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lynx, et ils en racontaient des choses effroyables, moins celassiques que les contes des Grees sur le caracal, mais beaucoup plus dans le goût du jour. Cet animal féroce suivait les voyageurs égarés, et ne manquait jamais de les dévorer s'ils avaient lé malheur de tomber; il les fascinait avec ses yeux, et les rendait muets. Pendant l'obscurité de la nuit, il pénétrait dans les cimetières pour déterrer les cadavres. Il eût été bien plus dangereux encore, S'il n'eût pas manqué totalement de mémoire, au point que, lorsqu'il suivait une personne à la piste, la moindre diversion lui faisait oublier et sa poursuite et sa victime, qui parvenait ainsi à lui échapper. Mais laissons là ces contes de nos aïeux, et revenons à la vérité.
Le loup-cervier, étant d’une assez grande taille, attaque parfois les faons des chevreuils et des cerfs, même lorsqu'ils sont parvenus à plus de la moilié de leur grosseur. Aussi agile que fort, il grimpe sur les arbres avec facilité, non-seulement pour surprendre les oiseaux sur leur nid, mais encore afin de poursuivre les écureuils, les martes, et même les chats sauvages, qui ne peuvent lui échapper. Quelquefois il se place en embuscade sur une des basses branches, pour attendre, avec une patience admirable , que le hasard amène à sa portée un renné, un cerf, un daim ou un chevreuil. Alors, ainsi que lé glouton, il s’élancé d'un seul bond sur leur cou, s'y cramponhe aÿéc ses ongles, et ne lâche prise que lorsqu'il les a abattus, ën leur brisant la prémière vertèbre du cou; il leur fait ensuité un trou derrière le crâne, et leur suce la cervelle par cette ouverture, äu moyen de sa langue hérissée de petites épines. Raremëht il attäque une autre partie du cadavre des grands animaux, à moins qu'il he soit très-pressé par la faim. Ce qu'il y a de singulier, c’est qu'il emporte le corps pour le cacher dans un fourré, si c’est un petit animal; et si c’est un grand, il le couvre de feuilles sèches et de bois mort, quoiqu'il ne revienne jamais le chercher. Est-ce, comme on le dit, manque de mémoire, ou est-ce défiance? Pris jeune et élevé en captivité, il s’apprivoise assez bien, et devient même caressant ; mais pour le conserver il faut le tenir à l’attache, car, dès qu'il en trouve l’occasion, il fuit dans les bois pour ne plus revenir. Quoique ses formes soient un peu épaisses, il est plein de grâce et de légèreté; son œil est brillant, mais cepen— dant plein d'expression et même de douceur. Comme le chat , il est d’une propreté recherchée, et passe beaucoup de temps à se nettoyer et à lisser sa jolie robe. C’est un grand destructeur d'hermines, de lièvres, de lapins, de perdrix et d'autre gibier ; aussi les chasseurs russes lui font-ils une guerre”cruelle, qui en diminue journellement le nombre. Sa fourrure est assez recherchée.
Le Parne (Felis pardina , OKex.—Temx. Le Chat-pard des Yoyageurs. Le Loup-cervier des académiciens de Paris) est de la taille de notre blaireau; sa queue est plus longue que celle du loupcervier ; il a de grands favoris aux joues: son pelage est court, d'un roux vif et lustré, parsémé de mèches où taches longitudinales d'un noir profond, avec de semblables taches sur la queue. I habite les contrées les plis chaudes dé l'Europe, telles que le Portugal, l'Espagne, là Sicile, là Turquie et la Sardaigne. C’est probablement lui que Bory de Saint-Vincent dit avoir trouvé fréquemment dans la Sierra de Gredos en Espagne.
Le CueLasox ou Cnurox (Felis cervaria, Temm. Le Æattlo des Suédois). Sa taille est à peu près celle d'un loup; sa queue est conique, plus longue que la tête, à extrémité noire ; ses MOoustaches sont blanches; les pinceaux de ses oreilles sont toujours courts, et manquent quelquefois; son pelage est d’un cendré grisètre, brunissant sur le dos; sa fourrure, fine , douce, longue, est touffue, surtout aux pattes, avec des taches noires dans l'adulte, brunes dans le jeune âge. 11 habite le nord de l'Asie. Il a les mêmes mœurs que les précédents, mais sa grande taille et sa force le rendent plus redoutable pour {:faons et autres animaux innocents. :
Le Lynx DES ANCIENS Où CaRAGAL (Felis caracal, Lax. Le Lynæ de Barbarie ct du Levant des voyageurs. Le Siagoush des Persans, L’Anak-el-Ared des Arabes. Le Lynx africain, »'ALDROVANDE. Le Kara-Kalach des Tures. Le Roode-Kat des Hollandais du Cap).
Le caracal a deux pieds cinq pouces (0,783) de longueur , non compris la queue, qui a dix pouces (0,271), c'est-à-dire qu'il est de la taille d’un de nos plus grands barbets. Son pelage est d’un roux uniforme et vineux en dessus, blane en dessous; ses oreilles sont noires en dehors, blanches en dedans; sa queue lui atteint les talons; il a du blanc au-dessus et au-dessous de l'œil, autour des lèvres, tout le long du corps et en dedans des cuisses : sa poitrine est fauve, avec des taches brunes; une ligne noire part de l'œil et se rend aux narines ; il a une tache de la même couleur à la naissance des moustaches. Cette espèce a fourni plusieurs variétés, qui sont :
Le Caracal d'Alger, qui est roussâtre, avec des raies longitudinalés ; il a une bande de poils-rudes aux quatre jambes, et ses oreilles matiquent quelquefois de pinceaux; c'est le Gat-el-Kallah des Arabes ;
Lé Caracal de Nubie, dont la tête est plus ronde; qui n’a point de croix sur le pelage, mais qui porte des taches fauves sur les parties intérnes et sur le ventre;
Lé Caratal de Bengale, dont la queue et les jambes sont plus longuës que dans les précédents.
Le lynx habité l'Afrique, l'Arabie et la Perse. Il y a peu d’animaux qui, dans l’äntiquité, aient autant prêté à la fable que celui-ci. Les Grées l'avaient consacré à Bacchus, et très-souvent ils le réprésentaiént attelé au char de ce dieu. Pline en raconte les éhoses les plus merveilleuses ; selon lui, il avait la vue si percante, qu'il voyait très-bien à travers une muraille ; son urine se pétrifiait et devenait une pierre précieuse nommée lapis lynecurius, qui, outre son éclat, avait la propriété de guérir une foule de maladies. Les Grecs racontaient celte histoire : Cérès envoya un jour Triptolème en Scythie, chez le roi Lynens, pour civiliser ses sauvages sujets, en leur apprenant l'agriculture. Mais ce roi barbare , qui préférait la guerre et la chasse à la civilisation, recut fort mal ce cultivateur , et le jeta dans une prison pour le faire mourir de faim. Cérès vint fort heureusement au secours de son favori : elle l’enleva de son cachot, et, pour se venger, elle changea le roi en lynx. Depuis ce temps-là, Lyneus et ses descendants n’ont cessé de chasser et de faire la guerre aux animaux paisibles. À
Le lynx a les mœurs du chat sauvage , rien de moins, rien de plus : mais, comme il est plus fort et plus gros, au lieu de se contenter de menu gibier, il attaque de grands animaux, tels que gazelles, antilopes, ete. On dit qu'il suit le hion pour recueillir les débris de sa proie, mais ce fait me paraît singulièrement hasardé. Lorsqu'il attaque une gazelle , il la saisit à la gorge, l'étrangle, lui suce le sang et lui ouvre la tête pour lui manger la cervelle, après quoi souvent il l’abandonne pour en chercher une autre. Du resté , il parait qu'il a les mêmes habitudes que notre loup-cervier, et que, pris jeune, il s'apprivoise assez bien, sans cependant perdre son goût pour la liberté.
Le Lynx pu Canapa (Felis canadensis, GEorr. Felis borealis, TEuM. Le Lynx du Canada, Burr.Le Chat du Canada, GEOrr.). ILest plus petit que le précédent , et sa queue est obtuse , tronquée, avec très-peu de noir au bout, plus courte que la tête ; ses moustaches sont noires et blanches; il a de très-longs pinceaux de poils aux oreilles ; sa fourrure est fauve, à pointes des poils blanches, ce qui rend le fond général d'un cendré grisâtre, ou ondée de gris et de brun; elle est extrémement longue, surtout aux pattes, ar pendant l'été seulement, après la mue, on lui distingue des lignes plus foncées aux joues, quelques mouchetures aux jambes , et même quelques taches sur le corps. Il habite le nord de l'Amérique et de l'Asie. ol
Le Cuaus où Lynx pes Marais (Felis chaus, Guuvexsr. Le Dikaja
koschka des Russes. Le Kir myschak des Tatares. Le Moes-gedu des Tcherkasses) est long de deux pieds (0,650), non compris la queue, qui a huit à neuf pouces (0,217 à 0,244) de longueur; ses jambes sont longues, son museau obtus, ses oreilles pourvues de pinceaux très-courts; il a une bande noire depuis le bord antérieur des yeux jusqu'au museau ; son pelage est d’un gris elair jaunâtre; le bout de sa queue est noir, avec deux anneaux de la même couleur qui en sont rapprochés. Il habite l'Égypte, la Nubie et le Caucase; il est surtout commun sur les bords du Kur et du Terek. Il offre une particularité rare parmi les chats, c’est d'étre un excellent nageur, et de se plaire dans l’eau, où sans cesse il est occupé à faire la chasse aux canards et autres oiseaux aquatiques, et aux reptiles. Il vient aussi à bout de s'emparer des poissons en plongeant.
Le Lynx BoTTÉ ( Felis caligata, Bruce. — Teum. Felis libycus, Ouiv.) a vingt-deux pouces de longueur (0,596), non compris la queue, qui en a près de quatorze (0,379), et qui est grêle; ses oreilles sont grandes, rousses en dehors, à pinceaux bruns trèscourts ; la plante des pieds et le derrière des pattes sont d'un noir profond; le milieu du ventre et la ligne moyenne de la poitrine et du cou sont d’un roussatre clair; les parties supérieures du pelage d’un fauve nuancé de gris et parsemées de poils noirs ; les cuisses sont marquées de bandes peu distinctes, d'un brun clair, il a deux bandes d’un roux elair sur les joues; la queue est de la couleur du dos à sa base , terminée de noir, avec trois où quatre demi-anneaux vers le bout, séparés par des intervalles d’un blane plus ou moins pur. Il habite l'Afrique, depuis l'Égypte jusqu'au cap de Bonne-Espérance, et le midi de l'Asie.
« Cet animal, dit le voyageur Bruce, habite le Ras-el-Fée], et, tout petit qu'il est, vit fièrement parmi ces énormes dévaslateurs des forêts, le rhinocéros et l'éléphant, et dévore les débris de leur carcasse, quand les chasseurs ont pris une partie de la viande. Mais sa principale nourriture consiste en pintades, dont ce payslà est rempli. Il se met en embuscade dans les endroits où elles vont boire, et c’est là que je le tuai. L'on dit que cet animal est assez hardi pour se jeter sur l’homme , s'il se trouve pressé par lui. Quelquefois il monte sur les gros arbres, quelquefois il se
cache sous les buissons ; mais à l'époque où les mouches deviennent très-incommodes par leurs piqûres il s'enfonce dans les cavernes, ou bien il se terre. »
Le Cuar-cenvier où Lynx Bat (Felis rufa, GuzpENsT. — TEwn. Pinuum dasypus, Nienews. Le Lynx du Mississipi et le Lynx d'Amérique des voyageurs. Le Bay-cat des Anglo-Américains. Le Chat-cervier des fourreurs) est de la taille de notre renard ; les pinceaux de ses oreilles sont petits ; sa queue est courte et trèsgrêle, avec quatre anneaux gris et quatre noirs; ses favoris sont courts ; son pelage, roussâtre en été et d'un brun cendré en hiver, est toujours ondé et rayé. Il habite les États-Unis. Du reste, il a les formes générales de notre lynx d'Europe.
Le Lynx FASCIÉ (Felis fasciata , Desx.), décrit par Rafinesque, est peu connu; il pourrait bien n'être qu'une variété du lynx du Canada , auquel il ressemble beaucoup. Sa taille est courte; les pinceaux de ses oreilles sont noirs au dehors; sa queue est courte, blanche , avec l'extrémité noire; son pelage est très-épais, d’un brun roussâtre, avec des bandes et des points noirâtres en dessus. Il a été trouvé par Clarke et Lewis à la côte nord-ouest de l'Arnérique septentrionale.
Le Lynx DE LA CAROUINE (Felis carolinensis, Desm. Le Chat tigre de CozriNson?) est encore une espèce douteuse sur laquelle on n'a que des renseignements incomplets. Son pelage est d'un brun clair, rayé de noir dépuis la tête jusqu’à la queue; son ventre est pâle, avec des tâches hoires; ses moustaches sont roides et noires ; il à deux taches dé la même couleur sous les yeux, et ses oreilles sont garnies de poils fins ; ses jambes sont minces, tachées de noir. La fémélle a les formes plus légères que le mäle; elle est d'un gris roussâtre, sans aucune tache sur le dos; son ventre est d'un blanc sale, avec une seule tache noire.
Si l’on ne considérait pas les pinceaux des oreilles comme le seul caractère qui tranche les lynx des autres chats, il faudrait probablement rapporter à cette section le chat de montagne, celui de la Floride et le doré. Cuvier pensait que ce ne sont que de simples variétés du chat-cervier. Tous les animaux du genre chat fournissent au commerce des fourrures plus ou moins précieuses.