LES CHIENS DOMESTIQUES
Le Gien DOMESTIQUE (Canis familiaris, Lin.) ne se distingue du loup ; du chacal et autres variétés sauvages, que par sa queue toujours plus où moins recourbée, tandis que dans les autres elle est constamment droite. Du reste, il varie de mille manières pour la taille, les couleurs, et même les formés,
La question de savoir si le chien domestique vient du loup et du chacal à beaucoup occupé les anciens naturalistes. Aüjourd’hui que l’on sait que le chien, le Joup ét lé chacal sont trois variétés dans là mèmé espèce, puisque par le croisement ils produisent des individus capables le se reproduire eux-mêmes, cette discussion serait tout à fait oiseuse et sa solution de nulle importance, Elle se bornerait à nos apprendre quellé est la variété qui est venue la première. Mais, d’ailleurs , il n’est pas possible d'obtenir cette solution, puisque l’on trouve, même en France, parmi les animaux pérdus, dont il ne resté que les squelettes fossiles, une douzaine d'espèces de chiens qui ont plus ou moins d’analogie avec plusieurs des races qui existént aujourd'hui, et qui ont peuplé la terre avant l’homme, dans les époques antédiluviennes.
Le chien! À ce nom il n’est pas un homme qui n'ait un souvenir agréable ou touchant, celui d'un gai compagnon des jeux de son enfance, d’un gardien sûr et vigilant à la maison, d'un aide indispensable à la chasse, d’un guide ou d'un éclaireur dans un voyage, d'un défenseur intrépide dans le danger, d’un sauveur quelquefois, mais toujours d’un ami désintéressé, aussi dévoué que fidèle, prêt à partager avec le même empressement les misères ou les joies de son maitre. Le chien n'a qu'une pensée, qu'un besoin, qu'une passion, c’est l'affection ; il faut qu'il aime où qu'il meure. Pour témoigner son amour à celui qui l’a élevé, dont il à reçu les premières caresses, il est capable de tous les dévouerhents les plus sublimes : les dangers, la fatigue, la faim, les intempéries de l'air, les privations de tout genre ne sont rien, Sil les supporte avec lui ou pour lui, Par ses caresses il
console le malheureux, qui, sans son chien, n’aurait pas un ami sur la terre; il peuple, il embellit la solitude de son obscur réduit; il occupe son cœur et l’aide à traverser une misérable vie oubliée par les hommes; il l’encourage et semble l’aimer d'autant plus qu'il est plus opprimé par l’adversité. Dans ses durs travaux, il l'aide même au delà de ses forces; il s’excède à tirer une voiture, à tourner la roue d’un soufflet de forge, à maintenir l’ordre dans un troupeau; il fait ses commissions à la ville, et lui évite même la honte de la mendicité en tendant pour lui une écuelle de bois aux passants. Il n’est jamais plus heureux que lorsqu'il croit se rendre utile, qu'il recoit un sourire pour l’encourager et une caresse pour son salaire. C’est alors surtout qu'il déploie celte admirable intelligence qui le met tant au-dessus des animaux et qui ne le cède qu’à l'homme, à l’homme, qui serait un être parfait s’il avait les qualités morales du chien.
Pour défendre son maitre, le chien ne connaît ni crainte ni danger, et fût-il sûr de périr dans la lutte, il s'élance avec intrépidité, attaque avec fureur, et ne cesse de combattre de toutes ses forces, de tout son courage, qu’en cessant de vivre. Il le défend contre les animaux féroces dix fois plus forts que lui; contre les brigands qui menacent ses jours, et il vit pour le venger, s’il n’a pu le dérober aux meurtriers; il veille sur lui s’il est blessé, et ne le quitte que pour aller chercher du secours; il le sauve des flots qui allaient l’engloutir; il le réchauffe de son haleine, de son corps, après s'être volontairement enfoncé avec lui dans les abimes de neige ; enfin il oublie l'instinct de sa propre conserva tion pour né penser qu’à la conservation de celui qu'il aime.
Quand il s’agit de son maître, de célui auquel il a voué son existence entière, rien ne lui est indifférent; il ne sent que par lui et pour lui, et partage tout sans hésiter : haines et affections, joies et chagrins, fortune et pauvreté, Fortune! non, car il n'exige rien en retour de sün dévouement; ét ordinairement le chien de l’hommé dôfit la richesse a rétréci le cœur est plus mal nourri, plus maltraité que celüi du pauvre, abandonné qu'il est à des valets. Le chien se plaît où son maître se plait, quitte sans regret les lieux qu'il abandonne, et, avec lui, passe gaiement de la cuisine du prince au baquet de la gargote. Il caresse les vieux parents et vient dormir à leurs pieds; il aime la femme; il protége les enfants et joue bien doucement avec eux; en un mot, il ne vit que de la vie de son maître; et si la cruelle mort vient le lui arracher, il se traîne sur son tombeau, s’y couche et y meurt dé tristesse et de douleur.
Aussi généreux qu'aimant, il supporte avec patience l’ingratitude et les mauvais traitements dont trop souvent on paye ses services et son affection. Si on le gronde, il s’humilie; si on le frappe, il se plaint, il gémit; son œil suppliant, si doux, si expressif, demandé grâce pour une faute que parfois il n’a pas commise, Il se traine aux pieds de son brutal tyran, lui lèche les mains, tente de l'attendrir, de désarmer sa colère, mais jamais
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il ne cherche à repousser l'agression par l'agression, la force par la force, quelles que soient l'injustice et la barbarie de son supplice, et s’il se sent blessé mortellement, en mourant, son dernier regard est encore un regard de pardon et de tendresse.
Bernardin de Saint-Pierre a dit que c’est être à moitié anthropophage que de manger le chien, et je partage tout à fait cette opinion. Je crois aussi que l'homme qui n'aime pas les animaux, qui reste insensible à tant d'affection ou de services rendus avec désintéressement, qui n'a pas pitié de leurs douleurs, de leurs souffrances physiques, est plus brute qu'eux, et ne fera jamais ni un bon citoyen, ni un bon père de famille; je erois que les hommes n’ont rien à attendre de lui que le plus froid égoïsme. Qu'on n’aille pas croire que dans ce que je viens dire de ce noble et bon animal, il y ait de l'exagération; je n'ai pas écrit une seule phrase que je ne puisse justifier par des faits nombreux, et je terminerai par une citation de Buffon qui complétera le portrait : « Le chien, indépendamment de la beauté de sa forme, de la vivacité, de la force, de la légèreté, a par excellence toutes les qualités intérieures qui peuvent lui attirér les regards de l'homme : un naturel ardent, colère, même féroce et sanguinaire, rend le chien sauvage redoutable à tous les animaux, et cède dans le chien domestique aux sentiments les plus doux, au plaisir de s'attacher et au désir de plaire... Plus docile que l'homme, plus souple qu'aucun des animaux, non-seulement le chien s'instruit en peu de lémps, mais même il se conforme aux mouvements, aux manières, à Loutes les habitudes de ceux qui lui commandent ; il prend le ton de la maison qu'il habite; comme les autres domestiques, il est dédaigneux chez les grands et rustre à la campagne ; toujours empressé pouf son mailre et prévenant pour ses seuls amis, il ne fait aucune attention aux gens indifférents, et se déclare contre ceux qui par état sont faits pour importuner : il les connait aux vêtements, à la voix, à leurs gestes, et les empêche d'approcher. Lorsqu'on lui a confié, pendant la nuit, la garde de la maison, il devient plus fier et quelquelois féroce ; il veille , il fait sa ronde; il sent de loin les étrangers, et pour peu qu'ils s'arrêtent ou tentent de franchir les barrières, il s'élance, s'oppose, et, par des aboïements réitérés, des efforts et des cris de colère, il donne l'alarme, avertit et combat. Aussi furieux contre les hommes de proie que contre les animaux carnassiers, il se précipite sur eux, les blesse, les déchire, leur ôte ce qu'ils s’efforcaient d'enlever; mais content d’avoir vaincu, il se repose sur les dépouilles, n’y touche pas, même pour satisfaire son appétit, et donne en mème temps des exemples de courage, de tempérance et de fidélité. »
Quelques-uns de nos jeunes écrivains, probablement pour dire du nouveau, ce qui n'est pas aisé, viennent d'élever la voix contre l'opinion de Buffon , et d'imprimer que le chien n’est que le modèle parfait de l’esclave abject dont le cœur avili se plaît dans la servitude; ceux-là ne comprendront jamais l'amour ni le dévouement. Mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que le chien, déclaré propriété par nos lois, est mis, sans réclamation, hors la loi par un préfet de police de Paris ou par un maire de village. Sans respect pour la propriété, s'appuyant sur un vieux préjugé qui a été cent fois renversé par la science, et faisant même tout ce qu'il faut pour amener l'hydrophobie qu'ils prétendent éviter, ils font semer de l’arsenie et de la noix vomique sur la voie publique, au risque d'empoisonner, non pas toujours des chiens, mais des enfants, ce qui, prétend-on, est arrivé plus d'une fois. En effet, le chien est sujet à une maladie terrible, la rage; mais les plus habiles vétérinaires de l'Institut et de l’école d'Alfort ont fait, pendant plusieurs années, de nombreuses et eruelles expériences pour connaître les causes du développement de celte maladie; et ils ont positivement reconnu que cette cause n’est ni dans la chaleur atmosphérique , ni dans la soif par manque d’eau, mais uniquement dans une privation longue et totale de la réunion des sexes, La chienne porte soixantetrois jours et fait de
quatre à huit petits, quelquefois jusqu'à douze. La durée ordi= naire «le la vie, dans ces animaux, est de douze à quinze ans. Cependant il n’est pas rare d'en trouver qui atteignent vingt ans, et j'en ai vu un qui en a vécu vingt-cinq.
Le chien a suivi l'homme sur tous les points de la terre, et a dû, comme lui, éprouver les influences des divers climats; outre cela, soumis à la plus antique des domesticités, il en a subi les conséquences. Aussi n'est-il pas d'animal connu qui fournisse des races plus variées et mieux caractérisées, el peut-être plus constantes quand on veut les conserver pures. Nous ne citerons ici que les principales reconnues par les naturalistes.