‹ Le jardin des plantesChapitre 65 sur 100 · Paris. Typographie Plon frères, rue de Vaugirard · texte numérisé non relu

Paris. Typographie Plon frères, rue de Vaugirard

que les phoques aiment à sortir de la mer pour aller prendre leurs ébats. Au contraire, quand le ciel est beau et que les rayons du soleil échauffent la terre, ils semblent ne vivre que pour dormir, et d’un sommeil si profond, qu’il est fort aisé, quand on les surprend en cet état, de les approcher pour les assommer avec des perches ou les tuer à coups de lance. À chaque blessure qu'ils reçoivent, le sang jaillit avec une grande abondance, les mailles du tissu cellulaire graisseux étant très-fournies de veines; cépendant ces blessures, qui paraissent si dangereuses, compromettent rarement la vie de l'animal, à moins qu'elles ne soient très-profondes; pour le tuer, il faut atteindre un viscère principal ou le frapper sur la face avec un pesant bâton. Mais on ne l'approche pas toujours facilement, parce que, lorsque la famille dort, il y en a toujours un qui veille et qui fait sentinelle pour réveiller les autres s'il voit ou entend quelque chose d'inquiétant. On est obligé de lutter, pour ainsi dire, corps à corps avec eux, et de les assommer, car un coup de fusil, quelle que soit la partie où la balle les aurait frappés, ne les empêcherait pas de regagner la mer, tellement ils ont la vie dure. Quand ils se voient assaillis, ils se défendent avec courage; mais, malgré leur gueule terrible, cette lutte est sans danger, parce qu'ils ne peuvent se mouvoir assez lestement pour ôter le temps au chasseur de se dérober à leur atteinte. Faute de pouvoir faire autrement, ils se jettent sur les armes dont on les frappe, et les brisent entre leurs redoutables dents. Entre les muscles et la peau les phoques ont une épaisse couche de graisse, dont on tire une grande quantité d'huile qui s'emploie aux mêmes usages que celle de baleine, et qui a sur elle l'avantage de n'avoir pas d’odeur. Quelques espèces de cette famille ont une fourrure plus ou moins grossière, dont néanmoins on fait des habits chez les peuples du Nord. Les Américains emploient les peaux les plus grossières à un usage singulier : ils en ferment hermétiquement toutes les ouvertures et les gonflent d'air comme des vessies; ils en réunissent une demidouzaine, plus ou moins, les fixent au moyen de cordes, placent dessus des jones ou de la paille, et forment ainsi de très-légères embarcations, sur lesquelles ils osent entreprendre de longs voyages sur leurs grands fleuves et leurs immenses lacs. Avec ces peaux, les Kamtschadales font des baïdars, sorte de pirogue; ils font aussi de la chandelle avec la graisse, qui en même temps est une friandise pour eux. La chair fraiche de ces animaux est leur nourriture ordinaire, quoiqu’elle soit trés-coriace et qu’elle ait une odeur forte et désagréable; ils en font sécher au soleil, ou ils la fument, pour leur provision d'hiver. Les Ænglais et les Américains de l'Union sont les seuls peuples, je crois, qui fassent en grand, et sous le rapport commercial, la chasse des phoques. Ils entretiennent chaque année plus de soixante navires de deux cent cinquante à trois cents tonneaux au moins, uniquement équipés pour cet objet.

Pris jeune, le phoque se prive parfaitement et s’attache à son maître, pour lequel il éprouve une affection aussi vive que celle du chien. De même que ce dernier, il reconnaît sa voix, lui obéit, le caresse, et acquiert facilement la même éducation, en tout ce que son organisation informe lui permet. On en a vu auxquels des matelots avaient appris à faire différents tours, et qui les exéculaient au commandement avec assez d'adresse et beaucoup de bonne volonté, À une grande douceur de caractère le phoque joint une intelligence égale à celle du chien. Aussi est-il remarquable que de tous les animaux il est celui qui a le cerveau le plus développé, proportionnellement à la masse de son corps. Il est affectueux, bon, patient; mais il ne faut pas que l’on abuse de ces qualités en le maltraitant mal à propos, car alors il tombe dans le désespoir, et il devient dangereux. Pour le conserver longtemps et en bonne santé, il est indispensable de le tenir, pendant la plus grande partie du jour, et surtout lors de ses repas, dans une sorte de cuvier ou de grand vase à demi rempli d'eau; la nuit on le fait coucher'sur la paille. Ainsi traité, et

nourri avec du poisson, on peut le garder vivant pendant plusieurs années. Mais s'il a déjà quitté sa mère depuis quelque temps quand on le prend, le chagrin de l'esclavage s'empare de lui, il est triste, boudeur, refuse de manger, et ne tarde pas à mourir.

Les phoques manquent généralement d'oreille externe; leur corps est entièrement couvert d’un poil doux, soyeux et lustré chez les uns, grossier, rude et hérissé dans d’autres. Leurs pieds, larges et membraneux, ont cinq doigts; et les pattes postérieures sont soudées longitudinalement à la queue, ce qui leur donne absolument la forme échancrée d’une queue de poisson. En nageant, ils lèvent au-dessus de l’eau leur tête arrondie, portant de grands yeux vifs et pleins de douceur ; leurs épaules arrondies paraissent aussi à la surface, de manière que, vus à une certaine distance, on a fort bien pu les prendre pour des figures humaines, et de là, sans aucun doute, les anciens ont tiré leur fable des sirènes. Ce qui donne de la vraisemblance à cette conjecture, c'est que, même dans des temps peu reculés, au seizième siècle, par exemple, Rondelet, le meilleur naturaliste de l'époque, voyait encore dans le Phoca cristata un moine ou un évêque marin, parce que, probablement, le christianisme ne permettait plus d'y voir un triton ou une sirène. « De notre temps, dit-il, en Nortuége (Norvége) , on a pris un monstre de mer, après une grande tourmente , lequel tous ceux qui le virent incontinent lui donnèrent le nom de moine, car il avait la face d'homme, mais rustique et mi-gratieux, la teste rase et lize ; sur les espaules, comme un capuchon de moine, deux longs ailerons au lieu de bras; le bout du corps finissant-en une queue large. Entre les bestes marines , Pline fait mention de l’homme marin et du triton comme choses non feintes. Pausanias aussi fait mention du triton. J'ai veu un pourrait d'un autre monstre marin à Rome, où il avait esté envoyé avec lettres par lesquelles on assurait pour certain que, l'an 1551, on avait veu ce monstre en habit d’évesque, comme il est pourtrait, pris en Pologne el porté au roi dudit pays, faisant certains signes pour monstrer qu'il avait grand désir de retourner en la mer, où estant amené se jeta incontinent dedans. »

4e Genre. Les CALOCÉPHALES (Calocephalus, Fr. Cuv.) ont trente-quatre dents, dont six incisives supérieures et quatre inférieures ; quatre canines et vingt molaires. Leurs mâchelières sont formées principalement d'une grande pointe placée au milieu, d’une plus petite située antérieurement, et de deux également plus petites, placées postérieurement. Leur crâne est bombé sur les côtés, aplati au sommet; leurs crêtes occipitales consistent en de légères rugosités.

Le VEAU MARIN (Calocephalus vitulinus, Fr. Cuv. Phoca vitulina, Lin. Phoca littorea, Tuiex. Le Phoque commun, Burr.) a environ trois pieds (0,975) de longueur ; il est d’un gris jaunâtre, couvert de taches irrégulières noirâtres. Ses couleurs varient, selon qu'il est sec ou mouillé. Sortant de l’eau, tout le corps en dessus est d'un gris d'ardoise, et couvert, sur les côtés, de nombreuses petites taches rondes sur un fond un peu plus pâle ou jaunâtre; les parties inférieures sont de cette dernière couleur. See, le gris ne parait que sur la ligne moyenne, et tout le reste paraît jaunâtre. Il blanchit en vieillissant. Il habite les côtes du Nord et de l'Europe, s’accouplé en septembre, ét met bas un seul petit en juin. IL est très-timide et très-défiant.

Le KassiGrack (Calocephalus maculatus.— Phoca vitulina, Far. Phoca maculata, Bobn.) n’est probablement qu'une variété du précédent, dont le pelage est gris en dessus, blanc en dessous chez les jeunes, puis d’un gris livide parsemé de taches, et enfin, dans l’adulté, tigré ou varié de noir et de blane. Il habite les mêmes pays.

Le CaLocÉériiAtEe mArgré (Calocephalus discolor, Fr. Cuv. Le Phoque commun, du même) ne me paraît également qu'une va-

riété du veau marin, ne différant guère de la précédente. Sa taille est la même ; son pelage est d’un gris foncé, veiné de lignes blanchâtres irrégulières, formant sur le dos et sur les flancs une sorte de marbrure. On le trouve sur les côtes de France. Il a des mœurs douces et une intelligence très-développée, ainsi que les deux précédents.

L’Arak Où CALOCÉPHALE GROENLANDAIS (Calocephalus groënlandicus, Fr. Cuv. Phoca groënlandica, Far. Phoca Mulleri, Less.) a les mâchelières petites et écartées, n'ayant, à la mâchoire supérieure, qu'un seul tubercule en avant ou en arrière du tubercule moyen. Il a trente-huit dents, six incisives en bas et quatre én haut, selon M. Lesson. Sa taille moyenne est de six pieds (1,949); le pelagé des mâles adultes est blanchâtre , avec le front et une tache en croissant noire sur chaque flanc; la tête du mâle est entièrement noire. Les jeunes sont tout blancs en naissant, puis ils prennent une teinte cendrée , avec de nombreuses taches sur les parties inférieures du corps. Il habite la Nouvelle-Zemble, les côtes du Groënland, et, mais seulement pendant l'hiver, les bords de la mer Blanche. Il s'accouple en juin, et les petits, rarement au nombre de deux, naissent en mars et avril.

Le KENALIT OU CALOGÉPHALE OCÉANIQUE (Calocephalus oceanicus, Less. Phoca oceanica, Des. — LepecH.) a six ou sept pieds (1,949 ou 2,274) de longueur; il n’a que quatre incisives à chaque màchoire; le pelage du mâle est d’un gris blanc, marqué d'une grande tache brune sur les épaules, d'où part une bande oblique qui s'étend sur les flancs jusqu’à la région du pénis; sa tête est d’un brun marron tirant sur le noir; les ongles de ses pieds de devant sont robustes. Il habite les mêmes côtes que le précédent, dont il paraît être une variété.

Le CALOCÉPHALE QUEUE BLANCHE (Calocephalus albicauda , Less. Phoca albicauda , Desm.) ressemble, par ses formes, au phoque commun ; il a environ trois pieds et demi (1,137) de longueur ; son pelage est d'un gris de fer, plus clair sur les côtés, passant au blanchâtre sous le ventre. Il porte sur le dos et sur les flancs quelques petites taches noirâtres, irrégulières; son museau est blanc en dessus; sa queue mince, longue, d’un beau blanc; les ongles des mains sont robustes. Sa patrie est inconnue. Est-ce le Phoca lagurus de G. Cuvier?

Le CaLOGÉPHALE DE LA PiLayE (Calocephalus lagurus, Fr. Cuv. Phoca lagurus, G. Cuv. Phoca Pilayi, Less.) a trois pieds trois pouces (1,036) de longueur; il est d'un gris cendré et argenté en dessus, avec des taches éparses et d’un brun noirâtre; les flancs et le dessous sont d’un cendré presque blanc; les ongles sont noirs, robustes ; les moustaches médiocres, en partie blanches et en partie noirâtres, et gaufrées comme dans le phoque commun. Il habite les côtes de Terre-Neuve.

Le CALOGÉPHALE LIÈVRE (Calocephalus leporinus, Fr. Cuv. Phoca leporina, LEPECH.) a quatre incisives à chaque mâchoire ; sa longueur est d'environ six pieds et demi (2,111); les poils de ses moustaches sont épais et forts, placés sur quinze rangs; les bras sont faibles, les mains petites, la queue courte et épaisse : son pelage est long, peu serré, hérissé, d’un jaune pâle, excepté sur le cou, qui porte une bande transversale noire. Dans sa jeunesse il est d’un gris noirâtre, avec de petites taches plus foncées sur le dos. Il habite les mers boréales, la Baltique et les côtes d'Europe. Dans la servitude, il mange sous l’eau, souffle comme les chats quand on l'inquiète, et ne cherche pas à mordre, mais à égratigner.

Le Nerrsek (Calocephalus hispidus, Fr. Cuv. Phoca hispida, Scur. Phoca fœtida, Mur. Le Phoque neitsoak, Burr. Phoca Schreberi, Less.). Il devrait appartenir, je crois, au genre Halychœrus. I a quatre ou cinq pieds (1,299 à 1,624) de longueur; sa tèle est courte, arrondie; ses yeux sont très-petits, à pupille blanchâtre ; son pelage est très-épais, mou, très-long, hérissé, fauve, à flammettes blanches sur le corps: le dessous est blanc, parsemé de taches rares et fauves sut le ventre; les jeunes ont le

dos d'un cendré livide, et le ventre blanc et sans taches. Les vieux mâles exhalent une odeur insupportable. Il habite les mers du Groënland.

L'Urksur (Calocephalus barbatus, Fr. Cuv. Phoca barbaia, Des. — Fagr. Phoca major, Pars. Phoca Parsonsii, Less. Le

: Grand phoque, Burr. Le Gramselur, OLars. L'Urksuk takkamugak

et le Terkigluk des Groënlandais) a communément dix pieds de longueur (3,248); sa tète est longue, son museau très-élargi, et ses lèvres lâches; la femelle a quatre mamelles ; ses yeux sont grands, à pupille noire; ses mains antérieures ont le doigt du milieu très-long. Son pelage varie beaucoup : il est assez épais et d’un gris enfumé chez les jeunes; elair-semé et brun dans les adultes, et d’un noir foncé dans l’âge avancé. Chez les vieux males la peau est presque entièrement nue. Il habite la haute mer près du pôle boréal, et se rend à terre au printemps. La femelle ne fait qu'un petit, qu'elle met ordinairement bas sur les glaces flottantes, vers le mois de mars. Les Groënlandais estiment beaucoup cette espèce pour sa chair, sa graisse et ses intestins, qu'ils regardent comme un excellent mets, et pour sa peau, dont ils s’habillent.

Le CALOCÉPHALE DE THiENEMANN (Calocephalus scopulicolus et Phoca Thienemannii, Less. Phoca scopulicola, Tutex.) a six pieds de longueur (1,949); son pelage est noir sur le dos, vert sous le ventre et sur les flancs, ces derniers marbrés de noir près du dos et de gris près du ventre. Il se trouve sur les côtes d'Islande.

Le CaLocÉpuaLe LEUCOPLA (Calocephalus leucopla, Less. Phoca leucopla, Twex.) est entièrement verdâtre, avec une teinte grisâtre sur le dos. Il habite les côtes de l'Islande.

Le CALOCÉPHALE DES RIVAGES (Calocephalus littoreus. — Phoca littorea, Tien.) a quatre pieds (1,299) de longueur; il a les formes du veau marin ; ses moustaches sont disposées sur six rangs; son pelage est très-épais, très-court, brun en dessus, plus ou moins jaunètre en dessous; il a sur le dos des lignes jaunes, flexueuses, qui s’effacent sur les côtés; sa queue est bordée de chaque côté d'une ligne jaune; et deux larges taches d'un fauve roux occupent tout le dedans des membres antérieurs.

2e Genre. Les STÉNORHYNQUES (Stenorhynchus, Fr. Cuv.) ont trente-deux dents, savoir : quatre incisives à chaque mâchoire ; quatre canines et vingt molaires; les dents sont composées à leur partie moyenne d'un long tubercule cylindrique, recourbé en arrière , et séparé de deux autres tubercules un peu plus petits, l’un antérieur, l’autre postérieur, par une profonde échancrure ; leur. museau est très-proéminent et ils ont de très-petits ongles aux pieds.

Le STÉNORUYNQUE DE HOME (Sfenorhynchus leptonyx, Fr. Cuv. Phoca Homer, Less. Phoca leptonyx, BLaixv.) a sept pieds (2,74) de longueur, rarement neuf (2,924); son pelage est d'un gris noirâtre en dessus, passant au jaunâtre sur les côtés, à cause des petites. taches qui s’y trouvent; les flancs, le dessous du corps, les pieds et le dessus des yeux sont d'un jaune gris pâle; ses moustaches sont simples et courtes. Il habite, dit-on, les côtes de la Nouvelle-Géorgie et des iles Malouines.

Le STÉNORHYNQUE DE WEDDELL. (Stenorhynchus Weddellii, Less. Sea leapord, Wev». Phoca longicollis, Suaw.) a beaucoup de ressemblance avec le précédent. Son cou est allongé; sa tête trèspetite; son pelage court, lustré, ras, d’un gris pâle ou ardoisé, parsemé en dessus d’un grand nombre de taches arrondies et blanchâtres, en dessous de taches semblables, mais jaunâtres. Il vit sur les glaces et n'habite que les hautes latitudes des Orcades

- australes.

3e Gexke. Les STEMMATOPES (Stemmatopus, Fr. Cuv.) ont

trente dents, savoir : quatre incisives supérieures et deux infé-

rieures; quatre canines et vingt molaires. Leur tête est surmon-

tée d’un organe bizarre, en forme de sac dilatable, dont on

ignore l'usage; leurs mâchelières sont à racines simples, courtes et larges, striées seulement à leur couronne; leur museau est étroit et obtus ; leur crâne développé.

La Nésaursacix ou CaruciN (Stemmatopus cristatus, Fr. Cuv. Phoca cristata, Gur. Phoca leonina, Fagr. Le Phoca mitrata, Dexat. Le Phoc à capuchon, de G. Cuv. Le Nésaursalik et le Xakortak des Groënlandais) a environ sept à huit pieds (2,274 à 2,599); il a sur la tête, lorsqu'il est adulte, une sorte de sac caréné en dessus, mobile, et dont il peut se couvrir les yeux et le museau quand il le veut; ses narines sont dilatables au point qu’elles ressemblent à des vessies quand elles sont gonflées ; les femelles n’ont pas ces singuliers organes. Son pelage est long, laineux près de la peau, entièrement blanc dans le jeune âge, d’un gris brun en dessus et d’un blanc d'argent en dessous; à l’âge adulte, il est qnelquefois parsemé de taches grises. Il habite les côtes septentrionales de l'Amérique et le Groënland. En mars, la femelle met bas un seul petit, sur les glaçons, et d'avril en juin ils se rendent à terre.

4e Genre. Les PÉLAGES (Pelagius, Fr. Cuv.) ont trente-deux dents, dont huit incisives, quatre canines et vingt molaires; les incisives supérieures sont échancrées transyersalement à leur extrémité, les inférieures sont simples. Les mâchelières sont épaisses et coniques, n'ayant en avant et en arrière que des petiles pointes rudimentaires. Ils ont le museau élargi et allongé à son extrémité, et le €hanfrein très-arqué.

Le Moine (Pelagius monachus, Fr. Cuv. Phoca monachus, Des. Phoca bicolor, Suaw. Phoca albiventer, Bon. Phoca leucogaster, PéroN) a de sept à dix pieds (2,274 à 5,248) de longueur ; son pelage est ras, court et très-serré, entièrement noir en dessus, avec le ventre blanc; ses moustaches sont lisses. Cet animal est fort intelligent, et s’apprivoise très-bien; il est méme docile et obéit au commandement de son maître, qu'il affectionne beaucoup; il est commun dans la mer Adriatique, et se trouve aussi, dit-on , sur les côtes de Sardaigne.

de GENRE. Les MACRORHINS (Macrorhinus, F. Cuv.) ont trente dents, savoir : quatre incisives supérieures et deux inférieures , crochues comme les canines, mais plus petites; quatre canines fortes ; vingt molaires, dont les racines sont simples, plus larges que les couronnes qui imitent un mamelon pédiculé.

Le MIouROUNG où PHOQUE A TROMPE ( Macrorhinus proboscideus, F. Cuv. Phoca proboscidea et Phoca Ansonii, DEsw. Phoca leonina, Li. Phoca elephantina, Moriwna. Le Loup marin, Pernerry. Le Phoque à museau ridé, Forsr. Le Lion marin, Damp. — ANsox. L'Eléphant marin, Péron, et les voyageurs anglais. Le Lame, Mozixa). Cet animal atteint de vingt-cinq à trente pieds {8 à 10 mètres) de longueur, sur quinze à dix-huit (4,872 à 5,847) de circonférence ; son pelage est ras, grisâtre ou d’un gris bleuâtre, quelquefois d’un brun noirâtre, rude et grossier; ses yeux sont très-grands, proéminents; les poils de ses moustaches sont rudes et contournés en spirale; ses canines inférieures, fortes et arquées, sont saillantes hors des lèvres; les ongles des mains sont très-pelits, el sa queue courte est peu apparente.

La nature à paré beaucoup d'animaux, pour le temps des amours seulement, d’une sorte de robe de noce plus ou moins brillante, plus où moins singulière : dans les oiseaux, ce sont des couleurs vives et tranchantes, des crêtes, des aigrettes: dans les salamandres, ce sont des membranes dorsales agréablement découpées et nuancées de mille couleurs variées, ete. ; elle n'a pas oublié le phoque dont nous parlons ici, mais la parure qu’elle lui a dévolue est au moins fort bizarre. Elle consiste en un prolongement du nez, en forme de trompe membraneuse et éreclile, molle, élastique, ridée, longue quelquefois d'un pied (0,325), et ayant beaucoup d’analogie avec cette longue crète qui pend sur le bec d'un coq d'Inde. Cette trompe manque à la femelle et aux

jeunes avant l’âge adulte, et il paraît qu’elle s'efface peu à peu dans le mâle lorsque le temps du rut est passé.

Le miouroung habite les plages de toutes les îles désertes de l'hémisphère austral, et vit en troupes de cent cinquante à deux cents individus; comme il craint également la chaleur et l'excès du froid, il émigre régulièrement pour aller passer l’été dans le nord de la zone qu'il habite, et l'hiver dans le sud. Pendant les quatre premiers mois de l’année il quitte peu la mer, où il se nourrit de poissons, de mollusques et de crustacés; alors il devient tellement gras qu'il n’est pas rare de lui trouver entre la peau et les muscles une couche de graisse huileuse ayant jusqu'à neuf pouces (0,244) d'épaisseur; les Américains retirent souvent une énorme quantité d'huile d’un seul individu, dont le poids de la chair seulement est communément de mille kilogrammes. Cet animal est d'un caractère doux, paisible, et surtout d'une grande indolence, Lorsqu'il dort sur la terre, mollement étendu sur un lit de varech, il est extrêmement facile de l’approcher, car, même lorsqu'il se réveille et voit le chasseur armé de sa longue lance, sa paresse ne lui permet ni de fuir ni de se mettre en défense, ce qui rend facile de le tuer d’un seul coup en lui perçant le cœur. Mais dans le temps des amours il n’en est pas de même ; il déploie nne activité extraordinaire, et il serait dangereux de l'approcher. Le rut a lieu dans le mois d'octobre, et les mâles se livrent alors des combats furieux pour s'approprier chacun Île plus de femelles qu'ils peuvent. Le plus fort fait son choix, compose à son gré son harem, et se retire; le combat recommence, etenfin les mâles les plus faibles restent sans femelles. Mais bientôt les vainqueurs se lassent de leurs conquêtes et les abandonnent aux vaincus. Chaque femelle fait un ou deux petits qu’elle allaite deux ou trois mois.

Le phoque d’Anson (Phoca Ansonti, Des.) en serait une variélé moins grande, à pelage d’un fauve clair, et à ongles des mains plus robustes, si ce n’est une espèce. Il habiterait plus particulièrement l'ile Juan-Fernandez et les îles antarctiques.

Le MAGRORHIN DE L'ILE SaiNT-PAUL (Macrorhinus Coxii. — Phoca Coæii, Des. Le Lion marin de Coxe) est de la taille du miouroung, mais il manque de trompe; son pelage est de la couleur de celui du buffle, ou brun, ou quelquefois blane. Il est très-commun aux iles d'Amsterdam et de Saint-Paul. Serait-ce le miouroung hors du temps des amours, c’est-à-dire lorsque sa trompe est effacée? je le crois.

Le MacRORHIN URIGNE ( Macrorhinus lupinus. — Phoca lupina, Morina ; le Loup marin des matelots français et espagnols) me paraît aussi n'être qu'une variété du miouroung, mais plus petite, si réellement sa longueur ne dépasse pas huit pieds (2,599). Sa lèvre supérieure est un peu cannelée; son pelage est d’un gris brun et quelquefois blanchâtre; ses pieds de devant n'auraient

que quatre doigts, selon Molina. On le trouve sur les côtes du Chili.

Le MacroRuiIN DE ByrON (Macrorhinus Byronti, Less. Phoca Byronii, BLainv.). Cette espèce ne repose que sur le squelette d’une tête observée par M. de Blainville, dans le cabinet d'Hunter, à Londres. Elle a six incisives supérieures, dont la seconde extérieure est plus forte que les autres et ressemble à une canine ;

les crêtes occipitales et sagittales sont très-saillantes, ainsi que

l’apophyse mastoïde. L'animal avait été trouvé sur les côtes des iles Marianes.

Ge Gexre. Les (ARCTOCÉPHALES Arctocephalus, Fr. Cuv.) ont trente-six dents, savoir : six incisives supérieures dont les quatre moyennes sont profondément échancrées dans leur milieu, et

7e Gexre. Les PLATYRHYNQUES (Platyrhynchus, Fr. Cuv.) ont le mème système dentaire que dans le genre précédent, mais les incisives sont pointues, et les mâchelières n’ont de pointe secondaire qu’à leur partie antérieure; leur crâne est très-élevé, et leur museau élargi.

Le Lion marix (Platyrhynchus leoninus , Fr. Cuv. Otaria jubata, DEsu. non Lixé. Otaria Pernettyi, Less. Otaria leonina, PÉRON) est long de douze pieds (5,898), et, si l'on en croyait Pernetty, il en atteindrait jusqu’à vingt-cinq (8,121); son pelage est fauve ; ses moustaches noires; le mâle porte sur le cou une crinière épaisse qui lui descend jusque sur les épaules; sa tête est assez petite, semblable à celle d’un dogue, avec le nez un peu relevé et comme tronqué à son extrémité. Cette espèce habite les îles

à Le Morse.

quatre inférieures échancrées d'avant en arrière; quatre canines: douze molaires supérieures et dix inférieures. Les mâchelières n’ont qu’une racine, moins épaisse que la couronne, consistant en un tubercule moyen garni à sa base, en avant et en arrière, d’un tubercule beaucoup plus petit. Les mains de ces animaux sont placées très en arrière, ce qui leur fait paraître le cou fort allongé; les pieds ont leur membrane à cinq lobes dépassant les doigts; leur tête est surbaissée et leur museau rétréci.

L'Ours marin (Arctocephalus ursinus, Fr. Cuv. Phoca ursina, Lis. Otaria ursina, Des. Otaria Forsteri, Less. Ursus marinus. FORST. L'Ours marin, de Burr.) est long de quatre à six pieds (1,299 à 1,949), mince, à tête ronde et gueule peu fendue, avec des yeux proéminents, et de longues moustaches; ses oreilles sont pointues et coniques ; son pelage est composé de deux sortes de poils : celui de dessous, court, ras, doux et satiné, d’un brun roux; celui de dessus plus long, brunâtre, tacheté de gris foncé. Il habite les côtes du Kamschatka et des îles Aléoutiennes. On le recherche beaucoup à cause de sa fourrure très-estimée en Chine, mais ses mœurs sauvages, la finesse de son odoral qui lui fait reconnaître de fort loin l'approche du chasseur, rendent sa chasse fort difficile. Il n’habite qu'au milieu des rochers et des récifs, sur les côtes les plus battues par la tempête.

antarctiques; son caractère est doux et timide. Elle vit de poissons, d'oiseaux d'eau qu’elle surprend avec adresse, et quelquefois d'herbe. La femelle pour faire ses petits se cache dans les roseaux où elle les allaite. Chaque jour elle va à la mer, et gagne sa retraite le soir. La chair de ces animaux est mangeable ; son huile est utile et sa peau est excellente pour les ouvrages de sellerie.

Le PLATYRHYNQUE MOLOSSE (Platyrhynchus molossinus, Less. Otaria molossina, Less. et Garnxor. Le Phoque à crin des baleïiniers anglais. Le Petit lion marin, de PerxerrYx). Cette espèce a de quatre à huit pieds (1,299 à 2,599) de longueur ; son pelage est d’un roux uniforme , ras sur toutes les parties du corps; les poils de ses moustaches sont aplatis, d'un brun rouge, à extrémité noire; les mains manquent d'ongles, et les pieds en ont trois assez gros. La tête est petite, arrondie ; les oreilles sont petites, pointues, roulées sur elles-mêmes. Elle habite les iles Malouines.

Le PLATYRHYNQUE DE Guékn (Platyrhynchus Guerinii. — Plaiyrhynchus Uraniæ, Less. L'Otarie Guérin, Quoyx et Gaiwarp) a la plus grande analogie avec le précédent; mais les deux naturalistes du voyage de l’Uranie lui donnent six incisives en haut et quatre en bas, quatorze molaires supérieures et douze inférieures. Son pelage est brun , ras; son museau aplati, portant cinq rangs de moustaches; sa taille est de quatre pieds dix pouces (1,570).

Il habite les îles Malouines comme le précédent, auquel il faudrait säns doute le rapporter, s’il se trouvait que ses dents eussent été

mal observées.

8e Gexre. Les HALYCHORES (Halychœærus, Hornscx.) ont trentequatre dents , toutes coniques , recourbées : les inférieures égales, courtes, séparées également par un intervalle. vide; les deux incisives externes d’en haut simulant des canines et marquées d’un canal étroit à leur partie postérieure, les quatre intermédiaires plus longues et égales entre elles; les canines inférieures rapprochées , sillonnées en arrière et en dedans, s’engageant dans un intervalle des canines supérieures qui sont semblables; molaires triangulaires , les supérieures convexes sur leur face externe, recourbées, les troisième et quatrième les plus grandes, les inférieures pyramidales, les deuxième et troisième plus grandes. Du reste, les ongles sont plus longs et plus recourbés que dans les autres phoques. Ce genre fait le passage des phoques aux morses.

L'Hazycuore ris (Halychœrus griseus, Horns. Phoca annellata, Nizss. Phoca cucullata, Bonn.) a le pelage composé de deux sortes de poils : celui de dessous est blanc, laineux et court; celui de dessus est long de deux pouces (0,054), soyeux, d’un gris plombé sur le dos, blanc sur le reste du corps. On le trouve sur les côtes de la Poméranie et des mers du nord de l'Europe.

Espèces non encore classées.

9e Genre provisoire. Les PHOQUES (Phoca, Lin.) n'ont pas d'oreilles extérieures.

Le Pnoque À TÊTE DE TORTUE (Phoca testudinea, SHAW.) ressemble par ses pieds au phoque commun , mais son cou est allongé, et sa tête ressemble à celle d’une tortue. Espèce douteuse, qui habiterait les mers d'Europe.

Le Larwrak (Phoca lakhtak, Desx.) n’est connu que par une description de Kraschenninikow; il serait de la grosseur d'un bœuf, et habiterait le Kamschatka.

Le Pnoque Ticré (Phoca tigrina, KRASCHENN, Phoca Chorisit, Less. Le Chien de mer du détroit de Behring, Cnoms. Var. Phoca punctata, maculata, et nigra, de l'Encycl. ang.) est de la taille d'un veau; son corps est couvert de taches rondes et égales; son ventre est blanchâtre. Les jeunes sont entièrement blancs. Du Kamschatka. La variété punctata a la tête, le dos et les membres tachetés. Elle-habite les Kourilles. — La variété maculata est mouchetée de brun et habite les mêmes côtes. — La variété nigra est noire , quelquefois tachée de blanc, et se trouve sur les mêmes rivages.

Le Pnoque FASCIÉ ( Phoca fasciata, Suaw.) est noirâtre; une bande jaune lui dessine une selle sur le dos. Patrie inconnue.

10° Genre provisoire. Les OTARIES (Olaria, PÉrox) ont des oreilles externes apparentes.

L'OraARIE DE DELALANDE (Otaria Delalandii, G. Guy.) a trois pieds et demi de longueur (1,137); son pelage, doux, fourré, laineux à la base, a la pointe de ses poils annelé de gris et de noïrâtre, ce qui lui donne une teinte d’un gris brun roussâtre; le ventre est d’une couleur plus pâle. Il a été apporté du cap de Bonne- Espérance par M. Delalande.

L'OrTARIE DE PÉRON (Otaria Peronii et nigra, Desm. Phoca pusilla, Lin. Phoca parva, Bono. L'Otarie de l'ile de Rottnest, PÉro. L’Otarie de Delalande, Fr. Cuv. Le Loup marin, Pacës. Le Petit phoque, Burr.) a de deux à quatre pieds de longueur (0,650 à 1,299). Ses oreilles sont pointues; ses pieds de derrière n’ont d'ongles apparents qu'aux trois doigts du milieu, et sont terminés par une membrane à cinq festons; sa couleur est généralement noirâtre ; son pelage doux, et ses moustaches rondes et lisses. Il habite la Nouvelle-Hollande.

L'OTARIE CENDRÉ (Otaria cinerea, PÉroN) a neuf à dix pieds (2,923 à 5,248) de longueur : son pelage est dur, grossier, d’un gris cendré. Il habite la Nouvelle-Hollande, sur les côtes de l’île Decrès.

L'OTARIE ALBICOLLE (Olaria albicollis, Pérox) a huit à neuf pieds

(2,274 à 2,925) de longueur; ses membres antérieurs sont situés fort en arrière, et il a une grande tache blanche sur la partie moyenne et supérieure du cou. Il habite la Nouvelle-Hollande.

L'OrariE couroNNÉ (Otaria coronata, BLAINv.) a le pelage noir, taché de jaune, avec une bande de cette couleur sur la tête et une tache sur le museau. 11 à cinq ongles aux pieds de derrière. Sa patrie est inconnue.

L'Orane JauNATRE (Otaria flavescens , Suaw.) est long d’un à deux pieds (0,325 à 0,650). Son pelage est d’un jaune pâle uniforme ; ses oreilles sont longues; ses mains manquent d'ongles, et il en a trois seulement aux doigts moyens des pieds. Sa patrie est inconnue.

Le Cocnon pe Mer (Ofaria porcina, Morin ) ressemble par la forme et le pelage au macrorhin urigne, mais son museau est plus allongé; ses oreilles sont relevées, et il a cinq doigts aux pieds de devant. Il habite les côtes du Chili.

L'OrTaRiE D'HAUVILLE (Otaria Hauvillii, G. Cuv.) a quatre pieds deux pouces (1,555) de longueur; il est d'un gris foncé et cendré en dessus, blanchâtre sur les flancs et la poitrine; il a sur le ventre une bande longitudinale d'un brun roux, avec une autre transversale et noirâtre allant d’une nageoire à l’autre. On le trouve aux îles Malouines.

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