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LES MORSES

ont la forme générale des phoques; mais leur mâchoire inférieure manque de canines et d’incisives, et les canines supérieures forment d'énormes défenses dirigées inférieurement.

41e Genre. Les MORSES (Trichechus, Lin.) ont vingt-deux dents à l’état adulte, savoir : quatre incisives à la mâchoire supérieure, et point à l'inférieure ; deux canines ou défenses à la mâchoire supérieure et point à l'inférieure; huit molaires en haut et huit en bas; leurs molaires sont cylindriques, courtes, tronquées obliquement, et semblent, par leur stracture et leurs rapports, agir les unes sur les autres comme le pilon agit sur son mortier.

Le Morse ou CHEVAL Marin (Trichechus rosmarus, Lin. Le Morse, Burr. La Vache marine et la Béte à la grande dent des voyageurs) atteint onze à douze pieds (5,573 à 5,898) de longueur, et même beaucoup plus, si on s’en rapportait à certains voyageurs; son pelage esttrès-court, très-peu fourni, et d'une couleur roussâtre ;

son muffle est très-gros, sa lèvre supérieure renflée ; ses narines se trouvent presque regarder le ciel et non terminer le museau ; ses défenses ont quelquefois deux pieds de longueur (0,650) et davantage; leur grosseur est proportionnée à leur longueur. Pour les membres et le reste du corps, il ressemble beaucoup aux phoques.

Si le morse a beaucoup d’analogie dans les formes avec les animaux de la famille précédente , il n’en a pas moins dans les mœurs et dans toutes les habitudes de la vie. Cependant il a moins d'intelligence, et, par suite, moins de douceur dans le caractère. Eward Worst dit avoir vu en Angleterre un de ces animaux âgé de trois mois, que l'on ne pouvait toucher sans le mettre en colère, et même le rendre furieux. La seule chose que l'éducation ait pu obtenir de lui était de le faire suivre son maître en grondant, quand il lui présentait à manger. Ce animal habite toutes les parties de la mer Glaciale , mais il est bien moins com-

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mun qu'autrefois. « J'ai vu à Jakutzk, dit Gmelin, quelques dents de morse qui avaient cinq quarts d’aune de Russie, et d’aulres une aune et demie de longueur ; communément elles ont jusqu'à qua tre pouces de largeur à la base. Je n’ai pas entendu dire qu'auprès d’Anadirskoi l'on ait jamais chassé ou pêché de morse pour en avoir les dents, qui néanmoins en viennent en si grande quanlité; on m'a assuré , au contraire, que les habitants trouvent ces dents, détachées de l'animal, sur la basse côte de la mer, et que, par conséquent, on n’a pas besoin de tuer auparavant les morses. Plusieurs personnes m'ont demandé si les morses d’Anadirskoi étaient une espèce différente de ceux qui se trouvent dans la mer du Nord et à l'entrée occidentale de la mer Glaciale, parce que les dents qui viennent de ce côté oriental sont beaucoup plus grosses que celles qui viennent de l'Occident , » etc. Gmelin ne résout pas cette question, et Buffon en donne une solution qui me paraît être une erreur. « On n’apporte d'Anadirskoi, dit:il, que des dents de ces animaux morts de mort naturelle; ainsi, il n'est pas surprenant que ces dents, qui ont pris tout leur accroissement, soient plus grandes que celles du morse de Groënland, que l’on tue en bas âge. »

Pour admettre celte hypothèse, il faudrait admettre aussi que jamais dans le Groënland les morses n'atteignent toute leur grandeur, et que tous ceux que l'on tue, sans exception, sont jeunes, puisque leurs dents sont, aussi sans exceplion, beaucoup plus petites que celles apportées d’Anadirskoi, Cette proposition n'est pas soutenable. Voici une autre difficulté ; il est certain qu'on ne trouve presque plus de morses aux environs d'Anadirskoi, et que ceux qui s’y montrent de loin en loin ne dépassent pas douze pieds de longueur; or, un morse qui aurait des dents longues d’une aune et demie russe devrait avoir le corps au moins de trente-cinq pieds de longueur, ce qui ne s’est jamais vu, puisque les plus grands que l’on ait observés ne dépassent pas douze à quatorze pieds. Je pense que l'ivoire trouvé sur les bords de la mer, aux environs d'Anadirskoi, n'est rien autre chose que les dents fossiles d'un grand morse dont l'espèce ne se trouve plus vivante. Ce qui me fait ajouter foi à cette hypothèse, c’est que dans le même pays on rencontre des collines entières composées presque en lotalité d'ossements de mammouths, de rhinocéros et autres animaux perdus, et que l'on possède au cabinet de Saint-Pétersbourg des défenses de mammouths dont l'ivoire est aussi parfaitement conservé que s’il avait été pris sur des animaux vivants.

Les morses ne peuvent pas toujours se trouver près des côtes, à cause des glaces qui en défendent l'approche. Aussi ils élisent leur domicile sur des glacons, et il arrive parfois que c’est sur

cette habitation flottante que la femelle fait un ou deux petits en hiver. Le petit, en naissant, est, dit-on, de la grosseur d’un cochon d'un an. Elle l’allaite et le soigne avec tendresse, et le défend avec fureur. Lorsque ces animaux vont à terre ou montent sur un glacon, ils se servent de leurs défenses pour s'accrocher et de leurs mains pour faire avancer la lourde masse de leur corps. Il paraît qu'ils se nourrissent de varechs et autres herbes marines aussi bien que de substances animales.

Malgré les dangers d'une navigation dans des mers couvertes de glaces , les vaisseaux baleiniers de plusieurs peuples du Nord vont y pêcher les morses, non-seulement pour avoir les dents, qui fournissent un ivoire plus dur, plus compacte et plus blane que celui de l'éléphant , mais encore pour extraire de leur graisse une huile abondante, meilleure que celle de baleine, et pour s'emparer de leur peau, dont on fait un cuir très-fort et d’excellentes soupentes de carrosse. Autrefois on trouvait sur certains rivages d'immenses lroupeaux de morses, et il n’était pas rare d’en tuer jusqu'à douze ou quinze cents dans une seule chasse ; mais aujourd'hui on ne les rencontre guère qu'en petites trou pes ou en familles. Dans la mer on les harponne de la même manière que les baleines ; si on les trouve sur le rivage, on les tue à coups de lance. Quand un morse se sent blessé, il entre dans une fureur effrayante ; dans l'impuissance de pouvoir poursuivre et atteindre son ennemi, il frappe la terre de côté et d’autre avec ses défenses; il brise les armes du chasseur imprudent, et les lui arrache des mains; enfin, enragé de colère, il met sa tête entre ses pattes ou nageoires, et, profitant de la pente du rivage, il se laisse ainsi rouler dans la mer. Si on les attaque dans l’eau, et qu'ils soient en grand nombre, la protection qu'ils s'accordent mutuellement les rend très-audacieux. Dans ce cas ils ne fuient pas: ils entourent les chaloupes, et cherchent à les submerger en les percant avec leurs dents, ou à les renverser en frappant contre les bordages , dont ils enlèvent de grandes portions. Dans ces occasions, et dans les combats qu'ils livrent quelquefois aux ours blancs, et dont ils sortent toujours vainqueurs, il leur arrive quelquefois de perdre une de leurs armes, et celle qui leur reste n'en est pas moins terrible. Si on est parvenu à en harponner un, presque toujours on en prend plusieurs, car ils font tous leurs efforts pour défendre leur camarade et le délivrer. Si, effrayé par le nombre de ces animaux, par leurs efforts et surtout par les mugissements furieux dont ils frappent les airs dans ces occasions, les pêcheurs croient prudent de prendre la fuite, les morses poursuivent fort loin la chaloupe qui les emporte, et n’abandonnent leur projet de vengeance que lorsqu'ils ont perdu l'embarcaltion de vue.

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