LES CHIENS SAUVAGES
Le Lour (Canis lupus, Lin.) à le pelage d’un fauve grisätre, avec une raie noire sur les jambes de devant, quand il est adulte; sa queue est droite ; ses yeux sont obliques, à iris d'un fauve jaune. Dans le Nord, on eh trouvé quelquefois une variété entièrement blanche, Il habite toute l'Europe excepté les îles Britanniques , où l’on est parvenu à le détruire. On le trouve aussi dans le Nord de l'Amérique. Partout il est un dangereux ennemi des troupeaux.
Lé loup, quoi qu'on en ait dit, n’est qu'une simple variété ou race dans l'espèce de notre chien domestique. On en a aujourd'hui les preuves les plus complètes, puisque ceux que l’on conserve à la ménagerie s’accouplent très-bien avec des chiens, et
les individus qui en résultent sont féconds et se multiplient, soit entre eux , soit accouplés avec des chiens ou des loups. Tout ce que Buffon a écrit sur ces animaux, sur leur férocité indomptable, sur leur antipathie pour le chien, sur les caractères qui tranchent ces deux espèces, etc., est absolument faux et le résultat des préjugés de son temps, comme je le démontrerai,
De tous les temps, le loup a été le fléau des bergeries et la terreur des bergers; il est d’une constitution Lrès-vigoureuse; il peut faire quarante lieues dans une seule nuit, et rester plusieurs jours sans manger. Sa force est supérieure à celle de nos chiens de plus grande race. Heureusement que la férocité de son caractère ne répond pas à cette extrême vigueur, et que, par ses qua lités morales, il ne mérite pas la réputation qu’on lui a injustement faite. Le loup n’est ni lâche ni féroce, et c’est ce que son histoire prouvéra quand on la débarrassera des absurdes contes dont on à coutume de la falsifier.
Si le loup n’est pas tourinenté par la faim, il se retire dans les bois, ÿ passe le jour à dormir, et n’en sort que la nuit pour aller fureter dans la campagne. Alors il marche avec circonspeclion , évitant toute lutte inutile, fût-ce même avec des animaux plus faibles que lui, Il fuit les lieux voisins de l'habitation des hommes ; sa tañche est furlive, légère, au point qu’à peine l’entend-on fouler des feuilles sèches. Il visite les collets tendus par les chasseurs, pour s'cinparer du gibier qui peut s'y trouver pris; il parcourt le bord dés ruisseaux et des rivières pour se nourrir des immondices que les eaux rejettent sur le sable. Son odorat est d'une telle finesse, qu'il lui fait découvrir un cadavre à plus d’une lieue dé distance, Aussitôt que le crépuscule du matin commence à rougir l'horizon, il regagne l'épaisseur des bois. S'il est dérangé de sa retraile, ou si le jour le surprend avant qu'il y soit rendu, sa marche devient plus insidieuse : il se coule derrière les haies, dans les fossés, et, grâce à la finesse de sa vue, de son ouïe et de son odorat, il parvient souvent à gagner un buisson solitaire sans être apercu. Si les bergers le découvrent et lui coupent le passage, il cherche à fuir à toutes jambes; s’il est cerné et atteint, il se laisse dévorer par les chiens ou assommer sous le bâton sans pousser un cri, mais non pas sans se défendre.
Quand cet animal est poussé par la faim , il oublie sa défiance naturelle et devient aussi audacieux qu'intrépide, sans renoncer à la ruse quand elle peut lui être utile, Il se détermine alors à sortir de son fort en plein jour ; mais, avant de quitter les bois, il ne manque jamais de prendre le vent, et s’arrêté sur la lisière, évente de tous côtés, il reçoit ainsi les émanations qui doivent le diriger dans sa dangereuse excursion, Il parcourt la campagne, s'approche des troupeaux avec précaution pour n'en être pas aperçu avant d’avoir marqué sa viclime, s'élance sans hésiter au milieu des chiens et des bergers, saisit un mouton, l’enlève, l’emporte avec une légèreté telle, qu'il ne peut être atteint ni par les chiens ni par les bergers, et sans montrer la moindre crainte de la poursuite qu’on lui fait, ni des clameurs dont on l’accompagne. D'autres fois, s’il a découvert un jeune chien inexpérimenté dans la cour d'une grange écartée, il s'én approche avec effronterie et souven jusqu'à portée de fusil : il prend alors différentes attitudes, fait des courbéttes , des gambades, se roule sur le dos comme si son intention était de jouet avec le jeune novice. Quand celui-ci se laisse surprendre à cés trompeuses amorces et s'approche, il est aussilôt saisi, étranglé et entrainé dans le bois voisin pour être dévoré. J'ai été témoin de ce fait, qui prouve dans le loup autant d'intelligence que d'audace.
Mais quand un chien de basse-cour est de force à disputer sa vie, le loup s'y prend différemment : il s'approche jusqu'à ce que le chien l'aperçoive et s’élance pour lui livrer combat; alors l'animal sauvage prend la fuite, mais de manière à exciter son ennemi à le suivre, ne s’en éloignant que suflisamment pour n'être pas atteint, Le mâlin, animé par ce commencement de victoire, poursuit le loup jusqu'auprès d'un fourré où un second
d CHIENS. 155
loup les attendait : ce dernier sort tout à coup de son embuscade, se jette sur le malheureux chien, qui commence le combat avec fureur; mais le fuyard revient sur ses pas, joint ses efforts à ceux de l’autre assassin, et le mâtin tombe victime de son courage et de la pertidie de ses deux ennemis On a vu très-souvent un loup affamé entrer en plein jour dans un hameau, saisir un chien à la porle d’une maison, une oie au milieu de la rue ou un mouton près de la bergerie, l'entrainer dans les bois malgré les hourras d'une population entière, et même malgré les coups de fusil qui déjà ne peuvent plus l'atteindre.
C'est surtout pendant la nuit que le loup affamé oublie sa prudence ordinaire pour montrer un courage qui va jusqu'à la témérité. Rencontre-t-il un voyageur accompagné d'un chien, il le suit d’abord d’assez loin, puis s'en approche peu à peu , et quand il a pu calculer les chances de danger et de succès , d’un bond il se jette sur l'animal effrayé, le saisit jusqu'entre les jambes de son maitre, l'emporte et disparaît. On en a vu trèssouvent suivre des cavaliers pendant plusieurs heures, dans l’espérance de trouver le moment propice pour étrangler le cheval et le dévorer. Dans le Nord, il parait que, lorsque les neiges abondantes couvrent la terre, les loups, ne trouvant plus de nourriture dans les bois, se réunissent en grandes troupés, descendent les montagnes, sortent de leurs forêts, et vienhënt dans la plaine faire des excursions jusqu'à l'entrée des villages et des villes. On prétend que dans ce cas leur rencontre a été plusieurs fois fatale à des voyageurs. Dans l’espace d'une nuit un loup vient quelquefois à bout de creuser un trou sous la porte d’une bergerie et de s’y introduire. Dans ce cas, il commence par étrangler tous les moutons les uns après les autres, puis il en emporte un et le mange; il revient en chercher un second, qu'il caché dans un hallier voisin, avec la précaution de recouvrir son corps de feuilles sèches ou d’un peu de terre; il retourne en chercher un troisième, un quatrième, et ainsi de suite, jusqu'à ce que le jour le force à battre en retraite. Il les cache dans des lieux différents et à une assez grande distance les uns des autres; mais, soit oubli , soit défiance, il ne revient jamais les chercher, Le loup préfère une proie vivante à toute autre nourriture; cepeñndant il dévore les voiries les plus infectes, et, faute dé substance animale, il se contente de fruits mürs ou pourris, dé ratines, et même, dit-on, de bois tombant en décomposition et d’une certaine terre glaise. « Il aime la chair humaine, dit Buffon, et peutêtre, s'il était le plus fort, n’en mangerait-il pas d'autre. On a vu des loups suivre des armées, arriver en nombre à des champs de bataille où l'on n'avait enterré que négligemment les corps, les découvrir, les dévorer avec une insatiable avidité, et ces mêmes loups, accoutumés à la chair humaine, se jeter ensuite sur les hommes, attaquer le berger plutôt que le troupeau, dévorer les femmes , emporter les enfants. » La critique fait aujourd'hui justice de toutes ces exagérations; mais il n’en est pas moins vrai que quelquefois des louves affamées, à l’époque où elles allaitent leurs petits, se sont jetées sur des enfants, des femmes et même des hommes. Les annales de plusieurs de nos départements en font foi.
Tout ce qu'a dit Buffon de l'indomptable férocité du loup est faux ou très-exagéré. J'ai eu pendant quatre ans une louve parfaitement privée, aussi douce, aussi caressanle et aussi attachée qu’un chien, vivant en liberté, sans que jamais elle ait cherché à se sauver. Frédéric Cuvier a donné l'histoire de deux loups qui vivaient il y a peu de temps encore à la ménagerie, et qui ont montré l'exemple d'un attachement pour leur maître, aussi grand, aussi passionné qu'aucun chien ait pu l'éprouver. L'un d'eux, ayant été pris fort jeune, fut élevé de la mème manière qu’un chien, et devint familier avec toutes les personnes de la maison, mais il ne s’attacha d’une affection très-vive qu'a son maitre; il lui montrait la soumission la plus entière , le caressait avec tendresse, obéissait à sa voix et le suivait en tous lieux. Celui-ci,
obligé de s'absenter, en fit présent à la ménagerie, et l'animal souffrit de celte absence , au point que l’on craignit de le voir mourir de chagrin. Pourtant, après plusieurs semaines passées dans la tristesse et presque sans aliments , il reprit son appétit ordinaire, et l'on erut qu'il avait oublié son ancienne affection. Au bout de dix-huit mois son maître revint au Jardin des Plantes, et, perdu dans la foule des spectateurs, il s’avisa d'appeler l'animal. Le loup ne pouvait le voir, mais il le reconput à a voix, et aussitôt ses cris et ses mouvements désordonnés annoncèrent sa joie. On ouvrit sa loge ; il se jeta sur son ancien ami et le couvrit de caresses, comme aurait pu le faire le chien le plus fidèle et le plus attaché. Malheureusement il fallut encore se séparer , et il en résulta pour le pauvre animal une maladie de langueur plus longue que la première. Trois ans s’écoulèrent; le loup, redevenu gai, vivait en très-bonne intelligence avec un chien, son compagnon, et caressait ses gardiens. Son maître revint encore; c'élait le soir, et la ménagerie était fermée. Il l'entend, le reconnait, lui répond par ses hurlements, et fait un tel tapage, qu'on est obligé d'ouvrir. Aussitôt l'animal redouble
‘ses cris, se précipite vers son ami, lui pose les pattes sur les
épaules, le caresse, lui lèche la figure, et menace de ses formidables dents ses propres gardiens, qui veulent s'interposer, ses gardiens qu'il caressait une demi-heure auparavant. Enfin, il fallut bien se quitter. Le loup, triste, immobile, refusa toute nourrilure; une profonde mélancolie le fit tomber malade; il Maigrit, ses poils se hérissèrent ; au bout de huit jours il était méconnaissable, et l'on ne douta pas qu'il ne mourût. Cependant, à forcé de bons traitements et de soins, on parvint à lui conserver la vie; mais il n’a jamais voulu depuis ni caresser ni souffrir lës caresses de personne. Je le demande, un chien ferait-il davanñtage ?
Une jeune louve, prise au piége, étant déjà adulte, vivait familièrement avec des chiens qui lui avaient appris à aboyer contre les étrangers, fait extrêmement remarquable ; elle était devenue si douce et si docile, que, sans son goût irrésistible pour la volaille, en l’eût laissée en liberté. Nous pourrions citer une foule d’autres exemples, mais nous nous bornerons à ceux-ci, montirant que le loup, ainsi que le chien , est dominé par le besoin d’aimer l'homme et d’être aimé par lui. Tout en reconnaissant que dans les animaux le caractère varie d'individu à individu, dans la même espèce, on ne peut voir dans ces exemples autant d’exceptions à la règle de l'espèce. Si le loup de nos contrées est toujours farouche et quelquefois féroce, cela ne tient qu'à l'instinet de conservation , et à ce qu'on lui fait une guerre à mort. Il paraît que cet animal est, ainsi que le chien , susceptible de recevoir une sorte d'éducation. « En Orient, et surtout en Perse, dit Chardin , on fait servir les loups à des spectacles pour le peuple : on les exerce de jeunesse à la danse, ou plutôt à une espèce de lutte contre un grand nombre d'hommes. On achète jusqu’à cinq cents écus un loup bien dressé à la danse. »
Buffon s’est encore trompé sur un fait plus positif : intéressé par système à séparer l'espèce du chien de celle du loup, il a dit que la louve porte trois mois et demi. Or, dans la ménagerie, où ces animaux font des petits tous les ans, la gestation n’a jamais été que de deux mois et quelques jours. Le loup, qui est deux ou trois ans à croître, vit quinze à vingt ans. La femelle met bas du mois de décembre au mois de mars. À la veille de mettre bas, la louve se prépare, au fond d’une forêt, dans un fourré impénétrable, une sorte de nid où elle dispose, avec de la mousse et des feuilles, un lit commode pour ses petits. Le nombre ordinaire en est de six à neuf, jamais moins de trois, et ils naissent les yeux fermés. Pendant les premiers jours , elle ne les quitte pas, et le mâle lui apporte à manger. Elle allaite deux mois; mais dès la cinquième’ou sixième semaine, elle leur dégorge de la viande à demi digérée , et bientôt leur apprend à tuer de petits animaux qu'elle leur apporte. Jamais ses petits ne restent seuls, car le
156 LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.
père et la mère se relèvent chacun à leur tour pour aller cher cher la nourriture de la famille. Au bout de deux mois, la louve commence à les mener en course et à leur apprendre à chasser. En novembre et en décembre , ils sont déjà assez forts pour se séparer et battre la campagne chacun de son côté pendant Ja nuit; mais ils se réunissent chaque matin et passent la journée en famille.
IL'existe entre le chien et le loup une antipathie, une haine que Buffon croyait constitutionnelle et inhérente à deux natures très-distinctes; et, cependant, à la ménagerie, les deux prétendues espèces vivent pêle-mêle en fort bonne intelligence. Cette haine n’a été ni expliquée ni niée par nos naturalistes d’aujourd’hui, mais elle les a embarrassés pour établir, sur tous les points, que le chien et le loup ne font qu'une seule et même espèce ; ce
pommelé à sa partie supérieure, et le gris domine sur ses flancs ; mais ce qui le distingue de ses congénères, c’est l'odeur forte et fétide qu'il exhale. Lesson le regarde comme une variété du loup ordinaire.
Cet animal robuste, d’un aspect redoutable, habite les plaines du Missouri, dans l'Amérique septentrionale. Il a les mêmes mœurs que notre loup, mais avec les modifications qu'amène nécessairement la vie du désert. Dans ces immenses solitudes, il ne se trouve que rarement en présence de l’homme ; aussi a-t-il peu appris à le craindre. On en a conclu, assez légèrement, à mon avis, qu'il avait plus de courage ou de férocité. Comme tous les chiens sauvages que les nombreuses populations des pays trèshabités n'ont pas forcés à s’éparpiller, le loup odorant vit en troupes nombreuses, associées pour la chasse, l'attaque et la dé-
Les Chenils.
qui, du reste, est suffisamment prouvé par la fécondité des métis. Avec un peu plus de connaissance des mœurs des animaux sauvages, ceci n'eût pas été une difficulté pour eux. On peut admettre comme règle générale que tout animal des forêts , réduit à la domesticité et vivant en bonne intelligence avec l'homme, est, par ce seul fait, répudié par les animaux sauvages de sa race. S'il veut reconquérir son indépendance et retourner dans les bois, il y trouve dans ses semblables des ennemis implacables qui, loin de le recevoir, l'attaquent, le poursuivent, le chassent ou le tuent, Ceci est démontré par l'expérience, dans le daim , le cerf, le chevreuil et beaucoup d’autres espèces que l’on a pu observer; pourquoi n'en serait-il pas de même dans les chiens? D'ailleurs, le chien domestique, à l'instigation de l'homme, a déclaré une guerre implacable au loup; il le harcèle, le combat dans toutes les occasions, et cette lutte incessante a dû nécessairement amener une haine atroce entre les deux races, haine qui est devenue héréditaire et instinctive.
Le Lour oporanr (Canis nubilus, Sax) est plus grand que notre loup commun, auquel il ressemble: son pelage est obseur et
fense, aguerries, soumises à une sorte de tactique régulière. Ils poursuivent les daims et autres animaux ruminants, les forcent ou les surprennent et les dévorent en commun. Ils osent même assaillir le bison quand ils le trouvent écarté de son troupeau, et ils viennent assez ordinairement à bout de le terrasser. Les sauvages qui peuplent le pied des montagnes Rocheuses et les bords de l’Arkansas redoutent cet animal; et, quand ils sont parvenus à en tuer un, ils se font un trophée de sa dépouille, qu'ils portent en forme de manteau, avec la peau de la tête pendante sur leur poitrine.
Le Lour pes PRAIRIES ( Canis latrans, HarL.) se trouve dans les mêmes contrées que le loup odorant, et a les mêmes habitudes ; cependant il paraît qu'il est un peu moins carnassier, car il se nourrit souvent de baies et autres fruits. Son pelage est d’un gris cendré, varié de noir et de fauve cannelle terne; il a sur le dos une ligne de poils un peu plus longs que les autres, lui formant comme une sorte de courte crinière; ses parlies inférieures sont plus pales que les supérieures, el sa queue est droite, Le Canis latrans, SAY. — Ricu., de la Colombie, est-il le même animal?
L'Acouara-Guazou ou Loup ROUGE (Canis jubatus, Des.) est de la taille de nos plus grands loups. Sa couleur générale est d'un roux cannelle foncé sur les parties supérieures, plus pâle en dessous, presque blanc à la queue et dans l'intérieur des oreilles; il a le pied , le museau et le bout de la queue noirs; une courte crinière noire part de la nuque et s'étend jusque derrière l'épaule, quelquefois tout le long du dos. C’est un animal dont la force ne répond pas à la férocité. Il habite le Paraguay, la Guyane et le Brésil.
Cette espèce n’est pas rare dans les pampas de la Plata. Elle se plaît dans les marécages qui bordent les rivières et les fleuves, et y vit solitairement. La femelle, qui ressemble tout à fait au mâle, a six mamelles, et fait, à chaque portée, trois ou quatre petits qu’elle met bas vers le mois d'août. Dans le courant de mai, époque de ses amours, l’agouara fait retentir les pampas de ses hurlements qui s'entendent de très-loin, et qui ont un son lugubre et effrayant; il répète plusieurs fois de suite, et en les trainant, les sons goua-a-a, d’où probablement lui vient son nom. Cet animal ne quitte sa retraite que la nuit pour rôder sur le bord des eaux et saisir les animaux aquatiques qu'il poursuit à la nage avec une grande facilité; rarement il attaque le bétail, à moins qu'il n’y soit poussé par la faim, et alors son courage ne le cède pas à sa force.
Le Lour pu MExIQuE (Canis meæicanus, Lix. Lupus mexicanus, Briss. — G. Cuv.) est un peu moins grand que notre loup ordinaire. Son pelage est d'un gris roussâtre, mélangé de taches fauves, marqué de plusieurs bandes noirâtres qui s'étendent de chaque côté du corps, depuis la ligne dorsale jusqu'aux flancs; le tour du museau, le dessous du corps et les pieds sont blanchâtres. Cette espèce habite les parties chaudes de la Nouvelle- Espagne. Elle est beaucoup moins féroce que le loup rouge.
Le Loup pe Java (Canis javanensis) ressemble beaucoup au loup ordinaire pour la taille et pour les formes, mais ses oreilles sont plus petites, et son pelage est d’un brun fauve, noirâtre sur le dos, à la queue et aux pattes. Il a été trouyé à Java par Leschenault. £
Le TscHerNo-Buroï ou Loup Noir (Canis lycaon, Lis. Vulpes nigra, GES. Le Loup noir, Burr. — G. Cuv.) habite principalement la Russie et le nord de l’Europe, et il se trouve quelquefois accidentellement dans nos montagnes. Georges Cuvier dit en avoir vu quatre pris ou tués en France, et, depuis, la ménagerie en a possédé deux qui avaient été amenés des Pyrénées. Il est de la grandeur du loup ordinaire, mais ses formes sont plus légères, et son pelage est entièrement noir. On le trouve aussi dans le Canada.
On dit cet animal beaucoup plus féroce que notre espèce ordinaire, cependant je ne connais point de faits que l’on puisse apporter à l'appui de cette opinion. Les deux individus qui ont vécu à la ménagerie étaient mâle et femelle. Chaque année, ils y faisaient des petits presque aussi défiants et aussi sauvages que leurs parents ; mais, ce qu'il y a d’extrémement singulier, et ce qui prouve que les loups ont beaucoup plus d’analogie avec le
chien domestique qu'on ne le croit généralement, c’est que ces petits n'avaient ni les mêmes traits ni le même pelage, et qu'ils différaient autant entre eux qu'avec leurs parents : on les eût crus d'une autre espèce, ou quelque variété de chien domestique. De là on a pensé que le père et la mère n'étaient pas de race pure, et qu'ils étaient métis de quelque chien abandonné dans les Pyrénées et devenu sauvage. Cela est possible; mais il me parait plus probable que cette variation était le résultat de la captivité des parents, de leur changement de vie, de climat, de nourriture, d'habitude ; en un mot, d’un premier degré de domesticité ; d’autant plus qu'il n'y avait de modifications bien prononcées que dans la physionomie et la couleur, tandis que le caractère de défiance et de férocité était resté absolument le mème. Je regarde le loup noir comme une simple variété du loup ordinaire.
Le Loup noir.
Le Curpreu (Canis culpœus, Morin. Canis antarcticus, Suaw.) est un peu plus grand que le jackal ; son pelage est d’un gris roussâtre; ses jambes sont fauves; sa queue, rousse à son origine, est noire au milieu et terminée de blanc. Il habite le Chili et l’île Falkland, l’une des Malouines, où il a été trouvé par le capitaine Freycinet, et précédemment par le commodore Byron. Cet animal a une vie solitaire et misérable, qu'il passe en grande partie dans un terrier qu'il se creuse dans les dunes sur les bords de la mer ou des fleuves. Toujours maigre, sans cesse affamé, il se
nourrit des lapins et du gibier qu'il peut saisir à force de ruse et de patience. Comme on n’a pas ‘observé sa pupille, il n’est pas certain si cette espèce appartient au chien ou au renard. Le terrier qu'il se creuse ferait croire que peut-être il appartient au genre de ce dernier; mais comme Bougainville dit l'avoir entendu aboyer ainsi que les chiens ordinaires, j'ai cru devoir le laisser avec eux jusqu'à ce qu'on ait de plus amples renseignements.
155 LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.
Le Kourara ou Cite cragier (Canis thaus, Lin. Canis cancrivorus, Less. Le Chien des bois de Cayenne, Bure. Canis ochropus, Less.) n’est probablement qu'une simple variété du chien domestique. Son pelage est cendré et varié de noir en dessus, d'un blanc jaunâtre en dessous; ses oreilles sont brunes, droites, courtes, garnies de poils jaunâtres en dedans; les côtés du cou et le derrière des oreilles sont fauves; les tarses et le bout de a queue noirâtres. Par ses qualités morales, il le dispute à nos chiens les plus intelligents.
Le koupara vit en famille dans la Guyane française, où on le rencontre en troupes composées de sept ou huit individus, rarement plus ou moins. Il se plait dans les bois où couient des rivières peuplées d'écrevisses et de crabes, qu'il sait fort bien pécher , et dont il fait sa nourrilure de prédilection. Quand cette ressource vient à lui manquer, il chasse les agoutis, les pacas et autres petits mammifères. Enfin, faute de mieux, il se contente de fruits. Il est peu farouche, et s’apprivoise avec la plus grande facilité. Une fois qu'il a reconnu son maître, il s y attache, ne le quitte plus, ne cherche jamais à retourner à la vie sauvage, el devient pour toujours le commensal de la maison. Il s’accouple sans aucune sorte de répugnance avec les chiens, et les métis qu'il produit sont très-estimés pour la chasse des agoulis et des akouchis. Ces métis, croisés de nouveau avec des chiens d'Europe, produisent une race encore plus recherchée pour Ja chasse.
Le Preæir Kourara (Canis caviævorus, Jarp.) est d'une taille moindre que le précédent ; sa tète est plus grosse, son museau plus allongé; son pelage est noir et fort long. Il habite le même pays, a les mêmes habitudes, mais son instinct le porte à faire aux cabiais une guerre beaucoup plus active. Aussi les sauvages l’élèvent:ils de préférence pour la chasse de ces animaux. Lesson pense que c’est une variété du précédent, et je ne serais pas loin de partager cette opinion.
Le Corsac ou An1ve (Canis corsac, Lix. Le Chien du Bengale, PExx. Buffon s'est trompé en le décrivant sous le nom d'/satis. Canis pallidus, Ruprez.). La taille de ce chien est très-petite ct ne dépasse pas celle d’un chat. Son pelage est d’un gris fauve uniforme en dessus, d'un blanc jaunâtre en dessous; les inembres sont fauves; la queue est très-longue, touchant à terre, et noire au bout. Il a de chaque côté de la tête une raie brune qui va de l'œil au museau. Il habite les déserts de la Tartarie et se retrouve dans l'Inde. Îl a souvent été confondu avec le jackal.
Les corsacs vivent en troupes dans le désert, non dans les bois, mais dans les steppes couvertes de bruyères, où sans cesse ils sont occupés à chasser les oiseaux, les rats, les lièvres et autres petits animaux. Pendant la nuit, ils font entendre leur voix, moins glapissante que celle des jackals, mais tout aussi désagréable. Ils s’accouplent au mois de mars; la femelle porte autant de jours que la chienne, et met bas, en mai ou en juin, de six à huit petits, qu’elle allaite pendant cinq ou six semaines, Elle les fait sortir ensuite de sa retraite, leur apporte à manger, et leur apprend peu à peu à choisir leur nourriture et à chasser. Ces animaux n’ont pas moins de finesse que le renard pour s'emparer de leur proie, consistant quelquefois en nids de canard et autres oiseaux dont ils mangent les œufs et les petits. On dit que le corsac ne boit jamais, mais il est permis d'en douter nonobstant l'affirmation de Georges Cuvier. Cet animal, si peu connu en France, qu'on va le voir à la ménagerie comme une curiosité, a néanmoins été commun à Paris sous le règne de Charles IX, parce qu'il était de mode chez les dames de la cour d'en avoir au lieu de petits chiens ; elles le désignaient sous le nom d'adive, el le faisaient venir à grands frais de l'Asie.
Le KaraGan (Canis caragan, PALL. — GxL.) ne diffère guère du précédent que par sa taille un peu plus grande et son pelage d'un gris cendré en dessus, d’un fauve pàle en dessous. I habite le même pays. À Orembourg, on fait un commerce considérable
de sa fourrure; et c'est à peu près tout ce qu'on sait de cet animal. Esi-ce le Canis melanotus de Pallas?
Le KexLiE ou TENLIE (Canis mesomelas, ErxL.— Lin.) porte sur le dos une plaque triangulaire d'un gris noirâtre ondé de blanc, large sur les épaules, et finissant en pointe vers la base de la queue; ses flancs sont roux, sa poitrine et son ventre blanes; sa tête est d'un cendré jaunâtre; son museau roux, ainsi que ses pattes; sa queue, qui descend presque jusqu'à terre, a sur son tiers postérieur deux ou trois anneaux noirs, ainsi que son extrémilé. Cet animal se trouve au cap de Bonne-Espérance, en Nubie, en Abyssinie et dans le Sennaar.
Le JackaLz ANruus (Canis anthus, Fr. Cuv.) a beaucoup d’analogie avec le jackal de l'inde, mais son odeur est beaucoup moins forte, et il ne se trouve qu'en Afrique, particulièrement au Sénégal. Son pelage est gris, parsemé de quelques taches jaunâtres en dessus, blanchâtres en dessous; sa queue est fauve, avec une ligne longitudinaie noire à la base, et quelques poils noirs à sa
, pointe. Ses mœurs sont absolument les mêmes. Une femelle de
celte espèce était enfermée à la ménagerie, dans une cage, avec un male de jackal de l'Inde. Ils s’accouplèrent avec les mêmes circonstances que les chiens ou les loups, et deux mois après (du 26 décembre au 1% mars) la femelle mit bas cinq petits qui eurent pendant dix jours les yeux fermés. Deux seulement ont vécu; et lorsqu'ils furent adultes l’un était farouche, méchant, indomptable, l'autre fort doux et caressant. Cette différence de caractère est un fait très-remarquable.
Le JackaL ou Scnakaz ou TscaakkaL (Canis aureus, Lin. Le Chacal ou Loup doré, G. Cuv. Le Thos de Pzine. Le Thoës d'Anisrore, Le Gélà des Indous. Le Nari des habitants de Goromandel. Le Tura des Géorgiens. Le Mebbia de l'Abyssinie. L’Adive ou Adibe des Portugais de l'Inde. Le Deeb ou Dib des Barbaresques. Le Wauï des Arabes).
Il a le pelage d’un gris jaunâtre en dessus, blanchàtre en dessous, en général d'une couleur plus foncée que celui de l'anthus. Sa queue, assez grêle et noire à l'extrémité, ne lui descend qu'au talen ; il exhale une odeur forte et désagréable. Sa taille est à peu près celle du renard, mais il est un peu plus haut sur jambes, et sa tête ressemble à celle du loup. Il est très-commun en Asie et en Afrique, si, ainsi que je le crois, il n’est qu'une légère variation de l'anthus.
Guldænstæd, Tilesius et d'autres naturalistes pensent que le jackal est le type du chien domestique, Le premier de ces auteurs, qui du reste nous a donné une histoire très-bonne et trèscomplète de cet animal, apporte à l'appui de son opinion des raisons qui paraissent concluantes. Après avoir établi d'une manière positive que, sous les rapports anatomiques, le jackal ne diffère en rien du chien, après avoir prouvé qu'il n'offre pas même ces légères différences qui se trouvent dans le loup, il cherche les analogies dans les habitudes, les mœurs de ces animaux, et, il faut le dire, ces rapprochements me paraissent trèsséduisants. Les jackals, dit-il, n'ont rien du caractère sauvage et farouche du loup et du renard; ils s'approchent avec sécurité soit des caravanes en marche, soit des tentes dressées pour la nuit; leur taille est moyenne entre les plus grands et les plus petits chiens; leurs poils sont plus durs que chez aucun chien, et d’une moyenne longueur entre les chiens qui les ont le plus longs et ceux qui les ont le plus courts. Leurs mœurs sont encore plus conformes que leur organisation, et, en domeslicité, leurs manières sont absolument les mêmes que celles du chien; ils pissent de côté en levant la cuisse, dorment couchés en rond , et vont amicalement , ajoute l'auteur, flairer au derrière des chiens qu'ils rencontrent. Selon lui, l'odeur du jackal, beaucoup moindre qu'on ne l’a dit, est à peine plus forte que celle du chien à l'approche de l'orage, ete. Il conclut de toutes ces observations vraies que le chacal est le véritable chien sauvage et la souche de toutes les variétés de chiens domestiques.
En cela il se trompe, selon moi. Le jackal est incontestablement une variété, et même très-légère, du chien domestique, puisqu'il produit avec lui des individus féconds, comme on l'a vu à Constantinople il y a peu d'années, et comme cela se oil tous les jours chez les Kalmoucks ; il en est de même du loup, quoique les analogies accessoires soient moins frappantes. Mais pour décider péremptoirement quel est le type de l'espèce, c'est-à-dire quelle est la race venue la première, la chose est impossible : car, ainsi que je l'ai dit, l'étude des ossements fossiles nous a dévoilé de nombreuses races de canis antérieures à ceux qui exisient aujourd'hui, d'où peuvent venir à la fois nos chiens domestiques, nos kouparas, nos jackals, nos loups et en général tous nos chiens sauvages. Dans ce cas, ils descendraient tous d'un où de plusieurs types primitifs et perdus; ils seraient parents en ligne collatérale, mais non en ligne descendante de l’un d'eux.
Les anciens racontaient que le lion, lorsqu'il allait à la chasse, élait accompagné ou plutôt conduit par un petit animal qui lui découvrait sa proie. Le roi des forêts, après l'avoir atteinte et terrassée, ne manquait jamais d’en laisser une portion pour son guide, qui l’attendait à l'écart, et qui n'osait en approcher que quand le lion s'était retiré. On appelait cet animal le pourvoyeur du lion ; mais son véritable nom était resté inconnu, et nul auteur ancien n'a avancé que ce pouvait être le thoës d'Aristote. Cependant quelques auteurs du dernier siècle ont cru reconnaitre le thos, le jackal dans ce prudent pourvoyeur, et il s’est même élevé à ce sujet une polémique aussi ridicule qu'inutile, puisqu'elle tombait sur un conte, sur un apologue ayant autant d'importance en histoire naturelle qu'une fable de La Fontaine. Ce conte indien de Pilpaï, le voici : « On demandait un jour à ce petit animal qui » marche toujours devant le lion pour faire partir le gibier : » Pourquoi t'es-tu consacré ainsi au service du lion? — C'est, ré- » pondit l'animal, parce que je me nourris des restes de sa table. » — Mais par quel motif ne l’approches-lu jamais? tu jouirais de » son amitié et de sa reconnaissance. — Oui, mais c'est un grand; » s'il allait se mettre en colère! » La vérité est que le lion n'a jamais eu de pourvoyeur que lui-même, et que si les jackals se nourrissent quelquefois de ses restes, ainsi que les hyènes et autres animaux voraces, ils le doivent au hasard.
Les jackals vivent en troupes composées d'une trentaine d'individus au moins, et souvent de plus &e cent, particulièrement dans les vastes solitudes de l'Inde et de l'Afrique. Quoique ces animaux n'aient pas la pupille nocturne, ils dorment le jour dans l'épaisseur des forêts, ou, selon les anciens voyageurs et nos naturalistes, dans des terriers. Ce dernier fait a si souvent été ayancé que j'ose à peine le révoquer en doule; cependant je ne conçois pas trop comment des animaux carnassiers, vivant en troupes, pourraient rester sédentaires dans une localité extrêmement bornée, ce que nécessite absolument la vie des terriers. Comme ils se retirent volontiers dans des grottes et des trous de rocher quand ils en trouvent l'occasion, ceci, mal observé, aura donné lieu de croire qu'ils se creusent des habitations souterraines ; ou bien encore le renard de Bengale et le corsac, du même pays, ayant étésouvent eonfondns avec le jackal, on aura attribué à celui-ci des habitudes qui n’appartiennent qu'aux deux premiers. Quoi qu'il en soit, la nuit, ces animaux parcourent la campagne pour chercher leur proie tous ensemble , et, pour ne pas trop se disperser, ils font continellement retentir les forêts d’un cri lugubre, ayant quelque analogie avec les hurlements d’un loup et les aboiements d’un chien. On pourrait en donner une idée en prononçant lentement et sur un ton très-aigu les syllabes oua…. oua… oua. Ils sont alors tellement audacieux qu'ils s'approchent des habitations, et entrent dans les maisons qui se trouvent ouvertes. Dans ce cas, ils font main basse sur tous les aliments qu'ils rencontrent, et ne manquent jamais d'emporter ceux qu'ils ne peuvent dévorer à l'instant. Toutes les matières animales conviennent également à leur voracité, et ils attaquent, faute de
mieux, les vieux cuirs, les souliers, les harnais des chevaux et jusqu'aux couvertures de peau des malles et des coffres, Comme les hyènes, ils vont rendre visite aux cimetières, déterrent les cadavres et les dévorent. Aussi, pour mettre les morts à l'abri de ces animaux, est-on parfois obligé de mêler à Ja terre dont on les recouvre de grosses pierres et des épines qui, en déchirant les pattes des jackals , les arrétent dans leurs funèbres entreprises. Si une caravane où un corps d'armée se mettent en roule, ils sont aussitôt suivis par une légion de jackals qui chaque nuit viennent rôder autour des campements et des tentes, en poussant des hurlements si nombreux et si retentissants qu'il serait impossible à un voyageur européen de s'y accoutumer au point de pouvoir dormir. Après le départ de la caravane , ils envahissent aussitôt le terrain du campement et dévorent avec avidité tout ce qu'ils trouvent de débris des repas, les immondices et jusqu'aux excréments des hommes et des animaux. Les voyageurs sont tous d'accord sur ces choses, qui ne peuvent appartenir à des espèces sédentaires comme sont nécessairement celles qui habitent des terriers.
Lorsqu'une troupe de jackals se trouve inopinément en présence d'un homme, ces animaux s'arrêtent brusquement, le regar. dent quelques instants avec une sorte d'effronterie qui dénote peu de crainte, puis ils continuent leur route sans trop se presser, à moins que quelques coups de fusil ne leur fassent hâter le pas. Quoiqu'ils se nourrissent de charognes et de Loute espèce de voiries, quand ils en rencontrent, ils ne s'occupent pas moins de chasser chaque nuit, et quelquefois en plein jour. Ils poursuivent et attaquent indistinctement tous les animaux dont ils croient pouvoir s'emparer ; mais néanmoins c'est aux gazelles et aux antilopes qu'ils font la guerre la plus soutenue. Is les chassent avec autant d'ordre que Ja meule la mieux dressée, et joignent à Ja finesse du nez et au courage du chien Ja ruse du renard et la perfidie du loup. On a dit que les jackals se jettent quelquefois sur les enfants et sur les femmes : ceci me parait une exagération que l’on n’appuie sur aucune observation positive. Il est plus certain qu'ils poussent quelquefois la hardiesse, malgré leur petite taille, jusqu'à attaquer des bœufs, des chevaux et autres gros bétail; mais pour cela ils se réunissent en grand nombre et emploient avec beaucoup d'adresse leur force collective. Hs entrent hardiment alors dans les bergeries, les hasses-cours et autres lieux habités, et enlèvent à la vue des hommes tout ce qui est à leur convenance. On a encore dit du jackal, comme du loup, qu'une fois accoutumé à la chair humaine, il néglige pour elle toutes les autres proies. Si l'on voulait réfuter sérieusement ce conte de nourrice, il serait aisé de prouver qu'aucun animal ne peut contracter l'habitude de se nourrir de cadavres humains, parce que chez tous les peuples, même les plus barbares, l'homme vivant respecte l’homme mort, et a soin de le dérober à la voracité des animaux, plus encore chez les mahométans, qui habitent les mêmes contrées que les jackals, les hyènes et autres bêtes féroces. L'étude de l’histoire naturelle offre assez d'aliments à la curiosité sans que, pour er augmenter les attraits, on soit obligé d'y coudre grossièrement, comme faisaient beaucoup d'anciens écrivains, des contes autant absurdes que merveilleux,
Le voyageur Delon rapporte que dans le Levant on élève des jackals dans les maisons, mais il ne dit rien sur leurs habitudes domestiques. Si l'on s’en rapporte à ceux qui vivent à la ménagerie, ils seraient doux, aimants, très-caressants, mais capriciéux, et passant quelquefois, sans motif apparent, du plaisir à la colère. Du reste, l'accouplement, la gestation, et toutes les crrconstances de l'allaitement et du développement des petits, ne diffèrent en rien de ceux du chien.
9e GExRE. Les RENARDS (Vulpes) diffèrent essentiellement du genre précédent par leur système dentaire; leurs incisives sup rieures sont moins échancrées ou même rectilignes sur leur bord
160 LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.
horizontal; leurs rangées dentaires, au lieu d’être continues comme dans les chiens, ont les trois premières molaires séparées, ne se touchant pas, et il reste surtout un large intervalle entre la canine et la première molaire; leur pupille est nocturne, allongée verticalement ; leur queue est plus longue, plus touffue ; leur museau est plus pointu, et ils exhalent en général une odeur fétide, Quant aux autres caractères, ils sont les mêmes que ceux des chiens.
Le RENARD ORDINAIRE (Canis vulgaris, KLEIN. Canis vulpes, Lin. Le Renard, Burr. Le Fox des Anglais. Le Raf des Suédois. Le Zorra des Espagnols. Le Liszhka des Polonais. Le Lisitza des Russes. Le Tulki des Tures et des Persans. Le Taaleb ou Doren des Arabes, et le Nori des Indous). Je regarde comme simples variétés de cette espèce : 1 le Renard fauve de la Virginie (Canis fuluus, Des); 20 le Renard charbonnier (Canis alopex, Lin); 5° le Renard musqué de la Suisse ; 4° le Renard noble du même pays, et le Renard croisé d'Europe (Canis crucigera, Briss.).
Le Jackal.
Le renard ordinaire est d’un fauve plus ou moins roux en dessus, blanc en dessous; le derrière de ses oreilles est noir; sa queue est touffue, terminée par un bouquet de poils blancs. Le renard charbonnier n’en diffère que par le bout de sa queue, qui est noir ainsi que quelques poils de son dos et de son poitrail. Le devant de ses pattes antérieures est également noir. M. Steinmuller pense que le charbonnier n’est que le jeune âge du renard ordinaire, et je ne suis pas de son avis. Pendant plus de dix années consécutives, j'ai chassé le renard dans un pays qui en était très-peuplé; j'en ai élevé plusieurs, et je crois être certain que le charbonnier n’est rien autre chose qu'un vieux mâle. Cependant il m'est arrivé, mais rarement, de tuer de trèsvieilles femelles qui portaient la même livrée. Je suppose, par analogie, qu'elles ne revêtent cette livrée que lorsqu'elles deviennent stériles. Quant au renard fauve des États-Unis, il ne dif-
fère en rien du renard ordinaire ni pour les habitudes, ni pour les formes, ni même pour les couleurs. Son pelage est nuancé de roux et de fauve; le dessous du cou et du ventre sont blancs; sa poitrine est grise; le devant des jambes antérieures et les pieds sont noirs avec du fauve sur les doigts; le bout de la queue est blanc; sa taille est exactement la même que celle du nôtre. Le renard musqué de la Suisse a cela de particulier qu'il répand une odeur, non pas agréable , comme on l’a dit, mais un peu analogue à celle de la fouine; enfin, le renard noble, ou kohlfuschs des Suisses, n’est rien autre chose qu'un très-vieux mâle charbonnier. Le renard croisé d'Europe (Canis crucigera de Gesner et de Brisson), qu'il ne faut pas confondre avec le renard croisé d'Amérique (Canis decussatus de Geoffroy), est également une sous-variété du charbonnier, qui a quelques poils noirs lui formant une croix surile dos.
Le Renard fauve.
Les renards ont toute la légèreté du loup et sont presque aussi infatigables , mais ils sont plus rusés à la chasse et plus ingénieux pour se dérober au danger. Ils habitent des terriers qu'ils savent se creuser au bord des bois ou dans les taillis, sous des troncs d'arbre, dans les pierres, les rochers, ou enfin dans la terre, mais alors sur un sol en pente, afin d'éviter l'humidité ou les inondations. Quelquefois ils s'emparent des terriers des blaireaux, ou même de ceux de lapin, qu'ils élargissent. Les chasseurs ont observé la forme du terrier et l'ont ainsi décrit : «Il se divise en trois parties : la maire est celle qui est le plus rapprochée de l'entrée; c’est là que la femelle se tient quelques moments en embuscade pour observer les environs avant d'amener ses petits jouir de l'influence de l'air et des rayons du soleil, c’est aussi là que le renard que l’on enfume s’arrète quelques minutes pour attendre l'instant favorable d'échapper au chasseur. Après la maire vient la fosse, où le gibier, la volaille et autres produits de la rapine sont déposés, partagés par la famille et dévorés; presque toujours la fosse a deux issues, et quelquefois davantage. L'accul est tout à fait au fond du terrier; c’est l'habitation de l'animal, l'endroit où il met bas et allaite ses petits. »
Ce terrier n’est guère habité par le renard qu’à l’époque où il élève sa jeune famille; dans tout autre temps, il ne s’y retire que pour échapper à un danger pressant. Il passe la journée à dormir dans un fourré à proximité de sa retraite, et il chasse pendant la nuit. Il ne se nourrit guère que de proie vivante, à moins qu'il ne soit extrêmement poussé par la faim; dans ce cas, il mange des fruits, particulièrement des baies de ronces, et se tient à proximité des vignes pour se nourrir de raisin. Il faut qu'il éprouve une grande diselle pour altaquer les charognes et
autres voiries. Vers la tombée de la nuit, il quitte sa retraite et se met en quête. Il parcourt les lieux un peu couverts, les buissons, les haies, pour tâcher de surprendre des oiseaux endormis, ou la perdrix sur ses œufs; il se place à l'affût dans un buisson épais pour s’élancer et saisir au passage le lièvre ou le lapin. Quelquefois il parcourt le bord des étangs, et se hasarde même dans les jones et marécages pour saisir les jeunes poules d'eau, les canards qui ne peuvent pas encore voler, et autres oiseaux aquatiques. À leur défaut, il mange des mulots, des rats d’eau, des grenouilles et des lézards. Mais si, pendant ses recherches,
bond il se jette sur sa proie, fuit au fond des bois avec autant de vitesse que de précautions pour n'être pas découvert, et là il la mange avec sécurité. Quand son coup lui a réussi, on peut être sûr qu'il reviendra à la charge tous les trois ou quatre jours, et qu’au bout de l’année il ne restera pas une seule pièce de volaille dans la basse-cour, si l'on ne parvient à saisir le voleur.
Dans les pays giboyeux, les renards s’adonnent plus particulièrement à la chasse. Deux sortent ensemble de leur retraite et s'associent pour la chasse du lièvre. L'un s'embusque au bord
Le Renard argenté.
le chant d’un coq vient frapper son oreille, il s'achemine avec précaution vers le hameau d’où viennent ces sons alléchants, il en fait cent fois le tour, et malheur à la volaille qui ne serait pas rentrée le soir dans la basse-cour : elle serait saisie et étranglée ayant même d'avoir eu le temps de crier.
Lorsque le jour commence à paraître, il rentre dans le bois, et toujours dans le même hallier qu'il a choisi pour sa retraite habituelle. Cependant, quand la ferme où il commis ses rapines pendant la nuit se trouve très-éloignée de sa retraite, il cherche
d’un chemin, dans les bois, et reste immobile; l’autre quête, lance le gibier, et le poursuit vivement en donnant huit ou dix coups de voix par minute pour avertir son camarade, d’un ton aigu, glapissant, mais non en aboyant comme le chien. C’est ordinairement pendant la belle saison, entre dix heures du soir et minuit, que l'on entend chasser ces animaux dans les pays boisés. Le lièvre fuit et ruse devant son ennemi comme devant les chiens de chasse ; mais tout est inutile, et le renard, collé sur la piste, le déjoue sans cesse et se trouve toujours sur ses
une autre cachette plus rapprochée et y passe la journée en observation. Si la volaille s'écarte dans les champs pour aller chercher sa pâture, il la guette avec soin, choisissant des yeux sa victime en attendant patiemment l’occasion de s’en emparer. Tant que le chien de cour rôde ou veille dans les environs, il reste immobile et tapi dans sa cachette; mais celui-ci rentre-t-il un moment dans la ferme, le renard se coule le long d’une haie, en rampant sur le ventre. Pour approcher sans être aperçu, il se glisse derrière tout ce qui peut le masquer, un buisson, un tronc d'arbre, une touffe d'herbe; parvenu à proximité, d’un
talons. Il combine sa poursuite de manière à le faire passer sur le chemin auprès duquel son camarade est à l'affût pour l’attendre. Lorsque le lièvre est à portée, le renard embusqué s’élance, le saisit : l’autre chasseur arrive, et ils dévorent en commun une proie qu'ils ont chassée ensemble. Mais cette associalion n’a pas toujours une fin aussi heureuse. Il arrive parfois que celui qui attend , trahi par son impatience ou par son adresse, s'élance et manque sa proie. Au lieu de courir après, il reste un moment saisi de sa maladresse, puis, comme se ravisant et voulant se rendre compte de ce qui lui a fait manquer son coup, il retourne