de l'Amérique, Sa longueur est de quatre à cinq pieds (1,299 à 1,624) environ. La hauteur relative des jambes varie beaucoup, ainsi que la couleur du pelage, et cela sans rapport constant aÿee l'âge où le sexe. Son front est convexe au-dessus des yeux, et son museau diniinue de grosseur d'une manière brusque; il a la plante des pieds de derrière moyenne; son pelage, quelquefois un peu laineux, est ordinairement brun, mais on en voit d’un brun lisse à refléts presque argentés, de fauves, d’autres d’une couleur blond jaunâtre très-clair, enfin il y en a de tout à fait blancs.

L'ours brun est très-connu en France, grâce aux montagnatüs qui descendent quelquefois des Alpes pour venir promener, däns les petites villes et les villages, de jeunes ours qu'ils ont apprivoisés , et auxquels ils ont enseigné à marcher debout, à faire la culbute, et à danser d’un pas lourd au son de là flûte à bee et du tambourin. Quoiqu'il obéisse à son maitre, ce n’est jamais qu'à contre-cœur et en murmurant. Chaque fois qu'on l’oblige à moñtrer son savoir, il s'irrite, et fait entendre un grondement sourd qu'il accompagne d’un frémissement de dents très-significälif, Aussi le tient-on constamment muselé, et se défie-t-on beaucoup de sa colère, qui procède souvent du caprice et Lourne toujours en fureur.

Dans ses forêts, qu'il ne quitte guère que lorsqu'il y est poussé par la faim, l'ours mène une vie solitaire el sauvage. Il se loge dans les cavernes, les trous des rochers et plus souvent encore dans les trous caverneux des vieux arbres. C'est là qu'il passe ses journées à dormir en attendant la nuit pour se mettre en campagne et chercher sa nourriture. On prétend que, faute d'arbre creux ou d'antre de rocher, il se construit une sorte de cabane avec des branches de bois mort et du feuillage, mais ceci me semble fort douteux. Tout lourd qu'il parait, cet animal n’en est pas moins doué d’une certaine agilité, qu'il ne déploie, à la vérité, qu'avec beaucoup de circonspection et de prudence. Quand

il grimpe sur un arbre, soit pour aller chercher les fruits dont il se nourrit, Soit pour rentrer dans son trou, il s'accroche aux branches avec ses mains, et au tronc avec les griffes de ses pieds de derrière ; quelquelois aussi il embrasse la tige avec ses bras et ses cuisses, comme ferait un homme; mais, dans tous les cas, il y met beaucoup de précaution, et jamais il ne lâche son appui d'une patte qu'il ne se soit assuré, à plusieurs reprises, que les trois autres ne lui manqueront pas.

Bien que ses mâchoires soient armées de dents redoutables, son caractère n'est pas carnassier, et il n’attaque jamais un être vivant que pour défendre sa vie, ou quand il y est poussé par une faim dévorante. Ordinairement il se nourrit de faine ou fruit du hêtre, de baies sauvages, de graines de différentes plantes, et même de racines; il aime beaucoup les fruits du sorbier, de l'épine-vinette, et en général tous ceux qui sont un peu acides. Si celle nourriture manque dans ses forêts, il les quitte, se jette dans la plaine, et fait d'assez grands ravages dans les champs d'avoine et de maïs. Ce n’est guère qu'en hiver, après un long jeûne, que, sortant affamé de sa retraite et trouvant la terre couverte de neige, il se jette sur les troupeaux et attaque les animaux qu'il rencontre. Encore ce fait aurait-il besoin d’être confirmé. Ce dont je me crois cérlain, c'est que jamais il n’est dangereux pour l'hôte, à moins qu'il n’en soit attaqué; mais dans ce cas, il ëst d’üné ittrépidité effrayante. Il a le sentiment de sa force; aussi n'éprouve-l-il jainais la crainte, mais seulement la colère. S'il Féhcotitre ün chasseur , il ne fuit pas à la vue de ses armes ; il hé se détourné méiiie pas; il passe outre en jetant sur lui un regard färouche de mécontentement, car il n'aime pas que l’on pétiètre dans ses forëéls Silencieuses pour troubler sa solitude. Mäis malheur à l'imprüdént audacieux qui ose l’attaquer sans être sûr de lui donner la mort du premier coup! Blessé ou simplement offensé , si colèré est terrible, et toujours il en résulte une lutte mortelle pour l'ün où four l'autre, quelquefois pour tous deux. Sans hésiter, il cotirt sut Son agresseur; mugissant de fureur, l'œil er feu, la guëule béante , dressé sur ses pieds de derrière, il S'élance, l'écrase de son poids, le saisit dans ses bras puissants, l'étüuffe, ou lui brise le crâne avec ses formidables mâchoires. S'il est härcelé pâr une meute de chiens courageux et appuyés par dé hoinbreux piqueurs, il se retire, mais il ne fuit pas. Il gagne lentement sa retraite, en se retournant de temps à autre poir faire face à ses nombreux ennemis, qui reculent aussitôt épouvantés. Enfin, harassé de fatigue, mortellement blessé par les balles des chasseurs, près de mourir, il s'apprête à faire payer chèrement la victoire à ses ennemis. Debout, le dos appuyé contre un tronc d'arbre ou un rocher, il les attend, et tout ce qui est assez téméraire pour approcher tombe écrasé sous sa terrible patte ou brisé par ses dents.

En Europe, on fait la chasse à l'ours avec le fusil et des chiens. Quelquefois aussi, quand on connaît le lieu qu'il habite, on le traqde comme le loup; c’est-à-dire que tous les paysans d’un ou plusieurs villages se réunissent, entourent la forêt d'une cein-

ture de tireurs et de traqueurs qui marchent en resserrant de plus en plus le cercle qui le circonscrit, et finissent par l'approcher et l'accabler sous leur nombre. « On prend les ours, dit Buffon, de plusieurs facons en Norvége, en Suède et en Pologne , etc. La manière la moins dangereuse de les prendre est de les enivrer en jetant de l'eau-de-vie sur le miel qu'ils aiment beaucoup, et qu'ils cherchent dans les troncs d'arbre. » Ce fait, rapporté par le grand écrivain, sur la foi de Regnard, me parait tout aussi peu probable que les contes que ce voyageur nous avait débités sur les Lapons.

L'ours aime la vie solitaire, et fuit par instinct toute société, même celle de ses semblables. I] ne cherche même sa femelle qu'au temps des amours, c'est-à-dire en juin, et, ce moment passé , il la quitte, el va fixer sa demeure à plusieurs lieues de la forêt qu'elle habite. Aussi est-il tout à fait indifférent aux plaisirs de la paternité; et, il y a plus, c’est qu'il ne manque jamais de manger ses enfants, si le hasard lui fait découvrir l'asile sauvage où sa femelle les a cachés dans un lit de feuilles sèches et de mousse. Au contraire celle-ci aime ses petits avec la plus ardente affection , et les garde avec elle jusqu'à ce qu'ils aient deux ans et qu'ils aient acquis la force de repousser toute agression étrañgère. Elle les soigne, leur apporte des fruits et du gibier, les lèche , les nettoie, et les porte avec elle dans ses bras lorsqu'ils sont fatigués. Si un danger les menacê, elle les défend avec un courage furieux , et se fait tuer sur là placé plutôt qué dé les abandonner. Aussi n'est-ce qu'avee béaucotip de danger ét dé prudence que les montagnards vienniétit à bout de s'emparer de ses oursons , ordinairement au nombré de tn à trois, très-rârement quatre ou cinq. Le temps de la gestation est de sept mois.

Pendant l'hiver, l'ours ne s’engoüfdit pas, ainsi que l'ont érü quelques naturalistes, mais il reste dans son trou des mois ëntiers à dormir. Comme les fruits né Îüi ont pas manqué eh äl: tomne, il est ordinairement fort gras au moment où il commencé sa retraite, et il paraît que cette graisse suffit à l'entretien de sa vie pendant fort longtemps. Cependant son jeüne ne dure jamais plus de trente à quarante jours, et il ne reste pas plus longtemps caché sans sortir et aller chercher dans la forêt quelques graines ou des racines qui le soutiennent. Si la terre est couverte de neige, et qu'il ne trouve rien à manger, c'est alors qu'il se rapproche des habitations de l’homme, et qu'il se hasarde, dit-on, à attaquer les animaux domestiques.

Malgré ses formes grossières, sa tournure pesante et ses gestes grotesques , il ne faut pas croire que l'ours soit un animal stupide; il est, au contraire, plein d'intelligence et de finesse, et la preuve, c'est qu'il ne donne jamais dans les piéges qu'on lui tend. Tout objet nouveau éveille chez lui la défiance; il l'observe prudemment avant de l’approcher, passe sous le vent pour s’en rendre compte par l'odorat, qu'il a d’une délicatesse extrême ; il s'avance doucement, le flaire, le tourne et le retourne, puis s’en éloigne s’il ne lui convient pas de s’en emparer. C’est ainsi qu'il agit toutes les fois qu'il trouve un cadavre d'homme ou d'animal, auquel il ne touche jamais. Sous cette enveloppe d'un aspect si rude existe une perfection de sensation peu commune dans les animaux ; sa vue, son ouïe et son toucher sont excellents, quoiqu'il ait l'œil petit, l'oreille courte, la peau épaisse et le poil touffu.

Le courage de l'ours a passé chez quelques auteurs pour de la brutalité, et il y a là une grande erreur. L'ours est intrépide, mais prudent, et il ne combat que lorsqu'il y est forcé par la faim , la défense de ses petits ou la vengeance. Jamais on ne le voit fuir, parce qu'il a la conscience de sa supériorité; il oppose la menace à la menace, la violence à la violence, et sa fureur devient terrible, parce qu'il porte dans le combat un courage insouciant de la vie.

Autrefois l'ours était bien plus commun en Europe qu'aujourd'hui, et alors sa chasse pouvait être avantageuse, à canse de sa

fourrure assez estimée quoique grossière , et surtout à cause de la graisse dont il est toujours abondamment pourvu et à laquelle la crédulité de nos pères accordait des vertus merveilleuses pour guérir les rhumatismes et une foule d’autres maladies. Ce qu'il y a de certain, c’est que cette graisse, dépouillée par des procédés fort simples d'une odeur particulière dont elle est imprégnée, est fort douce, excellente, et ne le cède pas au meilleur beurre pour la cuisine. Il ne s'agit, quand on veut lui ôter son odeur, que dé la faire fondre et d'y jeter, lorsqu'elle est très-chaude, du sel en quantité suffisante, et de l'eau par aspersion. Il se fait une sorte de détonation , et il s'élève une épaisse fumée qui emporte avec elle la mauvaise odeur.

Plusieurs fois les ours de la ménagerie ont fait des petits, et on a pu s'assurer que par la taille et la couleur ils ne se ressemblent nullement. La mère a toujours marqué un sentiment de préférence pour l’un d'eux ; et jamais elle n'a perdu son autorité maternelle, lorsqu'ils étaient devenus beaucoup plus grands qu'elle.

L'Ours nor p'Eurore (Ursus alter. — L'Ours noir d'Europe, G. Guy.) à IE front aplati et même concave, surtout en travers; Son pélage est laineux, non pas lisse comme celui de l'ours d'Amérique, et d'ün brun noirâtre; il a le dessus du nez d’un fauve clair, et le reste du tour du museau d’un brun roux. J'établis celié éspèce sur le témoignage de G. Cuvier. Il est rare, et parait né se trouver que dans le nord de l'Europe. Buffon dit qu'il est Moins carnassier que hotre ours brun.

L'Ours nes PYRÉNÉES (Ursus pyrenaïcus, Fr. Cuv.) est plus petit que l'ours des Alpes; il est d'un blond jaunâtre sur le corps, et ïoir Sur les pieds. Il habite les montagnes des Asturies. Beaucoup dé fiäluralistes le regardent comme une variété de l'ours brun, et je penche aussi vers cêtte opinion.

L'Ours dE Siséiie (Ursüs collaris, Fr. Cuv.) a beaucoup d’analogie avec le précédent Sous le rapport des formes et des couleurs; mais sa taille päraît être un peu plus petite, et il a un large collier blanc qui passe sur le haut du dos, sur les épaules, et se termine sur la poitrine. On le trouve dans le nord de l'Asie, et il paraît qu'il a les mêmes mœurs que notre ours d'Europe. Cependant ceux qui ont vécu à la ménagerie paraissaient un peu plus carnassiers.

L'Ours ou Tiger (Ursus Thibetanus , Fr. Cuv.) diffère des précédents par la grosseur de son cou, et par son chanfrein, qui forme une ligne droite ; il est noir, à poils lisses ; son museau est un peu roux, sa lèvre supérieure couleur de chair et l'inférieure blanche : il a, sur la poitrine, une tache blanche en forme d'Y. On ne l’a encore trouvé que dans les montagnes du Sylhet au Népaul, et l’on ne sait rien de positif sur ses habitudes.

L'Ours oRNé ( Ursus ornatus, Fr. Cuv. L'Orso frontino des Colombiens) n'est probablement qu'une variété de l'ours noir. Sa taille dépasse rarement trois pieds et demi (1,157); son museau est un peu plus court, d’un fauve sale ; son pelage est également d'un noir lisse et luisart, mais il a un demi-cercle fauve sur chaque œil , et du blanc ou du fauve à la gorge ou à la poitrine. IL est assez commun dans les Cordilières du Chili, et peut-être dans toute l'Amérique australe.

L'Ours AUX GRANDES LÈVRES (Ursus labiatus, be BLAINY. Bradipus ursinus, Suaw. Ursus longirostris, Tiepm. C’est le 1ÿpe du genre Helarctos d'Horsriezv). Il est un peu plus petit que l’ours-brun ; d'un noir foncé ; et on lui trouve quelquefois des taches éparses un peu brunâtres; il a sur la poitrine une tache blanche en forme de V ; mais ce qui le rend reconnaissable au premier coup d'œil ce sont ses lèvres , qui sont lâches, très-extensibles, et sa langue d'une longueur extraordinaire. Il se trouve dans les montagnes de l'Inde. On réunira à cette espèce, et même comme variété assez légère, le BruAG, ou l'ours malais (Ursus malayanus, Rarr. Prochilus malayanus, GRAY. HelarctoS alaÿjahus, Honsr. — Fr. Cuv.), qui n’en diffère que par une large tache en démi-

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lune, d'un blane pur, qu'il a sur la poitrine. Il habite la presqu'ile de Malaca Il est nommé ours bateleur par quelques naturalistes.

L'ours aux grandes lèvres n’est pas du tout carnassier, et ne se nourrit que «le fruits, de miel et d'insectes. Peut-être en seraitil de même de la plupart des autres espèces, si, ainsi que lui, ils habitaient des climats où la nature püt leur fournir toute l'année une nourriture végétale, D'un naturel farouche et mélancolique, cet animal aime la solitude, et se retire dans les montagnes les plus désertes. Cependant, quand il est pris jeune et traité avec bonté, son caractère s’adoucit, son intelligence se développe, et il se laisse facilement dresser à plusieurs exercices par les jongleurs indiens. Dans ses montagnes, il se plaît beaucoup à la recherche des termès, ou fourmis blanches, et lorsqu'il a trouvé une

laisserait plutôt tuer que de lâcher prise. Malgré la prévention où l’on est que l’ours est carnassier, je prétends, avec tous ceux de cette province et des pays circonvoisins, qu'il ne l’est nullement. Il n'est jamais arrivé que ces animaux aient dévoré des hommes, malgré leur multitude et la faim extrême qu'ils souffrent quelquefois; puisque, même dans ce cas, ils ne mangent pas la viande de boucherie qu'ils rencontrent. Dans le temps que je demeurais aux Natchez, il y eut un hiver si rude dansles terres du nord, que ces animaux descendirent en grand nombre : ils étaient si communs, qu'ils s’affamaient les uns les autres, et étaient très-maigres; la grande faim les faisait sortir des bois qui bordent le fleuve; on les voyait courir la nuit dans les habitations et entrer dans les cours qui n'étaient pas bien fermées; ils y trouvaient des viandes exposées au frais: ils n’y touchaient pas, et

L'Ours brun d'Europe.

de leurs habitations il fait, avec ses griffes, au dôme de terre durcie qui en forme le toit, un trou dans lequel il enfonce sa longue langue; les termès se jettent dessus pour défendre leur république, et quand ils y sont réunis en grand nombre l'ours retire brusquement sa langue et les avale.

L'Ours pe Borxéo (Ursus euryspilus, Less. Helarctos euryspilus, Horse.) n'est peut-être aussi qu'une variété locale de l'ours aux grandes lèvres, dont il a les formes, la taille, les couleurs et les habitudes ; il en diffère cependant par une large plaque échancrée en son bord supérieur, d’une couleur orangée, et par une bandelette transversale grise sur chaque pied. On le trouve dans l'île de Bornéo.

L'Ours Noir D'AMÉRIQUE ( Ursus americanus, PaLL. Ursus gularis, Ge£orr.) a le front plat, presque sur la même ligne que le museau ; la plante de ses pieds et de ses mains est très-courte; son pelage est noir, lisse, long et brillant.

La taille de cet animal ne dépasse guère quatre pieds huit pouces (1,516) ; cependant j'en ai vu un plus grand que cela. On en trouve des variétés fauves, plus ou moins jaunes ou couleur de chocolat. Tous habitent les États-Unis, et se répandent dans le nord de l'Amérique jusque dans le Kamtschatka. «L’ours noir, dit M. Dupratz, paraît l'hiver dans la Louisiane, parce que les neiges, qui couvrent les terres du nord, l'empêchant de trouver sa nourriture, le chassent des pays septentrionaux. Il vit de fruits, et entre autres de glands et de racines, et ses mets les plus délicieux sont le miel et le lait; lorsqu'il en rencontre, il se

mangeaient seulement les grains qu'ils pouvaient rencontrer. »

D'après cette cilation faite par Buffon, il semblerait que l'ours noir n'est jamais carnassier; et cependant les naturalistes, entre autres G. Cuvier, prétendent que lorsqu'il est poussé par la faim il attaque les mammifères. Ce fait a besoin d’être confirmé; mais ce qu'il y a de sûr, c’est qu'il mange le poisson. En hiver, il descend des bois, et vient pêcher sur le bord des lacs et des rivières. Il nage et plonge fort bien, et s'empare de sa proie avec beaucoup d'adresse et d’agilité. Il se plait particulièrement dans les forêts d'arbres résineux, et il se loge dans les cavités formées par le temps dans leur tronc. La plus haute est celle qu'il choisit de préférence, et il n’est pas rare de le trouver niché à plus de quarante pieds (12,892) de hauteur. Pour le prendre, les Américains mettent le feu au pied de l'arbre; ils le forcent ainsi à sortir de sa retraile pour se sauver des flammes. Si c'est une femelle, elle descend la première, à reculons, comme font tous les ours, et, lorsqu'elle est près de terre, ils l’abattent d'un coup de fusil tiré à bout portant dans le cœur ou dans l'oreille. Les oursons descendent ensuite, et on les prend vivants et sans danger s'ils sont encore pelits; dans le cas contraire, on les tue. On chasse encore l'ours noir avec des chiens courants, qui le harcèlent jusqu’à ce que le chasseur ait trouvé le moment favorable pour le tirer. Toutes les manières de le chasser sont sans danger, parce qu'il ne court jamais sur le chasseur et que, blessé ou non, il ne cherche jamais qu'à fuir. Seulement, il ne faut pas s'approcher imprudemment de lui lorsqu'il est abattu et mou-

rant ; car alors, sentant qu'il ne peut plus échapper au danger, il cherche à se défendre et à se venger. Son cri est très-différent de celui de l'ours brun; il consiste dans des hurlements aigus, qui ressemblent à des pleurs.

Les Américains lui font une chasse continuelle, non pas seulement parce qu'il dévaste leurs champs de maïs, d'avoine et autres grains, mais encore parce qu'ils estiment beaucoup sa chair, et que sa fourrure, dont on fait chez nous les bonnets de grenadier, ne laisse pas que d'avoir de la valeur. Sa graisse remplace avantageusement le beurre; ses pieds offrent un mets très-délicat; et ses jambons, salés et fumés comme ceux de cochon, ont une grande réputation en Amérique et dans toute l'Europe , où on les envoie pour la table des riches.

L'Ours BLANC (Ursus maritimus, Lin. Ursus albus, Briss. L'Ours de la mer Glaciale, Burr. L'Ours polaire des voyageurs. Il est le type du genre Thalarctos de Gray).

Cet animal est connu de tout le monde par les exagérations des voyageurs et par les contes qu'ils nous ont débités sur sa grandeur, sa voracité et son courage intrépide. Quand nous aurons réduit Loules ces histoires à leur juste valeur, on sera fort étonné de ne trouver dans l'ours blanc que les mœurs ordinaires des animaux de son genre, mais accompagnées d’une stupidité que l’on a prise pour du courage. Les plus grands individus de cette espèce ne dépassent jamais six pieds et demi (2,111), et les voyageurs qui affirment en avoir vu de treize pieds (4,225) mentent juste du double. Sa tête est fort allongée, son crâne aplati, sur la même ligne que le chanfrein; son œil est petit et noir, ainsi que le museau et l'intérieur de la gueule; son cou est trèslong, et sa plante des pieds est d’une largeur remarquable; tout son corps est couvert de poils blancs, longs et soyeux.

Habitant les glaces éternelles du pourtour ‘du pôle boréal, les côtes du Groenland, du Spitzberg, en un mot les parties les plus froides de la terre, il a dû contracter des habitudes en harmonie avec ces climats rigoureux. L'été, retiré dans les terres, il erre dans les forêts et mange les graines, les fruits et même les racines qu'il y rencontre; ce qui ne l'empêche pas, cependant, de dévorer les cadavres des animaux, quand il en trouve. C’est là qu'il fait ses petits, qu'il les allaite sur un lit de mousse et de

lichen, et qu'il les habitue peu à peu à manger des substances animales. Mais, dans ces malheureux climats, la saison des beaux jours est trop courte, et bientôt la neige, qui couvre le pays, force l'ours blanc à quitter les forêts où il ne trouve plus de nourriture , et à venir sur le bord de la mer, suivi non-seulement de sa famille, mais encore d'une troupe nombreuse que la famine a également exilée des bois. Cette sorte de sociabilité qui les réunit est un caractère qui distingue cette espèce, car toutes les autres ont une vie solitaire, et restent dans un isolement sauvage. Pendant ce petit voyage, ils se préparent à combattre les grands animaux marins en attaquant les rennes et autres êtres timides qu'ils rencontrent sur leur route. Bientôt, de chasseurs maladroits , ils deviennent excellents pêcheurs, et ils poursuivent jusqu'au fond des ondes les poissons et les mammifères amphibies, qui deviennent leur proie. Ils s’habituent à plonger et à rester longtemps sous l’eau; ils nagent avec aisance et rapidité, et peuvent faire ainsi plusieurs lieues sans se reposer. Mais si une course trop longue les fatigue, ils cherchent un glacon entrainé par le courant ou poussé par le vent; ils montent dessus, et cette singulière barque les porte souvent à une très-grande distance.

L Ours blanc.

C'est ainsi qu'en Islande et en Norvége on voit quelquefois arriver sur des glaçons flottants des bandes d'ours affamés au point de se jeter sur tout ce qu'ils rencontrent. C’est alors qu'ils sont terribles pour les hommes et les animaux, et cette circonstance tout à fait accidentelle, mais qui se renouvelle chaque année, n'a pas peu contribué à leur réputation de courage et de férocité. Quelquefois, entraînés dans la haute mer par les glaces, ils ne peuvent plus regagner la terre ni quitter leur ile flottante ; alors ils meurent de faim ou se dévorent les uns les autres.

Sans cesse furetant sur les glaces au bord de la mer, leur proie ordinaire consiste en phoques, en jeunes morses, et même en baleineaux qu’ils osent aller attaquer à la nage à plus d'une demi-lieue de la côte. Ils se réunissent cinq ou six pour cela, mais, malgré leur nombre, ils ne réussissent pas toujours, parce que la baleine accourt à la défense de son petit, et, avec sa terrible queue, étourdit, assomme ou noie les agresseurs. Le phoque, malgré ses puissantes mâchoires, ne leur offre guère de résistance parce qu'ils s'approchent de lui, doucement et sans bruit, pendant son sommeil, le saisissent derrière la tête et lui brisent le cràne avant qu'il ait pu opposer la moindre résistance. Il n’en

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est pas de même du morse; plus défiant que le phoque, il est rare qu'ils parviennent à tromper sa vigilance. Le corps porté sur les pattes ou plutôt sur les nageoires de devant, la tête droite et élevée, il leur présente ses formidables défenses, les frappe, leur perce le corps et les renverse mortellement blessés; puis, forcé par le nombre de battre en retraite ; il se lance à la mer et disparaît aux yeux de ses ennemis, qui le poursuivent avec autant d'acharnement que d'inutilité.

L'ours blanc, dans les contrées qu'il habite, n'a jamais rencontré un être assez fort pour le vaincre, ce qui fait que la crainte est pour lui un sentiment étranger, mais dont il est ce pendant très-susceptible. N'ayant jamais éprouvé de lutte sé rieuse , il ignore le danger, et sa stupidité l'empêche de le reconnaitre lorsqu'il l'aperçoit pour la première fois. Aussi l'a-t-on vu venir d'un pas délibéré attaquer seul une troupe de matelots bien armés, et l'on a pris cela pour du courage. D’autres fois, il s’élance à la nage, va sans hésitation tenter l’'abordage d’une chaloupe montée de plusieurs hommes, d'un vaisseau même, et il périt victime, non de son intrépidité, mais de sa stupide imprudence. S'il sent de la résistance, s’il est blessé , il cesse honteusement le combat, et fuit lächement ; ce que ne font jamais l'ours brun, le tigre, et quelques autres animaux doués d’un véritable courage. Les marins qui ont hiverné dans le nord ont toujours été inquiétés par ces animaux , qui venaient flairer leur proie jusqu'à la porte de leur cabane, et qui grimpaient même sur le toit pour essayer de pénétrer par la cheminée. Mais toutes les fois qu'on les recevait à coups de fusil ou même à coups de lance, les ours se hâtaient de prendre la fuite, ou du moins n'essayaient pas de soutenir une lutte.

On à dit que l'ours blanc se retire en hiver dans des trous creusés sous la neige, et qu'il y reste en état complet de léthargie jusqu'au retour de la belle saison Je ne soutiendrai pas que ce fait est faux, mais je dois dire qu'il me paraît très-douleux. La ménagerie a possédé plusieurs ours blancs, et jamais on ne les a vus plus vifs, plus éveillés, si je puis le dire, que pendant les froids les plus rigoureux de l'hiver. S'ils paraissent languissants et faibles, c’est lorsque la température de l'été se trouye à un degré assez élevé. J'ai vu le froid descendre, à Paris, à vingt degrés du thermomètre de Réaumur, c'est-à-dire presque aussi bas que dans la Nouyelle-Zemble; et cependant l'ours blanc qui habitait un des fossés du jardin ne paraissait pas plus engourdi que de coutume. Ensuite, si on lit attentivement les voyageurs, on verra que c'est précisément dans la saison où le froid est le plus rigoureux que les onrs se rencontrent le plus fréquemment sur le bord de la mer. La femelle met bas au mois de mars, et l'on prétend qu’elle ne fait qu'un ou deux petits, très-rarement trois; du reste, on n’a guère pu s'assurer de ce fait, et l'on en juge par le nombre d’oursons dont elle est ordinairement suivie. Le cri de ces animaux ressemble plutôt, dit-on, à l'aboiement d'un chien enroué qu'au murmure grave des autres espèces d'ours. Dans la servitude, il ne se montre susceptible d'aucune éducation, d'aucun attachement, et il reste constamment d’une sauvagerie brutale et stupide,

L'ours réRoCE (Ursus ferox, Lewis. Danis fer, Gray. Ursus cinereus, Desu. Ursus horribilis, Onv. L'Ours gris des voyageurs. Il est le type du genre Danis de Grav).

L'ours gris joint à la stupidité de l'ours blanc la férocité du jaguar, le courage du tigre el la force du lion ; aussi est-il la terreur des habitants nomades des pays qu'il habite. Sa taille énorme atteint assez communément huit pieds et demi (2,760) de longueur, el souvent davantage; son corps est couvert de poils longs, très-fournis, principalement sur le cou , d'un gris tirant quelquefois sur le brun ou le blanc. C'est le plus farouche et peut-être Le plus terrible des animaux, et la nature lui a donné en excès loutes les affreuses qualités qui jettent l'épouvante, Sa physionomie est horrible; son agilité égale sa force prodigieuse ;

sa cruauté surpasse celle de tous les autres animaux; et son indomptable courage est d'autant plus à craindre qu'il tient toujours de la fureur, et qu'il prend sa source dans une brutale conscience de sa force et de sa supériorité. Solitaire comme l'ours brun, dont il a les formes générales , il ne se plait que dans les immenses forêts vierges qui couvrent de leur ombre les montagnes rocheuses du grand Chippewyan, les bords du Missouri, du Né— braska et de l’Arkansas, enfin la partie nord-ouest de l'Amérique septentrionale, connue aux États-Unis sous le nom de pays indien. Cette immense contrée, qui commence au pays des Osages que nous avons vus à Paris, qui renferme les nations errantes des Pieds-Noirs, des Nez-Percés, des Kansas, des Corbeaux, des Camarches, des Coways, des Gros-Ventres, des Tétes-Plates, et quelques autres, est encore très-peu connue de$ hommes civilisés; quelques marchands de pelleteries et des trappeurs ou chasseurs de castors ont seuls osé, jusqu’à ce jour, pénétrer dans ces profondes solitudes. C'est là que l'ours gris domine en maître sur les animaux du désert, et qu'il exerce sur eux son impitoyable tyrannie. Endormi pendant le jour dans les profondes cavernes des montagnes, il se réveille au crépuscule, sort de sa retraite; et malheur à tous les êtres vivants qu'il rencontre! Les daims de montagne, les argalis, et autres animaux légers, sont altendus par lui; de son embusçade il s'élance sur sa proie, la terrasse et la dévore. L'ours à collier et l'ours blanc lui-même le craignent et fuient sa présence. Il descend parfois dans les vallées où paissent d'immenses troupeaux de bisons, et ces monstrueux animaux, malgré leur nombre et leurs cornes redoutables, sont impuissants à se défendre contre sa rage. Vainement ils se pressent les uns contre les autres et lui présentent un rang compacte de fronts menacants, l'ours se précipite au milieu d'eux, les disperse, les poursuit avec agilité; d’un bond il s’élance sur leur dos, les presse dans ses bras de fer, leur brise le crâne avec ses dents, et souvent il en tue plusieurs avant d'en dévorer un.

Et cependant, parmi ces hommes sauvages, demi-nus, enfants du désert comme lui, l'ours féroce trouve des ennemis qui lui résistent, qui l’attaquent même et qui osent soutenir contre lui une lutte horrible corps à corps. Le chasseur indien de l'Arkansas possède un talent ‘merveilleux pour découvrir, pendant l'hiver, la caverne dans laquelle l'ours à établi sa demeure; il sait, dans les autres saisons, l’attendre à l’affüt, le surprendre dans son fourré au moment où lui-même épie une proie, le suivre à la piste, et le percer de ses flèches ou de ses balles. Lorsqu'il a découvert la lrace de ses pas, il le suit, armé d'un are, d'une carabine et d’un couteau indien long et affilé, couteau dont il se sert plus ordinairement pour scalper la chevelure de ses ennemis vaincus. Il s'approche du farouche animal en se cachant et rampant dans les bruyères, et il a soin de prendre le dessous du vent; non pas qu'il craigne que l'ours, averti de sa présence par la finesse de son odorat, prenne la fuite, mais pour n'en être pas allaqué le premier et conserver l’ascendant qu'a toujours le premier assaillant. Quand le chasseur se croit à distance convenable du monstre, il se redresse, se fait voir tout à coup, et lui lance une flèche; puis il se laisse tomber de toute sa longueur sur la terre, se met à plat ventre, et, soutenu sur son coude, il saisit sa carabine, ajuste le monstre et attend. L'ours, furieux et blessé, hésite un instant entre la fuite et l'attaque; mais, voyant son ennemi à terre, il s’élance sur lui pour le déchirer. Le sauvage chasseur à le courage d'attendre qu'il soit à cinq pas de lui, et alors seulement il fait feu et lui envoie dans la poitrine une balle qui le renverse roide mort. Si la carabine vient à manquer, l'intrépide chasseur se relève lestement , et, le couteau à la main, il attend une lutte corps à corps. Le plus ordinairement ce changement de posture suflit pour arrêter l'animal, qui, après une nouvelle hésitation, se retire à pas lents et en tournant souvent la tête vers le Léméraire Indien. Mais quelquefois aussi l'ours, dans la fureur que lui cause une douloureuse

blessure, se dresse sur ses pieds de derrière, étend ses bras et se jelte sur san agresseur. Celui-ci lui plonge son couteau dans le cœur et le renverse mourant. S'il manque son conp , il meurt déchiré en mille pièces, victime d’une puérile vanité qui l'a fait s’exposer par bravade à un danger sans utilité, ou seulement dans l'espoir de conquérir une misérable fourrure.

Je pense bien qu'il y a de l’exagération dans ce que les voyageurs nous ont raconté de la férocité de l'ours gris; mais ce que je viens de dire sur la manière dont les sauvages attaquent cet animal est vrai jusque dans ses moindres détails. Du reste, tout ce que nous avons dit de l'ours brun lui est applicable : à cette seule différence qu'il ne se nourrit de graines, de fruits et de racines que lorsque le carnage lui manque. Un fait singulier, c'est que M. Clinton a cru reconnaitre dans le squelette de cet ours une parfaite identité avec les ossements fossiles dont M. Jefferson et, après lui, M. G. Cuvier ont rebâti l'être extraordinaire auquel ils ont donné le nom paléontologique de mégalonyx.

2e Gexre. Les ARCTONYX (Arctonyx, Fr. Cuv.) semblent faire le passage naturel des carnassiers avec les pachydermes-cochons. Ils ont six incisives égales et petites et deux longues canines à chaque mâchoire. Leurs yeux, leur groin et leur queue sont semblables à ceux du cochon, mais ils ont le port, les formes générales et les griffes d’un ours.

Le Baur-Saur (Arctonyæ collaris, Fr. Cuv.) habite les environs de Barackpour dans l'Inde. Il est d'un blanc jaunâtre ondé de noir, jaune sous la gorge, avec une bande d'un jaune mat qui commence au museau, traverse l'œil et va contourner l'épaule ; son poil est ras sous le ventre, rude et grossier; il a les oreilles courtes et le groin couleur de chair. En indou son nom signifie cochon de sable, et il le doit non-seulement à sa physionomie, mais encore à son cri, qui est un véritable grognement. Du reste, ses habitudes sont lentes et paresseuses. ;

9° GENRE. Les PANDA (Ailurus, Fr. Quy.\. Si le genre arctonvx est intermédiaire entre les ours et les cochons, celui ei l'est entre les ours et les civettes en passant par les ratans. Il diffère de ces derniers en ce qu'il n'a qu'une fausse molaire au lieu de trois à chaque mâchoire; ses incisives, au nombre de six, sont lobées ; ses canines supérieures sont droites. Quoique ces animaux soient décidément plantigrades, leur plante des pieds est entièrement couverte de poils et leurs ongles sont à demi rétracliles.

Le Cinrrwa où Oua (Aëlurus fulgens, Fr. Cuv.) est d’un roux brillant en dessus ; d’un noir foncé en dessous et à l'extrémité des membres ; sa fourrure est très-épaisse; sa têle est blanche, son museau noir et son front fauve ; sa queue, longue et touflue, est annelée de roux clair et de roux pale. La grosseur de cet animal est à peu près celle d’un chat. Il habite les Indes orientales ; il se plait sur le bord des torrents et des rivières qui descendent des montagnes et se nourrit de petits mammifères et d'oiseaux, qu'il poursuit ou surprend jusqu'au sommet des arbres. Son cri, oua, oua, qu'il répète souvent, le fait découvrir par les chasseurs.

4° Gexke. Les RATONS ( Procyon, Srorr.) ont quarante dents : six incisives, deux canines et douze molaires à chaque mâchoire. Les trois dernières molaires ont leur couronne munie de tubercules mousses. Ils ont à chaque pied cinq doigts pourvus d’ongles acérés ; leur queue est non prenante, poilue, fort longue ; ils manquent de follicules anaux, et ont six mamelles ventrales; leurs membres sont courts et leur tête triangulaire, large, terminée par un museau fin.

Le Raccoon ou maracn (Procyon lotor, Is. Geore. Ursus lotor, Lx. Le Raton, Burr. Le Raton laveur).

ILest d'un gris brun ; il a le museau blanc, avec un träit brun qui lui traverse les yeux et descend sur les joues en se portant

en arrière; sa queue est annelée de brun et de blanc; il est à peu près de la grandeur d'un renard, et a de longueur totale deux pieds cinq pouces (0,73).

Le poil de cet animal est long, doux, touflu; ses yeux sont grands, d'un vert jaunâtre, pleins de finesse et de vivacité, ce qui n'est pas commun dans les animaux de sa classe; son corps est court et épais, mais néanmoins plein d’agilité ; aussi sautetil plutôt qu'il ne marche, et ses mouvements, quoique obliques, sont prompts, légers et gracieux; ses ongles, pointus comme des épingles, lui dopnent une grande facilité pour monter sur les arbres; on le voit quelquefois grimper le long de leur trone avec une agilité surprenante, et courir sur les branches les plus minces et les plus flexibles avec la même assurance que s’il était à terre.

Il n’est pas d’un caractère farouche, mais il est défiant : aussi ne quitte-til guère les forêts pour s’avancer dans la plaine près des habitations, comme font les renards et autres petits carnassiers redoutés dans les basses-cours. Il se plait particulièrement le long des vallées boisées et solitaires arrosées par des ruisseaux et de pelites rivières dont il suit les bords pour surprendre les rats d'eau, les reptiles et mème les poissons et les écrevisses; à leur défaut, il se contente de chasser aux nsectes, et méme il se nourrit de fruits, de graines et de racines tubereulenses. Mais la nourriture qui lui plait le plus, celle à la recherche de laquelle il s'occupe constamment, consiste en œufs et en oiseaux, dont il s'empare aveg heaucoup d'adresse. Le soir, lorsque la nuit commence à envelopper les forêts de son ombre, le raton quitte le bord du ruisseau sur lequel il s'était tenu en embuscade pendant le jour, et se met en quête. Il visite les jones des marais pour chercher les nids de canard et autres oiseaux d’eau , que l'excellence de son odorat lui fait aisément reconnaitre. S'il est assez heureux pour surprendre une troupe de jeunes halbrans ne pouvant pas encore voler, il en mange un ou deux sans inquiéter les autres; mais chaque ruit il revient prélever le même impôt sur la couvée , jusqu'à ce qu'il l'ait entièrement détruite. \

Si les oiseaux d’eau manquent au raton, il s'enfonce dans les forêts et grimpe sur tous les arbres qui lui paraissent cacher dans l'épaisseur de leur feuillage quelques faibles habitants des bois : soit des oiseaux, soit des écureuils ou autres rongeurs. Ce qu'il y a de singulier, c’est qu'il se trompe rarement. Est-ce son intelligence qui lui fait reconnaître l'arbre qui recèle sa proie, ou bien est-ce la finesse de son nez qui la lui fait découvrir de fort loin ? C’est ce que les chasseurs n'ont pas encore pu décider.

Tous les naturalistes qui ont vu des ratons en captivité ont observé les mêmes faits. Je vais donc laisser parler notre grand écrivain. « Cet animal trempait dans l’eau, ou plutôt il détrempait tout ce qu'il voulait manger; il jetait son pain dans sa terrine d'eau, et ne l'en retirait que quand il le voyait bien imbibé: à moins qu'il ne füt pressé par la faim, car alors il prenait la nourriture sèche et telle qu'on la lui présentait. Il furetait partout, mangeait aussi de tout, de la chair crue ou cuite, du poisson, des œufs, des volailles vivantes, des graines, des racines, etc. Il mangeait aussi de toutes sortes d'insectes ; il se plaisait à chercher des araignées ; et lorsqu'il était en liberté dans un jardin, il prenait les limacons, les hannetons, les vers. Il aimait le sucre, le lait et les autres nourritures douces par-dessus toutes choses, à l'exception des fruits, auxquels il préférait la chair, et surtout le poisson. Il se relirait au loin pour faire ses besoins; au reste il était familier et même caressant, sautant sur les gens qu'il aimait, jouant volontiers et d'assez bonne grâce, leste, agile, toujours en mouvement. Il m'a paru tenir beaucoup de la nature du maki et un peu des qualités du chien. »

La ménagerie a autrefois possédé un raton qui avait absolument les mêmes habitudes. Quand je voulais m'amuser à ses dépens, je lui donnais un morceau de sucre. Aussitôt il le portait dans sa terrine d’eau pour le délayer, et rien n'était plus comique que

ses démonstrations d’étonnement lorsque, le sucre étant fondu, il ne retrouvait plus rien dans le vase. Le raton laveur habite l'Amérique septentrionale.

L’AGouArAPOorÉ ou RATON CRABIER (Procyon cancrivorus , GEOrr. Le Chien crabier de La Borpe. Le Raton crabier, Burr.).

Vingt-cinq pouces (0,677) de longueur totale; son poil est plus court, fauve, mêlé de gris et de noir, et assez uniforme en dessus ; d'un blanc jaunâtre en dessous; ses pattes sont brunâtres; et sa queue, plus longue, est marquée de huit ou neuf anneaux noirâtres, quelquefois peu apparents. Commun à la Guyane, il cherche sur les rivages les crabes dont il fait sa principale nourriture, et d’où lui est venu son nom. Ses habitudes diffèrent peu de celles du précédent, mais il est d'un caractère plus timide.

L'Ours féroce.

Du reste les ratons , étant tous fort mal armés, ont le sentiment de leur faiblesse, et sont doués d’une intelligence très-développée. Si, à la ménagerie, une personne étrangère se présente devant la loge de ces animaux, aussitôt le raton s'enfuit et se cache dans le coin le plus obscur en äonnant les signes les plus énergiques de son effroi. Les deux espèces dont nous donnons ici les figures sont les seules qui aient été reconnues par les naturalistes, et bien décrites par eux; l’une, comme on l’a vu, appartient à l'Amé rique du Nord, l’autre à l'Amérique du Sud. On rapporte à la première, comme variétés, le raton blanc de Brisson, le raton fauve et le raton du Brésil; mais ce dernier, s’il était suffisamment étudié, formerait probablement une espèce suffisamment tranchée, comme le pense M. Isidore Geoffroy, ainsi que le raton à gorge brune du pays des Hurons. Un individu de cette dernière espèce ou variété, qui existe au cabinet du Jardin, ne diffère en rien d'un autre individu du même pays, que M. Isidore Geoffroy a vu au cabinet d'histoire naturelle de Genève. Il résulterait de tout ceci qu'il existe réellement quatre espèces de ratons, dont deux n'auraient pas été suffisamment décrites. Nous remarquerons que ces animaux, quoique placés parmi les plantigrades, relèvent le talon en marchant, et n’appuient que les doigts sur le sol; ils ne posent la plante des pieds sur la terre que dans le repos. C’est un des mille exemples qui prouvent que la nature se tient presque constamment en dehors des lois absolues que nous voulons lui imposer, et que nos méthodes prétendues naturelles lui sont tout à fait étrangères.

de Genre. Les BENTOURONGS (Jctides, VaLeNc. Arctictis, TE.) ont trente-six dents : six incisives, deux canines et dix molaires à chaque mâchoire; les canines longues et comprimées, tranchantes; corps trapu; tête grosse; yeux pelits; oreilles velues, arrondies et petites; cinq ongles crochus, comprimés, non conractiles, à chaque pied; queue prenante, mais entièrement velue.

Le BexrouroxG Noir (/ctides ater, Fr. Cuv.) est un peu plus grand que le Bentourong à front blanc, dont il serait possible qu'il ne fût qu'une variété. Son pelage est entièrement d’un gris noiratre. Il habite Java.

Le BENTOURONG DORÉ (Ictides aureus, VALENC. Paradoæurus aureus, Fr. Cuv.) est couvert de poils très-longs, soyeux, d’un brun fauve doré et uniforme. On le croit de l'Inde.

Le BENTOURONG À FRONT BLANC (/ctides albifrons, VALENC. Paradoxurus albifrons, Fr. Cuv. Le Benturong, Rarr.) a deux pieds (0,650) de longueur, non compris la queue, qui a deux pieds six pouces (0,812). Son pelage est composé de longues soies noires et blanches, excepté sur la tête et sur les membres, où le poil est court; son museau et son front sont presque blancs, avec une tache noire sur l'œil s'étendant jusqu'à l'oreille ; sa queue et ses pattes sont noirâtres ; ses moustaches très-longues et très-épaisses ; ses oreilles bordées de blanc.

Cette espèce se trouve dans l’intérieur de l'Inde. Elle est nocturne et dort pendant le jour. Le soir elle se réveille pour se mettre à la recherche des insectes, des fruits et des petits animaux dont elle se nourrit.

Les bentourongs se rapprochent beaucoup des ratons par la forme de leurs dents et par leur marche plantigrade. Ils lient aussi ce genre aux civeltes et principalement aux paradoxures, dont ils sont très-voisins par l'ensemble de leur organisation. C’est à M. Duvaucel, mort dans l'Inde, que l’on doit la connaissance de ces animaux, qui ont été plusieurs fois observés depuis, mais sans qu'on nous ait rien transmis d’intéressant sur leurs mœurs et leurs habitudes.

Le Raccoon.

Ge Genre. Les PARADOXURES (Paradoæurus, Fr. Cuv.) ont quarante dents : six incisives, deux canines et douze molaires à chaque mâchoire; leur queue n’est pas prenante, mais elle a la faculté de s’enrouler de dessus en dessous jusqu'à sa base; les doigts, presque palmés, sont au nombre de cinq, armés d'ongles à demi rétractiles; leur plante des pieds est tuberculeuse, et ils l'appuient entièrement sur le sol en marchant, ce qui les sépare des civettes et des genettes, avec lesquelles ils ont d’ailleurs beaucoup d’affinité; leurs yeux ont une pupille longitudinale; ils manquent de poche près de l'anus. Ces animaux sont très-carnassiers.

Le Pouçouxié (Paradoæurus typus, Fr. Cuv. Viverra nigra, DES. Viverru genetta, Rarr. La Genette de France, Burr. Le Musangsapulut et la Marte des palmiers des voyageurs).

Trois pieds ( 0,975) de longueur totale ; il est d’un noir jaunâtre, avec trois rangées de taches noirâtres, peu prononcées,

sur les côtés, et d’autres éparses sur les cuisses et les épaules; il a une tache blanche au-dessus de l'œil et une autre au-dessous ; Sa queue est noire.

Le pougounié est un animal nocturne qui se trouve dans les

Indes orientales. Si dans le jour il paraît endormi et paresseux,

Aussitôt on le reprit sans qu'il ait fait grande résistance, et il fut reporté à la ménagerie. La liberté dont il avait joui avait rendu son pelage brillant et magnifique, mais l'animal ne paraissait pas en être devenu plus farouche. J'ai toujours pensé depuis qu'on pourrait aisément le soumettre à la domesticité.

L'Agouarapopé.

c'est tout différent aussitôt que le crépuscule descend sur les forêts qu'il habite; il déploie alors une grande vivacité, et c'est un vrai mouvement perpétuel. Toujours furetant comme un chat, grimpant, sautant comme un écureuil, il est occupé à faire la chasse aux oiseaux, à dénicher leurs œufs et leurs petits, dont il est trèsfriand, Il grimpe sur les palmiers avec la plus grande agilité, s'y

ZX.

Le Musaxe-Burax ou Luwacx (Paradoxurus musang. Viverra musanga, RarrL. Le Musang, Mars».) est plus petit, sa grosseur atteignant au plus celle d’un chat; son pelage est d'un fauve foncé, mélangé de noir ; sa queue est noire, excepté deux pouces (0,054) de son extrémité qui sont d’un blanc pur, et ce caractère le différencie fort bien du précédent. Il habite Java et Sumatra.

Le Pougounié.

maintient aisément au moyen de sa queue, et y poursuit les pelits mammifères. Il est très-carnassier; c’est à peu près tout ce qu'on sait de son histoire. Un de ces animaux s'échappa un jour du Jardin des Plantes, et, loin de se jeter dans les champs, il remonta de maison en maison le long du boulevard intérieur jusqu'à la barrière d'Enfer, où je l’'apercus, un mois après sa fuite, jouant avec un jeune chat sur le tuyau d'une cheminée.

Je crois que c’est à celle espèce qu'il faut rapporter la Genelte du cap de Bonne-Espérance, de Buffon.

Le DecuxouxG ou LixsaxG (Paradoæurus prehensilis. Viverra prehensilis, DEesM., — DE BLainv. Viverra gracilis, Hous. Viverra linsang, Hirow.), plus petit encore que le précédent, ne dépasse guère la taille d’une fouine. Son pelage est d'un jaune verdâtre ; la ligne dorsale, les paltes et la queue sont noires; il a

Paris. Typographie Plon frères, rue de Vaugirard > 36: 9

deux lignes de taches allongées noires près du dos, et beaucoup de pelites taches orbiculaires sur les flancs. IL habite le Bengale.

Te GENRE. Les COATIS (Nasua, G. Cuy.) ont quarante dents : six incisives, deux canines prismaliques aplaties et douze molaires à chaque mâchoire. Ils ont à chaque pied cinq doigts armés d’ongles longs , acérés ; leur nez est extrêmement allongé et mobile; leur queue est pointue, non prenante, et très-longue; ils manquent de follicules anaux et ont six mamelles ventrales.

Le Quacur (Nasua rufa. Fr. Cuv. Viverra nasua, Lin. Le Coati rout, G. Guy.) a deux pieds cinq pouces (0,785) de longueur; il est d'un roux vif et brillant, un peu plus sombre sur le dos; son museau est d'un noir grisätre, avec trois taches blanches autour de chaque œil, mais sans ligne longitudinale blanche sur le nez. Il habite le Brésil et la Guyane, et ses mœurs sont absolument celles du coati-mondi. Il est assez singulier que lon ait trouvé en Europe des ossements fossiles de ces animaux, analogues à ceux qui vivent aujourd'hui en Amérique, i

Le Coati-Monnt (Nasua fusca, Fr. Cuv. Viverra nasica, Lin. Le Coati brun, G. Cuv. Le Coati noirâtre, Burr. Le Blaireau de Surinam , Bniss.) est brun ou fauve en dessus, d'un gris jaunâtre ou orangé en dessous; il a trois laches blanches autour de chaque œil, et, ce qui le distingue plus particulièrement du précédent, une ligne longitudinale blanche le long du nez. Du reste, son pelage varie beaucoup de couleur,

Quoique les coatis aient une pupille très-dilatable, on ne peut pas dire qu'ils soient des animaux nocturnes, et, si l’on en croit Linné, ils sont très-singuliers sous ce rapport. Ce grand naturaliste en avait un qui dormait depuis minuit jusqu'à midi, veillait le reste du jour, et se promenait régulièrement depuis six heures du soir jusqu'à minuit, quelque temps qu'il fit. Il paraît cependant que dans les forêts du Brésil, du Paraguay et de la Guyane, où cet animal est assez commun, il chasse depuis le matin jusqu'au soir, et dort toute la nuit. De tous les carnassiers, les coalis el Les ours devraient être les plus omnivores, si on en juge par leur système dentaire, et néanmoins les premiers se nourrissent entièrement de substances animales : aussi sont-ils cruels, et ontils toutes les habitudes féroces des martes, des fouines, des renards et autres carnivores. S'ils peuvent pénétrer dans une bassecour, ils n’en sortent pas qu'ils n'aient tué toutes les volailles , qu'ils ne leur aient mangé la tête et sucé le sang. En esclavage, ils deviennent assez familiers, et recoivent les caresses qu'on leur fait avec un certain plaisir, et en faisant entendre un petit sifflement doux; mais ils ne les rendent jamais, et ne paraissent jamais capables d'aucun attachement. Ils ont dans le caractère une opiniâtreté invincible, et rien n’est capable de leur faire faire une chose contre leur volonté. Un coati est-il en repos, il y reste malgré tous les moyens que l'on peut mettre en usage pour l'en faire sortir; si l'on emploie la force pour l'exciter à changer de place, il se cramponne, s'accroche comme il peut aux corps environnants, résiste de toute la puissance de ses forces , et finit, dans sa colère furieuse, par se jeter dans les jambes de ses provocateurs, en aboyant d’une voix très-aiguë, Si l’on veut l'arrêter dans sa marche, le détourner de l'endroit où il veut aller, le faire sortir d'un appartement, en un mot, le contrarier dans sa volonté de fer, il faut constamment employer la violence; contraint par la force, vaincu dans ses efforts, il se laisse trainer, mais il n'obéit pas, et recommence la résistance dès qu’il le peut. Sa curiosité ne le cède guère à son opinitreté, et ces deux défauts, poussés à l'extrême, le rendent fort incommode dans un appartement. Aussitôt entré dans une chambre, il commence par en visiter tous les coins; il va furetant, fouillant partout, tournant et retournant chaque chose pour la considérer, déplacant tous les objets qu'il peut atteindre, sautant sur les meubles avec plus de légèreté qu'un chat, grimpant aux rideaux des lits, enfin

mellant out sens dessus dessous. Il résulle de ces habitudes désagréables que l’on est obligé de le tenir constamment à la chaine, quelque apprivoisé qu'il soit, En outre, son caractère est tellement mobile, que chez lui les caprices se succèdent presque toute la journée , et il passera dix fois par heure de la joie à la tristesse, de la tranquillité à la colère, sans aucune cause apparente. Ajoutez à cela qu'il est d’une méfiance extrême, qu'il a la singulière habitude d'aller flairer les excréments qu'il vient de faire, qu'il exhale une odeur forte et désagréable, qu'il est voleur comme un chat, et s'empare délibérément de tout ce qui est à Sa convenance, sans qu'aucune correction puisse l'en empêcher ni le corriger de ses défauts, et vous aurez le portrait peu flatteur, mais vrai, d’un commensal nullement aimable.

A l'état sauyage, le coati-mondi ne quitte pas les forêts les plus sauyages. Il grimpe sur les arbres avec toute l’agilité d’un singe, el, ce qu'il y a d’extraordinaire, c’est qu'il est le seul animal de son ordre qui en descende dans une position renversée, c’est-àdire la tête en bas. Il doit cette étonnante faculté à la conformation particulière de ses pieds de derrière, qui lui permet de les retourner de manière à pouvoir se suspendre par ses griffes. Tout son temps est occupé à la chasse aux oiseaux et à la recherche de leur nid, ou à poursuivre les petits mammifères. Il ne laisse pas pour cela de se nourrir d'insectes, et pour les trouver il fouille très-aisément la terre avec son boutoir, ou plutôt sa trompe, qu'il meut dans tous les sens et continuellement, même quand il n'a pas besoin de s’en servir. Lorsqu'il boit, il a bien soin de la relever afin de ne pas la mouiller, et alors il lape comme un chien. Cet animal turbulent ne se creuse pas de terrier, ainsi que l'ont avancé la plupart des naturalistes, mais il se loge dans des trous d'arbre. Il vit en troupe assez nombreuse, et, selon Azzara, quand on les surprend sur un arbre isolé que l’on fait semblant d'abattre, tous se laissent aussitôt tomber comme des masses. Pour porter les aliments à la bouche, les coatis se servent de leurs pattes de devant, mais non pas à la manière des écureuils et autres rongeurs; ils commencent à diviser en lambeaux la chair de leur proie, au moyen de leurs griffes, puis ils enfilent un morceau avec leurs ongles et le portent à leur bouche comme ferait un homme avec une fourchette.

La femelle fait de trois à einq petits, qu’elle élève avec tendresse , et parmi lesquels se trouvent constamment plus de mâles que de femelles. Aussi, quand leur éducation est terminée, la troupe s’empresse-t-elle. de chasser ses mâles surabondants; ils vont rôder solitairement dans Îes forêts jusqu'à ce que le hasard leur ait fait rencontrer une compagne, avec laquelle ils viennent viyre en société dans la première troupe qu'ils rencontrent. Les coalis marchent toujours la queue élevée, mais non pas inclinée sur le dos.

8e Gene. Les BLAIREAUX (Jfeles, Briss.) ont trente-six denls : six incisives et deux canines en haut et en bas: huit molaires à la mâchoire supérieure el douze à l’inférieure; leur corps est trapu, bas sur jambes, ce qui leur donne une marche rampante; ils ont cinq doigts à chaque pied, ceux de devant armés d'ongles longs et robustes, propres à fouir la terre ; la queue est courte, velue; ils ont près de l'anus une poche remplie d'une humeur grasse et infecte; on leur trouve six mamelles, deux pectorales et quatre ventrales.

Le BLaireau Commun (Meles vulgaris, Des. Ursus meles, Lin. Le Blaireau, Burr. Le Taisson de quelque chasseur) est d'un gris brun en dessus, noir en dessous; il a de chaque côté de la tête une bande longitudinale noire, passant sur les yeux et les oreilles, et une autre bande blanche sous celles-ci, s'étendant depuis lépaule jusqu'à la moustache.

« Le blaireau, dit Buffon, est un animal paresseux, défiant, solitaire, qui se retire dans les lieux les plus écartés, dans les bois les plus sombres, et s'y creuse une demeure souterraine; il

om

semble fuir la société, même la lumière, el passe les trois quarts de sa vie dans ce séjour ténébreux, dont il ne sort que pour chercher sa subsistance. Comme il a le corps allongé, les jambes courtes, les ongles, surtout ceux des pieds de devant, très-longs et très-fermes, il a plus de facilité qu'un autre pour ouvrir la terre, y fouiller, y pénétrer, et jeter derrière lui les déblais de son excavation, qu'il rend tortueuse, oblique, et qu'il pousse quelquefois fort loin. Le renard, qui n'a pas la même facilité pour creuser la terre, profite de ses travaux : ne pouvant le contraindre par la force, il l'oblige par adresse à quitter son domicile, en l'inquiétant, en faisant sentinelle à l'entrée, en l’infectant même de ses ordures ; ensuite il s'en empare, l'élargit, l'approprie et en fait son terrier. Le blaireau, forgé à changer de manoir, ne change pas de pays; il ne va qu'à quelque distance travailler sur nouveaux frais à se pratiquer un autre glle, dont il ne sort que la nuit, dont il ne s'écarte guère, et où il revient dès qu'il sent quelque danger. Il n'a que ce moyen de se mettre en sûreté, car il ne peut échapper par la fuite : il a les jambes trop courtes pour pouvoir bien courir. Les chiens l’atteignent promptement lorsqu'ils le surprennent à quelque distance de son trou; cependant il est rare qu'ils l’arrêtent tout à fait, et qu'ils en viennent à bout, à moins qu'on ne les aide. Le blaireau a les poils très-épais, les jambes, les mâchoires et les dents très fortes, aussi bien que les ongles ; il se sert de Loute sa force, de toute sa résistance et de toutes ses armes, en se couchant sur le dos, et il fait aux chiens de profondes blessures. Il a d’ailleurs la vie très-dure, il combat longtemps, se défend courageusement et jusqu'à la dernière extrémité. »

Le blaireau est carnassier, mais cependant, et quai qu'en aient dit les naturalistes, il ne vit guère de proie que lorsqu'il ne trouve plus de graines, de baies et autres fruits. Dans ce cas, il déterre les nids des guèpes et d’abeilles-bourdons pour en manger le miel et les couvains: il fait la chasse aux souris, aux mulots, aux serpents et autres reptiles; il mange aussi des sauterelles, des hannetons et toutes sortes d'insectes; mais ce qu'il préfère à tout, ce sont les raisins et les épis de maïs avant leur parfaile maturité, S'il rencontre un nid de perdrix ou d'autres oiseaux, il ne manque pas d'en briser les œufs , et l'an dit même que parfois il creuse et perce les rabouillères de lapine pour dévorer les lapereanx. Lorsqu'il est pris jeune et apprivoisé, il devient trèsfamilier, joue avec les chiens, et, comme eux, suit son maitre et répond à sa voix. Il est extrêmement facile à nourrir, et mange tout ce qu'on lui offre, de la chair, des œufs, du fromage, du beurre, du pain, du poisson, des fruits, des noix, des graines et même des racines. Dans la maison, il a une vie tranquille, il n'est pas malfaisant ni incommode, car il n'est ni voleur ni gourmand.

Sans être très-commun nulle part, le blaireau se trouve dans toute l'Europe et dans toute l’Asie tempérée. C'est un animal très-rusé et très-défiant, qui ne donne que bien rarement dans les piéges qu'on lui tend. Un vieux blaireau qui s'aperçoit du lacet tendu à l'entrée de son terrier reste quelquefois cinq ou six jours ou davantage sans sortir, s'il ne peut se creuser une autre issue à cause des rochers; mais enfin, lorsqu'il est pressé par la faim, il faut bien qu'il déloge. Après avoir sondé longtemps le terrain, après avoir cent fois hésité, il finit par rouler son corps en boule aussi ronde que possible, s’élance, fait trois ou quatre culbutes en roulant, et passe ainsi à travers le lacet sans en être accroché, à cause de la forme sphérique qu'il a prise. Ce fait, Lout extraordinaire qu'il est, n’en est pas moins certain pour les chasseurs allemands.

On prend aisément le blaireau dans son trou en le fumant, comme on fait pour les renards, ou en ouvrant des tranchées et en le délerrant. Mais, pour opérer de cette dernière manière, il faut avoir un chien basset parfaitement dressé à reconnaitre le terrier, à y pénétrer et à y contenir le blaireau pendant que les

chasseurs travaillent avee la pelle et Ja pioche. Si le chien est im prudent et si, ne connaissant pas-bien son métier, il joint le blaireau, celui-ci se défend avec une telle fureur que l'assaillant, souvent estropié, est obligé de battre en retraite. Il arrive encore quelquefois que le malicieux animal, dès qu'il entend le chien, fait ébouler la terre de manière à couper la communication qui conduit jusqu'à lui. Un fait singulier, c'est qu'en France, et en France seulement, presque tous les blaireaux ont la gale, sans que cette maladie paraisse les incommoder; les chiens qui entrent dans leurs terriers manquent rarement de la prendre, si on n'a la précaution de les laver avec une forte dissolution de savon aussitôt qu'on est de retour de la chasse. Quelquefois , lorsque le blaireau entend creuser au-dessus de lui, il prend une détermination désespérée, et sort de son trou malgré le chien. Alors commence un combat furieux dans lequel ce dernier recoit toujours quelques blessures graves. Le blairean a les mâchoires tellement fortes, qu'il n'est pas rare de lui voir enlever d'un seul coup de dents un lambeau de peau et de chair, laissant une plaie de trois ou quatre pouces de diamètre.

Les Allemands ont une manière amusante de chasser ces animaux. En automne, trois ou quatre chasseurs partent ensemble, à nuit close, armés de bâtons et munis de lanternes; l'un d'eux porte une fourche ; ils conduisent à la laisse deux bassets et un ‘chien courant bon quêteur. Ils se rendent dans les lieux qu'ils savent habités par les blaireaux , et à proximité de leurs terriers; là ils lâchent leur chien courant, qui se met en quête et a bientôt rencontré ün de ces animaux. On découple les bassets, on rappelle le courant, et l'on se met à la poursuite de l'animal, qui ne tarde pas à être alteint par les chiens, et qui se défend vigoure:sement des dents et des griffes. Le chasseur qui porte la fourche la lui passe au eou, le couche à terre, et les autres chasseurs l'assomment à coups de bâton. Si on veut le prendre vivant, on Jui enfonce au-dessous de la mâchoire inférieure un crochet de fer emmanché d'un bâton, on le soulève et on le jette dans un sac que l'on noue en dessus, après avoir bâillonné Panimal. Sa peau sert à couvrir des colliers de chevaux, des malles, ete., el nos pères accordaient à sa graisse des propriétés médicales qu'elle n'a pas. :

Le mâle et la femelle du blaireau vivent solitairement, chacun de son côté: celle-ci met bas en été, et fait trois ou quatre pelits, dont elle a le plus grand soin. Elle leur prépare un lit avec de Uberbe douce qu'elle a l'industrie de réunir en une sorte de fagot qu'elle traine entre ses jambes jusqu'à son Lerrier. Lorsque ses petits sont un peu forts, elle va chasser dans les environs de son habitalion, et leur apporte le produit de ses recherches pour les habituer peu à peu à une nourriture solide; mais alors, elle les fait sortir sur le bord du terrier, afin de n'en pas salir Pintérieur par les débris des repas, car ces animaux tiennent leur logis avec la plus grande propreté.

Le Carcarou (Meles labradorica, Saxe, Ursus labradoricus , Guc. Le Glouton du Labrador, Soxx.) n’est probablement qu'une variété du précédent ; il a deux pieds deux pouces (0,704) de longueur non compris la queue; il est brun en dessus, avec une ligne longitudinale blanchâtre, bifurquée sur la tête, et simple tout le long du dos; les côtés du museau sont d'un brun foncé, et ses pieds de devant sont noirs. Il habite le pays des Esquimaux, le Labrador. Peut-être faut-il encore regarder comme simple variété celui qui suit. ;

Le BLamREAU TaAISSON (Âfeles taxo. — Ursus tazus, Scur.). Il diffère du premier par son ventre d’un gris plus clair que ses flancs ; par son oreille, qui est de la couleur générale du corps et seulement bordée de noir: par la bande noire de la face, qui est supérieure à l'œil sans y toucher. Il habite l'Europe. Quant aux différences du blaireau-chien et blaireau-cochon, elles n'existent que dans les préjugés des chasseurs.

9° GENRE. Les GLOUTONS (Gulo, Srork.) ont trente-quatre ou trente-huit dents : six incisives et deux canines en haut et en bas; huit ou dix molaires supérieures et dix ou douze molaires inférieures. Ils ont le corps plus ou moins effilé, plus ou moins élevé sur jambes ; la queue assez courte, et, près de l'anus, deux replis de la peau, mais point de poche.

Olaüs Magnus est, je crois, le premier naturaliste qui ait parlé du glouton, mais pour exagérer beaucoup sa voracité, qui a passé en proverbe. Cet auteur raconte que, quand il dévore un cadavre, il se remplit au point d’avoir le ventre gros comme un tambour ; puisil se presse le corps entre deux arbres pour se vider, retourne ensuite au cadavre, revient se presser entre les deux troncs d’ar-

Le Rossomax (Gulo arcticus, DEsM. Ursus gulo, Lin. Le Glouton, Burr. La Volverenne, Penn. Le Vielfras des Danois; le Gteed’k des Lapons.).

Sa taille’ est celle d’un gros chien braque, mais il a les jambes

bres , et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de sa proie, quelque grosse qu’elle soit. De pareils contes se réfutent d’eux-mêmes. D’autres naturalistes, et particulièrement Gmelin, ont avancé que cet animal, par une exception qui serait unique

Le Coati-Mondi.

beaucoup plus courtes ; sa fourrure est très-belle et fort estimée des Russes, qui la préfèrent à toutes les autres , si on en excepte l'hermine , pour garnir les bonnets et faire des manchons. Elle est d'un brun marron foncé, avec une grande tache discoïdale

parmi les êtres vivants, n'avait pas l'instinct de la conservation; ils basent leur opinion sur ce que le glouton, quand il voit un homme, ne donne aucun signe de crainte, et s’en approche avec indifférence, comme s'il ne courait aucun danger. À supposer

plus foncée sur le dos, et quelquefois des teintes plus pâles. Il a la queue assez courte , le corps trapu , et en général les formes lourdes. Il habite les contrées les plus froides et les plus désertes du nord de l'Europe et de l'Asie. Il est commun en Laponie et dans les déserts de la Sibérie.

que ce fait fût vrai, il ne prouverait qu'une chose, c'est que, vivant dans le désert, où jamais il ne trouve un être plus fort que lui, il ignore ce qu'il a à craindre de la présence de l’homme. D’ailleurs tout animal qui n'aurait pas la conscience de sa conservation ne vivrait pas vingt-quatre heures.

Le rossomak vit solitaire, ou, mais rarement, avec sa femelle, dans un terrier qu'il se creuse en terrain sec, sur le penchant d’une colline ombragée par une forêt de sapins ou de bouleaux. Il n’en sort que le soir pour aller à la quête de sa proie, consistant en rennes, élans et autres animaux plus petits. S'il habite

par la fuite, car le glouton marche très-lentement et ne peut pas courir. Aussi, le plus ordinairement, sa proie lui échapperait s’il n'employait mille ruses pour s'en emparer par surprise. Souvent il se cache dans un buisson épais, sous des feuilles sèches, dans unjtronc d'arbre creux, partout où il peut échapper à la vue, et

Le Glouton.

une contrée où les chasseurs d’hermines tendent des piéges pour prendre des animaux à fourrure, il commence par visiter toutes leurs trappes, qu'il connaît fort bien et dans lesquelles il ne se prend jamais, et il s'empare des animaux qui y sont arrêtés, ce

il reste patiemment en embuscade, sans faire le moindre mouvement, jusqu'à ce que le hasard, ou plutôt ses prévisions, amènent une victime à sa portée. Il reconnait fort bien les sentiers frayés par les rennes sauvages , lorsqu'ils sortent de la forêt pour aller

Le Ratel.

dont se plaignent beaucoup les chasseurs de renards bleus et blancs qui se tiennent dans le voisinage de la mer Glaciale. Si cette ressource lui manque , il cherche la trace d’un renne, le suit avec constance , et finit par le surprendre endormi; mais pour peu que celui-ci l'entende approcher, il se dérobe aisément

paître dans la plaine. Dans ce cas, il grimpe sur un arbre, se poste sur une branche, et, dès que l'animal passe à sa portée, il s'élance, et d’un bond lui saute sur la croupe ou sur le cou; il s’y cramponne avec tant de force avec ses griffes et ses dents, qu'il est impossible au malheureux renne de s’en débarrasser. Il court,

il bondit, il se frotte contre les arbres , $e roule sur la terre, et fait vainement tous les efforts imaginables pour se délivrer de son terrible ennemi; celui-ci ne Tâche jamais prise et ne continue pas moins à le dévorer vivant, jusqu'à ce que l'horrible blessure qu'il Jui a faite sur le dos l'épuise et le fasse tomber mourant sur le gazon. Le rossomak, alors, le mange à son aise, et lorsqu'il est rassasié, si le cadavre n'est pas trop lourd, il emporte dans l’épaisseur de la forêt, et le cache dans un buisson touffu pour le retrouver au besoin; ou bien, s'il ne peut le transporter, il le couvre de broussailles et de feuilles. Plusieurs carnassiers, par exemple le renard et le loup, ont également l'habitude de cachiër les restes de la proie qu'ils né peuvent entièrement dévorer; mais, soit par oubli’ou par défiance, ils ne reviénhent jamais les chercher. Il n'en est pas de même de celui-ci, qui Sait très-bien les retrouver lorsqu'il est pressé par la faim, et qu'il n'a pu S'emparer d'une proie vivante.

Cet animal se trouve dans les mêmes forêts que le renard blet ou isatis, et a la finesse de se servir de ce dernier comiie de pourvoyeur. Lorsqu'il l'entend chasser , il le suit à la voix, et sé donne bien de garde de se montrer pour ne pas l'eff'ayer. Cependant il se tient toujours à portée d'arriver à lui au moment où le renard prend le lièvre. Alors le glouton se montre, et l'isaüis, pour ne pas être dévoré lui-même, est obligé de détälér au plus vite, et de lui abandonner sa capture. Aussi courageux que vorace, le glouton se défend avec intrépidité contre les chiens et même les chasseurs; mais comme ses jambes courtes l'empêchent de fuir, il est fort aisé de s’en emparer et même de l'assommer à coups de bâton. I faut au moins trois ou quatre chiens trèsvigoureux pour en venir à bout, et encore est-il rare qu'il n'y en ait pas un ou deux d'estropiés; car il se défend des griffes et des dents , et les blessures qu'il fait sont profondes et cruelles. Un vayvode, qui, pour son plaisir, gardait chez lui un glouton, le fit un jour jeter dans l’eau, et lcha sur lui un couple de chiens ; l'animal se lança aussitôt sur l'un des chiens, lui saisit la tête et la tint enfoncée sous l'eau jusqu'à ce qu'il l’eût suffoqué. Schœffer prétend que le rossomak, pressé par la faim, se jette dans les rivières, nage, plonge, prend le poisson et le mange, comme fait la loutre. Sans nier positivement ce fait, il me parait si peu en harmonie avec l'organisation de cet animal, que je le crois fort douteux. Mais ce dont on ne peut douter, c’est que, dans les moments de disette, il cherche les cadavres humains, les déterre , les dépèce et les dévore jusqu'aux os, s’il peut pénétrer dans un cimetière. Quelquefois il rôde autour des lacs et des rivières peuplés de caslors, et il en surprend un bon nombre, surtout des jeunes. L'hiver il va sur la glace jusqu’à leurs cabanes, qu'il démolit pour en dévorer les habitants. Cet animal ne s'engourdit pas en hiver. Buffon , qui en à eu un très-apprivoisé, dit qu'en buvant il lape à la manière des chiens, qu'il ne fait jamais entendre aucun cri, qu'il est très-remuant, et qu'après avoir salisfait sa fann, il met en réserve en le cachant le reste de sa nourriture.

La VOLVERENNE DE PENNANT (Ursus luscus, GML: — Lin.) est une variété qui ne diffère de son type que pat un pelage un péu plus pâle. Du reste, elle a les mœurs absolument &emblables, et n’est ni moins féroce ni moins vorace.

Le Grisox (Gulo viltatus, Desu. Viverra vittata, Lix. Le petit Furet, Azzar. La Fouine de la Guyane et le Grison, Burr. L'Ours du Brésil, Tuuxe.) n'a de longueur totale que vingt-deux pouces (0,596), et la queue fait environ un quart de cette dimension ; le corps est mince, fort allongé ; le pelage noir, piqueté de trèspetits points blancs, ce qui lui donne un ton grisâtre; le dessous du cou et de la tête est gris : une bande blanche s'étend depuis les côtés du front jusqu'aux épaules ; les oreilles sont de la même couleur et très-petités. Du reste, il varie assez dans son pelage, sans considération d'âge où de sexe.

Le grison se trouve répand dans presque toute l'Amérique

méridionale ; cependant il est plus commun à la Guyane, surtout au Paraguay, que partout ailleurs. Il est aussi carnassier et plus féroce que le précédent; mais sa petite taille ne lui permet pas d'attaquer de gros animaux. Il s’en venge sur les volailles , les oiseaux, les lièvres, lapins, ou espèces analogues , etc., auxquels il fait journellement une guerre d'extermination; aussi est-il un véritable fléau pour les basses cours. Il se retire le jour dans un profond terrier, d'où il ne sort que la nuit pour commettre ses brigandages. S'il est surpris dans ses méfaits par des chiens ou des chasseurs, sa colère lui fait aussitôt exhaler une odeur de muse tellement désagréable, qu’elle réussit quelquefois à écarter ses ennemis. Quand ce moyen ne réussit pas, il combat avec furélir, et ne quitte la lutte qu'avec la vie. Il est cruel par plaisir plus peut-être que par besoin, et même, lorsqu'il est apprivoisé, il n'a pas de plus grande jouissance que celle d’égorger sans nécessité tous les petits animaux domestiques qui se trouvent à sa portée.

Le Taïna (Gulo baïbatus, Des. Mustela barbata, Lin. Viverra dulpecula, Gus. Le Tatra ou Galera, Burr. Le Carigueibeiu, Mancen. Le grand Furet, Azzar.) a de vingt-deux à vingt-quatre poutés (0,593 à 0,650) dé longueur, non compris la queue, qui en à quinze (04406); Soti corps est mince, allongé; son pelage d'un brun noir ou enlièretieht noir, avec la tête et quelquefois le Cou ; une large tache blänchâtre ou jaunâtre, triangulaire, lui couvre le devant di cou et de la gorge; les pieds de derrière ont les doigts réunis par té membrane. Cet animal a les mêmes habiludes que le précédeñt, comme lui exhale une forte odeur de muse, et se trouve dans les mêmes contrées.

Le NiëNt£ck (Gulo ortehtalis, Horsr.) a la tête un peu plus allongée que dans les espèces précédentes; il a deux pieds un pouce (0,677) de longueur totale : sa queue est médiocre; son pelage brun avec la gorge, la poitrine et les joues jaunâtres ; une tache de la même couleur part du vertex, s'étend sur le dos, et se termine en pointe; ses pieds de devant sont armés d'ongles très-crochus. Il se trouve à Java , et doit avoir des mœurs analogues à celles des espèces précédentes, du moins si l’on en juge par l’analogie. On ne sait rien de son histoire.

10e Genre. Le RATEL (Mellivora, Srorn.) a trente-deux dents : six incisives, deux canines et huit molaires à chaque mâchoire. Quant aux autres caractères, il ne diffère pas du genre Gulo.

Le RarEL (Mellivora capensis, Less. Viverra capensis et Viverra mellivora, Lin. Gulo capensis, Drsm. Le Ratel, Sparn. Le Blaireau puant, LAGAILL.).

Il a Le corps épais et trapu, long de trois pieds quatre ponces (1,085), compris la queue; il est gris en dessus, noir en dessous, avec une ligne longitudinale blanche de chaque côté, depuis les oreilles jusqu'à l'origine de la queue.

Cet animal exhale une odeur désagréable, mais moins forte que celle des moufettes. 1 habite l'Afrique depuis le Sénégal jusqu'au cap de Bonne-Espérance, et la facilité avec laquelle il creuse la terre fait croire qu'il se retire dans un terrier. Il vit de proie comme le glouton; mais il est tellement friand de miel, qu'il déplôie toute son industrie pour s'en procurer. Trois espèces d'êtres s'occupent journellement à découvrir des ruches d’abeilles, et se prêlent mutuellement secours pour s'en emparer; ce sont : le Hottentot sauvage ou Boschisman , le ratel, et le coucou indicaleur (/ndicator major, Levaiur.).

On sait que les Boschismans, que la nature et les siècles avaient faits propriétaires de leurs brülantes montagnes, en furent chassés par les colons hollandais, qui allaient les chercher et les tuer dans les bois à coups de fusil, par partie de plaisir ; des femmes méme élaient très-adroites à les poursuivre à cheval, et à les exterminer, Ces misérables, forcés de se retirer dans les plus épaisses foréts, traqués comme des loups, fusillés aussitôt qu'ils parais-

saient, ne trouvaient pour se nourrir, dans ces affreux déserts, que quelques racines amères, des termès ou fourmis blanches, et du miel sauvage. Mais, n'osant sortir que la nuit des antres de rocher où ils se cachaient pendant le jour, il leur eût été difficile de découvrir les ruches d'abeilles, s'ils n’eussent su mettre à profit la connaissance qu'ils ont d’une habitude du ratel. Celuici, chaque matin, se promène silencieusement dans les forêts en écoutant. Bientôt le cri d’un oiseau vient frapper son oreille, et il le reconnait pour celui de l'indicateur ou du guide au miel, comme disent les Hollandais du Cap. Le ratel suit l'oiseau, mais doucement pour ne pas l’effrayer, et celui-ci, volant d'arbre en arbre, de roche en roche, toujours en faisant entendre son cri, conduit bientôt le mammifère au pied d'un arbre dans le tronc duquel est une ruche d’abeilles sauvages. lei se rencontre une dificulté. Le ratel ne sait ni ne peut grimper ; il lève le nez, il flaire le miel, il bondit contre l'écorce, il murmure, il 8e met éh colère : rien n'y fait, et l'indicateur a beau redoublef 8es éris, 168 abeilles sont parfaitement en sûreté dans leur ruche, Le ratel, enragé de colère, se met alors à attaquér le pied de l'arbre avec les dents, en enlève l'écorce, le mord atee lurett, probablement dans l'espérance de le renverser; mais là fatigue ne tarde pas à

l’avertir de l'impuissance de ses efforts, et il abandonne son entreprise pour aller à une autre découverte. Les Boschismans, qui pendant le crépuscule errent en tremblant dans les bois, trouvent l'arbre, le reconnaissent aux morsures qui en ont enlevé l'écorce, montent dessus et prennent le miel.

Lorsque le mammifère est conduit par le guide au miel à des abeilles qui établissent leurs ruches dans la terre, les choses se passent différemment. Aussitôt avec ses ongles robustes il se met à creuser. Les abeilles se jettent sur lui par légions: il se contente de passer de temps à autre ses pattes sur son nez et de fermer les yeux, car ces deux parties seules sont accessibles à leur aiguillon. Un poil long et touffu et une peau excessivement-dure, épaisse, impénétrable, lui défendent suffisamment le reste du corps. Lorsqu'il a mis les gâteaux à découvert, il mange autant de miël qu'il le peut sans crever, puis il s’en va tranquillement sans s'inquiéter de son guide. L'indicateur descend de son arbre, ét tire parti des bribés Que l’autre lui a laissées, faute de pouvoir tüüt avaler. Les Bo$chismans ont plus de reconnaissance, car ils ne mänquent jamais de laisser à l'oiseau, sur une pierre ou une large feuille, une quantité de miel suffisante pour lui faire faire un bon repas.

LES CARNASSIERS DIGITIGRADES,

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