‹ Le jardin des plantesChapitre 78 sur 100 · TE · texte numérisé non relu

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le trou oblique ne la dénoncait pas. Ils passent la mauvaise sai son dans leur domicile, où ils emploient tout leur temps à manger et à dormir. Il en résulte qu’au printemps ils en sortent beaucoup plus gras qu'ils n'y étaient entrés en automne. C'est dans celte dernière saison que les paysans se mettent en quête pour découvrir l'habitation des hamsters. Ils l'ouvrent avec la pelle et la pioche, tuent l'animal pour en vendre la fourrure, et s'emparent de ses provisions, qui souvent contiennent deux boisseaux (2 décal. 602) de très-bons grains.

Le hamster, malgré l'intelligence qu'il déploie pour faire ses approvisionnements, n’en est pas moins un animal brute, incapable de s’apprivoiser assez pour reconnaitre la main qui le

huit lignes (0,099) de longueur, et sa queue a dix lignes (0,023). I a le corps très-raccourci; son pelage est d’un cendré blanchâtre en dessus, très-blane en dessous, ainsi que les poils de sa queue, qui est plus longue’que dans les autres espèces ; ses oreilles sont arrondies, pubescentes, grandes et jaunâtres; sa tête est oblongue, à museau pointu ; son nez rougeûtre et pubescent ; le pouce des pieds de devant est onguiculé. I habite les campagnes sablonneuses de la Sibérie, près de l'frtisch. Le mâle vit dans un terrier de plusieurs mètres de longueur, au fond duquel il se fait un nid avec des racines de l’élyme des sables. Il se nourrit principalement des graines de l’astragale adragant (Astragalus tragacanthoides), et ne sort que la nuit de son terrier. Il est très-mé-

Aspect des ruines derrière la cabane des Axis.

nourrit, et d'une férocité d'autant plus étrange qu'ese ne résulte pas de ses besoins, mais d’une méchanceté innée. Si l'un d'eux, pressé par le danger, se fourvoie dans le terrier d'un autre, il est aussitôt saisi, étranglé et dévoré. La femelle même n’épargne pas son mâle s'il n'a le soin de se sauver promptement après l’accouplement. Lorsque deux hamsters se rencontrent dans un champ, ils commencent l'un et l’autre par vider leurs abajoues avec leurs pattes de devant, ce qu'ils font toujours quand un danger les menace, puis ils s’élancent l’un sur l’autre, se battent à outrance, et le vainqueur dévore le vaincu. Ils se défendent avec la même fureur contre tous les animaux, même contre les chiens et contre l’homme. Quand la saison a été mauvaise et qu'il y a disette de grains, ces animaux se déclarent entre eux une guerre atroce, et finissent par s’entre-détruire mutuellement. Du reste, ils ont cela de commun avec les rats et les mulots, auxquels ils ressemblent beaucoup.

Le SagLé (Cricetus arenarius, Desm. Mus arenarius, PaLr.), légèrement plus grand que le campagnol commun, a trois pouces

chant, se renverse sur le dos pour se défendre des dents et de la griffe contre ses ennemis , et ne s’apprivoise jamais. La femelle fait cinq petits chaque fois, et probablement deux portées par an.

Le Pué (Cricetus phœus, Desm. Mus phœus, Par.) est de la grandeur du campagnol commun. Il a trois pouces cinq lignes (0,092) de longueur, sans la queue, qui est blanchâtre et longue de neuf lignes (0,020). Son pelage est d’un cendré bleuâtre sur le dos et entièrement blanc sur toutes les parties inférieures ; le nez est nu; ses oreilles sont brunes, ovales et très-larges, velues à la pointe; le tour de la bouche et des quatre pieds est blanc. Il habite les déserts d’Astracan et la Perse. Pendant l'hiver il pénètre dans les habitations , s’y établit, et pille le grain dans les greniers. Il ne s’engourdit pas pendant la saison froide, et je crois qu'il a cela de commun avec tous les hamsters.

Le Hacri (Cricetus migratorius , DES. Mus migratorius, PaLL.) a trois pouces de longueur (0,081), non compris la queue, qui a huit lignes (0,018). Son nez est arrondi et un peu velu, fendu en deux par un sillon; ses abajoues sont très-grandes, son pelage

est d’un gris cendré en dessus, blanc en dessous , ainsi que le museau, le pourtour des narines et les pieds ; les oreilles sont nues et échancrées, 11 habile la Sibérie, à l’est de Jaïk. Les Cosaques de cette contrée prétendent qu'il émigre la nuit, en troupes considérables que les renards suivent pour s'en nourrir; mais ce fait, si contradictoire aux habitudes des autres hamsters, mérite d’être confirmé, et doit peut-être s'appliquer au campagnol social (Arvicola socialis), s’il est vrai.

Le Hamsrer DE SONGARIE (Cricetus songarus, DEsm. Mus songarus, PaLL.) a trois pouces (0,081) de longueur, non compris la queue ; sa tête est ramassée, son museau obtus; ses oreilles sont ovales, susceptibles de se plisser; son pelage est cendré sur le dos avec une ligne dorsale noire; les flancs sont variés de blanc et de brun ; le ventre est d'un blanc pur; le corps est trapu, et la queue très-courte. Il habite les déserts de la Sibérie et les steppes de Barabensk, près de l’Irtisch. Le site qu’ils préfèrent, dit Pallas, est un terrain aride , sablonneux et salin. Au milieu de juin, il découvrit le terrier d’une femelle qui avait sept petits encore aveugles. La chambre dans laquelle on les trouva était tapissée d'herbes sèches et de racines fines, et contenait en outre un petit approvisionnement de siliques d’alysse de montagne et d’élyme des sables. Les petits vécurent trois mois de pain et de toute sorte de graines; ils étaient si familiers, qu'ils mangeaient dans la main; ils jouaient le jour et ne dormaient que la nuit. Leur voix était rare, et, quand on les tourmentait, ils ne faisaient que piper comme une chauve-souris. Leur urine était très-fétide, Ils moururent de gras-fondu, en août.

L’Orozo (Cricetus furunculus, Desm. Mus furunculus, PazL. Furunculus myoides, Messercu.) Il ressemble au sablé, mais il est plus petit; son corps est allongé; son museau pointu; ses oreilles sont larges et nues; son pelage est d’un gris jaunâtre en dessus avec une ligne dorsale noire; le ventre et les pieds sont blanchàtres. Il habite la Daourie, et l'on en trouve une variété dans les plaines de lIrtisch et de lOby.

Le Hausrer À BANDES (Cricetus fasciatus, RArIN.) est roux, avec environ dix bandes transverses noires sur le dos ; les jambes sont marquées de quelques rayures noires ; la queue, un peu plus courte que le corps, est mince, annelée de noir; les abajoues sont pendantes; les oreilles sont courtes, ovales et un peu aiguës: les yeux sont très-petits et le corps trapu. Il habite les prairies du Kentucky.

Le Guaxque (Cricetus cyaneus. — Mus cyaneus, Mec. — Less. ) est de la grandeur du mulot et lui ressemble ; ses oreilles sont plus arrondies; sa queue courte est à demi velue; il a quatre doigts aux pieds de devant et cinq à ceux de derrière; son pelage est d’un gris bleuâtre en dessus, blanc ou blanchâtre en dessous. Ce petit animal, très-timide, habite le Chili. Il se creuse un terrier formant une galerie de dix pieds de profondeur , le long de laquelle règnent, de chaque côté, sept magasins qu'il remplit d'oignons de plantes bulbeuses. Dans la saison des pluies, il ne quitte pas son habitation, et se nourrit de ses provisions, avec la précaution de commencer par les premières ramassées , et ainsi de suite. Chaque terrier contient une famille avec les six petits de la dernière portée nés en automne; ceux de la première, nés au printemps, quittent le terrier à l’âge de cinq à six mois.

18° GENRE. Les SACCOMYS (Saccomys, Fr. Cuv.) ont vingt dents, savoir : quatre incisives, pas de canines; huit molaires en haut et huit en bas, la première molaire ayant une large échancrure anguleuse au côté interne, et au milieu de cette échancrure une portion circulaire qui tient par l'émail ; tous les pieds sont armés d'ongles analogues à ceux des taupes.

Le Saccouys aNTnoPniLe (Saccomys anthophilus, Fr. Cuv. Pseudostoma bursarius, Sax. Mus bursarius, Suaw. Succophorus bursarêus, Kour. Diplostoma fusca, RariN. Ascomys canadensis, Licnstrtx) est de Ja grandeur d'un loir; sa queue est longue, nue: la lon-

gueur totale de l'animal est de onze pouces (0,298); il a cinq doigts à chaque pied; son pelage est d’un fauve uniforme, tirant plus ou moins sur le gris ou le brun. Il habite les bords du lac Supérieur, en Amérique, vit dans un terrier, et se nourrit de fruits et de racines.

19e Genre. Les GÉOMYS (Geomys, RArIx.) ont probablement le même système dentaire que le genre précédent; ils ont cinq doigts onguiculés à chaque pied, les ongles de ceux de devant très-longs; leur queue est ronde, nue, ce qui les distingue des hamsters. ù

Le GÉouys pes pins (Geomys pineti, RarIN.) est de la taille d’un rat ordinaire; sa queue, entièrement nue, est plus courte que son corps. Il habite les forêts de pins de la Géorgie, en Amérique.

20e Genre. Les DIPLOSTOMES (Diplostoma, Rarix.) ont le même système dentaire que les saccomys; leurs dents incisives sont sillonnées ; leurs abajoues sont très-grandes, atteignant en arrière jusqu'aux épaules; leur corps est cylindrique, sans queue et sans oreilles; les yeux sont couverts de poils, et ils n’ont que quatre doigts à chaque pied.

Le DirLosrome 8Lanc ( Diplostoma alba, Rar.) a cinq pouces et demi de longueur (0,149) ; son pelage est blanc. Il habite le Missouri, Si réellement le genre diplostome de Rafinesque n’a que quatre doigts aux pieds et manque de queue, il faudra y rapporter son Diplostoma fusca, que j'ai provisoirement placé comme simple variété à pelage brun avec le saccomys anthophile. Dans le cas où Rafinesque se serait trompé , il faudra, au contraire, reporter le diplostome blanc à la suite du saccomys, sous le nom de Saccomys albus,

21e Genre, Les HÉTÉROMYS (Heteromys, DEsx.) ont probablement le même système dentaire que les hamsters, mais on n’en est pas certain, Comme les précédents, ils ont des abajoues, mais ils ont les formes générales des rats, et, comme chez ces derniers, leur queue est écailleuse et presque nue; ils ressemblent aux échimys par dés piquants aplatus qu'ils ont sur le dos; leurs pieds ont six callosités en dessous, et cinq doigts, dont l’interne est très-petit.

L'Héréromys ANOMAL (Heteromys Thompsonii. Less. Cricetus anomalus, Des. Mus anomalus, Tuomps.) est de la taille du rat ordinaire; son pelage est d’un brun marron en dessus, blanc en dessous; son dos est armé d'aiguillons lancéolés, fins, entremélés de poils fins; la queue est écailleuse avec quelques poils épars, noirâtre en dessus: sa tête est pointue et sa bouche très-petite. IL habite l’île de la Trinité, aux Caraïbes, et l’on suppose que ses mœurs doivent être les mêmes que celles des hamsters.

Tous les genres qui vont suivre manquent d’abajoues.

92e GENRE. Les OTOMYS ( Otomys , Fr. Cuv.) ont seize dents, savoir : quatre incisives; point de canines; six molaires en haut et six en bas; les molaires supérieures ont leur couronne formée de lames transversales un peu arquées, bordées d’émail, et dont le nombre est de trois pour la première, de deux pour la seconde, et de quatre pour la troisième ; les inférieures ont moins de largeur, et leurs lames, moins arquées, sont au nombre de quatre pour la première, et de deux pour chacune des deux dernières.

L'Oromxs pe Branrz ( Otomys Brantzii, Licusr.) a cinq pouces neuf lignes (0,155) de longueur, non compris la queue , qui a deux pouces et demi (0,068); celle-ci est annelée de poils roides, rares et durs. Son pelage est d'un gris jaunâtre en dessus et d'un blanc sale en dessous. Cet animal habite l'Afrique méridionale, et, à la queue près, il a beaucoup d'analogie de forme avec noire surmulot,

L'Orouxs pu Car (Otomys unisulcatus, Licusr.) ne diffère guère du précédent, dont je le regarde comme une simple variété, que

par sa taille un peu plus grande ; il a six pouces et demi de lon- | main la guerre recommence, et dure ainsi jusqu'à la destruction gueur (0,176), non compris la queue, qui est longue de trois pou- | du plus grand nombre. »

ces et quart (0,088). Son pelage est d'un gris fauve en dessus et d'un gris blanchâtre en dessous. Il habite le cap de Bonne-Espérance.

93e Genre. Les RATS (Mus, Lin.) ont seize dents, savoir : quatre incisives; point de canines ; six molaires en haut et six en bas, à couronne tubereuleuse ; les pieds de devant sont munis de quatre doigts avec un rudiment de pouce : les pieds de derrière ont cinq doigts non palimés; les poils du dos sont quelquefois roides et plats, ou épineux; la queue est plus ou moins longue, presque nue , présentant des rangées transversales très-nombreuses de petites écailles, de dessous lesquelles sortent des poils; quelquefois elle se termine par un flocon de poils.

Nous diviserons les rats en deux sections ; la première comprendra les espèces sans épines. Ë

Le Rar orvixaire ( Mus rattus, Lis.) est trop généralement connu pour qu'il soit besoin d'en donner une description détaillée. Sa taille tient le milieu entre le mulot et le surmulot ; il est noirâtre en dessus , et d’un cendré foncé en dessous; des petits poils blanchâtres lui couvrent le dessus des pieds. Cet animal s’est fait une fatale réputation par les incommodités qu'il cause dans nos maisons, et par les dégâts qu'il y fait.

Buffon croyait que le rat était originaire d'Europe, et qu'il avait été transporté par nos vaisseaux en Amérique; cependant le seul fait que cet animal était tout à fait inconnu aux anciens écrivains aurait dû l’éclairer sur cette erreur. Le rat, au contraire, est indigène du nouveau continent , et n’a été introduit sur le nôtre qu'à la fin du moyen âge, c'est-à-dire à l'époque des premières navigations d'Europe en Amérique. Cet animal est omnivore , et mange également des fruits, des graines, de la chair, des insec— tes, etc. Il habite nos maisons, où il fait un dégât qui le rend fort incommode ; non-seulement il attaque et gaspille toutes les substances alimentaires, mais encore il ronge la laine, les étoffes, les meubles; il perce les bois de charpente, fait des trous dans les murs, se loge dans l'épaisseur des planchers, dans les vides de la charpente ou de la boiserie, y établit ses magasins, et y transporte tout ce qu'il peut trainer. L'hiver il cherche la chaleur el établit volontiers son domicile derrière les cheminées, sur les planchers d'écurie, dans la paille, le foin, ete. La nuit, et même en plein jour, s'il n'entend aucun bruit suspect, il sort effrontément de son trou, se glisse partout, et partout fait autant de dégât qu'il en peut faire. La femelle met bas plusieurs fois par an, et chaque portée est ordinairement de quatre à cinq petits. Il en résulte que ces animaux sont toujours fort nombreux, et que malgré les chats, les piéges et le poison, il est fort difficile de s’en débarrasser. S'il est poussé par la faim, le rat pénètre dans les poulaillers et les pigeonniers, perce ou brise les œufs pour se nourrir des petits qu'ils contiennent, et même quelquefois il tue les jeunes lapins, les poussins et les pigeonneaux. Lorsque ces derniers ont la gorge pleine d'aliments , il leur perce le jabot pour manger les graines à moitié digérées qui en sortent. Ce ne sont pas là cependant les plus grands ravages qu'on lui reproche: il paraît qu’en creusant les vieux plâtres et les mortiers, il vient à bout, à la longue, d’ébranler les constructions les plus solides. « C'est surtout, dit Buffon, dans les vieilles maisons, à la campagne, où l'on garde du blé dans les greniers, et où le voisinage des granges et des magasins à foin facilite leur retraite et leur multiplication, que les rats sont en si grand nombre, qu’on serait obligé de démeubler, de déserter, s'ils ne se détruisaient euxmêmes ; mais nous ayons vu par expérience qu'ils se tuent, qu'ils se mangent entre eux pour peu que la faim les presse, en sorte que, quand il y a disette à cause du trop grand nombre, les plus forts se jettent sur les plus faibles, leur ouvrent la tête et man gent d'abord la cervelle, et ensuite le reste du cadavre; le lende-

Le rat est aussi courageux que féroce ; il se défend hardiment contre les chats, les belettes et les surmulots, et si sa force répondait à son courage, il sortirait toujours vainqueur de la lutte. De tous ses ennemis , le plus terrible pour lui est le surmulot, parce qu'ayant tous les deux les mêmes goûts et les mêmes habitudes, ils se rencontrent fréquemment et jamais impunément. Aussi, depuis 1730, époque où le surmulot nous a été apporté de l'Inde , le nombre des rats a diminué dans la mème progression que celui des surmulots a augmenté. Aujourd'hui ces derniers sont beaucoup plus communs que le rat ordinaire. Quelques naturalistes ont attribué aux rats une singulière prévision : ils disentque ces animaux connaissent parfaitement quand une maison menace ruine , et qu'ils en décampent toujours quelques jours avant qu’elle s'écroule. Ce qu'il y a de certain, et je le sais par ma propre observation, c'est que ces animaux voyagent par troupes assez nombreuses, pour quitter une localité et se rendre dans une autre plus ou moins éloignée. « Les rats, dit Buffon, sont aussi laseifs que voraces; ils glapissent dans leurs amours et crient quand ils se battent. Ils préparent un lit à leurs petits, et leur apportent bientôt à manger; lorsqu'ils commencent à sortir de leur trou, la mère les veille, les défend, et se bat même contre les chats pour les sauver. Cette espèce, qui se trouve dans toute l'Europe et en Amérique, offre quelquefois des individus albinos, c'est-à-dire tout blancs, mais plus rarement que dans les souris. »

Il y a quelques années que M. Thénard a lu à l'Académie des Sciences une note sur le moyen de détruire les rats et les autres animaux malfaisants qui habitent les murs des maisons, a l’aide de fumigations d'hydrogène sulfuré. On commence par boucher tous les trous, puis on ouvre ensuite ceux qui sont le plus fréquentés par ces animaux. Alors on applique l'appareil, qui consiste en une cornue de verre dont on lute exactement le goulot à l'entrée de ces nouvelles ouvertures. On y introduit ensuite, par une tubulure, du sulfure noir de fer, puis on y verse avec précaution , pour éviter l'explosion , une certaine quantité d'acide sulfurique étendu d’eau. Il se fait aussitôt un dégagement d'hydrogène sulfuré, qui pénètre par le trou dans tous les recoins où les rats se cachent, et les fait périr en peu de temps.

La Souris (Mus musculus, Lix.) est d'un gris uniforme en dessus, passant au cendré en dessous ; assez velue; sa queue est aussi longue que son corps. Elle a une variété albinos assez commune, La souris est originaire d'Europe, mais nos vaisseaux l'ont transportée dans les autres parties du monde : aujourd'hui on la trouve à peu près partout.

Elle multiplie beaucoup; la femelle fait plusieurs portées par an, chacune de six à huit petits, et chaque pelit se reproduit à l'âge de trois mois. Quinze jours après sa naissance, il est assez grand pour quitter sa mère et chercher lui-même sa nourriture. La souris est un petit animal assez joli, ayant la physionomie fine, l'œil vif, la tournure dégagée , et les mouyements alertes. La ténuité de sa taille lui permet de se glisser par les moindres trous; aussi la rencontre-t-on dans des lieux où l’on serait embarrassé de s'expliquer comment elle est entrée. Elle dégrade les murs les plus solides en s'y frayant des passages ; elle perce les meubles du bois le plus dur pour y pénétrer, et ce sont là ses moindres dégâts. Animal rongeur par excellence, elle coupe, réduit en poussière tout ce qui tombe sous sa dent. Elle attaque le linge dans les armoires, les livres dans les bibliothèques, les marchandises de tout genre dans les magasins. Toutes les substances alimentaires sont à sa convenance, et elle parvient toujours à pénétrer dans les lieux où on les a renfermées. Le pain, le lard, le beurre, le fromage, le sucre, les confitures, les fruits, les farines, les graines, et mème la chandelle, sont les objets ordinairement les plus recherchés par elle; non-seulement elle les entame et les consomme, mais encore elle les salit et leur com-

munique une odeur désagréable. On en a vu pousser la hardiesse jusqu’à entamer le lard de cochons vivants, pendant leur sommeil. Lorsqu'une ou plusieurs souris attaquent un objet d’une certaine grosseur, par exemple un pain, une pièce de lard, un fromage, elles commencent par y faire un trou assez petit, pour gagner le dedans. Alors elles s’y établissent et rongent toute la substance intérieure de l’objet, en ne laissant qu'une légère croûte extérieure, qui suffit pour masquer les dégâts, dont on ne s’aperçoit souvent qu’au moment où l’on veut faire usage de ces objets. « La souris, dit Buffon, a le même instinct que le rat, le même tempérament, le même naturel, et n’en diffère guère que par la faiblesse et par les habitudes qui l’'accompagnent; timide par nature, familière par nécessité, la peur ou le besoin font tous ses mouvements; elle ne sort de son trou que pour chercher à vivre ; elle ne s’en écarte guère, y rentre à la première alerte, ne va pas, comme le rat, de maisons en maisons, à moins qu'elle n’y soit forcée, fait aussi moins de dégâts, a les mœurs plus douces, et s’apprivoise jusqu’à un certain point, mais sans jamais s’atiacher. Les chouettes, tous les oiseaux de nuit, les chats, les fouines, les belettes, les rats même lui font la guerre; on l’attire, on la leurre aisément par des appâts, on la détruit à milliers; elle ne subsiste enfin que par son immense fécondité. » C’est sans doute pour délivrer nos habitations des souris que les premiers chats ont été apportés des bois pour étre élevés en domesticité. On a voulu se délivrer d’une incommodité grave par une autre qui l’est un peu moins, et on y a réussi jusqu'à un certain point; car nonseulement les chats prennent et mangent les souris, mais encore ils les écartent de la maison par leur seule odeur.

Le SurnuLor (Mus decumanus, Parc. Le Surmulot et le Pouc, 3urr.)est d'un quart plus grand que le rat ordinaire; son pelage est d'un gris brun roussâtre en dessus, blanc en dessous; sa queue est nue, presque de la longueur de son corps. Il est originaire de l'Inde, et, comme nous l'avons dit, il n’a été observé en France, pour la première fois, qu'en 1750. Aujourd’hui il est beaucoup plus commun que le rat, auquel il fait une guerre d’extermination.

Le surmulot, plus fort et plus féroce que le rat, est aussi plus incommode par les dégâts qu'il peut faire. Comme lui, il habite les maisons, mais il en sort assez souvent pour aller faire des excursions à la campagne, et, s’il y trouve aisément à vivre, il s’y fixe pour toute la belle saison ; dans ce cas, il se creuse un terrier où il porte quelques provisions pour se nourrir pendant les jours de pluie et d'orage. Toute son occupation est de chasser au menu gibier, et son voisinage devient funeste aux jeunes faisans, aux perdreaux, aux cailles et autres oiseaux; il attaque même les jeunes levrauts et les jeunes lapins, et souvent il s’établit dans leurs trous après en avoir chassé le père et la mère. Il s'est tellement multiplié dans les voiries de Montfaucon, qu'il menace, si on détruisait celles-ci, d'envahir tout un quartier de Paris, où il porterait le ravage. Rigoureusement omnivore, il se nourrit indifféremment de chair vive ou corrompue, de fruits,

de graines , et de toutes les substances alimentaires. En automne, il regagne les habitations et y commet les mêmes dégâts que les rats, mais, de plus, il se glisse dans la basse-cour, dont il dé— vore les jeunes oiseaux après leur avoir préalablement sucé la cervelle , et il y attaque les jeunes lapins et les cochons d'Inde. Aussi courageux que méchant, il se défend avec fureur contre les chats ; et lorsque ceux-ci sont encore jeunes il parvient assez souvent à leur échapper. Quelle que soit la puissance de son ennemi, il ne se rend jamais sans combattre, même contre les chiens. Lorsqu'un homme le poursuit trop vivement et lui fait perdre l'espérance d'échapper par la fuite, il se retourne, s’élance sur la main qui le frappe , et lui fait de cruelles morsures. Les chats ont pour lui de la répugnance, et ne l’attaquent que très-rarement; si l’on veut s’en débarrasser, on ne peut donc employer que les piéges et le poison. Du reste, il donne assez facilement dans les embüches qu’on lui tend. Cet animal aime assez s'établir sur le bord des eaux, et il nage avec la plus grande facilité, quoiqu'il n’ait pas les pieds palmés. La femelle produit trois fois par an, et fait chaque fois douze à quinze petits, quelquefois jusqu’à dix-neuf.

Le Murot (Aus sylvalicus, Lix.) est de taille moyenne entre celle du rat et de la souris. Son pelage est d’un gris roussâtre sur le dos, blanchâtre sous le ventre; sa queue est un peu plus courte que son corps. On le trouve dans toute l'Europe, et, par sa prodigieuse multiplication, il devient quelquefois le fléau de l'agriculture, en détruisant les semences ou les récoltes.

Ce petit animal habite de préférence les terres sèches et élevées, à cause de la facilité qu'il trouve à y établir son habitation. Rarement il se donne la peine de creuser lui-même son terrier, s’il trouve un trou de taupe ou de musaraigne à sa portée ; quelquefois même il s'empare d’un trou tout fait sous une souche d’arbre. Dans tous les cas, il arrange sa demeure pour l’approprier à ses habitudes. Pour cela, à un pied (0,325), plus ou moins, de l'entrée , il établit une première chambre, qui doit lui servir d'habitation ainsi qu'à sa famille. Il creuse tout à côté une autre chambre, qui devient son magasin. S'il se trouve une grande cavité dans un trou dont il se sera emparé, elle deviendra la chambre aux provisions et il se creusera son appartement à côté ; d'où il résulte que le magasin se trouve souvent beaucoup plus grand qu'il ne serait nécessaire pour son usage, ce qui ne l'empêche pas de travailler à récolter des grains jusqu’à ce qu'il soit plein. Ces grains ne peuvent pas être entièrement consommés par lui dans l’espace d’un hiver; ils pourrissent, et c’est autant de perdu pour lui et pour les cultivateurs. Heureusement que le mulot ne

ne

à RATS. 233

ramasse des graines de céréales que lorsque les fruits secs lui manquent dans les bois, et que le plus souvent il ne remplit ses greniers que de glands, de noisettes et de faines, dont il entasse plus d'un décalitre dans les années favorables. Il fait surtout un tort considérable aux semis forestiers, car il s’y rend par milliers pendant la nuit, suit exactement les sillons de la charrue, et déterre les glands ou autres graines un à un. Dès que les froids se font sentir, il se retire dans son trou, où il vit grassement de ses provisions, mais il n’en bouche pas l'entrée, et de temps à

tellement favorables à leur multiplication, qu'ils deviennent un véritable fléau pour des provinces entières. Ils ont pour ennemis les loups, les renards, les martres, les belettes et les oiseaux de proie.

Le RaT NAIN (WMus soricinus, Her. Le Rat à museau prolongé, de quelques naturalistes) a de l'analogie avec le rat des moissons, mais il en diffère par son museau allongé; son pelage est d’un gris jaunâtre en dessus, blanchâtre en dessous; ses oreilles sont orbiculaires et velues ; sa queue est aussi longue que son corps.

Le Mulot nain.

autre, quand il fait une belle journée , il en sort pour aller faire un tour à la campagne. Si l'hiver est très-long, que les mulots aient vidé leurs greniers, et que la famine se fasse sentir, les gros commencent par manger les petits qui habitent avec eux dans le terrier, puis, quand ils ont dévoré leur famille, ils sortent de leurs trous et vont attaquer leurs voisins. La guerre devient bientôt générale, et ils finissent par si bien s’entre-détruire les uns les autres, que l’on est quelquefois trois on quatre ans sans en voir dans des localités qui en étaient précédemment in-

Le RaT L'IsLaxDE (Mus islandicus, Tmiex.) a le pelage noirâtre sur le dos, gris sur tout le reste du corps, avec des taches jaunes sur les flancs ; la queue est presque nue, à écailles verticillées, et à peine plus longue que le corps. Il a été observé en Islande, par Thienemann.

Le RAT DES Moissoxs ( Mus messorius, Saw. — Desu.) a deux pouces trois lignes (0,061) de longueur, non compris la queue, qui est légèrement plus courte que le corps; son pelage est d’un gris de souris mêlé de jaunâtre en dessus, le dessous du corps et

Le Rat de Barbarie.

festées. Buffon a fait une singulière expérience sur la férocité vorace de ,ces petits animaux. «Nous ayons mis dans un vase, dit-il, douze mulots vivants; on leur donnait à manger à huit heures du matin. Un jour, qu’on les oublia d'un quart d'heure, il y en eut un qui servit de pâture aux autres: le lendemain ils en mangèrent un autre, et enfin, au bout de quelques jours, il n'en resta qu'un seul; tous les autres avaient été tués et dévorés en partie, et celui qui resta le dernier avait lui-même les pattes et la queue mutilées. » Le mulot pullule beaucoup, car la femelle fait plusieurs fois par an neuf à dix petits; mais il est des années

les pieds sont blancs. Il habite les champs cultivés et rocailleux, en Angleterre. Je le crois le même que le Mus minutus.

Le Srrxic ou Rar À BARBE (Mus agrarius, Paz. — Gui.) a deux pouces dix lignes (0,077) de longueur, non compris la queue, qui a un peu plus de la moitié de la longueur totale du corps; son pelage est d'un gris ferrugineux général, avec une ligne noire et étroite sur le dos. Il habite la Sibérie, la Russie et le nord de l'Allemagne, où, dans de certaines années, il commet beaucoup de dégâts dans les moissons.

Le Muror xaix (Wus campestris, Fr. Cuv. Le Mulot nain ou

Mulot des bois, Daus.) est un peu plus petit que le précédent; sa queue, plus longue que son corps , le dépasse de quatre lignes (0,009); les poils qui le couvrent sont d'un gris ardoisé à leur naissance , et fauves à leur extrémité; le dessous de son corps et ses quatre pieds sont blancs; ses moustaches sont noires. On le trouve dans toute l’Europe tempérée, comme en France, dans les champs, à proximité des villages. Ce pelit animal habite un terrier, mais, néanmoins, il fait son nid dans les hautes herbes des prairies ou dans les blés, quelquefois dans les buissons touffus. Dans tous les cas, ce nid est suspendu aux tiges des graminées ou des arbustes, à une hauteur suffisante pour n'être pas alteint par l'humidité de la terre, lors des pluies. Il a la forme d’une boule de la grosseur des deux poings, et il est tissu en herbes sèches, fines et solidement entrelacées. La femelle y pénètre par un très-pelit trou ménagé sur le côté; elle y met bas de cinq à sept petits.

Le Sixisran (Mus subtilis, Mus vagus et Mus betulinus, Pazz. Le Rat subtil et le Rat vagabond des naturalistes) a de l’analogie avec le rat fauve de Sibérie, Mus minutus, mais ses oreilles et sa queue sont plus longues; son pelage est fauve ou cendré en dessus, avec une ligne noire sur le dos; ses oreilles sont plissées, et sa quene est plus longue que son corps. Il a plusieurs variétés de pelage. Cette espèce, très-commune en Tartarie et en Sibérie, aime à se tenir sur les arbres, où elle grimpe avec facilité.

Le Rar Frauve (Mus minutus, Pazr. Le Rat ferrugineux de quelques naturalistes) est de moitié moins grand qu'une souris; son pelage est ferrugineux en dessus, blanchâtre en dessous; son museau est peu allongé, et sa queue est plus courte que son corps. Cette espèce habite les champs cultivés, en Russie et en Sibérie, et s’assemble en grand nombre sous les gerbes de blé.

Le RAT A QUEUE BICOLORE (Aus dichrurus, Rarix. Le Rat de Sicile des naturalistes) a huit pouces (0,217) de longueur; son pelage est fauve, mélangé de brunâtre en dessus et sur les côtés; la tête est marquée d’une bande brunâtre; le ventre est blanchâtre; sa queue, de la longueur de son corps, est annelée, ciliée, brune en dessus, blanche en dessous et un peu tétragone. On le trouve dans les champs cullivés, en Sicile.

Le Rar GÉANT (Mus giganteus, Harpw. — Desm. Aus selifer, Horse. Mus malabaricus, PENN.) a treize pouces (0,552) de longueur, non compris la queue, qui est de même longueur; son pelage est d’un brun obscur en dessus, gris en dessous, avec les pattes noires ; la queue est légèrement couverte de poils. Il habite les champs cultivés, près des habitations, au Bengale, au Malabar et à Java. Il vit dans des terriers et se nourrit autant de fruits que de graines.

Le Rar pe Java ( Mus javanus, Des.) est de la taille d’un surmulot ; son pelage est d'un brun roux en dessus, avec les pieds blancs; sa queue, plus courte que le corps est assez velue, Il habite l’île de Java.

Le Rar pe Sumarra (Mus sumatrensis, RAFFLES) a dix-sept pouces de longueur (0,460), non compris la queue qui en a six (0,162), et qui est écailleuse, nue, terminée en pointe mousse; son pelage est roide, d'un gris brun sur le dos; sa tête est courte, d'une teinte plus claire. Cette espèce habite Sumatra; elle vit dans les haies de bambous, dont elle mange les racines. Il appartient au genre Rhizomys, Gray, ou Nyctoleptes, Te.

Le Caraco (Mus caraco, Parc. — Des.) est à peu près de la taille du surmulot; son pelage est d’un gris foncé mélangé de roussâtre sur le dos, plus clair sur les flancs, d’un cendré blanchâtre en dessous; ses pieds sont à demi palmés, d’un blanc sale. Il habite Ja Sibérie et la Mongolie, Pendant la belle saison il se plaît sur le bord des eaux, mais en hiver il se retire dans les habitations.

Le RarT À BANDES (WMus lineatus, Evers.) est d’un brun gris en dessus, d’un gris clair en dessous; ses oreilles sont d'un gris jaune, avec une grande tache noire près de chacune; il a sur le

dos une ligne étroite, noire, depuis la nuque jusqu’à Ja queue; et deux autres lignes latérales moins foncées et un peu obliques; sa queue est aussi longue que son corps. IL habite entre Orembourg et Bukkara, sur le bord des ruisseaux.

Le Rar 6 L'Iipe (Mus indicus, Georr. — Des.) a les oreilles grandes, presque nues; sa taille est à peu près celle d’un surmulot; son pelage est d’un gris roussâtre en dessus, et grisàtre en dessous; sa queue est un peu moins longue que son corps. Cette espèce se trouve à Pondichéry.

Le Par D'ALEXANDRIE (Mus alexandrinus, Grorr. — Desu. Acanthomys alexandrinus, Less.) est d’un gris roussâtre en dessus, cendré en dessous; les poils les plus longs de son dos sont aplatis, fusiformes, striés sur une de leurs faces ; sa queue est d’un quart plus longue que le corps. Il habite l'Égypte.

Le Rar pe Doxavan (Mus Donavani, Less.) a le pelage d’un fauve noir, varié de cendré, avec trois raies plus claires sur le dos; sa queue est d’une longueur médiocre, légèrement pointue. Il se trouve au cap de Bonne-Espérance.

Le RaT strié (Mus striatus, Lis. Mus orientalis, Sera) est un peu plus pelit qu'une souris; son pelage est d'un gris roux en dessus et marqué d’une douzaine de lignes longitudinales blanches, avec quelques petites taches de la même couleur ; sa queue est de la longueur de son corps. On le trouve aux Indes orientales.

Le Rar DE BaRBaRIE ( Mus barbarus, Lix.).

Cette jolie espèce se distingue aisément des précédentes en ce qu'elle n’a que trois doigts aux pieds de devant, ce qui a fait douter quelques naitralistes qu'elle appartint au genre rat. Elle esi d’une taille un peu plus petite qu'une souris; son pelage est brun en dessus, marqué de dix lignes longitudinales blanchâtres, On Ja trouve dans toute l'Afrique septentrionale.

L'Axcouya (Mus angouya d'Azara. Mus brasiliensis, GEOFr., non Desw.) a les oreilles moyennes, arrondies ; son pelage est d’un brun fauve en dessus, blanchâtre en dessous, mais plus clair sous la tête et plus foncé sous la poitrine; sa queue est un peu plus longue que son corps. On le trouve au Paraguay.

Le Rar a crosse mère (Mus cephalotes, Des.) a le museau court et la tête extrêmement grosse; son pelage est brun en dessus, plus clair sur les côtés, et d'un blane un peu fauve en dessous; sa queue est de même longueur que son corps. Il habite le Paraguay et se creuse des terriers dans les champs cultivés,

Le Rar pu Brésie (Mus brasiliensis, Desu.) ressemble au rat commun dont il a la taille, mais ses oreilles sont moins longues et sa tête est plus courte; son pelage est ras et doux, d’un brun fauve sur le dos, fauve sur les flancs, et gris en dessous; ses moustaches sont noires; sa queue est un peu plus longue que son corps. On le trouve au Brésil.

Le Rar roux (Mus rufus, Azara) est d'un fauve roussâtre, plus foncé et plus terne sur le dos et sur la tête; le ventre est jaunâtre; la queue a plus de moitié de la longueur du corps. Cette espèce vit sur Je bord des eaux, au Paraguay.

Le Pizoris (Mus pilorides, DEsm.) est un peu moins grand que le surmulot ; son pelage est d'un beau noir brillant; son menton, sa gorge et la base de sa queue sont d’un blane pur. Il habite les Antilles.

Le Rar pes CariNGas (Mus pyrrorhinos, Wiep pe NeuWIED) est de la grosseur d'un lérot; ses oreilles sont grandes et presque nues; son pelage est d’un gris brunâtre sale; le nez, les cuisses et la base de la queue sont d'un rouge brun; sa queue est Lrès— longue. Il se trouve au Brésil, et loge souvent dans la partie in= {érieure du nid de la fauvette à front roux, tandis que cet oiseau en habite tranquillement la partie supérieure: Tous deux vivent en fort bonne intelligence.

Le Rar orerzanD (Mus auritus, Des.) est remarquable par la longueur de ses oreilles et la grosseur de sa tête; son pelage est

oo

d’un gris de souris en dessus, blanchâtre en dessous; la queue est plus courte que le corps. Il se trouve dans les pampas de Buenos-Ayres.

Le RaT AUX TARSES NOIRES (Mus nigripes, DES.) a la tête grosse, mais les oreilles courtes et arrondies; il a cinq pouces onze lignes (0,160, de longueur, en y comprenant la queue, qui est plus courte que le corps; son pelage est d’un brun fauve en dessus, blanchâtre en dessous; les pattes sont d’un noir très-foncé à leur extrémité, On le trouve dans les champs cultivés, au Paraguay.

Le Laucua (Mus laucha, Des.) est d’une couleur plombée en dessus, blanchâtre en dessous; sa tête est peu large, son museau pointu, et ses moustaches sont fines et noires; sa queue est un peu plus courte que son corps, et ses tarses sont blancs en dessous.

Le Rar NorraTRE (Mus nigricans, RarIN. — DEsx.) n’est probablement rien autre chose que notre Mus rattus. Il a six pouces (0,162) de longeuur ; son pelage est noirâtre en dessus, gris en dessous ; sa queue est noire, plus longue que son corps. Il habite l'Amérique septentrionale.

Le Rar aux r1Eps BLancs (Mus leucopus, RAFIN.) a cinq pouces (0,153) de longueur, non compris la queue; son pelage est d'un fauve brunâtre en dessus, blane en dessous; ses oreilles sont larges ; sa tête est jaune ; sa queue, aussi longue que son corps, est d'un brun pâle en dessus et gris en dessous, Il se trouve aux États-Unis.

Les espèces qui suivent ont des poils épineux.

Le PercHaL (Mus perchal, Gui. Echymis perchal, Georr. Le Rat perchal, Burr. Acanthomys perchal, Less.) a quinze pouces (0,406) de longueur, non compris la queue, qui en a neuf (0,244); ses oreilles sont nues : son pelage est en dessus d’un brun roussâtre, un peu plus pâle à la tête, parsemé de poils roides; le dessous est gris, et les moustaches sont noires. Cette espèce habite les maisons à Pondichéry, où on lui fait la chasse moins pour le détruire que pour le manger, car sa chair est fort estimée.

La Souris vu Caire (Wus cahirinus, Georr. Acomys cahirinus , Is. Georr.) a quatre pouces de longueur (0,108), non compris la queue, qui en à autant; son pelage est d’un gris cendré uniforme, composé de poils roides et un peu épineux sur le dos, plus clairs et plus doux sur les côtés. On la trouve en Égypte.

24e Genre. Les LOIRS (Myoæœus, Gui.) ont vingt dents, savoir : quatre incisives, point de canines; huit molaires en haut et huit en bas, simples, à lignes transversales saïllantes et creuses; ils ont cinq doigts aux pieds de derrière, quatre doigts et un rudiment de pouce aux pieds de devant; leurs poils sont très-doux et très-fins ; leur queue est très-longue, tantôt fort touffue et ronde, quelquefois aplatie et à poils distiques, enfin d’autres fois floconneuse à l'extrémité seulement. Ce sont les seuls rongeurs qui manquent de cœcum.

Le Lorr commun (Myoxus glis, Gui.) a un peu plus de six pouces (0,162) de longueur, non compris la queue, qui est touffue et très-fournie; son pelage est d'un gris brun cendré en dessus, blanchâtre en dessous, avec du brun autour de l'œil. Il habite les pays montueux et boisés de l’Europe, jusqu'en Laponie, et cependant on ne le trouve ni en Angleterre ni, je crois, dans le nord de la France.

Ce joli petit animal est extrêmement farouche, et ne s’appriyoise jamais. Il a les mêmes habitudes que l’écureuil ; comme lui, il n'habite que les forêts, grimpe sur les arbres, saute de branche en branche, quoique moins légèrement, se nourrit de chàtaignes , de faines, de noiseites et autres fruits sauvages. Il se loge dans les troncs d'arbres ou les trous de rochers, où il se fait, avec un peu d'art, un lit de mousse et de feuilles sèches. Il amasse aussi dans son trou une provision de fruits pour se nourrir lhiver, mais seulement quand la saison est douce, car lorsqu'il fait froid il est plongé dans un sommeil léthargique, comme la mar-

motte. Il sort de son engourdissement de temps à autre, lorsque le soleil a suffisamment réchauffé l'atmosphère, et alors il lui arrive quelquefois de sortir de sa retraite pour aller faire un tour à la campagne. Dès que le froid reprend, il rentre, s'enfonce dans son nid de mousse, se roule le corps en boule, et retombe dans un état presque complet d'insensibilité, Ordinairement, pendant l'hiver, les loirs se réunissent plusieurs ensemble dans le même trou , et dorment pressés les uns contre les autres pour se communiquer réciproquement un peu de chaleur. Rarement cet animal descend à terre; il ne se borne pas à une nourriture purement végétale, et, quand il en trouve l’occasion, il mange fort bien les petits oiseaux qu'il peut surprendre sur leur nid, et leurs œufs. Les loirs s’accouplent au mois de mai et de jujn, ils font leurs petits en été, et les portées sont ordinairement de cinq. Ce sont des animaux très-courageux, qui ne craignent ni la belette ni les petits oiseaux de proie; leurs ennemis les plus dangereux sont les martes et les chats sauvages.

Les Romains mettaient les loirs au nombre des aliments de luxe, que les gastronomes riches pouvaient seuls se permettre. Ils avaient établi des sortes de garennes où ils élevaient et en— graissaient ces animaux, comme nous faisons aujourd'hui des lapins, et ils y mettaient une telle importance, que Varron a donné une méthode très-détaillée sur l'éducation des loirs et sur l'art de les engraisser. Apicius nous a aussi laissé d'excellents documents sur l’art d'en faire des ragoüts; mais, malgré la haute Yénéralion que nos pères avaient pour les auteurs anciens, ces préceptes sont restés pour eux et pour nous de simples théories, que personne n'est tenté de mettre en pratique. Cette répugnance que l’on a pour manger des loirs vient, sans aucun doute, de la grande ressemblance qu'ils ont avec les rats, car leur chair, sans étre excellente, n’est réellement pas mauvaise, et a une grande analogie avec celle des cochons d'Inde et des rats d’eau. Les Ilaliens, probablement moins difficiles que nous, mangent encore ces animaux ayec grand plaisir, et voici comment ils se les procurent. Au commencement de l'automne, on creuse, en terrain sec, dans les bois, des petites fosses que l’on tapisse de mousse et que l’on recouvre de paille : on y jette préalablement une bonne quantité de faîne. Les loirs, alléchés par ces fruits, s'y rendent en grand nombre, s’y établissent et s'y engourdissent ; vers la fin de l'automne, on va les y chercher, et c’est alors qu'ils sont le plus gras et que leur chair est excellente.

Le Léror (Myoæus nitela, Gui. Mus quercinus, Lix. Le Lérot, Burr.) est un peu moins grand que le loir, el n’a guère que cinq pouces (0,155) de longueur, non compris la queue; son pelage est d’un gris fauve en dessus, blanchâtre en dessous; son œil est entouré par une tache noire, qui s'étend, en s’élargissant, jusque derrière l'oreille ; sa queue est longue, garnie de poils ras, puis terminée par une épaisse touffe blanche, Il habite dans tous les climats tempérés de l’Europe, et il n'est que Lrop commun en France, où il fait le désespoir des jardiniers.

Le lérot, que les cultivaleurs appellent quelquefois loirot ou loir, est le fléau de nos vergers, de nos jardins, et surtout de nos espaliers de péchers. Il ne se contente pas de manger la quantité de fruits nécessaire à sa nourriture, il en entame un grand nombre avant de se déterminer à en manger un, d'où il résulte qu'il fait de grands dégâts sans bénéfice pour lui. Il n'habite pas les bois, comme le loir, mais nos plantations d'arbres fruitiers, et quelquefois même nos habitations. Il établit son domicile dans un terrier, dans un trou d'arbre, et plus souvent dans les crevasses d’une vieille muraille, Il y porte de la mousse, du foin et des feuilles sèches pour y construire son nid, dans lequel la femelle fait en été cinq ou six petits qui croissent promptement , mais qui ne produisent que l'année suivante, Lorsque l'hiver approche, ils se réunissent sept à huit dans le même nid , se roulent le corps en boule et s’engourdissent les uns contre les autres. Comme les loirs, ils font des provisions qu’ils consomment pen-

dant les temps doux pour se rendormir dès que le froid revient. Ces provisions consistent en amandes , noisettes, noix et graines de légumineuses, quand ils ne trouvent pas mieux; du reste, leurs habitudes sont absolument celles des loirs. Le lérot ne sort guère de sa retraite qu’à la nuit tombante ; extrêmement agile pour grimper contre les murs les plus unis, et descendant rarement à terre, il est peu exposé à être surpris par les chats, qui d’ailleurs ne se soucient pas de l’attaquer, parce qu'ils ne le mangent pas et l’abandonnent après l'avoir étranglé, peut-être aussi parce qu'il se défend avec un courage furieux.

Le Lorr pu SÉNÉGAL (Myoæus Coupeii, Fr. Cuv. Myoxus africanus, Suaw.) est plus petit que notre lérot; les pattes sont blanchâtres, les oreilles un peu ovales; son pelage est d'un gris clair,

Le Loi DE Sicice ( Myoæœus Siculæe, Less. Musculus frugivorus, Rar.) a les oreilles nues et arrondies; la queue cylindrique, ciliée et brune; son pelage est d’un roux brunâtre, parsemé de longs poils bruns en dessus ; le dessous est blanc. Il habite la Sicile, où les habitants estiment beaucoup sa chair, et il niche sur les arbres. Il appartient au genre Mus.

Le MuscarniN (Myoxmus muscardinus, GuL. Mus avellanarius, Lin. Le Croque-noix, Briss.) est à peu près de la grosseur d'un mulot ou d'une souris. Son pelage est d’un fauve clair en dessus, presque blanchâtre en dessous; sa queue, presque de la longueur du corps, est aplatie horizontalement et formée de poils distiques. Il habite toute l’Europe.

Cette jolie miniature de l’écureuil n’habite guère que les forêts,

Le Loir commun.

légèrement jaunâtre en dessus et sur la queue; les joues et les mâchoires sont d’un blanc pur; le dessous du corps est blanchàtre. Il habite le Sénégal, et se trouve assez souvent dans les maisons.

Doit-on regarder comme de simples variétés ou comme des espèces les deux individus suivants ?

Le Murs (Myoxus murinus, Desx.). Il ne diffère du précédent que par son pelage d’un cendré noirâtre, nullement roussâtre. Il habite le cap de Bonne-Espérance.

Le Perir Lom (Myoæus minor) est un peu plus petit que le précédent; son pelage est d’un cendré noirâtre en dessus et d’un blanc beaucoup plus pur en dessous. Du reste, il ressemble au précédent, mais il habite le Sénégal.

Le Loi pryane (Myoæus dryas, Scures. — Des.) est d’un gris fauve en dessus et d'un blanc sale en dessous ; son œil est entouré d’une tache obscure qui se prolonge vers l'oreille; la queue est entourée de grands poils distiques à sa base. Peut-être, comme le pensait G. Guvier, n'est-ce qu'une variété du loir commun, mais je ne crois pas que ce soit un lérot à queue écourtée, comme Y'a dit Fr. Cuvier. Il habite les forêts de la Géorgie et de la Russie.

Le Décu (Myoœus degu, Less. Sciurus degus, Gr.) pourrait bien ne pas appartenir à ce genre. Sa taille est petite ; son pelage d'un blond obscur, avec une ligne noirâtre sur l'épaule. Il ne s’'engourdit pas l'hiver et se loge dans des terriers. Il habite le Chili. Est-ce un loir, un tamia ou un campagnol?

surtout celles où les noisetiers sont abondants, parce qu'il fait sa principale nourriture de leurs fruits. 11 loge et s’engourdit dans les vieux troncs d'arbres et les trous de murailles, mais il fait son nid sur les buissons de noiïsetiers, entre les branches basses, avec des herbes entrelacées; il lui donne environ six pouces de diamètre (0,162), et ne laisse pour y entrer qu'une ouveriure dans le haut. C’est là que la femelle met bas et allaite trois ou quatre petits, qui abandonnent le nid pour toujours aussitôt qu'ils sont assez forts pour pourvoir eux-mêmes à leurs besoins. Aussitôt que le froid se fait sentir, ils se retirent dans un trou d'arbre où ils ont amassé une provision de noisettes, et ils s’y engourdissent à la manière des loirs. On prétend qu’en Italie se trouve une espèce ou variété de muscardin à odeur de muse; celui de France ne sent rien, et se trouve quelquefois dans nos jardins quand il y a une plantation de noisetiers.

95e Genre. Les ÉCHIMYS (Æchimys, Grorr.) ont vingt dents, savoir : quatre incisives, pas de canines , huit molaires en haut et en bas, simples, à couronne présentant des lames transverses, réunies deux à deux par un bout ou isolées; ils ont cinq doigts aux pieds de derrière, quatre doigts aux pieds de devant avec un moignon de pouce; leur queue est très-longue, écailleuse, presque nue, leurs poils, surtout ceux des parties supérieures, sont en forme de piquants aplatis, carénés sur une de leurs faces, creusés en gouttière de l’autre, et terminés par une soie Irès-fine.

L'Anxcouya-y-Bicoin (Echimys spinosus, Desu. L'Echimys roux, G. Cuv. Le Rat épineux, AzaRa) a sept pouces (0,189) de longueur, non compris la queue, qui en a trois (0,081), et qui est couverte de poils courts, assez fournis pour cacher les écailles; son pelage est d'un brun obscur, mélangé de rougeàtre en dessus et d’un blanc sale en dessous; les poils du dos sont entremélés de piquants très-forts. Cet animal habite le Paraguay et vit solitairement dans des terriers qu'il se creuse dans les savanes, sur le bord des rivières, mais dans des situations assez élevées pour

queue, qui en a quatorze et demi (0,393). Son pelage est brun, mêlé de gris et de jaunâtre en dessus ; ses flancs sont roussâtres ; les poils sont secs et rudes, mais non pas précisément épineux ; les deux doigts du milieu des pieds de devant sont plus longs que les autres et ont des ongles plats; les cinq doigts des pieds de derrière sont armés d'ongles longs et crochus; toute la queue est écailleuse et nue. Il habite l'Amérique méridionale.

L'Écuimys À AIGUILLONS (Echimys hispidus, GEorr.— Des.) a sept pouces (0,189) de longueur, non compris la queue, qui en a

Le Lemming.

que les inondations ne puissent pas le surprendre. L'entrée de son terrier s'enfonce à peu près verticalement à huit pouces. (0,217) de profondeur, puis ensuite une galerie s'étend parallèle-" ment à la surface du sol à quatre pieds (1,299) de distance. Ces trous sont quelquefois si rapprochés, qu'il est dangereux de parcourir les savanes sans précaution. Du reste, il paraît que les habitudes de cet animal ont beaucoup d'analogie avec celles de nos rats.

L'Écumys nupré (ÆEchimys cristatus, Grorr. — Des. Hystrix

autant, et qui est annelée et entièrement écailleuse ; son pelage est d’un brun roux, plus clair en dessous, avec beaucoup de poils épineux très-roides sur le dos ; sa tête est roussâtre. Il habite l'Amérique méridionale.

L'Écumys soyeux ( Echimys setosus, GEorrF. — Des.) a environ six pouces (0,162) de longueur, non compris la queue, qui en à sept (0,189); son poil est soyeux, très-peu mélangé d’épines, roux sur le corps, blanc en dessous; ses pieds sont blancs; ses tarses postérieurs sont fort longs, avec les trois du milieu pres-

chrysuros, Scur. Le Lérot à queue dorée, Burr.) a neuf pouces et demi (0,258) de longueur, non compris la queue, qui a un pied (0,325). Son pelage est marron en dessus ; sa tête est d’un brun foncé, avec une ligne étroite, blanche, sur le front ; la queue est noire, blanche ou jaune à son extrémité; il a sur le dos des poils roides et plats, longs d’un pouce (0,027). Il habite Surinam, et ses mœurs sont inconnues.

L'Écmys pacryLIN (Echimys dactylinus, Grorr. — Desx.) a un peu plus de dix pouces (0,271) de longueur, non compris la

que égaux entre eux. Îl habite l'Amérique, mais j'ignore quelle partie.

L'Écumys DE CAYENNE (Echimys cayennensis, GEOFF. — Des.) a environ six pouces (0,162) de longueur, non compris la queue. Son pelage est d’un roux passant au brun sur le milieu du dos; tout le dessous du corps est d’un beau blanc; les piquants manquent sur la tête, et sont entremêlés, sur le dos, de poils annelés de roux, de fauve et de brun à la pointe ; ses tarses et ses doigts postérieurs son comme dans le précédent. Il résulte de cette

conformation “que ces deux espèces doivent avoir sur les autres une grande supériorité à la course et au saut. Il habite l'Amérique méridionale.

L'Écumys moecpnoïne (Echimys didelphoïdes, Grorr. — Des.) a environ cinq pouces (0,155) de longueur non compris la queue, qui en a autant : celle-ci est couverte de poils à sa base et nue sur le reste de sa longueur; le pelage est brun sur le dos, plus clair sur les flancs, jaunâtre en dessous; les piquants, qui n'existent qu'au dos et à la croupe, sont annelés de brun foncé et de roux. Il habite l'Amérique méridionale.

25e Genre. Les LEMMINGS (Georychus, ILciG.) ont seize dents, savoir : quatre incisives ; pas de canines; six molaires en haut et en bas, composées, à couronne plane, présentant des lames émailleuses, anguleuses ; les oreilles sont très-courtes, ainsi que la queue, qui est velue; ses pieds de devant ont tantôt cinq doigts, tantôt quatre, toujours munis d'ongles propres à fouir la terre. Tous ces animaux ont des mœurs intéressantes, dont lés voyageurs se sont préoccupés. ;

Le LEmuinG (Georychus norvegicus. — Hipudæus norvegicus, Desu. Mus lemnus, Lin. Le Lemming, Burr. — G. Cuv. Le Lapin de Norvége, Briss.) est de la grandeur d'un rat; il a cinq doigts aux pattes de devant; son pelage est agréablement varié de noir et de jaune sur le dos; le ventre et les flancs sont blancs. Il habite les montagnes de la Norvége.

Ce joli petit animal vit dans un terrier au fond duquel il se creuse une chambre dans laquelle il élève sa famille; mais il n’y fait pas de magasin et n’y amasse point de provisions. Sa nourriture consiste en lichens pendant l'hiver, en herbes dans la belle saison, et probablement en racines lorsqu'il fouille la terre. Par un instinct inexplicable, ces animaux connaissent à l'avance quand il doit y avoir un hiver rigoureux, qui ne leur permettrait plus de remuer le sol glacé ni de trouver leur nourriture dans leur contrée natale , et alors ils se préparent à émigrer pour aller dans des pays plus favorisés. On a observé plusieurs fois chez eux cet étonnant pressentiment, et surtout en 1742. Cette année-là l'hiver fut très-rigoureux dans le cercle d'Uméa, et beaucoup plus doux dans celui de Lula, quoique plus au nord : ils émigrèrent à l'avance du premier et non de l’autre. Il résulte de cette prévision, que leurs émigrations ne sont ni annuelles ni périodiques, et que souvent il n'y en a qu'une dans l’espace de dix ans, tandis que d’autres fois il y en a deux ou trois dans le même espace de temps. Quand ils se préparent à partir, la population d'une contrée entière se rassemble par un merveilleux accord, et leur troupe innombrable se forme en colonnes parallèles et se met en marche en ligne droite, sans qu'aucun obstacle puisse la détourner ni à droite ni à gauche. Rencontrent-ils une montagne, ils la franchissent en la gravissant; une rivière ou un bras de mer, ils les passent à la nage; et si le vent vient à s'élever pendant cette traversée, des milliers de ces animaux sont submergés ; leurs cadavres , rejetés en monceaux sur le rivage, empoisonnent l'air au point d’occasionner des maladies épidémiques dans les villages voisins. Ils marchent la nuit, font halte pendant le jour, et malheur à l'endroit où ils s'arrêtent, car, en quelques heures, jardins, moissons, récoltes de toute espèce, verdure, tout est détruit, et le sol reste nu et rasé comme si le feu y avait passé. Heureusement qu'ils respectent les habitations et ne pénètrent ni dans les maisons, ni même dans les cabanes. Aussi courageux que dévastateurs , ils se défendent avec fureur contre toutes les agressions, soit de Ja part des animaux, soit de la part de l'homme; ils cherchent à s’élancer à la figure de celui qui le attaque, ils mordent le bâton qui les frappe, la main qui les menace, et une fois qu'ils ont saisi avec les dents, ils ne lâchent plus qu'en mourant. Dans leur colère, selon Scheffer, « ils vont au-devant de ceux qui les attaquent, crient et jappent presque tout de même que des petits chiens. »

Les lemmings ne s’expatrient pas pour aller établir ailleurs des colonies, mais simplement pour trouver à vivre pendant l'hiver, et retourner ensuite dans leur pays. Ces bandes prodigieuses, qui, au départ, couvraient la terre d'individus serrés en phalanges, sont tellement diminuées au retour, qu'à peine s’aperçoiton de leur passage. Les renards, et une foule d’autres petits mammifères carnassiers, les suivent dans leurs migrations et s’en nourrissent exclusivement; les oiseaux de proie en détruisent aussi un grand nombre; et la fatigue, les intempéries, les naufrages et la faim, font périr une grande partie de ceux qui restent; c’est à peine si la centième partie de la troupe peut regagner sa terre natale. Du reste, leur passage est regardé par les habitants du pays qu'ils parcourent comme un fléau terrible, et dont il est impossible de se délivrer. Comme leur apparition est subite, et que le peuple ne sait d’où üs viennent, il s’imagine qu'ils tombent du ciel avec la pluie.

Le Lemune pe Laponie (Georychus laponicus) est un tiers plus petit que le précédent ; son pelage est d’un fauve brun sur le dos, jaunissant sur les flancs, et blanchâtre sous le ventre. Quelques naturalistes ne le regardent que comme une variété du précédent, quoiqu'il n’en ait ni la taille, ni les formes, ni la couleur, ni les mœurs, et qu'il ne se trouve pas dans les mêmes contrées. Il habite la Laponie russe, où l’autre ne se trouve jamais, et il est commun dans les régions voisines de la mer Blanche et de la mer Glaciale, jusqu'à l'Obi. Il émigre aussi, tantôt vers Le Petzora, tantôt vers l'Obi, et de la même manière que le précédent. Son terrier, au lieu de n’avoir qu'une chambre, en à plusieurs qui lui servent de magasins, et il y amasse des provisions consistant en lichen des rennes (Lichen rangiferinus).

Le LEMMING DE LA BAIE D'Hupson (Georychus hudsonius.— Hipudœus hudsonius, Less. Mus hudsonius, Pac. Le Rat du Labrador) est de la grosseur d’un rat; il a cinq pouces (0,155) de longueur, et le mâle est'un peu plus grand que la femelle; il manque de

queue et d'oreilles apparentes, et ses pieds de devant n’ont que

quatre doigts avec un rudiment de pouce; son pelage est uniformément d'un gris perle. Il habite l'Amérique septentrionale.

Le LEMMING À COLLIER (Georychus torquatus. — IHipudœus torquatus, Less. Mus torquatus, PaLL.) a le pelage ferrugineux, avec une ligne noire sur le dos et un collier blanc autour du cou, interrompu en dessous ; ses oreilles sont très-courtes; ses pieds de devant ont cinq doigts armés d'ongles médiocrement forts, excepté le pouce, qu'il a court, arrondi, ou nul. Il habite la Sibérie et émigre aux mêmes époques que les lemmings. .

Le Lacure (Georychus lagurus.— Hipudœus lagurus, Less. Mus lagurus, Pazx. Le Lagure, Nico »’Azyr) est plus pelit que notre campagnol ordinaire ; sa longueur est de trois pouces huit lignes (0,099); il n'a qué quatre ongles aux pieds de devant, et sept vertèbres à la queue; son pelage est d'un gris cendré, avec une ligne noire sur le dos, mais il manque de collier, Il vit en grandes troupes dans les steppes de la Tartarie et de la Sibérie, et il est surtout nombreux dans le désert d'Irtisch, où croît en abondance l'iris nain (/ris pumila) dont il mange les racines. Quoique le plus petit des lemmings, il est courageux et fort, et ne craint pas d'attaquer les plus grandes espèces de son genre, pour les manger; aussi aucunes d'elles n'ose habiter les cantons où il a établi sa demeure. Les mâles se font entre eux une guerre à outrance, et le plus fort, après avoir dévoré ses rivaux, s'empare des femelles pour peupler son harem.

Le TauriN (Georychus talpinus. — Mus talpinus, Parc. Le Petit Spalar, Excycr.) a cinq doigts à tous les pieds ; sa première molaire est la plus longue ; son pelage varie du gris jaune au brun noir, avec l'âge; la femelle a six mamelles. Il habite les bassins méridionaux de l'Oural, et ne se trouve pas à l'est de l'Obi. Cet animal se creuse un terrier comme la taupe, près de la surface du gazon, et, comme elle, il élève de petites buttes de terre le long de ses longues galeries et de distance en distance. Il ne sort ja-

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mais de sa retraite que pour aller chercher sa femelle, ou changer de canton; il se nourrit de racines, et principalement des petits tubereules du phlomis tubéreux.

96e Genre. Les CAPROMYS (Capromys, Desu. Isodon, GEOrr.) ont vingt dents, savoir: quatre incisives , dont les inférieures peu comprimées sur les côtés; point de canines; huit molaires en haut et en bas, prismatiques , ayant leur couronne traversée par des replis d'émail qui pénètrent assez profondément, et qui sont semblables à ceux qu'on voit sur la couronne des molaires des castors; les pieds de devant ont quatre doigts avec un rudiment de pouce; la queue est ronde, conique, écailleuse; les membres sont forts, robustes et assez courts. Ce genre semble être intermédiaire entre les rats et les marmoltes.

Le Cnémi (Capromys Furnieri, Desm. Isodon pilorides, Sax. L'Agutia congo des créoles de Cuba; peut-être le Racoon de Browxe) est de la grosseur d’un moyen lapin; il a un peu plus d’un pied (0,525) de longueur, non compris la queue, qui a six pouces (0,162); sa marche est plantigrade, et les cinq doigts des pieds de derrière sont fortement onguiculés ; son pelage est grossier, d'un brun noirâtre, lavé de fauve obscur dans les parties supérieures; la croupe est rousse ; les patles et le museau sont noirâtres.

Le chémi habite l'ile de Cuba, vit dans les bois, et grimpe aux arbres avec la plus grande facilité. Il a peu d'intelligence, mais il est curieux, joueur et d’un caractère fort gai. Sans être positivement un animal nocturne, il est plus éveillé pendant le crépuscule que le jour; il a l'odorat excellent, et, lorsqu'il se croit menacé d’un danger, il se dresse sur ses pieds de derrière, comme un kangourou, et fait mouvoir ses narines pour flairer le vent et prendre connaissance de l’objet qui l’'inquiète. Alors il fait entendre un petit cri aigu analogue à celui des rats pour appeler ses camarades et les avertir de prendre la fuite. Quand, au contraire, il éprouve un sentiment de salisfaction, soit en mangeant quelque chose qui flatte son goût, soit en s'étendant mollement au soleil dans une voluptueuse quiétude, il fait entendre un petit grognement très-doux et fort bas. Sa nourriture consiste uniquement en substances végélales, et il aime surtout les bourgeons d'arbres et les jeunes écorces. Comme la plupart des autres rongeurs, les chémis prennent et portent à leur bouche leur nourriture aver les deux pattes de devant, mais souvent aussi ils ne se servent pour cela que d'une seule main, ce qui leur donne une physionomie fort originale. Du reste, cet animal est d'un caractère fort doux.

L’AGuria caravauLr, où Uria (Capromys prehensilis, PoErixG) a vingt-trois pouces de longueur (0,625) ; sa tête ; la plante de ses pieds et les ongles, sont blancs; son pelage est mou, épais, ferrugineux mêlé de gris; sa queue est gréle, de la longueur du corps, nue à son extrémité. Il habile Cuba, où il est assez rare. Cet animal, lourd et paresseux, grimpe cependant aux arbres avec la plus grande facilité ; il aime à se pendre à leurs branches et à se cacher dans leur feuillage. Lesson en fait le type de son genre Mysateles.

27° GENRE. Les CAMPAGNOLS (Arvicola, LacÉe.) ont seize dents, savoir : quatre incisives ; point de canines; six molaires en haut el six en bas, composées, à couronne plane, offrant des lames émailleuses, anguleuses; oreilles assez grandes; pieds de devant pourvus d'ongles médiocres ; queue à peu près de la longueur du corps, velue, ronde ; huit à douze mamelles.

Le RAT p’Eau (Arvicola amphibius, Des. Mus amphibius, Lin. Mus aquaticus, Raï et Briss. Mus marinus, ÆLIAN.) est un peu plus grand que le rat ordinaire, d’un gris brun foncé; sa queue est d’un tiers plus courte que son corps, et il n’a que l'ongle de visible aux pieds de devant; ses oreilles sont nues, presque cachées dans le poil de sa tête; les quatre pieds sont nus et écailleux.

Le rat d’ean se trouve dans toute l'Europe, le nord de l'Asie et de l'Amérique, mais avec quelques modifications qui tiennent au climat. Par exemple , en Sibérie il est plus grand qu'en Europe, et d'autant plus qu'on s'avance davantage vers le nord; ceux que l’on trouve à l'embouchure de l'Obi et du Jenisey sont assez grands pour que l’on puisse employer utilement leur fourrure, qui, d'ailleurs, n'a pas une grande valeur. Partout les mäles sont plus grands que les femelles et d'ané couleur plus foncée. Le rat d’eau ne quitte jamais le bord des eaux douces, et s'il s'en éloigne quelquefois, c'est d’une cinquantaine de pas au plus. Au moindre danger qui le menace, il y revient, se jette dans les ondes, plonge, et gagne son trou en nageänt entre deux eaux. Ce trou consiste en un boyau parallèle au sol, peu profond, et ayant plusieurs issues. La femelle y met bas, au mois d'avril, six ou sept petits qu'elle soigne avec tendresse, et elle ne les laisse sortir de sa retraite que lorsqu'ils ont atteint au moins la moitié de leur grosseur. Buffon accuse ces animaux de ne se nourrir que de poissons et de reptiles, et de faire du tort aux étangs et aux rivières en détruisant le frai des carpes, brochets, barbeaux, etc. Le vrai est que les rats d'eau ne mangent que des matières végétales, et entre autres les racines et les graines des plantes de la famille des typhacées; si quelquefois ils se permettent une nourriture animale, elle consiste purement en quelques insectes et leurs larves ; quant aux poissons, grenouilles et autres animaux aquatiques, ils n'y touchent jamais. Dans certains pays on mange sa chair, qui n’est pas mauvaise, et peut être comparée à celle du cochon d'Inde. Entre l'Obi et le Jenisey on trouve une variété, ou peut-être une espèce de cet animal, qui diffère de notre rat d'eau par une grande tache blanche qu'elle a entre les épaules, et une raie de la même couleur sur la poitrine,

Le Scnemmauss (Arvicola paludosus. — Mus paludosus, Lin, Arvicola argentoratensis, Des. Le Scherman, Burr.) est plus petit que le précédent, à tête remarquablement plus ramassée, à queue plus courte, et à pelage noir. Il habite les environs de Strasbourg et s'éloigne davantage de l'eau.

Le Campacwoz DES mIvAGrs (Arvicola riparius, Orp. Arvicola palusiris, HarLan) a cinq pouces de longueur (0,155), non compris la queue, qui est moins longue ; ses oreilles sont médiocres; son museau est gros; il a le pelage d'un brun rougeàtre mêlé de noir en dessus et cendré en dessous. Il habite le bord des eaux, aux États - Unis, et se nourrit des semences de la zizanie aquatique.

Le Rar peau où Nic (Arvicola niloticus, Desm. Lemnus niloticus, Grorr.) a la queue presque aussi longue que le corps; son pelage est d’un brun mélé de fauve sur le dos, d'un gris jaunâtre en dessous: ses oreilles sont brunâtres, presque nues; sa queue est brune. Il habite l'Égypte, et a les mêmes mœurs que les précédents.

Les espèces qui vont suivre sont entièrement terrestres, et toutes habitent l’ancien continent.

Le CamPaëxoL ORDINAIRE (Arvicola vulgaris, DEsu. Mus arvalis, Lix. Le Campagnol ou Petit Rat des champs, Burr.— G. Cuy.) est de la grandeur d’une souris ; son corps a trois pouces (0,081) de longueur, non compris la queue, qui a un pouce (0,027), et qui est velue; ses oreilles sont moyennes et arrondies; son pelage est d’un jaune brun en dessus, d’un blanc sale en dessous. Cette espèce a souvent été le fléau de l’agriculture, surtout dans l'antiquité.

Le campagnol est commun dans toute l'Europe, el se trouve dans le nord de la Russie jusqu'à l'Obi. Il habite les champs et les jardins, mais il ne pénètre jamais dans les maisons ni dans les bâtiments d'exploitation rurale. Il se creuse un terrier consistant en une pelite chambre de trois ou quatre pouces (0,081 à 0,108) de diamètre en tous sens, à laquelle aboutissent plusieurs boyaux en zigzag lui servant d'entrée et de sortie. C'est là que la femelle établit son nid d'herbe sèche, et met bas, au moins

deux fois par an, dix à douze petits à chaque portée. Aussi, lorsqu'un été favorise la multiplication de ces petits animaux, ils deviennent un véritable fléau pour l’agriculture. Ils font des provisions de grain, de noisette et de gland, mais il paraît qu'ils préfèrent le blé à toute autre nourriture. « Dans le mois de juillet, dit Buffon , lorsque les blés sont mûrs, les campagnols arrivent de tous côtés, et font souvent de grands dommages en coupant les tiges du blé pour manger l'épi; ils semblent suivre les mois- .Sonneurs , ils profitent de tous les grains tombés et des épis oubliés ; lorsqu'ils ont tout glané, ils vont dans les terres nouvellement semées et détruisent d'avance la récolte de l’année suivante. En automne et en hiver, la plupart se retirent dans les

brun en dessus, jaunâtre sur les flancs, blanc sous la gorge et sous le ventre; sa queue n'a que le quart ‘de la longueur du corps, et elle est brune; ses oreilles sont très-courtes. Cette espèce habite la Sibérie et le Kamtschatka. Ses habitudes la rendent précieuse aux Kamtschadales.

Le campagnol économe est l'espèce la plus singulière et la plus célèbre de son genre. Il habite les vallées profondes et humides, et creuse son terrier avec beaucoup d’art; il consiste en vingt ou trente boyaux de huit à neuf lignes (0,048 à 0,020) de diamètre, serpentant presque à la surface du sol, ou au moins à peu de profondeur, et s’ouvrant en dehors de distance en distance. Ces boyaux communiquent à d'autres galeries plus profondes, se

Les Castors, paysage de

bois, où ils trouvent de la faine, des noisettes et des glands. Dans certaines années ils paraissent en si grand nombre, qu'ils détruiraient tout s'ils subsistaient longtemps; mais ils se détruisent eux-mêmes, et se mangent dans les temps de disette ; ils servent d’ailleurs de pâture aux mulots, et de gibier ordinaire aux renards, aux chats sauvages, à la marte et à la belette. » Mais ce qui contribue plus encore à leur destruction , ce sont les pluies d'automne et les fontes de neige qui inondent leurs terriers. Il paraît qu'autrefois cette espèce était plus multipliée qu'aujourd'hui, et que souvent elle a ravagé des provinces entières; l’histoire nous en offre de fréquents exemples, et, dans des temps reculés, on regardait les armées de rats apparaissant tout à coup, comme un effet de Ja vengeance céleste ; aussi n’opposait-on guère à leur invasion que des prières et des exorcismes.

La FÉGOULE, ou CAMPAGNOL ÉCONOME (Arvicola æconomus, Des. Mus œconomus, Parras. Le Campagnol des prés, G. Cuv.) ne diffère extérieurement du précédent que par sa couleur plus foncée, mais à l’intérieur il a une paire de côtes de plus ; son pelage est

l'Amérique du Nord.

rendant toutes à son habitation ou à ses magasins. Son habitation, ou chambre principale, a trois ou quatre pouces (0,081 ou 0,108) de hauteur et environ un pied (0,525) de largeur ; elle est plafonnée avec des racines de gazon, ou, mais seulement dans les lieux humides, voûtée dans une motte de terre qui domine le sol environnant ; sur le plancher est étendu un lit de mousse. A côté de cet appartement, où loge la famille, sont deux ou trois magasins plus grands, construits avec beaucoup de soin et maintenus constamment très-propres. Tel est l'établissement d'un couple solitaire ; mais s’il a une famille un peu nombreuse, il se fait aider par ses enfants; alors la chambre est beaucoup plus spacieuse, et l’on creuse jusqu’à huit ou dix magasins, afin d'y serrer assez de provisions pour tout le monde. Quelquefois deux ou trois familles se réunissent pour travailler et vivre en commun. Dès le commencement de l'automne, chacun se hâte de récolter des racines et des bulbes de phlomis tubéreux, renouées bistorte et vivipare, de pimprenelle sanguisorbe, de lis de Kamtschatka, des graines de pin cembro, etc., etc.; et ces provisions se dépo-

sent dans un premier magasin pour y être épluchées et triées. Chaque espèce végétale occupe seule un magasin, ou du moins est réunie en une pile sans mélange avec d’autres. Tous les jours on visite les approvisionnements pour voir si tout est en ordre et si rien ne se gâte ; une racine paraît-elle attaquée par l'humidité, elle est aussitôt enlevée, transportée dehors, au grand air et au soleil, puis on la reporte au magasin quand sa dessiccation est parfaite.

Lorsque les Kamtschadales rencontrent une habitation de campagnol économe, c’est pour eux une bonne fortune, car ils se servent de la racine de sanguisorbe pour préparer une sorte de thé qu'ils aiment beaucoup, et les autres racines du magasin

de proie et à la dent vorace des brochets et des saumons, qui en détruisent beaucoup ; le moindre vent en fait aussi noyer un grand nombre; mais enfin le gros de la troupe finit ordinairement par gagner la rive opposée. Il arrive quelquefois qu'ils sont tellement fatigués, qu'ils se couchent sur le sable du rivage, sans pouvoir aller plus loin, et qu'ils périraient de froid si les Kamtschadales ne leur portaient secours en les séchant et les réchauffant, soit dans leur sein, soit devant un feu. Quand ces petits animaux sont un peu remis, ils leur rendent la liberté pour qu'ils puissent continuer leur voyage, ce que les campagnols font incontinent, Lorsqu'ils ont passé le Penshina, qui se jette à l’extrémité nord du golfe d'Ochotsk, ils côtoient la mer vers le sud,

Le Liévre. Paysage de France.

leur servent à assaisonner leurs mets. Ils s'en emparent donc, mais avec l'extrême précaution de ne maltraiter ni blesser aucun des membres de la famille, de laisser à l’'économe une partie de ses provisions, et de remplacer celles qu'ils enlèvent avec du caviar sec. Ils croient que sans cela ces petits animaux se tueraient de désespoir, et les priveraient ainsi, pour l’année suivante, de la part qu'ils s’adjugent des fruits de leurs économies. Il n’est pas rare de trouver dans les greniers du campagnol jusqu’à quinze ou vingt kilogrammes de racines.

Comme les lemmings, les campagnols économes ont la prévision, non pas des hivers rigoureux, mais des étés pluvieux, des orages et des tempêtes, des inondations qui doivent submerger leurs terriers, et ils émigrent pour aller chercher un climat plus favorable, C’est au printemps qu'ils se réunissent en grande troupes et se mettent en voyage, en dirigeant leur marche sur le couchant d'hiver, en ligne droite, sans que ni lacs, ni rivières, ni bras de mer puissent les déterminer à faire le moindre détour. En les traversant à la nage ils sont exposés au bec des oiseaux

et au mois de juillet arrivent sur les bords de l'Ochotsk et du Joudoma, après une route de plus de six cent vingt-cinq lieues. Au moment de leur départ, ils formaient des colonnes si nombreuses, qu'il leur fallait plus de deux heures pour défiler; mais au retour, qui a lieu la mème année, au mois d'octobre , il n’en est plus de même; les renards, les martes, les hermines, les oiseaux de proie, la fatigue, et les mille accidents d’un long voyage, les ont plus que décimés, et souvent il n’en revient pas la moitié. Leur arrivée n’en est pas moins un jour de fête pour les Kamtschadales, parce que c’est un signe certain de la fin des tempêtes qui ont ravagé le pays pendant leur absence, parce qu’elle présage une année heureuse pour la pêche et les récoltes, et aussi parce qu'ils amènent à leur suite une foule d'animaux carnassiers à fourrures, qui promettent une chasse abondante et lucrative. On sait, au contraire, que lorsqu'ils retardent leur arrivée, c’est un pronostic infaillible de pluies et d'orages. Du reste, les émigrations des campagnols ne sont pas plus périodiques que celles des lemmings.

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