‹ Le jardin des plantesChapitre 49 sur 100 · LES CARNASSIERS DIGITIGRADES SE · texte numérisé non relu

LES CARNASSIERS DIGITIGRADES SE

pendant quelque temps, un de ces animaux. « Dans les terres voisines du détroit de Magellan, dit le capitaine Wood, nous vimes un animal auquel nous donnâmes le nom de grondeur ou de sou/fleur, parce qu'il ne voit pas plutôt quelqu'un, qu'il gronde, souffle et gratte la terre avec ses pieds de devant, quoiqu'il n'ait pour toute défense que son derrière qu'il tourne d'abord vers celui qui l'approche, et d’où il fait sortir des excréments d’une odeur la plus détestable qu'il y ait au monde.» On lit dans Garcillasso de la Vega : « Il y a au Pérou beaucoup de petits renards parmi lesquels il faut remarquer ceux qui rendent une odeur insupportable; ils entrent la nuit dans les villes, et quelque fermées que soient les fenêtres, on les sent de plus de cent pas; heureusement que le nombre en est petit, car sans cela ils empuantiraient le monde entier. » D’autres voyageurs disent que celle insupportable odeur est si forte qu’elle se fait sentir à un quart de l'ieue à la ronde, et qu’elle suffoque tellement les chiens par lesquels on fait attaquer une moufette, qu'ils en sont malades pendant six heures. Si une goutte de la liqueur odorante tombe sur les habits de quelqu'un, ils en sont empestés pour plus de six mois, malgré toutes les précautions que l'on peut prendre pour les désinfecter. « Quand cet animal, dit Kalm en parlant du fiskatte ou polecat, est chassé soit par les chiens, soit par l'homme, il court tant qu'il peut, et lorsqu'il se trouve trop pressé, il lance son urine contre ceux qui le poursuivent, L'odeur en est si forte qu'elle suffoque ; s’il tombait une goutte de cette liqueur empestée dans les yeux, on courrait risque de perdre la vue. La plupart des chiens se rebutent et s'enfuient dès qu'ils en sont frappés. En 1749, il vint un de ces animaux près de la ferme où je logeais; c'était en hiver et pendant la nuil; les chiens étaient éveillés et le poursuivaient. Dans le moment il se répandit une odeur si fétide qu'étant dans mon lit je pensai êlre suffoqué ; les vaches beuglaient de toute leur force. Sur la fin de la méme année, il s’en glissa un autre dans notre cave; mais il ne répandit pas la plus légère odeur, parce qu'il ne la répand que quand il est chassé ou pressé. Une femme, qui l'apercut la nuit à ses yeux étincelants, le tua, et dans le moment il remplit la cave d’une telle odeur que non-seulement cette femme fut malade pendant quelques jours, mais que le pain, la viande et les aulres provisions qu'on conservait dans cette cave furent tellement infectés qu'on ne put rien en garder, et qu'il fallut tout jeter dehors. » J'ajouterai que, au Jardin des Plantes, les peaux seules des moufettes infectent pour plusieurs mois les armoires du cabinet où on les place; les glandes qui contiennent cette liqueur empestée, bien que plongées dans l'esprit-de-vin dans un bocal bien luté, et que le corps d’où on les a tirées soit venu luimême d'Amérique dans l'esprit-de-vin, se font sentir pendant plus d’un an dans le cabinet d'anatomie comparée. Cette odeur ressemble à celle du putois renforcée par un mélange d’odeur d'ail très-exallée. On ne peut rien imaginer de plus désagréable,

Et cependant, non-seulement les Américains mangent la chair de cet animal après lui avoir enlevé ses glandes fétides aussitôt après sa mort, mais encore ils en élèvent dans leur maison ou leur jardin pour en tirer les mêmes services que des chats, c'està-dire leur faire détruire les souris et les insectes. Ils parviennent mème à les apprivoiser au point de s’en faire suivre comme des chiens. Avec la précaution de ne jamais les contrarier ni les batire, on n'est jamais incommodé par la mauvaise odeur que cet animal n’exhale qu’à sa volonté, ainsi que nous l'avons observé. « On m'a envoyé de Surinam cet animal vivant, dit Seba, je l’ai conservé en vie tout un été dans mor jardin, où je le tenais attaché avec une petite chaine. Il ne mordait personne, et lorsqu'on lui donnait à manger, on pouvait le manier comme un pelit chien; il creusait la terre avec son museau en s'aidant des deux pattes de devant, dont les doigts sont armés d'ongles longs et recourbés; il se cachait pendant le jour dans une espèce de tanière qu'il avait faite lui-même; il en sortait le soir, et, après

s'élre nettoyé, il commencait à courir, et courait ainsi toute la nuit à droite et à gauche, aussi loin que sa chaîne lui permettait d'aller; il furetait partout, portant le nez en terre. On lui donnait chaque soir à manger, et il ne prenait de nourriture que ce qu'il lui en fallait, sans toucher au reste ; il n'aimait ni la chair, ni le pain, ni quantité d'autre nourriture, ses délices étaient les panais jaunes, les chevrettes crues, les chenilles et les araignées. »

Sous ce nom de moufette d'Amérique, on comprend un grand nombre d'animaux fort différents par leur pelage, et qui ont été si mal décrits par les voyageurs qu'il est impossible de décider si ce sont des espèces distinctes ou de simples variétés. Nous allons donner ici un extrait des recherches faites à ce sujet par Desmarest et G. Cuvier, afin d'engager les voyageurs à les compléter ou à les rectifier quand ils en trouveront l’occasion.

1° L'Isquiepatl d'Hernandès est marquée de plusieurs raies blanches, et se trouve au Mexique.

2% Le Polecat ou Putois de Catesby est marqué de neuf raies blanches; il est digitigrade.

5° Le Conepate de Buffon a six raies blanches. La figure le représente plantigrade.

4° Le Conepatl ou Vulpecula puerilis d'Hernandès n’a que deux raies blanches, se prolongeant sur la queue.

5o Le Mapurito de Mutis n’a qu'une raie et le bout de la queue blancs.

6° Le Chinche de Buffon est blanc en dessus, avec une ligne noire sur la croupe, et une queue touffue et longue.

T° La Moufette, prétendue de Bengale, de Catton, a des taches blanches à la tête, quatre raies blanches sur le dos, et une queue très-touffue, blanche et nuageuse.

8 Le Chinche de Feuillée a deux raies blanches qui s'écartent et finissent sur les côtés; sa queue est comme celle d'un renard.

9 Le Chinga de Molina est noir, avec une bande de taches blanches et rondes le long du dos, et la queue comme un écureuil,

10° Le Yagouare de d'Azzara est marqué de deux raies blanches qui vont jusqu’à la queue.

41° Le Polecat, ou Skunk, ou Fiskatte de Kalm a cinq raies blanches.

12 Le Zorille de Gmelli Carreri est noir et blanc.

15» Le Mapurita où Mafutitiqui de Gumilla est tout tacheté de noir et de blanc, avec une belle queue.

1%° La Béte puante de Lepage Duprats, dont le mâle est noir, et la femelle bardelée de blanc. La figure la représente rayée en travers de blanc et de noir. :

15° L'Ortohula de Fernandès est noir el blanc, avec quelques parties fauves.

46° Le Tamaætla du même n'a pas de fauve, et il a quelques anneaux noirs et blancs à la queue. Tous sont de l'Amérique.

On concoit qu'avec des renseignements aussi vagues il était impossible aux naturalistes de reconnaitre des espèces ct de les déterminer. Cependant on est parvenu à en décrire assez complétement cinq espèces, qui sont :

Le Cuineue (Mephitis chincha, Less, Viverra mephitis, Gur. Le Chinche, Rurr.) est d’un brun plus ou moins foncé, avec deux petites taches blanches sur les épaules et sur le ventre; son front est marqué d’une bande longitudinale blanche; il a deux raies blanches excessivement larges sur le corps, et sa queue est fournie de très-longs poils blancs mêlés d'un peu de noir. 11 habite le Chili.

L'Arok où Zorra DE Quiro (Mephitis quitensis, Less.) est noir, marqué de deux bandes blanches longitudinales; ses oreilles sont petites, noires et très-poinlues ; sa queue , d'un tiers moins longue que son corps, est blanc et noir, très-touflue. Il se trouve dans la province de Quito.

La Mourette pu Cut (Mephitis chiliensis, Georr.) est d’un brun marron, avec deux raies blanches sur les côtés du corps, qui se

réunissent derrière la Lête pour former un croissant; sa queue est très-touffue, mélangée de blanc et de brun. Elle est du Chili.

La MOUrETTE INTERROMPUE ( Mephitis interrupta, RarinisQ.) est brune, avec deux raies courtes, blanches, occupant parallèlement la tête; huit raies de la même couleur se dessinent sur son dos, les quatre antérieures également et parallèlement, les quatre postérieures dans un sens inverse. Elle habile la Louisiane.

La MoureTTE Marumiro (Mephitis mapurito, Less. Viverra mapurio, Guz.) a le pelage touffu, d'un noir foncé, n'ayant sur le dos qu'une bande blanche ; ses oreilles sont peu apparentes, el sa queue est terminée par du blanc. Elle se creuse des terriers, vil de larves et d'insectes, et habite la Nouvelle-Grenade.

Peut-être pourrait-on encore regarder les cinq suivantes comme des espèces distinctes :

Le Cuinca (Mephitis chinga) est noir, avec une bande de taches rondes et blanches le long du dos; sa queue est longue, touflue et plate, comme celle d’un écureuil. I habite les États-Unis.

La Mourette pe GumLLa (Mephitis Gumillæi) est entièrement tachetée de noir et de blanc, avec une queue longue et touffue. Elle habite les États-Unis.

La Mourerte TRÈs-PUANTE {Mephitis fetidissima) est à demi plantigrade, comme les deux suivantes; le fond de son pelage est noir ; elle a une ligne blanche sur le museau; tout le dessus du cou et du garrot est couvert d'une plaque blanche au milieu de laquelle est un point noir; cette bande se bifurque et forme de chaque côté une bande blanche qui va en s’écartant se terminer sur la cuisse ; derrière chaque cuisse est une touffe blanche; Ja queue est très-touffue, noire, avee un pinceau blanc à l'extrémité. Elle habite les États-Unis.

La Mourerre pes Érars-Unis (Mephitis olida) a, comme la moufette du Chili, une simple bande blanche sur l'occiput, d'où partent deux bandes longitudinales restant pleines jusqu'à l'épaule; depuis l'épaule, une ligne blanche étroite et interrompue règne jusqu'au milieu du flanc, et se prolonge même un peu sur la croupe. Le fond de son pelage est noir, ainsi que sa queue, qui est longue, et se termine par un pinceau blanc. Elle se trouve aux Etats-Unis.

La MourerrTe pe NEW-JersEy (Mephitis putida) diffère de la précédente en ce que la bande de l’occiput et ses prolongements longitudinaux atteignent à peine l'épaule. Les lignes des côtés manquent entièrement. Elle est des États-Unis.

G. Cuvier penche à croire qu'il n'existe réellement que deux espèces de moufettes : l’une, à queue blanche, qui jusqu'à présent paraitrait plus commune dans l'Amérique méridionale; l'autre, à queue noire, qui ne viendrait guère que de l'Amérique du Nord. Néanmoins, pour pouvoir décider quelque chose de positif sur ce sujet, il faudrait savoir : 40 si tous les individus de la même famille ont les couleurs ordonnées de la même manière, c'est-àdire si les individus transmettent identiquement à leurs enfants la même robe ; 2 si toutes les moufettes habitant une même contrée portent la mème livrée, etc.

4e Genre. Les ZORILLES ( Zorilla, Isin. Georr.) ont à peu près le même système dentaire que les putois; leur molaire tuberculeuse d’en haut est assez large; ils ont, comme eux, deux fausses molaires supérieures, trois inférieures. Leur museau est court; les ongles de leurs pieds de devant sont longs, épais, mais non pointus; ils ne peuvent leur servir à grimper, mais seulement à fouir la terre.

Le Zonirre (Zorilla mustela, — Mustela zorilla, Des. Viverra zorilla, Gus. Le Blaireau du Cap, Ko. Le Zorille, Burr.) a plus d'un pied,(0,525) du bout du museau à l'extrémité de la queue, qui a huit pouces (0,217) à peu près de longueur ; il est noir avec plusieurs taches blanches sur la tête et des lignes blanches Jongitudinales sur le corps en dessus, ou blanc avec des taches et des lignes noires. La première variété se trouve au cap de Bonne-Espé-

rance, la seconde au Sénégal et sur les bords de la Gambie, Du reste, cet animal a le même genre de vie que les martes, à cela près que, ne pouvant grimper sur les arbres, il se creuse un Lerrier qu'il habite pendant le jour, et dans lequel il se retire à la moindre apparence de danger.

3e Gene. Les MYDAS (Mydaüs, Fn. Cuv.) ont le même système dentaire que les monfettes, mais ils en diffèrent par leur queue presque nulle ou à l'état rudimentaire; par leur oreille externe, qui est nulle; par leur tête conique et allongée, terminée par un museau en forme de groin de cochon; leurs pieds antérieurs sont armés d'ongles très-grands, propres à fouir la terre.

Le SrixckarD où TÉLAGON (WMydaüs meliceps, Fa. Cuy. Meplitis javanensis, Lescuex. Le Stinckard des habitants de Sumatra. Le Télagon des Javanais. La Moufette de Java) répand, dans les mêmes circonstances que les monfettes, une odeur tout aussi fétide. Son pelage, assez peu fourni, est brun, avec une tache blanche longitudinale sur l’occiput, se prolongeant sur le milieu du dos jusqu'à la queue, ou quelquefois moins loin, d'autres fois en ligne interrompue, ete. Sa queue a au plus deux pouces (0,054) de longueur; elle est blanche à son extrémité. Cet animal habite Java et Sumatra. On ne connaît pas ses habitudes; mais, à en juger par son organisation, elles doivent être les mêmes que celles des moufettes.

Ge Genre. Les LOUTRES (Lutra, Srorn.) ont trenle-six dents : six incisives, deux canines et dix molaires à chaque mâchoire; leur tête est comprimée; leur corps est très-long ; leurs jambes sont courtes; leurs pieds palmés, et leur queue aplatie horizontalement ; leur oreille externe est très-courte ; elles ont les yeux grands et de grandes moustaches. Ce sont des animaux qui tous vivent sur le bord des eaux.

La Lourre p’Europe (Lutra vulgaris, ErxL. Mustela lutra, Lix. La Loutre, Burr. L'Enydris des ‘anciens auteurs grecs) a deux pieds (0,650) de longueur ; elle est d’un brun foncé en dessus, d'un gris brunâtre en dessous, avec la gorge et l'extrémité du museau d’un gris clair. On en trouve des variétés accidentelles tachetées de blanc; mais ces individus sont fort rares.

Cet animal nage et plonge avec une extrême facilité, et développe dans les eaux une agilité surprenante qu'il est bien loin d’avoir sur Ja terre, où il ne marche pour ainsi dire qu'en rampant, à cause de la brièveté de ses pattes. Le jour, il se tient à proximité de sa retraite ou caché dans quelque buisson épais peu éloigné de l’eau, dont jamais il ne quitte les bords. Il a l'ouie, l'odorat et l'œil excellents et au moindre bruit il s’élance dans les ondes, plonge à une profondeur suffisante pour dérober sa trace, nage entre deux eaux, et regagne ainsi sa retraite, quelquefois à une assez grande distance, sans reparaître à la surface. Si par hasard on l'a surprise loin du trou qu'elle habite ordinairement, la loutre se cache sous des racines ou des herbes épais= ses, reste le corps entièrement plongé dans l'eau ; et n'élève à la surface pour respirer que le bout de son nez, qu’elle a soin de cacher sous une large feuille de nymphéa ou d'autre plante. Elle demeure immobile dans cette attitude, jusqu'à ce qu’elle soit assurée de l'éloignement de l'individu qui l'inquiétait. Elle se plait de préférence dans les pays solitaires et un peu montagneux, le long des petites rivières qui nourrissent des écrevisses, des truites et d’autres poissons, mais toujours à proximité des étangs, où elle va de temps à autre faire des excursions désastreuses. Elle s'y rend la nuit, cherche d'abord un trou ou fourré dans lequel elle pourra se cacher pendant le jour; puis, si elle trouve une retraite qui lui convienne, elle y établit son domicile pour plus ou moins longtemps, selon qu'elle y est plus où moins inquiétée, Chaque nuit elle pêche, et l’on peut calculer qu'un seul de ces animaux peut délruire de cent à cent cinquante carpes par an dans un grand étang. Si elle rencontre un simple vivier, auprès

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duquel elle ne peut établir son domicile à cause de la proximité d'un village ou d'une ferme, elle agit alors comme le putois: c’est-à-dire qu’elle commence d’abord’ par tuer tout le poisson qu'elle y trouve, puis ensuite elle en emporte autant qu’elle peut. Lorsqu'elle s’est établie sur le bord d’une grande rivière, ce qui arrive souvent, elle devient redoutable pour les pêcheurs, non-seulement parce qu’elle ruine leur pêche en détruisant le poisson, mais encore parce qu'elle manque rarement de couper leurs lignes et de trouer leurs nasses et leurs filets quand ils sont obligés de les laisser tendus pendant la nuit. Elle reste fort longtemps sous l’eau sans avoir besoin de venir respirer, mais cela n’empéche pas qu’elle ne se noie quelquefois lorsqu'elle a pénétré dans une nasse d'osier, et que le temps lui manque pour en couper les barreaux avec ses dents

habitude, vont s’embusquer à vingt pas de cette pierre, l’attendent au elair de la lune, et manquent rarement de l’y voir venir et de la tirer. S'ils ne la tuent pas roide, elle est perdue pour eux, car elle se jette dans la rivière et se sauve entre deux eaux. Si elle se sent mortellement blessée , elle plonge, s'accroche au fond à quelque racine, se laisse noyer et ne revient plus sur l’eau. La loutre donne rarement dans les piéges qu’on lui tend; aussi le meilleur moyen de la détruire est de lui faire une chasse active au fusil. Lorsque, dans les prés qui bordent les rivières, le foin est assez haut pour cacher ces animaux , ils aiment à s’y promener le matin pour poursuivre les rats, les mulots, les grenouilles, etc. Si le ciel est serein et que le soleil soit chaud, ils s’y couchent volontiers, et s'y endorment pendant quelques heures de la matinée. Le chasseur arrive en silence dans le pré où il les

La Loutre.

Comme on le voit, la loutre se nourrit le plus ordinairemen d’écrevisses et de poissons ; mais elle attaque aussi les rats d’eau, les mulots, les petits oiseaux, etc. Elle cherche dans les roseaux les nids de canard, de sarcelle, de bécassine, et en mange les œufs; elle se jette sur les grenouilles, les couleuvres et autres reptiles; mais pour tout cela elle ne s’en contente pas moins d'herbe tendre, d’écorce et de jeunes bourgeons, quand les proies vivantes viennent à lui manquer. Elle devient en chaleur en hiver, et met bas, en avril, trois ou quatre petits, qu'elle allaite pendant deux mois, et qu’elle abandonne ensuite. Elle ne se creuse pas de terrier, comme on l’a dit; mais si elle en trouve un tout fait, elle s’en empare volontiers, et y loge ses petits sur un nid de büchettes et de foin. Le plus ordinairement elle se loge dans une vieille souche d’aune, de saule ou de peuplier, quelquefois dans un trou de rocher, une pile de fagots ou le premier trou venu. C’est là qu’elle-porte sa pêche ou sa chasse pour la manger avec tranquillité et à l'abri de tout danger ; mais elle ne tient pas tant à son domicile qu’elle ne le quitte pour toujours et aille en chercher un autre à une grande distance , pour peu qu'on l'y ait inquiétée. 1

La loutre a une singulière habitude, celle d'aller chaque nuit sur la grève, au même endroit, faire ses ordures auprès d’une pierre blanche que le hasard aura placée sur le sable. On reconnaît ses fumées aux débris d’arête de poisson et de test d’écrevisse qu'elles contiennent. Les chasseurs, qui connaissent cette

soupçonne, et suit le long de la rivière pendant que son chien bat le pré à côté de lui, à trente pas de distance. La loutre, qui l'entend, part aussitôt pour regagner l’eau, et passe nécessairement à portée de fusil.

Buffon a dit que la loutre ne s’apprivoise jamais, et en cela il se trompe complétement. J'en ai vu une qui a vécu pendant deux ou trois ans au château de Pramenoux; elle suivait et caressait la domestique qui lui donnait habituellement sa nourriture; elle sortait et se promenait seule, rentrait de même, allait tous les jours se laver dans le bassin d’une fontaine qui jaillissait au fond d'une grande cour, dormait au coin du feu de la cuisine pendant tout l'hiver, et s’en était tellement emparée, qu’elle en chassait les chiens et les chats. Quelquefois elle s’échappait la nuit pour aller pêcher dans un petit étang très-voisin du château; elle rentrait par les chatières, trous qu’on est dans l'usage, dans ce pays, de faire aux portes pour livrer passage aux chats; le lendemain matin des débris de poisson trouvés dans la cuisine dénonçaient son vol et prouvaient qu’elle venait dévorer sa proie à la place où on lui donnait ordinairement sa nourriture. Elle s’était fort bien accoutumée à manger les restes de table, le pain trempé dans du lait, et même la soupe des chiens. M. Isidore Geoffroy cite également l'exemple d’une loutre qui avait été apprivoisée par un paysan, et qui le suivait comme un chien.

La loutre n’est très-commune nulle part, au moins à présent ; mais on la trouve dans presque toute l'Europe. Sa fourrure, sur-

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tout celle d'hiver, sans être d'un très-grand prix , a cependant de la valeur, surtout depuis quelques années qu'on l'emploie beaucoup dans la chapellerie. Sa chair, que l'on mange les jours maigres, est assez bonne, mais elle a une forte odeur de poisson qui ne plait pas à beaucoup de personnes

La LourRre ou KamTscnaTkA (Lutra lutris, Georr. Mustela lutris, Lin. Lutra marina, ErxL. Mustela hudsonica? Lacér. Lutra canadensis? Fr. Cuv.) a presque trois pieds et demi (1,157) de longueur; elle est d’un brun marron lustré, changeant de nuance selon la position des poils; sa tête, sa gorge, le dessous de son corps et le bas des membres antérieurs sont d'un gris brunâtre argenté ; elle a la queue courte et grosse, et ses pieds de derrière sont très-courts. On en trouve une variété à tête blanche.

Cette espèce est aussi quelquefois appelée saricovienne, quoique ce nom ne convienne qu'à la loutre d'Amérique (Lutra brasilien— sis). On la trouve non-seulement au Kamtschatka, mais encore dans tout le nord de l'Asie et de l'Amérique , surtout à la côte sud-ouest, et sur les bords des petites îles qui bordent les côtes. Elle n'habite pas les eaux douces, comme notre loutre d'Europe, mais seulement les rivages de l'Océan, et ceux des grands lacs salés qui communiquent avec la mer. Sa fourrure est une des plus précieuses que l’on connaisse, et elle est tellement estimée par les Chinois, qu'ils la payent un prix considérable , surtout dans de certaines années. Cette magnifique fourrure est garnie de très-peu de poils soyeux; elle est principalement composée de poils épais, laineux, particulièrement à la partie supérieure du corps, où ils sont veloulés. Par son éclat, sa douceur, son moelleux, cetle pelleterie l'emporte sur toutes les autres. Chaque année, les Américains, les Russes et les Anglais se rendent sur les côtes où cetle loutre abonde; ils achètent aux naturels du pays toutes les peaux qu'ils peuvent en tirer, et les portent ensuite vendre, avec d'énormes bénéfices, en Chine ou au Japon. Ces voyageurs racontent que cette loutre vit par couple, et que la femelle, après une gestation de huit à neuf mois, ne met bas qu'un seul petit. Ce peu que l’on sait de l’histoire de cet animal a besoin d’être confirmé par de nouvelles observations.

La Lourre pe LA Guyane (Lutra enudris, Fr. Cuv.) a trois pieds et demi (1,137) de longueur, la queue comprise, et celle-ci forme à peu près le tiers de la longueur totale; elle est d'un brun clair en dessus , plus pâle en dessous , avec la gorge et les côtés de la face jusqu’aux oreilles presque blancs. On la trouve sur les bords des grands fleuves de la Guyane.

La Lourre DE LA CAROLNE ( Lutra lataxina, Fr. Cuv.) est un peu plus grande que la loutre de la Guyane; son pelage est d'un brun noirâtre en dessus, moins foncé en dessous; la gorge, l'extrémité du museau et les côtés de la tête sont grisàtres. Dans

cette espèce, des poils longs et soyeux recouvrentles laineux. On la trouve dans la Caroline du Sud.

La LOUTRE DE LA TRINITÉ (Lutra insularis, Fr. Cuv.) a deux pieds trois pouces de longueur (0,751), et sa queue a dix-huit pouces (0,487); son pelage est court et très-lisse, d’un brun clair en dessus; d’un blanc jaunâtre en dessous, sur la gorge, la poitrine et les côtés de la tête. Elle habite l’île de la Trinité.

La SARICOVIENNE Ou CARIGUEBEYU (Lutra brasiliensis, GEorr. Mustela lutris brasiliensis, Lin. La Saricovienne de la Guyane, Burr.) est plus grande que la loutre d'Europe; son pelage est d'un brun fauve, un peu clair sur la tête et le cou, plus foncé à l'extrémité des membres et de la queue, avec la gorge et l'extrémité de la queue d'un blanc jaunâtre; ses narines sont nues sur leur contour, mais elle manque de mufle. Elle habite la rivière de la Plata, et Thevet dit que sa chair est très-délicate, fort bonne à manger.

Le BarAxG-BaraxG ( Lutra barang , Fr. Cuv.) a un pied huit pouces (0,542) de longueur, et sa queue a huit pouces (0,217). Son pelage est rude, d’un brun sale en dessus, un peu plus pâle en dessous ; sa gorge est d’un gris brunâtre ; ses poils laineux sont d’un gris brun sale. Il habite Java et Sumatra.

Le Simuxc (Lutra simung, Rarr. Lutra perspicillata, Is. Georr.) est un peu plus grand que le barang-barang; son pelage est moins long, plus lisse et plus doux : il est d’un brun foncé, plus clair et un peu roussâtre en dessous ; il a la gorge, les côtés de la tête et le tour des yeux blanchâtres, avec le menton blanc. Il habite Sumatra.

Le Nir-NaYIé (Lutra nair, Fr. Cuv.) a deux pieds quatre pouces (0,758) de longueur, non compris la queue, qui a dix-sept pouces (0,460). Son pelage est assez court, d’un châtain foncé en dessus, plus clair sur les côtés du corps; d’un blanc roussâtre en dessous, ainsi que sur la gorge, les côtés de la tête et du cou, et le tour des lèvres ; le bout de son museau est roussâtre, et il a deux taches de la même couleur, l’une en dessus, l’autre en dessous de l'œil. Il habite les Indes, dans les rivières autour de Pondichéry.

7e Genre. Les LATAXES ( Latax, Aristote?) ont une formule dentaire qui m'est inconnue. Ils ont les formes générales des loutres ; mais leurs pieds de devant, non aplatis ni élargis, ont les doigts velus, épais, armés d'ongles aigus, avec la paume nue, tandis que ceux de derrière sont en forme de rames plates, absolument semblables à ceux des phoques, si ce n’est qu'ils sont libres.

Le LaTAxE DE STELLER (Lataæ Stelleri. — Lutra Stelleri, Less. Lutra marina, SteLL.) est de la taille d'un chien médiocre; son pelage est épais, d’un noir brunâtre ou marron; sa queue est courte, large, pointue. Il habite les terres voisines du pôle

LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.

boréal, et vit sur les bords de la mer; il se nourrit de crustacés et de poissons, et passe la plus grande partie dé son temps dans l'eau. 1 parait que ses habitudes sont mixtes entre celles des loutres et des phoques. Il faudra probablement, quand on connaiîtra mieux ce genre , le reporter à la tête de la famille de ces derniers.

8° Genre. Les AONYX (Aonyx, Less.) ont les mêmes caractères génériques que les loutrés, mais ils en diffèrent par la forme des pieds et par les doigts à peine réunis par une membrane; le second doigt pafait soudé au troisième sur toute la première articulation; ils sont tous les deux plus allongés que les suivants, et tous les doigts sont privés d'ongles, où un vestige d'ongle rudi-

mentaire est seulement observé aux second et troisième doigts des pieds postérieurs.

L'Aonvx DeraranDe (Aonyæ Delalandi, Less. Lutra inunguis, G. Cuv. La Loutre du Cap) a deux pieds dix pouces (0,921) de longueur, non compris la queue, qui a vingt pouces (0,542); son pelage est épais, doux, d’un brun châtain, plus foncé sur la croupe , les membres et la queue, plus clair sur les flancs ; le dessus de la tête est d’un gris brunâtre, et le dessous du corps d'un blanc assez pur. Il habite le pays des Hottentots, au cap de Bonne-Espérance , et vit de poissons et de crustacés qu’il pêche dans les étangs salés du bord de la mer. Du reste, ses habitudes sont semblables à celles de notre loutre,

Ils ont deux dents tuberculeuses plates derrière la carnassière supérieure; celle-ci a un talon assez large, Ils ont tous un petit cœcum.

Aer GENRE, Les CHIENS (Canis, Lin.) ont quaränte-deux dents : six incisivés et deux canines en haut et en bas: douze molaires à la mâchoire supérieure, et quatorze à la mâchoire inférieure ; les deux molaires tuberculeuses sont placées derrière chüque molaire carnassière, et la première tuberculeuse supérieure est fort grande; léur langue est douce; ils ont cinq doigts aux pieds de devant, ét Qüälre aux pieds de derrière, munis d'ongles non rétractiles; enfin là pupille de leurs yeux est ronde.

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