Paris. Typographie Plon frères, rue de Vangirard
162 LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.
à son poste et s’élance de nouveau dans le chemin: il y retourne et s'élance encore, recommencant plusieurs fois ce manége. Sur cette entrefaite, son associé paraît et devine sur-le-champ ce qui est arrivé. Dans sa mauvaise humeur, il se jette sur le maladroit, et un combat de cinq minutes est livré; ils se séparent enstite, l'association est rompue, et chacun se met en quête pour son propre compte.
« Le renard, dit Buffon, est fameux par ses ruses et mérite sa réputation ; ce que le loup fait par la force , il le fait par adresse, et réussit plus souvent. Il emploie plus d'esprit que de mouvement, ses ressources semblent être en lui-même : ce sont, comme l'on sait, celles qui manquent le moins. Fin autant que circonspect, ingénieux et prudent, même jusqu’à la patience, il varie sa conduite, il a des moyens de réserve qu'il sait n'employer qu'à propos. » Ce que dit Buffon est le portrait le plus exact qu’on puisse faire de cet animal, et il ne cesse d'employer la ruse pour se sauver d'un danger qu’en rendant le dernier soupir, Je pourrais en citer plusieurs exemples dont j'ai moi-même été lémoin, mais j'aime mieux en choisir un, absolument identique à ce que j'ai vu, dans un ouvrage estimé sur la chasse : « J'ai vu un renard, vieux charbonnier, dit l’auteur, qui, après avoir mis plus d'une fois les chiens en défaut, s'étant fourvoyé dans un trou peu profond et fort large, où il fut pris par les chiens, se laissa fouler par eux, tourner et retourner par les chasseurs pendant plus d'un quart d'heure en faisant le mort, et qui, lorsque les chiens furent soûls de jouir, se releva tout d’un coup sur ses pieds, et décampa lestement au moment où on y pensait le moins. »
Chassé par les chiens, le renard ruse une ou deux fois devant eux pour les mettre en défaut, puis gagne son terrier; mais, effrayé par les morceaux de papier que les chasseurs ont eu soin de placer devant les trous, auprès desquels ils se sont postés, il regagne l'épaisseur du bois s’il n’est atteint et tué par leurs coups de fusil. Après avoir fait un grand tour il revient encore une seconde fois à son terrier, et s'il est encore manqué par les tireurs, il file de long pour ne plus revenir. Dévant les chiens il se fait toujours battre dans les fourrés les plus épais et dans les lieux
bas. S'il a un chemin à traverser, il s'arrête un moment au bord du bois, examine s’il découvrira le chasseur, auquel cas il rebrousse subitement; si rien ne l'inquiète, il n’en franchit pas moins le chemin d'un seul bond, ce qui le rend très-difficile à tirer. Quand il est terré, on le prend dans son trou au moyen d'un basset qui l'inquiète pendant qu'on creuse en dessus avec des pioches ; si le terrier est dans les roches, on le fume.
Quelques naturalistes ont prétendu que le chien de Laconie, dont parle Aristote, n’était rien autre chose que le renard plié à la domesticité, et ceci me paraît plus que douteux. J'ai essayé plusieurs fois de priver des renards pris fort jeunes, et je n'ai
jamais pu y parvenir. Buffon n'avait pas obtenu plus de succès que moi, et tous ceux qui ont vécu à la méhagerie se sont tou Jours montrés farouches et sauvages. Je ne crois pas non plus qu'il y ait un seul exemple de l'accouplement de ces animaux avec des chiens. De ces raisons et de beaucoup d'autres tirées des différences anatomiques qui existent entre eux, je conclus que non-seulement ils n’appartiennent pas à l'espèce du chien, mais pas même à son genre. Les renards entrent en chaleur en hiver, et la femelle, qui ne fait qu'une portée par an, en avril et en mai, ne met jamais bas moins de trois petits et rarement plus de quatre où cinq. Elle en à le plus grand soin, et si elle s'aperçoit qu'on ait rôdé autour de son terrier, elle les sort pendant la nuit et les transporte un à ün dans un autre. Le renard met dix-huit mois à croître et vit treize ou quatorze ans.
L'Isaris (Vulpes lagopus. — Canis lagopus, Scues. Le Renard bleu, Burr.— G. Cuv. Le Pesez des Russes. Le Frallracka des Suédois. Le Reft et le Toa des Islandais. Le Sid et le Graa-racv des Danois. Le Nauli des Finnois. Le Metrak des Norwégiens. Le Njal des Lapons). Son pelage est très-long, très-fourré, très-moel-
leux, presque semblable à de la laine, mais non crépu, tantôt d'un cendré foncé, tantôt blanc; le dessous de ses doigts est garni de poils, et le cinquième doigt des pieds de devant est presque aussi fort que les autres, un peu plus court seulement, et son ongle plus recourbé. Le bout du museau est noir.
L'isatis se trouve sur tout le littoral de la mer Glaciale et des fleuves qui s'y jettent, et partout au nord du soixante-neuvième degré de latitude. 11 se plaît dans les pays déboisés et découverts, sur les montagnes nues, et c’est sur le penchant de ces dernières, ou au moins sur les collines élevées, qu’il aime à creuser son terrier. Il entre en chaleur vers la fin de mars, et la femelle porte environ neuf semaines. En mai et juin elle met bas sept ou huit petits, et même beaucoup plus si on s’en rapporte à Gmelin. Les mères blanches font leurs petits d’un gris roux en naissant, et ceux d’une mère cendrée sont presque noirs. Pendant les cinq à six premières semaines, la mère reste le plus longtemps possible dans son terrier, et n’en sort que pour aller chercher sa nourriture; elle y allaite ses enfants avec grand soin et les tient trèspropres sur le lit de mousse qu'elle leur a préparé à l'avance, Vers le milieu d'août, elle les fait sortir et les mène promener avec elle pour leur apprendre à chasser. Leur poil alors a un peu plus d’un demi-pouce (0,014) de longueur, et ces jeunes isatis prennent alors le nom de norniki. Les individus blancs commencent déjà à avoir une raie d'un brun cendré sur le dos; les individus cendrés ont déjà leur couleur foncée et ne subissent plus aucune variation que dans la longueur et le reflet du pelage. Dès le milieu de septembre, les blanes sont d’un blanc pur, excepté la raie du dos et une barre sur les épaules qui noircissent, et les font alors nommer krestowiki ou croisés. Puis le noir des épaules disparaît entièrement, et bientôt après celui du dos, de manière qu'en novembre l'isatis blanc est dans sa perfection de couleur et Se nomme alors nedopesez. Néanmoins les poils des blancs et des cendrés n’ont acquis toute leur longueur qu’en décembre, et c'est depuis ce moment jusqu'en mars que leur fourrure est le plus estimée. Celle des blancs étant la plus commune est aussi celle qui a le moins de valeur ; celle des gris en a beaucoup plus, et celte valeur augmente d'autant plus que la couleur en est plus foncée et refiète le cendré bleuâtre, d’où est venu à ces animaux le nom de renards bleus. La mue commence en mai et finit en juillet. A cette époque les adultes ont la même livrée que les nouveau-nés de leur couleur, et ils parcourent des phases de coloration absolument semiblables.
Les fourrures d’isatis ont un tel prix que, s'il arrive à un chasseur de s'emparer d’un ou de deux petits, il les apporte chez lui et les fait allaiter par sa femme, qui se donne beaucoup de peine pour les élever jusqu'au moment de les tuer et de vendre leur peau. Les voyageurs prétendent qu'il n'est pas rare de voir de pauvres femmes partager leur lait et leurs soins entre leur enfant et trois ou quatre renards bleus.
Ces animaux ont une singulière habitude, c'est d’émigrer en grand nombre du pays qui les a vus naître dès que le gibier dont ils se nourrissent ordinairement, par exemple les lemmings et les lièvres tolaï, vient à diminuer en nombre. En général, ces émigrations se font vers le solstice d'hiver, et les émigrants descendent quelquefois au sud du soixante-neuvième degré, mais jamais ils n'y fixent leur demeure et n'y creusent de terriers. Après trois où quatre ans au plus, ils retournent dans leur patrie, où le gibier a eu le temps de peupler pendant leur longue absence.
Comime tous les renards, l'isatis est rempli de ruses, de har= diesse, et enclin à la rapine. Sans cesse il est occupé, pendant la nuit, à fureter dans la campagne, et quelquefois on l'entend chasser avec une voix qui tient à la fois de l'aboiement du chien et du glapissement du renard. Il a sur ce dernier l'a rantage de ne pas craindre l'eau et dé nager avec la plus grande facilité. Aussi se hasarde-t-il souvent à travers des bras de rivière ou des
lacs, pour aller chercher, parmi les jones des ilots, les nids des oiseaux aquatiques , dont il dévore d'abord la mère, s'il peut la surprendre, puis les petits ou les œufs.
Le RexanD DE LaLanve (Vulpes Lalandii.— Canis megalo'is, Desu. Canis Lalandiüi, DesmouL. Otocyon megaloptis, Less. Megalotis Lalandii, Suvru) est plus haut sur jambes que notre renard; sa tête est plus petite et sa queue plus fournie; ses oreilles trèsgrandes, égalant presque la têle, sont remarquables par un double rebord à leur bord inférieur externe; son pelage est d'un gris brun en dessus, d'un fauve pâle et plus laineux en dessous; il a une bande de poils plus grands que les autres et noirâtres le long du dos; le devant des quatre pieds est d’un brun noirâtre ; le dessus et le bout de sa queue sont noirs. Tout le pelage de cet animal est plus laineux que celui des autres renards. Il habite le cap de Bonne-Espérance, et principalement la Cafrerie.
Le Zero ou FENxEC (Vulpes fennecus.— Canis fennecus, Less. Canis zerdo, Guc. Fennecus Brucit, Desm. Canis =erda, Pygmœus ou Saharensis de Leucxarr. Probablement le Canis famelicus de Knerscumar) est de très-petite taille; ses jambes sont grêles, son museau eflilé, ses oreilles très-grandes; son pelage est d’un joli roux isabelle en dessus; blanc en dessous ; il a une tache fauve placée devant chaque œil; la base et le bout de sa queue sont noirs ; à l'intérieur ses oreilles sont bordées de longs poils blancs. Cet animal est fort peu connu , et tout ce qu'on sait de certain sur son compte, c'est qu'il se trouve à Dongolah en Afrique, qu'il habite un terrier, et qu'il se nourrit de petits mammifères, d'oiseaux et d'insectes. On a dit, à tort, qu'il grimpe sur les arbres et mange des dattes.
Le Fennec DE Denua (Vulpes Denhaïmii) diffère du précédent par son pelage d’un roux blanchâtre uniforme, seulement plus pâle en dessous ; son dos, brun, est rayé de lignes noires très déliées ; son menton, sa gorge, son ventre et les parlies internes de ses cuisses et de ses jambes sont blancs; son museau est noir. Du reste, il ressemble au précédent. 11 habite l'intérieur de l'Afrique.
Le Rexarp DE BENGALE (Vulpes bengalensis. — Canis bengalensis, Suaw) est brun en dessus, avec une bande longitudinale noire; il a le tour des yeux blanc, et sa queue est noire au bout, Il habite l'Inde, et diffère peu de notre renard quant aux mœurs.
Le Rexarp n'Écypre (Vulpes niloticus. — Canis niloticus, Georr.) ressemble beaucoup au renard ordinaire quant aux mœurs, à la grandeur et aux formes; son pelage est roussâtre en dessus, d'un gris cendré en dessous; ses oreilles sont noires et ses pieds fauves. Il se trouve en Égypte.
Le RENARD ARGENTÉ (Vulpes argentatus. — Canis argentatus, Fr. Cuv. Le Renard argenté ou Renard noir, G. Cuv., confondu par Gmelin avec le loup noir, Canis lycaoh, Canis argentatus et Decussatus, GEOFF.).
Sa longueur, non compris la queue, est de vingt-trois pouces (0,625); il est d’un noir de suie, piqueté ou glacé de blanc partout, excepté aux oreilles, aux épaules et à la queue, où il est d'un noir plus pur; il a le bout de la queue, le dedans de l'oreille et le dessus du sourcil blancs; son museau et lé tour de son œil sont gris; son iris est jaune.
Cet animal habite principalement le nord de l'Amérique ; mais, selon Lesseps et Krakenninikof, on le trouve aussi au Kamtschalka, quoique assez rarement. Il a les mêmes habitudes que notre renard ordinaire ; et comme il est plus grand et plus fort, il est aussi plus courageux et ne craint pas d'attaquer des animaux d'une certaine grosseur. On dit que lorsqu'il peut approcher d’un troupeau, il a la hardiesse d’enlever, malgré les cris des bergers, les agneaux ou cheyreaux qui sont à sa convenance, et c'est probablement pour avoir entendu raconter de pareilles choses que Gmelin l’a confondu avec le loup noir. Sa fourrure a du prix, queiqu'elle soit moins estimée que celle du renard bleu. La ménagerie du Jardin des Plantes en a possédé un qui y a vécu
assez longtemps, et l'on a pu reconnaitre en lui toutes les allures de notre renard; ainsi que lui, il marchait la tête et la queue basses, et, quoique très-bien apprivoisé et fort doux, il gardait un amour de la liberté qui a fini par le faire mourir dans la tristesse et le marasme. Lorsqu'on le contrariait, il grognait comme un chien en montrant ses dents, et il eût été dangereux de le toucher dans ces moments de mauvaise humeur. Il exhalait une odeur désagréable, mais qui n'avait pas beaucoup d'analogie avec celle du renard commun , et, pendant l'été, il paraissait beaucoup souffrir de la chaleur.
Le RENARD AGILE ( Vulpes veloæ. — Canis velox, Sax) habite l'Amérique , ainsi que les espèces qui vont suivre. Son pelage est doux, fin, soyeux, fauve et d’un brun ferrugineux; le dessous de sa tête est d’un blane pur , et les poils de son cou, étant plus longs que les autres, lui forment une sorte de fraise. Il a la taille svelte, le corps mince, ce qui, dit-on, le rend très-léger à la course. Il se plait dans les pays découverts, sur les bords du Missouri, se loge dans un terrier , et parait avoir les mêmes habitudes que nos renards.
Le Rexaro Gris (Vulpes virginianus.— Canis virginianus, Ex, Le Renard gris de Careseyx) se distingue de ses congénères à son pelage entièrement d'un gris argenté ; du reste, il a les mêmes mœurs et les mêmes habitudes. On le trouve en Virginie,
Le RexanD CRoISÉ ( Vulpes decussatus, GEOFF. Canis cruciger, Scur.) est de la taille de notre renard; tout son corps, et surtout le dos, la queue, les pattes et les épaules sont d'un gris noirâtre, plus foncé vers les épaules, à poils annelés de gris et de blanc; il a une grande plaque fauve de l'épaule jusqu'à la tête, et une autre de même couleur sur le côté de la poitrine. Son museau, les parties inférieures de son corps et ses pattes sont noirs; sa queue est terminée de blanc. On le trouve dans l'Amérique septentrionale et probablement jusqu'au Kamtschatka.
L'AGouaracHAy ou RENARD TRICOLORE ( Vulpes cinereo-argenteus, — Canis cinereo-argenteus, Scures. — Fr. Cuv.) est noir, glacé de gris en dessus; la tête est d'un gris fauve; le museau blanc et noir; les oreilles et les côtés du cou sont d’un roux vif; l'intérieur de l'oreille est blanc, ainsi que la gorge et les joues ; le menton est noir; la face interne des membres est d’un fauve plus vif vers les flancs, plus pâle sous le ventre et la poitrine ; la queue est fauve, nuancée de brun, et terminée par du noir foncé. Il habite les États-Unis et le Paraguay. Un jeune, apporté de New-York, a vécu quelque temps à la ménagerie. Sans être méchant, il était assez farouche, et il exhalait une odeur désagréable.
Les autres espèces, nouvellement connues, sont : Vulpes americanus, où Canis vulpes, HarLax, de la Nouvelle-Calédonie. Vulpes magellanicus, Gray. Vulpes fulvipes, Martin, des îles Chiloë. Canis griseus, Kixe, de la Magellanie. Canis brasiliensis, Scmixz. Ce dernier est l'Agouarachay d'Azara. Puis les renards Himalaïcus, æanthura, kokri, riparius, dorsalis, caama, qui n’ont pas été suffisamment comparés.
5e Genre. Les HYÉNOIDES ( Hyenoides) ont le même système dentaire que les deux genres précédents, seulement le petit lobe en avant moins prononcé; elles n'ont que quatre doigts à tous les pieds. Ces caractères les placent entre les chiens et les hyènes, avec lesquels elles ont de nombreuses affinités.
La Hyéxoïne PHixTE ( Hyenoides picta. — Hyœna picta, Tes. Hyœna venatica, Broocxs. Canis tricolor, GriFr. — Canis pictus, Desw..). Sa taille est celle du grand mâtin, et, de tous les animaux, c'est celle qui a le pelage le plus agréablement varié. Sur un fond grisätre se dessinent d'une manière plus ou moins tranchée des taches blanches, noires, d'un jaune d'ocre foncé très-irrégulièremént parsemées et mélangées, quelquefois assez larges, d'autres fois très-petiles , toujours placées sans ordre et sans nulle symétrie. Non-seulement ces taches varient beaucoup sur les parties correspondantes du même animal, mais encore d'individu à individu , car je n’en ai pas trouvé deux tachetées identiquement
LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.
dans les collections que j'ai visitées, quoiqu'’elles y soient en assez grand nombre.
Du reste, la hyénoïde a quelque analogie de forme avec la hyène tachetée (Hyæna crocata), à laquelle elle ressemble par le manque de crinière, et par son train de derrière, qui est même plus relevé, quoiqu'il le soit moins que dans les chiens. Comme cette dernière, elle a la tête grosse , le museau court et les yeux gros et saillants; ses oreilles sont larges et velues ; sa queue est touffue, blanche au bout, et descend jusqu'anx talons.
La hyénoïde habite le midi de l'Afrique ; elle a toute la voracité des hyènes, mais moins de làcheté, et elle est beaucoup plus dangereuse pour le bétail. Elle se réunit en troupe plus ou moins nombreuse, et ose alors se défendre contre la panthère et même contre le lion. Elle aime à se nourrir de cadavres corrompus et de voiries, et, pour satisfaire ce goût, elle a la hardiesse d'entrer pendant la nuit dans les cours des fermes, et même dans les villages, où elle vient ramasser les immondices jusqu'aux portes des maisons. Malgré cela elle ne s'en livre pas moins avec ardeur à la chasse des gazelles et des antilopes. Dans ce cas, les hyénoïdes se réunissent en meutes, et poursuivent le gibier avec autant d'ordre et de persévérance que nos meilleurs chiens courants: seulement elles se divisent quelquefois en deux ou trois bandes, et pendant que l’une suit la piste de l’antilope, les autres cherchent à prendre les devants , à la couper et à la saisir au passage; lorsque l'animal est pris ou forcé, elles le dévorent toutes ensemble sans se quereller; mais elles ne souffrent pas qu'un animal carnassier d'une autre espèce vienne leur disputer leur proie, et c’est alors que, comptant sur leur nombre et leur courage, elles osent résister à la panthère et au lion.
Si les voiries manquent et que la chasse n’ait pas donné de produits, les hyénoïdes se répandent autour des habitations et poussent la hardiesse jusqu'à attaquer les troupeaux, les mou-
tons principalement, et même les bœufs et les chevaux lorsqu'elles les trouvent isolés. Mais aucun fait ne constate qu'elles se soient jamais jetées sur les hommes. Ce que nous venons de dire de cet animal est tout ce qu'il y a de positif sur son histoire, et si l'on n’en sait pas davantage, c’est parce qu'il a toujours été confondu avec les hyènes par tous les voyageurs.
4e GENRE. Les GYMNURES (Gymnura , Less.) devraient peutêtre se rapprocher des paradoxures, qui sont plantigrades, car ils n’ont pas une analogie parfaite avec les civettes et moins encore avec les chiens. A la mâchoire supérieure leurs deux incisives moyennes sont les plus larges, et écartées l’une de l’autre; les deux latérales sont fort petites et les canines médiocres; la première molaire a deux pointes, la seconde une seule, la quatrième et la cinquième quatre tubereules et la sixième trois; les canines de la mâchoire inférieure sont longues. Ils ont en tout quarante dents, dont douze incisives, quatre canines, et douze molaires à chaque mâchoire. Du reste, leur museau est pointu, leur langue douce ; leurs oreilles arrondies, droites et nues; leurs ongles comprimés, arqués et aigus; leur queue nue. On n’en connaît qu'une espèce :
Le GyYMNuRE DE RAFFLES (Gymnura Ra/flesii, Less. Viverra gymnura, Rarr.) a un pied de longueur (0,525) non compris la queue, qui est nue et a dix pouces (0,271). Son pelage, long et assez dur en dehors, laineux, doux et très-épais en dedans, est noir et blanc; le corps, les jambes et la première moitié de la queue sont noirs, et une bande de la même couleur passe sur les yeux; la tête, les épaules et le cou sont blancs; le museau est pointu, dépassant d’un pouce (0,027) la mâchoire inférieure ; les moustaches sont longues, et les yeux petits. Cet animal habite les Indes orientales, et l’on ne sait rien de ses habitudes.
Puits et Manége, derrière la grande serre tempérée .
La Civette.
ont quarante dents, à une seule espèce près, qui n’en a que trente-six : douze incisives, quatre canines et douze molaires, dont trois fausses molaires en haut, quatre en bas : les antérieures tombant quelquefois ; deux tuberculeuses assez grandes en haut; une seule en bas; deux tubercules saillants au côté interne de leur carnassière inférieure en avant, le reste de cette dent étant plus ou moins tuberculeux. Leur langue est hérissée de papilles rudes et aiguës ; leurs ongles se redressent à demi dans la marche, et près de leur anus est une poche, plus ou moins profonde, où des glandes particulières font suinter une matière onctueuse et souvent odorante.
4er Genre. Les CIVETTES ( Viverra , Cuv.) ont les pieds à cinq doigts, ainsi que les genettes et les mangoustes, On les reconnaît à la poche profonde qu’elles ont entre l’anus et l’organe de la génération , poche divisée en deux sacs qui se remplissent d'une pommade abondante exhalant une forte odeur musquée.
Le Nzrusr ou NzME ( Viverra civetta , Lin. La Civette ordinaire, G. Cuv. — Burr. Le Kankan des Éthiopiens. Le Æastor des Guinéens) a environ deux pieds trois pouces (0,751) de longueur, non compris la queue; son museau est un peu moins pointu que celui du renard; ses oreilles sont courtes et arrondies ; son pelage est long et grossier, gris, tacheté et couvert de bandes brunes et noirâtres, avec une crinière tout le long de l’échine ; sa queue est brune, moins longue que son corps ; la tête est blanchâtre, excepté le tour des yeux, les joues et le menton, qui sont bruns ainsi que les quatre pattes.
La civelle ou nzime habite l'Afrique et surtout l’Abyssinie ; on la trouve aussi en Asie. Elle a, outre les poches singulières dont nous ayons parlé, un petit trou de chaque côté de l'anus, d'où suinte une humeur noirâtre très-fétide. C’est un animal qui fuit les terres humides et basses, et qui se plaît particulièrement dans les plaines élevées et les montagnes arides. Agile à la course comme un chien , leste à sauter comme un chat, souple comme tous les animaux de son genre, ayant des yeux très-brillants et qui lui permettent de distinguer les objets pendant la nuit; étant, outre cela, d’un caractère courageux et cruel, la civette est le fléau des oiseaux et des petits mammifères, qu'elle surprend dans les ténèbres, qu’elle poursuit à la course pendant le jour, et qu'elle atteint d’un bond à une assez grande distance. Son occupation constante est de chasser ; mais, quand elle ne trouve pas de gibier, elle vient en maraude autour des lieux habités, saisit
avec toute la ruse du renard les volailles qui se sont écartées de la ferme, pénètre même quelquefois dans la basse-cour, et met tout à mort avant de se retirer. Enfin, si toutes ces ressources Jui manquent, elle se rabat sur les fruits et les racines, qu'il lui est facile de broyer avec ses larges molaires tuberculeuses. Quoique naturellement farouche, la civette s’apprivoise assez facilement , mais jamais assez pour s'attacher à son maître et caresser la main qui la nourrit. Née dans les pays chauds, elle s’habitue cependant très-bien dans les climats tempérés, et même froids, pourvu que, pendant l'hiver, on la tienne dans un lieu chauffé. Il n’y a que quelques années qu’on en nourrissait encore beaucoup en Hollande, alors que le parfum qu'elle produit était à la mode, et celui qu’on en tirait était plus estimé que celui qui venait de son pays même, probablement parce qu’il n’était pas frelaté. Il paraît aussi que son odeur est d'autant plus forte et plus suave, et sa qualité d'autant plus grande, que l'animal est mieux nourri; de la chair crue et hachée, des œufs, du riz, des petits animaux, des oiseaux, de la jeune volaille, et surtout du poisson, tels sont les aliments qui lui conviennent le mieux ; il ne lui faut que peu d’eau, parce qu'il boit très-rarement. Pour recueillir ce parfum, on met l'animal dans une cage étroite où il ne peut se tourner ; on ouvre la cage par un bout, et on tire la civette par la queue; on la contraint à rester dans cette position en passant à travers les barreaux un bâton qui lui entrave les jambes de derrière ; alors on introduit une petite cuiller dans le sac qui contient le parfum, on racle avec soin toutes les parties intérieures des deux poches, et l’on met la matière odorante qu’on en tire dans un vase que l'on ferme ensuite hermétiquement. Si l'animal se porte bien, et qu’il soit convenablement nourri, on peut répéter cette opération deux ou trois fois par semaine. Cette matière exhale une odeur si forte, qu’elle se communique à toutes les parties du corps de la civette ; le poil en est imbu, et la peau pénétrée au point qu’elle se conserve encore longtemps après sa mort. Quand on irrite et tourmente l'animal, il hérisse sa crinière, se secoue en grondant, et il répand une odeur qui devient violente, au point qu'on ne peut la supporter dans un appartement où l’on se trouve-enfermé avec lui. Cette humeur onctueuse et parfumée , que nous appelons civette, est connue dans le Levant et en Arabie sous le nom de zibet ou algallia, et elle est encore en grande estime dans ces contrées et dans l'Inde. Autrefois, en Europe , la médecine s’en était emparée, et lui attribuait des propriétés merveilleuses, comme aphrodisiaque et stimulante; mais aujourd'hui ses pré-
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tendues vertus sont oubliées, et il n'y a plus guère que les parfumeurs et les confiseurs qui en emploient encore quelquefois.
On sait parfaitement aujourd'hui que la civette, quoique trèscommune, ne produit cependant que deux ou trois petits à la fois, et les anciens naturalistes auraient dû déduire ce fait du nombre de ses mamelles, qui est de quatre; mais comme elle refuse constamment de s’accoupler en domesticité, on ne sait pas le temps que dure sa gestation, ni même les circonstances qui accompagnent l'éducation de ses petits.
La Civerre »'Harpwicu (Viverra Hardwichii, Less.) a environ
quinze pouces (0,406) de longueur, non compris la queue, qui en a onze (0,298); elle est d’un blanc jaunâtre, marquée de.
larges lignes longitudinales et de taches noires allongées et confluentes ; la queue porte six anneaux noirs; le nez est noir, et une ligne de cette couleur va de l’œil au cou, de chaque côté. Elle est de Java, et ses mœurs, n'étant pas connues, ne peuvent se déduire que par analogie.
Le Ziger ou Sawapu-Puxée (Viverra zibelta, Lin. Le Zibeth, G. Cuv. Le Musc de LA PeyrontE. Le Quott et Baardes des Arabes) est plus petit que la civette, sa longueur ne dépassant pas douze ou quinze pouces (0,525 à 0,406), non compris la queue. Il a celle-ci beaucoup plus longue, couverte de poils courts, et annelée de noir; le fond de son pelage est d'un gris jaunâtre, avec de nombreuses taches noires, pleines et quelquefois assez rapprochées pour former des lignes continues, surtout au train de derrière; le ventre est gris; une bande noire, naissant derrière la partie supérieure de l'oreille, s'étend en are de cercle jusqu’au devant du bras, et sépare la robe, tachetée de blanc pur, des côtés et du dessous du cou ; une autre bande un peu plus large, également noire, en est séparée par un cercle blanc; une troiième descend verticalement au-dessous de l'oreille, enfin une quatrième correspond à la branche montante de la mâchoire.
Le zibet habite les Indes, et se trouve principalement aux Philippines. Ses habitudes sont plus nocturnes que celles de la civette, parce qu'il voit mal pendant le jour, qu'il passe entièrement à dormir dans les fourrés où il fait sa demeure. La nuit il se met en chasse, et parcourt la campagne avec une grande activité, et dans un profond silence que rien ne peut lui faire rompre. A toutes les sortes d'aliments il préfère les oiseaux et surlout leurs œufs , il attaque aussi les petits mammifères, mais il mange aussi les fruits, et il se contente de racines quand il ne trouve pas mieux; en un mot, il est presque omnivore. Du reste, il a toutes les autres habitudes de la civette, et produit un parfum qui ne lui est pas inférieur. Celui qui a vécu à la ménagerie était triste , silencieux, facile à se mettre en colère, et alors il se herissait le dos comme s’il eût eu une crinière.
2e Gexre. Les GENETTES (Genetta, Cuv.) n'ont qu'une poche très-peu profonde, réduite à un enfoncement léger formé sur la saillie des glandes, et presque sans excrétion sensible quoiqu'il y ait une odeur très-manifeste.
La GENETTE ORDINAIRE ( Genetta vulgaris, Fr. Cuv. Viverra genetla, Lix. Viverra malaccensis, GuL. Viverra tigrina, Scu. La Genette et la Genette du Cap de Burr. La Civette de Malacca, Sox- NERAT. Le Chat bizaam de Vosx. Le Chat du Cap de Forster) est à peu près de la grosseur, de la longueur et de la figure d'une fouine, mais sa tête est plus étroite, son museau plus effilé, ses oreilles plus grandes, plus minces et plus nues; ses pattes moins grosses et sa queue plus longue. Son pelage est d’un gris mêlé de roux, tacheté de petites macules noires, tantôt rondes et tantôt oblongues; la queue a quinze anneaux alternativement noirs et blanchâtres, avec des teintes rousses.
Cet animal, si l’on n'a pas confondu plusieurs espèces en une seule, se trouverait en Afrique, au Cap, dans le midi de l'Asie, en Espagne, et même en France, dans le Poitou, selon Buffon; mais ce dernier fait me paraît d'autant plus douteux que la figure
qu'il a jointe à sa description est celle d'une genette étrangère. J'ai fait moi-même prendre dans le Rouergue et le Poitou des renseignements qui ne m'ont rien appris, si ce n’est que cet animal est tout à fait inconnu aux chasseurs dans ces anciennes provinces. Quoi qu'il en soit, la genette n’habite ni les montagnes, ni les grandes forêts, ni les terres arides; elle ne se plaît que dans les vallées fraiches, ombragées par de simples bocages, et le long des ruisseaux, sur le bord desquels on prétend qu’elle se creuse un terrier. Elle a de la finesse dans la figure, de la grâce dans les mouvements, et beaucoup d'agilité pour poursuivre les oiseaux et les petits mammifères , dont elle se nourrit habituellement. Prise jeune, elle s'apprivoise parfaitement et devient un fidèle commensal de la maison, ayant à peu près les mêmes habitudes que le chat, et rendant les mêmes services en faisant uhe guerre active aux souris, aux mulots et aux rats. Bellon dit en avoir vu dans les maisons à Constantinople; elles étaient aussi privées que des chats, et on les laissait aller et courir partout, sans qu'elles fissent ni mal ni dégât. Deux geneltes, un mâle et une femelle, qu'on avait envoyées de Tunis, ont vécu à la ménagerie, s’y sont accouplées à la manière des chats, et y ont fait un seul petit qui, en naissant, portait déjà la jolie livrée de ses parents. Comme on les tenait dans une cage assez étroite, elles étaient tristes, ennuyées, et dormaient toute la journée enroulées l’une sur l’autre. Elles se réveillaient le soir et s’agitaient toute la nuit. La fourrure de cet animal était autrefois très à la mode pour faire à nos dames des manchons légers, chauds et fort jolis, qui se vendaient un prix exorbitant; mais les industriels de ce temps-là parvinrent à peindre des taches noires sur des peaux de lapins gris, qu'ils vendirent pour de la genette; cette fraude en fit tomber la valeur, et la mode en passa.
La genette du Cap n'est, selon G. Cuvier et d’autres naturalistes, qu'une très-légère variété. Cependant ses bandes longitudinales sont au nombre de six au moins, tandis que celle que nous venons de décrire n'en a que quatre.
Le Bergé ou GENETTE DE BARBARIE (Genetta afra, Fr. Cuv.) a le pelage gris plus ou moins mêlé de jaunâtre; le chanfrein blanc; le menton et la ligne dorsale noirs; ses bandes longitudinales sont plus régulières et au nombre de cinq. Elle habite le nord de l'Afrique.
Le LisaxG ou DELuNDuNG (Genetta lisang, Less. Viverra gracilis, Desw.) a de longueur totale deux pieds six pouces (0,812). Il a la tête allongée, le museau pointu; son pelage est d’un fauve très-clair, avec quatre très-larges bandes brunes transverses ; sa queue a le bout noir, avec neuf anneaux dont les deux premiers plus étroits que les autres; il a des taches sur les épaules et les cuisses, ct des bandes étroites sur le cou. Il habite Java.
Le Fossa (Genetta fossa, Less. Viverra fossa, Lix. La Fossane, Burr. La Genette de Madagascar des voyageurs. Le Fossa des habitants de Madagascar) est d’un gris roux, marqué dé taches brunes disposées sur le dos en quatre lignes longitudinales, et éparses sur les flancs; sa queue est roussàtre, faiblement marquée d’anneaux d’un roux brun. Elle habite Madagascar, et se plait dans les bois qui sont à proximité des habitations rurales.
On ne sait de cet animal que ce que Poivre en a écrit à Buffon :
« La fossane que j'ai apportée de Madagascar, disait-il, est un
animal qui a les mœurs de notre fouine; les habitants de l’île m'ont assuré que la fossane mâle étant en chaleur, ses parties avaient une forte odeur de musc. Lorsque j'ai fait empailler celle qui est au Jardin des Plantes, je l'examinai attentivement, je n'y découvris aucune poche, et je ne lui trouvai aucune odeur de parfum. J'ai élevé un animal semblable à la Cochinchine et un autre aux îles Philippines, l'un et l’autre étaient des mâles; ils étaient devenus un peu familiers; je les avais eus très-petits, et je ne les ai guère gardés que deux ou trois mois ; je ne leur ai jamais trouvé de poche entre les parties que vous m'indiquez; je me suis seulement aperçu que leurs excréments avaient l'odeur de
ceux de notre fouine. Ils mangeaient de la viande et des fruits, mais ils préféraient ces derniers, et montraient surtout un goût plus décidé pour les bananes , sur lesquelles ils se jetaient avec voracité. Cet animal est très-sauvage, fort difficile à apprivoiser; et, quoique élevé bien jeune, il conserve toujours un air et un caractère de féroeité, ce qui m'a paru extraordinaire dans un animal qui vit volontiers de fruits. L'œil de la fossane ne présente qu'un globe noir fort grand, comparé à la grosseur de sa tête, ce qui donne à cet animal un air méchant. »
La GENETTE À QUEUE NOIRE (Genetta caudé nigricante. — La Genette de France, Burr.) a vingt pouces (0,542) de longueur totale; son pelage, surtout sur le cou, est plus long que celui de la genette ordinaire, gris mêlé de grands poils noirs à reflets ondoyants, avee le déssus du dos rayé et moucheté de noir ; le dessous du corps est blanc; les jambes et les cuisses sont noires; les deux tiers de la queue sont noirs, et il n’y a d'anneaux distincts qu'au premier liers ; les oreilles sont rondes; l'œil grand, à pupille étroite. Cette genette a vécu à la ménagerie; elle avait été achetée à Londres, mais on ignorait sa patrie. Elle était toujours en mouvement, et ne se reposait que pour dormir.
La GENETTE À BANDEAU (Genetta fasciata, Less. Viverra fasciata, Georr.) est de la grandeur d’une fouine. Son pelage est d'un jaune clair marqué de taches d’un brun marron, disposées par séries longitudinales ; le bout du museau, la mâchoire inférieure et le front sont d'un blanc jaunâtre; tout le dessous du corps est d'un gris uniforme, Sa patrie est inconnue, mais on la soupçonne de Java.
La”GenerTE DE L'INDE (Genetta indica, Less. Viverra indica, Grorr. Viverra rasse, Horsr.) est un peu plus grande que la genette ordinaire, avec la queue plus courte; son pelage est d'un blanc jaunâtre , avec huit bandes longitudinales étroites et brunes , et trois ou quatre lignes de points bruns parallèles sur les flancs; elle a le tour des yeux brun, la lèvre et le menton blanes, la queue annelée de brun et de blanc jaunâtre. Elle habite l'Inde. Le cabinet en possède, sous le nom de Genette de Java, une variété qui n’en diffère que par sa taille plus petite.
La GENETRE RAYÉE (Genetta striata, Less. Viverra fasciata, Lan. Viverra striata, Desu. Le Putois rayé de l'Inde, Burr. Le Chat sauvage à bandes noires de l'Inde, SonNERAT) ressemble à notre putais par la taille, la forme du corps et des oreilles ; sa queue et sa tête sont d'un brun fauve, plus pâle autour des yeux, aux joues et sous la mâchoire ; elle a six larges bandes noires et cinq plus étroites d’un blanc jaunètre le long du dos et des flancs, Elle habite la côte de Coromandel.
Le Boxpar (Genetta bondar, ne BLAINY. Viverra bondar, Des.) a le fond du pelage fauve, avec la pointe des grands poils noire; il a sur le dos une bande noire, avec deux bandelettes parallèles de la même couleur sur chaque flanc; ses quatre pieds et le bout de sa queue sont également noirs. {1 habite le Bengale,
La GENETTF HERMAPHRODITE (Genetta hermaphrodita. — Viverra hermaphrodita , Part.) a le museau, la gorge, les moustaches et les pieds noirs ; une tache blanche sous les yeux; le poil cendré à la base, noir à la pointe; trois bandes noires le long du dos: la queue un peu plus longüeé que le corps et noire à l'extrémité. Elle habite la Barbarie.
5e Gexre. Les MANGOUSTES ( Xerpestes, 1116.) ont le même système dentaire que les deux genres précédents; elles ont une poche volumineuse, simple, ayant l'anus percé dans sa profondeur ; leurs poils sont courts sur la tête et sur les pattes; leur queue est longue, très-grosse à sa base, et leurs doigts sont à demi palmés.
Le News (Herpestes griseus. — Viverra cafra, Li. Ichneumon griseus, Less. Le Nems, Burr.) est d'un cinquième plus grand que le sunsa; il a vingt-deux pouces (0,596) de longueur, non compris la queue, qui en a vingt (0,542). Son pelage est dur, redressé,
plus clair que dans le sunsa, en général d'un jaune paille , d'un gris brunâtre uniforme au dos et aux pattes; les ongles sont noirs; l'iris est d’un fauve foncé. Buffon le dit d'Afrique et Geoffroy de l'Inde.
Le Suxsa ou GAGARANGAN (Herpestes mungo. — Viverra mungo, Lis. Zchneumon mungoz, Less. La Mangouste de l'Inde, Bürr. Le Chiré ou Airpelé du Malabar) est à peu près de la taille d’une fouine , le fond de son pelage est brunâtre ; il a sur le dos vingtquatre à trente bandes transversales alternativement rousses et noirâtres ; le dessous de sa mâchoire est fauve; ses pieds sont noirs; sa queue, un peu moins longue que son corps, est d'un brun noirâtre uniforme. Cet animal a de la célébrité dans l'Inde, comme l'ichneumon en Égypte.
Le sunsa habite l'Inde, et n’est pas rare au Malabar et à Java. C’est un joli petit animal, qui se’ plaît le long des ruisseaux et des rivières, qui nage fort bien, et qui aime surtout à elapoter au bord de l’eau, Il fait une chasse continuelle aux reptiles, aux œufs des oiseaux aquatiques, aux petits mammifères et aux insectes, Il mange même des fruits quand sa chasse n'a pas été heureuse ; il boit beaucoup, est d'une propreté recherchée, et se roule en boule pour dormir, à peu près comme fait le hérisson,
C’est surtout par ses combats avec les serpents que le sunsa s'est acquis une grande célébrité. Sans cesse on le voit fureter sur le bord des marais, et partout où il pense pouvoir rencontrer de ces reptiles. Dès qu'il en aperçoit un, il s’élance dessus d'un seul bond s’il est à portée, et lui écrase la tête avant que le serpent ait eu le temps de se méttre en défense. S'il est à une certaine distance lorsque le sunsa l'apercoit, rien n’est curieux comme les mines qu'il fait pour l'approcher sans en être vu, ou au moins sans l’effrayer : tantôt il se lève debout sur ses pattes de derrière pour l’examiner; puis, cette vue le mettant en fureur, il marche à lui en haussant et courbant le dos comme un chameau, et 8e roidissant sur ses quatre pattes tendues comme des bâtons ; tantôt, apereevant le reptile qui fait un mouvement pour fuir, il se laisse tomber sur le ventre, s'étend, se colle à la terre, et se glisse dotcemént à travers les herbes en rampant. Parvenu à sa portée, il se jetie sur son dangereux ennemi, et alors commence une lutte terrible qui ne finit jamais que par la mort de l’un d’eux, et quelquefois par celle de tous deux. La mangouste cherche à saisir le serpent sur le cou ou sur le crâne, et le combat est fini dès qu’elle y parvient. Mais, comme si l'animal venimeux connaissait les intentions de son adversaire, il roule continuellement son corps pour abriter ces parlies sous ses anneaux écailleux, et de temps à autre, par un mouvement rapide commé l'éclair, il lance sa tête sur son antagoniste, et, avec ses crochets venimeux, lui fait une blessure mortelle. Tous les efforts du sunsa changent alors d'objet, et il ne cherche plus qu'à se débarrasser des replis dont il est enlacé; il y parvient, s'éloigne en se trainant avec douleur, et cherche dans les environs une plante merveilleuse dont il mange quelques feuilles et sur laquelle il sé roule à plusieurs reprises. Aussitôt, et comme par enchantement, plein d'une nouvelle vigueur et d'un nouveau courage, il retourne au combat et finit par tuer le serpent. Les Indiens, témoins de ce fait extraordinaire, ont observé la plante qué cherchait la mangouste, et l'ont nommée chiri, du nom qu'ils donnent à l’animal qui la leur à fait découvrir ; les botanistes l’ont appelée ophivrhiza mungos. Depuis ce temps, on emploie dans l'Inde la racine de cette plante contre la morsure des serpents venimeux.
Voilà l'histoire telle que la racontent les anciens voyageurs, et d’après eux quelques naturalistes; mais est-elle vraie? peut-elle se soutenir devant une critique éclairée ? C’est ce que je ne pensé pas. Un voyageur allemand s’est trouvé deux fois dans le cas de voir le combat d’une mangouste avec un serpent venimeux, et il prétend que ce petit mammifère, lorsqu'il est mordu, va en effet se rouler sur le gazon, qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas d’ophiorhiza, mais que cela ne l'empêche pas de mourir de sa blessure.
168 LES CARNASSIERS DIGITIGRADES,.
La MANGOUSTE INDIENNE ( Herpestes Edivarsii, GEOFF. — Des. Ichneumon Edwarsii, Less.) a le museau d’un brun rougeître; le dos et la queue annelés de brun sur un fond olivâtre; cette espèce et le nems sont les seuls qui aient les ongles noirs. Elle se trouve dans les Indes orientales.
Le Vonaxc-Suira (Herpestes galera. — Mustela galera, Lin. Ichneumon galera , Less. Le Vansire, Burr.) est plus petit que le sunsa; son pelage est d’un gris brun, pointillé de jaunâtre; ses pattes sont brunes; sa queue est également grosse et également touffue dans toute sa longueur.
Ce petit animal habite Madagascar, se plait sur le bord des rivières, et aime à s’y baigner tous les jours. Les Madécasses le prennent jeune, l'apprivoisent et l’élèvent dans leur maison, qu'il délivre des souris et autres petits animaux nuisibles. Les services qu'il rend, joints à sa familiarité et à sa douceur, l'ont fait rechercher par les habitants de l’île de France; ils l'ont transporté chez eux, et quelques années après il était naturalisé dans leur île. Du reste, il a les mêmes habitudes que les autres mangoustes, et il fait une guerre à mort aux lézards, serpents et autres reptiles, La ménagerie en a possédé deux qui y ont vécu assez longtemps.
Le Nems.
La MANGOUSTE DE Java (Herpestes javanicus. — Ichneumon javanicus, Less.) a le pelage marron où presque roux, pointillé de blanc jaunâtre ; la tête et les jambes sont d'un marron foncé uniforme ; la queue est d’égale grosseur dans toute sa longueur. Elle habite Java.
La MANGOUSTE ROUGE ( Herpestes ruber. — Ichneumon ruber, Georr.). Sa taille dépasse d’un cinquième celle du sunsa; elle a le pelage d’un rouge ferrugineux très-éclatant, plus particulièrement sur la tête et les épaules; ses poils sont annelés de roux et de fauve ; sa queue est très-épaisse et fort longue. On ignore son pays.
La Granpe ManGousre (Herpestes major. — Ichneumon major, Georr.) a trois pieds six pouces (1,137) de longueur totale; ses poils sont annelés de fauve et de marron, mais les anneaux fauves sont si étroits que le marron domine partout ; la queue, plus hérissée et plus longue que le corps, se termine en pointe d’une couleur plus foncée; ses doigts sont couverts de poils ras et serrés, comme chez les animaux aquatiques, ce qui fait supposer que ses habitudes doivent se rapprocher beaucoup de celles de la loutre. Sa patrie est inconnue.
Le TÉZERDÉA ou IcHNEUMON (Herpestes ichneumon. — Ichneumon Pharaonis, Grore.) Viverra ichneumon, Lix. Le Nems des Arabes. L'Ichneumon d'Arisrore. Le Rat de Pharaon de Becon) est plus petit d'un sixième que la grande mangouste; son pelage entier
parait être mélangé également de brun marron et fauve, chaque poil étant annelé de ces deux couleurs: les pieds et le museau sont noirs ou d'un marron foncé; les poils sont plus gros, plus secs et plus cassants que dans les autres espèces; la queue est aussi longue que le corps, terminée par une touffe de très-longs poils noirs étalés en éventail. Il habite l'Égypte.
L'ichneumon est un joli petit animal qui se plaît sur le bord des ruisseaux et des rivières; il est commun sur les rives du Nil. Sa marche est légère et sa prudence extrême ; il se glisse toujours à l'abri d’une haie ou d’un sillon, et il ne lui suffit pas de ne rien voir de suspect, il n'est tranquille et ne continue sa route qu'après avoir flairé tout ce qui est à sa portée. L’odorat est son guide le plus sûr; même quand il est apprivoisé, il va sans cesse flairant, remuant continuellement ses narines avec un petit bruit imitant le souffle haletant d’un animal qui vient de faire une longue course. Il se nourrit de petits mammifères, d'oiseaux , d'œufs, de serpents, de lézards et de reptiles en général, et même d'insectes, quand il ne trouve pas mieux. En domesticité, il est d'une très-grande douceur, caressant, répondant à la voix de son maître, et se laissant volontiers prendre par lui. Dans ce cas, on le saisit, non par le corps, mais par la base de sa grosse queue conique, on le soulève et on le porte ainsi sans qu'il perde sa position horizontale. Sa prudence ne tient ni de la timidité ni de la poltronnerie; il est au contraire très-courageux, et non-seulement il se défend contre des animaux beaucoup plus gros que lui, mais encore il n’a pas l’air de les craindre. Le tézerdéa étrangle fort souvent le chat assez maladroit pour lui chercher querelle, et il se fait respecter par les plus gros chiens, auxquels il saute audacieusement à la face, pour peu qu'ils aient l'air de le menacer. Dans la maison où il est élevé, il s’est bientôt rendu maître de la cuisine et des oppartements, où nul autre animal ne peut s’introduire sans son bon plaisir. Il est vrai qu'il n’est pas querelleur, et qu'ordinairement il vit bien avec les autres domestiques de sa classe, pourvu qu'ils ne lui disputent rien, pas même la place du coussin sur lequel il a l'habitude de dormir.
Cet animal, quoi qu'en dise Buffon, n’a jamais été vérilablement domestique ni en Egypte ni ailleurs, car il ne produit pas en captivité, et les petits que les fellahs ou paysans apportent
ne
quelquefois aux marchés du Caire ont toujours été trouvés sauvages dans les champs. On les élève dans les maisons pour remplacer les chats et faire la guerre aux souris. Ils ont pour cette chasse une ardeur et une adresse qui surpasse celle des chats, et l'avantage qu'ils ont sur ces derniers est que, outre les rats, ils détruisent les mulots, les belettes, les crapauds si incommodes dans tout le nord de l'Afrique, les insectes, et en général tous les animaux nuisibles moins forts qu'eux.
Les anciens auteurs ont débité des fables absurdes sur l’ichneumon. Pour expliquer la raison qui lui avait fait rendre les honneurs divins par les prêtres des antiques Thèbes et Memphis, ils ont dit qu'il entrait dans le corps du crocodile, lorsqu'il le sur-
tuent toutes les volailles qu'ils y trouvent, leur sucent le sang ou leur mangent la cervelle. Mais à cette époque, se trouvant resserrés sur des ilots avec les renards et les jackals , ils deviennent eux-mêmes la proie de ces animaux. Dans le Saïd, ils ont pour ennemi perpétuel l’ouaran el babr (tupinambis niloticus, ou monitor du Nil), sorte de grand lézard très-carnassier, qui, ayant les mêmes habitudes et se tenant dans les mêmes sites, les sur— prend au passage et les dévore. Du reste, toutes les mangoustes, celles d'Égypte comme celles de l'Inde, s'apprivoisent très-bien et se familiarisent aisément; mais, ainsi que le chat, la plupart paraissent s'attacher plus aux maisons qu'aux personnes. Toutes craignent excessivement le froid, et ne vivent que fort peu de
La Boucherie, derrière les loges des animaux féroces.
prenait dormant la gueule ouverte, et qu'il lui donnait la mort en lui rongeant les entrailles. Le vrai est qu'il se contente d’attaquer les petits crocodiles presque sortant de l'œuf, lorsqu'ils sont encore trop faibles pour se défendre, et qu'il sait très-bien les saisir par le cou pour les étrangler. Il sait aussi ‘reconnaître sur le sable des rivages la place où ces animaux ont enterré leurs œufs, et il ne manque jamais de les déterrer pour en manger une partie et briser le reste. Quant à moi, je pense que si les anciens Égyptiens ont divinisé l'ichneumon, comme l'ibis et tant d’autres animaux, c’est qu'ils lui pardodnaïient la destruction des œufs de leur dieu crocodile en faveur du service qu'il rendait au pays en le nettoyant, après les inondations du Nil, des serpents et autres reptiles venimeux, des insectes et en général de tous les autres petits animaux nuisibles à l’agriculture.
Lors des inondations , les ichneumons se retirent sur les hauteurs, autour des villages, et alors leurs habitudes ont une grande analogie avec celles de nos fouines. Ils cherchent à pénétrer pendant la nuit dans les basses-cours , et s'ils y parviennent, ils
temps en Europe. Lorsqu'on les caresse , elles font entendre une sorte de petit murmure très-doux : mais leur cri devient aigu et perçant lorsqu'on les irrite.
4e Genre. Les MANGUES (Crossarchus, FR. Cuv.) ont les dents comme les mangoustes, mais seulement au nombre de trentesix; ils diffèrent de ces animaux par la tête plus arrondie, le museau plus grand et mobile, et leurs pieds non palmés. Ils ont la pupille ronde; les oreilles petites, arrondies, bilobées ; la langue douce sur les bords, papilleuse et cornée au centre ; la queue est aplatie, et leur poche anale secrète une matière onctueuse puante. Ces animaux, étant plantigrades, n’ont été placés entre les mangoustes et les surikates qu’à cause de la grande analogie de forme et d'habitudes qu'ils ont avec eux. On n'en connaît qu’une espèce, qui est
Le Maneue opscur (Crossarchus obscurus, Fr. Cuv.), qui a un peu moins d'un pied (0,525) de longueur, non compris la queue, qui a sept pouces (0,189); son pelage est d’un brun uniforme sur
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tout le corps, un peu plus pâle sur la tête. Il est assez rare partout, si ce n’est dans les forêts de P'Abyssinie.
Le mangue habite la côte occidentale de l'Asie, et c’est à pen près tout ce qu'on sait de lui à l'état sauvage. Mais comme un individu a vécu à la ménagerie, on a pu faire sur lui quelques observations intéressantes. Il était parfaitement apprivoisé, trèsdoux, et aimait beaucoup à être caressé. Aussitôt qu’on s’approchait de sa cage, il venait présenter sa gorge ou son dos pour qu'on le caressât; lorsqu'on le faisait, il restait immobile et témoignait le plaisir qu'il en éprouvait en ouvrant et fermant continuellement la gueule, comme s’il mâchait quelque chose Quand on s’éloignait, il poussait un petit cri plaintif, semblable au sifflement d’un oiseau. Il était extrêmement propre, faisait ses ordures dans un coin de sa cage, toujours à la même place, et il avait le plus grand soin de ne pas salir la partie où il se promenait et surtout celle où il se couchait. Il buvait en lapant, et, quoiqu'il se nourrit habituellement de viande, il mangeait volontiers du pain, des carottes et des fruits secs. Probablement que dans ses bois cet animal est chasseur comme les fouines et les mangoustes, et qu'il se contente quelquefois de baies et autres fruits doux, ainsi que de racines, car son museau mobile doit lui donner, jusqu'à un certain point, la faculté de fouiller la terre,
3e Genre. Les SURIKATES (ARyzæna, ILuiG.) ont douze incisives, quatre canines et vingt molaires, en tout trente-six dents; les canines sont coniques et très-aiguës, et la deuxième incisive externe de la mâchoire inférieure est plus épaisse à sa base; leurs pieds n’ont que quatre doigts; leurs ongles sont robustes, non rétractiles et propres à fouir la terre; leur langue est garnie de papilles cornées ; leurs oreilles sont petites ; leur corps est allongé ; leur queue est longue, grêle et pointue; enfin leur poche donne dans l’anus même.
Le SurikaTE où ZENICK (Ryzœæna capensis, Less. Suricata capensis, Des. Zchneumon tetradactylus, Grorr. Viverra tetradactyla, Lin. Viverra zenick, GuL.) a environ trois pieds dix pouces (1,246) de longueur totale; son museau est allongé en forme de boutoir mobile; son pelage est mêlé de brun, de blanc, de jaunâtre et de noir; le dessous du corps et les membres sont jaunâtres; sa queue, moins longue que son corps, est noire à l'extrémité; le nez, le chanfrein, le tour des yeux et des oreilles sont bruns. Il habite l'Afrique.
Buffon, en indiquant cet animal comme étant de l'Amérique
méridionale, a commis une erreur; il est certain qu'il habite le cap de Bonne Espérance. Il est fort joli, trègvif et très-adroit, ne vivant que dans les bois, sur la lisière desquels il se creuse un terrier. [Il en sort pendant le jour, et quelquefois aussi pendant le clair de lune, pour se mettre en chasse et poursuivre les petits mammifères et les oiseaux dont il se nourrit. Comme il aime beaucoup les œufs, il se hasarde quelquefois dans la plaine pour chercher des nids de perdrix, ganga, caille, ete., mais alors il avancé avec beaucoup de précaution, tantôt marchant debout en levant la tête au-dessus des herbes pour découvrir le danger, lantôt se glissant dans les broussailles, puis s’arrétant tout à coup pour écouter, assis sur son derrière et les deux bras pendants à ses côtés. Au moindre bruit, à la moindre apparence d'un objet suspect, il fuit avec agilité et va s’enfoncer dans son terrier. Lorsqu'il est effrayé ou en colère, il lâche son urine, qui ordinairement sent mauvais, mais qui dans ce cas exhale une odeur fétide.
Pris jeune et élevé avec douceur, il s’apprivoise très-bien. Buffon en a possédé un assez longtemps vivant. Voici ce qu'il en dit : « Nous avions nourri ce surikate d’abord avec du lait, parce qu'il était fort jeune; mais son goût pour la chair se déclara bientôt; il mangéait avec avidité la viande crue, et surtout la chair de poulet; il cherchait aussi à surprendre les jeunes animaux : un petit lapin qu'on élevait dans la même maison serait devenu sa proie si on l’eût laissé faire. I aimait aussi beaucoup le poisson, et encore plus les œufs : on l’a vu tirer avec ses deux pattes réunies des œufs qu'on venait de mettre dans l’eau pour cuire; il refusait les fruits, même le pain, à moins qu'on ne l'eût mâché; ses pattes de devant lui servaient, comme à l'écureuil, pour porter à sa gueule. Il lapait en buvant comme un chien, et ne buvait point d’eau, à moins qu’elle ne füt tiède. Sa boisson ordinaire était son urine, quoiqu'elle eût une odeur très-forte. Il jouait avec les chats, et toujours innocemment ; il ne faisait aucun mal aux enfants, et ne mordait qui que ce fût que le maître de la maison , parce qu'il l'avait pris en aversion. Il était si bien apprivoisé, qu'il répondait à son nom ; il allait seul par toute la maison, et revenait seul quand on l’appelait. Il avait deux sortes de voix, l’aboiement d’un jeune chien, lorsqu'il s’'ennuyait d'être seul, ou qu'il entendait des bruits extraordinaires, et, au contraire , lorsqu'il était excité par des caresses, ou qu'il ressenlait quelque mouvement de plaisir, il faisait un bruit aussi vif et aussi frappé que celui d'une petite crécelle tournée rapidement. »
n’ont point de petites dents du tout derrière la grosse molaire d'en bas; leurs ongles ne sont pas rétractiles, et elles ont une poche profonde et glanduleuse sous l'anus.
4er Genre. Les HYENES (Hyæna, Briss.) ont tous les pieds à quatre doigts; elles ont trente-quatre dents, dont douze incisives, quatre canines, dix molaires à la mâchoire supérieure et huit à l’inférieure. Leurs mâchelières inférieures présentent deux fortes pointes tranchantes; la flexion de leurs jambes de derrière leur fait tenir la croupe fort bas; elles ont la langue rude, les yeux très-saillants et les oreilles grandes; leur museau est arrondi , gros, comme tronqué.
L'HYÈNE RAYÉE (Hyœna vulgaris, Georr. — Desu. Canis hycœna, Lix. Le Zabo des Arabes. Le Kaftaar de la Perse, et le Dubbach de Barbarie, L'Hyène d'Orient des naturalistes. L'Hyène rayée, Burr. L’Azoufa de Fez et de Maroc) a ordinairement trois pieds quatre pouces (1,083) de longueur, non compris la queue. Son pelage est d'un gris jaunâtre, rayé transversalement de brun sur les flancs et sur les pattes; son museau et sa gorge sont noirs,
ainsi qu'une longue crinière qu’elle a sur le dos; ses oreilles sont longues et coniques, presque nues. Elle habite la Barbarie, l'Égypte, la Nubie, la Syrie et la Perse.
Les hyènes sont des animaux qui ont singulièrement prêté à la superstition, et qui ont été le sujet de mille contes tous plus merveilleux ou plus absurdes les uns que les autres. Les anciens ont écrit que l’hyène était alternativement mâle pendant six mois et femelle pendant les six autres mois, excepté quand elle portait, allaitait et élevait ses pelits, car alors elle restait femelle toute l’année. Mais, l’année suivante, elle prenait sa revanche en conservant les fonctions de mäle et faisant subir à son compagnon le sort de la femelle. Selon les mêmes auteurs , les hyènes savent imiter parfaitement la voix humaine, et voici comment elles utilisent ce talent : elles rôdent autour des troupeaux et surtout autour des bergers, sans se laisser apercevoir, jusqu'à ce qu'elles aient entendu prononcer le nom d’un des pâtres; elles le retiennent , puis vont s'embusquer la nuit däns un buisson , et là, d'une voix plaintive, elles appellent le berger par son nom comme pour l’amener au secours d’une femme ou d’un enfant expirant.
s HYÈNES. 171
Le malheureux, trompé par ces gémissements douloureux, vole auprès du buisson pour secourir un être souffrant qui l'appelle, mais il ne trouve qu'une affreuse hyène qui le dévore. S'il devine le piége qui lui est tendu, il fuit : mais l'animal dirige sur lui, à travers les ténèbres, l'éclat sombre et rougeâtre de ses yeux, et cette funèbre lueur le charme, l'arrêté dans sa course, et le force, par une fascination magique , à attendre, dans l'immobilité complète d’une statue, l'hyène, qui vient pour en faire sa proie. Il paraît que les jeunes filles étaient plus diMiciles à fasciner qne les bergers, car l'hyène pour s'en emparer était obligée d'employer d'autres moyens beaucoup plus mystérieux et compliqués. Elle prenait la forme d'un beau garcon, et toujours au moyen de ses yeux, elle faisait naître dans le cœur d’une jeune fille un amour désordonné qui la rendait folle; alors la pauvrette abandonnait son troupeau pour courir les champs , et le monstre profitait de cette circonstance pour croquer d’abord la bergère, puis ensuite les moutons... « Tout cela peut arriver sans l’hyène, » dit Buffon.
Dans le siècle dernier, les écrivains, un peu plus critiques que leurs pères, abandohnèrent ces contes absurdes , mais pour les remplacer par d'autres contes, ou au moins par des exagérations outrées. Buffon lui-même n'est pas à l'abri de ce dernier reproche; écoutons-le : « Cet animal sauvage et solitaire demeure dans les cavernes des montagnes, dans les fentes des rochers ou dans des tanières qu'il se creuse lui-même sous terre. Il est d'un naturel féroce, et, quoique pris lout petit, il ne s’apprivoise pas. Il vit de proie comme le loup, mais il est plus fort et paraît plus hardi; il attaque quelquefois les hommes, il se jette sur le bétail, suit de près les troupeaux, et souvent rompt dans la nuit les portes des étables et les clôtures des bergeries. Ses yeux brillent dans l'obscurité, et l’on prétend qu'il voit mieux la nuit que le jour. Si l’on en croit tous les naturalistes, son eri ressemble aux sanglots d'un homme qui vomirait avec effort, ou plutôt au mugissement d'un veau. L'hyène se défend du lion, ne craint pas la panthère, attaque l’once , laquelle ne peut lui résister, Lorsque la proie lui manque, elle creuse la terre avec les pieds et en tire par lambeaux les cadavres des animaux et des hommes. »
A présent venons-en à la vérité. Les hyènes rayées sont en effet des animaux très-farouches et d'une voracité dégoütante, mais d’une làcheté, d’une poltronnerie incomparablement plus grande que celle du loup. Elles ne vivent que de cadavres, de voiries, el c'est à ce goût prononcé pour la chair corrompue, beaucoup plus qu'à leur prétendue férocité, qu'il faut attribuer cette habitude qu'elles ont de déterrer les cadavres quand elles parviennent à entrer dans les cimetières mal clos des musulmans ; et encore, Bruce, qui a vécu longtemps en Abyssinie, pays de la terre qui est le plus peuplé d'hyènés, nie positivement ce fait. «Après beaucoup de #écherches , dit-il, je n’ai encore pu avoir une seule preuve que lés hyènes eussent déterré un cadavre. » ( Voyage aux sources du Nil, tome XIII, page 184.) Non-seulement elles ne peuvent en aucune manière lutter contre le lion et la panthère, mais leur timidité ne leur permet pas même d'attaquer des jackals et autres animaux de la taille du renard et au-dessus. Elles rôdent sans cesse pendant la nuit, et quelquefois elles s’approchent des habitations, non pour inquiéter les hommes, dont elles redoutent beaucoup la présence, mais pour se nourrir des immondices qu'elles y cherchent. Si elles se hasardent à attaquer une pièce de bétail, c'est un faible agneau où un animal mourant qui ne peut leur faire aucune résistance, et si elles sont surprises dans ce méfait, elles se laissent assommer à coups de bâton par des enfants de huit à dix ans, sans chercher à se défendre. Les marabouts , dont toute l'ambition est de se faire passer pour saints aux yeux du peuple, connaissent parfaitement la lâcheté de celte espèce; aussi ne manquent-ils pas, quand ils en trouvent l'occasion, de saisir une hyène vivante à bras-le-corps, et de l'apporter ainsi dans la ville. Comme elle ne leur fait jamais la
moindre blessure , les Arabes attribuent à la sainteté du personnage et à une faveur spéciale du prophète ce qui n’est que le résultat de la timidité de l'animal. « En Barbarie, dit Bruce, j'ai vu des Maures saisir, en plein jour, des hyènes par les oreilles, et les tirer vers eux sans qu'elles fissent d'autre résistance que de chercher à se dégager. »
La ménagerie a possédé fort souvent des hyènes rayées, et jamais elles ne se sont parfaitement apprivoisées, quoique ces animaux y aient toujours paru inoffensifs. L'une d'elles s'était rongé jusqu'à complète destruction tous les doigts de ses pattes de derrière, et se trouvait réduite à marcher sur de véritables moignons, ce qui ne l’a pas empêché de vivre plusieurs années. Cependant il est certain que cette espèce, élevée avec douceur , s'apprivoise parfaitement. Il y a trois ans que toute notre armée d'Algérie a vu à Bone un officier français qui en avait élevé une. Elle lui était attachée , le suivait librement dans les rues comme à la campagne, obéissait à son commandement, accourait à sa voix, et le caressait absolument comme aurait fait un chien.
L'HyÈNE D’ABYssiNE (Hyœæna Brucii. — Canis hyænomelas, BRUCE) atteint jusqu’à cinq pieds neuf pouces (1,868) de longueur totale, et sa queue a vingt et un poüces (0,869) ; ses formes générales se rapprochent davantagé de celles du chien, et elle n'a pas le train de derrière aüssi incliné que l'hyène rayée, dont elle diffère encore par sa couleur d'un roux brun, plus pâle aux oreilles et à la tête; par son müseau plus long et non étranglé ; réssemblant à celui d’un chien; par sa erinière d'un rouge brun ét non pas noire, et par sa queue également d'un rouge brun, dont les poils, ainsi que ceux dé la érinièré, ne sont pas annelés de noir à la pointe ; ellé n’a pas là gorge noire, mais séulement une tache remontant jusqu'à l'extrémité de la mâchoire inférieure; ses oreilles, longues de plus de neuf pouces (0,244), ne sont pas nues, mais couvertes de poils très-fins ét Liès-coufts. Du reste, ellé est rayée de noir à peu près de la même itianière, à cette différence néanmoins que les bandes des jambes de derrière ne sont pas transversales, mais longitudinales, ce qui est un caractère spécifique très-tranché.
Malgré ces différences énormes, malgré des mœurs tout à fait différentes, l'hyène de Bruce, quatre fois plus grosse que l'hyène rayée, a été confondue avec elle par tous les naturalistes, et cela parce qu'ils ont plus consulté la mauvaise figure qu'on en a donnée dans la traduction francaise du Voyage aux sources du Nil, que la description écrite du voyageur.
Les hyènes d'Abyssinie vivent solitairement comme l'hyène rayée, et paraissent n'avoir guère plus d'intelligence. Bruce dit: « Elles sont au contraire excessivement brutes, paresseuses, sales, dépourvues de toute espèce de pudeur, et ayant enfin des mœurs très-ressemblantes à celles du loup. Le courage qu’elles montrent ne leur vient que de leur extrême voracité ; aussi meurent-elles plus souvent en fuyant qu'en combattant. C’est une vraie peste en Abyssinie; il y en a partout, dans les campagnes et dans les villes, et je suis sûr qu'il y en a plus que de montons, quoique les moutons y soient pourtant en grand nombre. Depuis le moment du crépuscule du soir jusqu’au point du jour, Gondar est rempli d'hyènes, qui viennent dévorer les cadavres des infortunés que les cruels Abyssins laissent sans sépulture dans les places publiques et dans les rues. Il croit en même temps, ce peuple sanguinaire et superstitieux, que ces animaux ne sont autre chose que les falashas (sorciers), qui changent de figure par le pouvoir de la magie, et qui descendent la nuit de leurs montagnes pour venir se nourrir de chair humaine, » Il raconte qu'en sortant chaque soir du palais du roi pour rentrer chez lui, il courait risque d’être mordu par des hyènes. « Les hommes armés qui m'accompagnaient, dit-il, ne les épouvantaient point. Elles grondaient en rôdant autour de nous, et il ne se passait guère de nuit sans qu’elles tuassent ou blessassent quelqu'un. »
En Abyssinie et dans l’Athara, on n’enterre pas toujours les
172 LES CARNASSIERS DIGITIGRADES.
cadavres humains, et on se borne à les porter dans la campagne ou même à les laisser dans la rue, quand ce sont les corps de pauvres gens; les hyènes se chargent de leur donner la sépulture. Aussi, cet animal marche insolemment en plein jour, fait face à l’homme ; cependant il attaque toujours le mulet ou l'âne plutôt que le cavalier. En route, les fusils l'empêchent de venir très-près des voyageurs ; mais la nuit, le soir et le matin, il est toujours sur leurs talons. Comme on ne le chasse jamais, et que l’on se contente de repousser ses agressions, l'impunité lui donne de l'audace, et sa voracité le pousse quelquefois jusqu’à entrer dans les maisons. « Une nuit, dit encore le voyageur cité plus haut, j'étais dans la province de Maïtsha , très-occupé d'une observation astronomique, lorsque j’entendis passer quelque chose derrière moi; soudain je me retournai et ne pus rien voir. Ayant achevé ce que je faisais en ce moment, je sortis de ma tente dans l'intention d'y retourner bientôt, et, en effet, j'y rentrai presque tout de suite. Mais, en mettant le pied sur le seuil, j’apercus deux
L'Hyène rayée.
gros yeux bleus étincelants dansles ténèbres. Je criaisoudain à mon domestique de porter de la lumière; et nous vimes une hyène à côté du chevet de mon lit, tenant dans sa bouche trois ou quatre paquets de chandelles. Je ne pouvais lui tirer un coup de fusil sans courir risque de briser mon quart de cercle, ou quelque autre de mes instruments. Comme elle avait la gueule pleine de chandelles, elle semblait à ce moment ne pas songer à une autre proie, et je voyais qu'elle était trop embarrassée pour me mordre. Je pris donc une lance, etje la frappai aussi près du cœur qu'il me fut possible, Jusqu’alors elle n'avait pas montré la moindre colère ; mais dès qu’elle se sentit blessée elle laissa tomber ce qu'elle avait dans la gueule, et fit des efforts incroyables pour remonter le long du fût de la lance et venir jusqu'à moi. La crainte de la voir réussir me fit tirer un pistolet de ma ceinture, et je lui làchai mon coup. Presque aussitôt mon domestique Jui fendit le crâne d’un coup de hache. Enfin , les hyènes faisaient les tourments de ma vie; elles troublaient nos promenades du soir; elles dévoraient sans cesse quelqu'un de nos mulets et de nos ânes, animaux qu’elles cherchent toujours de préférence. »
On voit par ces citations que l’hyène d’Abyssinie diffère de l'hyène rayée, non-seulement par la taille et la couleur, mais encore par son audace et sa férocité. Comme le loup, cette espèce préfère le chien à toute autre proie, et il paraît qu’en cela elle salisfait à la fois et son goût et sa haine. Il y a entre ces animaux une antipathie invincible, et les chiens les plus hardis pour la chasse au sanglier n’osent jamais la poursuivre dans les bois, ni la combattre en plein champ. Il n’en est pas de même pour l'hyène de Barbarie; les chiens de berger, aussitôt qu'ils l'apercoivent, s’élancent sur elle et l’étranglent sans facon.
L'HYÈNE TACHETÉE (Hyæna capensis, Desm. Canis crocutus, Lan. Hyæna crocuta, Zi. Hyœæna striata, PENN. Hycæna maculata , Tuuxs. Le Loup-tigre de Kolbe, si ce loup-tigre n’est la hyénoïde peinte) a le pelage d’un gris roux prononcé; la tête est rousse, avec du noirâtre sur le front et entre les yeux; le dessous du front est d'un brun roussâtre; le dessous du cou et du front seulement est blanchâtre; des tâches noirâtres, peu distinctes, occeupent les flancs, la croupe et les cuisses ; elle a une bande noirâtre de chaque côté du cou, les jambes et les pieds noirâtres, avec la face interne des jambes de devant d’un blanc roussâtre ; la queue rousse dans sa première moitié, et noirâtre dans la seconde.
Dans sa première édilion des Ossements fossiles, Cuvier avait donné le nom d'hyène rousse à cette espèce, et cette méprise a beaucoup embarrassé les naturalistes ; il en est résulté que plusieurs d’entre eux ont appliqué à sa synonymie la description de l'espèce suivante, qui est restée sans nom, ou avec un nom qui ne lui convient pas puisqu'il appartient à celle-ci.
L'hyène tachetée habite le midi de l'Afrique, et principalement le cap de Bonne-Espérance ; il paraît cependant qu'on la trouve quelquefois aussi en Barbarie. Pour la grandeur elle tient le milieu entre l'hyène rayée et l'hyène d’Abyssinie, car celles de la ménagerie avaient deux pieds et demi (0,812) de hauteur sur le garrot, et trois pieds et demi (1,137) de longueur , non compris la queue. Moins sauvage et plus courageuse que les autres espèces, celle-ci a aussi plus d'intelligence, et sous ce rapport elle ne le cède guère au chien. Elle se défend hardiment contre les animaux féroces avec lesquels sa force lui permet de lutter, et elle
ne se nourrit de cadavres que lorsque la chasse aux gazelles et aux antilopes ne lui réussit pas. Si l’on s’en rapporte à Barrow, il est des pays où on l’apprivoise et on [a dresse pour la chasse. IL paraitrait qu'alors elle s'attache à son maître avec beaucoup d'affection, et qu'elle lui est aussi dévouée, aussi fidèle qu'un chien. Toutes celles qui ont vécu à la ménagerie portent à croire ce qu’en a dit ce voyageur, car elles étaient fort douces, caressantes même, et elles aimaient beaucoup qu'on les grattàt autour des oreilles et sur le cou. Ce n'était pas seulement à leurs gardiens qu'elles donnaient ces marques d'amitié, mais encore à toutes les personnes étrangères qui s’approchaient de leur loge. L'une d'elles , lors de son arrivée en France, s'échappa de sa cage, à Lorient. Elle courut quelque temps la campagne sans