SIXIÈME ORDRE DES MAMMIFÈRES
Le Fhoque commun.
Ils se distinguent de tous les autres mammifères carnassiers par leurs pieds extrémement courts, plats, enveloppés par la peau, palmés, en forme de nageoires, ne pouvant leur servir qu’à ramper péniblement sur la terre, mais très-propres à nager. Par le le mot amphibie il ne faut pas entendre que l’animal peut vivre
sous l’eau et sur la terre, mais seulement qu'il habite l’un et l'autre, et qu'il respire l'air atmosphérique seulement, ce qui le force à se maintenir à la surface des ondes, ou à y venir respirer quand il a plongé.
ont des canines et des incisives, et leurs canines supérieures sont de grandeur ordinaire, non en forme de défense. L'histoire de ces animaux est encore très-embrouillée.
Comme tous les phoques ont à peu près les mêmes mœurs, les mêmes habitudes, à de très-petites nuances près qui seront signalées en décrivant les espèces, je pense qu'il est nécessaire de faire ici leur histoire, afin d'éviter des redites ennuyeuses et sans but.
Jusqu'à présent nous avons trouvé les animaux, objet de nos études, dans le sein des forêts, dans les steppes de l'Asie, les savanes et les pampas de l'Amérique, les déserts brülants de l’'Afrique, et les riantes campagnes de l'Europe ; maintenant nous allons les suivre à travers les écueils et les récifs qui bordent toutes les mers, et jusque sur les glaces éternelles des pôles. Nous les verrons se jouer à travers les tempêtes, sur les vagues irritées, passer la plus grande partie de leur vie dans les eaux, s’y nourrir de poissons, de crustacés et de coquillages qu'ils pêchent avec beaucoup d'adresse, et ne venir à terre, où ils ne peuvent se trainer qu'en rampant, que pour allaiter leurs petits on dormir au soleil. Leur corps allongé, cylindrique, diminuant progressivement de grosseur depuis la poitrine jusqu’à la queue, leur colonne vertébrale très - mobile , leurs muscles puissants, leur bassin étroit, leurs poils ras et serrés contre la peau, en un
mot toute leur organisation en fait les meilleurs nageurs qu'il y ait parmi les mammifères, si l’on en excepte les cétacés. La nature leur a donné une conformation particulière qui leur permet de respirer à d'assez longs intervalles, et par conséquent de rester longtemps sous l’eau, quoiqu'ils n’aient pas le trou botal bouché, comme l'ont prétendu quelques naturalistes, et particulièrement Buffon. Leurs narines offrent aussi une particularité remarquable: elles sont munies d’une sorte de petite valvule que l'animal ouvre et ferme à volonté, et qui empêche l’eau de leur entrer dans le nez lorsqu'ils plongent. Un fait extrêmement singulier, mais notoire, est que ces animaux ont l'habitude constante, lorsqu'ils vont à l’eau, de se lester comme on fait d’un vaisseau, en avalant des cailloux, qu'ils vomissent en revenant au rivage. Certaines espèces recherchent les plages sablonneuses et abritées, d'autres les rocs battus par la mer, d’autres enfin, les touffes d'herbes épaisses des rivages. Ils ne se nourrissent pas exclusivement de poissons ; "car lorsqu'ils peuvent saisir quelque oiseau aquatique, un albatros , une mouette , ils n’en manquent guère l’occasion. Pendant leur séjour à terre ils ne mangent pas, aussi maigrissent-ils beaucoup. Même en captivité, pour dévorer la nourriture qu'on leur jette ils la plongent dans l'eau; ils ne se déterminent à manger à sec que lorsqu'ils y ont été habitués dès leur première jeunesse, ou qu'ils y sont poussés par une faim extrême.
Quand les phoques veulent sortir de la mer, ils choisissent une roche plate qui s’avance dans l’eau en une pente douce par laquelle ils grimpent, et qui se termine de l’autre par un bord à pie, d’où ils se précipitent dans les ondes à la moindre apparence de danger. Pour ramper, ils s’accrochent avec les mains ou les dents à toutes les aspérités qu'ils peuvent saisir, puis ils tirent leur corps en avant en le courbant en voûte; alors ils s’en servent comme d'un ressort pour rejeter la tête et la poitrine en avant, et ils recommencent à s’accrocher pour répéter la même opération à chaque pas. Néanmoins, malgré ce pénible exercice, ils ne laissent pas que de ramper assez vite, même en montant des pentes fort roides. Le rocher sur lequel un phoque a l'habi-
Les phoques sont polygames, et il est rare qu'un mâle n'ait pas trois ou quatre femelles. Il a pour elles beaucoup d'affection, et les défend avec courage contre toute attaque. Il s’accouple au mois d'avril, sur la glace, sur la terre, ou même dans l’eau quand la mer est calme. C’est surtout pendant que ses femelles sont pleines, et quand elles mettent bas, qu'il redouble de soins et de tendresse pour elles. Il les conduit sur terre , leur choisit, à cinquante pas du rivage, une place commode et tapissée de mousses aquatiques , pour y allaiter leurs petits. Dès que la femelle a mis bas, elle cesse d'aller à la mer pour ne pas abandonner son enfant un seul instant; mais cette privation n’est pas de longue durée, car, après douze à quinze jours, il est en état de se trai-
Les Phoques, vue de la mer Glaciale.
tude de se reposer avec sa famille est sa propriété, relativement aux autres animaux de son espèce. Quoiqu'ils vivent en grands troupeaux dans la mer, qu'ils se protégent, se défendent, s’aiment les uns les autres, une fois sur la terre, ils se regardent comme dans un domicile sacré où nul camarade n'a le droit de venir troubler la tranquillité domestique. Si l’un d'eux s'approche pour visiter les pénates de ses voisins, il s'ensuit toujours un combat terrible, qui ne finit qu'à la mort du propriétaire du rocher, ou à la retraite forcée de l’indiscret. Ordinairement c’est la jalousie qui orcasionne ces combats; mais il semble qu'il y ait aussi une sorte d'instinct de la propriété. Ils ne s'emparent jamais d’un espace plus grand qu'il n’est rigoureusement nécessaire pour leur famille, et ils souffrent volontiers des voisins, pourvu qu'ils s’établissent au moins à cinquante pas de distance ; il y a plus : quand la nécessité l'ordonne, trois ou quatre familles se partagent une caverne, une roche, ou même un glacon, mais chacun vit à la place qui lui est échue en partage, sans jamais se mêler aux individus d’une autre famille.
ner lant bien que mal, et elle le conduit à l'eau. De quoi vit-elle pendant qu'elle est à terre? Voilà une question que n’ont pu résoudre les naturalistes, faute d'observations suffisantes. Peut-être que le mâle va pêcher pour elle et lui apporte sa nourriture. Ce qui me le ferait croire, c'est que beaucoup d'animaux moins intelligents agissent ainsi. Quant le petit est arrivé à la mer, la remelle lui apprend à nager, après quoi elle le laisse se méler, pour jouer, au troupeau des autres phoques, mais sans, pour cela, cesser de le surveiller. Lorsqu'elle prend fantaisie de gagner la terre pour l’allaiter, elle pousse un cri ayant, dans le phoque ordinaire, un peu d'analogie avec l’aboiement d'un chien, et aussitôt le pelit s'empresse d’accourir à sa voix qu'il reconnait fort bien. Elle l’allaite pendant cinq ou six mois, le soigne pendant fort longtemps, mais aussitôt qu'il est assez fort pour subvenir lui-même à ses besoins, le mâle le chasse et le force d’aller s'établir ailleurs.
C’est pendant la tempête, lorsque les éclairs sillonnent un ciel ténébreux, que le tonnerre gronde, et que la pluie tombe à flots,