RATS NAGEURS
ont tous les caractères de la famille précédente, mais leurs pieds postérieurs sont palmés ou à demi palmés, c’est-à-dire que leurs doigts sont plus ou moins réunis par une membrane, comme ceux des canards ou autres oiseaux aquatiques.
51° Gene. Les CASTORS (Castor, Lis.) ont vingt dents, savoir : quatre incisives ; pas de canines; huit molaires en haut et huit en bas, composées, à couronne plane, avec des replis émailleux, sinueux et compliqués ; ils ont cinq doigts à tous les pieds; leur queue est large, aplatie horizontalement, ovale, sans poils et couverte d’écailles imbriquées.
Le Castor ou Bièvre (Castor fiber, Lan.).
Cet animal est à peu près de la grosseur d’un blaireau et atteint trois ou quatre pieds (0,975 à 1,299) de longueur, en y comprenant la queue; son pelage se compose de deux sortes de poils, l’un fort long, grossier, d’un brun roussàtre, recouvrant un duvet très-fin, plus ou moins gris. Du reste, il varie de couleur en raison des pays; par exemple, les castors du Nord sont d’un beau noir, et quelquefois tout blancs; ceux du Canada sont d'un brun roux uniforme ; vers l'Ohio et dans le pays des Ilinois, ils sont d’un fauve pâle, passant même au jaune paille; en France ils sont de la couleur de ceux du Canada; et enfin, on en trouve quelquefois de variés de jaunàtre et de brun. Ils ont les pieds de derrière palmés, ce qui leur donne une grande facilité pour nager, et leur queue plate et large leur sert de gouvernail. Ces animaux sont encore communs dans l'Amérique septentrionale, mais ils sont devenus assez rares en Europe, et particulièrement en France, où l’on n’en trouve plus que quelquesindiyidus isolés sur les bords du Gardon, en Dauphiné, sur ceux du Rhône, de quelques petites rivières qui se jettent dans ce fleuve, et dans quelques tourbières des vallées de la Somme.
La ménagerie du Jardin des Plantes a nourri plusieurs castors, et il en est résulté des observations que je dois faire connaître avant d'entrer dans des détails de mœurs qui se trouveront tout à fait en contradiction avec ce que les auteurs ont écrit jusqu'à ce jour sur cet animal. Deux individus de cette espèce avaient été réunis dans la même cage, l’un venait des bords du Gardon, l’autre de ceux du Danube. Ils étaient d'une propreté extrême, vivaient paisiblement entre eux, mangeaient assis dans l’eau, dormaient presque tout le jour, ou ne veillaient que pour se lisser le poil avec les pattes et nettoyer leur loge de la plus petite ordure. On leur donnait divers matériaux pour voir si leur instinct de construction se décélerait par quelque chose; mais ils se contentaient de les entasser pêle-méle dans un coin de leur loge, en les repoussant avec leurs pieds ou les transportant avec leur bouche ou leurs mains, sans que jamais ils se soient servis de leur queue en façon de truelle, ni aient montré la moindre intelligence architecturale. D'autres fois, on réunit dans la même loge plusieurs castors pris jeunes et élevés séparément; loin de montrer un caractère de sociabilité!, ils se battaient avec une fureur toujours renaissante. Buffon, qui a si bien vu, quand il a vu par ses propres yeux, va nous aider à se réfuter lui-même : « Si l'on considère le castor dans l’état de nature, dit-il, il ne paraîtra pas, pour les qualités intérieures (je suppose que Buffon entendait parler de l'intelligence), au-dessus des autres animaux; il n’a pas plus d'esprit que le chien, de sens que l'éléphant, de finesse que le renard. Il est plutôt remarquable par les singularités de conformation extérieure que par la supériorité apparente de ses qualités intérieures. » Buffon a fixé son opinion sur les observations qu'il a faites chez lui, ayant conservé un castor vivant pen— dant plus d’un an ; mais on pourrait lui répondre, ainsi qu'à ma citation des castors nourris à la ménagerie, qu'il n'appartient pas